« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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Le temps d'une tasse de thé. // Naga.

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Communication

Prince d'Egypte discrédité, porte-parole altermondialiste intéressé, mannequin de papier glacé.
Ismaïl a la verve habile, le coup de point facile et l'allure gracile. Un peu précieux, un rien sanguin.
Né pour régner, grandi pour chuter,
vous tourne le dos, et puis s'en va.

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Avatar : Ookurikara - Touken Ranbu

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le Lun 17 Avr 2017 - 15:53
Ismaïl dévale les rues d’Ivale d’un pas rapide et assuré, le dos droit et l’air conquérant, au son des talons de ses derbies fraîchement achetées. Le fond de l’air est frais mais le soleil tape, et ses rayons réchauffent les cœurs et illuminent les journées incertaines. La réunion du service Communication de la diaspora a empiété sur une bonne partie de l’après-midi, et son estomac gronde de fatigue ; le rendez-vous qui l’attend avec son ami Naga est ainsi plus que le bienvenu, et lui offre la promesse d’un repos bien mérité, loin des débats animés et sans fin auxquels il crache son ras-le-bol incessant depuis des jours. Il s’engouffre dans les rues animées, zigzaguant entre les divers étals et terrasses de restaurants empiétant sur le trottoir, salue avec son air courtois et charmeur habituel les quelques têtes connues qu’il croise, et finit par s’engouffrer dans une petite rue attenante. Ici l’ambiance est plus calme et le traffic moins dense, mais le salon de thé au numéro quinze fait affluer tout au long de la journée un flot continu de personnes.

L’Egyptien pousse à son tour la porte et pénètre dans le salon, où il est sitôt accueilli par Magdalena, la chaleureuse et avenante gérante du Chat Persan ; elle le salue vigoureusement, s’enquiert rapidement de ses nouvelles et l’invite à s’asseoir à sa place habituelle, le long du mur de droite et contre la vitrine d’où il a vue sur les environs. Le Chat Persan est un melting-pot d’idées qui fleurissent et de projets qui murissent, des identités et origines multiples qui n’ont de facettes communes que leurs idéaux altermondialistes. Ici, les meubles de bois semblent issus d'un autre temps, dépareillés mais ordonnés comme un salon de maître ; les murs sont recouverts de miroirs, d’affiches rétro et de photographies en noir et blanc riches d’histoires. Parfois on trouve des peintures exposées, parfois les tables proposent des pâtisseries gratuites à qui en désire, et des fois on croule sous les tracts contestataires et les projets solidaires qui animent la diaspora verte.

Après avoir disposé sa veste sur le dos de sa chaise, et prit ses aises sur la table, Ismaïl dépose son regard sur les photographies accrochées au mur et qui semblent le dévisager. Chaque moment de détente débute sur cet étrange rituel qui consiste à soutenir le regard de ces grands pontes altermondialistes, qui au fil des décennies ont marqué la diaspora et Pallatine de leurs idéaux et projets novateurs ; et alors il se dit J’en suis capable, moi aussi, et je vais vous le prouver. Mais il se ravise et détourne le regard, gêné, pour fuir sa propre imposture. Les piétons traversant la rue au-dehors lui paraissent soudain plus intéressant à dévisager. Lui ne le sait pas encore, s’il est un imposteur, mais il est persuadé que ces vieilles silhouettes sur papier le savent, elles. Il s’interroge sur pourquoi il persiste à fréquenter ce lieu qui le met tant mal à l’aise, et la réponse vient aussitôt : parce que c’est ce qu’on attendrait de lui, vraisemblablement.

« Toujours la même chose ? lui demande Magdalena qui frotte vigoureusement au torchon l’une des tables situées derrière lui.
— Non, répond Ismaïl après quelques secondes d’hésitation. Je vais prendre le Printemps d’Orient pour changer, parce que tu m’avais conseillé ce thé la dernière fois et que j’ai envie de quelque chose de fort, là. Mais Naga doit me rejoindre, il ne devrait plus tarder. Je souhaite l'attendre avant de commander.
— Je reviens plus tard, alors ! »


Et Magda repart à ses occupations avec ce même sourire chaleureux qui compte probablement pour la moitié du succès de l’établissement. Ismaïl reporte son attention vers la vitrine, scrute les passants et tend de temps à autre l'oreille pour attraper l'écho des conversations qui animent la salle. Je prendrais bien des vacances, se dit-il avec une pointe d'agacement. Des vacances au plateau de Saiq, comme pour mon dix-neuvième anniversaire... Mais les anniversaires dans un resort luxueux ne sont plus de l'ordre du jour. Peut-être s'autorisera-t-il un crumble aux fruits du jardin communautaire ? Naga en prendrait-il également ? Il a faim, mais se souvient d'un photoshoot programmé pour dans trois jours, qui risque d'être décalé pour laisser place à une énième réunion du service Communication. Et son esprit dérive, s'embourbe dans les tracas du quotidien et des incertitudes du futur, tant et si bien qu'il ne remarque pas l'arrivée de son jeune ami.
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Technicien

Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
En pratique, Naga est plus un hypocrite cherchant à apaiser sa confiance qu'un Altermondialiste convaincu, mais il a toujours su se débrouiller pour éviter que quelqu'un lui en fasse la remarque...
Avatar : Sanada Akihiko.

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D'aucuns pensaient peut-être que Naga en faisait trop. Le jeune homme pensait que l'on ne faisait jamais assez d'effort pour bien s'habiller lorsqu'on était invité.
La journée de congé n'avait pas été de trop pour se préparer : levé bien après dix heures, ce qui, pour un pêcheur se levant aux aurores, représentait une bien épaisse grasse matinée, Naga avait largement eu le temps de passer en revue les dizaines de tenues élégantes que comportait son petit dressing avant de se décider. Des costumes bien taillés et bien repassés parfaitement assortis à des chemises douces et légères et des cravates aussi brillantes que soyeuses, des t-shirts décolletés aux motifs travaillés, des pulls élégants de toutes les couleurs, sauf les plus criardes, des pantalons bien coupés qui épousaient sa silhouette, des écharpes et des foulards imprégnés de son parfum d'homme, une paire de bretelle ou deux qu'il savait porter comme personne, et même quelques shorts et jeans pour se détendre chez lui. Une garde-robe élégante et luxueuse qui n'avait strictement rien à voir avec son métier, comme Naga se le disait toujours avec satisfaction. Il n'était pas de ces garçons au style sportif et au jean déchiré, non, Naga revendiquait par sa mise un statut social qu'il était loin de posséder - le jeune homme de bonne famille, par exemple. C'était là l'une des nombreuses contradictions du jeune homme, autrefois étudiant, qui s'était destiné à un travail manuel mais avait toujours eu à cœur de rappeler qu'il avait de nobles origines - son père était ingénieur, et lui-même était bien éduqué.
Après de nombreuses hésitations, Naga avait tranché en faveur d'un pantalon blanc et d'une chemise d'un parme soutenu. Il avait hésité à rajouter un pull à sa tenue, mais il n'était pas parvenu à trouver la couleur idéale pour ce mélange et avait laissé tomber. L'étape suivante avait été de choisir un parfum adapté, de se coiffer soigneusement et d'inspecter son visage pour y dénicher la moindre imperfection ou la moindre ride précoce venue plisser sa peau. Tout cela lui avait pris un temps tout aussi considérable, mais Naga se l'était offert, persuadé que s'octroyer du temps pour lui était ce dont il avait besoin en ce moment - et certainement pas en nourrissant de sombres pensées quant à ce qui s'était ces derniers mois.
Voilà qu'il recommençait à y penser. Naga soupira. Il avait retiré il y a quelques temps déjà son plâtre, et le médecin, d'abord pessimiste face au traitement que lui infligeait Seung Joo Hwang, avait estimé que son bras était rétabli, et qu'il pouvait reprendre le travail, mais sans trop forcer, dans un premier temps. Pourtant, Naga avait parfois l'impression que la souffrance qu'il avait ressenti lors de la bataille ressurgissait parfois - ce n'était qu'un fantôme, mais il avait du mal à ne pas croire à la réalité de ce qu'il ressentait. Ce jour-là, les derniers morceaux de son ego malmené s'étaient brisés en morceaux, le laissant hébété de douleur au milieu d'un champ de bataille que d'autres que lui avaient gagné.
Mais il ne pouvait pas tomber plus bas qu'il ne l'était, alors Naga avait eu l'intention, durant sa convalescence, de remonter la pente. Il estimait qu'il avait désormais fait le plus dur et qu'il se sentait mieux. Mais il attendait avec impatience son entrevue avec Ismaïl pour le confirmer. L'Inuit n'avait jamais voulu perdre devant l'Égyptien.
Il secoua la tête. Il n'était pas sûr de comprendre sa relation avec son ami et rival, ni si ces mots étaient appropriés, mais ce qu'il savait avec certitude, c'est que se préparer comme il venait de le faire était typique du Naga insouciant qu'il était encore un an plus tôt : il ne faisait que renouer avec ce qu'il avait toujours été, et cela ne poserait pas problème, puisque son hôte serait de toute manière bien habillé - comme il sied à un vrai prince, Naga aimait se le rappeler.

Vers la fin de l'après-midi, Naga arriva à proximité du Chat persan, un salon de thé qu'il ne fréquentait que très peu mais qui, il le savait, était dans le goût d'Ismaïl. Cela voulait dire que l'endroit avait un charme mystérieux, étrange mélange d'un café ancien, de salon aristocratique et de cabanon ouvert sur le monde. Naga supposait que le style était persan, en raison du nom de l'établissement, mais la diaspora avait imposé sa marque sur les yeux - l'atmosphère avait été modifiée sans être modifiée. Pour un jeune homme venu d'un futur froid et rustique, ce témoignage d'un passé délicat et sophistiqué était à la fois un véritable délice et une expérience on ne peut plus déroutante.
Il poussa la porte du Chat persan, retira ses gants, blancs eux aussi, et jeta un coup d'œil à l'intérieur. Le porte-parole attirait l'œil comme un bijou précieux, avec ses cheveux sombres et soyeux, sa peau lisse et hâlée et son maintien princier - Ismaïl avait la saveur d'une nuit d'été orientale, ce goût exotique de sable et de soleil couchant que ses yeux noisette communiquaient aux autres. Il y eut une pointe de jalousie - tout ce que Naga aurait aimé possédé et que l'Égyptien affichait sans ostentation, le sang royal, la grande beauté, les portes qui devant lui s'ouvraient - puis tout cela disparut : Naga avait d'autres trésors à chérir. Des souvenirs de banquise et de froid polaire sur fond d'amulettes inupiat, notamment.
Une femme, que Naga ne savait jamais si c'était la gérante ou une simple serveuse, vint à sa rencontre : elle connaissait son nom, mais lui avait oublié le sien, indifférent comme il l'était. Il essaya de la saluer le plus chaleureusement possible pour masquer sa gêne, mais son regard glissa rapidement sur Ismaïl, et il s'excusa pour aller le rejoindre. La femme s'écarta pour les laisser discuter un peu et Naga en profita pour combler rapidement l'écart. Toujours debout, il déclama :

« Bonjour, Ismaïl, j'espère que je ne suis pas trop en retard, le chemin depuis Ocane est si long. »

Pourtant, Naga ne paraissait pas en avoir souffert, et le fait d'avoir réussi à emprunter une voiture pour cette fois-ci lui avait épargné les principaux inconvénients du trajet. Mais par réflexe, il s'excusait, par peur d'être arrivé trop tard et d'avoir dû faire attendre son ami. Naga s'installa face à lui juste après avoir soigneusement plié son manteau et l'avoir posé contre son dossier, là où il pouvait y avoir facilement accès. Il n'y avait aucune trace de froideur ou de malice lorsque, avisant quelque chose chez Ismaïl, il lui demanda avec inquiétude :

« Tu as l'air fatigué. On te fait beaucoup travailler en ce moment ? »




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