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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

Rhapsody in Blue | ft. Wilhelm

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posté le Jeu 16 Fév 2017 - 9:54 (1)
rhapsody in blue
ft. Wilhelm


Silence.

Mais ce n'est pas toujours un chasme. Pas toujours un mur infranchissable, pas toujours un refus, pas toujours une solitude amère. Même pour un musicien le silence n'est pas toujours un gouffre sans fond; peut-être sont-ils même les plus à même de le comprendre. De l'apprécier. D'y trouver un calme, une paix, niché au fond de ce silence un mystère paisible des choses que l'on a pas besoin de dire. De ce qui se cache derrière les notes, ce qu'il y a de plus, leur profondeur, ce que l'on lit entre les lignes, entre deux sourires et une caresse effleurée. Le bout des doigts, le creux au coin des lèvres, le pli au coin des yeux.

Que les mots qui n'échappent pas; qui n'ont pas besoins d'être dits; qui se partagent sans que l'on ne les esquisse, ne sont jamais un silence douloureux. Pesant, peut-être, parfois qui s'écrase sur ses épaules sans faire courber l'échine, qui coule sur sa tête, telle la pluie. Mais parfois aussi d'une légèreté qui court le long de ses mains, vient toucher, fugace, éternel le haut de son dos, danse contre ses omoplates, jusqu'au plus profond de sa poitrine, se niche sous son sternum et s'y complaît sous une expiration - jamais un soupir.

Comme un oiseau qui ne chante pas parce que l'aube y recueille ses notes. Que son silence n'est que cet ode au ciel rosé où se perd une veuve au cœur brisé, dans ce réconfort amer que lui amène un nouveau jour. Que le silence est parfois désespoir; qu'il se pose là où se jouaient les notes d'une sonate, le sourire d'un pianiste tombé du ciel; qu'un violon silencieux au creux d'un cœur ne pleure que de longues notes qui s'échapperont éventuellement vers le ciel.

Mais ceci n'est pas de ces silences là. Ce n'est que le silence de deux âmes qui se lient, un instant, qui s'apprêtent à poser leurs doigts sur les notes. Qui s'apprêtent à briser ce silence, qui se contentent de l'apprécier, de comprendre, de sentir ces secondes s'égrainer, fugaces. Une anticipation, presque une excitation, une fébrilité. Samuel lève les yeux, un seul instant. Pose son regard sur son ami, offre un sourire, tranquille. Une inclinaison du visage. Une invitation.

Trois. Deux. Un. Les notes s'échappent du piano sous ses doigts de fer. Rhapsodie d'un bleu profond qu'il entame, seul, attendant, sachant qu'on le rejoindra.

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- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
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BIR
posté le Mar 21 Fév 2017 - 19:24 (2)
Wilhelm attendait.

Mais ce n’était pas une mauvaise attente. Ce n’était pas l’attente lourde et pénible avant un évènement qu’on redoute ; ni l’attente surexcitée avant un événement qu’on attend au contraire avec impatience. Ce n’était pas non plus une attente oisive due à une indécision chronique ; ni une attente due à une incapacité d’agir. C’était l’attente saine avant de pouvoir agir justement. De pouvoir remplir son rôle comme il le devait ; de façon la plus parfaite possible. Parce que la Musique l’exigeait, parce que même s’il ne s’agissait pas d’un récital officiel, il se devait d’être irréprochable. La moindre erreur serait un crime de lèse-majesté, un affront envers la Musique, cette déesse qui pouvait apporter tant de joies, tant de peines, de tant d’émotions dont il se faisait le fidèle pontife.

Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas pu réaliser un duo avec un autre pianiste…C’était une autre ère, une autre dimension, littéralement. Il n’aurait pas pensé, n’aurait jamais pensé plutôt, rencontrer quelqu’un qui soit suffisamment de qualité pour qu’il puisse ne serait-ce qu’envisager quelque chose de ce genre. Wilhelm, exigeant et élitiste ; passablement. Il n’y aurait jamais que Tobias qui illustrerait ses ouvrages ; il n’y aurait jamais que Samuel avec qui il jouerait du piano. C’était simple et définitif. Il pourrait discuter littérature et musique avec d’autres, mais jamais pratiquer. Si déterminé dans ses choix. Si buté. Si Wilhelm en un sens ; si exclusif. Si entier. Si semblable à celui qu’il était avant, maintenant que l’ordre était revenu dans sa vie, enfin..d’une certaine façon. Il avait retrouvé sa conscience, il avait dynamité les rochers qui l’empêchaient d’avancer ; il reprenait un mode de vie plus sain et serein.

Il était heureux, et cela transpirait par tous les pores de sa peau. Le fait d’oser reposer ses doigts sur les touches d’un piano n’était que l’aboutissement de tout ceci. Une apogée. Peut-être lancerait-il sa complainte solitaire rachmaninovienne plus tard ; un concerto en trois parties, sombre, hésitante et puis glorieuse pleine d’optimisme, pour mesurer le chemin qu’il avait parcouru ; mais plus tard. C’était trop intime pour qu’il puisse le partager, même avec Samuel. Il avait besoin d’être seul dans la pièce où se trouvait le piano ; d’autres pourraient l’entendre, ce n’était pas bien grave car ils ne le comprendraient que comme le retour de cette habitude qu’il avait ; mais il ne voulait pas d’autre présence physique avec lui. Stupide d’un côté, un peu égoïste sûrement. Mais il était comme ça ; il avait des faiblesses incompréhensibles, des lubies, il l’admettait.

Il répondit d’un signe de tête à celui de son ami. Oui ; Samuel pouvait y aller, Wilhelm était prêt. Il l’avait toujours été.

Alors les premières notes retentirent.

Un bref instant, et Wilhelm se lança.

Rhapsody in Blue, de George Gerschwin. Un morceau qui lui rappelait sa jeunesse, un morceau plein d’optimisme.

Un morceau plein d’espoir.

HRP:
Je ne sais pas ce que j'ai fait, pardon

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posté le Mer 22 Fév 2017 - 1:46 (3)
rhapsody in blue
ft. Wilhelm


Les notes vibrent dans l'air avant de s'y poser, doucement, de s'enchaîner comme la brise fait virevolter les feuilles. Une soirée d'automne, tranquille, posée d'un calme élégant. Moins un moment simple, comme sa femme assise au coin de la salle à lire, sa main effleurant la sienne alors que l'autre gratte le papier pour y poser des notes - il avait toujours préféré composer sur papier, les méthodes plus modernes perdant, pour lui, de cette connexion profonde à lui même dont il avait besoin -, et plus une soirée élégante d'avant concert. Comme une routine, pas de cette anticipation, de cette angoisse qui l'avait habité à ses débuts: plutôt comme un de ces concerts tel ceux qu'il donnait après avoir pris confiance, et avant de perdre ses doigts.

C'est un sentiment qu'il accepte, qu'il canalise, qu'il laisse passer à travers lui, le ressentant, le comprenant. Il le laisse s'étendre, l'habiter, s'en entoure et se l'approprie. Le laisse se poser dans sa poitrine, le fait vibrer aux battements de son cœur, le laisse couler le long de ses bras, jusqu'à ses mains, jusqu'à ses doigts de fers qui cliquettent sous ces mouvements précis, rapides, répétés, appris, plus réflexes dans ces moments, plus la manifestation de ces sentiments qu'il habite qu'un réel test de ses habiletés. Il bat au rythme de cette pièce qui n'est pas sienne, sait qu'elle ne le sera jamais; qu'il ne peut que l'emprunter, à cet instant, la ressentir pour pouvoir la traduire en ces notes.

Et lorsque l'on se joint à ses mesures, il s'ouvre, accueille en son sein le ressentit d'un autre, pose près de sa passion ce qu'il reçoit de son ami. Partage un instant son cœur, au rythme des accords qui se mêlent, qui tourbillonnent dans l'air pour se joindre, pour se marier en des notes que l'on ne pourrait obtenir seul. Y partage, y mêle sa muse, cette anticipation, cette confiance, fébrile, calme, cette satisfaction prenante du travail que l'on sait sera bien fait - heureux, sachant qu'il ne voudrait rien de plus, ce sentiment d'être à sa place, avec sa femme à ses côtés; tout ce qu'il trouve dans cette pièce.

Et bien que de jouer est normalement quelque chose de très personnel, de très solitaire pour Samuel; bien que même devant une foule il ne joue que pour lui-même, il puise, il pousse en ce duo cette passion qui tourbillonne au creux de sa poitrine, partage au plus profond de lui-même et silencieusement, sans en dire un mot, sans qu'on ne puisse jamais le deviner réellement, ces secrets toujours nichés derrière ses poumons. Il n'y a rien de solitaire dans cette pièce qu'il partage, rien de solitaire en ces notes qui se joignent, en ce moment avec son ami.

Si Wilhelm ne l'avait pas compris avant - qu'il le comprenait, qu'ils se comprenaient dans leurs idées et bien que Monsieur König ne puisse faire preuve de réelle empathie pour concevoir les deux plus grands maux de Samuel - il le comprenait maintenant, ne serait-ce que le temps de cette pièce. Samuel ne garde rien lorsqu'il joue, éclatant, brillant comme la lune dans sa lumière argentée; ne resplendissant que de sa muse, du soleil qui l'éclaire.

Ainsi ses mains courent sur les notes, comme s'il en avait quatre, comme s'il portait en lui Wilhelm et ses doigts de chair. Comme s'ils n'étaient qu'un.

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BIR
posté le Dim 5 Mar 2017 - 12:36 (4)
Il retrouvait l’atmosphère de ses jeunes années. Cette espèce d’insouciance qu’il avait, une insouciance insolente. Il avait vingt ans alors, et il possédait le monde au creux de sa main.Il était artiste, il était presque libre, il était heureux ; il pouvait passer des heures à discuter d’un ouvrage, à argumenter, à le disséquer ; à lire des extraits de ses romans à ses amis, pour qu’ils discutent ensemble de ce qui était à sauver ou au contraire à changer. Attablés à une table de café, ils discutaient littérature, philosophie, voyages et autres cultures pendant des heures, commandant des boissons pour ne pas être mis à la porte parce que jamais leurs conversations ne semblaient pouvoir avoir de fin. Ils avaient une belle vie alors, Wilhelm s’en rappelait avec une intensité douloureuse. Et Rhapsody in Blue correspondait tellement à cette insouciance qui osait tout qu’il avait alors. Mêler un concerto de piano à un orchestre jazz, il avait fallu le culot de Gerschwin pour le faire ; et il l’avait fait. Il avait retranscrit son époque dans un seul morceau. Cette espèce d’optimisme en tout, ce côté décalé, démesuré alors ; que ce morceau lui avait fait forte impression à l’époque ! Il se rappelait l’avoir entendu, s’être figé, un grand sourire aux lèvres ; il contrastait avec les nuages qui commençaient doucement à obscurcir l’Autriche et l’Allemagne, et qu’on avait écarté alors.

Mais cela il voulait l’oublier, ne se rappeler que du bon côté du morceau alors qu’il le jouait,  se replongeant dans cette époque si heureuse pour lui. Il le jouait comme il jouait quand il avait vingt ans ; avec ses tripes bien plus que sa tête, juste pour le plaisir de jouer, de ressentir et non pas pour impressionner qui que ce soit. « Oh, vous jouez du piano ? »lui disaient parfois certains membres de sa diaspora qui possédaient le bel instrument sans jamais y toucher cependant. «  Pourquoi ne pas jouer un morceau alors ? » Et Wilhelm devait s’incliner pour préserver ses liens avec ses confrères en se faisant l’effet, parfois, de se prostituer. Le contraire de ce qui se passait à présent avec Samuel.  C’était une entente musicale parfaite, quelque chose de bien plus spontané, plus heureux et bénéfique pour eux deux. Lui savait en tout cas que cela apaisait son esprit d’une manière assez remarquable ; que cela lui permettait de se détendre. Et en cela, Rhapsody in blue était un morceau parfait, car il contenait la dose de fantaisie nécessaire. Un morceau plus classique l’aurait peut-être rendu guindé, encore moins tolérant face à une éventuelle erreur ; mais du jazz, non, cela libérait quelque chose en lui. Il se sentait prêt à accepter des improvisations, avait presque envie de se lancer là-dedans lui-même ; parce que c’était le type de morceau qui s’y prêtait parfaitement.

Et diantre qu’il s’amusait, souriant comme un enfant. Il sentait tout le talent de son camarade avec lequel son jeu s’accordait parfaitement ; il avait l’impression d’avoir trouvé la personne parfaite pour un duo, voilà tout .L’impression de se lier à quelqu’un de façon intense en une harmonie si parfaite, de s’accorder tellement qu’il avait l’impression qu’il n’y avait qu’un cerveau pour ces quatre mains qui faisaient chanter le piano, c’était inexplicable et presque mystique.  Lui habituellement si sérieux, si parfait représentant d’une rigueur germanique quasi-militaire, se laissait aller, enfin, les yeux brillants et les joues qui s’empourpraient.

Il était heureux, tout simplement.

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posté le Jeu 9 Mar 2017 - 7:52 (5)
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Et ils courent, sur ces routes de blanc et de noir, sur ses courants qui portent les notes jusqu'au ciel, tourbillonnants. Dans cet union qui fusionne ces deux hommes et leurs doigts, et leurs mains; de chair et de sang et de métal. Dans un rythme qui ne manque pas un battement, moins par excellence technique et plutôt par cette synergie qui les animent, qui les lient et créé cette pièce la rend réelle, concrète, résonnant contre les murs comme l'écho d'une amitié.

Samuel ne joue pas de duo; n'en avait pas joué depuis le conservatoire. Et il a accepté de jouer avec Wilhelm avec une joie certaine, et pourtant une peur, nichée au creux de son ventre, qu'il s'est forcé à ignorer: la peur d'être déçu. D'entendre dans les notes de son ami une dissonance, une discordance; d'avoir son attention sans qu'il ne puisse l'en empêcher attirée par les erreurs potentielles de ses doigts. Et il y a un soulagement certain, dans ses muscles, à savoir que ce n'est pas le cas.

À savoir que l'excellence de Wilhelm s'étend aussi jusqu'au bout de ses doigts, d'un talent certain, affûté. Sans frôler la perfection - puisqu'elle n'est pas art, et ne le sera jamais - puisqu'il ne faut jamais y aspirer; la perfection est là où la technique s'effondre, là où elle consiste plutôt que de compléter une pièce. L'on ne joue pas avec la tête, mais avec le cœur, et en cela l'on sera toujours imparfait. Et c'est à soi-même, à sa propre compréhension, à une vague de sentiments, de sensations, c'est à battre au rythme de son cœur, sans penser, sans réfléchir - c'est à cela qu'on doit aspirer.

Et c'est à cela qu'ils aspirent, et c'est ce qu'ils atteignent. Dans cette pièce pour deux pianos où ils se livrent, se déposent tel leurs doigts sur les notes, sans barrière, et sans une once de regret. Comme la pièce, elle même, qui n'exprime qu'un optimisme brillant, une fougue profonde qui les porte, qu'ils expriment et exsudent à leur tour.

Jusqu'à ce que leurs doigts ralentissent. Jusqu'à ce que se pose sur eux cette anticipation, cet étrange mélange d'appréhension et de satisfaction; ce désir que ce moment ne se termine jamais et pourtant qu'il se termine à ce moment-ci, exactement. Comme s'il était prédéterminé, que l'on ne pouvait s'en déroger et que l'on le comprenait, que l'on l'acceptait et que l'on appréciait, en un sens, cette fatalité jusqu'au fond de ses os.

La fin de la pièce, de ce partage, dans ces quelques notes qui résonnent et s'éparpillent à travers la salle. Doucement. Jusqu'à ce que se pose à nouveau le silence. Tranquille. Homologue de celui qui a précédé la pièce, et pourtant totalement différent. La respiration de Samuel rempli ses poumons, rempli sa poitrine pour en repousser le vide étrange de la fin.

Son expiration est un sourire. Quelques secondes s'égrainent, quelques instants - il laisse flotter le silence.

» Magnifique. «

Dans un souffle, sans qu'il ne cherche à rencontrer le regard de Wilhelm. Il n'en a pas besoin.

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BIR
posté le Dim 26 Mar 2017 - 18:17 (6)
Et le temps passait, même si Wilhelm ne le sentait pas passer ; concentré sur son morceau, sur ses mains qui faisaient chanter le piano en dansant dessus, sur ses pieds qui appuyaient parfois sur une des pédales, sur les émotions que ce morceau lui faisait ressentir, qui l’emplissait d’un optimisme presque béat. Son esprit était loin, très loin de Pallatine, très loin de la Terre aussi.Il avait commencé à Vienne dans la seconde moitié des années vingt, il ne savait plus où il était ;  peut-être au paradis, quand il y pensait. Non pas qu’il fût mort -il l’aurait su tout de même non ?-, mais la musique lui donnait parfois cette impression. Le côté divin de cet art, peut-être ; celui de faire voyager plus haut que les nuages en compagnie des oiseaux. De sentir presque son âme quitter son corps pendant un instant, libérée des contingences terrestres. Ce n’était pas une expérience désagréable ma foi, que celle de se laisser aller de la sorte.

Mais tout avait une fin, hélas, et il ralentit progressivement son jeu à mesure que la partition se terminait. La preuve hélas, qu’ils étaient des êtres faits de chair et de sang, destinés à vivre dans ce monde ô combien imparfait. Le drame de l’être humain, chassé du paradis, qui se répétait ici ; Wilhelm se trouvait chassé de la bulle de perfection que Samuel et lui avaient créée pour revenir à Pallatine. Enfer s’il en était ; un purgatoire peut-être. Lorsqu’il s’arrêta finalement, il se sentait groggy, engourdi. Comme à chaque fois qu’il allait voir un spectacle , il avait besoin de temps pour se réhabituer au monde réel. Instant de transition encore un peu magique, avant de se replonger dans la grisaille du quotidien, qu’il laissait traîner un peu. Encore un peu, aurait-il voulu supplier ; juste encore un peu. Encore un peu de temps où il n’avait pas à être Wilhelm König, où il était..quoi au juste ? Un être qui venait de partager un moment fort avec une personne qu’il estimait, fondée sur un duo au piano.

Le mot de Samuel le fit redresser la tête ; c’était fini, il était de nouveau lui, clown triste, désarticulé, hésitant mais devait le cacher derrière sa froideur et sa réserve, et si exigeant,si critique  envers lui-même.

«Votre jeu est admirable ; mais cela, je l’ai su dès le premier jour où j’ai assisté à l’une de vos représentations. C’était parfait.» Parfait pour lui en tout cas. «En ce qui me concerne en revanche, je crains d’avoir perdu un peu. Le manque de pratique, certainement.»

Il y avait eu certains moments où son jeu n’aurait pas été aussi fluide qu’il l’aurait du, il s’en rendait bien compte maintenant. Il avait sans doute retenu son partenaire par son jeu pitoyable. Un comble. Il aurait du davantage s’exercer, pour atteindre la vraie perfection technique. Pas ce simulacre pitoyable qu’il avait offert, si loin de la prestation qu’il aurait voulu réellement offrir à Samuel. Son ton puait l'auto-critique de l'éternel insatisfait, du perfectionniste dans l'âme.

« Cependant, c’était une expérience très agréable - exceptionnelle même- , et je vous en remercie.»

Autant être franc : sur Terre, jamais il n'avait vécu un duo pareil avec un autre musicien.

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posté le Sam 1 Avr 2017 - 21:59 (7)
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Là où la communication humaine est d'une imperfection tragique, là où les mots ne cessent d'échouer à transmettre ce qui vibre le long de la colonne de Samuel, ce qui bat dans sa poitrine, cet instant où il s'est tendu, tout entier, pour aller toucher à l'âme de son ami; là où toutes les langues du monde ne pourront jamais l'expliquer, l'exprimer et le former en cette prison exiguë que sont les mots, la musique, elle, porte sans difficulté le poids de cette interaction au creux de leurs doigts.

'Magnifique' ne porte pas tout le poids, toute la légèreté, la grâce; n'exprime jamais cet instant qui les a liés, cette connexion, cet amalgame de leurs êtres, de leurs âmes, ce partage de sensations et de sentiments, ressenti jamais identique, toujours teinté de leurs expériences, de leurs blessures, leurs joies et leurs habitudes. Ce vécu qu'ils ne partagent pas et ne pourront jamais comprendre en pensée, jamais dans leur logique ou leur raison; ils ne se comprendront jamais aussi intimement qu'au creux de leur poitrine, à travers ces notes qui finiront toujours un jour de tourbillonner.

Samuel a ressenti, en ce duo, et de nouveau depuis si longtemps, la sensation du bout de ses doigts de chair sur les touches d'un piano. Le ressent encore, écho de plus en plus lointain, ces membres fantômes où bat comme une vague un souvenir; comme le sang qui courrait et nourrissait la chair. Sans jamais que la nostalgie ne vienne à l'envahir outre les limites de la pièce, outre les limites de son ressenti et des émotions qui y nichent; et pourtant il reste immobile, apprécie les derniers instants de sensation au bout de ses doigts de fer comme s'ils ne l'étaient pas.

S'éparpille et s'éteint. Les mots de Wilhelm lui viennent comme lointains et pourtant si clairs. Il incline le visage face au compliment, gardant pourtant ses lèvres liées en cette expression qui danse sur son visage, sourire jamais complet qui ne saurait jamais exprimer la chaleur le long de ses os. Il ouvre les yeux et se tourne à demi vers Wilhelm lors de sa critique; la levée de sa main, repoussant de son dos cette insatisfaction, achève d'éparpiller dans l'air le souvenir de l'humanité dans ses phalanges.

» Je n'ai ressenti rien de la sorte. Tu es trop dur envers toi-même, Wilhelm. «

Ton d'une honnêteté tranchante, teintée d'une douceur qui le caractérise toujours. De cette intention derrière ses mots qui ne s'éteint jamais, posée, intense. Samuel ne se retourne pas, pourtant repose ses mains sur les touches du piano, silencieusement.

» Exceptionnelle, oui. J'ai cru y retrouver mes doigts. «

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BIR
posté le Mer 12 Avr 2017 - 23:26 (8)
Il y avait de la mélancolie dans l’air. Cela lui faisait toujours cet effet, de quitter le paradis de l’Art -qu’il en ait été simple spectateur ou acteur à part entière-, pour rejoindre la Terre. Ou plutôt le purgatoire qu’était Pallatine à présent ; un lieu d’entre deux qu’on ne pouvait pas quitter si facilement – si on le pouvait réellement. Un lieu bassement matériel en tout cas, si loin, si loin des nuages. Si imparfait, même si l’on pouvait voir des éclats de beauté ici et là qui redonnaient presque foi en ce monde. Le contraste était rude et frappant, comme toujours ; et pourtant la transition du piano vers la voix de Samuel s’était faite avec une certaine douceur. Mais Wilhelm le haïssait, ce moment où il devait revenir parmi les vivants ; il aurait voulu n’être que pur esprit. Sauf qu’un pur esprit ne pouvait guère jouer du piano, aller au théâtre ou que savait-il encore. Un pur esprit était objet de contemplation ; il ne pouvait produire de Beauté. Car Wilhelm, par le biais de ce simple duo au piano, avait un instant entraperçu la Perfection, ce qui était Beau, Bon et Vrai ; quelque chose d’éphémère, de trop pur pour descendre définitivement sur Terre.

Quelque chose d’indicible aussi, parce qu’aucun mot ne pouvait retranscrire ce qui s’était passé alors. Un instant de compréhension complète et pure, plus forte que le langage pouvait exprimer. Insuffisance que si souvent il avait pu constater. Aucun terme ne pourrait décrire cette entente. Entente ne convenait même pas, d’ailleurs. Ni harmonie ; cela s’en rapprochait mais ce n’était pas ça. Mieux valait alors ne pas essayer de poser des mots dessus. Tout ce qu’il savait, cependant, c’est que déjà il éprouvait la nostalgie, Sehnsucht disait-on en allemand, de ce moment. Quand bien même les défauts de son jeu qu’il n’avait pas sentis sur le moment, il les voyait maintenant avec la clarté d’un nez au milieu de la figure, terriblement visible et peu discrets.

Sauf que Samuel ne les avait pas perçus, affirmait-il. Cela devait être par pure gentillesse qu’il disait cela ; parce que lui, il en avait honte. Si l’on ne pouvait pas être parfait, autant ne pas agir du tout, avait parfois pensé Wilhelm. Sauf qu’il aimait trop le piano pour accepter de ne plus vouloir y toucher ; de même pour l’écriture.

« L’absence de sens critique mène à l’auto-satisfaction, l’auto-satisfaction mène à la paresse, la paresse à la médiocrité. » énonça-t-il comme une maxime ; ou pire encore, comme un Impératif catégorique si cher à Kant. « Je ne tomberai pas dans ce travers. »

Parce que c’était ainsi qu’il avait été élevé, conditionné même. Ses parents attendaient de lui qu’il ne soit moins que parfait en tout point. Combien d’heures d’élocution, de grammaire, de gammes au piano et tant d’autres choses encore avait-il endurées, pour que jamais il ne commette d’erreurs… Et il y avait des choses qui ne pouvaient s’oublier, des traumatismes qui ne s’effaçaient pas, des automatismes qui ne se perdraient jamais. Comme cette politesse désuète et archaïque, là où Samuel se permettait plus de familiarité. Cela ne le dérangeait pas pourtant ; la familiarité, justement, se percevait moins dans la langue anglaise qu’ils parlaient à présent, avec ce you qui était le même au singulier et au pluriel, qui était le même pour le tu et le vous. Là où l’allemand avait le du, le ihr pour s’adresser à un groupe de personnes que l’on tutoyait, et le Sie avec une majuscule pour signifier la forme de politesse. Tout était très protocolaire, à l’image de la nation. Ou la nation qui était à l’image de sa langue, au choix.

«..Oh. »

Petite syllabe surprise mais ravie. Il admirait Samuel pour cette force qu’il avait de ne pas se plaindre de ses doigts prothétiques – une blessure qui l’avait fait pâlir d’horreur la première fois qu’il l’avait vue-, mais au contraire, d’en faire au contraire une de ses forces.
« Je suis content s’il est sorti quelque chose de bon de ce duo, alors. » Sourire hésitant, un peu gêné peut-être. Il avait peur de dire quelque chose de mal qui puisse offenser son comparse de piano - la dernière chose qu'il voulait.

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posté le Mer 19 Avr 2017 - 8:30 (9)
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ft. Wilhelm


» Le sens critique est important, mais apprécier de jouer un pièce l'est aussi. «

Ici est la fondamentale différence entre Samuel et Wilhelm; l'un cherche à atteindre la perfection technique, et ne se satisfera de rien d'autre, et l'autre apprécie simplement de vivre une pièce. D'avoir ses émotions tourbillonner au creux de sa poitrine, de sentir les notes courir le long de sa colonne, de se perdre dans la musique. Samuel considère avoir bien joué lorsque sa passion s'épanche dans sa poitrine, lorsque son esprit, son âme s'attarde dans les dernières notes, lorsqu'une impression, qu'un sentiment persiste même lorsque le silence se pose.

Wilhelm considère avoir bien joué lorsqu'il n'a fait aucune erreur, si minuscule soit-elle. Lorsque son doigté a été parfait, lorsque son rythme a été impeccable, lorsque rien n'est venu déranger sa technique et que ses phalanges ont obéi sans un accrochage à ses pensées. Mais ce n'est pas ce qu'est l'art, ce n'est pas ce qu'est la musique, et là n'est pas où niche la perfection vers laquelle l'on s'étend. Jamais Samuel n'a écrit une pièce avec la technique en tête, et jamais il ne compte le faire. La technique n'est qu'un outil, qu'une façon de savoir transmettre, transposer dans les notes ce que l'on veut exprimer, et rien de plus.

» Quand je dis que je n'ai rien remarqué de ces imperfections que tu mentionnes, je ne mens pas. Ce n'est pas cela qui est important. «

Ah, peut-être Wilhelm ne le croira-t-il pas. Il n'est rien si pas têtu. Mais Samuel tiens à ce que son message passe, d'une façon ou d'une autre, et il espère savoir que son ami le connaît comme honnête - jamais le genre de personne à mentir pour épargner les sentiments des autres; préférant toujours rester silencieux s'il n'a rien de bon à dire. Ce serait mal le connaître de croire le contraire; son exigence et son arrogance l'en empêchent.

Il se contente de laisser poindre un sourire doux face à la réaction de Wilhelm. L'homme a toujours tendance à marcher sur des œufs lorsque Samuel mentionne ou discute de ses prothèses. Peut-être craint-il de le froisser d'une quelconque façon, ou peut-être le rendent-elles simplement inconfortable; il ne serait pas le premier. Leur cliquetis incessant, que Samuel a arrêté d'entendre depuis longtemps, leur brillance d'argent, ou simplement ce qu'elles sous-entendent - ces minuscules moignons - sont autant de choses inhabituelles pouvant choquer certains.

Il ne s'en offusque pas - elles font parties de lui depuis longtemps, maintenant. Autant, peut-être, que le faisaient ses doigts. Ses prothèses sont un hommage à ce qu'il a perdu, fantômes argentés de la chair que l'on lui a enlevé - la preuve que les doigts ne font pas le musicien. Que celui les ayant reçus, celui portant désormais ces parties de lui-même n'en devint pas meilleur pianiste; parce que son âme l'est avant tout. C'est de son âme, et de celle de Wilhelm qu'est revenue l'illusion de cette chair.

» Voilà le plus important. «

Au diable la technique; ce sont les sentiments qui sont nés de la pièce qui en ont fait un duo aussi magnifique.


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ok je l'avais dans le coeur mais mon cerveau a difficilement suivi, du coup c'est moche mais je voulais l'écrire quand même, voilà

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posté le Mer 17 Mai 2017 - 18:55 (10)
Samuel ne pouvait pas comprendre. Il n'avait pas grandi à la même époque que lui ; n'avait pas connu des parents si exigeants, si perfectionnistes que la plupart des enfants auraient été brisés par tant de sévérité. Lui s'en était relevé, l'avait supporté ; mais cette exigence était à ce point gravée dans son cœur qu'il ne pouvait s'en défaire. Eternel insatisfait, il faisait de la moindre petite erreur un Everest à gravir. Nul besoin de se questionner sur son acerbité alors. Sur les exigences inhumaines auxquelles il se soumettait. Sur son inaptitude à être réellement heureux même , aurait-il pu ajouter. Samuel n'était pas ainsi, il ressentait le morceau avec son cœur, avec ses tripes, avec tout ce qu'il avait – jusqu'au bout. Wilhelm ne le pouvait pas. Ne l'avait jamais pu. Il aurait voulu pourtant, pouvoir se laisser emporter complètement. Mais c'était comme si un mur se dressait, à chaque fois. Il pouvait être satisfait durant son jeu , vivre le morceau, se laisser guider par la musique, ses émotions; mais après, la froide exigence de son cerveau analysait son jeu, détail après détail, pour découvrir la moindre imperfection. L'analyser, essayer de la comprendre, avant d'en arriver invariablement à la même réponse ; il n'était qu'un bon à rien. C'était la même chose avec l'écriture. Il le savait. Qu'il y ait quelques corrections à faire après relecture, c'était normal, compréhensible, car un premier jet était rarement parfait. Mais avoir l'envie de tout réécrire, de jeter ce qu'il avait fait pour recommencer, et de revivre éternellement ce cycle infernal, ce n'était pas  sain. Tout comme ne l'était pas le cerveau de Wilhelm.  Ou son être tout entier, à  ce compte. Quelque chose était cassé, sans espoir de réparation.

«Quand je joue » commença-t-il sans trop savoir où il allait, « je suis satisfait. J'apprécie de jouer.» Depuis qu'il avait les bases, qu'il savait enchaîner les notes, les soupirs, les crescendos et descrescendos, les croches et tout ce que le solfège pouvait comporter, il pouvait se laisser aller, ne plus jouer en se demandant comment diantre il était supposé jouer cette chose-là, sur la partition, parce que ces choses-là venaient naturellement. « C'est après que... » Après que les choses se gâtaient, oui, il pouvait le dire. Il prenait la vie avec des gants bien épais : sans rien pouvoir ressentir. Et il se sentait terriblement vieux. Vieux, fatigué, usé. Une relique d'un autre âge ; ou une paire de savates fatiguées à la couleur, si vive auparavant et maintenant passée, abandonnées dans un coin, n'attendant plus qu'on les jette. Est-ce que la mort lui faisait peur ? Même pas. « C'est après que je commence à me rendre compte de minuscules erreurs. Et qui pourtant me paraissent toujours tellement énormes.  Et..ça me gâche tout le plaisir de jouer. » Soupir blasé. « J'ai toujours été comme ça. Pour tout. Mais aujourdh'ui plus qu'auparavant.»

Oui mais auparavant, lorsqu'il était plus jeune, plus jeune que Samuel même, il jouait comme son partenaire de piano ; en ne faisant que ressentirla pièce.  A terme la réflexion finirait par tuer l'instinct, il s'en rendait compte. Il deviendrait pur technicien, froid, automatique et machinal, au sens premier du terme. Il regrettait pourtant son insouciance de la jeunesse, avant ses soucis ne s'accumulent, comme un chapelet de misères.. Que fallait-il faire pour qu'il revienne à cette innocence bénie? De l'isolement peut-être. Ou un long travail sur lui-même. Qu'il arrive à se pardonner ses erreurs passées. Mais cela, pourtant, lui paraissait aussi impossible que d'espérer atteindre la lune en tendant simplement la main.

« Mais assez parlé de moi.»  

HRP:
C'était court et pas terrible, pardon

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posté le Mer 24 Mai 2017 - 1:05 (11)
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ft. Wilhelm


Wilhelm semble réfléchir. Dans ses yeux passe un éclair - si pas simplement douloureux, taché de regrets. Samuel ne saurait réellement le dire, puisqu'il ne peu connaître les pensées de son ami et qu'il respectera toujours son intimité. Les secrets sont, parfois, ce qu'un homme a de plus précieux. Comme le souvenir silencieux d'un sourire au creux de son cou; une odeur, un parfum familier. La sensation de son être sur le bout de ses doigts, d'une douceur depuis longtemps envolée et pourtant jamais oubliée. Tant de secrets qui resteront toujours nichés au fond de sa poitrine, derrière son cœur.

» Hm. «

Quelque chose en Samuel le comprend. La musique a réellement cette capacité à les soulever, leur faire oublier tout ce qu'il y a autour; à les porter jusqu'à ce que plus rien d'autre que les sentiments qui tourbillonnent en eux n'existe. Dans ces moments, même Wilhelm ne peut que se laisser prendre au jeu, s'envoler au gré des notes, courir sur ces routes de noir et de blanc sans se soucier de tout ce qui n'est pas l'instant présent. Celui qui s'infiltre en eux comme l'air dans leurs poumons, comme la sensation des touches sous leurs doigts, comme la musique qui se répercute jusqu'au creux de leur poitrines où elle les fait vibrer en écho.

La fin de la pièce, et ainsi le retour de la réalité, dépose toujours en Samuel cet instant si fugace de regret. De nostalgie pour un moment qui vient à peine d'éclore, comme le désespoir de tendre les doigts sans jamais pouvoir toucher ce qui est pourtant si proche. À quelques espaces seulement de l'éternité. Un calme, une paix teintée de tristesse, d'une joie douce, de l'exaltation tremblante d'être en vie, de savoir vivre jusqu'au plus profond de son âme.

» Tu me vois attristé de l'entendre. «

Il pourrait certainement s'adonner à une tirade grandiloquente sur le fait que seule l'émotion nichée au creux de soi est ce qui importe dans la musique, que Wilhelm ne doit pas se laisser emporter dans ses idées de perfection technique au risque de ruiner quelque chose de beau; mais, sans aucun doute, cela son ami le sait déjà. Et Samuel n'est pas de ceux qui se perdent en grands discours - il manque d'éloquence pour cela. C'est dans la musique qu'il s'exprime, et il considère avoir dit, dans ce duo, tout ce qu'il avait à dire. Pour le reste, Wilhelm devra faire le reste du travail s'il souhaite que les choses changent.

Un sourire se dessine sur les lèvres de Samuel, doux, mais amusé.

» Et de quoi voudrais-tu que l'on parle? À moins que tu ne veuilles que l'on joue autre chose? «

Il est toujours ouvert à l'idée. L'on pourrait penser que quelqu'un jouant du piano chaque jour, plusieurs heures par jour, finirait par s'en lasser, mais jamais l'idée même ne lui est passée par la tête. Il est pianiste, autant de profession que d'âme, et cela n'est jamais à remettre en doute.

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posté le Dim 25 Juin 2017 - 17:48 (12)
Oiseau aux ailes estropiées, Icare des temps pas si modernes ; voilà comment Wilhelm aurait pu se définir en cet instant. Pianiste accroché à son instrument par des liens plus immatériels et plus traîtres qu’une corde, condamné à jouer jusqu’à atteindre la perfection technique, à traquer le moindre intervalle raté, la moindre note un peu moins franche. C’était ce que l’on avait fait de lui. On, son père, la société viennoise. Ou peut-être était-ce d’avoir été écrasé par l’excellence de Samuel - de se dire “ Il y a bien meilleur que moi” -. Excellence pas forcément sur le plan technique, celui-ci parfaitement dominé, mais sur le plan émotionnel, parce que quelque chose  se passait quand l’Américain jouait, parce que tout passait par le coeur. Il y avait de l’émotion, quelque chose de franc et d’intense qui manquait cruellement à l’Autrichien. La spontanéité complète et irréversible.L’honnêteté aussi ; là où Wilhelm était une âme tourmentée, un Faust, un homme trop habitué à garder tout pour lui, à dissimuler d’une manière ou d’une autre. Homme dans sa tour d’ivoire, sa prison dont il avait bien du mal à s’échapper.

«Inutile d’être attristé pour cela ; c’est ainsi et c’est tout. Un vieux reste d’éducation.»  Et il recommençait Wilhelm, il recommençait à donner une réponse si partielle qu’elle est insatisfaisante, qu’elle ne pourrait qu’inciter à poser plus de questions auxquelles il ne répondra pas. Naître dans la société bourgeoise traditionnelle de Vienne ne lui a pas fait du bien au jeune homme qu’il avait été ; il aurait voulu être quelqu’un d’autre, quelqu’un de normal, et c’était pour cela qu’il enviait Tobias. Fils de propriétaire de café, l’institution viennoise par excellence. Quelqu’un de simple, plus simple que lui en tout cas ; plus joyeux, moins réprimé, plus vivant. Et la simple pensée de son ami lui déchirait le coeur. Sa douleur de voir que Wilhelm avait changé - qu’il avait repris tous ses anciens travers d’ancien bourgeois. Et qu’il le ressentait encore plus fort dans sa musique, dans sa façon de jouer ; et peut-être (sûrement) était-ce pour ça qu’il demeurait aussi fondamentalement insatisfait de lui-même. Il devait changer.

Du musst dein Leben ändern, disait Rilke dans son Archaïsche Torso Apollos. C’était ce qu’il devait faire probablement. Changer sa vie. Complètement. Quitter les opportunistes, l’appartement si froid, la villa si grande et si impersonnelle.

Mais le pouvait-il ? Tout abandonner, se lancer dans l'inconnu terrifiant ? Probablement seul de surcroît ?

«Pensez-vous que le train de vie qu’on mène reflète nécessairement la personne qu’on est devenue ?»

Les mots s’étaient échappés de ses lèvres sans qu’il puisse les retenir. Inquiet. Inquiet d’être complètement corrompu, insauvable, damné.
HRP:
Bonsoir je sais pas ce que j'ai fait inrp j'espère que ça ira

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posté le Dim 2 Juil 2017 - 2:28 (13)
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ft. Wilhelm


» Que quelque chose soit inévitable ne l'empêche pas d'être triste. «

Il ouvre les bras, légèrement, comme pour désigner ses doigts; se désigner lui-même. Pointer du bout de ses phalanges métalliques à l'absence d'Amélie, un vide silencieux. Toutes des choses que l'on ne pourra jamais plus changer; toutes des choses qu'il a appris à accepter, à absorber, et qui pourtant, parfois, l'emplissent d'une tristesse viscérale. Un vide, une sensation qu'il accueille tel il accueille toutes les autres, qu'il laisse passer à travers son être jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un fantôme. Il ne faut pas refuser les émotions qui se nichent au fond de sa poitrine, mais chercher à les comprendre. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut se libérer de la torture; qu'ainsi que l'on devient immuable.

Il observe le silence, les pensées passant sans aucun doute derrière les pupilles de Wilhelm. Ressent au bout d'une empathie pointue cette tristesse de le voir si tourmenté, ce savoir qu'il n'y peut rien. Qu'il se contentera de se tenir là, ainsi, à ses côtés, et de le soutenir tant qu'il le pourra. De lui offrir du bout de ses phalanges métalliques quelques airs qui, ne serait-ce que quelques instants, pourront lui faire oublier la douleur nichée sous ses poumons. Ce n'est qu'ainsi qu'il sait guérir, qu'ainsi qu'il sait offrir une compassion que son éloquence boiteuse ne saurait jamais exprimer.

La question de Wilhelm lui apparaît plutôt comme un aveux. Camouflé sous cet air de philosophie, il donne plutôt l'impression à Samuel d'une réalisation, d'une réflexion faite. Déposant ses doigts de fer sur le bout de ses genoux, il prend un instant pour peser ses mots; pour songer à une question qui n'est certainement pas la sienne. Pour lui, bien sûr que oui: sa profession étant intimement liée à son identité, et tous deux constituant l'énorme majorité de son quotidien, il n'y a aucune incertitude. Ce qu'il est puise ses racines dans ce qu'il fait, ce qu'il accompli; puisque bien qu'il soit désormais seul, Amélie l'accompagne toujours à chaque pas. À chaque note, à chaque air, et ainsi alors que depuis longtemps la mention de 'mari' a été ajoutée à celle de 'pianiste', jamais elle ne s'est effacée, malgré les changements ayant bouleversés son existence.

Il continue donc, au fil des années, d'être pianiste et mari, et cela se ressent dans ce que Wilhelm qualifie de train de vie, et ce malgré qu'il ne puisse plus porter son alliance depuis longtemps. Les changements et les similitudes entre maintenant et avant, entre les moments ayant modifiés sa vie, ont étés bâtis et modelés autour de ces évènements, et de la façon dont ils l'ont transformé, lui. Ainsi il demeure satisfait de son quotidien et de ce qu'il y a construit, et là se pose très probablement la différence.

» Seulement si l'on en est satisfait: si l'on ne cherche pas à le changer. «

Puisque ce que l'on laisse aller, ce que l'on permet et ce que l'on refuse, définissent ce que l'on est vraiment. Les paroles sont bien belles, mais seules les actions régissent réellement l'être que l'on est, ou que l'on désire être.

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posté le Mar 4 Juil 2017 - 20:05 (14)
Triste ? Peut-être. L’Autrichien ne savait plus. Il y était si habitué, aux critiques qui faisaient si mal au coeur de l’enfant qu’il avait été, puis à ses auto-critiques plus tranchantes qu’un rasoir qui continuaient de faire si mal à l’adulte qu’il était devenu, qu’il savait que dès que ses doigts toucheraient le piano il y aurait des défauts, n’importe quoi, et c’était presque ça le pire. Il n’y avait presque plus besoin de raison pour qu’il se fustige mentalement, parce qu’il était de base un être imparfait. Alors, comme revenu de tout, il s’y résignait. Il se résignait à cette douleur, cette insatisfaction permanente.  Comme il s’était résigné à d’autres choses. Ne plus pouvoir se regarder dans la glace par exemple. De constater à quel point il avait fait fausse route à Pallatine, qu’il s’était laissé séduire - pour rien, par rien-, et qu’il était devenu semblable à toute une classe sociale qu’il avait haïe autrefois ?

Etait-ce pour cela qu’il n’avait guère joué ces derniers temps ? Que la simple vue de son piano l'écoeurait, qu’il ne se sentait même pas digne de poser ses doigts sur les touches ? Il ne savait pas et cela avait peu d’importance au fond. Au moins ces défauts qu’il avait senti si nettement dans son jeu,  ces erreurs immondes, il pouvait les mettre sur le compte d’un manque de pratique. C’était moins difficile à admettre que l’explication la plus simple : il était mauvais et tout ce que des tiers, oui même Samuel, pouvaient dire, n’y changerait rien. Oh bien sûr, cela devait entrer en ligne de compte ; mais au moins une longue inactivité expliquait ses difficultés à se remettre dans le bain.  C’était logique, c’était compréhensible à défaut d’acceptable.

Est-ce que l’amitié de Samuel lui faisait du bien néanmoins ? Sûrement, un peu. La chaleur humaine remontait toujours le moral d’une personne en proie au doute.  Cela l’aidait, que Samuel lui dise que non tout allait bien dans son jeu, qu’il compatisse à son perfectionnisme intransigeant. Même si ce n’était que mensonge à ses oreilles, parce que Wilhelm était buté, l’avait toujours été, et qu’il était si engoncé dans son carcan qu’il ne pouvait s’en détacher ; au moins savoir qu’une personne, rien qu’une , tenait à lui..c’était déjà quelque chose.

Et l’aidait aussi.


«...Je vois...»  Simple murmure, prononcé d’une voix pensive, rêveuse.« Donc quelqu'un qui se vautre dans sa fange avec délectation est un porc, sans aucun doute.»  Et il avait failli faire partie de cette catégorie de personnes. Heureusement - heureusement, qu'il avait ressenti  l'appel de la raison, et que cette phrase de Samuel lui donnait peut-être la dernière impulsion pour prendre sa décision.

Il était temps de partir, de tout abandonner. Redeviens le Wilhelm de tes vingt ans, soufflait cette voix dans sa tête qui ressemblait à celle de Tobias ; et tu redeviendras heureux.  Laisse tout tomber.

Ne manquait plus que la bonne occasion. Parce qu’il haïssait sa vie mais avait peur de se lancer dans une autre ; il fallait partir, mais quand ? Les opportunistes avaient l’avantage de lui apporter un certain confort, de la sécurité, mais..il avait trop de griefs contre eux pour rester. Dilemme s’il en était.

Ou le purgatoire.

Son regard s’était fait plus déterminé ; presque comme ce soir-là, quand Tobias et lui avaient commencé à planifier ce nouveau roman. Presque.

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posté le Jeu 3 Aoû 2017 - 9:23 (15)
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ft. Wilhelm


Il y a en Wilhelm de ces souffrances que Samuel ne saurait jamais espérer colmater. Ce genre de faille, brèche profonde et dévorante, ancrée si profondément dans sa psyché que rien ne pourrait espérer l'en défaire. Une douleur, blessure transportée depuis la nuit des temps, désormais aussi liée à l'Autrichien que ses propres membres - ce trou noir au fond de sa poitrine sans aucune chance d'amputation. Ceci Samuel le pressent, le ressent et le devine plutôt qu'il ne le sait, l'extrapole depuis ce que Wilhelm n'a cessé de lui dire, et en porte au fond de son estomac une douleur vibrant d'empathie. Simple pointe au fond de son ventre, perle écarlate empruntée - un sentiment, une sensation, puisqu'il ne sait le concevoir en son esprit.

Il connaît l’exigence comme il se l'est toujours imposée; mais il connaît également l'équité et l'objectivité qui la rendent productive. Sans oser se donner raison, se féliciter lorsque l'on fait le bien, il n'y a dans l'exigence qu'un démon dévorant jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. C'est ainsi et ici que se pose la nuance, la façon de se faire immuable et de n'avoir en sa détermination que la force et la solidité pour obtenir (retrouver) ce qui nous revient de droit; une tempérance dans ses ardeurs, la volonté d'accepter ses fautes et ses faiblesses et de les traiter avec la compassion que l'on prêterait à ses amours - celle prêtée par eux.

Dans les airs et le cœur de sa muse ainsi Samuel n'a pas trouvé que l'empathie pour les autres, mais aussi celle qu'il se doit à lui-même; celle qui fait de lui l'immuable qu'il sait être aujourd'hui. Sans se pardonner l'on n'avance jamais - ces accusations que l'on se porte ne sont que chaînes ancrées à ses ailes jusqu'à ce qu'elles ne soient que pierre. L'on ne peut porter sur ses épaules les montagnes de ses erreurs passées, les regrets dont l'on ne sait se détacher, sous peine de crouler jusqu'à devenir leurs racines aux mains immobiles et à la voix tue jusqu'à ce que se déroule l'éternité.

Ainsi alors qu'il dépliera ses genoux affaissés, peut-être Wilhelm réussira-t-il à pardonner au passé les regrets qui l'entachent. Au fond de ses pupilles brille cette promesse, et pourtant, bien que Samuel ne sache que le lui souhaiter, il ne peut empêcher les doutes qui s'accrochent à son crâne - nés de sa connaissance de la psyché de son ami, des ses cicatrices et de ses plaies toujours béantes - que son entêtement ne lui laissera jamais l'occasion de goûter à la paix.

» Si cela lui convient, à quoi bon l'en empêcher. «

Propose-t-il sans accusation, bien qu'il sache pertinemment que son ami ne fasse pas partie de ceux-là. Seulement, chacun est libre de vivre sans vertu tant que sa boue n'entache jamais la blancheur d'autres - il n'appartient pas à Samuel de les juger.

» Sans aucun doute cela n'est-il pas ton cas. Alors change, Wilhelm. «

Change, jusqu'à ce que tu apprennes à tes ailes à se déployer.

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