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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

.In the absence of everything, I promise to keep you warm. [Seiko]

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Personnage : Tu grognes - tout le temps -
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Tu ris parfois - et personne ne t'a vu pleurer ;
Mais ça ne veut rien dire.
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Jeune altermondialiste
posté le Jeu 4 Mai 2017 - 23:04 (1)
Devant les hautes grilles de la bâtisse, dressées comme autant de crocs d'une bête infraterrestre affleurant à la surface de la pelouse, ta silhouette guette depuis l'ombre d'une ruelle, tache obscure dans l'amas ténébreux de la nuit. Le ciel, eigengraun, n'en finit plus de larmoyer, une sorte de cataracte bruyante qui transperce tes vêtements, s'infiltre à travers les deux couches de sweat et les trois t-shirts et te pétrifie les os, comme si le mois de janvier n'était pas assez froid – comme si le monde entier n'était pas assez glacial. Tu es trempé, gelé et cependant brûlant, transi d'une fièvre qui ne tient qu'à ta détermination, qu'à la peur lovée dans ton thorax à la manière d'un chiroptère. Tu sais que ce soir tu mourras peut-être – et que peut-être ce soir ne sera pas.
Il aurait pu ne jamais être.

« Compte pas sur nous pour ton opération-commando-suicide. Il est hors de question qu'on se fasse buter pour ça. Et toi aussi, alors arrête.
Y s'passe quoi ? avait questionné Shawn en pénétrant dans la planque miteuse que vous squattiez de temps à autre pour vos conciliabules d'adolescents marginaux.
Y se passe que Cam a des envies de se faire trouer la cervelle par les yakuzas. Et qu'il nous invite.
Hééé ?! C'pas vrai, tu déconnes ?? »
Ton meilleur ami avait toujours manqué de second degré. Contrairement à Emmet, dont le cynisme tranchant découpait dans les esprits de larges entailles irritantes, la naïveté de Shawn était un baume capable de désamorcer toutes les tensions. Ou, ainsi qu'en cet instant, d'exacerber l'inflammation au point d'avoir envie de s'arracher le derme.
« Toi, arrête, Emmet. J'ai jamais dit ça. Personne s'f'ra buter.
Oh que si ! Tu les prends pour des enfants de chœur ? Peut-être même qu'avant, ils nous accrocheront par la peau du dos pour nous interroger, nous demander pour qui on travaille, et si on répond pas ce qu'ils veulent entendre, ils nous balanceront dans une cuve d'huile bouillante jusqu'à ce qu'on ressemble à du poulet frit. »
Kshamenk, allongé sur le canapé à demi-dégarni que vous aviez récupéré dans une benne d'encombrants, eut un froncement d'inquiétude. Ne dit rien, pourtant. D'un mutisme anxieux qui ne lui ressemblait guère.
« Mais pourquoi t'irais faire ça, Cam ? T'es pas cinglé ?! »
La peau. La peau qui te démange et que tu grattes, que tu griffes sur toute la longueur du bras, refoulant tes insultes au profit d'un sérieux dont jusqu'à présent tu t'ignorais possesseur. Ta nuque s'affaisse l'espace d'une seconde ; tu ne sais quoi répondre pour qu'ils comprennent, pour qu'ils acceptent, alors qu'au fond tu te fous bien qu'ils valident ton action – avec ou sans eux, tu es convaincu du bien-fondé de cette expédition. Mais sans eux, tu es aussi persuadé que tu n'en reviendras pas. Aucune chance qu'ils t'accompagnent. Ils ont raison – et tes narines sont pleine d'odeurs de poudre, de métal et de friture. Voyant que tu ne te décides pas à éclairer ton camarade, Emmet gronde à ta place :
« Parce que ça fait six mois qu'il a pas vu sa bridée et qu'il s'imagine qu'elle est martyrisée quelque part chez elle...
La... La fille de la dernière fois... à Monavier ? s'exclame Shawn – et tu jurerais apercevoir les engrenages de son encéphale qui se mettent en branle au-dessus de sa tête. Tu te retiens de le faire taire à grands coups de poing dans la face.
Ouais, celle-là. Et qu'il croit qu'il faudrait aller la sauver ou je sais pas trop quoi.
Oh. Mais j'croyais qu'elle était, genre... »
Tu aurais dû le faire taire, finalement. Tous les deux. Tu aurais dû leur sauter à la gorge, les étrangler là, tout de suite, histoire qu'ils ne débitent plus leurs sentences débiles, qu'ils cessent de te pointer du doigt, d'appuyer là où tu ne veux pas, là où tu n'aurais jamais dû leur montrer le renfoncement, l'interstice à travers lequel se faufile le souvenir de bleuets sur de la porcelaine, de coquelicots rieurs et du chant timide d'une alouette.
« Apparemment non. Enfin, il en sait rien, c'est pour ça qu'il veut vérifier. Et une fois que tu seras là-bas, tu feras quoi, Cam ? Hein, si elle est toujours en vie, qu'est-ce que tu feras ? »
Goguenard, Emmet s'avance vers toi en écartant les bras en un geste aussi grotesque qu'agressif. Non seulement te met-il au défi de trouver une réponse qui soit acceptable, mais de surcroît cherche-t-il à exacerber tes risibles élans par sa ridicule pantomime. Et ça, tu ne peux le supporter davantage.
« Ferme-la, tu veux ? J'ai pas à répondre à un mec qui boug'ra mêm' pas l'p'tit doigt pour aider un d'ces potes.
T'aider à quoi ? À crever empalé sur un pic à brochettes ? Bah ouais, excuse-moi de pas vouloir t'aider pour ça, et excuse-moi de pas vouloir non plus impliquer mes autres potes dans ce plan merdique, abruti.
Qui c'est l'abruti ?! »
Et tu te jettes sur lui, les phalanges avides de lui crocheter le col, cependant Kshamenk interrompt ton mouvement en apparaissant entre vous – ses bras tendus délimitant une distance de sécurité bienvenue, que tous les deux respectez par réflexe, parce que c'est Kshamenk, tout court, et que pour la première fois tu ne discernes pas son habituel sourire. Parce qu'il ne l'a plus. Parce qu'il te regarde avec une sévérité que tu ne lui connais pas et qui te laisse sans voix, étonnamment docile, presque contrit.
« Écoute-le, Cameron : Emmet a raison. Quand bien même tu la retrouverais, quand bien même elle serait en vie, tu ne peux rien faire. Tu nous as dit que son père la bat et oui, c'est injuste, on en est tous conscients. Mais il s'agit de son père. Et personne ne peut rien faire contre cela. Tu ne vas tout de même pas la lui enlever ? »
Tout ton squelette se révulse pourtant à l'idée de l'abandonner ; ta joue te lance de l'avoir mordue aussi fort. Et tes paupières palpitent sur ton regard qui cherche désespérément un acquiescement, un aval, un soutien. Rien. Rien que l'incompréhension, la réticence et le dédain, partout.
« J'dois faire quelque chose. Avec ou sans vous, c'tout. C'pas parc'que c'est son père qu'il a tous les droits !
Non. Mais elle est liée à lui. Tu penses vraiment qu'elle le quittera aussi facilement ? Il est sa famille. Et tu penses ça parce que tu ne sais pas ce que c'est que d'en avoir une. »
À la seconde où il prononce cette phrase, un éclat horrifié foudroie son iris – ses lèvres se bloquent sur ces mots qu'il regrette, qu'il voudrait ravaler, trop tard, qui bavent désormais à ses pieds et souillent l'espace entre vous. Ton poing se referme.
« Tu dis ça parc'que tu sais pas c'que c'est que d'pas en avoir une. »
Mais tu ne verras pas la blessure que ta réplique peint sur le portrait de Kshamenk ; dans ta fuite, la toile s'est déjà déchirée en une myriade de lambeaux sanguinolents.

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis ce jour, et tu ne leur as pas reparlé. Eux non plus, d'ailleurs. Après les avoir longtemps haïs, tu as réfléchi et ne leur en veux plus – ils se protègent, c'est normal. La violence des Iwa n'est certainement pas à prendre à la légère, en témoignent les coups qu'ils font pleuvoir sur leur propre progéniture, et il est fort probable que tu te précipites dans la gueule du dragon sans espoir d'en réchapper. Mais tu ne peux te contenter de clore les yeux et les oreilles, de demeurer indifférent à ce qu'il se passe là-bas, derrière les hautes fenêtres d'une maison dont tu es néanmoins parvenu à découper le plan d'ensemble au fil de tes repérages. Un minimum de préparation ne te paraissait pas superflu, loin de là.
Il n'empêche que, le moment venu, tu n'as déployé que le strict nécessaire : de l'endurance, de la confiance et une belle rasade d'alcool pour occulter ta démence. Ou pas. Ton sang est si sobre que tu l'écoutes racler à l'intérieur de tes artères, marteler tes tempes et assécher tes entrailles – l'angoisse y niche, servile, prête à t'inoculer d'un simple battement de cœur l'adrénaline indispensable au déroulement de la mission. Le reste n'est que déraison. Folie. Et autre chose d'anonyme.

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Lotus rouge
posté le Lun 8 Mai 2017 - 19:38 (2)
((in the absence of everything i promise to keep you warm)) ft. cameron // 1077

tu fermes tes paupières l'espace d'un instant pour t'entourer d'obscurité plutôt que la pénombre sanglante de ta chambre et les ouvres à nouveau, redécouvrant la silhouette en face de toi encore une fois. étrangère, inconnue, répugnante oserais-tu. ton expression est impassible quand tu la toises, elle et sa chevelure de sorcière si savamment retenue par des broches, elle et son teint plus blanc que l'opale affermi par le maquillage rubis sur ses yeux en amande qui les allongent en ceux d'une biche qui vous lorgne pour mieux vous trancher la gorge, elle et le tissu si riche qui la couvre, l'enserre, l'étouffe, les broderies si jolies le rouge si violent et le satin si doux les petites fanfreluches qui dépassent - une poupée
et tu voudrais la
b r i s e r
tirer sur ses fils de suie pour les découdre un à un, briser sa porcelaine pour la mettre en charpie, tenir sa gorge si frêle entre tes doigts et rompre sa nuque, enlever les tissus reluisants pour montrer les bandages et les plaies qui se cachent dessous quand déjà on a voulu la dompter et qui pour certaines sont maintenant
g r a v é e s
dans sa chair si dégoûtante - il n'y a rien de bon en elle rien à garder dans le regard si terne qu'elle te renvoie dans ce sourire mort et trop grandit pour sa forme frêle et chétive
et tu regardes, sur le sol, les plumes éparpillées que toi seule peux voir
au-delà des débris
au-delà des larmes
au-delà des cris
au-delà de ce qu'on lui a pris
les ailes qu'elle chérissait et qu'on lui a arrachées.
il pourrait y avoir des sanglots
il pourrait y avoir des supplications
il pourrait y avoir de la rage
mais il n'y a que toi
et ton triste
((reflet))
enfermée dans ta jolie cage dorée, les barreaux à la fenêtre de ton antre en attestant - quand bien même les rideaux sont tirés tu distingues encore leur ombre au travers. à quoi bon ? tu es au deuxième étage, tu ne sauterais pas ((vraiment, seiko)) non, tu n'as jamais essayé tu le jures ((parce que la porte était encore ouverte)) mais à l'instant où il l'a verrouillée tu dois bien admettre avoir voulu te défenestrer pour toucher à nouveau l'asphalte de tes pieds.
ça fait combien d'heures ?
((tu ne sais pas))
ça fait combien de jours ?
((tu ne sais pas))
ça fait combien de mois ?
((tu ne sais pas))
tu ne sais plus
compter ne t'amuse plus.
tu dérives sur les morceaux d'un visage déchiqueté sur la tapisserie, l'envie d'y mettre le feu allumant tes entrailles alors que les mots résonnent dans ton encéphale à nouveau il est temps de grandir, seiko la rage qui mord ton cœur tu n'as plus le temps d'être enfant c'est lui qui en a décidé ainsi, lui qui a décidé que tes lèvres devaient porter un rouge factice plutôt que leur jolie teinte naturelle c'est quelqu'un de bien, ne t'en fais pas tu ne t'en fais pas - tu veux hurler, compresser tes poumons par le manque d'air quand tu cracheras à son visage trop semblable au tiens qu'une de ses connaissances ne peut être une personne humaine décente ((un peu comme toi)) que tu ne t'en faisais pas mais que tu n'en voulais pas mais tu t'étais arrêtée tu n'avais rien dit parce que tu étais déjà résignée à entendre les derniers mots - c'était l'heure d'arrêter de sortir, d'arrêter de vagabonder et de découvrir un monde que jamais au final tu ne pourrais conquérir et aimer - il avait sourit en voyant ton regard trop calme, abattant la lame au fond de ton coeur tu vas te fiancer.
tu n'avais pas pleuré
tu n'avais pas cillé
tu n'avais pas baissé les yeux
tu avais à peine acquiescé
oui, monsieur
le ton calme et reposé
déjà morte au fond de toi
et depuis tu attends - tu meurs en silence au fil des heures et des minutes - quelques sourires à sortir parfois, un brin d'humanité à avoir quand il venait admirer ton visage, faire courir ses doigts le long de ta joue avec quelques mots charmants qu'au fond il ne pensait sûrement pas
une certaine passivité qui devait encore te rester quand l'autre n'était pas d'humeur quand tes mots n'avaient pas satisfaient ses attentes quand tu te montrais trop perspicace quand tu n'étais pas assez docile et que l'alcool lui engourdissait les narines quand il devait passer ses regrets sur quelqu'un - ce quelqu'un qui a toujours été le même depuis des années et le dégoût qui s'installe de plus en plus
l'envie
de griffer ta peau pour en enlever la salissure - d'en attraper ton épiderme pour l'arracher et en refaire une neuve une autre
enfant
pure
éclatante
vomir toutes les émotions impures qui ont traversé ton être - tous les péchés auxquels tu as déjà pensé ; le rouge que tu as parfois rêvé d'avoir sur tes mains plutôt que d'être celle qui en a tant versé
tout ce dont tu n'as jamais rien fait - que tu as étouffé au fond de ta gorge, que tu oubliais le temps d'un brin de soleil sur ta peau d'un courant d'air dans tes cheveux de quelques rires d'un intérêt nouveau éclatant mais
il n'y a que toi, ta chambre - la maison si grande ((trop)) pour les quelques personnes qui y circulent et père qui n'est même pas là, les livres sur le sol que tu as fini par abîmer sous la colère ton regard cerné et sans vie qui parfois vaque à lorgner la serrure verrouillée de ta chambre le son de ta voix qui se brise sur une mélodie que ta mère ne te chantait pas petite et
((ferme les yeux))
oublie, ça ne sert à rien.
tu ne sortiras pas
tu ne sortiras plus
demain ne viendra pas
et tu ne le verras plus
alors cessons
la douleur
l'infâme torture
de ces dernières années



((alors n'espérons plus))
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Jeune altermondialiste
posté le Mar 9 Mai 2017 - 23:34 (3)
C'est l'ignorance qui te rend fou, l'ignorance et l'angoisse pareille à ce reptile visqueux – à cette couleuvre que l'on ne te fera pas avaler parce qu'elle bloque, coince, obstrue ta trachée et t'abandonne sans souffle chaque fois que tu crois y échapper – à ce ressort d'écailles profondément arrimé le long de ta gorge et qui, lorsque tu déglutis, lacère ton œsophage au rythme absent de tes réponses. Car il n'y a personne pour combler le vide, pour remplir cette béance consciente de mots et de renseignements – même pas de réconfort ni de soulagement, tu n'en demandes pas, n'exiges rien que quelqu'un t'assure que ce pour quoi tu t'apprêtes à t'élancer ne sera pas vain et qu'à l'extrémité de ta décision, à l'extrême pointe de ta quête par-delà l'horizon après lequel il n'existe que les gouffres amers et la mort des étoiles – il subsiste un espoir, mieux, une espérance, une réjouissance – mais personne ne te parle, personne ne dit rien sinon la pluie qui tombe et tombe et tombe en un fracas silencieux, cet orage infini qui se montrera ton unique allié.
Il te faut fuir désormais, quitter ta posture pétrifiée d'eau et d'appréhension, secouer ton échine glacée pour traverser la rue qui te sépare de l'enceinte maudite, des vitres muettes que n'éclaire aucune lumière à l'exception de rares plafonniers dont on distingue les courbes découpées par les damiers creux des fenêtres ; négligeant le portail principal, cette herse close aux trouées obscures, tu te faufiles jusqu'à l'entrée de service, moins surveillée puisque plus modeste, où il t'est possible d'escalader le muret grâce à la mince saillie de certaines briques. Tu sautes à terre, le cœur déjà près d'exploser tant il te semble que le moindre mouvement te trahit – mais seul le bruit de l'herbe inondée critique ta réception malhabile et tu te précipites aussitôt en rase-motte vers l'arrière du bâtiment, à demi-accroupi, à l'instar d'un nuisible traqué par de sombres dogues. Là, tu remarques un minuscule perron guidant jusqu'à une porte tout aussi petite, aux lattes inégales et à la peinture défraîchie – d'un rouge nocturne – une légère embrasure jaunie en guise de tranche – ouverte. Nulle agitation ne te parvient depuis ton poste d'observation ; est-ce dû à la négligence d'un domestique sorti fumer durant sa pause et qu'une semonce aurait contraint à rentrer précipitamment, ou bien une aubaine impromptue qui soudain t'autorise à te risquer à en gravir les trois quarts de marches ? Tu jettes un œil, puis l'autre, à l'intérieur : du sol au plafond, d'une paroi à l'autre, tes sclères roulent sans s'arrêter sur la moindre silhouette vivante, et la lueur que tu aperçois n'est que l'agonie d'un poêle laissé pour mort.
Tu t'introduis dans la pièce.
Les pulsations de ton myocarde font un vacarme monstrueux. Il vocifère si puissamment que tu aimerais le balancer au fond d'un puits le temps d'achever ta mission et ne le récupérer qu'une fois assuré de ne pas finir en brochettes. Dans le local, tu discernes sous le voile de pénombre un alignement d'ustensiles, quelque vêtements suspendus à des crochets de bois – plusieurs sont dénudés – un meuble bas où traînent deux assiettes à dessert dans lesquelles ramollissent une boulette informe et une mandarine éventrée – tu ne les mangeras même pas sous la torture, et deux trois paires de chaussures ornées de nœuds ou de fanfreluches. Féminines, à n'en pas douter.
Et maintenant ?

Il n'est pas nécessaire de tergiverser un millénaire pour orienter tes recherches vers les étages supérieurs ; hormis la cave, qui constituerait une planque adéquate où enfermer une progéniture embarrassante, les recoins les plus excentrés du hall sont d'ordinaire utilisés pour y dissimuler ce genre de gêne – or si tu évinces d'emblée le sous-sol, c'est que tu ne crois pas le père de Seiko si négligent. Elle est certes sa honte, sa faute et son dégoût, mais elle est de surcroît son héritière, son reflet fêlé et son rossignol meurtri. Et s'il l'expose parfois à la manière d'un bibelot précieux qu'il est seul à pouvoir briser, c'est qu'elle possède une importance qui la préserve de l'oubli. Une vérité peu enviable, dont la brusque réminiscence nourrit ta haine. Tu t'évades en direction des escaliers.
Les parquets luisants, les lourds rideaux, les tapis à l'odeur musquée, les vases de Chine et les bouquets resplendissants, les rampes de marbre et les dorures, les tableaux et le mobilier racé, les relents épicés d'une récente réception et l'ordre austère, d'une effroyable rigueur, des lignes noires que parsèment d'irrégulières flaques d'une morne lumière. Le manoir paraît endormi, loin de ce à quoi tu t'attendais. Il ressemble à un vaste varan assoupi où, de temps à autre, rôde un fantôme au langage inconnu, une voix ténue, asphyxiée sous les tentures, que tu ne peux comprendre et qui t'obliges à emprunter un nouvel itinéraire, un nouvel embranchement, jusqu'au deuxième étage.
Et ton cœur.
Ton cœur qui ne cesse de hurler ; durant toute ton ascension tu t'es déplacé une main sur le museau tant tu croyais que ta respiration résonnait – illusion auditive – exacerbation somatique – et si tu te trouves si essoufflé au noir milieu de ces sinistres couloirs, c'est que tu emprisonnes toi-même ce souffle assourdissant. Sans cela d'ailleurs, peut-être n'aurais-tu pas été capable de percevoir le son, le chant misérable libéré d'un interstice entaillé quelque part au fond d'une des ailes de la bâtisse ; une complainte infime, moins que l'écho d'un écho, moins que le froufrou d'un spectre et qui cependant heurte tes tympans tel un cri. Volte-face.
Te retenir de courir.
Progresser avec la même prudence quand une force extérieure te tire, quand une impulsion interne t'attire, quand le dedans et le dehors se conjuguent et mêlent leurs efforts pour te tracter plus vite vers ta convoitise – un soulagement diffus dans les veines alors que tu n'oses vraiment y penser, trop méfiant, trop terrifié de te confronter à la désillusion, et qui est là pourtant, t'empressant de lever le bras vers cette porte, d'y déposer – presque par mégarde – tes phalanges. Comme si cela n'était pas réel. Comme si ce que tu effleurais sans y croire n'était qu'une projection de tes désirs, de tes inquiétudes, de tes refoulements.
Le nœud de froid qui étrécit ton larynx ; les mèches humides plaquées sur ta peau.
À la seconde où tu descelles tes lèvres, c'est le blizzard au fond de tes artères – le sifflement d'une galerne en guise de paroles.
« Sei... ? » Tu n'oses même pas prononcer son nom en entier – et si tu t'étais trompé ? « Sei ? C'est moi.... Cameron. »
Tu songeais que la savoir en vie serait assez. Tu comprends à peine que ça ne le sera jamais.

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posté le Jeu 11 Mai 2017 - 20:06 (4)
((in the absence of everything i promise to keep you warm)) ft. cameron // 989

c'est un son ((maigre)) un filet de notes ((un fracas violent)) qui égorge le silence en une douce et terrible harmonie - ça berce tes oreilles écorchées cajole ton âme qui suinte la haine la mort le désinfectant et l'envie que les anges viennent te cueillir du bout des doigts pour emporter ton corps loin de cette terre qui te semble bien souvent semblable à l'enfer
un délicieux
addictif
si triste
e n f e r
l'impression d'être une silhouette friable entre les phalanges de l'homme trop fragile trop frêle trop malléable trop futile et superficielle pour réellement exister ((un courant d'air)) une illusion d'optique ((le reflet de trop)) sur la lunette kaléidoscopique
un fantôme
qui traverse les ruelles et disparaît pour plusieurs mois si ce n'est des années ((volatilisée)) l'hirondelle qui au final n'a jamais su voler
les élévations se font parfois plus fortes, montrant le cachet de tes cordes vocales sur ces légères brisures si particulières et délicates ((tu te souviens)) parfois, tes doigts qui dansent joyeusement, un sourire aux lèvres et la gorge déployée, pas toujours juste à cette époque
blanc
blanc
noir
blanc
que tu pianotes sur les touches pour former l'harmonie et les rythmes sous le regard bienveillant de ce jeune homme brun - ou bien était-il blond ? il avait de beaux yeux bleus ((un très joli noisette sûrement)) la carrure svelte ((mais surtout très petite))
tu ne sais plus
tu ne faisais déjà plus attention aux adultes, à cet âge - et ça s'est vite fini quand on a décidé que la musique n'était pas importante pour gouverner. ça fait des années que tu n'as plus fait que glisser tes doigts dans le vide en tentant de te rappeler de la sensation du clavier, les vibrations des cordes frappées et le plaisir de sentir ton timbre être part entière de cette fantastique
((rhapsodie))
tu penses t'éteindre ((bientôt)) redonner sa place au silence qui attend impatient dans les coulisses de reprendre ses droits sur ces terres arides dénuées de vie hormis la tienne ((la rebelle)) qui n'en fait qu'à sa tête quand on lui dit de se taire - mais encore un peu, tu voudrais épancher ta peine un peu plus longtemps ((quand personne ne t'entend)) mais tu t'arrêtes
abrupte
coupant les pieds de ta malade mélodie qui soudainement te fait halluciner ((te rend folle)) car oui tu ne peux que rêver quand tu entends une voix trop familière qui fait se raidir tout ton être ((trois lettres)) trop souvent jouées sur un air différent
une symphonie insouciante
que tu pensais avoir oubliée et qui pourtant se réimplante dans ton myocarde esquinté. tu oses à peine tourner ton visage vers la provenance de cette fabulation ((la porte)) toujours fermée la tentatrice la vermine qui tente de te faire céder oui
mais non
ton nom se répète à nouveau, suivi d'une appellation qui saisit tout l'air dans tes poumons pour te rendre muette - la peur que ça ne soit qu'un tour de ton esprit dérangé ((comment serait-il entré)) comment serait-il parvenu à te trouver et pourquoi
pourquoi oui, tu te le demandes bien
tout autant que tu ne comprends pas pourquoi ça bat dans ta poitrine ((si fort)) que ça se répercute dans tes oreilles comme des tambours agressifs ((des cymbales)) trop aiguës. il te faut un temps pour retrouver possession de ta voix, perdue dans tes interrogations ... cameron ? il y a une hésitation certaine ((parce que ça semble si beau)) si affreux que ça emballe ton cœur sourdement, l'espoir qui tente de se creuser un chemin en toi mêlé à la panique qui afflue dans tes veines qu'est-ce que tu viens faire ici ? c'est plus distinct que la première fois, le ton pourtant toujours incertain avant que la réalité ne te frappe soudainement comme la foudre tu ne devrais pas être là, c'est du suicide, qu'est-ce qu'il t'est passé par la tête oh, cameron, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi je me le demande... ça sonne comme un reproche sans en être un et tu te relèves pourtant, t'approchant de la porte dont tu effleures la poignée. tout ton corps hurle de tes actions alors que tu ris doucement ((un battement d'ailes)) plus fort que le silence ... ça faisait un moment ahah, tu vas bien ? naturelle, comme si
tout allait bien
parce que tout te semble si juste et si acceptable tout d'un coup, tant qu'il est là, ne pouvant retenir un léger sourire sur ton visage malgré ton cœur qui hurle et saigne encore criblé de trous et d'ecchymoses et tu voudrais sauter crier hurler ta joie de simplement entendre sa voix que tu avais peur d'oublier mais la tienne retombe plus sérieuse, plus grave et funeste tu ne peux pas rester ici, il faut que tu t'en ailles. tu vas finir par te faire attraper, cameron, je ne veux pas que quelque chose t'arrive tu t'assois contre la porte, apposant ta tête en contact avec - fermant les yeux en imaginant ses traits, les battements de son cœur et la douceur de sa peau - seiko non non tu n'as pas le droit tu t'étais promis d'obéir d'accepter ((tu l'as toujours fait)) toujours vouée à servir d'objet sans en avoir forcément l'envie ou l'intérêt toujours priant cette figure élevée bien trop haute pour sa condescendance humaine mais tu as beau lutter et te battre ((pas contre lui)) sans un rien sans un mot toujours à renverser ton monde comme ça le chante
il te fait pécheresse
comme ça l'arrange
mais au fond
((est-ce que ça te dérange))
sans réponse la si jolie question.
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Jeune altermondialiste
posté le Dim 14 Mai 2017 - 23:49 (5)
C'est l'instant où ton pied rencontre le précipice, où ton corps bascule – le point de rupture, le pivot fatal – et dans l'obscurité dévorante, si mate que tu n'y distingues qu'à peine l'extrémité de tes membres, tu ignores si la chute sera lente ou bien abrupte, si ton squelette au fond de l'abîme se brisera en milliards d'éclats ou si tu trouveras quelque tapis de mousse drue pour t'y recueillir ; une éternité de secondes dégouttent à gouttes dans les abysses silencieuses, portées par le vent d'un souffle ténu. Et si elle se tenait là, juste derrière la paroi de bois, mais que ton nom avait disparu de sa mémoire ? Que les sept lettres de ton souvenir s'étaient estompées à la surface de son cartilage pour ne laisser que des os blancs, nets, un ruisseau limpide qui ne charrierait plus ton reflet – Diable sait ce que l'on a pu lui mettre dans la tête depuis que tu as perdu la tienne pour un fantôme.
Le front penché vers le battant, tu as peine à capter le moindre frémissement en provenance de l'au-delà, tant la chamade de ton myocarde est une sourde fanfare : les sifflements de tes valvules résonnent à la manière d'innombrables présomptions, d'hypothétiques prépositions dont dépend en majeure partie la suite de ton existence ou, plutôt, sur l'absence de suite – car mourras-tu sur place si le loquet s'abaisse sur le canon d'un revolver ? Le tir serait plus fulgurant qu'un adieu et tu n'aurais rien vu venir ; après tout, tes amis ne cherchaient pas à te retenir au moyen de prétextes fallacieux. Oh, ce silence de tombeau que la pluie ne parvient pas à réchauffer. Que quelqu'un te réponde ou bien, à l'intérieur, tu continueras éternellement de crever.
Puis.
Le bruit.
Le son de la voix, le ton de la joie, étouffée, que tu ravales au risque d'asphyxier, l'écho infime, innocent et naïf, de sa surprise. T'as envie de pleurer tellement tu n'en reviens pas toi-même, alors tu souris – c'est encore plus douloureux –, tu souris comme un abruti face aux ténèbres, comme un con devant l'opacité du mur, et même ta respiration tressaille, trébuche, exulte, quand ses mots minuscules qui tintinnabulent et ses questions, ses angoisses, ses blâmes presque viennent s'entrechoquer pour recoudre la plaie heureuse sur ta figure – quelle idiote. Croit-elle vraiment que tu abrites encore une once de raison ou qu'elle puisse t'interdire l'accès à sa maison ? Tu ne sais pas ce qu'il y a à faire de toi, en toute sincérité, et les gens t'en font assez souvent la remarque. Mais s'il s'agit d'elle-même, ce ne sont pas les idées qui manquent. À commencer par t'ouvrir la porte et par déguerpir ensemble de ce cloaque endimanché.
« Un peu mieux, maint'nant », répliques-tu à son souci qui perce à travers la serrure. Tu as beau discerner la fausseté dans ses propos, une esquive qui ne se veut certes pas mensongère, tu déplores cette attention qui ne devrait pas t'être adressée. En ces lieux, en ce fragment d'espace-temps, c'est d'elle dont il faudrait se préoccuper, pas de toi – toi, tu n'es qu'un imbécile qui joue les héros alors que tu n'as même pas un demi-cœur à ta barre de vie. Et elle s'inquiète, l'alouette, elle piaille et te chasse, te repousse d'un battement d'aile que tu négliges, puisque ses craintes sont trop faibles pour s'opposer à ta volonté et ta colère reflue, docile, réconfortante, acérée pareille aux crocs qu'elle plante dans ta nuque – et le frisson glacé qu'elle y lèche ne transparaît guère dans ton râle :
« J'pars pas sans toi. »
Pire qu'un ordre. Un axiome.
« Comment t'ouvres ça ? » En enclenchant la poignée, pardi. Non, pour de vrai, ton poignet est impuissant à actionner le loquet ; en forçant, tu ne sers que le règne de l'inutilité et entretiens un dangereux vacarme. « On t'a enfermée ? Où est la clef ? »

Tu n'as néanmoins pas l'opportunité d'attendre les indications ; un grincement n'ayant rien de proche requiert ton attention – ton épouvante – et tu te pétrifies à la seconde où, s'élevant depuis les escaliers, une lueur jaunâtre se met à ramper le long du corridor, une ombre pâle sur les lambris cirés. Halo spectral qui oscille en geignant, lumière gémissante soutenue par une masse informe projetée sur la boiserie – lente, atrocement lente – et qui se balance, un pas après l'autre, qui grimpe et grimpe jusqu'à l'étage où tu te trouves, attirée par l'instinct – ou la faim – et toi tu flippes ta sœur, les yeux rivés sur cette tache molle qui cliquette, clignote, tremblotte au bout du couloir, qui ondule anonyme sur les tapis de velours et s'écoule, se traîne inexorablement jusqu'à toi.
Le cœur aphasique, tu as bondi sous le giron de la nuit.
Te voilà recroquevillé dans un pli d'obscurité, planqué derrière un meuble sans oser inspirer la moindre parcelle d'oxygène ; un millimètre cube supplémentaire et ta poitrine exploserait. Au sol frémissent les contours houleux de la présence – tu vas mourir, tu vas mourir, tu vas mourir – et tu imagines déjà la chose te fixer de sa gueule dépourvue d'âme, rien qu'une face lisse sur laquelle s'enfoncent deux orbites creuses au-dessus d'un gouffre sans dents, rien qu'une tête inhumaine penchée vers toi dont tu devines les hululements avides tandis qu'elle avale tes hurlements.
Rien ne vient, pourtant.
Quand tu rouvres les paupières, la coursive est toujours aussi sombre. Nul plainte de plancher ni murmure de lanterne ne trouble la quiétude du manoir. Le silence, seul, demeure ton hôte. Alors, avec méfiance, tu t'extirpes de ta cachette, accroupi près du parquet, avant de te diriger de nouveau vers la chambre de Seiko ; jetant mille yeux à gauche puis à droite afin de t'assurer de ta solitude, tu réitères tes intentions d'une voix aussi blême que tes lèvres :
« Sei, tu m'fais confiance ? J'vais t'sortir de là, ok ? On va s'casser d'ici ensemble. Dès qu'j'aurai ouvert c'te putain d'porte. »
À défaut de fracasser son putain de père. Ce qui n'est que partie remise.

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