« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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fragments found | ft. Nikolai

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le Jeu 29 Déc 2016 - 8:50
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ft. Nikolai


Il entre sur scène.

Un instant, il apprécie le silence. Chargé, lourd d'anticipation. Mais aussi léger, il le sait, connaît le pouvoir qu'il a de le briser en un seul instant. Il pose ses doigts sur les touches du piano avec une délicatesse extrême, jamais assez pour les faire sonner. Pas encore. Il attend. Toujours.

Une grande inspiration. Puis, sonne la première note de Wings. De son pouce robotique, il entame la pièce et brise le silence. Toute l'anticipation, la lourdeur se dissipe, ses doigts courent lentement sur le piano, doucement. Il joue la pièce, oui, mais il la ressent aussi, au fond de sa poitrine, le long de sa colonne vertébrale, aux plus profondes profondeurs de son être.

Il se rappelle l'avoir écrite, se rappelle chaque trait de son crayon, chaque pensée lui ayant traversé l'esprit, chaque sentiment. Ceux d'où la musique est née, et ceux qu'elle lui fait ressentir. C'était un réconfort, un espoir là où il n'y en avait pas, une tristesse, une douleur profonde, le fond du gouffre. Mais on le soulevait, hors de la noirceur, plus haut que la douleur, juste un peu plus haut, jusqu'à ce que son estomac se retourne, jusqu'à ce que son cœur s'envole.

C'est pour ça qu'il l'avait baptisée Wings. Car des plus basses profondeurs on l'avait soulevé, on l'avait ramené à la surface. Il se souvient encore de la première fois qu'il l'a jouée, de la douleur vorace dans sa poitrine, disparaissant, réapparaissant doucement. C'était la première pièce qu'il avait joué de ses doigts de fer, mais pas la première qu'il avait écrite.

Et maintenant, il la joue à nouveau, mieux, en y investissant tout son être, toute la douleur, l'espoir dans lesquels il l'a écrite. Mais avec du recul, la distance lui permettant de réaliser, de comprendre, de jouer plus réellement. D'y donner ce de quoi elle est réellement née, sans objectivité parce que ce n'est pas ce qu'elle est. Sans devoir s'en distancer pour ne pas en pleurer, sans devoir y mettre un mur derrière lequel se cacher.

Simplement. Complètement. Comme il s'efforce, comme il se permet de tout jouer. Car c'est ça, être musicien.

La dernière note, le dernier accord de Wings s'étend, s'efface. Une pause. Un moment, une seconde, pour se laisser le temps de respirer. Il ferme les yeux, doucement, un seul instant. Lève ses doigts de l'instrument.

Il découvre ses pupilles à la première note de Warmth. Puis il continue de jouer, de ressentir ses pièces, celles des autres, jusqu'à la fin. Et à la dernière note, à la dernière touche du concert, lorsque ses doigts quittent finalement l'instrument, lorsqu'il n'y a plus rien à dire, plus rien à exprimer pour l'instant, il baisse la tête. Il baisse la tête, et il expire longuement.

Il se lève, sans un mot, sans un son. Il se tient droit, fixe un point dans le noir, à travers les lumières qui l'empêchent de voir son public. Et il s'incline, profondément, sous les applaudissements, et jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent. Il se relève, dans un moment de silence.

Il sort de la scène.



» But the old woman said to her, “It means nothing to you, our suffering. We are just mortals, and you are reborn eternally. Everyone around you dies. Every time. It was too late for me when you entered my tent. Woe to those you love.” «

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le Sam 31 Déc 2016 - 2:02
Ses pupilles mornes dévient du visage de son interlocuteur, et il exhale, retenant au dernier moment toute l’exaspération qu’il rougeoie d’exprimer (et au lieu de s’épancher dans l’air ambiant, la sensation lui reste coincée au fond du palais, désagréable, hâtive de trouver exutoire, de pouvoir enfin librement se consumer). La conversation a tourné en rond depuis leur entrée dans la salle de concert, fumée lourde et grasse tournoyant mollement dans la pièce en coulisse où ils sont situés. À contrecœur, il retourne sur l’individu son agacement étranglé, se contente d'exposer à nouveau les termes et conditions, laissant transparaître la finalité dans son ton monocorde.

(Fut un temps, le contrôle de ses expressions lui était aussi aisé que celui de ses gestes, mais l’époque lui semble trop vague, inatteignable et illisible (un sourd malvoyant déchiffrant des signes appartenant à un autre langage que le sien) ; et si l’ironie amère, la sensibilité littéraire ou le pathos à outrance faisaient l’un ou l’autre partie de son caractère, il aurait pensé cette époque autrement, l’aurait étiquetée « dans une première vie » l’aurait exposée dans les étagères bancales de sa mémoire l’aurait contemplée avec une nostalgie fat après l’avoir mise en bocal mais

ces considérations ne l’ont jamais effleuré.

(À la place, son sourcil se fronce, manifestation physique de la confusion et des souvenirs qu’il renvoie dans le marasme de sa mémoire.))

À la place, son sourcil se fronce, comme n’admettant aucune équivoque quant à ses attentes vis-à-vis de l’homme assis dans le fauteuil situé juste à côté. Sans un mot supplémentaire, il se redresse, ramène à lui son antipathie engourdissante, et le laisse à réfléchir, le temps de la représentation. (Comme si la pluralité des issues était réelle.)


D'autant qu'il se souvienne (d'autant qu'il se sache), il n’a jamais fait grand cas de la musique, et quitte la pièce pour le couloir menant à l’une des portes de sortie du personnel lorsque sa présence n’est plus requise ; laissant le pauvre hère à la charge de ses hommes de main, jusqu'à ce que. L’atmosphère chauffée s’impose telle une chape de plomb sur sa gorge, ses épaules, et le cache hyperréaliste masquant sa mâchoire inférieure ne demande qu’à être arraché, à l’instar de la veste trop bien taillée, du col — une porte s’ouvre, laissant passer une silhouette inconséquente et avec elle, une harmonie étouffée, qui harponne les recoins brouillés de ses souvenirs — dehors, dehors, dehors.


(Il a tourné les talons, a suivi le son, avant de faire volte-face et de rejoindre sa destination initiale. Le froid l’accueille, familier.)
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le Mar 3 Jan 2017 - 1:39
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ft. Nikolai


Il se faufile dans les coulisses, et dans sa tête se pose le silence de nouveau. Relâchant cette aura, cette prestance de la scène, il la repousse d'un coup d'épaule. De nouveau il est lui-même, seulement pour lui-même, dans un silence, un calme intérieur. De nouveau toute sa passion, tous ces secrets sont de retour dans sa poitrine, nichés sagement au creux de son corps. Il sourit doucement, passe sa main sur son visage. On sait qu'il ne faut pas le déranger quand il sort de scène: on lui tend tout simplement une bouteille d'eau, qu'il agrippe de ses doigts de fer en murmurant un 'merci'.

Il a besoin de calme. Toujours, d'un peu de silence lorsque tout est terminé. D'être seul avec lui-même, de se recomposer. Au début, jouer pour un public était pour lui un effort incommensurable, presque insurmontable, le laissant émotionnellement épuisé, presque en larmes. Se livrer tel qu'il devait le faire, tel qu'il n'avait pas le choix de le faire, tel qu'il ne pouvait s'en empêcher avait été un exercice qui l'avait terrifié, qui avait failli tuer sa carrière dans l’œuf. Mais il l'a surmonté, et désormais cela le laisse simplement avec un besoin de calme, de solitude.

Il se dirige vers la sortie la plus proche d'un pas lent mais décidé, qui n'appelle pas à l'équivoque. Il prend quelques gorgées d'eau puis laisse la bouteille à côté de la porte, qu'il ouvre finalement sur l'extérieur, et le froid qui l'accueille en son sein, l'enveloppant. Une grande respiration. Le froid s'accroche à ses vêtements, dans ses poumons, repoussant la chaleur des coulisses. Il sent soudainement la sueur dans son dos, sa chemise qui lui colle à la peau.

Il desserre sa cravate, légèrement, presque imperceptiblement. Il a fermé les yeux pour apprécier le froid: il les découvre pour apercevoir un homme aux cheveux argentés tel les siens. Un rapide coup d’œil est tout ce qu'il faut à Samuel pour remarquer les doigts, non, les mains de fer de l'inconnu. Quelle étrangeté, dans ce nouveau monde, de retrouver quelqu'un qui lui semble si similaire. Vu son accoutrement, l'inconnu sors du concert.

La solitude, il semble, ne sera pas sienne ce soir. Du moins, pas tout de suite. Doucement, il sourit à l'inconnu, moins par amabilité et plus comme une salutation.

» Vous avez apprécié le concert? «

Un ton calme, posé, mais pas tout à fait doux. L'opinion de l'inconnu l'intéresse, mais moins que ce simple désir de lui parler, d'en savoir plus. Une curiosité intéressée, tout en sachant que son objet ne sera pas résolu. Il ne demandera pas l'histoire de la vie de cet inconnu; il ne s'immiscera pas. Mais de voir ceux qui, comme lui, ont perdus des parties intégrales de leur physique, de leur propre corps, il ne peut s'empêcher de vouloir partager une douleur qu'eux seuls connaissent réellement. Ne serait-ce que dans une conversation anodine.


Spoiler:
J'espère que Nikolai porte pas de gants



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le Sam 7 Jan 2017 - 19:01
Fantomatiques, les notes, flottent, à mi-chemin entre sa conscience immédiate et des lambeaux plus anciens. (Les images bougent au gré d’un temps distordu, la lumière y est falote, vacillante. Des séquences chorégraphiques, un rare rire féminin—)

Il enfonce la porte plus qu’il ne l’ouvre, et ne l’entend pas claquer en place derrière lui. Sa respiration siffle au passage de ses lèvres, s’y achoppe, sa gorge se noue, l’une de ses mains gantées a déjà volé vers son col (l’ont desserré sans discernement ou égard pour le tissu). Il respire enfin, l’air miséricordieusement froid enduit à nouveau ses poumons, semble liquéfier la frénésie indissociable de chacun de ses gestes. Autour de lui, l’agitation
retombe



(à moins qu’elle ne s’infiltre à travers les bris).

L’une de ses prothèses s’est fichée dans sa poche, de dégoût ou de dépit (acide). De l’autre, il tient les gants les ayant recouvertes jusqu’à présent, et s’il disposait encore de jointures, elles auraient blanchi sous la force futile de sa poigne. Et s’il les a ôté, il n’a nul besoin de s’admettre que l’action tient plus de la panique aveugle que de la praticité. N’a nul besoin d’admettre qu’être davantage privé des sensations minimisées dont il dispose suffit à faire cliqueter les mécaniques du malaise au creux de ses entrailles. (Il se souvient. De l’impression d’anesthésie presque toujours présente. Se souvient de l’impossibilité de faire confiance à ses propres perceptions. Se souvient du fond blanc qui le suivait jusque sous ses paupières.) Nul besoin de reconnaître que contre son gré, il est tiraillé (sourdement, toujours sourdement) vers un ailleurs (où tout était cautérisé). (Il se souvient, du manque final de sensation, lorsque les accès ont fini                                                  coupés.)

D’un geste patiné par l’habitude (celui de l’homme de main vérifiant son arme à feu), il se détache. Ses yeux hagards ont retrouvé leur apathie d’usage, et balaient brièvement l’accès aux ruelles avant de coulisser vers la porte qu’il a malmenée il y a quelques minutes à peine. Elle s’ouvre sur une silhouette inconnue. Ne percevant ni menace ni intérêt particulier, il se contente de ramener le regard vers le mur d’en face, laissant à l’autre l’opportunité de conserver une once de solitude dans l’arrière-cour, fermée sur trois de ses côtés.

Au bruit de pas se rapprochant, un coup d’œil en direction de l’inconnu suffit. À noter l’attitude, la tenue. À noter les similarités physiques — qui lui auraient arraché un rictus, si son cynisme était suffisamment amer. À noter les dissonances — platine pour acier, dégel pour lame de fond. Il retourne un hochement de tête à son sourire, soutient le contact visuel en guise de signe de reconnaissance. Et usé aux mensonges par omission, un pas pleinement, j’en ai peur accompagne un début d’air navré (honnête, quand il le peut). (Parce que la musique n’a jamais réellement eu le temps ni l’occasion de lui devenir familière, et au fond, il ne sait pas ce qu’il en pense. (Mais il y a ces quelques accords qui lui évoquent des routines appartenant à d’autres, inlassablement, et le fil de sa pensée s’égare un instant.)) ((ou plusieurs))

Et parce qu’il n’est rien sinon abrupt, il désigne d’un mouvement de tête les doigts de son vis-à-vis, cille, laisse tomber ses mots du deuxième étage ; votre précision est étonnante. (Comme une remarque indolente, à propos d'un thème anodin ; et seule sa propre expérience le retient de désigner les prothèses en tant que sujet.) (Comme une ouverture.)


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le Dim 8 Jan 2017 - 0:01
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ft. Nikolai


À la réponse de l'inconnu, il se contente d'un hum neutre, d'un léger haussement d'épaule. Il incline le visage doucement.

» Dommage. «

Il n'y a rien d'autre à dire. Il joue pour les autres, par définition, c'est ce qu'est un concert, mais il joue surtout pour lui même. Ou pour sa muse, pour celle d'où sont nées nombre de ses pièces. Il ne connaît pas l'effet que sa musique a sur les gens, il n'a jamais lu les critiques de toute manière. Cela ne l'intéresse pas vraiment. De sa musique il est égoïste, puisqu'il sait que personne d'autre que lui ne la ressentira jamais pleinement. Parce que personne d'autre ne peut connaître d'où elle vient.

Les concerts n'ont jamais été sa partie préférée de son métier. Toujours, il a préféré ces matins calmes, assis face à son instrument, à composer, ou simplement à jouer. Dans la solitude de cette maison qui avait été sienne, la solitude douce et partagée qui n'en fût jamais réellement une. Accompagnant ses sonates des sons d'une maison occupée, d'une cuisine à la tâche. Du crayon sur une page.

Ces pensées s'éclipsent en une seule seconde. Son attention n'est réellement que sur l'homme devant lui, aux mains de fer telle les siennes. À son compliment, il se contente d'incliner le visage, un léger sourire tirant sur ses lèvres. Bien loin les jours où toute mention, toute implication de mention de ses doigts faisait naître en lui la flamme noire d'une colère face à l'injustice.

Bien loin les jours où il se demandait pourquoi moi?. Ces prothèses ne sont maintenant qu'une partie de lui même, que ce qu'il est; pas des fantômes de ce qu'il a pu être.

» Merci. Mais vous-même devez savoir que cela vient avec l'habitude. «

Que malgré le manque de sensations, que malgré que tout n'est plus jamais pareil, on s'y habitue. On a pas le choix. À moins de vouloir se laisser mourir, se laisser consumer par la noirceur, par la rage ou la haine, et même si c'est le cas; on ne peut s'en détacher. Ce ne sont que de nouvelles parties de soi. Et que l'on le veuille ou non, les réflexes, les habitudes prendront le dessus. Après un certain temps.

Samuel ne les, ne se déteste plus. Depuis bien longtemps. Et il espère, dans un coin de sa tête, que c'est la même chose pour celui qui se tient devant lui.



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le Dim 15 Jan 2017 - 0:41
Depuis sa propre âpreté — depuis sa voix rauque de manque d’usage (par manque d’utilité (parce qu’il se réveille encore parfois sur des cris étranglés)) depuis ses mouvements qui se sont depuis longtemps dépouillés de cette qualité accorte dont ils se revêtaient parfois et depuis tout ce qui contribue à marquer le contraste entre leurs deux façons d’être, il — peut-être que dans ses propos (les sonores autant que les visuels (délivrés de manière si lisse (intouchable))) peut-être qu’il reconnait trop facilement, au final, le manque d’intérêt pour l’avis du spectateur (le récepteur en lui-même). Qu’il y devine, avant tout, ce besoin d'en premier lieu se produire, accomplir, pour soi.

(On l’avait connu publiquement pour cette extraversion exacerbée (acérée) qu’il exhibait durant les épreuves, comme on l’avait connu, de manière plus restreinte, pour son attitude ; cette apparente presque-asocialité envers les adversaires qu’il n’avait que rarement (si jamais) pris en compte, indifféremment de ses classements. Ses concurrents comme ses critiques ne pouvaient que rêver d’effleurer ses opinions, d’influencer ses actes ou ses avis. Et en coulisses, rien qu’en coulisses, on l’avait connu pour sa prétendue dichotomie.
—Il avait été égoïste dans son sport et dans ses performances, plus qu’en tout autre chose. (Il ne s’était jamais fixé que lui-même en tant qu’unique frontière à dépasser.))

Alors peut-être même qu’un truc clair lui parcourt brièvement l’esprit, à ce moment (lui passe au fond des yeux). Que reconnaître un de ses propres traits chez cet autre le rend enclin à le considérer, à développer un éclat encore tendre, encore friable de respect (craie).

Bien vite, l’ombre du sourire qui flottait sur son visage s’éclipse, chassée par un rire bref (un glapissement). Brusque et incongru et presque éraillé, hilarité intenable et aussi vite disparue. Oh!, si je sais. (Il y a eu le temps d’adaptation aux support fixées contre ses os (le temps de cicatrisation de son tronc), la douleur flambant le long de ses membres au moindre mouvement suite aux erreurs de calibrage, les semaines de convalescence passées à penser à serrer le poing, et voir les doigts robotiques se refermer sur eux-mêmes, de l’autre côté du brouillard, les servos qui si bien réglés soient-ils enfin, ne pouvaient rien faire contre les six centimètres de différence qu’occasionnaient les prothèses inférieures, et les déséquilibres en résultant.) Son cynisme débonnaire lui colle aux basques, rallume son regard (fiévreux, un peu) au moins ai-je eu la chance de ne pas avoir à me réapproprier la dextérité liée à mon ancienne profession.

(Il n’ose pas imaginer la lutte, la frustration d’avoir à réacquérir péniblement des capacités ayant auparavant déjà été siennes, par-dessus le tout. C’est peut-être de devoir se confronter à ça, en plus du reste, qui aurait fini par le mettre à genoux, à autoriser son échine à briser à terme.)
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le Mar 17 Jan 2017 - 7:57
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ft. Nikolai


Comme s'il avait déjà oublié le concert, comme si ce simple moment, d'un calme, d'un partage silencieux tranquille, avait fait couler la fatigue hors de ses os. Simplement, il entend presque le cliquetis de ses doigts de fer, de ces prothèses qui lui ont offert ce qu'il croyait avoir perdu. Plus jamais il n'a pu, ne pourra sentir les touches du piano sur le bout de ses doigts. Plutôt il sent désormais la pression dans ses mains, l'activation des prothèses dans ses nerfs; une satisfaction, sensation tout aussi physique qu'avant.

Il avait dû s'ajuster, bien sûr. N'avait cru que dans un coin de sa tête, ne traversant jamais la barrière de ses lèvres, qu'il n'arriverait jamais à retrouver sa vitesse, sa dextérité. Qu'il ne pourrait plus jamais jouer de ces pièces préférées, plus jamais voir ses doigts courir sur les touches sans pouvoir les arrêter. Le processus avait été long, et parfois douloureux. De son arrogance était née une détermination féroce, à jouer jusqu'au sang.

Sang qui avait payé; qui lui avait offert, peut-être, se mêlant à la sueur et aux larmes, ce talent de nouveau. Alors si c'était, si c'est ce qu'il appelle l'habitude; oui, cela vient avec l'habitude. De cette exigence constante, où la seule personne se devant d'être plus impeccable que lui-même est lui-même. Il incline seulement le visage au glapissement de son comparse, un air peut-être désolé passant sur son visage comme une ombre.

Il devine d'un coup d’œil, d'une attention posée depuis le début, qu'il aurait peut-être dû deviner, dû comprendre, dû accepter plus tôt que son interlocuteur ne semble pas accepter aussi bien que lui ces membres de fers qui les caractérisent. C'est le cynisme tranchant dans sa voix, ce ton rauque qui siffle presque à travers ses dents, comme une lame. D'une empathie soudaine, peut-être, de son introversion repoussée de quelques espaces, qui lui permet de s'ouvrir réellement, de s'ouvrir légèrement et de constater.

» Si vous considérez cela de la chance. «

Parce qu'il n'aurait jamais pu faire autre chose. Qu'il s'attend peut-être à ce que ce soit le cas pour tout le monde. Qu'il exige à tous un esprit qui leur permet cette détermination féroce dont il s'est loti dans le passé, qui dort sûrement telle une bête dans un coin de sa poitrine. Près de celle, plus sévère, plus calme de ce désir constant d'être meilleur que ce qu'il s'exigeait hier.

» Il y a de ceux qui ne pourraient jamais changer. «

Peut-être une hauteur, une arrogance, une sévérité dans sa voix, tranchée en son milieu d'une empathie presque vibrante. Se désignant peut-être d'un geste lent de mains ouvertes, d'une inclinaison du visage.



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le Mer 1 Fév 2017 - 14:43
Et il peut, il peut peut-être, peut presque (avec la caducité qu'on aurait davantage l'habitude d'associer aux derniers jours des gangues de glace rutilant au-dessus des ruisseaux à l'aube des printemps), consent, même, (finalement,) à laisser flotter puis s’évanouir en volutes étrangement fraîches (étrangères) l’agressivité le caractérisant (au fond de sa gorge au point de naissance de ses cordes vocales — où là aussi se mêlent l'organique et l'artificiel)

là, là il ose

ose la laisser retomber, aussi, emplir ses poumons d'une manière plus doucereuse que ne l'avait fait le froid bienfaiteur quelques minutes auparavant.

Il a l'habitude de dissimuler, modifier, daigne s’y adonner si cela sert ses intérêts (parce qu'il sait depuis si longtemps — les placer au sommet, et sa survie en aplomb du tout, en amont de son intégrité si le besoin venait à s’en faire sentir) mais malgré tout, a toujours aimé (n'a peut-être jamais su s'empêcher, n'a peut-être jamais voulu, se séparer de cette part de sentimentalité dérisoire, qu’il dépouille de toute honte comme d’autres prendraient soin des leurs, avec l’affection mélancolique que la finitude souffle par-devant elle) — aime — afficher tant soit peu d'honnêteté lorsqu'il le peut (lorsqu’il peut se le permettre).

Ose s’admettre.

(Car quel meilleur endroit pour ce faire que cette ironique enclave entre platine et mercure, où la distance est tout autant inexistante que palpable.)

Hausse légèrement l’épaule à sa remarque. Laisse échapper un rire, bien plus effacé et bien plus juste, relève les yeux vers son interlocuteur, contre posément, tout comme il y a de ces changements inexorables, laissant dans leurs sillages tourmentés ceux qui seront contraints de s’y adapter. Et à la hauteur du pianiste, se contente d’apposer, dans un souffle, avec une humilité inattendue ; ajoute comme d’un énoncerait simple fait : ce que vous n’ignorez sans doute pas. (Ce n’est pas qu’il ait jamais été doué pour interpréter les autres ; leurs similitudes leur sont simplement trop propres pour ne pas discerner cet autre en particulier et savoir, inconsciemment. Ces sortes de cicatrices-là lui sont familières ; leurs différences, partagées.)

Le scrutant encore, expression ouverte comme elle ne l’a probablement plus été depuis longtemps (pas qu’il le sache), il devine, en son for intérieur, les fondements de cette morgue atone (percée de tout autre chose) ; peut l’associer à la sienne passée. Y retrouve, de manière fugace, son acharnement machinal à la tâche, sa quête sans fin des limites à anéantir. Comprend.

(Mais lui s’est retrouvé pris dans un déchaînement de magma engourdi, et une fois ses moignons de rames réduits à néant, a préféré se faire à son nouveau contexte plutôt que de finir par sombrer, de manière si rance fut-elle.)

N'a qu'hésitante acceptation à offrir en retour, alors qu'il détourne brièvement le regard vers la rue.


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le Dim 5 Fév 2017 - 8:09
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Il y a quelque chose d'inexorable en Samuel. Comme posé au creux de sa poitrine, c'est ce qui le tient droit, de sa posture aux épaules carrées, au menton levé, d'une droiture qui en semblerait presque impossible. D'un autre monde, qui ne vacille jamais. Dans le calme de ses mouvements, dans l'intention dans chacune de ses expressions, chaque action, dans ses pas ou son immobilité. Que ce soit sa main qui se tend, ses doigts qui cliquettent ou son menton qui se tourne, son regard qui se pose. Impeccable, d'une hauteur, d'une droiture dont l'on ne s'attend pas du commun des mortels.

Mais l'on ne le croit totalement inébranlable que lorsque l'on réalise qu'il n'est qu'un homme. Que dans le creux de sa poitrine ne coule pas la lumière d'une divinité étrange qui le sépare, le différencie, le pose plus haut que ces mortels qu'il côtoie - non, simplement un cœur qui bat tel tous les autres, dans un silence posé que l'on n'entend qu'au rythme des mesures de son piano. Que rien d'autre que son humanité ne le pose sur cette terre, que rien d'autre que son humanité ne tient son dos droit et ses mains solides. Que c'est dans son cœur d'homme qu'il a puisé chaque once de sa force, chaque once de cette impeccabilité dont il se targue silencieusement.

Alors il y a de ces changements inexorables. Mais qu'arrive-t-il lorsqu'une force ne pouvant être stoppée rencontre un objet ne pouvant être déplacé? Qu'arrive-t-il lorsqu'une force inexorable rencontre l'immuable? Que l'on ne peut déloger ces pieds de la terre, ou ces mains des touches d'un piano, que l'on ne peut déloger ce cœur et ce sourire, sourire partagé, que l'on ne peut séparer un homme de ses ailes, l'artiste de sa muse, le pianiste de ses doigts, de ses notes, que l'on ne peut empêcher ces mains de jouer, que l'on ne peut empêcher cette âme d'être pianiste?

Il arrive que la musique s'élèvera, et elle s'élèvera toujours, jusqu'à ce que le dernier souffle de la terre s'échappe d'entre ses lèvres. Que même sans une once de chair, que même sans un millilitre de sang qui coule dans ses veines, que même sans un muscle, sans un nerf, sans un centimètre de son corps, sans un centimètre préservé de son humanité, tant que son âme, tant que son cœur appartiendront à ce monde, seront ancrés dans cette terre par un seul fil, il sera pianiste. Sera ce pianiste à la muse aux cheveux dorés, puisera sans cesse dans ces yeux, dans le pli de ces lèvres le pouvoir d'ouvrir son âme à la pression d'une touche, de raconter milles histoires dans une note.

De ces changements inexorables. Qu'il n'ignore pas, qu'il porte dans sa poitrine comme la cicatrice de la douleur d'un autre, comme ce moment de compassion qui repousse son exigence d'un espace, de cette sympathie, nouvelle, ancienne, qu'il a hérité de l'âme de celle à qui il a tout promis, mais qu'il ne peut s'amener, qu'il ne peut se pousser à s'y engloutir. Qui n'occupe de cette façon que la moitié de son être, qui n’envahis pas, qui n’anéantis pas cette exigence qui s'échappe d'entre ses lèvres, qui lui donne seulement, simplement un ton d'une empathie tranchante, d'une compassion profonde qui ne peut pourtant détrôner cet instinct profond d'une arrogance gagnée.

» Je ne l'ignore pas. Pourtant il y a de ces choses immuables, que même l'inexorable ne saurait changer. «

De nouveau, il incline le visage. Observe son interlocuteur, détournant le regard, cet homme tel un miroir, un miroir de ce qui aurait pu être. De ce qu'il aurait pu devenir. Si toute chose avait été changée, si tout avait été différent.



» But the old woman said to her, “It means nothing to you, our suffering. We are just mortals, and you are reborn eternally. Everyone around you dies. Every time. It was too late for me when you entered my tent. Woe to those you love.” «

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le Lun 13 Mar 2017 - 0:16
Il a cette humanité sale, au plus profond de son être, qui vrombit dans ses veines, grignote (corrosive) ses lombaires, remonte le long de sa colonne et enserre ses côtes (larde l’os), tord ses entrailles et noue sa gorge et noue ses mains autour de sa gorge (il a cette humanité sale, qui suppure de plaies auparavant refermées et dégouline (goudron) le long de ses phalanges les meut en-dehors du physique et du possible les fait fondre contre et envers ses paumes ses métacarpes, les y recroqueville jusqu’à percer sa propre main, l’en fait ressortir un amas hideux et contre-nature). ((plus de mains plus de mains plus de bras plus de jambes))

Il cille, sa sclère trop longtemps laissée asséchée.

Ses mouvements sont fins, et troubles (et ses épaules se relâchent légèrement (chitine sur chitine (le lustre des anneaux d’un iule se desserrant))) lorsqu’il s’oriente à nouveau vers l’impeccable.

Le dévisage (conviendrions-nous de diverger ?), l’envisage, serti d’une placidité sereine et presque alcyonienne (et le temps d’un battement de cœur (un peu trop faible un peu trop sourd, il est vrai) on pourrait jurer avoir vu passer le lisse d’une aile (goëland ou albatros) devant les fosses de ses prunelles.

Sa mémoire est constellée d’accrocs en éclair, s’estompe en zones d’ombres à mesure qu’elle remonte à ses aubes. Malgré cela, et sans avoir besoin de se souvenir, il sait, porte en lui l’intime conviction d’avoir nécessité d’enfoncer sans relâche les murs de circonstances tout du long de son existence. D’avoir eu besoin de résilience comme d’autres d’air ; de s’être acharné à la tâche, jusqu’au sang jusqu’à l’épuisement, avec ce contrôle (tour à tour sublime et) abominable de froideur et cette véhémence férine, plus inhérents que n’importe quels autres traits.

À l’objet immuable, il est la force inexorable — il devient le changement, se ressuscite mouvance impétueuse (sauvagerie), se couronne déclencheur du chaos (et son trône jeté aux loups et les barbelés contre ses tempes autour de ses bras de sa gorge), se repaît se satisfait dans la violence par lui-même causée, s’en imbibe et enfle, avant d’à nouveau s’en aller crever sa rancœur d’une détonation, d’éclater au-dessus des crânes innocents (ou non (il n’en a plus cure depuis longtemps)), déverser fracas, décimer. Il ne peut se contraindre à éprouver quelconque regret ou remord quant à ses choix ; il n’a de cesse de suivre ses instincts. Ne peut s’embarrasser de croyances spirituelles, ne puise sa force qu’en lui-même (décerne tout au plus du dédain aux eschatologies : il a déjà connu sa fin, et le monde saura toujours se tirer vers le bas). Ignore, se gausse parfois, des pitoyables pleutres s’adonnant à la taxidermie de leurs accès de bonne mœurs, comme pour se rédimer sans payer de leur sueur de leur sang de leurs empreintes digitales effacées (arrachées) par l’effort.

Alors même si sa pensée au mieux se répand en anacoluthes , au pire se heurte inlassablement à ses parois crâniennes, au pire s’éteint, au pire s’éparpille en un tapage d’éclats assourdissant ; du moins lui reste-t-il ce paradoxal lambeau d’authenticité. ((D’identité.)) Alors il peut considérer celui qu’il n’aurait jamais pu être, dans aucun monde, avec tout le peu d’honnêteté qu’il s’autorise encore : jamais n’a-t-il décerné tant de passion par pure appréciation pour son domaine (jamais n’aurait-il pu ?) ; jamais n’atteindra ce beau.

(L’inchangeable n’en est pas moins capable de bris — l’immuable s’équarri.)
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le Sam 18 Mar 2017 - 6:51
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Alors que se passe-t-il lorsqu'une force inexorable rencontre un objet immuable? Ce n'est ni la destruction, ni l'embrasement de l'univers; pas un paradoxe spatio-temporel, un mystère inébranlable de la science, et jamais la noirceur profonde d'un trou noir. Et pourtant, l'impossibilité de leur rencontre, la fatalité de leur extrême, de leur totalité n'empêche en rien leur affrontement silencieux, cette réunion, ces retrouvailles dénuées de toute violence entre ces êtres qui, selon toute logique, devraient s'opposer. Et dans leur paix, celle-ci que l'on ne croirait être que chimère, que toutes les règles de l'univers repoussent et refusent, ils ne se trouvent qu'une ressemblance étrange mais réelle, qui se pose dans leurs membres de fer comme la sensation que la chair les habite toujours.

La dualité de leurs êtres; de cette relation naissante, bourgeon qui ne fleurira sans doute jamais, rencontre éphémère et fugace qui ne laissera que quelques traces, quelques marques gravées au métal sur sa colonne, cette dualité là vibre en Samuel comme cette empathie, cette compassion aux bords d'exigence, aux extrémités qui n'atteignent jamais le mépris mais peut-être l'effleurent, du bouts des doigts, de cette arrogance qui le qualifie, l'habite et le défini.

Ils sont l'inexorable et l'immuable, et de cela nait une compréhension étrange, nichée dans l'instinct plutôt que dans la raison; le savoir profond que leurs différences les séparent, qu'ils ne sauront jamais s'accorder, qu'ils s'affronteront toujours silencieusement sans jamais se haïr.

» Je crois que nous n'avons pas d'autre choix. «

L'ombre d'un sourire, doux-amer, comme le savoir que les choses auraient pu être différentes, si seulement; une inclinaison du visage, offerte autant comme un accord qu'un geste posé en lui même, qu'une acceptation, moins résignée qu'elle ne comprend, n'apprécie la force des choses. Ils convergent en cela qu'ils divergent, qu'ils s'affronteront jusqu'à ce que l'un s'arrête ou l'autre tombe. Ainsi tourne la terre, ainsi va l'univers; comme la force inexorable ne s'arrêtera jamais, l'objet immuable ne s'écroulera pas non plus.

Les premières notes d'une pièces vibrent en Samuel. Il les sent s'immiscer entre deux de ses vertèbres, se glisser contre ses nerfs jusqu'à ses veines, jusqu'à aller se poser, danser dans sa poitrine; il les connaît, un instant, vois la pièce se dérouler devant lui. De cette dualité, de leur opposition, de cette compassion, cette compréhension, ce lien si éphémère qui se forme au creux de ses os; ce lien de fer qui lie l'inexorable et l'immuable.

En cet instant, il la connaît. Et il porte cet espoir qui explose dans sa poitrine, qu'il pourra composer de nouveau. Ce n'est pas la première fois qu'une pièce vient à Samuel, mais quand vient le moment de l'écrire, de la jouer, il n'y arrive pas. Les notes restent coincées dans sa paume, dans sa gorge, sans jamais qu'il ne puisse leur donner vie - et pourtant, pourtant, il espère encore. De cet idéalisme qu'il ne peut laisser s'envoler.

Il l'entend; les notes vibrent en lui et il pourrait presque la fredonner, doucement, et pourtant il sait - plutôt il redoute - qu'essayer de laisser cette pièce exister en dehors de lui pourrait la faire disparaître comme ce qui est arrivé à toutes les autres. Et pourtant, il a envie de se retourner, et de courir jusqu'au piano sur la scène, et de la jouer. Pour ne pas la perdre. Pour qu'elle soit l'exception.

Alors il relève la tête vers son interlocuteur - vers l'inexorable, animé d'une passion qui l'enflamme, qui brûle au fond de ses pupilles.

» Peut-être est-il trop tard pour les présentations. Pourtant je vous le demande: comment vous appelez-vous? «

Peut-être la pièce sera-t-elle son homonyme.



» But the old woman said to her, “It means nothing to you, our suffering. We are just mortals, and you are reborn eternally. Everyone around you dies. Every time. It was too late for me when you entered my tent. Woe to those you love.” «

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le Mar 4 Avr 2017 - 22:34
Tout autour, le brouhaha des ruelles froides monte doucement en puissance, à paliers irréguliers : un raclement de semelle inopportun contre le sol faussement égal de Pallatine, le pitoyable feulement d’un chat errant ; comme pour mieux contraster la fluidité de leur entente singulière (l’impensable, liquidifié, rendu maître), cet incongru manque de tension entre les deux hommes, entre les deux entités qu’ils incarnent et qui les caractérisent, qui vrombissent et ronronnent avec une joie féroce (une peine grisante) le long de leurs artères et jusqu’aux extrêmes limites de leurs êtres.
(Tout autour, la nuit reprend ses droits les plus innocents.)

Dans l’espace créé par les trois murs du bâtiment du conservatoire et l’impasse y menant, leur existence même a façonné, sans effort, avec l’impunité régale des sûrs et par le hasard de leur rencontre, un creux plein, a étiré le roc mouvant du réel en une abîme inexistante à tout autre, où l’inexorable vrille autour de l’immuable, sans que jamais ni l’un ni l’autre ne dérogent pourtant à leurs essences respectives, sans que jamais les vagues déchaînées de l’un ne viennent à éroder le marbre de l’autre, sans que jamais elles ne cessent.

(L’ici, tant le lieu que l’instant, est singulièrement dénué de bouches traîtres ponctuées d’ecchymoses desquelles tirer la vérité, de cibles au sang battant à fusiller. Alors il se prend à y rester, avec une hésitation naissante, encore un peu — le temps d’une inspiration. Se surprend à trouver une — une appréciation ténue (petitement grandiose), qui se diffuse le long de ses tempes, glisse et s’épand dans le creux de sa poitrine (coulée de lave trop calme, alors même qu’elle anéanti toute once de vie sur son passage, quiète dans ses ravages).)

((Ne serait-ce qu’une seconde, les ongles usés jusqu’au sang et criblés d’échardes ne crissent plus aux parois des tombeaux. La tourmente se noue et s’étouffe sur elle-même, retombe, et la nébuleuse sensation de vide empreinte dans son sillage laisse à se demander si elle a jamais réellement existé.))

Sa question fait riper le sol sous ses appuis, presque indiciblement — vertige en miniature. (L’air brut et froid se fait shrapnel dans ses poumons, et il l’y accueille avec les débuts d’un sourire, au creux de ses lèvres. (Et peut-être est-ce inconsciemment le spectre des harmoniques qui parcourent son vis-à-vis qu’il sent ondoyer, en-dehors (et leur écho, en-dedans).)) Comme tout autre, il a possédé et porté noms surnoms (matricules) comme ceux-ci l’ont porté ; ils ne sont jamais anodins, si banaux soient-il. Pour une fois, et le choc de l'inhabituel le happe, il doit se l’admettre : il ne sait que répondre, comment agir. Il ne sait quelle désignation, quel aspect déjà défini par d’autres avant lui, de loin en loin, lui donner, lui abdiquer (lui offrir), et la réalisation lui ouvre brièvement le regard, laisse y entrevoir sa confusion en sourdine derrière ses iris en tessons de verre, si fugace fut-elle.

(Mais vraiment, que le désigne encore ? — il pense vaguement aux diminutifs des proches quand bien même il en reste davantage l’impression que le souvenir pense à son nom vociféré par un entraîneur alors que deux autres coéquipiers portaient le même prénom pense au même nom prononcé par une myriade d’accents différents du sien et à chaque fois autre et déjà oubliés pense au nome de code qu’il lui semble sentir sous sa peau comme la démangeaison intacte d’une vieille brûlure, pense aux chiffres qu’il a plus ou moins fini par admettre.)

Derrière eux, une porte s’ouvre, et il n’a besoin que d’un coup d’œil pour confirmer sa première intuition ; un de ses subordonnées se tient dans l’encadrement, attendant la suite des opérations, ou signalant leur fin. Déjà, il a détourné la tête, buste puis talons suivant le mouvement, toujours fluide, toujours grave, alors qu’il réajuste gants et col. Il jette un dernier regard par-dessus son épaule au pianiste, estampé de tout ce qu’il se trouve incapable de dire, qui tient plus du domaine de l’instinctif que du logique, puisqu’ils ont communément accepté de laisser l’explicable à la foule — puisque tous deux évoluent dans le mythique — puisque nous sommes tous deux appelés, c’est au hasard que je laisse notre sort.
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