« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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geek inside (joyce)

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Citoyen

jeune père veuf, toujours enfant dans sa tête, trop vite grandi.
Avatar : bakugou katsuki

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le Ven 28 Avr 2017 - 18:18
Les enfants, ça ne se gâte pas - sinon, on en fait de petits monstres qui n'attendent qu'une occasion de vous dévorer. Telle est mon opinion, non que je puisse affirmer avec certitude que j'ai raison. Il s'agit simplement de l'idée qui me traverse l'esprit depuis mon adolescence ; dans le théâtre de mon esprit, je suis à nouveau l'enfant, cette place que je n'aurais jamais dû quitter,. Mon corps me paraît plus léger, une fois privé de ces responsabilités qui pèsent sur mon épaule ; sans fardeau, le rire devient plus facile. Je n'ai à me soucier de rien : si j'ai faim, c'est parce que l'heure du dîner approche et que j'ai joué toute l'après-midi dans les bois qui couvrent d'ombre mon village ; si j'ai froid, je n'ai qu'à tendre le bras pour récupérer un de ces couvertures qui sont toujours soigneusement repassées, et qui, en les dépliant, laissent s'échapper un doux parfum de jasmin et de rose ; si je suis fatigué, je peux fermer les yeux avec toute l'insouciance des premiers âges, persuadé que le monde cessera de tourner en mon absence, et qu'un regard bienveillant veillera sur mon sommeil. Ma vision « d'adulte » observe ce comportement infantile, et malgré mon incapacité à me comporter de façon adéquate, je me pense capable de lire correctement la situation. J'ai été gâté. Tellement gâté que mon ego a enflé comme un soufflé qui refuse de redescendre. Et puisque je ne peux rien faire pour me corriger, je peux au moins m'efforcer de bien éduquer le petit garnement qui partage ma vie.

Ceci étant fixé, que diable fais-je donc dans ce magasin de jeux vidéo, la main de l'enfant recroquevillée dans la mienne ?

Je n'y connais rien en jeux , car cela n'a jamais fait partie de mon enfance. J'associe ce loisir à une occupation de « geek », mais au sens premier du terme, et non selon la définition moderne que souhaiterait en donner cette pseudo-diaspora qui s'en donne le nom : un divertissement de losers qui ne savent pas vivre. Finalement, peut-être est-ce approprié : n'en suis-je pas un beau spécimen, en détruisant toutes mes perspectives d'avenir à quatorze ans ? Il est normal que mon fils suive les pas de son père. Pourtant, je ne le vois pas comme un perdant. Mon gamin est sensible, émotif, il a probablement plus de mal à aller vers les autres que moi (et pour des raisons bien différentes également), alors l'idée d'un jeu qui lui permettra de s'amuser en solitaire lui plaît bien. Et non, moi ça ne m'attriste pas du tout : c'est sa vie, je n'ai rien à voir avec elle. Bon, peut-être que je m'inquiète un peu pour lui, mais quand je vois ses yeux d'enfant briller tels des joyaux au sein des rayonnages, je me dis que tonton Mimi a bien fait de lui offrir une console de jeux. Je n'en ai pas les moyens, et de toute façon, je n'y aurais pas pensé, soyons honnêtes.

Maintenant, que faire ? Mon gamin n'a pas l'air de savoir ce qu'il veut, et moi, je suis sérieusement en train de me demander pourquoi j'ai cédé à son caprice. Est-ce en raison de cette subite chaleur qui m'envahit la poitrine, et que je trouve plutôt agréable, mais dont je ne comprends pas très bien la source ? Un jour, peut-être cela m'apparaîtra-t-il plus clair. En attendant, j'observe attentivement le magasin. Le seul vendeur est coincé derrière sa caisse, occupé à servir la petite file de clients qui attend de régler ses achats ; il n'y a donc personne auprès de moi. Ah, si, dans le coin, là-bas, il y a une jeune fille, ou femme, je ne sais pas trop mais elle a l'air bien jeune - je lui donne moins de vingt ans, mais elle pourrait en avoir plus, je suis mauvais pour juger les âges. Je n'ai qu'à aller la voir. Excusez-moi, l'interpellé-je sur un ton qui laisse entendre que je ne suis pas désolé du tout. Vous vous y connaissez en jeux ? Si oui, j'ai besoin de votre aide. La rudesse de ma voix laisse supposer que je supporterais très mal un refus ; et c'est vrai, je risque de perdre mon calme. A côté de moi, le gamin se raidit, mais je ne le remarque même pas ; il le fait si souvent que ses tensions passent inaperçues à mes yeux.
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