« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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Un échange linguistique inespéré - [Ilya/Arial]

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Arial c'est une battante. Elle s'entraine régulièrement pour maintenir son corps en bonne santé. Elle n'en fait jamais trop. Son métier est agent de sécurité à l'Institut. C'est une femme assea carré quand elle est au travail. Mais il lui arrive d'être pris dans un élan de passion et d'agir sur un coup de tête. Cependant, elle fait en sorte de suivre scrupuleusement le règlement.
Elle a une aussi un sens de la justice assez développé. Elle souhaite aidé les plus faible car elle sait que, dans un monde comme le sien, les plus forts leur marchent dessus.
Elle aime beaucoup rire avec ses amis et peut avoir un côté farceur à de rares moments.
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MANGER ! C’était la seule pensée qui occupait l’esprit d’Arial. Elle avait passé toute la nuit, ainsi qu’une partie du matin à faire des rondes pour le compte de l’Institut. Comme souvent, il n’y avait rien eu de particulier. Quelques rodeurs et des embrouilles de gamins indignes d’adultes. Une fois rentrée chez elle, elle s’était simplement écroulé sur son plumard, trop flemmarde pour ôter ses vêtements. Ce sommeil avait été lourd et réparateur. Par contre, sans surprise au réveil, ses vêtements étaient complètement froissés. Bon, elle n’avait pas non plus l’habitude de repasser ses fringues après les avoir lavé. Mais elle ne pouvait pas sortir comme ça. Alors, elle lança une machine. Malgré les frissons qui parcourait son corps, Arial resta en sous-vêtements et rejoignit la cuisine. Son estomac hurlait à la mort. Cependant, il n’y avait plus rien à manger. Elle avait repoussé autant de fois qu’elle avait pu les courses. Mais maintenant, elle n’avait plus le choix. Elle s’habilla donc, enfilant une chemise bleue et un pantalon marron. Ça n’allait pas forcément ensemble mais elle s’en contenterait.

La jeune femme prit la direction du quartier des centres commerciaux. L’endroit n’était pas très loin de chez elle et elle y avait ses habitudes. Arial connaissait bien le propriétaire d’une petite supérette. Quand elle entra dans le bâtiment, elle salua le patron d’un petit signe de la main, pour éviter de trop le déranger, et s’engouffra dans les rayonnages. Elle savait ce qu’elle voulait, cela ne lui prit donc pas trop de temps pour rassembler les aliments. Que des choses simples et rapides à faire : pâtes, riz, plats surgelés. La base quoi. Elle en profita également pour acheter quelques sucreries. Petit plaisir personnel qu’elle se permettait de temps en temps. Elle rejoignit la caisse et choisit celle où se trouvait le patron, malgré la queue. Une fois que ce fut son tour, elle en profita pour prendre des nouvelles de lui et de sa famille. Mais, ne souhaitant pas faire perdre leur temps aux autres, elle coupa court à la conversation une fois qu’elle eut payé.

Un sac dans chaque main, Arial sortit de l’épicerie et prit la direction de chez elle. Ses pensées l’amenèrent à penser à son père. Celui de sa réalité à elle. Et forcément, elle pensa au Locke de Pallatine. La jeune femme n’avait pas encore eut l’occasion de lui parler. Mais elle était consciente que même si l’occasion s’était présentée, elle aurait tout simplement fui la situation. Il fallait qu’elle trouve la force de sauter le pas. Et ce devait être le plus tôt possible. Emporté ainsi dans les méandres de son esprit, Arial ne vit pas le groupe de personne sur lesquels elle fonçait. Eux non plus ne la virent pas. Le choc fut inévitable. Arial percuta lourdement l’un des types. A ce contact, elle recula légèrement et cria en russe :

« ABRUTI. »

En face, les quatre types la regardaient d’un œil mauvais, en particulier celui qu’elle avait percuté.

« Alors quoi, vous voulez tenter votre chance les loulous? »

Tout en parlant, elle lâcha ses sacs et sortit sa matraque de service. Elle en avait appris le maniement à Pallatine et l’arme lui avait beaucoup plus. Alors elle l’avait adopté.

« Vous savez ce que ça coute de vous en prendre à un membre de la sécurité de l’Institut, bande de larve. »

Les types ne semblaient pas comprendre les mots qu’elle balançait en russe à la volée. Mais ils avaient tiqués quand elle avait annonçait son appartenance à l’Institut. Sans demander leur reste, ils passèrent à côté d’elle et disparurent dans la foule. Encore des mecs qui faisaient leur malin mais qui a qui il manquait la virilité. Arial ramassa alors ses courses et reprit sa route.

HRP:
Les mots en italiques sont les paroles en russe d'Arial.
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Le ciel est nuageux.
Roule et s'écroule, descends lentement vers le sol. D'une lourdeur oppressante, cendres moelleuses tachant le bleu de la voûte de la Terre; la couvrant en silence et sans équivoque. Rapprochant le ciel du sol, écrasant entre leurs limites les hommes - déformant le monde sombrement, teintant l'air de grisâtre, atmosphère terne et morne, qui pourtant envoie son cœur se briser en houles sur les parois de sa nostalgie. Il voit déjà en amont de ses sensations ces gros flocons de neige paresseux, dégringolant des cieux pour se poser en silence à ses pieds. Les ressent presque s'accrocher à ses cils, cligne distraitement des yeux pour les chasser. Ah, que le tapis blanc de l'hiver lui manque - ce qu'il donnerait pour pouvoir le retrouver. Car dans ces nuages qu'il fouille de ses pupilles, seraient fourrés ces fractales glacées, jusqu'à en déborder et se répandre sur le haut de leurs têtes. Pallatine est trop chaud, ses hivers trop courts, ses étés trop longs, climat s'infiltrant jusque sous les ongles d'Ilya, jusqu'au bout de ses os qui vibrent de la nostalgie (Тоска) prenante du déporté. Il n'a pas eu le choix de quitter sa Российская империя, du moins ne l'a-t-il pas vu au moment de prendre la décision de s'en séparer - et sans que de réels regrets ne prennent jamais son être, il manque sous ses talons de cette terre connue. Il y manque la fermeté du gel et les grands espaces s'ouvrant face à lui sans qu'il n'en voit les limites; il y manque l'air frais, les odeurs parcourant ses sens qui jamais, désormais, ne se reproduisent; la beauté de sa faune et de sa flore, différences marquées, si subtiles.

En des jours comme ceux-ci, chaque centimètre, chaque espace de ce monde lui semble déplacé, imparfait; blessant. Il remarque sans effort chaque différence, trouve en des broutilles de quoi se languir et s'efforce de ne rien oublier. Parfois, il sent le gouffre de ses souvenirs s'effacer, ses réminiscences se faire plus floues (toutes, sauf celles qu'il voudrait oublier) et il ne peut que s'y accrocher de toutes ses forces. Sans jamais relâcher une once de sa nostalgie, l'appréciant - au fond - puisqu'elle lui permet de vivre, ne serait-ce qu'une seconde de sa conscience (ou dans ses rêves), entre les frontières de son pays de nouveau. Et pourtant, toujours, lui manquent sa langue, son alphabet, sa culture. Il se languit toujours du mouvement familier de sa langue, de ses lèvres alors qu'il les enroule autour de son russe natal. Il peint son anglais de celui-ci, et pourtant jamais cela ne suffit.

C'est pourquoi il s'arrête immédiatement dès que le 'придурок.' atteint son ouïe. Avortant un pas avant même de lever son pied, se figeant un instant, se demandant s'il n'a pas rêvé. Le 'скотина' se répercute sur les parois de son crâne et confirme ce miracle, syllabes qui font toujours échos dans la rue alors qu'il se retourne pour faire face à la situation ayant fait naître ces mots. Il l'observe se dérouler sans un mot. Ne tique pas face à la sur-réaction flagrante de la jeune femme, trop excité à l'idée de pouvoir discuter en russe.

Une fois les 'agresseurs' partis, Ilya s'approche lentement de la jeune femme. Quelque chose comme un sourire flottant aux limites de ses lèvres.
Пугает. Я рад, что не был в пути. (Effrayant. Je suis content de ne pas avoir été sur ton chemin.)


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Arial a pris l’habitude de parler en russe quand certaines personnes commençaient à l’enquiquiner. Elle trouver que cette langue accentuait très bien le ton agressif qu’elle donnait à ses insultes. Cette habitude remontait à une bonne année avant son transfert. Certains de ses compagnons d’arme l’emmerdait pour des raisons diverses. Et leur parler russe était le seul truc chiant qu’il détestait plus que tout. Arrivé à Pallatine, cela était resté une sorte de réflexe. La situation venait de le prouver. Heureusement par contre qu’elle n’était pas tombée sur des russes. Sinon la situation aurait pu rapidement partir en sucette. Tout ce qu’elle préférait éviter. Elle n’aimait pas trop s’en prendre aux gens. Encore moins aux idiots.

Mais bon, la situation est passée maintenant. La jeune femme range sa matraque à sa ceinture et récupère ses sacs. Cependant, au moment où elle s’apprête à repartir, une voix interrompt son mouvement. Elle ne connait pas cette voix. Ni collègue, ni connaissance. Par contre, elle est sûr d’une chose. C’est du russe. Elle hésite un instant mais se retourne tout de même. Pour se retrouver face à un homme. Il semble sourire. Est-ce la situation qui l’a amusé ? Est-ce qu’il avait des comptes avec ces personnes et que les voir se faire rabrouer lui a beaucoup plu ? Dans tous les cas, cela méritait une réponse. Elle failli commencer en anglais mais se retint au dernier moment.

« Bah, si tu n’as rien à voir avec eux, tu peux passer sans problème. Je ne m’en prends qu’aux personnes qui me les brisent. »

Le franc-parler d’Arial pouvait choquer. Elle en a bien conscience. Mais c’est sa nature. Alors elle ne fait pas d’exception. Encore moins pour un inconnu. Mais contrairement à l’autre groupe, il ne semble pas si menaçant que cela. Elle ne le sous-estime pas non. Elle sait que les habitants de Pallatine peuvent cacher bien des secrets. Mais elle ne se sent pas en danger. Son instinct ne la met pas en garde. Cependant, elle est très intriguée par son attitude. Il lui arrive de parler à des inconnus. Mais d’habitude, c’est elle qui prend les devants. Histoire d’être presque sûr de dominer le début d’une conversation. Mais cet homme peut se targuer de l’avoir surpris. Et puis, il parle très bien le russe. Il y a de belles sonorités quand il parle. Comparé à elle où l’on peut entendre certaines pointes de son anglais américains. Depuis son arrivée dans cette dimension, elle n’avait pas eu la possibilité de discuter dans cette langue qu’elle aimait beaucoup. Malgré les raisons qui l’avaient poussé à l’apprendre. Cette rencontre serait peut-être l’occasion de le travailler un peu.

« Tu as un très bel accent en russe. Serais-tu originaire de ce pays ? Enfin, de la Terre. »
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Les sonorités rudes, claires, et pourtant si mélodiques du russe se répercutent à ses oreilles. Son propre langage semble laisser une impression de confort au creux de ses lèvres, comme un écho agréable. Il lui semble qu'il y a si longtemps qu'il n'a pas utilisé ces sons, si longtemps que ses muscles ne se sont pas activés de cette façon, et pourtant tout lui revient comme s'il l'avait parlé hier. Il retrouve au creux de ses syllabes cyrilliques son état naturel, la facilité de prononciation, sans jamais aucun doute ni sur les sonorités ni sur l'inflexion (pas qu'il s'en soucie totalement en parlant anglais). Quelque chose en lui est heureux d'être sorti à cet instant et d'avoir entendu les injures de la jeune femme - il n'efface jamais le sourire flottant au bout de ses lèvres.
ПРад слышать это. Я попытаюсь остаться в твою благосклонность. (Je suis content de l'entendre. J'essaierais de rester dans tes bonnes grâces.)
Il ponctue sa phrase d'un sourire s'élargissant, d'une inclinaison de la tête. Avec un ton d'une légèreté qui ne l'habite pas souvent, s'accordant pourtant bien avec l'avenance dont il a tendance à faire preuve. Se faisant sympathique et ouvert, plus enjoué que d'habitude, très certainement. Il ne connaît pas cette jeune femme et pourtant l'aime déjà, son objectivité (plus ou moins) habituelle écrasée sous le poids de sa nostalgie et de ce remède qu'il y trouve.
La fierté gonfle sa poitrine, imperceptiblement, ses épaules se redressent et son regard se fait brillant lorsqu'elle devine son appartenance à sa Российская империя - un instant, il a l'impression de se retrouver de nouveau dans cet uniforme impérial, d'en retrouver la fierté (bien avant qu'il ne se retrouve taché de sang). D'oublier, pour une fraction de seconde, qu'il n'a aucune raison d'être fier, même s'il aime son pays. D'oublier la faiblesse dans lequel il l'a laissé, fracturée, brisée, divisée.
Il ne sert plus à rien d'y penser.
Да. Я родилась в Санкт-Петербу́рг в 1893 году. (Oui. Je suis né à St-Pétersbourg en 1893.)
Bien avant que le pays s'écroule totalement. Bien avant que la guerre et la rébellion ne l'écorchent jusqu'à ne laisser sa Российская империя qu'une ombre de sa gloire passée.
У вас акцент не плохая. Ты ведь американец, не так ли? Где ты научился ру́сский?
(Ton accent n'est pas mauvais non plus. Tu es américaine, n'est-ce pas? Où as-tu appris le russe?)
Il entend, au creux de ses sonorités, les échos de son anglais (pour le reste, certainement, il assume; elle pourrait être Anglaise, il ne saurait pas nécessairement faire la différence) - un manque de dureté dans une consonne, une inflexion un peu étrange, mais somme toute c'est un russe très correct et parfaitement compréhensible qu'elle lui offre. Il se demande pourtant honnêtement ce qui pourrait pousser une Américaine (Anglaise) à apprendre sa langue. Il ne lui semble pas extrêmement utile de le faire, face aux contacts limités entre les deux pays. Cela ne lui en fait néanmoins absolument pas moins plaisir de l'entendre.


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Arial répond au sourire de son interlocuteur qui a bien compris que la menace n’était pas forcément tournée vers lui. Au moins, ce n’était pas un idiot. Elle appréciait cela. Cependant, elle se rend compte que, depuis son arrivée ici, elle n’a pas beaucoup travaillé cette langue. Alors certains mots, elle les devinne plus qu’elle ne les comprend. On lui avait toujours dit de travailler régulièrement les langues. Sur Terre, elle n’avait fait l’effort que d’apprendre le russe car il lui servait quand elle était en mission. Mais Pallatine lui avait fait perdre le contact avec des russophones. Elle trouvait cela très dommageable car, malgré le fait que cette langue était celle d’un « ennemi », c’était une belle langue. L’américaine avait parfois trouvé le moyen d’exprimer certains sentiments de façon complète alors que cela aurait été impossible avec l’anglais. Du moins, c’est la sensation qu’elle avait eu. Elle ne peut donc qu’être reconnaissante envers ce sympathique inconnu. Ce dernier semble également content. Certains traits de son visage, une posture, indique que cet échange brise également le mur qui pouvait les séparer.

À la mention de la ville russe, Arial se souvint des photos qu’elle avait vues de la ville. Certes, pour la plupart, ces photos servaient à faire du repérage en prévision d’une intervention militaire dans la ville. Son État-major avait prévu une attaque d’envergure contre les principales villes russes de façon à déstabiliser et terrorisé le pays qu’ils affrontaient. Mais Arial n’avait pas pu s’empêcher de constaté à quel point les bâtiments russes étaient beaux. Ils trahissaient une ancienneté sans nom qui n’existait pas dans son pays, beaucoup trop moderne à son goût. La jeune femme avait toujours été attristée en apprenant la destruction d’une ville russe car elle connaissait la politique de la table rase de son gouvernement. On ne laisse rien pour mieux reconstruire dessus. Que des connards. Mais au moins, au vue de la date que lui indiqua son vis-à-vis, la guerre avec les États-Unis étaient loin d’arriver. Puis ce fut lui qui l’interrogea sur sa connaissance de sa langue.

« Oh c’est très sympa de dire ça, mais j’ai quelques difficulté avec à te comprendre. Cela fait longtemps que je n’ai pas eu une telle discussion avec quelqu’un. Et sinon oui, tu as bien deviné. Je suis américaine. »

Elle s’arrêta là un instant. Doit-elle lui avouer qu’elle a appris cette langue pour la guerre dans un premier temps ? Même s’il n’a pas subi la même guerre qu’elle, comprendrait-il qu’Arial a souhaité apprendre le russe pour des raisons autres que le combat. Arial a l’impression d’être sur une planche savonneuse au milieu d’un gouffre. Si elle en parle, son interlocuteur risque de la haïr. Mais bon, Arial s’était toujours montré franche. Du moins, avec toute autre personne que le Locke de cette période. Elle n’allait pas commencé maintenant avec un inconnu.

« Ce n’est pas évident à vous en parler mais je vais le dire quand même. Bien après votre naissance, au XXIIè siècle, les États-Unis ont lancé une guerre contre votre pays pour des raisons que j’ignore mais dont je me doute. Au bout d’un moment, j’ai décidé de m’engager auprès de l’armée de mon pays. Et, de fil en aiguille, j’ai été amené à apprendre la langue russe dans un but purement martial. Mais la curiosité m’a poussé à aller plus loin. J’en ai profité pour vraiment apprendre cette langue. Elle me plaisait, tout comme le passé de votre nation. Si vous m’en voulez, je comprendrais. »

Il n'y avait aucune fierté dans sa voix. Peut-être un peu de honte. Mais dire ces mots à hautes voix lui avait fait du bien. Un poids sur sa conscience s’en était allé. Elle aurait pu s’excuser mais elle ne le fit pas. Chaque période avait ses heures sombres. Pour son époque, c’était une guerre opposant les deux plus grandes nations de la planète. Les deux étant responsables de l’échelle de violence qu’elles avaient provoquée. Depuis son arrivée à Pallatine, Arial ne se sentait plus américaine. Elle avait oublié sa nationalité comme on oublie un mauvais souvenir. Elle était différente aujourd’hui. Elle avait compris tellement de chose durant ce conflit.
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La confusion, l'incompréhension de son interlocutrice n'échappent pas à l’œil attentif d'Ilya, qui ralentit son débit et s'efforce à la clarté dans ses syllabes. Le changement semble un peu étrange au creux de sa langue, lui qui avait oublié, par enthousiasme sans doute, la potentielle difficulté de son langage. Son âge, aussi, bien qu'il ne sache pas de quelle époque vient la jeune femme - si elle vient (comme il a tendance à l'assumer) d'un temps plus avancé ou plus reculé que le sien, le dialecte n'est certainement pas le même. Tant de difficultés auxquelles, dans sa joie de pouvoir finalement délier sa langue, Ilya n'a pas pensé, et qu'il s'efforce ainsi de mitiger dès les premiers signes de difficulté chez son interlocutrice. Intérieurement déçu, un chouïa, il n'en montre pourtant rien. Et pourtant, malgré ses efforts, la jeune femme retourne à l'anglais, qui roule bien plus facilement hors de ses lèvres; avec une fluidité familière. Ces sons qui lui semblent si lourds et d'une laideur profonde en comparaison avec le russe, leurs syllabes manquant de détachement, leur prononciation débraillée, presque imprécise, avec l'impression que rien n'est tranchant dans cette langue, rien n'est mordant; comme si ce n'était qu'une manifestation de l'indécision. Avec tous ces sons à l'avant de la bouche qui refusent de s'engager jusqu'à une consonne plus dure (celles qu'il y appose toujours par son accent), et qui pourtant manquent de la douceur prêtée par le russe. Qui a donc décidé que l'on parlerait l'anglais à Pallatine, et pourquoi ce choix? Ilya trouve, en cet instant, une certaine haine pour cette langue, qui s'infiltre dans ses veines et le vois si réticent à l'adopter, à retourner s'y nicher pour le confort de son interlocutrice.
Il se contente donc de hocher la tête lorsqu'elle s'adresse à lui - sourire avenant plaqué sur son visage, léger, alors que ses lèvres sont cousues. Il devra sans aucun doute s'y faire. Il ne connaît qu'un Pусские dans tout Pallatine, et les conversations avec lui se feront plus que rares - impossibles - tant que le choix sera sien.

Il s'esquive à la sensation désagréable d'une blessure pulsant au milieu de sa gorge pour reporter son attention sur la jeune femme devant lui, qui lui semble soudainement inconfortable. Mais avant même qu'il puisse s'inquiéter de son état, elle en lui avoue la raison. Silencieux, il l'écoute. Il s'imagine difficilement quel intérêt la Российская империя et les États-Unis pourraient bien avoir à se faire la guerre; de son temps, leur relation était assez cordiale. Tout du moins, jamais assez hostile qu'il y porte quelconque attention; un changement si drastique lui semble étrange. Semblerait-il que les choses savent changer du tout au tout en deux cent ans.

La jeune femme semble contrite. Du dos de la main, Ilya repousse ses inquiétudes.
Ne vous inquiétez pas. La Росси́я dont vous parlez et ma Российская империя sont, à mon sens, des entités très différentes.
Tant de choses pouvant changer en deux cent ans. Et, semblerait-il, de toute manière, que l'ennemi le plus puissant de la Российская империя soit elle-même. Il n'en viendrait jamais à la haïr pour autant.
Je suis plutôt ravi de savoir que la langue et l'histoire vous ont charmés. Le Русский est une langue magnifique, et, très franchement, il me fait tout simplement plaisir de pouvoir la parler.
(L'histoire de son pays cache sa plus grande honte, sa plus grande défaite, mais il ne se perdra pas non plus en élucubrations obscures devant elle. Plutôt, il lui adresse toujours ce sourire plaisant.)


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Son interlocuteur ne la coupe pas et elle lui en est gré. Il balaye même ses inquiétudes d’un petit geste de la main, lui faisant bien saisir qu’il n’y porte pas vraiment d’importance. La confiance d’Arial revient alors au galop. La sensation de ne pas avoir à faire à un idiot la pousse à croire que l’humanité peut être sauvé ne serait-ce qu’un chouïa. La jeune femme ne peut alors s’empêcher de penser que l’homme qui se tient devant elle vient d’une période antérieure à la sienne. La raison est simple. Cette façon d’appeler la Russie avait disparu depuis longtemps à son époque, y compris chez les russes. On ne retrouvait la référence que dans des vieux films qui n’avait pas toujours l’option 3D.

« Je ne peux qu’acquiescer à cette affirmation de ta part. Il y a quelque chose qui lui donne un certain caché. »

Arial ne se rend pas compte qu’elle est revenue à la langue natale de son interlocuteur alors que juste avant, elle lui avait expliqué la situation en anglais. Elle se rend bien compte également de ses quelques hésitations sur certains mots ou certaines prononciations. Mais elle est tout de même contente du résultat. Son niveau n’est pas devenu dramatiquement bas. Les sonorités lui rappellent ce qu’elle a appris. Elle se sent alors plus à l’aise pour reprendre cette langue.

« C’est tout de même dommage qu’il n’y ait pas beaucoup de monde avec qui parler cette langue. J’aurais bien aimé en rencontré plus tôt, ne serait-ce que pour échanger quelques mots au cours d’une rencontre fortuite comme la nôtre. L’anglais c’est bien mais c’est pas la meilleure des langues. »

Si elle avait dû choisir une langue pour Pallatine, elle n’aurait pas choisi l’anglais. Au contraire, elle aurait aimé que les gens gardent leur langue de façon à pouvoir maintenir les langues natales de tout le monde pour permettre à des gens d’apprendre de nouvelles langues facilement. Il y avait tellement de langues intéressantes et aux sonorités mélodieuses qu’il était triste de se contenter de l’anglais. Bien sûr le but était de faire en sorte que tout le monde se comprenne. Mais bon, sur la Terre, c’était pareil. De l’anglais. Encore de l’anglais. Toujours de l’anglais. Sûrement que le type à l’origine de cette ville était un anglophone et qu’il avait pas vraiment pensé aux autres.

« Mais d’ailleurs, tu ne connaitrais pas d’autres russes ici. Enfin, je suppose qu’il y a une communauté, même minime, de cette nation. Faudrait peut-être penser à créer une petite fête ou un simple rassemblement des russes quelque part dans Pallatine, histoire que nous échangions tous un peu sur notre vision de la Russie aux différentes époques mais aussi sur la langue. Cela pourrait être intéressant. »

Arial était très fière de cette idée, même si elle se rendait compte que, en désignant les russes, elle ne s’était pas inclus dans le groupe. Petite erreur de formulation.

« Je voulais dire les russophones. Pas que les Russes. Sinon je ne pourrais pas participer et je serais déçu. »

Elle sourit à Ilya devant l’aspect un peu bête de sa remarque.  Mais dans tous les cas, le simple fait de parler russe à son interlocuteur lui donnait un certain sentiment de fierté. En particulier parce qu’elle avait le sentiment d’avoir moins perdu que ce à quoi elle s’attendait.
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La voilà qui adopte de nouveau le Русский, comme si ta réaction à son aveux lui avait redonné confiance. Ton sourire s'étire, ton regard s'éclaire, et tu te complais de nouveau dans les sonorités (un peu étranges, un peu maladroites sur la langue de ton interlocutrice) de ces syllabes cyrilliques qui forment ton langage. Tu lui souris, incline légèrement la tête, comme pour acquiescer à l'accord de la jeune femme. (Tu as toujours ce besoin étrange d'avoir le dernier mot, et ce sous quelconque forme que ce soit. Tu n'avais certainement pas besoin d'apposer ton approbation à tes propres mots, et pourtant te voilà.)
Tu hoches la tête alors qu'elle parle, toujours poli, attendant patiemment chaque fois qu'elle hésite ou fait une erreur sans jamais piper mot. Tu n'es pas ici pour lui faire des cours de grammaire, bien que tu t'en ferais un plaisir si jamais elle te le demandait.
Я согласен. Должна признать я не очень-то любят английский. Я считаю грубый и неради́вый язык. (Je suis d'accord. Je dois avouer ne pas être particulièrement féru de l'anglais. Je trouve que c'est une langue rêche et débraillée.)
C'est sa langue à elle - et Dieu sait que tu ne réagirais jamais bien si quelqu'un avait de tel propos sur la tienne, mais elle semble être plutôt de ton avis que du contraire. Ainsi, tu t'autorises à lui faire part de tes opinions réelles, sans les voiler derrière cette éloquente avenance qui te caractérise chez les inconnus. Tu ne t'attends pas à ce qu'elle réagisse mal face à cela - tu en serais bien déçu. Elle ne te semble pas avoir de goûts si discutables qu'elle sentirait quelconque besoin de défendre cette langue que tu ne détestes que parce qu'elle n'est pas la tienne.

Oh, bien sûr que tu connais un autre Pусские ici. Mais tu le garderas ton secret, au fond de ta poitrine, toujours qui te lacère jusqu'à ce que tu n'aies qu'envie de vomir vos souvenirs écarlates pour en être purgé (en sachant que tu ne mérites que de le voir dévorer chaque once de ta paix jusqu'à ce que tu ne sois plus qu'un démon de violence). Tu secoue la tête, donc.
Нет, к несчастью. (Non, malheureusement.)
(Le mensonge t'es simultanément un soulagement et une douleur aveuglante.)
Однако собрание это хорошая идея. (Mais un rassemblement est une bonne idée.)
(Pas que les idées des autres sur ta Российская империя t'importent réellement. C'est plutôt que ta nostalgie te tort toujours l'estomac, et que ton langage est si confortable sur ta langue que tu serais facilement près à endurer ce genre de rassemblement autrement inutile et sans importance, si cela peut simplement te permettre de continuer de nouer ta langue sur ces lettres cyrilliques.)
О, конечно. Это ваша идея, конце концов. (Oh, bien sûr. C'est ton idée, après tout.)
Tu lui offres un sourire sympathique, bien qu'un chouïa complice - amusé - pour ponctuer ta phrase. Réellement, tu l'apprécie, ne serait-ce que pour son intérêt pour sa culture. Mais non seulement cela, sa confiance à utiliser cette langue avec laquelle elle n'est pas entièrement à l'aise, sa franchise (qui implique un certain honneur, un sens de la droiture, puisqu'elle a tenu à ce que tout soit clair entre vous, sans équivoque), et son attitude générale, bien que peut-être un peu brute, te plaisent.
Я с радостью помочь тебе организовать такое мероприятие. (Je serais heureux de t'aider à organiser un tel événement.)


Spoiler:
le tu s'est invité ici, voilà


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Arial c'est une battante. Elle s'entraine régulièrement pour maintenir son corps en bonne santé. Elle n'en fait jamais trop. Son métier est agent de sécurité à l'Institut. C'est une femme assea carré quand elle est au travail. Mais il lui arrive d'être pris dans un élan de passion et d'agir sur un coup de tête. Cependant, elle fait en sorte de suivre scrupuleusement le règlement.
Elle a une aussi un sens de la justice assez développé. Elle souhaite aidé les plus faible car elle sait que, dans un monde comme le sien, les plus forts leur marchent dessus.
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Il avait tout à fait raison. « Rêche et débraillée ». Elle n’aurait su utilisé de tel mot pour qualifier l’anglais mais il y avait beaucoup de ça. Comme quoi, ce n’était pas en connaissant sa langue natale que l’on pouvait facilement la décrire. Elle acquiesça à sa remarque.

« Tout à fait. Il n’y a pas vraiment de beauté dans cette langue. Enfin, pas à mon avis. »

Arial fut par contre un peu déçu quand il lui annonça qu’il ne connaissait pas d’autres russes. Elle aurait pensé qu’il y aurait plus de personne issus de cette région du monde. A son époque, nombre de chercheurs russes avaient fait montre de leur talent dans divers domaines scientifiques et artistiques au point de passer les frontières des USA et ce, même pendant la guerre. Et puis, Arial avait souvent été habitué à faire face à des rassemblements de communautés de divers horizons aux États-Unis. Elle n’avait jamais vraiment compris pourquoi ces communautés étaient parfois mises de côté. Enfin si, elle savait pourquoi. Cette volonté d’imposé sa culture aux autres sous prétexte qu’elle est meilleure. Peut-être aussi que les autres russes de Pallatine n’affichent pas particulièrement leur appartenance à cette nation pour des raisons qui leur étaient propre. Elle était un peu déçu mais tout de même heureuse car son interlocuteur était prêt à venir. Et son sourire est très rassurant. Alors elle ne peut que lui rendre en souriant à son tour.

« Oh merci, ça pourrait être trop génial. En plus, avec chronosrep.net, on pourra facilement trouver des gens qui accepteraient de venir. »

Le cerveau de la jeune femme commençait déjà à bouillonner à cette simple idée. Elle avait l’impression de savoir déjà quoi écrire. Elle pensait déjà aux lieux possibles pour organiser un tel évènement. Mais elle allait beaucoup trop vite en besogne et elle le savait. Mais bon, elle est un peu comme une pile électrique. Quand une chose qu’elle aime peut arriver, elle devient surexcitée. Cependant, il y avait une chose qu’elle avait complètement oublié de faire avec cet individu.

« Au fait, je ne me suis pas présenté. Je m’appelle Arial. Arial Melborn. »

Elle lui tend une main pour appuyer son geste.

« Je travaille pour l’Institut comme agent de sécurité dans les locaux. Je suis pas arrivée depuis super longtemps. Je découvre encore un peu la vie ici. Mais je préfère être ici qu’à mon époque. A l’heure qu’il est, je serais sûrement morte dans les plaines de Russie. Et, cela m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes bien sympathiques. »

Bon, elle n’avait pas rencontré non plus beaucoup de personnes. Mais elle pouvait se targuer d’avoir évité la plupart des idiots du coin. Son interlocuteur lui paraissait d’ailleurs être une bonne personne, du moins au premier coup d’œil. Il était venu à elle et l’avait agréablement surprise. Arial savait qu’il ne fallait pas se fier à n’importe qui mais la situation présente lui permettait de balayer de son esprit les types qui l’avaient cherché juste avant.

« Si tu veux, on peut aller boire un coup quelque part pour continuer cette conversation. Ou alors simplement aller s’asseoir car mes jambes commencent à me faire mal. »

Elle avait dit ça en grimaçant légèrement pour montrer à quel point elle avait besoin de se poser un moment. Cela faisait assez longtemps qu’elle était debout et, malgré ses entrainements réguliers, il lui arrivait de souffrir de quelques courbatures.
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Ah, Chronosrep, cette machine qui te fascine toujours autant. Tu n'aurais pas eu ce réflexe, de l'utiliser pour organiser un rassemblement, mais maintenant que ton interlocutrice le mentionne, l'idée te semble parfaitement sensée. Simplifiant énormément la tâche, d'ailleurs, et pourtant quelque chose te viens en tête - mets un bâton dans l'engrenage. Et ton frère, lui? Parcoure-t-il les routes numérisées autant que toi, plus, moins? Verra-t-il cette annonce, décidera-t-il d'y montrer son visage, celui que tu ne veux pas voir? Pointera-t-il le bout de son nez à un rassemblement russe, ou exprimera-t-il cette trahison qui vibre encore dans tes os? Tu ne sais trop si tu préfèrerais qu'il y aille, ou qu'il reste chez lui. Il a déjà trahi les siens une fois; mais sa trahison était-elle, d'une façon incompréhensible, un élan fourvoyé de patriotisme? Tu ne sais trop ce qu'il pense de ta Российская империя - la nomme-t-il ainsi, lui aussi, au fond de ses pensées? La nomme-t-il sienne? Ou ne cherche-t-il qu'à repousser tout ce qui fait de vous qui vous êtes, ainsi que tu ne peux t'empêcher de le penser?
Cela n'a pas d'importance. Tu te dois de ne plus y penser; ainsi tu n'offres à ton interlocutrice qu'un sourire, une inclinaison du visage (et tu enfouis le sang qui monte le long de ton œsophage comme un souvenir derrière les montagnes de ce devoir qui te l'a obligé).
Отличная идея. (Excellente idée.)

Tu serres sa main, fermement, quand elle te la tend - Arial Melborn, et tu fais une note mentale de ce nom dont tu te devras de te rappeler.
Илья Ковалевский. Приятно познакомиться (Ilya Kovalevski. Enchanté de te rencontrer.)
Tu lui adresse un sourire poli, et pourtant sincère; tu es réellement content de l'avoir rencontré.
Et un nouveau bâton dans ton engrenage, un instant; tu t'arrêtes, et pourtant ton sourire ne tombe pas. Ton professionnalisme, ta loyauté affrontent ton appréciation naissante pour Arial. Elle est de l'Institut. Simple agent de sécurité, mais elle travaille pour l'Institut tout de même. Cette amitié naissante devra-t-elle être tuée dans l’œuf pour ta droiture? Hm. Plutôt, ceci pourrait potentiellement être un avantage. Il ne te suffit que de ne pas mentionner quoi que ce soit à propos de ta diaspora, et d'écouter attentivement tout ce qu'elle pourra te dire de la sienne, pour tourner ce problème en avantage. Ainsi, sans jamais perdre ta cadence ni laisser paraître ton trouble passager (ou tes plans plus sombres), tu te contente de lui répondre.
Ты, наверное лучше здесь что там, в таком случае. (En effet, tu es sans doute mieux ici que là-bas, dans ce cas.)
Bien assez de gens ont déjà répandu leurs viscères sur ces plaines que tu aimes.

Согласен, пойдем куда-нибудь выпить. (D'accord, allons boire.)
Il ne vous sert à rien de rester debout, là, au beau milieu de la rue. Et puis, de toute manière, ce n'est pas comme si tu étais totalement occupé, aujourd'hui. Tu ne sais, par contre, pas trop où aller. Tu ne bois pas exactement beaucoup - tu n'en as pas réellement le temps, ni l'envie. Bien loin sont ces soirées où tu savais te le permettre.
Ты знаешь местечко дружеском? (Tu connais un endroit sympathique?)


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Arial est très contente de voir Ilya acquiescer à son idée. A un possible rassemblement. Malgré tout, il y a une certaine gêne qui monte en elle. Elle ne le connait pas depuis très longtemps. Et pourtant, il y a quelque chose qui nait entre eux. Une sorte de lien permit par ne langue que tout deux apprécie. Lui, de par ses origines. Elle, par un apprentissage et la curiosité d’en savoir plus sur cette culture. Et puis, il y a le fait qu’elle n’a aucune légitimité à organiser un tel évènement. Cette proposition, elle l’envisage maintenant sous un tout autre aspect. L’agente de sécurité ne pouvait chasser de son esprit el fait qu’elle avait participé à une guerre contre cette nation. Qu’arriverait-il si elle croisait une personne qui la reconnaissait comme étant un soldat américain en guerre contre la Russie ? Cette question pourrait s’avérer très épineuse.

Mais cette réflexion fut chassée de son esprit quand son interlocuteur se présenta à elle. Ainsi, il se prénommait Ilya. Elle trouvait ce prénom très beau. Les sonorités à l’oreille étaient très agréables. Elle aurait avoir un nom aussi bon. Mais bon, son père en avait décidé autrement dans une autre vie. Un nom qu’elle porterait toute sa vie comme une marque de son geste au plus profond des terres sibériennes. Mais elle n’a pas non plus le temps d’y penser. Le sourire d’Ilya lui parait rassurant et tout à fait sincère. Elle ne peut que lui répondre par un sourire de son propre cru. Sincère lui aussi, mais teinté d’une légère timidité. Elle remarque cependant qu’il ne mentionne pas vraiment son appartenance à une diaspora. Arial n’en fait cependant pas la remarque. Depuis son arrivée, elle a bien compris que certaines personnes préfèrent cacher leur appartenance à un groupe pour éviter de subir les contrecoups des diverses vengeances pouvant exister. La jeune femme sait qu’elle devrait faire beaucoup plus attention quand elle se dévoile à des inconnus. Mais elle est comme ça. Trop franches pour certain. Elle-même préférant d’ailleurs le terme d’honnêteté. C’est une sorte de code de conduite qu’elle a adopté depuis son entrée dans l’armée. Cependant, elle ne l’imposera à personne d’autre.

« Oui. Même si je ne suis pas arrivée depuis très longtemps, j’ai rencontré quelques personnes qui m’ont donné de bonnes adresses. Elles vont pouvoir me servir aujourd’hui. »

Posant ses courses sur le sol, Arial sortit de sa poche son portable personnel. Elle pianota quelques instants dessus, le temps de trouver la liste que Locke avait pu lui fournir. Elle chercha celui qui pouvait être le plus proche. Elle repéra un bar non loin qui ne servait pas que de l’alcool. Elle-même n’avait pas vraiment envie de boire de tels breuvages. Elle se contenterait d’un jus ou d’un petit thé. Rangeant son portable et récupérant ses courses, elle fit signe à Ilya de la suivre. La rue était quelque part sur leur gauche. Elle saurait repérer l’enseigne. Ils marchèrent un moment. Arial n’osa rien dire. Mais le silence devenait un peu gênant pour elle. Surtout que la jeune femme était plutôt bavarde. Elle ne réussit qu’à relancer la conversation qu’en voyant l’enseigne du bar.

« Et sinon, à l’exception de ta langue, tu as une autre passion ? Ou un hobby ? »
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Tu la suis donc volontiers, elle qui connaît des endroits que toi, vraisemblablement, non. Tu ne brises pas le silence alors que vous marchez; un instant, tes pensées s'égarent. Tu t'efforces de les éloigner de ton frère, sans pourtant y arriver totalement. C'est comme un sentiment au fond de ton estomac, comme du plomb qui y reste; un pressentiment, une sensation que vous ne pourrez plus vous éviter très longtemps. Tu redoutes ces retrouvailles, plus que tu n'as jamais redouté quoi que ce soit, peut-être. Tu ne saurais le regarder dans les yeux sans cette colère qui monte le long de ta colonne, qui vient briser ce qui fait de toi qui tu es. Tu rejettes ces pensées, puisque tu ne sais les supprimer, et tu les enfouis dans un coin de ton crâne, où elles suppureront jusqu'à ce que tu éclates comme tu le fais toujours, le goût du sang dans ta bouche.

Tu accordes à la question d'Arial un instant de pensée, malgré que la réponse t’apparaisse évidente; tu ne lui donneras tout de même pas les premiers mots qui te passent par la tête. Tu es socialement adroit parce que tu es soigneux et patient, après tout.
Je suis menuisier depuis que je suis à Pallatine; si j'avais à me déterminer une passion, ce serait cela.
Auparavant, tu n'aurais pas su répondre à cette question. Tu n'as jamais eu le temps pour des passions, ou l'envie, réellement; tu n'as jamais eu le temps pour les loisirs. Tu as lu puisque tu pouvais y apprendre, mais tu n'as jamais été un énorme fan de la littérature, et tu ne l'aurais jamais appelée une de tes passions. Lorsque tu étais soldat, ton métier n'a jamais pu être que toute ta vie, et il n'avait rien de plaisant. Désormais, alors que tu n'es plus attaché à ton devoir (celui de fils, celui d'aristocrate, celui de soldat), ton métier fait office de loisir tout à la fois. Et, très honnêtement, tu ne l'échangerais pour rien au monde. Tu y trouves encore et toujours cette paix (fugace et superficielle) qui s'infiltre dans tes os, ne serait-ce que pour quelques instants. Peut-être cela te garde-t-il sain d'esprit (autant que tu l'es).
Et toi?
Tu n'as laissé qu'un léger silence avant de poser la question. Cela t'intéresse vaguement, ne serait-ce qu'à cause de ton intérêt posé pour Arial en tant que personne. Puis, ce n'est que politesse, de toute façon.

Vous arrivez au bar, semble-t-il, puisqu'elle s'y engouffre. Vous trouvez rapidement une place où vous installer, et tu réfléchis un instant afin de décider ce que tu vas commander. Boiras-tu, comme au bon vieux temps? Laisseras-tu l'alcool couler le long de ton œsophage, brûlure latente qui noieras une seule seconde celle qui t'habite constamment? Tu ne le sais pas. Peux-tu te le permettre? Tu attendras de voir ce qu'Arial commande, et tu prendras ta décision ensuite.
Choisis; j'offre.
Tu lui indiques la carte d'un signe de la tête. Il te fait plaisir de te charger, du moins, de sa première consommation.


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Lui non plus n’avait pas vraiment parlé pendant qu’ils se rendaient dans le bar qu’Arial avait repéré. Il semblait un peu perdu dans ses pensées. Arial crut déceler une pointe de malaise mais n’essaya pas de voir plus loin. Ce n’était sans doute pas ses affaires et elle n’avait aucune envie de se montrer indiscrète face à cette personne qu’elle venait de rencontrer. Mais son attitude changea légèrement quand elle lui posa sa question. Il réfléchit un moment et répondit.

« Sérieux ? Wouah c’est trop cool ça. C’est vraiment un très beau métier. J’aime beaucoup les meubles en bois et j’ai toujours été très impressionné par le travail réalisé. On ne voit jamais les marques des outils. C’est vraiment très beau et souvent très harmonieux. Cela me rappelle d’ailleurs que, étant petite, mes parents avaient décidé de faire un tour dans une exposition de sculpture sur bois. Il y avait toute sorte d’objet. Couverts, masques, meubles. Et de plein d’époques différentes. »

Elle s’était laissé un peu allé suite à la réponde d’Ilya. Cette dernière avait entrainé un immense élan de nostalgie dans le l’esprit de la jeune femme, se souvenant des statues finement ciselées qu’elle avait aperçu du haute de ses dix ans. Il y avait aussi eu tous ses masques un peu menaçants qui lui avaient fait faire des cauchemars pendant quelques jours. Mais avant tout, cela lui rappela la joie d’être avec ses deux parents. Leur petite sortie régulière pour apprendre à leur fille ce que le monde pouvait avoir de plus beau. Avant que le chaos ne s’abatte sur le monde et sépare cette famille heureuse. Pendant un instant, Arial crut qu’elle allait verser une larme mais elle se retint. Le passé était fini. Il fallait qu’elle avance. Pallatine lui offrait une nouvelle vie, un nouveau commencement. Et potentiellement, un nouveau Locke. Elle laissa les pensées tristes coulées au fond de son esprit pour s’intéresser à  nouveau au présent.

« Oh moi, je dirais que c’est l’entrainement physique. J’aime bien la sensation de l’effort même si je n’en abuse pas. Je souhaite juste me maintenir en forme et être apte à exercer mon travail. Sinon, de temps en temps, j’aime bien lire un livre ou regarder un film en mangeant des bonbons. Ça ne fait pas autant rêver que ce que tu fais toi mais j’aime bien ça. »

Elle sourit suite à cette dernière remarque avant d’apercevoir qu’ils étaient arrivés devant l’enseigne qu’elle avait trouvé. Elle entra la première et se dirigea dans un coin assez isolé du reste de l’établissement. Elle voulait être tranquille et discuter librement avec son interlocuteur sans avoir peur des oreilles indiscrètes des habitués.

« C’est très gentil de ta part de payer la première tournée. Je ne vais pas trop abusé en prenant l’alcool le plus cher. Je  prendrais seulement le second plus cher. »

Arial rigola comme une gamine de cette boutade de mauvais goût, essayant de cacher sa honte derrière la toute petite carte qu’Ilya lui avait indiquée. Ca y est, elle devenait comme le Locke de cette temporalité. Elle faisait n’importe quoi. Il fallait qu’elle se ressaisisse rapidement pour ne pas que la conversation tourne court. Un serveur arriva rapidement à la table pour prendre leur commande. Elle se contenta d’un simple bière, choisissant celle ayant le pourcentage d’alcool le moins élevé. Elle voulait avoir l’esprit clair pour discuter avec son vis-à-vis. Elle attendit que le serveur soit suffisamment loin pour tenter de relancer la conversation.

« Dis-moi, ton travail de menuisier, tu le fais depuis que tu es arrivé à Pallatine ou tu l’exerçais aussi quand tu étais sur Terre ? Et d’ailleurs, se serait possible de voir ce que tu fais. Je suis très curieuse de nature quand il s’agit de fabrication en bois. Enfin, si cela ne te dérange pas. »

HRP:
Désolé pour cette lenteur de réponse abominable Oh
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Tu n'aurais jamais cru que l'on puisse considérer le perfectionnement de sa condition physique comme un hobby. De ton temps de soldat, ton corps était ton outil, et de la même façon dont tu aiguises et affûtes, entretiens tes outils aujourd'hui, tu perfectionnait ta condition, l'état de tes muscles, ton endurance autant que tu l'as pu. Peut-être cela est-il à blâmer pour ta survie - ton talent. Peut-être cela fût-il la différence entre toi et tes ennemis, ceux qui ont dû s'écrouler sous ton acier. Tu ne saurais le dire. Et en cet instant, alors que s'agitent au fond de ton esprit les réminiscences de ton état de militaire, tu es plus apte à remarquer chez ton interlocutrice les siennes. Dans sa façon de se tenir, de marcher, même de s'adresser à toi. Dans son ton qui ne se fait rien d'autre que sympathique, et pourtant dans lequel les syllabes scolaires de ton russe respirent une discipline que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Dans cette colonne qu'elle porte droitement, ses épaules carrées comme sculptées par ses supérieurs, ses entraînements et ses combats. Qu'elle les porte voutées dans leur droiture, croulant sous le poids de la mort qu'elle a distribué; de la vie qu'elle a vu s'échapper en flaques écarlates où trempèrent le bout de ses bottes. Ainsi, en cet instant où tu vois en elle ce qui fait de toi un soldat, s'agite dans ton myocarde l'essence d'une estime - pas tout à fait mais son ombre, comme un fantôme de ce qui pourrait être. Si seulement tu daignes y laisser le temps.

Nous avons tous nos intérêts. Que les nôtres ne soient pas les mêmes n'est en aucun cas preuve de la supériorité de l'un ou l'autre.
Bien sûr, le temps de savoir se poser pour lire un livre ou regarder un film est preuve d'un temps libre que tu ne t'accordes pas (ou très peu) - mais tu ne sais attendre de tout le monde qu'ils se fassent aussi droits que toi. Tant qu'elle se tient à son devoir sans jamais que ses loisirs ne s'y infiltrent, tu n'as rien à redire.

Un sourire fend ton visage lorsqu'elle plaisante, quelque chose d'amusé qui teinte tes traits d'une émotion si détachée de ce que tu daignes arborer d'habitude. Tes sourcils se haussent au fil de ta réponse, du tac au tac;
J'apprécie tant de bonté.
Elle commande une bière, et tu te décides de l'imiter et de prendre la même. Tu boiras, question de noyer un seul instant la brûlure qui s'accroche toujours à ta gorge. Sans jamais oublier, tu imiteras Arial et boira avec elle comme si vous étiez de vieux amis. Peut-être ces ressemblances que tu détectes chez vous te poussent-elles à cette décision. Quoi qu'il en soit, ton attention se retourne face à ton interlocutrice alors qu'elle reprend la parole, et tu formules de nouveau ta réponse afin qu'elle comprenne parfaitement ton russe naturel.
Je n'étais pas menuisier lorsque j'étais sur terre: j'étais soldat, tel que toi. On m'a appris lorsque je suis arrivé ici.
Tu accordes une pensée fugace à celle dont les mains ont montrées par l'exemple au tiennes comment faire.
Je ne construis rien de réellement beau à regarder. Je ne suis pas un artiste, seulement un artisan. Mais si tu y tiens réellement, je pourrais bien te montrer quelques uns de mes travaux.
Tu es fier de ton travail puisque tu ne remettrais jamais à un client quoi que ce soit dont tu ne l'es pas, mais tu ne retires de ces meubles façonnés au creux de ta paume aucune vanité. Dans eux ne se tient pas ta force.

Le serveur pose sans un mot vos bières sur la table, et tu lèves volontiers ton verre à cette jeune soldate devant toi.
À une rencontre inespérée.
Qui pourtant a le don, du bout de votre langage, d'apaiser ta nostalgie un instant.


Spoiler:
t'inquièèète c'était parfait, c'est moi qui s'excuse pour l'attente


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Arial est plutôt contente que son interlocuteur sourit et rebondisse sur sa petite plaisanterie. Ce n’était pas la meilleure, mais elle était bon enfant. Elle ne s’y serait pas attendue il y a quelques minutes. Malgré le fait qu’il lui ait porté une certaine attention, la jeune femme avait cru déceler une certaine dureté dans l’attitude du russe. Même si elle n’en était pas vraiment tout à fait sûre. Elle n’était pas vraiment une experte pour déchiffrer les personnes d’un simple regard. Et puis, elle trouvait que ça n’avait pas de réel intérêt. Il faut savoir laisser du temps au temps. Et dieu qu’elle passait un bon moment assis dans ce bar. A discuter posément avec un inconnu sans se prendre la tête.

Ainsi donc, lui aussi avait été soldat. Et pourtant, il était devenu menuisier en arrivant ici. Arial sentit poindre au fond d’elle une pointe d’admiration pour lui. Déjà par rapport au travail qu’il avait. Mais surtout face à une telle reconversion. Les ex militaires qu’elle avait pu connaitre ne se réorientaient pas ainsi. Elle en était la preuve vivante. Arial n’avait pas su saisir sa chance et changer de carrière du tout au tout. Elle avait eu besoin de se rapprocher d’une sphère d’activité familière, avec ses marques. Après, peut-être que son interlocuteur avait fait partie du génie. Expliquant ainsi un certain goût pour la fabrication. Mais elle ne posa pas la question. Cela ne la regardait pas du tout. Et il est aussi vrai que les débouchés professionnelles de l’Institut soient particulièrement étendues. Cette diaspora donnait l’impression de ne compter que trois branches : administration, sécurité et sciences. Rien qui ne plaisait tant que cela à la jeune femme.

« Oh oui, ce serait vraiment un plaisir pour moi de voir ton travail. Et je suis sûr que tu te sous-estime. »

Le serveur finit par arrivée avec son plateau et déposa leur commande. Arial saisit son verre, prêt à en prendre une gorgée immédiatement. Mais elle est stoppée net dans son geste quand Ilya décide de porter un toast. Arial imita alors son interlocuteur en levant à son tour son verre.

« À une rencontre inespérée », répond-elle avec un grand sourire aux lèvres.

L’agente de sécurité est un peu surprise par une telle marque d’affection. Il n’était pas coutume chez elle de faire cela. Et encore moins ici. Les seuls toasts qu’elle avait vus porté étaient bien évidemment lors des mariages mais sans plus. On n’était pas trop porté la dessus dans sa famille. Ce qui rend le geste de son interlocuteur d’autant plus touchant. Il donne l’impression que tous deux se connaissent depuis longtemps et qu’ils partagent un verre après une longue période sans se voir. Sans attendre, elle boit alors une gorgée de bière. Cette petite touche rafraichissante ne fait qu’ajouter plus de plaisir à sa bonne humeur. Si seulement toutes les journées pouvaient se passer avec une telle ambiance. Enfin, sans les types trop lourds qu’elle avait rencontrés plus tôt. Elle soupire légèrement et se met un peu plus à l’aise sur sa chaise en demandant :

« Et quels sont tes projets à Pallatine ? Tu comptes devenir le meilleur menuisier ou tu as d’autres objectifs à atteindre ? »

Arial eut le sentiment d’aller trop loin dans sa question. De donner l’impression de trop vouloir entrer dans l’intimité de son vis-à-vis. Mais elle ne le mentionne pas. Elle garde la bouche close, assumant cette question un peu risquée, et attentive à la réponse d’Ilya.
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