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« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »


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.In the absence of everything, I promise to keep you warm. [Seiko]

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Tu grognes - tout le temps -
Tu frappes souvent -
Tu mords aussi.
Tu ris parfois - et personne ne t'a vu pleurer ;
Mais ça ne veut rien dire.
C'est ce qu'on appelle - grandir.
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Devant les hautes grilles de la bâtisse, dressées comme autant de crocs d'une bête infraterrestre affleurant à la surface de la pelouse, ta silhouette guette depuis l'ombre d'une ruelle, tache obscure dans l'amas ténébreux de la nuit. Le ciel, eigengraun, n'en finit plus de larmoyer, une sorte de cataracte bruyante qui transperce tes vêtements, s'infiltre à travers les deux couches de sweat et les trois t-shirts et te pétrifie les os, comme si le mois de janvier n'était pas assez froid – comme si le monde entier n'était pas assez glacial. Tu es trempé, gelé et cependant brûlant, transi d'une fièvre qui ne tient qu'à ta détermination, qu'à la peur lovée dans ton thorax à la manière d'un chiroptère. Tu sais que ce soir tu mourras peut-être – et que peut-être ce soir ne sera pas.
Il aurait pu ne jamais être.

« Compte pas sur nous pour ton opération-commando-suicide. Il est hors de question qu'on se fasse buter pour ça. Et toi aussi, alors arrête.
Y s'passe quoi ? avait questionné Shawn en pénétrant dans la planque miteuse que vous squattiez de temps à autre pour vos conciliabules d'adolescents marginaux.
Y se passe que Cam a des envies de se faire trouer la cervelle par les yakuzas. Et qu'il nous invite.
Hééé ?! C'pas vrai, tu déconnes ?? »
Ton meilleur ami avait toujours manqué de second degré. Contrairement à Emmet, dont le cynisme tranchant découpait dans les esprits de larges entailles irritantes, la naïveté de Shawn était un baume capable de désamorcer toutes les tensions. Ou, ainsi qu'en cet instant, d'exacerber l'inflammation au point d'avoir envie de s'arracher le derme.
« Toi, arrête, Emmet. J'ai jamais dit ça. Personne s'f'ra buter.
Oh que si ! Tu les prends pour des enfants de chœur ? Peut-être même qu'avant, ils nous accrocheront par la peau du dos pour nous interroger, nous demander pour qui on travaille, et si on répond pas ce qu'ils veulent entendre, ils nous balanceront dans une cuve d'huile bouillante jusqu'à ce qu'on ressemble à du poulet frit. »
Kshamenk, allongé sur le canapé à demi-dégarni que vous aviez récupéré dans une benne d'encombrants, eut un froncement d'inquiétude. Ne dit rien, pourtant. D'un mutisme anxieux qui ne lui ressemblait guère.
« Mais pourquoi t'irais faire ça, Cam ? T'es pas cinglé ?! »
La peau. La peau qui te démange et que tu grattes, que tu griffes sur toute la longueur du bras, refoulant tes insultes au profit d'un sérieux dont jusqu'à présent tu t'ignorais possesseur. Ta nuque s'affaisse l'espace d'une seconde ; tu ne sais quoi répondre pour qu'ils comprennent, pour qu'ils acceptent, alors qu'au fond tu te fous bien qu'ils valident ton action – avec ou sans eux, tu es convaincu du bien-fondé de cette expédition. Mais sans eux, tu es aussi persuadé que tu n'en reviendras pas. Aucune chance qu'ils t'accompagnent. Ils ont raison – et tes narines sont pleine d'odeurs de poudre, de métal et de friture. Voyant que tu ne te décides pas à éclairer ton camarade, Emmet gronde à ta place :
« Parce que ça fait six mois qu'il a pas vu sa bridée et qu'il s'imagine qu'elle est martyrisée quelque part chez elle...
La... La fille de la dernière fois... à Monavier ? s'exclame Shawn – et tu jurerais apercevoir les engrenages de son encéphale qui se mettent en branle au-dessus de sa tête. Tu te retiens de le faire taire à grands coups de poing dans la face.
Ouais, celle-là. Et qu'il croit qu'il faudrait aller la sauver ou je sais pas trop quoi.
Oh. Mais j'croyais qu'elle était, genre... »
Tu aurais dû le faire taire, finalement. Tous les deux. Tu aurais dû leur sauter à la gorge, les étrangler là, tout de suite, histoire qu'ils ne débitent plus leurs sentences débiles, qu'ils cessent de te pointer du doigt, d'appuyer là où tu ne veux pas, là où tu n'aurais jamais dû leur montrer le renfoncement, l'interstice à travers lequel se faufile le souvenir de bleuets sur de la porcelaine, de coquelicots rieurs et du chant timide d'une alouette.
« Apparemment non. Enfin, il en sait rien, c'est pour ça qu'il veut vérifier. Et une fois que tu seras là-bas, tu feras quoi, Cam ? Hein, si elle est toujours en vie, qu'est-ce que tu feras ? »
Goguenard, Emmet s'avance vers toi en écartant les bras en un geste aussi grotesque qu'agressif. Non seulement te met-il au défi de trouver une réponse qui soit acceptable, mais de surcroît cherche-t-il à exacerber tes risibles élans par sa ridicule pantomime. Et ça, tu ne peux le supporter davantage.
« Ferme-la, tu veux ? J'ai pas à répondre à un mec qui boug'ra mêm' pas l'p'tit doigt pour aider un d'ces potes.
T'aider à quoi ? À crever empalé sur un pic à brochettes ? Bah ouais, excuse-moi de pas vouloir t'aider pour ça, et excuse-moi de pas vouloir non plus impliquer mes autres potes dans ce plan merdique, abruti.
Qui c'est l'abruti ?! »
Et tu te jettes sur lui, les phalanges avides de lui crocheter le col, cependant Kshamenk interrompt ton mouvement en apparaissant entre vous – ses bras tendus délimitant une distance de sécurité bienvenue, que tous les deux respectez par réflexe, parce que c'est Kshamenk, tout court, et que pour la première fois tu ne discernes pas son habituel sourire. Parce qu'il ne l'a plus. Parce qu'il te regarde avec une sévérité que tu ne lui connais pas et qui te laisse sans voix, étonnamment docile, presque contrit.
« Écoute-le, Cameron : Emmet a raison. Quand bien même tu la retrouverais, quand bien même elle serait en vie, tu ne peux rien faire. Tu nous as dit que son père la bat et oui, c'est injuste, on en est tous conscients. Mais il s'agit de son père. Et personne ne peut rien faire contre cela. Tu ne vas tout de même pas la lui enlever ? »
Tout ton squelette se révulse pourtant à l'idée de l'abandonner ; ta joue te lance de l'avoir mordue aussi fort. Et tes paupières palpitent sur ton regard qui cherche désespérément un acquiescement, un aval, un soutien. Rien. Rien que l'incompréhension, la réticence et le dédain, partout.
« J'dois faire quelque chose. Avec ou sans vous, c'tout. C'pas parc'que c'est son père qu'il a tous les droits !
Non. Mais elle est liée à lui. Tu penses vraiment qu'elle le quittera aussi facilement ? Il est sa famille. Et tu penses ça parce que tu ne sais pas ce que c'est que d'en avoir une. »
À la seconde où il prononce cette phrase, un éclat horrifié foudroie son iris – ses lèvres se bloquent sur ces mots qu'il regrette, qu'il voudrait ravaler, trop tard, qui bavent désormais à ses pieds et souillent l'espace entre vous. Ton poing se referme.
« Tu dis ça parc'que tu sais pas c'que c'est que d'pas en avoir une. »
Mais tu ne verras pas la blessure que ta réplique peint sur le portrait de Kshamenk ; dans ta fuite, la toile s'est déjà déchirée en une myriade de lambeaux sanguinolents.

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis ce jour, et tu ne leur as pas reparlé. Eux non plus, d'ailleurs. Après les avoir longtemps haïs, tu as réfléchi et ne leur en veux plus – ils se protègent, c'est normal. La violence des Iwa n'est certainement pas à prendre à la légère, en témoignent les coups qu'ils font pleuvoir sur leur propre progéniture, et il est fort probable que tu te précipites dans la gueule du dragon sans espoir d'en réchapper. Mais tu ne peux te contenter de clore les yeux et les oreilles, de demeurer indifférent à ce qu'il se passe là-bas, derrière les hautes fenêtres d'une maison dont tu es néanmoins parvenu à découper le plan d'ensemble au fil de tes repérages. Un minimum de préparation ne te paraissait pas superflu, loin de là.
Il n'empêche que, le moment venu, tu n'as déployé que le strict nécessaire : de l'endurance, de la confiance et une belle rasade d'alcool pour occulter ta démence. Ou pas. Ton sang est si sobre que tu l'écoutes racler à l'intérieur de tes artères, marteler tes tempes et assécher tes entrailles – l'angoisse y niche, servile, prête à t'inoculer d'un simple battement de cœur l'adrénaline indispensable au déroulement de la mission. Le reste n'est que déraison. Folie. Et autre chose d'anonyme.


Cœur :

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tu fermes tes paupières l'espace d'un instant pour t'entourer d'obscurité plutôt que la pénombre sanglante de ta chambre et les ouvres à nouveau, redécouvrant la silhouette en face de toi encore une fois. étrangère, inconnue, répugnante oserais-tu. ton expression est impassible quand tu la toises, elle et sa chevelure de sorcière si savamment retenue par des broches, elle et son teint plus blanc que l'opale affermi par le maquillage rubis sur ses yeux en amande qui les allongent en ceux d'une biche qui vous lorgne pour mieux vous trancher la gorge, elle et le tissu si riche qui la couvre, l'enserre, l'étouffe, les broderies si jolies le rouge si violent et le satin si doux les petites fanfreluches qui dépassent - une poupée
et tu voudrais la
b r i s e r
tirer sur ses fils de suie pour les découdre un à un, briser sa porcelaine pour la mettre en charpie, tenir sa gorge si frêle entre tes doigts et rompre sa nuque, enlever les tissus reluisants pour montrer les bandages et les plaies qui se cachent dessous quand déjà on a voulu la dompter et qui pour certaines sont maintenant
g r a v é e s
dans sa chair si dégoûtante - il n'y a rien de bon en elle rien à garder dans le regard si terne qu'elle te renvoie dans ce sourire mort et trop grandit pour sa forme frêle et chétive
et tu regardes, sur le sol, les plumes éparpillées que toi seule peux voir
au-delà des débris
au-delà des larmes
au-delà des cris
au-delà de ce qu'on lui a pris
les ailes qu'elle chérissait et qu'on lui a arrachées.
il pourrait y avoir des sanglots
il pourrait y avoir des supplications
il pourrait y avoir de la rage
mais il n'y a que toi
et ton triste
((reflet))
enfermée dans ta jolie cage dorée, les barreaux à la fenêtre de ton antre en attestant - quand bien même les rideaux sont tirés tu distingues encore leur ombre au travers. à quoi bon ? tu es au deuxième étage, tu ne sauterais pas ((vraiment, seiko)) non, tu n'as jamais essayé tu le jures ((parce que la porte était encore ouverte)) mais à l'instant où il l'a verrouillée tu dois bien admettre avoir voulu te défenestrer pour toucher à nouveau l'asphalte de tes pieds.
ça fait combien d'heures ?
((tu ne sais pas))
ça fait combien de jours ?
((tu ne sais pas))
ça fait combien de mois ?
((tu ne sais pas))
tu ne sais plus
compter ne t'amuse plus.
tu dérives sur les morceaux d'un visage déchiqueté sur la tapisserie, l'envie d'y mettre le feu allumant tes entrailles alors que les mots résonnent dans ton encéphale à nouveau il est temps de grandir, seiko la rage qui mord ton cœur tu n'as plus le temps d'être enfant c'est lui qui en a décidé ainsi, lui qui a décidé que tes lèvres devaient porter un rouge factice plutôt que leur jolie teinte naturelle c'est quelqu'un de bien, ne t'en fais pas tu ne t'en fais pas - tu veux hurler, compresser tes poumons par le manque d'air quand tu cracheras à son visage trop semblable au tiens qu'une de ses connaissances ne peut être une personne humaine décente ((un peu comme toi)) que tu ne t'en faisais pas mais que tu n'en voulais pas mais tu t'étais arrêtée tu n'avais rien dit parce que tu étais déjà résignée à entendre les derniers mots - c'était l'heure d'arrêter de sortir, d'arrêter de vagabonder et de découvrir un monde que jamais au final tu ne pourrais conquérir et aimer - il avait sourit en voyant ton regard trop calme, abattant la lame au fond de ton coeur tu vas te fiancer.
tu n'avais pas pleuré
tu n'avais pas cillé
tu n'avais pas baissé les yeux
tu avais à peine acquiescé
oui, monsieur
le ton calme et reposé
déjà morte au fond de toi
et depuis tu attends - tu meurs en silence au fil des heures et des minutes - quelques sourires à sortir parfois, un brin d'humanité à avoir quand il venait admirer ton visage, faire courir ses doigts le long de ta joue avec quelques mots charmants qu'au fond il ne pensait sûrement pas
une certaine passivité qui devait encore te rester quand l'autre n'était pas d'humeur quand tes mots n'avaient pas satisfaient ses attentes quand tu te montrais trop perspicace quand tu n'étais pas assez docile et que l'alcool lui engourdissait les narines quand il devait passer ses regrets sur quelqu'un - ce quelqu'un qui a toujours été le même depuis des années et le dégoût qui s'installe de plus en plus
l'envie
de griffer ta peau pour en enlever la salissure - d'en attraper ton épiderme pour l'arracher et en refaire une neuve une autre
enfant
pure
éclatante
vomir toutes les émotions impures qui ont traversé ton être - tous les péchés auxquels tu as déjà pensé ; le rouge que tu as parfois rêvé d'avoir sur tes mains plutôt que d'être celle qui en a tant versé
tout ce dont tu n'as jamais rien fait - que tu as étouffé au fond de ta gorge, que tu oubliais le temps d'un brin de soleil sur ta peau d'un courant d'air dans tes cheveux de quelques rires d'un intérêt nouveau éclatant mais
il n'y a que toi, ta chambre - la maison si grande ((trop)) pour les quelques personnes qui y circulent et père qui n'est même pas là, les livres sur le sol que tu as fini par abîmer sous la colère ton regard cerné et sans vie qui parfois vaque à lorgner la serrure verrouillée de ta chambre le son de ta voix qui se brise sur une mélodie que ta mère ne te chantait pas petite et
((ferme les yeux))
oublie, ça ne sert à rien.
tu ne sortiras pas
tu ne sortiras plus
demain ne viendra pas
et tu ne le verras plus
alors cessons
la douleur
l'infâme torture
de ces dernières années



((alors n'espérons plus))
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C'est l'ignorance qui te rend fou, l'ignorance et l'angoisse pareille à ce reptile visqueux – à cette couleuvre que l'on ne te fera pas avaler parce qu'elle bloque, coince, obstrue ta trachée et t'abandonne sans souffle chaque fois que tu crois y échapper – à ce ressort d'écailles profondément arrimé le long de ta gorge et qui, lorsque tu déglutis, lacère ton œsophage au rythme absent de tes réponses. Car il n'y a personne pour combler le vide, pour remplir cette béance consciente de mots et de renseignements – même pas de réconfort ni de soulagement, tu n'en demandes pas, n'exiges rien que quelqu'un t'assure que ce pour quoi tu t'apprêtes à t'élancer ne sera pas vain et qu'à l'extrémité de ta décision, à l'extrême pointe de ta quête par-delà l'horizon après lequel il n'existe que les gouffres amers et la mort des étoiles – il subsiste un espoir, mieux, une espérance, une réjouissance – mais personne ne te parle, personne ne dit rien sinon la pluie qui tombe et tombe et tombe en un fracas silencieux, cet orage infini qui se montrera ton unique allié.
Il te faut fuir désormais, quitter ta posture pétrifiée d'eau et d'appréhension, secouer ton échine glacée pour traverser la rue qui te sépare de l'enceinte maudite, des vitres muettes que n'éclaire aucune lumière à l'exception de rares plafonniers dont on distingue les courbes découpées par les damiers creux des fenêtres ; négligeant le portail principal, cette herse close aux trouées obscures, tu te faufiles jusqu'à l'entrée de service, moins surveillée puisque plus modeste, où il t'est possible d'escalader le muret grâce à la mince saillie de certaines briques. Tu sautes à terre, le cœur déjà près d'exploser tant il te semble que le moindre mouvement te trahit – mais seul le bruit de l'herbe inondée critique ta réception malhabile et tu te précipites aussitôt en rase-motte vers l'arrière du bâtiment, à demi-accroupi, à l'instar d'un nuisible traqué par de sombres dogues. Là, tu remarques un minuscule perron guidant jusqu'à une porte tout aussi petite, aux lattes inégales et à la peinture défraîchie – d'un rouge nocturne – une légère embrasure jaunie en guise de tranche – ouverte. Nulle agitation ne te parvient depuis ton poste d'observation ; est-ce dû à la négligence d'un domestique sorti fumer durant sa pause et qu'une semonce aurait contraint à rentrer précipitamment, ou bien une aubaine impromptue qui soudain t'autorise à te risquer à en gravir les trois quarts de marches ? Tu jettes un œil, puis l'autre, à l'intérieur : du sol au plafond, d'une paroi à l'autre, tes sclères roulent sans s'arrêter sur la moindre silhouette vivante, et la lueur que tu aperçois n'est que l'agonie d'un poêle laissé pour mort.
Tu t'introduis dans la pièce.
Les pulsations de ton myocarde font un vacarme monstrueux. Il vocifère si puissamment que tu aimerais le balancer au fond d'un puits le temps d'achever ta mission et ne le récupérer qu'une fois assuré de ne pas finir en brochettes. Dans le local, tu discernes sous le voile de pénombre un alignement d'ustensiles, quelque vêtements suspendus à des crochets de bois – plusieurs sont dénudés – un meuble bas où traînent deux assiettes à dessert dans lesquelles ramollissent une boulette informe et une mandarine éventrée – tu ne les mangeras même pas sous la torture, et deux trois paires de chaussures ornées de nœuds ou de fanfreluches. Féminines, à n'en pas douter.
Et maintenant ?

Il n'est pas nécessaire de tergiverser un millénaire pour orienter tes recherches vers les étages supérieurs ; hormis la cave, qui constituerait une planque adéquate où enfermer une progéniture embarrassante, les recoins les plus excentrés du hall sont d'ordinaire utilisés pour y dissimuler ce genre de gêne – or si tu évinces d'emblée le sous-sol, c'est que tu ne crois pas le père de Seiko si négligent. Elle est certes sa honte, sa faute et son dégoût, mais elle est de surcroît son héritière, son reflet fêlé et son rossignol meurtri. Et s'il l'expose parfois à la manière d'un bibelot précieux qu'il est seul à pouvoir briser, c'est qu'elle possède une importance qui la préserve de l'oubli. Une vérité peu enviable, dont la brusque réminiscence nourrit ta haine. Tu t'évades en direction des escaliers.
Les parquets luisants, les lourds rideaux, les tapis à l'odeur musquée, les vases de Chine et les bouquets resplendissants, les rampes de marbre et les dorures, les tableaux et le mobilier racé, les relents épicés d'une récente réception et l'ordre austère, d'une effroyable rigueur, des lignes noires que parsèment d'irrégulières flaques d'une morne lumière. Le manoir paraît endormi, loin de ce à quoi tu t'attendais. Il ressemble à un vaste varan assoupi où, de temps à autre, rôde un fantôme au langage inconnu, une voix ténue, asphyxiée sous les tentures, que tu ne peux comprendre et qui t'obliges à emprunter un nouvel itinéraire, un nouvel embranchement, jusqu'au deuxième étage.
Et ton cœur.
Ton cœur qui ne cesse de hurler ; durant toute ton ascension tu t'es déplacé une main sur le museau tant tu croyais que ta respiration résonnait – illusion auditive – exacerbation somatique – et si tu te trouves si essoufflé au noir milieu de ces sinistres couloirs, c'est que tu emprisonnes toi-même ce souffle assourdissant. Sans cela d'ailleurs, peut-être n'aurais-tu pas été capable de percevoir le son, le chant misérable libéré d'un interstice entaillé quelque part au fond d'une des ailes de la bâtisse ; une complainte infime, moins que l'écho d'un écho, moins que le froufrou d'un spectre et qui cependant heurte tes tympans tel un cri. Volte-face.
Te retenir de courir.
Progresser avec la même prudence quand une force extérieure te tire, quand une impulsion interne t'attire, quand le dedans et le dehors se conjuguent et mêlent leurs efforts pour te tracter plus vite vers ta convoitise – un soulagement diffus dans les veines alors que tu n'oses vraiment y penser, trop méfiant, trop terrifié de te confronter à la désillusion, et qui est là pourtant, t'empressant de lever le bras vers cette porte, d'y déposer – presque par mégarde – tes phalanges. Comme si cela n'était pas réel. Comme si ce que tu effleurais sans y croire n'était qu'une projection de tes désirs, de tes inquiétudes, de tes refoulements.
Le nœud de froid qui étrécit ton larynx ; les mèches humides plaquées sur ta peau.
À la seconde où tu descelles tes lèvres, c'est le blizzard au fond de tes artères – le sifflement d'une galerne en guise de paroles.
« Sei... ? » Tu n'oses même pas prononcer son nom en entier – et si tu t'étais trompé ? « Sei ? C'est moi.... Cameron. »
Tu songeais que la savoir en vie serait assez. Tu comprends à peine que ça ne le sera jamais.


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((in the absence of everything i promise to keep you warm)) ft. cameron // 989

c'est un son ((maigre)) un filet de notes ((un fracas violent)) qui égorge le silence en une douce et terrible harmonie - ça berce tes oreilles écorchées cajole ton âme qui suinte la haine la mort le désinfectant et l'envie que les anges viennent te cueillir du bout des doigts pour emporter ton corps loin de cette terre qui te semble bien souvent semblable à l'enfer
un délicieux
addictif
si triste
e n f e r
l'impression d'être une silhouette friable entre les phalanges de l'homme trop fragile trop frêle trop malléable trop futile et superficielle pour réellement exister ((un courant d'air)) une illusion d'optique ((le reflet de trop)) sur la lunette kaléidoscopique
un fantôme
qui traverse les ruelles et disparaît pour plusieurs mois si ce n'est des années ((volatilisée)) l'hirondelle qui au final n'a jamais su voler
les élévations se font parfois plus fortes, montrant le cachet de tes cordes vocales sur ces légères brisures si particulières et délicates ((tu te souviens)) parfois, tes doigts qui dansent joyeusement, un sourire aux lèvres et la gorge déployée, pas toujours juste à cette époque
blanc
blanc
noir
blanc
que tu pianotes sur les touches pour former l'harmonie et les rythmes sous le regard bienveillant de ce jeune homme brun - ou bien était-il blond ? il avait de beaux yeux bleus ((un très joli noisette sûrement)) la carrure svelte ((mais surtout très petite))
tu ne sais plus
tu ne faisais déjà plus attention aux adultes, à cet âge - et ça s'est vite fini quand on a décidé que la musique n'était pas importante pour gouverner. ça fait des années que tu n'as plus fait que glisser tes doigts dans le vide en tentant de te rappeler de la sensation du clavier, les vibrations des cordes frappées et le plaisir de sentir ton timbre être part entière de cette fantastique
((rhapsodie))
tu penses t'éteindre ((bientôt)) redonner sa place au silence qui attend impatient dans les coulisses de reprendre ses droits sur ces terres arides dénuées de vie hormis la tienne ((la rebelle)) qui n'en fait qu'à sa tête quand on lui dit de se taire - mais encore un peu, tu voudrais épancher ta peine un peu plus longtemps ((quand personne ne t'entend)) mais tu t'arrêtes
abrupte
coupant les pieds de ta malade mélodie qui soudainement te fait halluciner ((te rend folle)) car oui tu ne peux que rêver quand tu entends une voix trop familière qui fait se raidir tout ton être ((trois lettres)) trop souvent jouées sur un air différent
une symphonie insouciante
que tu pensais avoir oubliée et qui pourtant se réimplante dans ton myocarde esquinté. tu oses à peine tourner ton visage vers la provenance de cette fabulation ((la porte)) toujours fermée la tentatrice la vermine qui tente de te faire céder oui
mais non
ton nom se répète à nouveau, suivi d'une appellation qui saisit tout l'air dans tes poumons pour te rendre muette - la peur que ça ne soit qu'un tour de ton esprit dérangé ((comment serait-il entré)) comment serait-il parvenu à te trouver et pourquoi
pourquoi oui, tu te le demandes bien
tout autant que tu ne comprends pas pourquoi ça bat dans ta poitrine ((si fort)) que ça se répercute dans tes oreilles comme des tambours agressifs ((des cymbales)) trop aiguës. il te faut un temps pour retrouver possession de ta voix, perdue dans tes interrogations ... cameron ? il y a une hésitation certaine ((parce que ça semble si beau)) si affreux que ça emballe ton cœur sourdement, l'espoir qui tente de se creuser un chemin en toi mêlé à la panique qui afflue dans tes veines qu'est-ce que tu viens faire ici ? c'est plus distinct que la première fois, le ton pourtant toujours incertain avant que la réalité ne te frappe soudainement comme la foudre tu ne devrais pas être là, c'est du suicide, qu'est-ce qu'il t'est passé par la tête oh, cameron, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi je me le demande... ça sonne comme un reproche sans en être un et tu te relèves pourtant, t'approchant de la porte dont tu effleures la poignée. tout ton corps hurle de tes actions alors que tu ris doucement ((un battement d'ailes)) plus fort que le silence ... ça faisait un moment ahah, tu vas bien ? naturelle, comme si
tout allait bien
parce que tout te semble si juste et si acceptable tout d'un coup, tant qu'il est là, ne pouvant retenir un léger sourire sur ton visage malgré ton cœur qui hurle et saigne encore criblé de trous et d'ecchymoses et tu voudrais sauter crier hurler ta joie de simplement entendre sa voix que tu avais peur d'oublier mais la tienne retombe plus sérieuse, plus grave et funeste tu ne peux pas rester ici, il faut que tu t'en ailles. tu vas finir par te faire attraper, cameron, je ne veux pas que quelque chose t'arrive tu t'assois contre la porte, apposant ta tête en contact avec - fermant les yeux en imaginant ses traits, les battements de son cœur et la douceur de sa peau - seiko non non tu n'as pas le droit tu t'étais promis d'obéir d'accepter ((tu l'as toujours fait)) toujours vouée à servir d'objet sans en avoir forcément l'envie ou l'intérêt toujours priant cette figure élevée bien trop haute pour sa condescendance humaine mais tu as beau lutter et te battre ((pas contre lui)) sans un rien sans un mot toujours à renverser ton monde comme ça le chante
il te fait pécheresse
comme ça l'arrange
mais au fond
((est-ce que ça te dérange))
sans réponse la si jolie question.
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C'est l'instant où ton pied rencontre le précipice, où ton corps bascule – le point de rupture, le pivot fatal – et dans l'obscurité dévorante, si mate que tu n'y distingues qu'à peine l'extrémité de tes membres, tu ignores si la chute sera lente ou bien abrupte, si ton squelette au fond de l'abîme se brisera en milliards d'éclats ou si tu trouveras quelque tapis de mousse drue pour t'y recueillir ; une éternité de secondes dégouttent à gouttes dans les abysses silencieuses, portées par le vent d'un souffle ténu. Et si elle se tenait là, juste derrière la paroi de bois, mais que ton nom avait disparu de sa mémoire ? Que les sept lettres de ton souvenir s'étaient estompées à la surface de son cartilage pour ne laisser que des os blancs, nets, un ruisseau limpide qui ne charrierait plus ton reflet – Diable sait ce que l'on a pu lui mettre dans la tête depuis que tu as perdu la tienne pour un fantôme.
Le front penché vers le battant, tu as peine à capter le moindre frémissement en provenance de l'au-delà, tant la chamade de ton myocarde est une sourde fanfare : les sifflements de tes valvules résonnent à la manière d'innombrables présomptions, d'hypothétiques prépositions dont dépend en majeure partie la suite de ton existence ou, plutôt, sur l'absence de suite – car mourras-tu sur place si le loquet s'abaisse sur le canon d'un revolver ? Le tir serait plus fulgurant qu'un adieu et tu n'aurais rien vu venir ; après tout, tes amis ne cherchaient pas à te retenir au moyen de prétextes fallacieux. Oh, ce silence de tombeau que la pluie ne parvient pas à réchauffer. Que quelqu'un te réponde ou bien, à l'intérieur, tu continueras éternellement de crever.
Puis.
Le bruit.
Le son de la voix, le ton de la joie, étouffée, que tu ravales au risque d'asphyxier, l'écho infime, innocent et naïf, de sa surprise. T'as envie de pleurer tellement tu n'en reviens pas toi-même, alors tu souris – c'est encore plus douloureux –, tu souris comme un abruti face aux ténèbres, comme un con devant l'opacité du mur, et même ta respiration tressaille, trébuche, exulte, quand ses mots minuscules qui tintinnabulent et ses questions, ses angoisses, ses blâmes presque viennent s'entrechoquer pour recoudre la plaie heureuse sur ta figure – quelle idiote. Croit-elle vraiment que tu abrites encore une once de raison ou qu'elle puisse t'interdire l'accès à sa maison ? Tu ne sais pas ce qu'il y a à faire de toi, en toute sincérité, et les gens t'en font assez souvent la remarque. Mais s'il s'agit d'elle-même, ce ne sont pas les idées qui manquent. À commencer par t'ouvrir la porte et par déguerpir ensemble de ce cloaque endimanché.
« Un peu mieux, maint'nant », répliques-tu à son souci qui perce à travers la serrure. Tu as beau discerner la fausseté dans ses propos, une esquive qui ne se veut certes pas mensongère, tu déplores cette attention qui ne devrait pas t'être adressée. En ces lieux, en ce fragment d'espace-temps, c'est d'elle dont il faudrait se préoccuper, pas de toi – toi, tu n'es qu'un imbécile qui joue les héros alors que tu n'as même pas un demi-cœur à ta barre de vie. Et elle s'inquiète, l'alouette, elle piaille et te chasse, te repousse d'un battement d'aile que tu négliges, puisque ses craintes sont trop faibles pour s'opposer à ta volonté et ta colère reflue, docile, réconfortante, acérée pareille aux crocs qu'elle plante dans ta nuque – et le frisson glacé qu'elle y lèche ne transparaît guère dans ton râle :
« J'pars pas sans toi. »
Pire qu'un ordre. Un axiome.
« Comment t'ouvres ça ? » En enclenchant la poignée, pardi. Non, pour de vrai, ton poignet est impuissant à actionner le loquet ; en forçant, tu ne sers que le règne de l'inutilité et entretiens un dangereux vacarme. « On t'a enfermée ? Où est la clef ? »

Tu n'as néanmoins pas l'opportunité d'attendre les indications ; un grincement n'ayant rien de proche requiert ton attention – ton épouvante – et tu te pétrifies à la seconde où, s'élevant depuis les escaliers, une lueur jaunâtre se met à ramper le long du corridor, une ombre pâle sur les lambris cirés. Halo spectral qui oscille en geignant, lumière gémissante soutenue par une masse informe projetée sur la boiserie – lente, atrocement lente – et qui se balance, un pas après l'autre, qui grimpe et grimpe jusqu'à l'étage où tu te trouves, attirée par l'instinct – ou la faim – et toi tu flippes ta sœur, les yeux rivés sur cette tache molle qui cliquette, clignote, tremblotte au bout du couloir, qui ondule anonyme sur les tapis de velours et s'écoule, se traîne inexorablement jusqu'à toi.
Le cœur aphasique, tu as bondi sous le giron de la nuit.
Te voilà recroquevillé dans un pli d'obscurité, planqué derrière un meuble sans oser inspirer la moindre parcelle d'oxygène ; un millimètre cube supplémentaire et ta poitrine exploserait. Au sol frémissent les contours houleux de la présence – tu vas mourir, tu vas mourir, tu vas mourir – et tu imagines déjà la chose te fixer de sa gueule dépourvue d'âme, rien qu'une face lisse sur laquelle s'enfoncent deux orbites creuses au-dessus d'un gouffre sans dents, rien qu'une tête inhumaine penchée vers toi dont tu devines les hululements avides tandis qu'elle avale tes hurlements.
Rien ne vient, pourtant.
Quand tu rouvres les paupières, la coursive est toujours aussi sombre. Nul plainte de plancher ni murmure de lanterne ne trouble la quiétude du manoir. Le silence, seul, demeure ton hôte. Alors, avec méfiance, tu t'extirpes de ta cachette, accroupi près du parquet, avant de te diriger de nouveau vers la chambre de Seiko ; jetant mille yeux à gauche puis à droite afin de t'assurer de ta solitude, tu réitères tes intentions d'une voix aussi blême que tes lèvres :
« Sei, tu m'fais confiance ? J'vais t'sortir de là, ok ? On va s'casser d'ici ensemble. Dès qu'j'aurai ouvert c'te putain d'porte. »
À défaut de fracasser son putain de père. Ce qui n'est que partie remise.


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c’est drôle, quand on y pense.
c’est un peu ironique, un brin pathétique – la belle enfermée dans sa jolie tour au milieu du quartier des violences et des prostituées, son prince des rues venu la chercher ; les deux, jeunes et inconscients, juste deux stupides adolescents ((que tout oppose)) rien pour les rapprocher si ce n’est une rencontre hasardeuse il y a de cela de longs mois passés.
le genre d’histoires que l’on invente, que l’on raconte sans grande conviction ((ça ressemble trop à un travail de fiction)) pour se dire que ça pourrait réellement arriver mais en soi la seule question qu’on en vient vraiment à se poser c’est si tout cela va bien se terminer
((car après tout les histoires d’amour
n’ont pour tragédie que le simple fait de commencer))
mais peut-on appeler ça de l’amour entre l’hirondelle qui ne savait voler et le lionceau rêvant de dominer un monde qui jamais ne lui appartiendrait ?

c'est drôle, quand on y pense.
à s'échanger des banalités comme on le ferait autour d'un café ((une porte en guise de table)) et des boulets à vos pieds ; peut-être que ce n'est pas très commun ((sûrement que ça ne l'est pas)) mais vous savez la normalité c'est propre à tout un chacun. ça devrait pas mais ça t'allège légèrement ; ça te donne l'impression d'avoir un pied dehors, te rappelle que le monde ne se résume pas à ta pseudo-cage faite d'or. sa voix te rappelle qu'il y a encore des sonorités qui valent la peine d'être entendues qu'il te reste des choses à écouter ((des secrets à se murmurer)) et des tabous à garder. il te rappelle que la vérité n'est pas universelle qu'y'a encore des facettes à découvrir ((des coeurs à ouvrir)) et seiko tu te dis

qu'il y a d'autres jours pour mourir.

que celui-ci n'est pas assez gris ((ou un peu trop)) pas assez beau pas assez triste que la jeunesse tu t'en es sûrement un peu éprise ((qu'il y a du temps avant d'être grand)) et que le monde t'attend ; qu'il serait temps d'aller de l'avant sortir ((forcer les barreaux)) profiter égoïstement de ce monde que tu trouves si beau. car après tout papa a tord ((papa ça fait longtemps qu'il est mort)) ça fait longtemps que ses mots ne sont qu'un amas de remords. on t'a enfermée ? si c'était que maintenant elle aurait pu en rigoler elle a le rire facile gracile un courant d'air dans son battement d'ailes amer mais elle reprend un peu de son sérieux celui que tu trouves trop rare et mystérieux ((elle le déguise souvent derrière un sourire un diamant et des secrets de grand)) soyons adultes quelques instants avant de pouvoir vivre comme des enfants oui. dans le bureau de mon père. et on s'attend à la suite d'une symphonie le retour des voix un deux trois un deux trois
mais rien plus rien toujours rien
juste le silence des âmes égarées
tu te retiens de l'appeler
te disant que ça ne serait pas malin s'il ne doit pas se faire repérer
((et il revient
pourquoi tu t'étonnes - toujours qu'il revient))
et ça te plaît peut-être un peu trop assez pour rosir tes joues qu'il ne peut voir ((tant mieux, qu'il n'en sache rien c'est parfois une bénédiction que de ne pas savoir)) et il te dit fais moi confiance on partira valser notre dernière danse la voix irritée par la poignée et toi tu ris tu ris ((tu vis)) c'est impromptu toi qui es si composée le coeur un peu plus léger je sais. je te crois. on partira ensemble. merci, cam. la voix calme et sereine à n'en point douter de pourquoi c'est toi la reine le bureau est de l'autre côté du couloir. tu ne devrais pas le rater, vue la décoration de la porte. père et les autres ne sont pas là, il n'y a que les servants donc ça devrait te faciliter grandement la chose mais sois tout de même prudent, d'accord ? sait-on jamais elle ne voudrait pas que vous soyez deux à y passer - mais tout de même, elle finit par dire pleine de légèreté eh, quand on sortira, on pourra aller manger une glace ? ou n'importe quoi au fond
tant qu'à ses côtés ronronnent ses grondements de petit roi ; de petit lion.
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Rien ne sert de te coller à cette porte désespérément close – rien ne sert d'y plaquer toutes les fibrules de ton corps, d'y racler tes ongles comme s'ils en lacéreraient le bois d'ébène –, rien ne sert d'y user ton derme et ta patience, car tu ne peux qu'y appuyer ton front, y heurter ta respiration, et depuis l'autre côté imaginer l'alouette agir en reflet, l'alouette que tu entends rire, gracile, fragile, l'alouette qui te dit qu'elle te croit, toi, qui t'offre sa confiance, sa foi, sa délivrance. D'une gerbe de mots elle sème sur ton cœur coquelicots et glaïeuls, elle prononce ton nom et la peur reflue d'autant, d'accomplir ta mission te rend impatient, de sorte qu'il te faut un effort pour écouter ses recommandations jusqu'au bout et éviter de piétiner tel un enfant turbulent. Tu ne penses qu'à la faire sortir, ne songes qu'à la seconde où, la serrure déverrouillée, tu feras irruption dans la pièce à la manière d'un minuscule ouragan, où tu enverras valser sa solitude d'un large mouvement de bras et où – mais la suite n'existe pas. L'après ne t'apparaît pas, opaque, plus solide qu'un mur d'obscurité, l'avenir se noie dans les ténèbres de cette chambre où elle t'attend depuis trop longtemps déjà. Et tu voudrais lui dire en retour qu'elle ne doit pas s'inquiéter, que tu lui ramèneras cette fichue clef, qu'à défaut d'être prudent cela ne prendra pas beaucoup de temps – et tu crèves de rajouter qu'à partir de maintenant elle n'aura plus jamais à s'inquiéter, que ses angoisses appartiennent au passé tant que tu seras là pour la veiller, sauf que tu te tais, incapable de t'exprimer, te contentes d'acquiescer bien qu'elle ne puisse le deviner. Puis réprimes un rire en te mordant la lèvre lorsqu'elle t'adresse la requête la plus saugrenue qui soit. C'est tellement elle, ça : de la glace. En plein mois de janvier. Comme si on ne se les pelait pas déjà assez.
« Pff, t'es tarée, toi. » Mais n'est-ce pas pour cela que tu l'...– « C'promis. Juré. » Tu cracherais volontiers sur le luxueux tapis de papa en sus, histoire de marquer le coup, néanmoins tu restes sérieux, conscient peut-être qu'à cet instant chaque syllabe articulée pourrait faire office de testament, car le temps qu'il te reste à vivre si les servants t'attrapent ne se compte sans doute pas davantage qu'en minutes. Alors tu promets, la chose à ne jamais faire sous l'emprise du bonheur, tu promets « tout c'que tu voudras », parce que si c'est là l'ultime souvenir qu'elle aura de toi, parce que si c'est là le premier souvenir qu'elle aura de vous, il vaudrait probablement mieux que ce soit le goût du chocolat.  

Ce sur quoi tu t'éclipses en direction du bureau, non sans l'avoir prévenue que tu serais bref, que tu ferais attention, qu'elle n'a pas à craindre pour toi, ou quelque chose de cet acabit en beaucoup moins charismatique. Le couloir, grisaillant de ténèbres, a tôt fait d'avaler ton assurance d'une large lampée, cependant tu ne considères même pas permise la moindre hésitation. Face à la porte ouvragée qui s'impose bientôt face à toi, tu ne reculeras pas. Et tes doigts s'attardent sur le monument de pénombre en vue d'en saisir la poignée, l'enclenchant ensuite le plus délicatement possible pour te faufiler à l'intérieur de l'antre aux mille horreurs. Dans ton dos, le battant se referme sans un bruit. Sans une respiration. Sans une âme. Semblable à l'espace où tu te déplaces à tâtons, refusant d'allumer pour t'y diriger, pour ne pas risquer de trahir ta position.
Tu n'y vois goutte. Pourtant, ta plus grande peur n'est pas d'entendre le verrou basculer derrière toi, ni même d'apercevoir les ampoules soudain éclairer la scène, tirées de leur sommeil par quelque domestique hystérique planqué dans un recoin. Non. Tu t'affoles davantage de pouvoir, au cours de ta progression, trébucher sur une dépouille laissée à l'abandon, de heurter un corps somnolent sur le parquet, deux trous au côté droit, de bousculer un macchabée déjà raide depuis des heures au milieu d'un mobilier éclaboussé de cervelle. Par chance, rien de tout cela. L'endroit est d'ailleurs assez vide, si l'on exempt les murs masqués par de hautes armoires vitrées où brillent, par le hasard d'un reflet, de longues lames chromées, ainsi que le bureau massif et déserté dont l'ombre se veut plus noire encore que la nuit environnante. C'est dans l'un de ses tiroirs, à la faveur d'un éclair, que tu distingues bientôt une clef ornée d'un nœud chinois dont tu t'empares, posée négligemment entre un flingue et un carnet de cuir gaufré. Tu serais tenté de subtiliser l'arme – Diable sait si elle te servirait –, toutefois tu te retiens et optes pour la rapidité. Seiko t'attend. Elle t'attend depuis trop longtemps. Quand chaque seconde supplémentaire que tu passes dans ce manoir contribue à renforcer ton malaise, à nourrir tes envies de fuite et ton besoin d'ailleurs.

C'est en retournant vers sa chambre, tes doigts fébriles refermés autour du sésame d'argent, que tu songes alors véritablement à toute la folie que cela représente. Ce n'est qu'en l'apostrophant à travers la paroi close, ton triomphe au bout de la langue, que tu remarques à quel point ton cœur n'en peut plus de battre. Que le froid dans tes os fait trembler tes phalanges. Que ton squelette tout entier tressaille d'excitation et d'effroi, de fièvre et d'émotion – oh, la plainte sèche de la serrure qui cède –
tant et tant que tu es déjà à moitié entré que l'embrasure ne s'est pas complètement déployée, mêlant ton ombre à celles, silencieuses et austères, de sa prison d'agate. D'une foulée nerveuse, tu te précipites – elle s'est écartée en te sachant arriver – et là, à contre-jour devant les vitres barrées de fer et de pluie, plus mince qu'une feuille de papier de riz, avec ses longs cheveux qui tombent vers le sol telle une coulée d'encre, triste arbrisseau au rire de verre,
qui te parle comme tu n'entends pas – 
et romps brutalement – 
qui te regarde et que tu ne vois pas – parce que tu es trop occupé à la serrer contre toi, à l'étreindre par peur de la sentir disparaître d'entre tes bras, à transformer ta peau en abri et ton torse en refuge, maladroit, tes mains sur sa taille, ses épaules, dans son dos ou sa chevelure, à la broyer presque par désarroi – son nom à demi-dévoré dans ta gorge par le soulagement que cela ne soit pas un rêve.
« Les autres... », réussis-tu finalement à murmurer, le museau baissé au sommet de son crâne, « ...ils y croyaient pas... ils disaient que j'te r'verrais pas, qu'c'était un coup à s'faire buter... » Mais si un accès de colère glisse dans ta voix, il se dissipe aussitôt lorsque tu rajoutes, te séparant d'elle sans pour autant t'en détourner : « La gueule qu'ils f'ront quand ils verront ! »
Au-delà de la satisfaction de leur donner tort, il y a le soulagement féroce d'avoir eu raison. Ce même réconfort qui se lit dans ton sourire, juste avant que la nécessité ne balaye le temps imparti et ne vous oblige à réfléchir à votre issue de secours. « Allez, on s'taille, maint'nant. En vitesse. »
On ne te le fera pas dire deux fois.


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tout c'que tu voudras toujours toujours toujours tout pour elle hein cameron (honnêtement dis moi) ce que tu ne lui donnerais pas. tu es bien doux bien tendre envers elle (la peut-être un peu trop jolie hirondelle) je te souhaite juste vois-tu que
votre histoire ne soit pas trop clichée
parce que les quelques proses déjà écoulées n'ont qu'en charme l'attrait des tragédies (elle espère aussi) que vous n'en ferez pas partie. elle a envie de croire pour une fois que tout n'est pas déjà écrit et qu'elle peut rajouter quelques mots à son (votre) histoire ; envie de se dire qu'elle pourrait couler des jours

p  a  i  s  i  b  l  e  s

et même plus simplement encore juste vivre alors

elle attend

elle attendra toujours, cam, que tu le saches et le comprennes (elle t'attend) t'a attendu si longtemps toi qui viens illuminer si facilement le monde dans lequel elle vit. elle attend et se dit que peut-être est-ce la dernière fois qu'elle a à regarder au travers de barreaux la vue depuis sa fenêtre. à marcher sur les livres éparpillés, à brosser ses longs fils de suie devant sa coiffeuse elle attend et observe (se souvient) de toutes ces années où il ne se passait (rien) juste son quotidien un brin malsain. elle se dit que peut-être ce sera la dernière fois qu'elle a à vivre sous la crainte de son nom de famille, de ce qu'il signifie, du futur qu'il lui avait inscrit.

tant s'il réussit
que s'il échoue.

elle attend et se dit que s'il s'agissait d'une histoire, d'un film, d'un roman, sûrement chanterait-elle la berceuse que lui chantait petite sa maman (mais elle n'a pas d'histoire derrière elle) et encore moins de parents. elle n'en est pas vraiment triste (ça ne sert à rien de l'être, de toute façon) c'est quelque chose qui vous forge, l'absence. l'absence d'amour, d'espoir, de pitié (de famille) ça vous moule ça vous piétine et ça vous fait basculer, souvent (elle est un peu vide, parfois) mais c'est pas vraiment important. les moules ça se brise ça se reforme. ça se change, se renouvelle parfois se ferme pour mieux s'ouvrir.

comme la serrure qui s'ouvre sur deux bras qui l'enlacent et la serrent (si fort si fort si fort) que le tissu frotte à même les plaies que ça ravive les brûlures, les ecchymoses, les cassures - elle referme l'étreinte pourtant, tout aussi fort (autant qu'elle le peut) serre entre ses doigts les tissus quitte à griffer la peau en dessous, aspire tous les parfums qui lui inspirent sa seule et unique (maison) elle n'a pas grand chose et pourtant tant à te dire mais elle ne veut pas sortir de mots elle se dit que ça ne serait pas assez gros pour te dire tout ce qu'elle ressent à quel point elle a l'impression dans tes bras d'être un être (vivant) et tu lui dis oui tu lui parles (ça lui semble si irréel) elle ne pensait plus jamais entendre ta voix, ça lui semble un peu fou tout ça c'était un coup à se faire buter.  tu es fou cameron. complètement fou. et ça sonnerait comme des reproches s'il n'y avait pas sur ses lèvres un si grand sourire, un soulagement plus lourd encore que les battements de son coeur. elle acquiesce pourtant, les retrouvailles se feront après il est temps de fuir. elle est droite sur ses pieds, te prend la main (ça lui a tant manqué si tu savais) et se dirige vers la porte de sa chambre au final c'est sûrement une bonne chose d'avoir fugué toutes ces années, je connais cet endroit probablement mieux que tous ceux qui y vivent. elle a un petit rire - c'est un doux sarcasme, alors qu'elle vous glisse dans les couloirs à pas de loup, vous arrêtant parfois contre un mur pour éviter un passage et elle est si sereine. si habituée. si calme.  si contrôlée (seulement oui) car son coeur bat la chamade de tout faire rater - vous êtes si loin, tu as tant risqué que si elle se rate, jamais elle ne se le pardonnerait. alors parfois elle resserre ta main, pour se rassurer. se dire que tout va bien, qu'il n'y a pas de raison de se perdre après toutes ces années (et elle a raison) bien vite vous voilà atteignant la fenêtre la moins haute qu'elle s'empresse d'ouvrir on va passer par là, ça mènera aux jardins. on aura plus qu'à passer au dessus du portail de derrière après et ce sera bon. tout du moins, elle l'espère.
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C'est pire qu'un compliment – fou – et ça te rend presque fier – ce fou-là qui est plein de caractère –, car tu es un fou comme il n'en existe guère, à risquer de tout foutre en l'air pour un souvenir dont la vivacité ne tenait qu'à ton instinct, à cette conviction volatile de la savoir en vie quelque part, loin, de l'entendre articuler ton nom en pensée par crainte de l'oublier, et tu auras beau taire ce qu'elle représente à tes yeux – puisque tu ignores ce que cela signifie –, il est désormais trop tard pour nier l'importance qu'elle revêt pour toi. Quand tu la serres comme ça ; quand tu la laisses te tirer par le bras ; quand tu faufiles tes semelles dans ses pas. La joie des retrouvailles a cédé sous la pression des menaces, car il vous faut encore sortir de ce dédale d'ombres où rôdent les domestiques zélés du pater, et c'est donc en silence que vous vous glissez l'un derrière l'autre hors de la chambre aux relents sanguinolents, là où le velours luisant absorbe les bruits de haine et de tristesse, afin de rejoindre l'extérieur. C'est elle qui te guide, sa main si fine au creux de ta paume, tandis que tu traînes ta carcasse toujours humide d'orage le long d'obscurs couloirs, manquant à plusieurs reprises de trébucher contre l'ourlet d'un tapis, un relief sur le parquet ciré ou un accroc dans les marches descendant au rez-de-chaussée. Avec à l'arrivée, en guise de porte de sortie, une fenêtre encastrée au fond d'un cagibi. À l'instant où elle l'ouvre, tu t'attends à ce que l'averse s'engouffre d'un coup à l'intérieur du manoir, heurtant les murs de son vacarme liquide, balançant sur les parois et le sol l'assourdissant écho de ses cascades – mais rien, rien que le clapotis erratique des gouttes tombant des feuillages, le souffle rond d'un vent paisible et le silence insectoïde de la nuit. La pluie n'est plus qu'une bruine aux nuances timides, un voile blanchâtre qu'éclairent de distants éclairs de façon sporadique, et l'herbe dégorgée de la pelouse scintille sous le halo des réverbères autour de la demeure.
« D'acc', fais-tu à ses directives, j'passe devant. »
T'exécutes sur-le-champ, bascule une jambe par-dessus le rebord puis saute à pieds joints, reçut moins d'un mètre plus bas par une plainte mouillée qui applaudit ton mouvement. Cependant, tu n'as pas l'opportunité de vérifier que personne ne vous ait vus avant de proposer à Sei de la réceptionner qu'elle te rejoint d'un bond, insouciante – impatiente qu'elle doit être d'éprouver la caresse du froid, d'endurer l'humidité vespérale – d'embrasser par tous les pores de son épiderme l'incomparable sensation que confère la liberté.  
« C't'était complètement fou, mais ça en valait la peine, pas vrai ? » crânes-tu à mi-voix, déjà persuadé d'être hors de portée des dogues paternels. À l'aune de l'aller, le retour semble une partie de plaisir ; moins d'une minute suffit à ce que vous retraversiez le jardin en sens inverse, direction le portail de service en esquivant les lueurs inquisitrices derrière les vitres, et vous voici ensuite à escalader l'ultime barrière. Sauf que c'est là que tout se complique. Tu ne t'imaginais tellement pas réussir dans ta mission que tu n'as pas songé à préparer l'après, à prévoir comment quitter le quartier sans vous faire repérer par n'importe quel Gangster du coin, et diable sait combien c'est une mauvaise idée de se balader dans Kolt dans votre état – un gosse aux allures de fugueur et une gamine enrubannée de taffetas et de gaze brunâtre, duo aussi mal assorti que reconnaissable. N'importe qui vous croiserait qu'il aurait tôt fait de vous dénoncer, pour peu que le faciès de ton alouette soit connu des riverains et qu'une alerte soit lancée dans les milieux asiatiques mafieux. Ce qui ne tardera pas à être effectif, vu le statut de sire Tokugawa. Une furtive photographie de Toshizô déboule dans ton esprit et se consume aussitôt dans un frisson glacé : si le moindre yakuza est de l'étoffe du commandant, tu ne donnes pas cher de ta peau lorsqu'ils t'attraperont par la peau du cou.

Et d'ailleurs, cette terreur te bondit au visage à la seconde où la route sur laquelle vous venez d'atterrir se met soudain à briller sous le faisceau d'un phare, accompagné d'éclats de voix et de frottements râpeux sur l'asphalte pétrolé. Serait-ce la fin de l'escapade – déjà ? À croire qu'ils vous attendaient au tournant, se réjouissant de tes espérances qu'ils piétineront dès que tu te croiras hors de danger. À croire qu'il ne s'agissait que d'un jeu pour eux, une chasse courue d'avance, prévisible, à se limer les ongles pendant que toi tu te mords la lèvre, une main devant tes paupières pour réduire l'éblouissement dû à l'agressive lumière, et accroches le poignet de Sei pour la placer en retrait derrière ton corps – conscient que ce n'est qu'un réflexe et en aucun cas une tentative pour la mettre à l'abri. Car il n'y a plus d'abri possible. Plus de fuite envisageable. Plus rien. Plus rien du tout que le crissement de roues sur le béton, avant-goût d'une déflagration.
« Ah, les v'là. »
Tu déplisses les yeux, surpris par cette intonation familière.  
« Synchro ! »
Baisses ensuite ton bras, lentement. Et découvres trois silhouettes garées en travers de la chaussée, deux juchées sur des vélos rescapés de la casse, une troisième sur un skate, les doigts crochetés à la grille arrière de la seconde bicyclette. Tu jures – réaction de stupeur.
« Vous ?! Qu'est-ce qu'vous faites là ? »
Emmet, Kshamenk, Shawn. Les crinières et les fringues moites, les joues rosies par l'effort et les températures d'hiver. Un trio de mines confuses, entre soulagement et effroi. Trois gueules vannées, qui convergent toutes au-delà de ton épaule à destination de l'oiselle que tu dissimules à moitié.
« C'est Mok qui t'a pisté. Depuis la dernière fois, il était certain que t'allais faire une connerie », entame Emmet en guise d'explication. Tu pourrais lui donner tort, en dépit de ta moue.
« Je t'ai aperçu tout à l'heure partir en direction de Kolt. Alors je t'ai suivi. Quand j'ai compris où tu te rendais, je les ai tout de suite prévenus. Mais je craignais qu'on n'arrive pas à temps » continue Kshamenk, bientôt soutenu par Shawn qui te lance une planche – extirpée de sa collection personnelle, tu en reconnais les motifs :
« On a pris c'qui fallait.
Grouillez-vous maintenant, on s'arrache avant que quelqu'un rapplique. »
Tous hochent alors la tête à cet ordre, toi y compris. Te retournant vers Sei, tu l'amènes vers le vélo de Kshamenk pour l'inviter à grimper sur la grille et à s'agripper à sa taille – ce n'est pas son poids plume qui devrait gêner ton ami, néanmoins tu n'as pas envie de la confier à Emmet ; c'est une lourde responsabilité que tu préfères refiler au plus raisonné des quatre, car même envers toi tu n'aurais pas confiance et tu sais, confusément, que ce n'est pas l'adolescent cubain qui te volera ton hirondelle. Tu t'accrocheras à l'aîné de votre groupe, laissant Shawn fermer la marche. Trop de questions demeurent en suspens, mais vous y répondrez plus tard. Pour l'instant, occupez-vous de rouler vers le refuge le plus proche, le plus en sûreté : votre planque attitrée.


Cœur :

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