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« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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[Flashback] Bushidō [PV Sansar] [Terminé]

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Ancien vice-commandant du Shinsengumi, aujourd'hui chef de brigade à l'Institut.

Ton histoire est celle d'un simple paysan qui a voulu s'élever, transcender les classes de sa société ; et devenir samurai, en adopter les valeurs et le mode de vie. C'est celle d'un homme qui a voulu rêver.

Ton histoire est celle d'une étoile filante, une comète qui a brillé brièvement mais avec intensité dans l' histoire du Japon. A l'image de la floraison de la fleur de cerisier, si éphémère mais si glorieuse.

Ton histoire est noble et tragique, comme le masque du tyran que tu as prétendu être, le chef sévère mais au fond qui se préoccupait trop de ceux qu'il aimait.

Ton histoire enfin maintenant, c'est celle d'un homme à qui l'on a volé son destin, qui le sait - et qui essaie d'avancer malgré tout ; qui change tout en ne changeant pas. Immuable comme la terre, immatériel comme un courant d'air, mouvant comme l'eau, et brûlant toujours du même feu intérieur.

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Presque quatorze heures. L’heure de retourner dans ta chambre de l’Institut, après un déjeuner de qualité...moyenne,  pourrais-tu dire si tu avais envie d’être diplomate. Comme d’habitude. Une heure de repos après le déjeuner suivant les cours, c’était l’habitude que tu avais prise, et à laquelle tu te tenais. Probablement irais-tu prendre un thé plus tard ; peut-être même irais-tu faire un tour dans les bibliothèques, à la recherche de livres bilangues anglo-japonais. C’était usant, à force, d’avoir des difficultés à s’exprimer, d’utiliser des périphrases pour désigner les mots les plus simples ; tout simplement parce que tu venais d’un endroit et d’une époque où l’apprentissage des langues étrangères était loin d’être quelque chose de répandu. Surtout parmi les classes les plus populaires dont tu étais originaire.  Petit vendeur de médecine ambulant devenu techniquement rônin tout en se proclamant samourai , tu avais conscience que tu aurais pu apparaître comme un parvenu.

Et que si tu avais été capturé, tu aurais subi le même sort que Kondo-san. Décapité comme un criminel, parce qu’il n’était pas né dans la classe des guerriers. A ce souvenir, tu sens ton cœur se serrer. Cela te fait si mal de penser à ton ami. Tellement mal.  Cela fait des mois que tu sais qu’il est mort ; et pourtant, cela ne change rien. Il reste un gouffre au fond de ton cœur que rien n’arrivera à combler ; un gouffre où auparavant, tu pouvais trouver la présence rassurante de tous tes anciens camarades. Tu es seul désormais ; seul, tu l’avais déjà été lorsque s’est opérée la dernière division du Shinsengumi, là-bas à Aizu, mais tu pouvais avoir l’espoir que peut-être, peut-être ! si tu survivais, tu pourrais revoir l’un de tes camarades encore vivant. Tandis qu’ici...Tu es dans un autre monde, loin de la Terre. Et isolé du reste de la ville car ton temps réglementaire à l’Institut n’est pas encore terminé. Il te reste à passer des tests, et après...on te lâchera dans la ville. Plus ou moins seul et abandonné. Il te faudra choisir une des diasporas, as-tu appris. Tu n’as pas la moindre idée, encore, de celle pour laquelle tu vas opter. C’est énervant, d’être aussi perdu – comme un enfant. Tu avais toujours su comment il fallait agir, auparavant, parce que ton but était clair et limpide. Tandis qu’ici...

Mais une chose à la fois, conclues-tu alors que tu t’installes sur ton lit après avoir ôté tes chaussures. Déjà, apprendre l’anglais. Puis réussir les tests. En se comportant toujours comme tu as voulu le faire – comme un vrai guerrier. A l’époque, tu valais bien mieux que la moitié des samurais que tu pouvais voir, et tu le savais.  Est-ce un excès d’orgueil de ta part ? A peine. Tu as toujours réprouvé les extorsions auxquelles beaucoup d’entre eux se livraient. Après, tu ne prétends pas non plus être un saint homme : tu as tué, et tu sais à quel point cela peut choquer. Mais tu t’estimais – tu t’estimes – quand même supérieur. Tu n’as pas abusé du pouvoir que te donnait le port du sabre, et cela t’énerverait que quiconque pense le contraire, parce que c’est faux.

Pris dans tes pensées moroses, tu ne vois pas le temps passer ; et tu te redresses d’un coup lorsque tu entends un coup porté sur la porte de ta modeste chambre de l’Institut, meublée tout aussi modestement.

« Entrez ! »

Malgré ton état, tu ne peux t’empêcher d’être surpris. Qui peut donc venir te voir à cette heure ?


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Transféré à seize ans pour satisfaire les intérêts de Chun-Lian, feu son Maître, Sansar entama son existence à Pallatine en qualité de prostitué. Ancolie - puisque tel était son surnom au sein de l'Hanafuda - fut éduqué par le Chinois en vue de lui servir de bras droit lorsque la maturité et la vérité auraient eu raison de son innocence. Aux côtés de son mentor, celui qui se fit ensuite appeler Temudjin dans une diaspora fraîchement établie - un regroupement de clans à l'époque - s'érigea en ambassadeur de la Maison et, de façon plus politique, devint coordinateur de l'ensemble du réseau de prostitution asiatique.
Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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La requête vient d'en haut, elle-même reléguée depuis les instances supérieures de la hiérarchie. Le Maître des Encens a approuvé l'intention de l'Oyabun, mais, pris de court par quelque urgence extérieure ou bien trop occupé à mettre en œuvre un nouveau recrutement, il s'est offert le luxe d'envoyer quelqu'un d'autre – telle est la version de ceux qui jasent ou s'offusquent de ce qu'un vieux croulant est mandaté pour prendre en charge cette opération, plutôt qu'une jeune recrue pleine d'enthousiasme et de rigueur solennelle à l'idée de partir en mission pour son clan. D'enthousiasme et de rigueur solennelle, Sansar n'en est pourtant guère dépourvu. Au contraire. Néanmoins, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. La cible est particulière. L'enjeu, conséquent. Le Lotus rouge y gagnerait une aura certaine, un trophée supplémentaire à son tableau de chasse sinon un cachet non-négligeable, et l'information a d'ores et déjà filtrée parmi les autres groupements de l'Iwasaki, dont les antennes se sont dressées à l'unisson dès qu'elles ont eu vent de la situation. Les circonstances sont donc délicates et nécessitent de la finesse. Un talent singulier pour mettre à l'aise sans paraître intéressé, pour manœuvrer dans les bas-fonds à l'aveugle.
À l'époque, Temudjin ne l'était pas encore. Ses yeux ne le trahissaient qu'en de brèves secondes, à cause d'un élan de fatigue passager ou d'une sollicitation trop intense de ses globes oculaires, et seul l'horizon gaspillait sa netteté derrière un voile embrumé. Il se déplaçait seul et sans hésitation, aidé certes d'une troisième patte bien plus utile dans les escaliers que sur les rues lisses de la Cité, et ses mains ne tremblaient qu'à peine lorsque l'émotion les embrassait. Quatre-vingt ans. Bel âge, dit-on. Son cerveau, lui, était néanmoins de meilleure facture que son corps sur la pente déclinante. Il avait pris soin, avant de se rendre sur les lieux de l'entrevue, de s'informer du caractère si précieux de la proie – il dépréciait le terme, bien qu'à écouter les échanges entre les différents gangs asiatiques, c'était ce qui se rapprochait le plus de la vérité ; du moins en avait-il l'étrange impression. Il n'avait pas le souvenir d'avoir suscité autant d'engouement durant l'ensemble de sa carrière. Et il ne pouvait qu'en ressentir du soulagement.

On le laissa s'introduire dans les locaux de l'Institut sans provoquer d'esclandre – fantôme d'ombre, vêtements blancs sur les parois blanches des couloirs, il se serait presque permis un éclat de mélancolie face à ce bâtiment duquel il s'était échappé, fidèle marionnette du plan de Chun-Lian, il y avait plus de six décennies de cela. Sauf qu'il n'en fit rien et, après s'être enquis du numéro de chambre de sa prochaine rencontre, s'y dirigea d'un pas impassible.
Un coup sur la porte.
La voix grave, impérieuse et cependant surprise, de l'autre côté.
L'Ancien obéit à l'injonction et, sitôt sur le seuil, s'incline avec une dignité toute cérémonieuse. Sur sa langue le japonais ricoche, fleuri d'un accent plus mandarin que nippon, mais il connaît sa grammaire sur le bout des dents.
« Mes respects, Hijikata-san. Je suis Temudjin. M'autorisez-vous à vous emprunter un peu de votre temps ? »
Si sa mémoire ne lui joue pas des tours, c'est le genre de choses dont les transférés ne manquent pas.  Néanmoins, il préfère s'assurer de ne pas tomber au mauvais moment ou d'importuner son hôte ; ce dernier ne doit pas avoir été mis au courant de cette venue et il est tout à fait probable que son agenda comporte de nombreuses activités plus sympathiques que la conversation avec un ancêtre. D'un mouvement de la tête, Sansar survole la pièce, capte les détails, analyse les objets – le règne de l'austérité mis à mal par quelques livres sur une étagère. Une chambre d'hôpital, par de nombreux aspects. Morne. Rebutante. Qu'il s'en soit évadé ne l'étonne pas ; la décoration est peut-être refaite, mais l'atmosphère persiste, d'une insupportable fadeur. Et au centre, redressé sur son lit spartiate, un homme de trente-cinq ans tout au plus, un revenant, un émigré du Japon féodal, depuis une ère quasiment jumelle de celle dont est issu le Mongol – identique, peut-être ? La coïncidence serait parfaite.
« Comment vous portez-vous ? Votre période d'adaptation se déroule-t-elle sans trop de désagrément ? Je ne suis pas de l'Institut Svensson, rassurez-vous. Ce n'est pas une... – le mot trébuche, la langue dérape, glisse à l'anglais, saugrenue – ...enquête de satisfaction. »
À seize ans, lui-même y aurait mis moins deux sur dix. Aujourd'hui, il est toujours à zéro. Mais distribué d'un sourire calme et avenant. Compatissant, en somme.

Spoiler:
Pour info', sauf contre-ordre : les dialogues en italique sont en japonais ~


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Ton histoire est celle d'un simple paysan qui a voulu s'élever, transcender les classes de sa société ; et devenir samurai, en adopter les valeurs et le mode de vie. C'est celle d'un homme qui a voulu rêver.

Ton histoire est celle d'une étoile filante, une comète qui a brillé brièvement mais avec intensité dans l' histoire du Japon. A l'image de la floraison de la fleur de cerisier, si éphémère mais si glorieuse.

Ton histoire est noble et tragique, comme le masque du tyran que tu as prétendu être, le chef sévère mais au fond qui se préoccupait trop de ceux qu'il aimait.

Ton histoire enfin maintenant, c'est celle d'un homme à qui l'on a volé son destin, qui le sait - et qui essaie d'avancer malgré tout ; qui change tout en ne changeant pas. Immuable comme la terre, immatériel comme un courant d'air, mouvant comme l'eau, et brûlant toujours du même feu intérieur.

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La porte finit par s’ouvrir pour laisser apparaître un homme...âgé. Deuxième surprise de la journée, après le simple fait d’avoir entendu des coups sur ta porte, car personne ne te rend visite exceptés les employés de l’Institut. Ce qui te convient très bien à vrai dire, car le transfert ne t’a pas rendu d’humeur très sociable. Tu te trouves bien plus à l’aise à ruminer - il n’y a pas d’autre mot- dans ta chambre. Le passé, l’avenir..mais le présent. Ta situation ne te convient pas ; alors pourquoi essayer de te mêler aux autres personnes de ton groupe ? Comme si cela pouvait changer quoi que ce soit. Comme s’ils pouvaient comprendre quoique ce soit. Eux,ils ne savent pas ce que c’est, de voir ses camarades partir les uns après les autres, de continuer à guerroyer alors que tout est contre soi y compris l’Empereur, de parcourir son pays jusqu’à arriver au Nord ; seul ; tout cela pour une question d’honneur.Et puis finalement, se retrouver ici à Pallatine, sans explication, avec l’affreuse impression d’avoir trahi tous ceux qui comptaient sur toi. Personne ne peut le comprendre, même si tu tentais de l’expliquer. Alors tu n’essayes pas. Amer ? Et pas qu’un peu. En colère ? Très certainement.

Troisième surprise de la journée, divisée en trois actes : l’inconnu s’incline, parle en japonais - avec un accent non-nippon cependant- et t’appelle Hijikata-san. Voilà qui allait faciliter les choses ; tu n’aurais pas à chercher tes mots dans ton anglais encore hésitant. Et était-ce se montrer orgueilleux que d’apprécier la marque de respect que constitue l’utilisation d’un suffixe honorifique ?..Non. Les japonais sont des personnes très protocolaires ; utiliser le bon suffixe est tout un art. Mais cela amène une question à laquelle tu espères bien obtenir une réponse : comment connait-il ton nom et que te veut-il ? La seule chose que tu sais, c’est qu’il ne t’a pas donné son nom usuel, mais un nom de code - une des choses que tu as apprises à propos de Pallatine, c’est que beaucoup de gens en utilisent un. Après tout, il ne te connaît pas ; il n’y a pas de raison pour laquelle il te confierait sa véritable identité. Rien de très illogique jusque là.

Mais comme le respect marche dans les deux sens  - a fortiori s’il s’agit d’une personne aussi âgée que son interlocuteur -, tu te lèves rapidement et t’inclines ; un salut à la japonaise des plus protocolaires.

«Enchanté de vous connaître, Temudjin-san. Je vous en prie, installez-vous.»déclares-tu ensuite en désignant la chaise. «Je regrette mais la chaise n’est pas très confortable, et je crains de ne pas pouvoir vous proposer du thé.  L’institut interdit la nourriture dans les chambres ; mais à l’extérieur, il est difficile d’avoir une conversation privée.»

Premier regret. Tu aimerais bien ne pas avoir à sortir dès que tu désires boire un thé. Fort passable d’ailleurs.

Et tu te sens rire - ricaner, en réalité-, à sa semi-plaisanterie. Un rire éloquent ; vous savez tous les deux, visiblement, qu’il y aurait bien des choses à dire, et tu enfonces le clou avec ta réponse suivante.

«Je me porte très bien vu les circonstances, je vous remercie de votre sollicitude. J’espère qu’il en est de même pour vous.»

Tu finis par te rassoir au bord de ton lit une fois Temudjin assis. Face à lui.

«Pardonnez ma curiosité, mais pourquoi avez-vous pris le temps de venir me rendre visite, Temudjin-san ?»

Tu n’aimes pas tourner autour du pot après tout.
HRP:
La même pour moi du coup o/


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Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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Il y a dans l'attitude du plus jeune des deux hommes une déférence désuète, joliment archaïque, et sans conteste signe d'une éducation qui le fut tout autant. Le sourire de Sansar, néanmoins, ne trahit guère l'amusement qui scintille à l'intérieur de lui ; il demeure courtois, poli à la fibre des ans, sans exprimer la moindre nuance superficielle que son interlocuteur pourrait interpréter comme du dédain, de la moquerie ou, pire, du mépris. Mais c'est ainsi, personne ne s'interroge jamais sur le pouvoir d'un sourire, quand ces menus détails en révèlent bien davantage sur ceux qui les offrent que des milliers d'interminables palabres. Chun-Lian, lui, était maître du sien – nul mieux que lui n'avait appris à travailler sa bouche avec tant d'adresse sournoise, tant d'application maligne. À la courbure de ses lèvres, pourtant insignifiante à l'œil du novice ou de l'étranger, l'on pouvait deviner ses humeurs passées et futures, ses emportements dans un nerf pincé, sa fatigue dans un pli crispé, son impatience ou son enthousiasme le long d'un sillon plus doux et ses désirs dans la rondeur des commissures ; l'un après l'autre, Temudjin en avait découvert l'ensemble du spectre, la formidable gamme organique, moins parce qu'il lui était nécessaire de connaître son supérieur jusqu'à la plus extrême pointe de son derme que parce qu'il épiait, avec une persévérance méconnue de tous, l'unique et véritable sourire du Chinois, ce trésor de chair dont jamais personne n'avait, dit-on, encore aperçu l'étincelle. Après de si nombreuses décennies en compagnie du Héron, Sansar lui-même doute toujours y être parvenu à aucun moment.

Hijikata ne se présente pas en retour – il sait que le Vieillard sait. Une marque d'intelligence que de ne pas répéter, en une mimique psittaciste, son identité. En revanche l'Ancien note que, si le Japonais est surpris, il ne montre ni signe de curiosité précoce ni de renfermement protecteur ; que cela soit dû à son caractère ou à un quelconque souci des convenances, il s'en tient à des remarques à la saveur aussi guindée que sa stature, à une sévérité de rigueur que Temudjin ne peut lui reprocher. L'homme est aux aguets. Il s'agit peut-être de sa premier entrevue avec un individu extérieur à l'Institut, et dans un environnement tel que celui-ci, il serait une erreur que d'abandonner toute prudence. On lui a sûrement enseigné, au samurai, à se méfier de quiconque n'aurait au préalable prouvé sa bonne foi à travers ses actes et non ses paroles et à n'accorder sa confiance qu'à une poignée de happy few triés au fil de l'épée. La présence d'un membre à l'instar d'Hijikata parmi les rangs de l'Iwasaki est aussi évidente qu'obligatoire. Cela n'étonne personne, puisque sa personnalité même est forgée d'un métal identique à celui du Clan tout entier ; cependant, Sansar s'interroge. Un être d'une loyauté sans égale, dont le cœur demeure à ce jour rivé au souvenir de ses compagnons perdus, trouverait-il son compte au sein d'une meute où subsistent dissensions et luttes de pouvoir, où l'argent sale brasse des activités qui ne le sont pas moins et où l'honneur se marchande dans le sang ? L'Iwasaki n'est pas le Shisengumi. Ne le sera pas et ne prétendra guère vouloir le devenir. Tout ceci a-t-il un sens ? Observer. Simplement. Voici ce pour quoi on lui a demandé d'intervenir ; la décision finale ne lui appartient pas – seul son rapport détient de la valeur.
Avec sa lenteur coutumière, le vieux Mongol s'assied sur la pauvre chaise qui se retrouve noyée sous les amples longueurs de sa tunique.
« Je vous remercie en retour, Hijikata-san. Mais ne soyez pas déçu de l'austérité de votre logis ; l'état ne s'est pas vraiment amélioré depuis le jour où je me trouvais à votre place. »
Légère pique, dépourvue de mesquinerie, à l'égard de l'institution responsable. Au fond, l'intérêt n'est pas de créer un cocon confortable dont les transférés ne souhaiteraient plus sortir ; plus âpre sera la chrysalide, plus véloce sera l'insecte à s'en extirper. Il faut croire que Toshizō n'est pas des plus rapides.
La question fatidique, toutefois, finit par se décrocher. Lorsqu'elle heurte le sol, elle laisse d'une craquelure se répandre un parfum que Temudjin respire avec un mince froncement de nez. Si tôt, les conversations sérieuses ? Certes, le temps est précieux, mais enfin. Pour s'effacer, la rudesse exige une certaine distanciation. Et tout ce que l'Ancêtre craint, c'est de trancher dans le vif trop tôt. De ne pas avoir, du haut de sa vieillesse, le recul indispensable à ce type de confrontation. L'un d'entre eux sera blessé, il ne fait aucun doute. Cruelle vérité. Il inspire, profond, sobre, relâche ses épaules et noue ses mains sur ses genoux. Affable et altier d'un même souffle.
« La nouvelle de votre arrivée, Hijikata-san, est déjà parvenue aux oreilles de certains citoyens parmi les plus influents de cette Ville. Je vous prie de ne voir aucune flatterie dans mes propos, mais votre légende est ainsi écrite que l'on se presse de vous rencontrer. Je ne suis ici qu'en qualité d'émissaire au nom de la diaspora asiatique, que l'on vous a sans doute désignée par son titre officiel : l'Iwasaki-Rengô. Tous ses membres vous adressent leurs honorables salutations. »
Un million de voix en une. Un océan de murmures derrière un unique chuchotis. Et la vague de cette marée de nuques qui, à l'unisson, se penchent pour saluer le nouveau-venu.
N'est pas légende qui veut.


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Ton histoire est celle d'une étoile filante, une comète qui a brillé brièvement mais avec intensité dans l' histoire du Japon. A l'image de la floraison de la fleur de cerisier, si éphémère mais si glorieuse.

Ton histoire est noble et tragique, comme le masque du tyran que tu as prétendu être, le chef sévère mais au fond qui se préoccupait trop de ceux qu'il aimait.

Ton histoire enfin maintenant, c'est celle d'un homme à qui l'on a volé son destin, qui le sait - et qui essaie d'avancer malgré tout ; qui change tout en ne changeant pas. Immuable comme la terre, immatériel comme un courant d'air, mouvant comme l'eau, et brûlant toujours du même feu intérieur.

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Une atmosphère étrange régnait dans la pièce.  Une atmosphère désuète, pleine de cérémonie, un côté très feutré enfin ; quelque chose qui te rappelle certaines de tes entrevues avec des plus hauts gradés que toi.Mieux nés aussi.  Mais c’est ainsi qu’on t’a élevé ; le Japon est le pays du protocole, et celui de ton époque encore plus. Cela ne semble pas déranger le vieillard devant toi, cependant. Quel âge semble-t-il avoir ? Plus de soixante-dix. Tu te sens enfant devant lui, et tu l’es probablement : tu n’as que trente-quatre ans après tout. La moitié de son âge, au moins ; et tu as encore ta vie devant toi.  Mais pourtant, vous semblez être allé à la même époque. Peut-être, décides-tu, a-t-il vécu à une époque similaire à la tienne. Presque machinalement, tu tournes une de tes mèches de cheveux entre tes doigts. Si courts, par rapport à ce qu’ils avaient pu être avant. C’était le signe que tu voulais avancer avec ton temps. Et maintenant ? Maintenant tu ne sais pas. Tu es coincé dans un endroit hors du temps où les époques et les lieux se mélangent. Que signifie encore suivre son temps ? Suivre la façon dont tu vivais dans ton Japon ? Suivre les modes actuelles ? Tu ne sais pas.

Tu as un nouveau rire qui ressemble à un ricanement en entendant la réponse que l’Ancêtre te fait. Amertume, amertume et colère, colère et rancœur.  Rancœur contre le monde entier, contre toi-même, contre l’Institut et contre la personne qui a jugé que te faire venir ici était une bonne idée.  Ce n’est que la pire idée du monde en réalité. Une guerre était en cours, et l’un des généraux a disparu brutalement : il est peu douteux que la guerre se soit bien finie pour ton camp. Comme si ce n’était déjà pas suffisant que vous vous soyez trouvé dans un cas d’infériorité  technologique frappant. Vous étiez du côté des perdants, et pourtant tu t’obstinais : pour ne pas être un lâche qui abandonne à la première difficulté. Tu ne voulais pas trahir non plus les Tokugawa. Mais ce n’est pas la question ; la question, c’est celle de savoir pourquoi Temudjin, comme il se nomme, est ici. Et il te répond.

Diaspora asiatique, hein. L’idée ne te semble pas mauvaise en soi, et tu te penches vers lui en signe d’attention, les sourcils froncés. Croiser au quotidien des japonais  comme toi serait sans doute plus agréable. Au moins tu n’aurais pas à chercher tes mots, tu pourrais parler ta langue maternelle sans avoir peur de te tromper comme c’est le cas en anglais. Chaque fois que tu fais une erreur, tu te sens idiot. Là au moins, tu pourrais côtoyer des gens qui pourraient comprendre tes valeurs, les respecter même. Oui, cela serait sans doute assez avantageux pour toi. Reste encore à réfléchir, bien sûr, mais –

Mais.

« Ma..légende ? » Un terme bien trop positif, qui te paraît presque louche. « Que voulez-vous dire, Temudjin-san ? Sur Terre, j’étais connu comme un ennemi de la cour car obéissant aux Tokugawa. Sauf pour les fidèles du shogun bien sûr mais.. »Tu commences à réfléchir. « Qui plus est, nous étions en pleine guerre lorsque je suis arrivé ici.  Peut-être dire d’un homme abandonnant ses troupes qu’il est une légende ? » Un lâche ; même si tu n’y es pour rien techniquement.La culpabilité reste bien présente, cependant, vrillée à ton cœur. « …A moins que. » Tu additionnes deux et deux, tu comprends maintenant la réalité de ce que l’institut avait vaguement expliqué au sujet des lignes du temps, et les implications sont  terrifiantes.  « ...A moins qu’il n’y ait une…version..de moi qui n’ait pas été transférée et  qui soit...morte ? Et que cela soit la version qui soit rentrée dans l’Histoire ? ! La version officielle ? La vraie  version ? » Ta voix va crescendo, vitupérant ; une des fameuses colères du tout aussi fameux Vice-Commandant démoniaque. Puis tout s’arrête, et tu te prends le visage, pris dans un maelström d’émotions intenses et contradictoires – joie de savoir qu’un toi est mort pour ses idées, terreur de savoir que tu es mort, honte d’être parti, une colère sur laquelle tu ne pourrais mettre de mot et enfin, l’abattement. « Je ne suis donc pas moi. Je ne suis qu’une version ratée. Je n’ai pas pu aller jusqu’au bout. »

Un silence, plein de regrets.

« A moins qu’il n’y ait eu un miracle et que le camp auquel j’appartenais ait gagné la guerre... » Ta voix montre cependant clairement que tu n’y crois guère. Cela serait un doux rêve, pourtant.  Peut-être dans une autre vie, dans une autre ligne du temps.Tout peut être possible. La preuve, avec cette histoire du paysan devenu samourai - cette histoire qui est la tienne. « J’ai besoin de savoir, Temudjin-san. Qu’est-il arrivé au Japon après mon...départ ? » Départ voulant ici dire transfert aussi bien que mort. Le résultat est le même après tout  - tu n’es plus là-bas,et de façon définitive.


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Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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Sans doute le Vieillard venait-il d'accomplir sa première erreur, sans même paraître s'en rendre compte puisque pour lui n'existe sous ses pas aucun gouffre dans lequel il pourrait chuter, nulle fissure, nid-de-poule ni accroc où ses chaussures s'agripperaient ou sa cheville se retournerait, rien que le sol démesurément lisse de l'Institut et le pavé droit à perte de vue. Il avance ainsi qu'il parle, étale ses mots ainsi qu'il déroule ses foulées, serein et précautionneux à la fois, déplie les syllabes de cette langue étrangère à ses oreilles et qu'il lui fallut apprendre à maîtriser en son temps pour être capable de converser avec les hauts dignitaires des clans nippons ; encore aujourd'hui, alors qu'il est parvenu à en dompter les accents ricochant, les claquements de langue et les soupirs langoureux, Temudjin ne peut en user sans se donner l'impression d'une traîtrise. Envers qui, il l'ignore – sa Patrie, asservie aux Mandchous à l'époque de son enfance ; son Maître, Chinois raffiné ; ou bien lui-même, dont la mémoire pourtant intacte a scellé dans un recoin sans lumière le dialecte de sa mère, à l'instar d'un trésor qui, faute d'avoir été exposé, exhibé, s'est terni à l'intérieur de l'écrin censé le protéger. Alors peut-être, parce qu'il avait eu recours à un vocabulaire qui n'appartenait pas à son sang, l'Ancêtre s'était-il trompé. Peut-être son esprit avait-il trébuché sur ce terme – légende –, et qu'il lui était désormais difficile, sinon impossible, d'en expliquer le véritable sens au samurai. Ce dernier cependant n'attend pas de réponse concrète et immédiate ; c'est lui-même qui décortique sa requête, qui en pèle l'écorce, en découpe les quartiers puis tend à son interlocuteur les tranches sanguinolentes de son raisonnement. Paumes ouvertes pour en recevoir le substrat pourpre, Sansar écoute. Et regrette.

Regrette de n'avoir pas su distinguer les larges plaies tracées dans l'esprit du Japonais, celles-là sur lesquelles ses révérences ont jeté du sel à pleine main, regrette de ne posséder à l'égard de son vis-à-vis aucune réelle affinité, si ce n'est celle d'être né au même siècle, regrette de lui infliger une considération qui ne découle, en somme, que d'une pensée commune, d'une fleuve creusé entre les falaises de l'Histoire par les récits et les rumeurs difformes, relayés de loin en loin par des bouches sans cesse plus mensongères jusqu'au delta poli, policé, politique, de la connaissance contemporaine. Là-bas, lorsqu'il vivait encore dans ses vastes plateaux arides, l'adolescent qu'avait été le grand-père n'avait jamais entendu quiconque parler de Toshizō Hijikata, pas davantage que du Shinsen Gumi ni même de la dynastie des Tokugawa ; tous ces vocables étaient aussi inconnus aux populations nomades que le chant de la mer, et si ces deux éléments partageaient sans nul doute un exotisme similaire au cœur des Mongols, le second au moins avait une chance d'exister quelque part. Pour le reste, personne ne savait. À dire vrai, Temudjin n'avait appris la valeur du Vice-Commandant que le jour où, révisant ses cours en compagnie de Chun-Lian, celui-ci avait bifurqué vers cette parenthèse mythique, aussi brève que mémorable, à la prospérité étranglée entre les partisans et les détracteurs – aux grands hommes la nation déliquescente.
Quelque chose dans la colère croissante d'Hijikata trouble Sansar, l'émeut et le contrarie ; lui est incapable de voir en son alter cette statue de bronze que l'on peut admirer dans les jardins de Tōkyō, puisqu'il sait que la personne qui lui fait face à cette seconde, et dont les cordes vocales vibrent d'une détresse tout enragée, n'a pas encore pris pleinement conscience de sa nouvelle situation. En revanche, qu'il pût se mépriser de la sorte sous prétexte qu'il abandonna ses compagnons – Tengri qu'il le comprend ! – amène l'aîné à secouer la tête en douceur.
« Ne vous blâmez pas ainsi, Hijikata-san. Mais permettez-moi de m'étonner que l'Institut ne vous ait pas enseigné la suite des événements. » Un mince soupir lui échappe, de quoi rassembler ses souvenirs dispersés dans les plis de sa tunique. De quoi durcir sa franchise sur le fil de sa langue, d'une honnêteté acérée. « La forteresse de Goryokaku est tombée aux mains des troupes impériales. La République d'Ezo s'est rendue en juin 1869, peu après votre décès. » Le mot est prononcé avec un soin singulier, sans minutie excessive ni pesante gravité ; assez pour souligner l'importance des actes en esquivant l'apitoiement. « La fin de la révolution a abouti au retour de l'Impérialisme après le Bakumatsu, et l'Empereur Meiji rompit l'isolationnisme du pays afin de le faire entrer dans une période d'unification et de modernisation. Le Japon devint une grande puissance. »

Temudjin n'était pas dupe de son propre ton – la neutralité pédagogique dont il usait ne se contentait pas d'exposer des faits, mais entendait anesthésier le trop-plein d'émotions négatives contenues dans la poitrine de son compagnon. Il avait la sensation de manipuler un vase précieux dont le moindre sursaut eût fêlé l'émail, une coupe rare et ouvragée suspendue à ses mâchoires. Pauvre âme perdue dans un passé qu'elle ne connaîtra plus.
« Pardonnez ma rudesse, mais vous deviez mourir quelques jours après votre transfert sans que cela ne change quoi que ce soit à la marche des événements. Ce que l'Histoire a retenu n'est pas votre mort, ce sont vos actes, ceux que vous avez accomplis lorsque vous étiez sur Terre. Vous êtes donc celui que vos compagnons ont connu, auprès duquel ils ont combattu et ont donné leur vie pour leurs valeurs et leurs convictions. Vous êtes vous, face à la possibilité de continuer votre existence : comment et dans quel but, cependant, la décision est vôtre. »  
L'Ancêtre offrit un regard plus appuyé à Hijikata, guettant sans y paraître le bruit de poterie qui se brise, attendant de répondre à n'importe quelle question qui eût aidé le combattant à redéfinir sa conduite, sa voie, son bushidō.


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Ancien vice-commandant du Shinsengumi, aujourd'hui chef de brigade à l'Institut.

Ton histoire est celle d'un simple paysan qui a voulu s'élever, transcender les classes de sa société ; et devenir samurai, en adopter les valeurs et le mode de vie. C'est celle d'un homme qui a voulu rêver.

Ton histoire est celle d'une étoile filante, une comète qui a brillé brièvement mais avec intensité dans l' histoire du Japon. A l'image de la floraison de la fleur de cerisier, si éphémère mais si glorieuse.

Ton histoire est noble et tragique, comme le masque du tyran que tu as prétendu être, le chef sévère mais au fond qui se préoccupait trop de ceux qu'il aimait.

Ton histoire enfin maintenant, c'est celle d'un homme à qui l'on a volé son destin, qui le sait - et qui essaie d'avancer malgré tout ; qui change tout en ne changeant pas. Immuable comme la terre, immatériel comme un courant d'air, mouvant comme l'eau, et brûlant toujours du même feu intérieur.

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Il y a encore de la colère en toi - beaucoup de colère. Comme une marée qui découvre les rochers acérés du fond de la mer. Elle pourra bien les recouvrir, mais ils demeureront toujours, tout comme tes autres émotions ne pourront jamais faire disparaître cette ire justifiée. Arraché à ton époque, à ton destin, isolé - comment pourrais-tu être heureux ? D’emblée, tu sais que la personne qui a décidé que tu ne devais pas rester sur Terre - tu la hais profondément, et que si tu la trouves, si par malheur tu la trouves..elle le regrettera. Y a-t-il plus humiliant pour un chef de guerre que de se voir privé de sa dernière bataille, même si c’est la mort comme semble le dire l’Ancien ? Pas pour toi.

Tu ne le blâmes pas cependant ; ce n’est pas de sa faute s’il est annonciateur de mauvaises nouvelles. Tu lui as posé une question et tu as obtenu ta réponse, une réponse cruelle et terrible, mais c’est la vérité. Tu n’aurais pas voulu qu’il te mente pour te ménager, car la découverte de la vraie vérité aurait été encore bien pire, et lui aussi, tu lui en aurais voulu mais pour une raison différente. Même si le futur qu’il te dépeint - tu ne sais qu’en penser. Cette mort à Goryokaku, ça te convient, parce que c’est la preuve que tu es allé jusqu’au bout, que tu as combattu pour tes idées, que tu n’as pas abandonné ton camp, et c’est une chose qui te réjouit légèrement. Que la République se rende en est une conséquence logique d’un certain côté. Privé d’un chef de guerre, quel intérêt de sacrifier encore des hommes ? Surtout si la bataille pendant laquelle tu as trouvé la mort a été décisive.

Et continuer à vivre, penses-tu, est parfois plus difficile que de mourir...

«...Je vois. » Tu ne peux guère ajouter plus, d’une voix que tu espères assurée mais qui au fond est encore incertaine. Tremblante. «Merci de m’avoir communiqué ces informations. »

Une ouverture sur l’extérieur. Une unification. Une Occidentalisation effrénée pour rattraper son retard, sans aucun doute. Mais à quel prix ? A la perte de l’esprit japonais ? C’est une chose que tu ne pourras pas savoir, pas à moins de parler avec des japonais venus d’époques plus récentes, et tu ne sais pas si tu veux le savoir. Tu le verras bien assez tôt de toute façon, si tu croises des compatriotes, surtout jeunes. Mais quelle importance au fond - puisque tu n’es plus au Japon.  Ce n’est pas comme si on te demandait d’arriver dans le Japon actuel, où tu serais comme un poisson hors de l’eau, à l”agonie, pris dans une société qu’il ne pourrait comprendre. T’adapter à Pallatine sera déjà suffisamment difficile.

Et enfin, tu relèves ton regard vers Temudjin-san.

«Je suppose que l’Institut allait y venir - probablement. A moins qu’ils n’aient profité d’un jour où j’étais absent pour un examen ou autre pour faire le cours sur cette question. » Sait-on jamais. Si tu avais appris cela en plein cours, au milieu d’une foule de gens, qui sait comment tu aurais réagi, à voir ton nom cité encore et encore , pour finalement apprendre “ Et Hijikata Toshizo fut tué à Goryokaku.” ? Ta détresse et ta colère auraient été encore plus forts. «Mais vos mots me réconfortent. »

Parce que tu es presque toi. Il y a sans doute des différences -mineures tu l’espères -entre les toi des diverses lignes du temps, mais au moins ta ligne n’est pas très différente de celle considérée et reconnue comme la vraie. A part cette histoire de mort, ta vie a suivi le même chemin…

(Et tu imagines brièvement une réalité alternative où tu serais resté simple vendeur de médecine - quel ennui. )

Cependant il est vrai qu’une question se pose à présent : que faire de ta vie?
L’époque n’est plus celle des samurai, et ton combat sur Terre est fini depuis longtemps.
Mais cela signifie-t-il que tu dois abandonner ce qui faisait l’essence de ta personnalité jusqu’à présent ? Ta rectitude, ta volonté de suivre le bushido,quand bien même tu n’es plus guère qu’un rônin maintenant ? Un chien sans maître, un chien errant ?
Tu ne le pourrais pas, même avec la meilleure - ou pire- volonté du monde.

Et tu te rappelles. Continuer malgré tout, porteur du flambeau de la volonté de tes camarades. Jusqu’au bout. Jusqu’au bout du monde. Pallatine n’est pas Hakodate, mais c’est un bout du monde malgré tout ; et tu songes que l’âme du Shinsengumi ne peut mourir ici. Elle ne peut renaître complètement car tu n’as plus tes anciens camarades avec toi ; mais elle peut survivre en toi, avec ta simple présence, toi le fantôme, toi la relique, toi le témoin d’un passé disparu. Toi l’homme fier, déterminé à choisir son propre destin, sa vie et sa mort. Pourquoi les choses devraient-elles changer ici ?

Réponse : elles ne le devraient pas. Parce que tu es toi, et que cela serait te trahir, trahir le souvenir de tes camarades, si tu t’écartais ne serait-ce que d’un cheveu de cette ligne de conduite que tu t’es tracée il y a si longtemps.

Et tu sens quelque chose. Comme une flamme qui se rallume. Il est temps de redevenir le toi fier, le toi susceptible, le toi orgueilleux et noble en même temps ; pas le simple patient de l’Institut qui voit passer les jours en espérant d’être relâché dans le monde.

En revanche, que l’Iwasaki-rengô ait envoyé Temudjin pour te rencontrer t’apparaît désormais de mauvais augure. Intérêt flatteur peut-être ; mais tu crains que l’on fasse de toi un épouvantail, un symbole. Une figure de proue. Un fantoche.  Une marionnette ? Un trophée.

Mais tu dois être sûr.

«Et..en quoi consistent les activités de l’Iwasaki-rengô ? Quelles sont les spécificités  de cette diaspora, à part le fait qu’elle comporte majoritairement des personnes d’origine asiatique ? Y aurait-il seulement un secteur dans lequel je pourrais être efficace ? » Tu ne perds pas pieds, ta voix le montre - impérieuse, exigeant des réponses, claires et complètes. La voix de l’autorité d’un côté - celle du Vice-Commandant. De la même façon que Temudjin t’a avoué la vérité sur ta mort, tu veux tout savoir. Histoire de voir si tu dois  mettre cette diaspora sur ta liste noire, ou non.« Et je vous prierai d'être honnête, Temudjin-san. Même si vous savez que la réponse risque de ne pas me plaire. »

Parce que tu es toi.
Tout simplement.


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Transféré à seize ans pour satisfaire les intérêts de Chun-Lian, feu son Maître, Sansar entama son existence à Pallatine en qualité de prostitué. Ancolie - puisque tel était son surnom au sein de l'Hanafuda - fut éduqué par le Chinois en vue de lui servir de bras droit lorsque la maturité et la vérité auraient eu raison de son innocence. Aux côtés de son mentor, celui qui se fit ensuite appeler Temudjin dans une diaspora fraîchement établie - un regroupement de clans à l'époque - s'érigea en ambassadeur de la Maison et, de façon plus politique, devint coordinateur de l'ensemble du réseau de prostitution asiatique.
Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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C'est l'amertume qui répond à ses aveux, l'amertume affligée de celui qui ne sait plus où il est, où il en est, sinon suspendu au-dessus de l'abîme – la douleur froide et silencieuse de l'exilé, du paria avide d'en appeler à ces gouffres sous ses pieds – et qu'on l'y engloutisse pour qu'il n'ait plus à penser, plus à ressentir, plus à éprouver. Cependant, il faut croire qu'il en faudrait davantage pour briser le Vice-commandant démoniaque, pour lui arracher à même les yeux des larmes de renoncement comme autant de roches dont recouvrir sa tombe ; là n'étant point l'intention de Sansar, qui accueille avec un imperceptible soulagement cette réaction de la part de son vis-à-vis, lequel maîtrise remarquablement bien le timbre de sa voix pourtant chagrine. L'Institut offrait-il donc des cours sur la géopolitique japonaise durant le shogunat des Tokugawa ? Si tel est le cas, l'Ancien ne s'en souvient pas, et il doute d'ailleurs de l'intérêt des professeurs estampillés Svensson envers cette période de l'histoire nippone si riche en promesses. Lui-même ne s'est pas vu offrir un exposé détaillé sur les révolutions mongoles à l'encontre des Mandchous, puis des Russes, et n'a certainement pas eu le plaisir d'entendre citer le nom de Damdin Sükhbaatar, dont l'existence lui était en outre inconnue le jour où il quitta son univers. Le personnel ici se borne-t-il à retracer une frise chronologique terrienne grossièrement découpée en ères généralistes ou bien s'efforce-t-il d'adapter ses enseignements à la nature de ses apprenants ? Le Vieillard possède son idée sur la question, bien qu'elle ne requiert guère son attention – il a passé l'âge de gober les informations fadasses que l'y jette en pâture des individus en qui il n'a aucune confiance.

Alors qu'il observe les subtils changements dans l'attitude de Hijikata, la naissance de cette énergie nouvelle qui semble comme le rasséréner, détendre son ossature jusqu'à peu contrainte, exsangue de cette solitude infligée malgré lui, Temudjin  pressent qu'à défaut de mener à bien sa mission – laquelle est-ce, déjà ? – et de ramener parmi l'Iwasaki-rengô le samuraï ainsi qu'une noble bête dérobée sur le marché aux esclaves, son intervention n'aura pas été ni vaine ni inconséquente. S'il n'avait pas été là, s'il n'avait pas déclaré ces quelques phrases à demi assuré de leur impact, il est probable que le guerrier sincère eût pris davantage de temps pour se rétablir – si tant est qu'il en eût la force. En un sens, et bien qu'il soit certain que l'avenir est déjà tracé quant à la décision de Toshizō de rejoindre ou non le clan asiatique, l'Ancêtre n'est pas sans se savoir apaisé. Il n'a rien à se reprocher, il le sait, car cette approche lui a été, d'une certaine manière, imposée. Néanmoins, il avait craint de créer une réelle fracture à l'intérieur d'une âme fragilisée, de provoquer un incident diplomatique, voire pire, de saper tout désir de vivre chez une personnalité par trop négligée. Quand on connaît la légendaire sévérité des anciens Japonais, a fortiori des soldats, l'on peut s'attendre à une sauvagerie glacée de leur part qui en laisserait plus d'un de marbre, agenouillé face au soleil levant, paupières closes pour en savourer la douce chaleur, ses intestins répandus alentour tel un linceul pourpre. Une violence retenue, presque pudique, et qui pourtant éclate au regard étranger en une myriade de couleurs, en bariolures naïves, fauve, écarlates. Que Hijikata pût être en mesure d'accomplir semblable acte ne fait aucun doute – il a été élevé avec cette potentialité, cette nécessité, à l'esprit. Et si elle avait dû se produire, Sansar n'aurait pu y assister en toute indifférence ; heureusement pour eux deux, ce danger paraît désormais écarté.    
Quoique.
Ce n'est que pour laisser la place à une délicatesse plus sournoise encore que la présence de la mort se permet de reculer, et face à ces interrogations proférées avec l'insouciance du nouveau-venu, Temudjin ravale le sourire qui vient s'étirer à l'intérieur de lui. Le ton employé par son interlocuteur exige la même franchise dont il fit preuve naguère – mais quelle franchise ! Oui, faisons entrer l'Innocent dans le salon de l'Iwasaki, qu'il compte par lui-même le nombre de filles recroquevillées dans les armoires, le nombre de cadavres planqués sous les tapis, les cartouches vides dans les cendriers et les serviettes barbouillées d'hémoglobine dans les lavabos ; qu'il constate de ses propres yeux les draps de peaux humaines, les costumes de chanvre suspendus dans les garde-robes, les souillures charbonneuses rapportées par les semelles des hommes au retour d'un nettoyage. Qu'il vienne, l'agneau impérial, pénétrer la tanière des loups ! Frotter son pelage d'un blanc bravoure aux noirceurs mafieuses. Quelle plaisanterie.
Rectifiant sa posture sur sa chaise, le vieux Mongol lisse les chutes de sa tunique qui n'en ont pas besoin, avant d'annoncer :
« Alors je vais être tout à fait honnête avec vous, Hijikata-san : j'ignore à quelle fin mes supérieurs envisagent de faire appel à vous. Il est évident que vos qualités ne sont pas à démentir et que vous compter parmi nous serait un indéniable bénéfice. Qu'il s'agisse de former nos jeunes à la discipline, de diriger nos équipes lors d'opérations ou d'assurer une surveillance spécifique, je suis certain que vous serez à votre aise et que nous aurions tort de ne pas vous faire confiance ; néanmoins, l'Iwasaki-rengô est composée de nombreuses divisions possédant chacune un champ d'action particulier, et je ne peux vous dire à laquelle vous seriez rattaché. Non que je vous le dissimule. L'on ne me l'a tout simplement pas précisé. »
Il prit un instant pour réfléchir à la suite de son discours, conscient qu'il n'avait fait qu'éluder la question la plus importante d'entre toutes, celle de la nature des activités des yakuzas, et que le regard de Hijikata ne le quitterait pas tant qu'il n'aurait pas assouvi sa curiosité. Dusse-t-elle tuer le chat – ou l'agneau. Il lâcha un soupir, de dépit moins que d'appréhension, car il savait que fournir trop de renseignements pouvait devenir un péril tant qu'il n'était pas assuré que son acolyte ait rejoint les rangs – puis reprit :
« Nos activités demeurent assez éclectiques. Nous possédons des terrains importants dans les zones agricoles, de nombreux établissements de loisir dans le quartier culturel de Sharsfort ainsi que les industries textiles de Fukuhaji. Si les entreprises de divertissement et à vocation commerciale sont parmi les plus influentes de la confédération, les membres qui gèrent leurs propres affaires familiales ne sont pas rares : l'essentiel est d'entretenir une loyauté envers le Clan et de reconnaître la hiérarchie et nos lois d'entraide. »
Faire passer les producteurs de drogues pour de gentils paysans et les proxénètes pour de joyeux marchands de plaisir, tandis que les bouchers et autres trafiquants se transformaient en pater familias d'un marché dominical, voilà qui le surprenait presque lui-même. Et tout cela lui arrachait un rire muet, d'un cynisme de pierre, profondément enfoui sous le faciès imperturbable de ses quatre-vingt ans.  
« Nos membres ne se sont jamais plaints de la façon dont ils étaient traités, si cela vous inquiète. Appartenir à une communauté capable de fournir une place à quiconque en fonction de ses capacités, n'est-ce pas l'aspiration de tout individu en quête d'asile ? »
Cette fois, son rire se fendilla. Mais toujours rien sur son visage, sinon la sérénité millénaire d'un loup des steppes.


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Ton histoire est celle d'un simple paysan qui a voulu s'élever, transcender les classes de sa société ; et devenir samurai, en adopter les valeurs et le mode de vie. C'est celle d'un homme qui a voulu rêver.

Ton histoire est celle d'une étoile filante, une comète qui a brillé brièvement mais avec intensité dans l' histoire du Japon. A l'image de la floraison de la fleur de cerisier, si éphémère mais si glorieuse.

Ton histoire est noble et tragique, comme le masque du tyran que tu as prétendu être, le chef sévère mais au fond qui se préoccupait trop de ceux qu'il aimait.

Ton histoire enfin maintenant, c'est celle d'un homme à qui l'on a volé son destin, qui le sait - et qui essaie d'avancer malgré tout ; qui change tout en ne changeant pas. Immuable comme la terre, immatériel comme un courant d'air, mouvant comme l'eau, et brûlant toujours du même feu intérieur.

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Quand tu regardes derrière toi, tu te rends compte à quel point la majorité de ta vie a été gouvernée par ta fierté. Tu as bravé les conventions sociales, de paysan tu es devenu samurai. Et une fois samurai -rônin en réalité mais peu importe-, tu t’es efforcé de rester digne de ce statut, jusqu’à la toute fin. Est-ce rassurant de voir qu’à Pallatine les choses n’ont pas changé ? Qu’il a suffi de quelques mots, bien placés, pour que renaisse cette fierté, cette petite pointe d’orgueil qui t’empêche de te lamenter sur ton sort ? Tu as cru tomber au fond du trou en apprenant que le Hijikata reconnu comme “le vrai” est mort ; qu’importe, tu es toujours toi, et le toi n’avait pas pour habitude de se laisser décourager aussi facilement, sans quoi il aurait abandonné bien plus tôt dans sa quête - dès que les choses ont commencé à mal tourné. Mais tu vivras, tu vivras pour faire perdurer l’âme du Shinsengumi ; tu vivras pour faire un pied de nez monumental à ceux qui jugeraient que tu devrais te faire seppuku -et tu penses à Kondo-san qui a été exécuté comme un vulgaire criminel- ; tu vivras parce que tu as trop de fierté pour mourir  après tout ce que tu as fait ;  tu vivras parce que Pallatine n’est pas un endroit digne de recevoir le suicide d’un samurai. Tu ne connais pas la ville et pourtant tu le pressens.

Tu es trop fier pour mourir ici, voilà tout. La situation ne pourrait pas être plus simple que cela.

Tu regardes Temudjin alors qu’enfin - enfin, il te donne des informations plus satisfaisantes que les longues salutations verbeuses de tout à l’heure. Brigades d’intervention, surveillance, éducation de jeunes ; ce sont en effet des secteurs d’activité tout à fait dans tes cordes. Tu n’aurais pas pu co-diriger le Shinsengumi si tu ne disposais pas des compétences nécessaires pour les mener à bien.  Gérer autant d’hommes ne s’improvise pas ; sans compter toute la paperasserie à laquelle tu étais régulièrement confrontée. Mais tu écoutes. Plusieurs domaines dans l’Iwasaki-rengô tout en gardant une certaine distance, tant que la loyauté envers le Clan est indiscutable. Ce qui te permet de comprendre que l’Iwasaki-rengô est géré par un organisme central qui doit tirer toutes les ficelles. Logique ; un groupe, ça se gère, ça s’administre.

Léger froncement de sourcils.
Et tu ricanes à part toi.

«Ne me prenez pas pour une oie blanche, Temudjin-san.» Iwasaki-rengô est un nom japonais, cela laisse sous-entendre que le clan doit l’être ; et quand on parle de Japon et d’établissements de “divertissement”, on se doute que ce n’est pas que de spectacle de Kabuki dont on parle... «Appelez les choses par leur nom : vous me parlez de prostitution.» Tu as toi-même fréquenté des oirans - et des geishas, même si elles étaient des artistes et non pas des femmes de plaisir- , c’est vrai. Mais à l’époque il n’y avait rien d’honteux à en fréquenter, c’était chose courante et commune. Tandis qu’à présent..tu doutes que les choses soient restées en l’état, que l’on trouve encore à Pallatine ces femmes aux kimonos flamboyants, raffinées, cultivées, inaccessibles et dont la conversation te charmait si souvent (trop souvent, et maintenant tu te rends compte à quel point tu as été cruel avec elles) ; et parfois, parfois, tu espérais qu’un moment passé avec toi les soulageait un peu de leur destin d’oiseau en cage.

Et simplement, c’est une chose que d’être client et une autre que de tremper dans ce trafic. Tu ne veux pas être un de ces bourreaux qui les retenait. Hypocrite de ta part sans doute ; mais tu sais que tu ne serais plus digne du titre de samurai si tu t’associais à eux.

«...Et vos supérieurs espèrent sincèrement que j’accepterais de tremper dans une diaspora qui s’occupe notamment de ce domaine.» Sérénité inquiétante, qui ne signifie qu’une chose. La colère monte en toi comme la lave bouillonne dans le cratère du volcan -jusqu’à l’explosion.  «J’en déduis qu’il ne doit pas y avoir que cela comme activités..que je pourrais contester, vos précautions me le prouvent.» Une nouvelle pause. «Et si je prends en compte vos paroles précédentes..»

Tu visses ton regard dans celui de l’Ancien.

«J’en déduis que l’Iwasaki est plus qu’intéressé par le prestige que pourrait lui apporter la présence de ma légende parmi vous. Auquel cas, j’ai déjà une réponse.» Et là, tu laisses éclater ta colère. «Je ne serai pas un vulgaire symbole pour vous ! Je ne comprends même pas comment cette idée a pu sembler possible ou même envisageable  


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Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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Malgré les détours et les jeux de langage dont Sansar avait enrobé ses révélations, en dépit de cette prudence à laquelle un regard extérieur aurait sans conteste attribué les attraits de la tromperie, le vieux Mongol ne se considérait ni précautionneux ni manipulateur. Il énonçait les choses telles qu'il les avait toujours envisagées, et s'il est vrai qu'il avait passé sous l'échafaud du silence la couleur écarlate de certains trafics plus cruels, il ne pensait pas faire preuve de dissimulation en évoquant le divertissement proposé et consommé au sein de la diaspora asiatique. Preuve en fut qu'Hijikata monta derechef au créneau, à défaut des rideaux, se dépossédant de sa curiosité de bleusaille à l'instar d'un manteau découvrant son ire. Des deux, il était le seul à user de ce mot qu'il jugeait vil – prostitution – car il n'en avait sans doute connu que l'apparence, unique privilège du client, et que sa connaissance du milieu s'arrêtait à ses contours visibles, à ses jouissances brutales, immédiates et éphémères. Derrière le fard à paupières et la poudre de riz, sous les étoffes luxuriantes et les rires travaillés, il existe des codes, des rigueurs et des exercices qu'il ne peut même pas espérer effleurer du bout des doigts dès l'instant où ceux-ci se posent sur une coupelle de saké servie par un jeune homme trop maquillé pour ne pas être aimé comme une femme. Et cette ignorance aujourd'hui à l'origine de leur désaccord, responsable du courroux du samurai, Temudjin en nourrit un triste dépit. Après tout, ce n'est rien de moins que son précédent métier, le socle de son existence à Pallatine et l'ouvrage auquel il voua son intelligence, que le Japonais est en train de rejeter.  
Qu'il est loin, le temps où les têtes tombaient pour un soufflet ridicule !
Mais l'Ancien ne saurait s'attendre à pire de la part du Vice-Commandant démoniaque, aussi conserve-t-il sa superbe devant la soudaine véhémence de son interlocuteur – l'impétuosité de la jeunesse, à l'évidence. Cette attitude sert bien plus ses desseins qu'une banale discussion et viendra garnir son rapport de détails plus intéressants que n'en serait capable un entretien de confiance, ce qui n'est pas sans satisfaire le Mongol dont les pupilles déclinantes relâchent une étincelle vipérine.
Puis il acquiesce en silence et se redresse d'un mouvement sévère et ample, altier quoique dénué d'orgueil.
« Veuillez pardonner mes paroles si elles vous ont offensé, Hijikata-san ; loin d'elles cette intention. Vous me voyez navré de recevoir votre refus, surtout provoqué par un tel malentendu, car vous n'êtes pas un ''vulgaire symbole'' ni même une légende : vous êtes vous, et c'est pour ce vous que je suis venu vous suggérer cette offre. Mais je constate que nos valeurs ne possèdent pas les mêmes résonances, point sur lequel je crains que nos arguments demeurent lettre morte. »

Sansar ignorait combien de temps s'était écoulé depuis son entrée dans la chambre de l'ancien mercenaire. Une minute lui semblait s'être étirée en une heure, transformant chacune inspiration en souffle d'éternité, et la soudaine pesanteur de la pièce rajoutait à cette pénible impression. Son désamour de l'Institut ne guérissait pas. Par ailleurs, l'accès de colère de la part de son vis-à-vis sonnait le glas de leur conversation – à quoi bon tenter de l'apaiser ou de lui donner tort ? Sa flexibilité n'était certes pas ce qui l'avait rendu célèbre.
« Si l'usage que l'on pourrait faire de votre ''prestige'' vous cause tant d'amertume, il faudra vous armer de patience pour trouver un foyer où l'on méconnaisse votre histoire : elle fait partie de vous, cher ami, que vous appreniez à l'accepter ou que vous cherchiez à l'effacer. Vous êtes un homme de droiture et d'honnêteté. Ne restreignez pas vos liens à ce que vous croyez que l'on pense de vous. »
Il eut un sourire plus affable, assez pour indiquer qu'il ne se moquait pas ni ne jouait les faux repentirs devant l'échec. Il n'avait rien perdu – il n'y avait rien à gagner non plus. Il déplorait cependant que leur propre éthique ait raison de leur relation et que leur aversion s'appuie sur ce principe moral d'action selon lequel la prostitution était un mal ; pareil manichéisme judéo-chrétien lui apparaissait risible de la part d'un tueur, fût-il d'ambition juste ou non. Pour autant, il ne pouvait le mépriser pour sa nature, pas plus que pour son vécu, et c'était là le plus grand gâchis. Être incapable de le considérer comme une moindre perte, non à l'échelle de l'Iwasaki, mais de lui-même. Cinquante ans en arrière, il l'aurait volontiers invité à visiter l'Hanafuda en belle compagnie.
« Permettez-moi à présent de prendre congé ; il me semble avoir suffisamment abusé de votre temps. Je vous souhaite du courage pour la suite de votre période d'adaptation et du succès dans vos entreprises. Nous serons sûrement amenés à nous revoir. » La proposition était lâchée sans hostilité. Pallatine n'était pas si grande pour deux entités de leur gabarit. Restait à savoir s'ils se recroiseraient en qualité de collègues ou d'opposants – une alternative qui laissait peu de place à la surprise.
Tant pis.
D'une inclination du buste, Sansar salua son hôte, canne plantée au sol à la manière d'un antique chêne. Il eut un léger rire d'où pointait la raillerie.
« Ne vous dérangez pas, je connais la sortie. »
Et s'en fut d'un volte-face impérial.


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Ancien vice-commandant du Shinsengumi, aujourd'hui chef de brigade à l'Institut.

Ton histoire est celle d'un simple paysan qui a voulu s'élever, transcender les classes de sa société ; et devenir samurai, en adopter les valeurs et le mode de vie. C'est celle d'un homme qui a voulu rêver.

Ton histoire est celle d'une étoile filante, une comète qui a brillé brièvement mais avec intensité dans l' histoire du Japon. A l'image de la floraison de la fleur de cerisier, si éphémère mais si glorieuse.

Ton histoire est noble et tragique, comme le masque du tyran que tu as prétendu être, le chef sévère mais au fond qui se préoccupait trop de ceux qu'il aimait.

Ton histoire enfin maintenant, c'est celle d'un homme à qui l'on a volé son destin, qui le sait - et qui essaie d'avancer malgré tout ; qui change tout en ne changeant pas. Immuable comme la terre, immatériel comme un courant d'air, mouvant comme l'eau, et brûlant toujours du même feu intérieur.

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Si auparavant Temudjin et toi aviez réussi à maintenir une conversation presque civile, ce n’est plus le cas maintenant. L’atmosphère a changé d’un coup, fatalement. Tu as posé des questions, tu as donné un coup de pied dans la fourmilière ; et les réponses que tu as obtenues ne te plaisent pas. Inutile dans ces cas-là de te forcer à être calme, tu n’y arriveras pas, et tu sens la colère et l’indignation monter en toi comme un raz-de-marée au fur et à mesure que tu déduis des implications de ce que ton interlocuteur veut bien daigner te dire. Mais cela, Temudjin ne le comprend pas. Il ne le comprend pas, parce qu’il ne t’a pas compris toi.

Il n’a pas pris en compte le fait que, peut-être, tu avais eu le temps de réfléchir depuis que tu as été transféré à Pallatine, sur toi, ta vie passée, les choix que tu as faits et ceux que tu pourras faire une fois que tu seras enfin sorti.  Participer à quelque trafic que ce soit ; non, tu ne le peux pas. Tu t’imagines travaillant dans une maison de passe ; la scène est du dernier grotesque. Toi qui cherches à te comporter avec honneur, cautionner du trafic d’être humain, appartenir à une diaspora qui a la main mise sur ce secteur..Cela t’est devenu impensable ; même si tu as fréquenté des maisons de passe par le passé, que tu as eu des oiran comme maîtresses.

Peut-être est-ce justement pour ça, que cela te répugne autant. Parce que tu as déjà fait assez souffrir de femmes par le passé avec ton attitude frivole, que tu as même engendré une fille qui n’a pas survécu ; maintenant, tu ne souhaites plus que que vivre avec rectitude, en te tenant loin des tentations de toute sorte pour mieux y résister. Parce que tu sais trop maintenant, que les personnes actrices de ce type de “divertissement” l’étaient  rarement de leur plein gré.  Vendues souvent par leur famille, elles n’avaient pas le choix, et les tentatives de fuite étaient sévèrement réprimées.   Peut-être que tu es idéaliste. PEut-être que tu souhaites t’éloigner des platitudes terrestres pour ne devenir qu’un pur esprit, incarnation de la Droiture, de l’Ordre et de la Justice. Ce que tu aurais du être sur Terre, peut-être.

Mais cela, Temudjin ne peut le comprendre.

Pas plus qu’il ne peut comprendre que tu ne souhaites pas que l’Iwasaki-rengô fasse de toi un fantoche, un symbole de réussite. Tu ne veux pas qu’ils se rengorgent d’avoir pu recruter Hijikata Toshizo, un des symboles de l’histoire japonaise, parce qu’il s’agit justement d’un symbole. Tu ne veux pas être exhibé comme un trophée.

Non, Temudjin ne sait rien et ne peut pas savoir.
Et c'est pour cela que tu ne réponds rien à ses excuses inutiles ; vous avez atteint un point de non-retour.

Le pire étant que si tu avais rejoint l’Iwasaki de ta propre volonté, en venant vers eux, en prenant contact avec eux, les choses auraient été différentes. Quoique. En apprenant ton identité, ne t’auraient-ils pas engagé uniquement à cause de cela, sans même se demander ce que tu pourrais leur apporter ? Possibilité à ne pas négliger, même si les mots de l’Ancêtre ont une certaine logique. Tu es célèbre, et cette célébrité fait désormais partie de toi. Tu ne pourras jamais nier complètement qui tu es, que ton nom a désormais une certaine connotation par rapport à la personne lambda.

(Est-ce que la renommée n’implique pas d’être un modèle justement ?)

Mais cela tu ne l’admettras pas à haute voix, par fierté, par orgueil, parce que cela pourrait donner à ton interlocuteur l’illusion que tu changes d’avis et ce n’est clairement pas le cas.

«Merci de votre visite Temudjin-san, elle a été très instructive.»  lances-tu, aussi railleur que lui.

Quoique. Tu as appris bien des choses, sur les lignes de temps, sur l’Iwasaki-rengô mais aussi sur toi-même.  Tu as appris que tu resterais toi, quel que soit le lieu ou l’époque, sorte de monolithe immuable, vestige d’un autre temps. Et en conséquence ton avenir te paraît plus certain, plus dessiné ; car tu sais désormais ce que tu vas faire de ta vie à Pallatine.

Tu as dédié la partie la plus mouvementée de ta vie à tenter de faire régner l’ordre à Kyôto,combattre le crime d'une certaine façon, à tenter d’en protéger la population ; et c’est ce que tu continueras à faire ici, parce qu’agir autrement reviendrait à  nier qui tu es.
HRP:
Terminé pour moi, merci papy Sansar Cœur


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