« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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La petite musique du quotidien - ft. Himiko

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Clan Iwasaki
sympathy for the devil
Etsuko, un parfum de sable chaud au creux des reins, une image de cerisier en fleurs dans le ton de sa voix. Une femme perdue naviguant en eaux troubles. Un sourire, toujours, voilant la vérité, un passé qui ne veut pas quitter sa rétine. Un corps entre deux mondes et une question : pourquoi? Des poings et du sang la recouvrent sans qu'elle s'en cache. Il y a quelque chose de casser en elle et pourtant, on se sent attiré.
Soulevez le voile, n'ayez pas peur. La mort n'existe pas.

Nom de code : Izanami
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Yakitori et riz blanc

Le quartier de Saint-Juré n’avait plus rien d’amical. Ses hauts buildings, ses avenues aux pavés blancs aveuglant, ses gens proprets se promenant tranquillement dans les espaces verts, profitant des premiers rayons du printemps. Rien, rien de rien ne parvenait à t’apaiser, retrouver dans l’air, étonnamment salubre en plein cœur de la ville, un pâle sentiment de sécurité. Il n’y avait que du rouge tout autour de toi. Tu marches sur un océan d’immondices, déchets humains, chairs arrachées, corps ouverts de multiples fois scarifiés. Tu souffres sur le chemin pourtant de multiples fois foulé dans des humeurs si différentes les unes des autres. Tu n’en vois pas le bout alors qu’il ne fait que quelques centaines de mètres. Un marathon de douleur où les images des affrontements ayant eu lieu ici ne te quittent pas. Partiront-elles un jour ? Tu en doutes. Tu doutes de tout, en ce moment. Depuis la disparition de l’Oyabun, tu n’arrêtais pas de douter des décisions prises dans l’urgence. Tu ne pouvais pas faire marche arrière, plus maintenant. Il n’empêche que subsiste le doute, qui te ronge, qui t’enfonce. Tu fais partie de l’océan d’immondices, toi aussi, tu appartiens à la déchetterie qu’on nomme « guerre » - avec les pauvres notions de « héroïsme », « victoire », « défaite », « butin », « conquête ». Mais ce n’est que cela, un mot réducteur, certes, mais emplit de vérité : déchetterie. Une sourde haine de l’autre, un geste vif, un éclair rouge et la colère éclatant en milliers de fragments, allant se refléter dans autant de regards, autant de corps se massacrant joyeusement. Un grand bordel d’où on ne ressortait qu’en acceptant tacitement de perdre quelque chose de soi. Pour certains, c’était la vie. Ils s’abandonnaient à leurs ébats belliqueux, abandonnaient leur corps derrière eux. Pour d’autres, moins exacerbés dans leur boucherie sanglante, ou plus précautionneux, c’était un membre. La mort les avait goûté du bout de sa langue griffue avant de recracher la carcasse du pauvre malheureux, n’approuvant pas son goût. Trop de cholestérol, peut-être.

Tu avais perdu ton corps, ce grand tout que tu considérais comme ta famille, l’Iwasaki-Rengô. Tu avais perdu les membres de cette grande famille. Tu avais perdu du sang, le vomissant par bouchée entière dans le lavabo, les égouts de la ville. Tu avais perdu des batailles, gagné d’autres, pour ne remporter que des bleus et des cadavres à enterrer, la douleur ne quittant plus le creux de tes seins. Amant encombrant, sombre amant, pauvre amant esseulé, comme toi. Ame sœur que tu acceptes car cadeau des défunts aux vivants. Tu dois te souvenir d’eux, de chacun d’entre eux. Ils avaient été le sacrifice nécessaire afin que l’Oyabun soit retrouvé, sain et sauf. Mais leurs sangs chantaient en toi les soirs d’orage, ils chantaient leur vœu de vengeance auquel tu arrivais de moins en moins à résister. A qui en parler ? Vers qui se tourner ?

Tu tournes la poignée de la porte d’entrée, tu rentres chez toi, chez l’autre qui est là, qui t’impose sa présence tout en silence, cheveux noirs, yeux scrutateurs. Tu voudrais t’échapper de la prison de ce regard t’accusant. Tu voudrais que le bleu de ses pupilles ne t’attire pas autant. Ne pas te sentir dénudée, vidée, comprise. Il y a mille ans dans ces rétines. Un gouffre profond où tes souffrances trouvent écho. Un compagnon de misère, tu l’appelles, cette fille étrange, cette colocataire mutique, cheveux longs, cils longs, absences longues. Tu la croises rarement, vos horaires de « travail » n’étant pas compatibles à une vie à deux. Tu persistes à coller un sourire heureusement surpris sur ton visage, même si tu sens qu’elle sait, qu’elle a connu tes tourments bien avant toi, qu’elle est bien autre chose que l’adolescente que tu as en face de toi. Un jeu de masque. Vous êtes deux poupées Nô à vous tourner autours, à savoir qui des deux est la meilleure. Trouver la vérité cachée, percer les secrets de sa voisine. Ça t’épuise, pas aujourd’hui. Le mystère restera entier. Il te faut des protéines, de quoi caler ton estomac, puis dormir. Rêver. Penser à des lendemains dorés. Souiller le présent d’une bulle de bonheur. Souiller l’océan d’immondices par des merveilles impossibles. Des rivières de diamants. Des maisons en pain d’épice. Un Noël à Paris, tel que tu en rêvais petite, avec les Galeries et ses vitrines enchantées, comme à la tv.

Mais. Pas. Maintenant.

Tu enlèves tes baskets, les rangeant dans le meuble à chaussures. Elle est assise sur le canapé, à attendre quelque chose, ou quelqu’un. L’écran de son ordinateur est allumé, en face d’elle, mais elle ne le regarde pas. Elle te regarde toi. Tu te sens importante, puis le sentiment d’être jugée te met mal à l’aise. Tu sais que, si vous aviez fait partie de la même Diaspora, tu l’aurais prise à tes côtés comme agent de recrutement, ou garde du corps. Aucun de tes mouvements n’échappe à sa vigilance. Qu’est-ce qu’elle fait, petite fille dans un monde trop grand, trop cruel, trop parfait, que fait-elle ici ? Quelle est sa place ? Une tueuse, comme les mioches de Capone, enfants soldats, révoltant de cruauté à l’égard de leurs âges poupon ? Prostituée ? Vendue pour ses courbes naissantes, sa poitrine prometteuse, sa peau de porcelaine, sans défaut ? Elle a l’air d’attendre, immobile, assise sur le canapé. Elle a l’air d’une statue, tu te dis en traversant le salon, discutant du temps, des gens dehors, d’une voix égale, posée, adulte. La cuisine gagnée, tu ouvres le frigo et commences l’élaboration d’un plat simple, protéiné. Tu calmes ta paranoïa d’être tout le temps surveillée, sur écoute, par cette discipline simple du quotidien. Le riz sent le riz, la viande cuite et la sauce de soja, les graines de sésame, les feuilles de cresson ont l’odeur qu’ils doivent avoir. Pluie de sang, plus de sang emplissant tes narines. Que le parfum d’un plat mijotant sur la poêle, le bruit non pas des coups de feu mais de la vaisselle s’entrechoquant. L’eau s’écoulant tranquillement dans un verre. Les plateaux préparés, feuilles d’algues brillant d’un beau vert profond. Les images du train-train, c’est de cela dont tu as besoin. Le ronron de la petite musique qui continue, jour après jour, de chanter, dissipant les chants des morts. La petite musique sur laquelle tu danses, en équilibre au-dessus du gouffre de la vengeance, les flammes de la haine. Tu t’accroches à ça, à ton appartement, ses murs blancs, ses meubles simples, ta chambre bleu pâle, ton lit aux draps mauve. Le visage immuable de Himiko, toujours assise sur le canapé, toujours le regard fixé dans le tien, attendant quelque chose. Tu commences à la connaître. Tu lui souris, plus franchement.

▬ « Tu as encore sauté un repas, non ? Tu devrais manger un peu, avant d’être anémiée. On ne te nourrit pas au boulot ? »

Tu poses d’office le premier plateau à côté d’elle, avant de prendre place à l’autre bout du canapé. La fenêtre est sur ta droite, tu y jettes un coup d’œil distrait. Le temps s’écoule et le présent devient passé, tu te dis. Tu avales ta première bouchée, savourant le met. Tu avais besoin de ça, le réconfort de la nourriture. Partir, il te faut partir, loin, quelque temps. Echapper aux fantômes, coûte que coûte. Tu n’étais plus en sécurité à Saint-Juré, pas après ce que vous aviez fait, et ce que vous vous préparez à faire.

▬ « Vengeance. »

Bientôt, tu leur réponds. Et pour une fois, ils t’écoutent.


Souffle de vie, soupir de mort





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Sécurité
Each bullet is a piece of my soul. Each shot is a piece of me.
"Dans l'ombre du viseur, tous les corps se ressemblent. Il suffit d'un tir pour ôter la Vie. Dans l'ombre des mots, tous les poètes s'assemblent. Il suffit d'un son pour ôter l'Ennui. Je suis l'Horloge implacable qui frappe et sonne le glas des âmes ensevelies. Je suis l'esprit indomptable qui nourrit et affame le poids des siècles endormis. Meurs, oraison ternie, et deviens le spectre de mes nuits de misère. Corbeau naissant sur fond de tempête. L'oeuvre complète, je demeure."
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Inobliviate, souviens-toi

H. Ashida & E. Abe





I wanna live, not just survive. Chanson indolente, chanson absente, résonnant au creux d’une oreille dévorée par l’Ennui. Or du soir qui tombe, enluminure désenchantée à fleur de peau, souvenirs de cet ailleurs, de ces immeubles, de cette humanité en fin de course. Quatre murs, quatre planches, aucune différence. Le purgatoire à portée de lèvres, l’enfer à portée de mots. Une réification grandeur nature sur fond d’apocalypse. Le corbeau seul connait ces vérités – le fleuve lui les ignore, innocence impromptue. L’espoir s’éteint avec l’aube. Ainsi va le monde. Alors tu t’efforces d’exister, de mener tes propres batailles. Mais ça n’a pas de sens. Plus rien n’a de sens. L’Institut, Pallatine… tout cela est-il seulement réel ? Elle repense à Descartes – elle doute, elle doute donc elle est, chanson cyclique, chanson infirme, couplets qui sonnent faux, et le vide qui, en un unique soupir nacarat, engloutit le monde, son monde, celui d’où elle vient, celui qu’elle aime et où pourtant elle ne veut pas retourner.

Pallatine, son nouveau foyer, pour le meilleur et pour le pire. Pallatine, ce non-temps, ce non-sens, cet écho insensé et insensible, cette ville faite de fantômes. L’âme trouve refuge là où le corps n’a pas sa place. Ironie du sort pour une femme-enfant, ce visage baptisé dans la fontaine de jouvence – cette malédiction, tout compte fait. Fardeau carnavalesque, qui inverse le haut et le bas, la jeunesse et la vieillesse, le passé et le futur. Plus rien n’a de sens. Je suis un être qui passe. Qui passait ?

Elle est là, assise sur le canapé, le regard plongé dans le néant. Rien d’autre ne compte que l’existence. Son existence. Elle peut vivre, aimer, lire, savourer, tomber, se relever. Falling, rising each time you fall. Ce doux foyer, c’est bien peu de chose – mais au moins elle peut se contenter d’être Himiko. Tout simplement. Ravenshell, cette autre que je ne suis pas, ou pas tout à fait. Elle reste sur le seuil, et je demeure ce que je suis, un fleuve sans patrie. Me voilà, perdue au milieu d’un monde qui n’est pas le mien, et que j’essaye d’aimer… que j’essaye de protéger.

La porte s’ouvre. Porte ou miroir ? Difficile de ne pas déceler derrière ces traits – plus vieux, plus marqués – l’incarnation de ce qu’elle aurait dû être si le temps… Si temps n’avait pas volé en éclats. Sur son ordinateur allumé, le documentaire de biologie qu’elle a commencé à visionner tourne toujours. Bien évidemment, la bioluminescence de ces organismes marins a été observée à plusieurs reprises en laboratoire. Des études récentes ont montré qu’il faut désoxygéner en partie leur environnement… D’un geste vif, elle met la vidéo sur pause, et les commentaires du journaliste s’interrompent aussitôt.

Himiko ne peut s’empêcher de suivre du regard cette femme, cette inconnue-bien-connue. Elles sont arrivées au centre d’accueil de l’Institut presque au même moment ; et depuis, une relation étrange s’est nouée entre elles. Etrange, mais nécessaire. Deux âmes perdues tentant de survivre au naufrage du temps qui passe. L’espace de quelques minutes, Etsuko sort du champ de vision de la jeune fille – elle se rend probablement dans la cuisine – mais elle ne sourcille pas. Focalisée sur mon objectif. Ma cible ? Mon objectif. Mon… amie ?

- Tu as encore sauté un repas, non ? Tu devrais manger un peu, avant d’être anémiée. On ne te nourrit pas au boulot ?

Les journées sur les toits de l’Institut sont rudes. Le vent y souffle fort, et les rafales sont monnaie courante. On a peu ou pas le temps de descendre en bas, dans le commun des mortels et des employés, pour déguster un bon déjeuner. Souvent, l’agent Ravenshell règle ça à coups de sandwichs préparés à la hâte, voire même de simples paquets de biscuits. Ma véritable nourriture, femme, c’est celle de l’esprit. Memento Mori. Pourtant, quelquefois, elle parvient à prendre sa pause de midi avec le reste de son escouade. Stella et le capitaine Hijikata… Elle soupire. Ce sont seulement des souvenirs. Pallatine est un monde rempli de souvenirs grandeur nature…

Valse à quatre temps. Danse, danse, et tombe. Tombes ? Nous tombons tous. Etsuko pose le plateau à côté d’Himiko. Etsuko s’assoit à l’autre bout du canapé. Himiko ne la quitte pas du regard. Himiko – elle avait presque oublié le son de sa propre voix – se décide enfin à parler.

- Merci. Tu sais, aujourd’hui, j’ai pas vraiment eu le temps de manger. Les contrôles de sécurité se renforcent à l’Institut, et tout le monde doit mettre le pied à l’étrier.

Un léger courant d’air agite son débardeur blanc cassé, dessinant les courbes de sa poitrine qui, bien que délicate et séduisante, n’en demeure pas moins naissante. Une tête d’adulte dans un corps de jeune femme – corps fantasmé, corps rêvé, éternellement jeune : fantasme de l’âge d’or de la matière, et rêve de l’apothéose à venir de l’esprit. Jusqu’à quel cercle de l’Enfer suis-je condamnée à errer ?

- Et toi, tu es satisfaite de ta journée ?









Study Mioto Hanazawa
Theme - Clockwork Philipp Klein
Lotus Blossom:

Une reine versant des larmes au coeur de la tempête
Un fleuve qui coule sous les vieux cerisiers en fleurs
Et ma voix qui se perd dans le tumulte du monde.

Un corbeau égaré sous des étoiles contraires
Une coquille qui se brise sous l'écume des vagues
Et mon chant qui s'efface, drame silencieux.

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