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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

.Haut et court. [Samuel]

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Jeune altermondialiste
posté le Ven 30 Déc 2016 - 20:13 (1)
Ah, l'admirable architecture des ruines, la sauvagerie fabuleuse des friches à l'abandon, l'harmonie brutale des usines éventrées et des murs démolis. Une formidable jungle urbaine où les gravats jonche les sols fracturés, où les mauvaises herbes conquièrent la moindre anfractuosité, soldats verdoyants plantés çà et là parmi la poussière et les débris, à coloniser les prairies de béton et les tombeaux de l'effort humain. Tout vaurien que tu es, Cameron, tu es sensible à cette beauté insolite. Tu en aimes la force insoupçonnée, le sillage neuf et puissant que seule la destruction sait peindre sur les brisants de pierre ; là où tous ne verraient que plaintes et désolation, tu distingues les énergies à l'œuvre derrière ce paysage dévasté, les luttes invisibles sous la rouille des fondations, et tu te sens un peu moins seul en proie à tes tourments – la nature elle-même semble t'autoriser à vivre ainsi, car elle en est la parfaite démonstration. Elle te comprendrait presque, cruelle et indifférente. Ou sans doute est-ce parce que, à l'inverse des hommes, elle ne fait que peu de cas de tes actions ; elle ne te juge pas, jamais compatissante, tu n'es rien pour elle, ni prêtre ni esclave, et ta liberté forme un fol et dérisoire écho à la sienne.
Cependant, ce n'est pas l'art du chaos que tu es venu admirer cette fois-ci, en pénétrant à l'intérieur de cet ancien parc industriel. Il est vrai que tu en as souvent arpenté les espaces négligés, et qu'à ton tour tu as marqué ton territoire à grands coups de batte ou de pied ; tu reconnais les vitres explosées par les caillasses que vous lanciez, toi et tes potes, depuis des cairns plus hauts que vous, tandis que, par endroits, le bitume n'a pas réussi à absorber les résidus de sang débordant de vos rixes contre des bandes rivales. Superbe mélange de création en cours et d'anéantissement à venir.

Tu aimes te rendre ici en solitaire comme tu aimes y retrouver ta meute, à l'abri des regards dédaigneux des adultes, là où vos voix portent entre les hautes bâtisses sur le déclin et résonnent d'un bout à l'autre des grilles défoncées. En cette période des premiers grands froids, les épais pinacles de tôle des usines de Serrbelt recrachent la sueur de leurs machines en d'immenses colonnes de suie qui s'élèvent jusqu'à la mort dans l'air glacé, non loin du lieu de vos rendez-vous ; il te faut escalader des portails où larmoient de gros cadenas et t'infiltrer dans la zone défendue, obsolète, propriété d'informaticiens qui n'y trouvent aucun intérêt, avant de traverser de vastes étangs de macadam et autres criques cimentées. Tu as couru depuis une des ruelles de Sharsfort, la poche de ton sweat lourde de ton précédent larcin, sans même avoir pris le temps d'y jeter un œil – ou deux, au cas où – car tu sais que dans ces circonstances il vaut mieux agir d'abord et réfléchir ensuite, principe que tu n'as d'ailleurs aucun mal à appliquer en temps normal pour à peu près n'importe quoi. On aurait pourtant tort de te croire cleptomane ou dans le besoin ; si tu voles, ce n'est que par distraction, par ennui – cela t'amuse d'emmerder les autres, et lorsque tu n'as ni l'envie, ni les moyens de leur éclater les rotules, dérober leurs biens se révèle une compensation des plus récréatives. Ce n'est plus comme si c'était une question de vie ou de mort, après tout.
Ce gars-là n'avait qu'à pas se trouver sur ta route.

Ils sont deux à t'attendre, il en manque un, deux silhouettes blondes crachant la vapeur d'entre leurs lèvres gercées, exécutant les cent pas pour ne pas terminer en glaçons malgré leurs écharpes et leurs crânes encapuchonnés. Dès qu'elle te voit approcher, la plus grande te salue d'un simple geste, tandis que la plus petite – c'est rageant de dire cela, puisqu'elle a exactement la même taille que toi – te saute à moitié dessus, les joues rougies par la fin de l'automne, rougnousse et satisfaite à la fois :
« Bah t'en as mis du temps, un peu plus et j'me rentrais ! »
Tu lui rends aussitôt son jeu de mains avec une légère moue goguenarde.
« J'me suis arrêté en ch'min, y avait un type qui s'faisait marave.
Tu l'as aidé ? s'empresse de t'interroger ton second compagnon, dont la feinte naïveté t'arrache un haussement d'épaules. De toute manière, tu répondrais par l'affirmative que personne ici ne te croirait une seule seconde.
« Comme si j'avais qu'ça à faire. Chacun sa merde. Mais j'ai récupéré ça sur lui. »
Tu exhibes alors ta prise, ce portefeuille ordinaire, presque terne, sous le regard désapprobateur quoique curieux de Kshamenk, tandis que Shawn lâche un sifflement appréciateur sans la moindre préoccupation envers son malheureux propriétaire.
« Et y a quoi à l'intérieur ? »
Ah, ça. Ne reste qu'à le découvrir.
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posté le Sam 31 Déc 2016 - 5:33 (2)
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Peut-être serait-il utile, serait-il intelligent, une bonne idée d'apprendre à se battre. Parce que Pallatine est une ville dangereuse, un monde dangereux. Et bien que San Francisco n'aie pas été la ville la plus sûre de la planète, ce n'était rien comparé à où il se trouve maintenant. Mais il le sait, en réalité, il réalise que ce corps, ces membres qui sont les siens ne pourront jamais se livrer à la violence. C'est contre toutes les fibres de son être. Ces doigts ne se courbent pas en un poing; ils sont fait pour courir sur un instrument.

Alors il accepte ce que ça implique, de n'être jamais un guerrier. Si coup il y a à prendre il les prends, sans jamais les rendre. Ces mains ne seront pas noircies de violence. Pas plus qu'elles ne l'ont déjà été. Il se le refuse. Et c'est un jeune homme, cette fois, qui vient le sortir de ce combat unilatéral. À peine quelques secondes plus tard et déjà il est parti, avant même que Samuel n'aie pu le remercier. Il ferme les yeux et soupire.

Il passe sa main sur son visage, comme pour faire l'état des dégâts. Rien de grave, il en est assez certain. Et ses prothèses ne sont pas abîmées, comment pourraient-elles l'être? Mais d'une façon ou d'une autre, c'est le plus important.

Une horrible sensation le prends aux tripes, soudainement. Comme s'il avait oublié quelque chose, comme si il lui manquait quelque chose, quelque chose d'important. De très important. Il réfléchit un instant, pour trouver la source du sentiment; fait l'état de ses possessions, mentalement et physiquement, lentement il fourre sa main dans sa poche pour la trouver - presque - vide.

Il fronce les sourcils, légèrement, alors qu'il réalise ce qui s'est passé.

Le gamin vient tout juste de partir: il ne doit pas être bien loin. Alors il jogge dans la même direction, observant soigneusement ses environs. À droite, à gauche, jusqu'à ce qu'il puisse finalement le voir, aux limites de sa vision, presque trop loin pour le rattraper. Mais pas encore. Il accélère, légèrement, juste pour ne pas le perdre de vue. C'est crucial, fondamental. Que le gamin garde l'argent, il en a peut-être besoin; qu'il garde les cartes, de crédit, d'identité, il n'en a rien à faire.

Mais il y a quelque chose de très important dans son portefeuille. Quelque chose d'indispensable, d'unique au monde, à ce monde, à présent. Il est certain qu'il pourrait s'en souvenir parfaitement, à chaque fois qu'il joue Beauty ou encore Coeur, mais il veut l'avoir, dans sa poche, dans le creux de son cœur, le visage d'Amélie. Ne pourrait supporter, ne pourrait vivre de ne l'avoir.

Bientôt, Samuel rattrape le gamin. Il n'est plus seul, mais ça n'a pas d'importance. Ce n'est pas comme s'il allait devoir les affronter. Simplement, il ralentit, s'approche d'eux d'un pas calme, et s'adresse à eux d'un ton posé.

» Gardez l'argent, les cartes de crédit, tout ce que vous voulez. Mais il y a une photo à l'intérieur de ce portefeuille: redonnez-la moi. «

Pas de 's'il-vous-plaît', parce qu'elle lui appartient. Parce qu'en réalité, il devrait exiger de ravoir le contenu tout entier du portefeuille. Bien qu'il sait pertinemment qu'on ne le lui redonnerait pas. Mais la photo n'a aucune valeur pour eux, et beaucoup pour lui. Alors il reste ferme dans son approche, dans son regard.
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posté le Lun 2 Jan 2017 - 17:41 (3)
Vous voilà tous les trois penchés au-dessus de ce rectangle de cuir, fenêtre opaque donnant sur un coffre-fort miniature, moins avide de le faire vôtre que d'en découvrir la simple et pure intimité. L'argent ne vous intéresse pas, ne vous a jamais intéressé, et tu le conspues à sa juste valeur ; parce que tu en as toujours manqué, tu as appris à le mépriser – réflexe exclusif de ce qui ne pouvait t'appartenir. Mais ce mince portefeuille, en ce qu'il renferme l'identité d'un autre homme, un double humain auquel tu ne saurais t'apparenter, attise ta curiosité. Tes phalanges écorchées le manipulent avec maladresse puis l'ouvrent, mettant au jour un contenu qui vous laisse, toi et tes camarades, frisquets. Rien qui puisse vous permettre d'identifier le propriétaire, rien grâce à quoi vous vous amuseriez à imaginer la vie en dehors de vos frontières, billets confidentiels, officielles invitations, confettis d'une existence que vous auriez décortiquée en un kaléidoscope aux allures de carnaval, à la manière d'une pompeuse caricature. Jusqu'à ce que, tout absorbé par votre butin, vous n'entendiez plus le pas pesant de celui qui t'aurait poursuivi au bout du monde pour réclamer son bien.
Aucun d'entre vous ne sursaute, pourtant. Tel un gardien tricéphale, réplique miniature et humanoïde d'un cabot infernal, vous relevez la tête en direction de l'adulte ; surprise et contrariété fluctuent dans vos regards en réaction à ces ordres que votre prétendu souverain vient de vous asséner, mais tu te contentes d'épingler un rictus sur ta figure tandis que Kshamenk, de loin le plus raisonné de vous trois, relâche un étonnant constat :
« J'ai l'impression de l'avoir déjà vu quelque part... »
Un quelque part qui ne vous dit rien, à Shawn et toi, et qu'il vous importe peu d'ignorer. Que ce pied-tendre à la chevelure d'hiver soit célèbre ou non, qu'il possède ses entrées dans les hauts lieux de Pallatine et dîne de tournedos-Rossini à la table des plus grands dignitaires, vous vous en foutez comme de vos premières godasses. En revanche, ce ton qu'il aborde devant vous n'est pas pour vous plaire – au contraire, il aurait tendance à faire éclore en vous l'indocilité dont vous vous drapez sans cesse, tactique de défense autant que stratégie d'attaque. Depuis quand obéis-tu aux ordres, Cam ? Depuis quand inclines-tu ta volonté face à l'autorité ? Celui qui parviendra à t'imposer celle-ci de ton plein gré ne foule pas encore cette terre. Et ce damoiseau en bel habit croit que tu accéderas à sa requête, il se fourre le doigt dans l'œil jusqu'au coude.

Tu exécutes toutefois un pas vers lui, préférant aller au devant de l'adversité que de la fuir ; tu sais qu'il n'est pas taillé pour se battre, tu l'as vu, et qu'il est sans doute incapable de lever la main sur quiconque, sauf acculé dans ses retranchements. Et encore. Sans menace, sans pression, il n'est certainement pas partisan de la violence, un gentil pacifique comme l'Autre, au parc, un artiste, peut-être, car il n'y a qu'eux pour élaborer de pareilles inepties – celui qui ne sait pas détruire ne peut prôner la guerre. Il n'y a guère que ceux qui sont capables de créer qui abhorrent le recours à la force brute. Pas de bol pour lui, tu n'es pas de ce bord-là. Même si, sous les yeux de Kshamenk, tu tends à maîtriser tes envies de ruiner les âmes débonnaires. Dans ta paume, l'objet de convoitise. Sur ton visage, une joie mauvaise. À cet instant, t'es rien qu'un sale gosse.
« C'est ça, cause toujours. Si tu la veux, va falloir courir ! »
Ni une ni deux, tu jettes l'étui d'un geste vif par-dessus ton épaule, où il atterrit entre les mains tendues de Shawn qui détale aussitôt avec un éclat de rire, son bras levé exhibant le malheureux trophée ; ce jeu-là l'enthousiasme beaucoup plus que la perspective d'une bagarre, et sa nature facétieuse trouve son plein épanouissement dans ce genre de tour retors. Sur ce terrain vague infesté de vieux bâtiments croulants, il peut se cacher où il le souhaite, et tu as plus d'une fois participé à ces interminables traques, de jour comme de nuit, transformant ce dédale de ruines en un royaume à conquérir. Y perdre ce dadais aux airs farouches, voilà qui s'annonce divertissant. Toi-même tu es prêt à entrer dans la danse dès que le signal sera donné. Kshamenk, lui, adresse un sourire quelque peu navré à l'inconnu, dont le faciès lui rappelle décidément quelqu'un – son nom, sa fonction, son rang disparaissent néanmoins de sa mémoire. Trop sage pour se prêter à vos insupportables plaisanteries, il n'en reste pas moins amateur, et s'il prédit que vous rendrez tôt ou tard le portefeuille dans son intégralité, il prévoit bien du mal à l'étranger.
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posté le Jeu 5 Jan 2017 - 7:20 (4)
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Il fait appel à la bonté de ces gamins, rien de plus. Il n'a rien pour marchander, ne les menacera pas, ne considère pas son âge par rapport au leur comme un point qu'il pourrait manœuvrer. Il se doute qu'ils n'en ont rien à faire. Alors oui, son ton est ferme, sa stature haute et droite, et arrogante, toujours, hautaine: mais les discipliner, ce n'est pas de ses affaires. Il est un adulte, qui tente de parler comme si ces enfants en étaient aussi, de faire appel à une quelconque maturité qui réveillerait en eu une empathie, des remords. Visiblement, il a tord. Ce ne sont pas des adultes, il ne peut pas les traiter comme tel.

Il ne peut pas non plus les traiter comme des enfants. Cela ne l'avancerait pas plus, et les rendrait sans doute encore plus hostile envers lui. Parler de parents, d'autorités, ils n'en auraient rien à faire. Peut-être n'en ont-ils même pas, qui sait, dans ce monde. Samuel lui-même sait peut-être mieux que quiconque que tout peut basculer si vite. Mais l'empathie reste coincée dans sa gorge, à la pensée de la photo, toujours loin de lui. Avec la peur, nichée au fond de son cœur, toute petite, minime, qu'il ne peut s'empêcher de ressentir, de ne plus jamais pouvoir la tenir entre ses doigts de fer.

Il n'esquisse pas de mouvement lorsque son portefeuille est lancé. Il ne serait pas assez rapide de toute façon. Et montrer une quelconque faiblesse ne serait certainement pas à son avantage. Tout comme se prêter à ce jeu; il ne s'en retrouverait qu'épuisé, les gamins connaissant sans aucun doute les dédales de cet endroit mieux que lui. De toute manière, même s'il avait connu cet endroit comme le fond de sa poche, il n'aurait pas cédé. S'abaisser jusqu'à jouer à cache cache avec des gamins pour retrouver ce qui lui appartient déjà? L'idée même lui est farfelue.

Il ne lui reste qu'un atout. Si l'orgueil de Samuel n'atteint pas nécessairement en taille celui des adolescents, sa patience leur est difficilement égalable. Et même s'ils sont les gamins les plus patients du monde, de toute manière, il ne partira pas avant d'avoir retrouvé cette photo. Peut-être décamperont-ils avant lui, il ne les poursuivra pas. Il est en désavantage. Il le sait. Ils peuvent fuir, brûler la photo, faire à peu près n'importe quoi. Mais si ce n'est que ça, il ne quittera pas son poste.

Samuel jette un regard au gamin qui lui lance un sourire vaguement navré. Il n'y répond que d'une moue neutre, inclinant le visage, baissant les paupières un instant.

» Soit. Je vous attendrai ici. «

Il espère encore qu'ils finiront par agir comme des adultes. Peut-être se trompe-t-il. Peut-être éveillera-t-il seulement leur mépris par son attitude. Mais il n'y a rien d'autre à faire. Il ne s'abaissera pas à se laisser jouer comme un chien. Ne courra pas, ne bougera pas d'un pouce. Espèrera seulement qu'une quelconque bonté, qu'une pointe d'empathie les poussera à lui redonner ce qui lui est cher.
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posté le Ven 6 Jan 2017 - 14:07 (5)
Tu n'as jamais raté un soufflé de ta vie. Parce que tu n'en as jamais préparé. Mais à ce moment-là, tu éprouves subitement toute la déception, toute la vexation qu'un cuisinier bouffi d'amour-propre et certain de sa réussite pourrait endurer à la sortie du four, face à pareil gâchis. Le gâteau vient de retomber, semblable à ce portefeuille qui volait si haut une seconde auparavant, et précipite dans son sillage une affligeante déconvenue, de celles qui te laissent bête et frustré. Je vous attendrai. Ha. Aucune autre réaction de la part de ta victime ne saurait mieux s'apparenter à un soufflet que celle-ci. Quel chieur. Personne encore n'avait considéré avec autant de mépris tes injectives, et repoussé tes passe-temps douteux avec une telle morgue. Il n'a pas bougé d'un centimètre, ne t'a pas effleuré d'un cil, et pourtant il t'a giflé si fort que tu en garderas la trace bien ancrée sur les parois de ton myocarde, stupéfaite et rageuse ; si tu récupères l'étui, sûr que tu lui feras gober. Devant ta mine mi-interdite, mi-furibarde, Kshamenk peine à ravaler son rire dans le creux de sa paume.
Cependant, tu ne peux en rester là. Il te faut fournir des directives à Shawn, qui s'est immobilisé afin d'attendre le programme d'action à quelques mètres dans ton dos, serrant votre butin entre ses griffes. Annuler, c'est accepter votre défaite, et ce avant même que l'affrontement n'ait eu lieu – tu ne veux t'y résoudre. Mais s'il ne vous poursuit pas, le jeu perd tout son intérêt. Tant pis. Ce n'est rien qu'un adulte. Ne perds pas la face pour si peu. Sauve ton orgueil, c'est l'essentiel. Alors tu fourres les mains dans tes poches d'un mouvement brusque, hausses les épaules et, sous la douche froide de l'ennui, relâches un :
« C'est qu'ça doit pas être si important qu'ça. Y a qu'à s'en débarrasser. »  
Pendant que tu te retournes d'un quart vers l'actuel possesseur du portefeuille pour lui faire un signe de tête. Aussitôt, Shawn découpe de nouveau un large sourire entendu sur son visage et s'échappe hors de votre vision, plus vif qu'un lièvre, à travers les préaux fissurés des ruines. Kshamenk te lance un regard anxieux, ourlé de noir, que tu ne relèves pas. S'il y a quelqu'un à qui adresser des reproches, ici, ce n'est pas toi – il se trompe de cible en croyant que tu es responsable de cette dérive, innocent que tu es, avec ta bouille de... Non. Il a parfaitement raison. Sauf que tu t'en contrefiches ; à tes yeux fauves, l'unique coupable réside en ce monolithe de patience, ce marbre fait homme érigé devant toi, dont la blancheur de la chevelure te rappelle l'éclat d'un iceberg, qui eut l'arrogance de refuser ton défi. Qu'importe qu'il soit ton aîné et que, selon Diable sait quels préceptes à la con, tu lui doives respect et obéissance. Il a mérité ce qui lui arrive. Mérité de ne jamais retrouver son précieux trésor.

Tu sais néanmoins que Shawn n'est pas gosse à détruire – toi seul t'y adonnes avec autant de verve. Et Kshamenk ne l'ignore pas non plus. Derrière ce verbe, s'en débarrasser, ce n'est pas l'annihilation que tu vises, car tu ne récolterais aucune joie ni aucun soulagement par cet acte. Trois, quatre épaisseurs de cuir, un nombre similaire de feuillets et une poignée de cartes diverses ne feront guère plus de bruit qu'un galet jeté à la flotte, un clapotis de gerbe. Minable. Force nulle. Violence non-nécessaire. Insignifiant. Tes dents ont besoin de plus consistant. C'est pourquoi planquer son dû, le perdre quelque part entre une poutre branlante et une porte dégondée, formera un équivalent, une compensation. Tu fais confiance à ton ami pour cela. Il est doué là-dessus, le Shawn ; plus allègre, moins brute, il se conjugue à l'enthousiasme et aux blagues pourries – sans rire, il trouvera forcément l'endroit le plus improbable où balancer cette maudite jaquette, vous donnant l'occasion d'admirer son propriétaire la chercher durant des heures. Un spectacle qui vaudrait au moins son pesant de cacahuètes, mais à la pensée duquel Kshamenk, hésitant entre l'empathie à l'égard de l'étranger et l'amusement, préfère le bon sens. Sans doute cette réminiscence qui n'a pas encore fleuri aura-t-elle joué dans son jugement.
« Désolé, m'sieur ! »
À ton tour de lui jeter un regard obscur, puisque tu ne sais trop comment prendre cette légère traîtrise. Tu ne comprendras jamais vraiment la compassion dont est capable ce rejeton d'ex-révolutionnaires cubains, cette même compassion que tu reçois avec gêne lorsqu'il te l'offre et que tu conspues quand il la destine aux autres, comme c'est le cas à cet instant. Il a beau être ton ami, tu n'en saisis la psychologie qu'en de rares circonstances – trop rude, trop franc pour partager sa gentillesse. Tu jappes, agacé :
« Et vas-y, aide-le à chercher, tant qu't'y es ! »
Et tu ne le détestes jamais autant qu'à cette seconde, découvrant un mince sourire sur sa figure, parce qu'il t'a poussé à griller tes intentions au moyen de deux simples mots, à ton insu, et de la manière la plus pacifique qui soit. C'est sûr, celui-ci est bien le fils de ses parents.
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posté le Sam 7 Jan 2017 - 1:11 (6)
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La réaction du gamin ne lui arrache aucune satisfaction. Ce n'est pas bon signe. Cela ne le poussera pas à mettre fin à cette prise d'otage, mais plutôt il remarque dans le fond de ses pupilles l'éveil, l'égratignure d'un orgueil totalement adolescent. Une flamme qu'il ne pourra éteindre, et qui brûlera peut-être ce souvenir de papier. En noircira les coins, couvrira son sourire de cendres. Un destin que Samuel ne peut souffrir, mais qu'il ne peut réellement empêcher.

Les mots du gamin lui fond fermer les yeux, un léger soupir filtrant d'entre ses lèvres. Qu'a poussé ces enfants sur ce chemin? Pourquoi cette méchanceté, cette cruauté gratuite? Quel mal leur a-t-on fait qui les poussent à le reproduire? Mais encore une fois, la compassion de Samuel reste bloquée dans sa gorge. Il la ressent comme un fantôme, comme le savoir qu'elle est là, qu'elle devrait y être, mais noyée dans cette peur de perdre ce qui lui est cher.

Il aurait dû la garder plus près de son cœur, dans la poche de sa chemise, peut-être. Dans le creux de sa main. Aurait dû s'assurer qu'on ne pourrait jamais la lui prendre. Mais elle avait été coincée entre deux pans de cuir tellement longtemps, cette photo, jamais il n'aurait pu imaginer la perdre. Ce genre de chose dont on ne connaît pas l'absence, dont on ne l'imagine jamais.

Il accepte les excuses de l'autre gamin d'une inclination du visage. Il apprécie la compassion, même si elle est minime, même si elle n'est pas assez. Même si elle ne change rien. Puis, l'espoir.

Chercher? Oh, il la cherchera. Jusqu'à la fin de ses jours, s'il le faut. Que ce soit sous le regard moqueur de gamins ou pas. Sous la pluie, la neige, le soleil. Si elle n'est plus entre leurs mains, s'il n'a plus à courir, s'il peut seulement chercher. Il le fera. Il n'a pas l'orgueil d'un adolescent, mais sa patience les dépasse. Ils se lasseront de le regarder avant qu'il ne se lasse de chercher.

» Merci. «

Il s'adresse simplement au gamin blond. Après tout, c'est grâce à lui qu'il a encore de l'espoir. Ignorant de toute autre façon le brun, il part à la recherche de son bien, de l'autre gamin blond, parti déjà le cacher. Qu'ils le suivent ou pas. Qu'ils se moquent de lui, qu'ils se pavanent devant leur connerie. Il n'en a rien à faire.

D'une façon ou d'une autre, il retrouvera cette photo.
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posté le Sam 7 Jan 2017 - 16:13 (7)
Fleur bleue, épines rouges, fleur bleue, épines rouges... Ah non, ce n'est pas ce qu'il quête. Il prend son temps, le Shawn, quand bien même il serait impatient de retourner auprès de ses potes pour leur annoncer l'accomplissement de sa mission ; mais celle-ci demande de l'investissement, du tact et de la stratégie. Il tergiverse – en hauteur, irrécupérable sans un diplôme d'acrobate, ou bien à l'abri derrière une lourde dalle de béton fendue ? S'arrête finalement au vaste milieu de ce qui ressemble à un hall de gare désaffecté, quoique ce n'est sans doute qu'un énième et gigantesque débarras bureaucratique. Le portefeuille saute dans sa main, bondit au fil de ses réflexions, s'élève, retombe, s'élève, retombe, mécanique répétitive. Jusqu'à soudain disparaître. Jusqu'à ce qui ne lui reste que sa voix pour t'appeler.

Le feu de tes yeux fluctue entre les contours de Kshamenk et ceux de l'adulte – si ces deux-là ont décidé de se mettre de mèche pour te rendre dingue, c'est une belle réussite, mais il en faudrait tout de même davantage pour te faire sortir de tes gonds. Une broutille, un truc infime, une remarque désobligeante sur le nombre de centimètres qui te manque, au moins. Moue boudeuse en travers de la gueule, tu préférerais être en train de planquer le butin que d'assister à cet échange guindé de politesses, que d'entendre ce « merci » de la part de celui que vous deviez spolier, et auquel ton ami répond avec une mimique gênée. Cependant, fusiller le traître du regard ne t'aidera pas à rectifier le tir, d'autant que l'attitude de l'étranger laisse supposer que sa patience est à l'épreuve des balles ; vider ton chargeur sur ce sinistre inconnu serait vain. À croire qu'il a oublié comment exprimer des émotions. Ou peut-être es-tu trop médiocre, trop insignifiant pour lui arracher la moindre spontanéité – mieux vaut que tu n'en saches pas la justification.
Vous auriez pu en rester là. L'observer s'éloigner sur les traces de Shawn, remuer ciel et terre pour ramasser son bien et puis rentrer, lassés du spectacle muet et affligeant d'un hère à la recherche de son cœur. Vous auriez pu, si l'écho en sourdine de votre comparse, surgi quelque part depuis une vitre brisée, ne vous avez pas frappés. Ce n'est pas un cri de victoire, ça. Ni un sifflement d'admiration. Ça ressemble à ton prénom, ça en a la sonorité en tout cas, mais sur le fond, on pourrait le traduire par oh-putain-de-merde-les-gars-y-a-un-problème. Ou quelque chose de ce style, tu n'es pas sûr. Ta surprise occulte tout processus intelligible. Face à toi, Kshamenk dresse un reflet inquiet. Pas besoin d'une seconde supplémentaire pour vous précipiter vers l'origine du son, dépassant en quelques foulées l'anonyme aux cheveux blancs, le nom de votre complice absent au bord des lèvres.

Il ne vous faut pas longtemps pour retrouver le blondinet. Le retrouver seulement, puisque pour l'aider, vous arrivez trop tard ; il est là pourtant, encore debout, encerclé par trois gars plus grands bien qu'à peine majeurs, mais à peine venez-vous de vous exposer que l'un d'eux – un brun à queue de cheval – agrippe la tête de Shawn et lui flanque son poing dans le ventre tandis qu'un autre – dont le visage se dissimule derrière ses mèches noires – lui arrache le portefeuille des mains. La chique coupée, un bras en travers du bide, l'adolescent chute à quatre pattes avant qu'un coup de pied ne le fasse basculer au sol en lui écrasant les côtes.
« Tiens, regardez qui voilà ! ricane le troisième en relevant la tête dans votre direction, la cavalerie miniature ! »
Hilarité communicative parmi le groupuscule.
Toi, tu te sens bouillir sur place, soudain immergé dans une casserole à 120 degrés.
Le gars à la chevelure de suie enchaîne ensuite, tout en agitant l'étui de cuir sous son nez :
« C'est ça qu'vous voulez ?
On vous a jamais dit de pas laisser traîner vos affaires ? On sait jamais sur qui on peut tomber ! »
D'accord. Qui tu tues en premier ? Le crétin avec l'élastique et la veste de baseball ? L'emo dont la ceinture lui arrive sur les genoux ? Ou le dernier, qui a sous-entendu que tu étais, non pas petit, mais minuscule ? En retrait, la voix de Kshamenk te prie de ne pas t'y risquer.
« Laisse-les, Cam. On fera pas l'poids. Si on bouge pas, Shawn s'en tirera. »
Il dit ça pour se rassurer. Lui-même n'en croit pas un mot, et tu ne l'écoutes pas davantage.
Et maintenant qu'il vient de perdre toutes ses chances de récupérer son portefeuille, il en pense quoi, le vieux ?
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posté le Mar 10 Jan 2017 - 23:59 (8)
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Sur les traces du gamin blond, il part à la recherche de son cœur, de sa pièce homonyme. De ce souvenir qu'il n'aurait jamais pensé perdre. Dans ces ruines désaffectées, dans cet endroit où il ne penserait plus jamais se retrouver. Qui lui rappelle, dans un coin de son esprit auquel il n'a pas accès - ou plutôt, auquel il ne porte pas attention, un coin de son esprit qui, pour une personne plus nostalgique, le dévorerait peut-être tout entier - cette nuit fatidique d'octobre.

Mais ce n'est pas là que son esprit va se perdre, jamais, surtout pas maintenant. Il entend le cri de celui qu'il cherche, puis presque immédiatement les deux autres gamins qui le dépassent. C'est moins le désir de retrouver son bien et plus une compassion innée, un désir d'aider, un sentiment de responsabilité (assez mal placé, dirons-nous) qui le pousse à les suivre d'un pas néanmoins moins rapide, pour finalement arriver, quelques secondes après eux, sur la scène du crime.

Il remarque, d'un coup d’œil, son portefeuille dans les mains d'un adolescent. Légèrement, il fronce les sourcils. La pointe d'espoir auparavant allumée dans sa poitrine se fade doucement, mince filet de ce qui aurait pu être. Il écoute les mots du jeune blond qui l'a aidé. Il a beaucoup de difficulté à le croire. Même le ton employé ne pousse qu'au doute.

Samuel réfléchit, un instant. Il voile ses paupières et laisse filtrer un soupir, presque imperceptible. En trois enjambées, calme, posé, il s'interpose entre les adolescents et le gamin blond, toujours étalé par terre. Il croise les bras sur sa poitrine.

» Ce portefeuille m'appartient. «

Peut-être, du moins il l'espère, les gamins auront le temps de venir chercher leur ami. Et peut-être, il l'espère, ne le laisseront-ils ensuite pas se faire tabasser par trois adolescents enhardis par les quelques poils couvrant leur menton. Et dans la meilleure version des choses, peut-être, ensuite, d'une façon ou d'une autre, pourra-t-il ravoir son portefeuille. Et la photo dans son creux.

Et il se tient droit, interposé par compassion, oui, par courage, parce que son corps d'adulte est plus endurant, plus dur que celui du gamin. Mais aussi parce que d'une façon ou d'une autre, c'est sa dernière chance. De retrouver cette photo. Qu'elle revienne à lui alors qu'il est sur ses deux pieds ou couvert de sang dans la boue, peu importe. Tant qu'elle revient à lui.
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posté le Jeu 12 Jan 2017 - 18:50 (9)
Toute cette histoire commence à te faire grave, mais vraiment grave chier. Tu ne demandais rien, rien qu'un peu de distraction pour égayer cette ville de merde, pour faire passer le temps plus vite, et voilà que trois cassos low-cost se ramènent pour te péter les couilles et celles de tes potes par la même occasion. Enfin, surtout celles de tes potes, pour le coup, parce que tu n'as pas eu le privilège de mordre la poussière – pas encore – et c'est Shawn qui s'est retrouvé les quatre fers à terre. Une injustice qui, à défaut de t'émouvoir, te donnera un prétexte si jamais tu dois légitimer le recours à la violence. Blague. Comme si la violence avait besoin de justification. Elle est son propre motif, son propre mobile. Auto-suffisante. Et en dépit des recommandations de Kshamenk, tu entends bien passer ta rage sur quelque chose, quelqu'un, sans fait montre de la moindre pulsion solidaire, sans une once de pitié.

Semblant négliger la scène qui s'opère sous tes yeux, tu t'écartes alors en laissant le soin à ton camarade de s'étonner pour deux lorsque qu'il voit l'adulte, avec un calme olympien et une sobriété qui deviendra sans doute légende, s'avancer afin de se dresser en rempart contre l'oppresseur. À l'écouter, ce n'est pas le fruit d'un irrépressible élan de sauvetage ; tout ce qui l'intéresse réside mal et bien dans dix centimètres carré de cuir. Mais tout de même, il est difficile de ne pas distinguer dans cette décision une certaine marque de protection à laquelle Kshamenk se trouve plus sensible que toi. Lui qui sait d'avance que tu trouveras cela faux ou vénal. Lui qui a fait de toi son ami alors qu'il déplore quatre-vingt-dix-neuf pour cent de tes actions. Lui qui a le souci de son prochain, et qui profite de l'occasion pour se rapprocher du blondinet au sol et l'aider à se relever. Face à eux, le trio d'imbéciles oscille.
« Rectification : t'appartenait, grince le premier, philosophe de son État et linguiste émérite.
Si tu crois qu'on va t'le rendre... » ponctue le deuxième en fourrant le trésor dans la poche arrière de son fut.
Le troisième reste muet, sauf qu'à en juger par sa grimace et le canif qu'il ouvre et pointe devant lui, ses intentions se passent de commentaire. Aucun d'eux ne paraît prêt à céder – trop de fierté, trop d'orgueil se joue derrière cette banale agression, d'autant qu'ils devinent que prendre la poudre d'escampette ne réglera pas leurs affaires ; il est évident que cet homme à la chevelure de vénérable les suivra aussi longtemps que nécessaire, et que le mettre hors d'état de nuire ne suffira même pas à s'en débarrasser sur le long terme. À moins de lui sectionner les tendons des chevilles. Ou de lui briser les tibias. Ou de...
« Attention ! »
D'un bond, Kshamenk se jette soudain sur le grand blanc, le bousculant juste assez pour qu'une bouteille de bière vide lui frôle le crâne in extremis et aille s'écraser sur le nez du larron au couteau, l'obligeant à reculer. Le choc libère aussitôt un cri de douleur, sourd et furieux, tandis que l'adolescent porte ses mains à son visage devant la mine éberluée de ses acolytes. Sûr qu'un projectile en verre, lancé à cette vitesse en plein dans le pif, à de quoi surprendre même ceux qui n'en sont pas la cible. D'ailleurs, il n'est pas dit que celle-ci ait été la bonne. C'est peut-être juste un coup de chance, un coup de bol. Un sacré coup, quoi qu'il en soit. La victime a les doigts qui virent écarlates. Pour toute réponse aux jurons qu'elle lâche, ton rire fuse à travers l'espace.

Tu étais parti, certes, mais pas bien loin toutefois. Ton but consistait à dénicher de quoi faire passer un sale quart d'heure à ce triptyque bâtard, car en l'absence d'arme, même de fortune, le risque était réel. En un contre un, tu ne dis pas, bien que tes poings nus ne soient pas des plus féroces ; contre trois, en revanche, c'est du suicide. Tu cherchais donc un objet apte à te procurer la force nécessaire pour leur apprendre les rudiments de la défaite, léger, maniable et costaud, le genre qui frappe dur et précis. Or, dans ce dédale d'anciens offices, les belles battes que tu chéris tant ne sont pas légion – encore une occasion loupée de ramener la tienne. Néanmoins, il ne t'avait pas fallu trois heures pour dégoter les restes d'un campement de zoneurs et son lot de détritus. La première bouteille que tu récupéras vient d'être envoyée. La seconde, que tu tiens dans ta paume, ne tarde pas à la rejoindre. L'effet de surprise est malheureusement dissipé, de sorte que tes adversaires s'écartent tout de suite en l'apercevant voler et la regardent exploser au sol avec un bruit magnifique. Aucune importance. Tu n'en finis pas de sourire, un bris de défi dans l'iris.
« Alors les baltringues ? On s'dégonfle ?! »
Dans ton autre main s'agite déjà la barre de fer sur laquelle tu as jeté ton dévolu ; elle est un peu tordue et présente de minces taches de rouille, mais elle fera le travail correctement. Ce n'est pas comme si tu avais eu le choix, de toute façon ; il n'y avait que ça de disponible dans l'immédiat. Kshamenk lâche un soupir. Il aura beau dire ce qu'il veut, te raisonner est à présent vain. Il n'a plus qu'à s'adresser à l'adulte, le tirant en douceur par la manche tout en soutenant un Shawn patraque :
« Venez, c'est risqué de rester au milieu... Mieux vaut nous éloigner pour l'instant. »
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posté le Lun 16 Jan 2017 - 7:33 (10)
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L'éclat de la lame apparaît dans la périphérie de son regard. À nouveau, il laisse filtrer un soupir. Il avait pris la décision de quitter son monde, son temps, après une longue considération. Il n'y avait plus rien pour lui là-bas. Il y avait perdu ses doigts, sa muse. Plus rien ne l'y retenait. Et il n'avait pu s'empêcher de voir une opportunité, une façon de recommencer, de changer à Pallatine. Quelque chose de plus. De nouveau. Une chance. Las de ce public qui était toujours le même, de cette étude, cette investigation que l'on faisait de sa vie, las d'une popularité qu'il n'avait jamais réellement voulu.

Qu'il n'avait appréciée, qu'il n'avait tolérée que parce que sa muse était là. Pour le soutenir. Pour le soulever plus haut, plus haut que ces projecteurs qui lui brûlaient le dos. Lorsqu'il l'avait perdu, plus rien de tout ça n'avait réellement de sens. C'est pourquoi il était parti. Pourquoi il était passé d'un temps à l'autre, à la recherche de quelque chose. De quelque chose, peut-être, qui délierait ses doigts de fer et lui permettrait de composer de nouveau.

Ce n'est pas ce qu'il a trouvé. Il ne sait trop ce qu'il a trouvé. L'éclat d'une lame pointée vers lui de nouveau, peut-être. La pointe, profonde, d'un minuscule désespoir à l'idée de perdre une deuxième fois. Un monde de violence, de guerre où il ne se retrouve pas. Un monde où il doit s'interposer entre quatre gamins pour en protéger l'un, un monde où il ne nourrit que d'un cœur idéaliste l'espoir de retrouver son bien. Un monde où il protège ses doigts de fer, ses doigts de pianiste, en se prenant des coups.

Il ne connaît pas le regret. L'a enfouit il y a bien longtemps, l'a repoussé, l'a combattu et l'a vaincu, un adversaire qui ne reviendra jamais le hanter dans sa vengeance. N'est pas une créature du passé. Ne vit que dans le présent, dans la quiétude secrète de son cœur, de quelques notes jouées pour lui-même. Il ne se languit pas des rues tranquilles d'une banlieue de San Francisco, du monde où l'on vantait la justice d'être pacifique.

Simplement, il soupire. Silencieusement. Les yeux posés sur son bien, tendant son âme vers la photo en son creux. Sentant dans son dos la présence du blond aidant son pareil. Et il ne bouge pas d'un pouce. Se contente d'un regard aux adolescents s'appropriant ce qui lui revient. Il sait qu'ils ont déjà compris qu'il les suivra jusqu'au bout du monde s'il le faut. Alors il reste là, les pieds plantés dans le sol comme les racines d'un grand chêne qu'on ne saurait déloger.

Jusqu'à ce demi pas qu'on le force à faire, ce demi pas qui laisse passer la bouteille vide jusqu'au visage de l'adolescent au couteau dans un bruit de verre cassé. Samuel tourne la tête pour voir d'où le projectile a pu venir; il pose son regard sur le gamin brun, triomphant. Le blondinet, traînant pratiquement son pareil, le pousse doucement, la voix de la raison. Il le suit silencieusement, le regard néanmoins rivé sur l'adolescent qu'il sait posséder son portefeuille.

» Il s'en sortira seul? «

Il indique le brun d'un geste de la tête. Une légère inquiétude est trahie dans sa voix; pas qu'il aie réellement essayé de la cacher. Parce que malgré tout, malgré ce vol qui a causé toute cette situation au départ, il manque d'envie de voir le gamin tabassé par trois autres.


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okay sorry pour le pavé mostly pas pertinent
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posté le Ven 20 Jan 2017 - 20:08 (11)
Oui, mieux vaut s'éloigner, s'écarter, rouler sur le bas-côté pour échapper aux ornières le long desquelles tu t'avances parce que, et Kshamenk le présage à l'évidence, tu ne ferais que peu de cas du statut des êtres devant toi – ami, ennemi, quiconque se trouverait en travers de ton chemin que tu lui expédierais sans vergogne une latte dans la gueule, un de ces coups souples et brûlants qui sont ta signature, et cela vaut même pour tes plus fidèles compagnons. Ce n'est pas de ces instants où l'on réfléchit, où l'on jauge et tergiverse, un de ces moments où tu frôles une dernière fois tes acolytes à la recherche d'encouragements cueillis du bout des cils ; le blast causé par la stupeur persiste encore chez l'adversaire alors tu dois en profiter jusqu'à l'ultime éclat, te projeter vers sa face craintive et jouer de son appréhension – il n'y a qu'ainsi que tu pourras faire disparaître des consciences le handicap de ton infériorité numérique. Et physique, d'une certaine manière.
Ces gars-là, il s'en compte à la pelle parmi les capillaires de Pallatine. Il fourmille des légions de ces grouillants, rascasses des bas-fonds, tellement qu'il ne serait pas étonnant qu'ils soient responsables de l'agression originelle de l'étranger, celle à laquelle tu assistas sans lever le petit doigt et dont tu décidas de tirer parti en te préservant du profit. Plausible. Néanmoins, cette probabilité ne changerait rien, n'amoindrirait ni ne renforcerait une quelconque violence à leur égard ; la tienne s'exempte de toute légitimation, de toute valeur adjuvante, elle est là, ferreuse entre tes doigts, sale et fière, prête à s'abattre sur ceux qui n'auraient pas fui à temps.

Cependant, en dépit de ton excitation, tu ne te lances pas dans la bagarre dépourvu d'une certaine stratégie. Mieux vaut en effet traiter la nuisance selon un ordre précis, une méticulosité prenant appui sur la condition de chacun, et finir ce que tu viens d'entamer. Le type à la tronche de tomate constitue en cela le point d'entrée de la guerre – il le sent sûrement, d'ailleurs, tout autant qu'il sent venir la future dérouillée puisqu'il choisit d'emblée de sonner la retraite, le col barbouillé d'hémoglobine. Tafiole, tu songes, un soupçon déçu. Ses deux qu'on-plisse, en revanche, tablent sur leur dualité et amorcent une séparation prévisible pour te coincer de part et d'autre ; quand bien même tu trouverais à maintenir un espace sain autour de toi grâce à la longueur de ton arme, il te serait – le mot tombe à propos – délicat de gérer deux hommes d'un même front. Une situation qui ne paraît pourtant pas inquiéter Kshamenk, posté non loin de la scène, lorsqu'il répond d'un ton amusé à l'adulte :
« J'vous conseille pas d'y aller. Lui prêter main-forte, c'est juste un coup à s'en prendre un. »
La perspective se veut peu réjouissante, surtout au regard de la grimace froissant soudain le visage du  mec à la queue de cheval. Et pour cause, bien qu'il lui ait suffi d'agripper ta barre pour en stopper l'élan, puis de sa main libre emprisonner la tienne, il ne put empêcher ton genou de lui aplatir l'entre-jambe – the perks of being a shorty –, causant l'immédiate et admirable décomposition de son air retors. D'un bond, tu t'arraches à son emprise, mais ne t'autorises pas un nouvelle frappe en raison de la menace imminente dans ton dos, en la présence du troisième tocard. C'est lui qui possède le porte-feuille, entre autres perruque d'Halloween et mauvais goût vestimentaire, quoique tu l'aies déjà oublié ; ici et maintenant, il n'est rien qu'un sac de sable mouvant dans les flancs duquel, par une courte courbe, tu précipites ton barreau. Et si c'est assez pour intercepter son simple geste, tu viens toutefois de créer une ouverture derrière qui te vaut d'être aussitôt happé par une paire de bras, un étau de muscles entre lesquels tu te retrouves impuissant, furieux et dépité. Tu as le temps de le voir arriver, le poing aux ongles rongés qui s'écrase sur ta joue. Tu t'en mords la langue, trop fort. Tu n'éprouves qu'un seul regret. Celui de ne pas avoir au préalable pris soin de briser ces putains de couilles.

T'as les tympans qui vrillent des respirations satisfaites, un chouïa douloureuses, de tes prédateurs ; le contact de tes omoplates contre le buste de ton ennemi te dégoûte, la pression de ses os autour de ton torse t'étouffe, mais plus tu t'agites et plus se resserre son étreinte calcaire, t'extirpant une plainte rageuse. Sur le banc de touche, Kshamenk observe, hésite, jette un regard anxieux à son voisin, une ombre au fond de l'œil qui ne signifie pourtant rien – ce n'est qu'en reportant son attention vers toi qu'il semble distinguer une chance. Une chance qu'il soutenait encore un instant plus tôt sur ses épaules, qu'il se retient d'annoncer malgré le soulagement et à qui tu dois ta délivrance. Sans elle, sans doute aurait-on continué de te tabasser jusqu'à te faire cracher tes dents, jusqu'à transformer tes mâchoires en une bouillie de sang et d'émail mêlés que ton souffle aurait transpercé d'innocentes bulles. Sans rire, tu aurais fini aussi démoli que la confiance de ton ami.
Certes, Shawn n'est pas garçon à se battre. Ce ne sont guère ses poignets fluets qui te sauveront de tes entraves, or son talent niche ailleurs, à commencer par le silence dont il fait preuve alors qu'il houle en ta direction. Qu'on s'acharne sur toi ne peut que lui déplaire, mais cette animosité l'avantage en ce qu'elle le rend invisible à la vision des deux adolescents, ou tout du moins assez discret pour les contourner puis, tout à trac, se glisser dans l'angle mort de l'apprenti boxeur, subtiliser le contenu de sa poche arrière, tirer son froc déjà bas jusqu'aux chevilles, esquiver le coup réflexe, déguerpir. Son binôme aura eu beau tenter de le prévenir, la réactivité lui aura manqué. Toi, nonobstant ta figure endolorie, tu applaudis la ruse avec un éclat de rire et balances aussi sec ton pied en plein dans son menton tandis qu'il se baisse pour remonter ses fripes. Ça fait un bruit mat, comme une bille sur un plateau de bois. Il titube, agrippe sa maxillaire en geignant. Un deuxième heurt percute ensuite son front, fauche son équilibre. Pendant ce temps, Shawn s'exclame :
« Mok, attrape ! »
Et l'on peut contempler, l'espace d'un battement, l'arc transparent que dessine un cœur en plein vol.
« J'ai ! »
Pour un peu, il aurait trébuché dans sa tentative de le réceptionner. Mais non. Pas cette fois. Pas quand il ne reste qu'à le tendre à son légitime propriétaire. Avec le sentiment du devoir accompli au porte-monnaie.

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Pardon pour ce léger retard...!
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posté le Sam 21 Jan 2017 - 8:42 (12)
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Il observe la scène, silencieux. Lance un regard au blondinet qui lui recommande de ne se mêler de rien. Hoche très légèrement la tête. Un étrange mélange d'inquiétude, de gratitude et de regret, d'un certain dégoût de la violence tourbillonne au fond de son estomac. Son regard reste rivé sur l'adolescent avec son cœur dans la poche, cherchant du regard le coin de son portefeuille, une opportunité de le retrouver, de le rattraper, de se le réapproprier.

Le combat se déroule sous ses yeux et sa stature, haute, droite, immobile. Il grimace à chaque coup, peu importe son récipient; ressent presque la douleur dans ses côtes, une empathie qui vibre en lui, une compassion dégoûtée qui répète son pacifisme. Il ne supporte pas la violence. Justifiée ou non; mais elle n'est jamais justifiée. Jamais. Rien ne vaut de se ruiner les doigts. Rien ne vaut de distribuer des coups, ou de les recevoir.

Il esquisse un mouvement lorsque le brun est attrapé, mouvement qui se meurt au creux de ses os bien avant d'être effectué. Il se tend, et se retire tout à la fois. Se contente de subir son empathie, sans jamais fermer les yeux; il ne peut pas. Son cœur est toujours là, toujours loin. Il ne peut pas être aveugle, ne peut pas se le permettre. Que ce soit pour le brun ou pour lui même.

Il observe en silence le blondinet blessé s'approcher d'un adolescent.

Son cœur vole, si haut qu'il observe son arc dans le ciel. Si haut qu'il ne le retient qu'en scellant ses lèvres. Et il le voit tomber, s'inquiète peut-être, panique, un instant, une seconde, un battement de cœur - atterri dans les mains du blondinet à ses côtés. Dans un bruit sourd qui se répercute dans son esprit comme une note, comme la première note de cœur qui joue dans sa poitrine.

Et il prend son portefeuille entre ses doigts tel un trésor. Le fourre dans sa poche délicatement, doucement, la plus précieuse chose du monde.

» Merci. «

Dans un souffle. Presque silencieux. Et Samuel expire, soupire, respire enfin pour la première fois depuis que tout ceci a commencé. Avec la photo d'Amélie dans le creux de sa poche, dans le creux de son cœur. Il n'a pas vu, n'a pas observé le reste de la bataille; alors qu'il relève son regard vers elle un seul adolescent est toujours debout, l'autre étalé par terre.

Trois enjambées, calme, posé, de nouveau réellement composé en son sein, il se retrouve presque derrière le dernier adolescent: celui qui tient le brun. Profitant de la commotion et d'un geste sec, ferme, il attrape un poignet, puis l'autre; sent ses prothèses les tenir avec force, s'enfoncer légèrement, probablement douloureusement dans la peau de l'adolescent. De sa force d'adulte, d'homme, il soulève ses bras pour le forcer à libérer le brun. L'adolescent se débat; les prothèses du pianiste lui offrent une force, une prise qu'il ne peut briser.

» C'est terminé. «

L'adolescent se tourne vers lui; a l'air de vouloir rétorquer; Samuel le coupe court.

» Vous êtes à quatre contre deux. C'est terminé. «

Il ment, bien sûr. Lui-même ne fera rien de plus que de le tenir par les poignets: le lâchera même si on se sert de sa prise pour le frapper. Les deux blondinets ne semblent pas du genre à se battre. Sinon ils l'auraient déjà fait. Mais Samuel espère que cela sera assez pour le faire fuir, le faire abandonner.


Spoiler:
c'est nbd. tu me dis si y'a quoi que ce soit à changer!
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posté le Sam 21 Jan 2017 - 18:50 (13)
Pendant que tes compagnons se refilent le butin afin de le restituer à qui de droit, tu es encore à batailler contre ce carcan osseux qui t'emprisonne et t'écœure ; parce que tu ne touches terre que du bout des baskets, tu ne peux y puiser suffisamment de force pour repousser ton adversaire et te voici forcé de pédaler dans le vide, grognant, dans l'espoir que tu l'épuiseras plus vite que toi-même bien qu'il ne paraisse pas décidé à te lâcher. Sans doute craint-il de te libérer autant qu'il aimerait le faire, à la manière d'une grenade dont il sait que s'en séparer en ôtera la goupille, alors il réfléchit au moyen de te balancer à un endroit où tu ne pourras pas lui nuire en retour, genre une fosse sans fond, une cuve remplie d'acide, une crevasse hérissée de pics, tous ces trucs qui passent dans les films et que les méchants oublient toujours d'utiliser pour se débarrasser des gentils. À la différence près qu'ici, les rares fissures ne concernent que les murs des bâtiments délabrés et que, à l'unanimité, tu n'appartiens pas à la classe des gentils. Même pas dommage. À t'entendre rager et insulter joyeusement ton geôlier, il est en effet fort probable que la sympathie t'étranglerait.
Vous y serez d'ailleurs toujours, lui le braconnier, toi le chat sauvage, le diable de Tasmanie, à lutter avec maladresse pour ne rien céder, si un tiers ne s'était interposé en la personne de l'étranger. Tu n'y pensais plus et voici qu'il intervient pour mettre un terme à votre combat, haute silhouette sévère ; sous l'action de ses doigts, tu sens la prise autour de tes côtes se détendre, ton diaphragme respirer de nouveau, tes bras retrouver leur aisance. Tu t'éjectes d'un saut, non sans abandonner au passage un coup de coude dans le flanc de ton précédent oppresseur, témoin de la honte qui s'agite en toi de n'avoir pas été capable de régler cette affaire par toi-même. Tu n'arrives pas vraiment à comprendre comment un homme si passif, si impassible, a pu imposer sa volonté à quelqu'un, comment il s'y est pris pour bouger ces articulations entre lesquelles tu remuais en vain. Quelle force inattendue dissimule-t-il dans ces phalanges gantées ? Un étonnement similaire se lit dans le regard de tes camarades, mais chez eux il n'est pas entaché d'une quelconque colère.

Selon ta propre évaluation, ce n'est pas terminé. Bien au contraire, ce serait plutôt maintenant que les choses intéressantes commencent. Il te suffirait pour cela de ramasser la barre que tu avais laissé tomber un instant auparavant et de repartir à l'assaut de ce maton de pacotille pour lui faire passer l'envie de réitérer. Sauf que lui prend la menace au sérieux, ce quatre contre deux, contre un et demi plutôt, puisque son collègue se relève tout juste de sa raclée avec l'air de ne plus vouloir y toucher. Un éclair de revanche fend ses yeux sombres. Avec un dédain palpable, il s'arrache à l'emprise de l'adulte, esquisse quelques pas de recul, prudent, bafouille un ou deux mots sur une possible vengeance, puis fait volte-face et s'éloigne en courant, suivi de près par son acolyte à la mâchoire abîmée. Toi, tu résistes à l'envie de leur envoyer ton arme dans les pattes, histoire que l'un d'eux se croûte. Tu résistes autant que tu peux. Et tu ne peux pas davantage – la tige métallique décrit plusieurs rotations avant d'aller cogner contre les chevilles du gars aux cheveux noirs, qui sursaute et manque de se gaufrer ; il ne doit sa dignité qu'à la distance entre vous deux, à cause de laquelle l'énergie de ton lancer s'est un soupçon dissipée. Ce qui n'est pas pour te rassasier. Tu maugrées, en te retournant vers les trois créatures présentes :
« J'm'en s'rais tiré tout seul... »
Ouais, et eux se s'raient tirés avec le porte-feuille ! » conteste Shawn sans y glisser de reproche.
Mince détail que tu avais complètement occulté. Cet aspect-là du problème ne t'avait à l'évidence pas du tout effleuré la cervelle – tu frappes pour frapper, c'est tout. Tu n'es pas un justicier. Kshamenk devance cependant ta pensée et ajoute, conciliant :
« T'as bien fait d'y aller. On n'aurait pas pu le récupérer, sinon. »
Le remerciement muet ne calme pas ta hargne, toutefois il a le mérite d'apaiser ton ressentiment. En plus de se montrer insupportable de gentillesse, Mok est aussi redoutable dans le domptage des âmes comme la tienne – à croire qu'il aime ça, risquer de se faire mordre par ceux qu'il côtoie. Shawn piaffe. Il se remettra sans mal de ses bleus au ventre.
« Et maintenant ? »
Bonne question.
« On s'en va. Le premier s'est barré il y a un moment déjà, je voudrais pas qu'il soit parti rameuter des potes pour nous coincer à la sortie. »
Bonne réponse. Une proposition qui nécessite toutefois l'aval de leur aîné – enfin, il peut toujours rester là si cela lui chante, mais le coin peut très vite virer craignos.

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posté le Mar 24 Jan 2017 - 7:26 (14)
haut et court
ft. Cameron


L'adolescent se débat; la prise de Samuel s'affirme. Il ne sent pas mais devine les os du jeunot courir sous ses doigts de fer, les nerfs coincés entre deux articulations artificielles dont la calibration n'empêche pas une force excessive, une force qui pourrait faire de réels dommages, peut-être - à l'adolescent autant qu'aux prothèses. Alors Samuel se contente d'affirmer sa prise, sans jamais la resserrer. Et lorsque le jeune le repousse finalement, esquisse un mouvement pour s'échapper (de son emprise et de la situation), Samuel le lâche sans un mot. Et il l'observe s'en aller, l'observe partir - sans remarquer le brun à côté de lui ramasser la barre de fer à ses pieds.

Il détourne le regard alors que l'arme est lancée. Pour le reposer sur le gamin, qui le regarde d'un air hargneux. Qui se défend: qui clame qu'il aurait pu s'en sortir sans aide. Samuel ne lui offre pas un mot, seulement une inclinaison du visage pointée d'un regard dubitatif. Il se tourne vers le blondinet blessé, qui exprime son incrédulité en plus d'un point plus important encore. Puis vers l'autre, qui affirme la décision de son ami. Samuel se retourne vers le brun à moitié, enfonçant sa main dans sa poche pour y caresser le cuir de ce qu'il aurait pu perdre.

» Et je te remercie - je vous remercie tous - pour cela. «

Un ton calme dont l'indifférence à laquelle les gamins sont habituée est percée d'une profonde, réelle gratitude. Il se doute, maintenant, qu'ils auraient fini par lui redonner son bien. Qu'ils n'étaient pas animés d'une réelle malice; que d'une façon ou d'une autre, leur conscience prendrait le dessus (que ce soit intérieurement ou peut-être en l'être du blondinet qui l'aide depuis le début). Et que malgré que cela ne pardonne rien; malgré que toute cette situation aie été causée par eux en premier lieu, ils ont fini par l'aider.

Et sans eux, il aurait probablement fini avec beaucoup plus de sang sur sa chemise, ou bien simplement il aurait perdu cette photo qui lui est si précieuse. Cela il ne l'oublie pas, et ne sera pas si arrogant, si dédaigneux de l'ignorer. Sans être animé d'un respect profond, son dédain est repoussé de quelques espaces. Il sort sa main et son portefeuille de sa poche, l'ouvre lentement, en sort les billets qui y étaient nichés, les tendant aux gamins.

» Si jamais vous avez besoin de quelque chose. «

Peut-être devrait-il être plus dédaigneux, plus en colère, encore, que le brun lui aie volé en premier lieu. Mais au fond de sa poitrine, sa joie d'avoir retrouvé ce qu'il a cru avoir perdu est bien plus grande que tout autre sentiment. Peu importe comment tout a commencé; l'important c'est que cette photo est toujours entre ses mains, et cela il ne l'aurait pas accompli seul sans plus grandes conséquences.

Il acquiesce silencieusement lorsque l'on propose de partir. Et c'est ainsi, quelques pas plus tard, qu'il se sépare des gamins. À la sortie de cet endroit et s'engouffrant dans les rues qui le porteront jusqu'à sa destination initiale; jusqu'à ce qu'il s'arrête. Quelques pas plus tard, plus loin, sur un trottoir il s'arrête un instant. Fourre sa main aux doigts de fer dans sa poche, en sort son portefeuille.

Glisse, doucement, l'image d'Amélie hors de son étui de cuir.
Un sourire, doux, qui lui tord le cœur une fraction de seconde.


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Jeune altermondialiste
posté le Mer 25 Jan 2017 - 1:01 (15)
Tu as peine à croire ce que tu viens d'entendre. Tu n'es pas sourd pourtant, loin s'en faut, mais ce mot-ci, ce gros mot, tellement énorme qu'il en devient gênant, tu l'as entendu bien distinctement. On t'a remercié. Peut-être par devoir moral, peut-être par obligation éthique – qu'importe –, c'est là, embarrassant, déplaisant. Même Kshamenk, qui n'est pas avare de gratitude lorsque les circonstances se présentent, n'a pas eu le cran d'en appeler à une reconnaissance aussi ostentatoire. Sans doute sait-il que tu n'aimes pas cela, contrairement à l'adulte que cette bête terminologie ne semble pas émouvoir davantage qu'un banal salut ; sans doute pressent-il les blattes qui s'empressent de te chatouiller la nuque, désagréable remue-ménage sur ta conscience, et cette sensation qui enfle en toi à la manière d'un souffle d'orage. D'ordinaire, tu n'es pas celui qu'on remercie. On te craint ou l'on t'insulte, ça c'est normal, on te déteste pour beaucoup de choses, à commencer par ta propension à te foutre de tout et ta désastreuse passion pour les vitres brisées. Alors qu'un étranger, qu'en plus tu ne t'es pas gardé d'emmerder au préalable, en arrive à te témoigner sa révérence... Tu tombes des nues. Ce qui ne t'empêche pas de vouloir lui faire ravaler sa phrase, par une sorte de revers colérique face à ta propre hébétude.
Tes compagnons ne sont pas en reste non plus, quoique plus habitués à ces politesses qui sont l'apanage des gens civilisés. En revanche, rien ne laissait présager le geste qu'eut l'homme à cet instant. La parole aurait mille fois suffi – aucun d'eux n'est avide de quoi que ce soit – et, de fait, ils te rejoignent dans ton incrédulité devant ce don surgi de nulle part, une offrande sans mépris, où l'on hume la sincérité et non la nécessité, gracieuse, juste. Personne n'ose bouger, par appréhension ou par honte anticipée, tu l'ignores. Un œil extérieur aurait pu y voir un rituel étrange, à l'instar de ceux qui mettent en scène de douteux personnages dotés de poches à trésors et trois écoliers naïfs, captivés par quelques rodomontades sur les bienfaits de l'herbe. Il n'en est rien, à l'évidence. Et c'est tout comme. Qui sait si ce n'est pas de l'argent sale – un pléonasme, selon toi – qu'il vous tend ?
« C'est carrément plus que c'que j'reçois en argent d'poche ! s'exclame Shawn une fois sorti de son bref émerveillement.
Tu reçois pas d'argent de poche... commente aussitôt Kshamenk, sourire en coin.
C'est bien c'que j'dis ! »
Ce n'est un secret pour nul d'entre vous ; toi excepté, puisque tu n'as ni parents ni métier, Shawn est le plus pauvre de ta bande. Sa mère élève seule ses deux garçons, dont il est le cadet, et passe plus de temps à trimer à la coopérative altermondialiste qu'à se gaver de petits gâteaux sur un transat. Et malgré cette réalité, la vie a toujours l'air d'être un jeu entre ses doigts.

En fin de compte, c'est Kshamenk qui s'est emparé des papiers avant de les fourrer aussi sec, sans paraître y porter attention, dans la poche du sweat de son ami. Tu l'as regardé faire comme s'il voulait s'en débarrasser, ces feuillets trop encombrants pour lui, et à la mine de chat qui glissa ensuite sur sa figure, tu compris qu'il avait pensé la même chose que toi. Ça lui serait plus utile qu'à vous deux. Il se fendit à son tour d'un remerciement dont l'authenticité rivalisa avec celle que l'adulte vous avez témoignée, puis vous vous mirent en route, cortège ô combien hétéroclite jusqu'aux limites de la friche.
Tu demeures un moment à fixer cette silhouette qui s'éloigne, cette chevelure de neige dont tu ignores le nom du porteur. Cela n'a aucune importance. Tu t'interroges sur la portée de tes actes, pour la première fois de ton existence peut-être. Te demandes si quelque chose n'est pas en train de s'éveiller en toi, de s'agiter avec la fragilité d'un souriceau. Tu serais capable de la noyer, cette plainte étouffée, sitôt que tu en découvrirais la teneur. Ce serait d'une remarquable facilité. Or, tu ne sais pas de quoi il s'agit. Tu te contentes de l'écouter, de tenter d'en affiner les contours au fur et à mesure que ceux de l'inconnu s'effacent, pareil au mouvement d'une balance que deux poids distincts déséquilibrent. Et tu ne trouves pas. Soudain, la présence de Kshamenk à tes côtés t'arrache à tes observations. Tu vires de bord, incertain de ce qu'il aurait pu décrypter dans ton attitude.
« Tu l'connaissais alors ? C'est qui ? »
Il hausse les épaules, nonchalant. La voix de Shawn qui vous appelle non loin ricoche contre les murs lézardés.
« Aucune idée. Un mec bizarre, je suppose. Allez, tu viens ? »
Tu n'as pas le cœur à relever la plaisanterie. Tu le suis, les godasses souillées de poussière, et le bruit de tes pas sur le béton craquelé recouvre sans peine le murmure que tu n'as su nommer.
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