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« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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.From those who fight. [Lorelei]

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Jeune altermondialiste

Tu grognes - tout le temps -
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Mais ça ne veut rien dire.
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le Jeu 11 Mai 2017 - 16:42
Ce ne sont que deux centimètres. Deux centimètres entre le crochet de tes phalanges et le clavier de plastique dur, entre la corne de tes ongles et la quinzaine de touches incrustées dans le boîtier – un modèle archaïque, de toute évidence –, soigneusement chiffrées jusqu'au bémol, et tu ne te résous pas à en frôler le moindre symbole. Tu connais son numéro par cœur, pourtant, là n'est pas la question, mais tu ne sais pas, hésites, tergiverses, bringuebales entre ton envie d'appeler et la gêne stupide, pudique, de la laisser tranquille après tout ce qu'elle a fait pour tes yeux jaunes. Tu préférerais presque qu'elle ne réponde pas, que la tonalité sonne dans le silence et l'absence, t'offrant la possibilité de balancer le combiné par-dessus ton épaule et de sortir skater l'esprit libre dans le froid de janvier. Tu devines néanmoins qu'au-delà de la lubie éphémère il existe une véritable exigence d'agir, le devoir éthique de prendre de ses nouvelles, de s'enquérir de son rétablissement ; en un mot comme en cent, de faire la démonstration de ton souci. Oui, ce minuscule souriceau coincé à l'ombre de ton occiput et qui, par maladresse, par confusion, grignote parfois ton intelligence afin d'en libérer une flopée d'affection.
Le portable ne t'appartient pas tout à fait ; à la notion de propriété tu substitues celle d'emprunt, puisque Shawn t'a indiqué au moment de te le confier qu'il était à son frère et que celui-ci, en choisissant de rompre avec la diaspora Altermondialiste le mois dernier, l'avait volontairement abandonné avec l'ensemble de ses affaires. Depuis, ton meilleur pote camoufle son marasme – quand tu n'oses imaginer l'état de sa mère –, mais tu n'essaies pas de l'arracher à ses idées noires ni même de lui imposer ton avis sur ce brusque départ. Du temps où il était là, tu appréciais peu Niels et ses airs d'intellectuel méprisant, son arrogance toute cultivée façon faites-ce-que-je-dis-et-pas-ce-que-je-fais, sa manière de te passer devant sans te calculer chaque fois que tu invitais Shawn à te rejoindre ; il n'ouvrait guère la bouche que pour rabrouer ses interlocuteurs et faire valoir ses idées d'indépendance. Ce qu'il est devenu. Alors quand ton acolyte t'a annoncé que tu pouvais garder le téléphone, qu'il ne lui était plus d'aucun usage et que c'était même préférable qu'il ne le voie plus, tu l'as fourré dans ta poche sans un mot. Il n'empêche, le poids du cellulaire au creux de ta paume vaut bien une poignée de larmes.
Allongé sur le canapé de l'appartement, tu composes finalement le numéro de Lorelei en observant tes pieds dressés en direction du plafond. La plainte régulière résonne contre ton oreille, une fois, deux fois, tu te racles la gorge, trois fois, ça décroche – tu oublies de respirer.
« Salut, c'est... C'est Cameron. »

Quarante-sept secondes et deux lacets noués plus tard, tu dévales les escaliers de l'immeuble à toute vitesse pour transpercer l'éclat rasant de cet après-midi d'hiver, ta planche sous le coude et le bonnet de Sidney enfoncé sur ton crâne d'où pointent quelques flammes trop longues. Tu n'as rien emporté que le portable au fond d'une poche arrière, au cas où il se produirait une catastrophe durant les trois minutes qui te séparent des frontières de Kingslaugh ; à l'exception de ce rectangle d'électronique, tu ne possèdes que tes vêtements. Car s'il est une compétence que tu souhaites apprendre de Lorelei, c'est avant tout celle qui consiste à ne dépendre d'aucune aide, d'aucun autre support que soi – les vertèbres pour unique pilier et la coque solide de ton chef pour clef de voûte. Les images défilent au fur et à mesure de ta progression, pareilles à la pellicule de ces films dont les affiches s'exhibent dans ce quartier rouge, ici l'absolutely stunning du dernier réalisateur en vogue, là le troisième chef-d'œuvre d'affilée d'un obscur dramaturge reconverti dans le cinéma, là-bas le profil enjôleur d'une actrice engagée dans son premier film d'auteur et dont le minois affligé te rappelle, pétale tombant, les prunelles violines d'un garçon disparu.
Puis tu freines à l'angle d'une rue, les joues rosées de froid et d'effort – peut-être trop rapide – avant de guetter parmi la populace emmitouflée qui s'amoncelle sur les trottoirs la silhouette sauvage de ta complice. En toi s'imbriquent divers sentiments teintés d'impatience et d'appréhension, une vitalité méconnue que ronge toutefois un trac étrange ; comme si ce qui t'attend aujourd'hui se révèle trop grand pour que tu en sois digne et contre lequel tu jures pourtant de lutter afin de prouver ta valeur. Ou plutôt, d'en gagner une – enfin.


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le Sam 20 Mai 2017 - 5:35
fight

ft. Cameron
Lorelei a eu deux semaines pour réfléchir.
Au départ, elle a pensé à faire de la recherche, pour savoir comment quelqu'un pouvait possiblement apprendre à se battre sans que ce soit par expérience. Sans que ce soit en s'étant pris des poings dans la gueules, des côtes brisées, des doigts fêlés, des bleus et toutes sortes de lésions. Mais elle a bien vite réalisé que les gens sur le web disent n'importe quoi, qu'ils ne savent rien, et que l'expérience est le meilleur moyen d'apprendre. Ce qui lui a fait réaliser que ça ne doit pas nécessairement être sa propre expérience - qu'elle peut apprendre à Smallrelei à se battre, en lui acheminant ses acquis à elle. Alors elle a fait autre chose qu'elle ne fait pas très souvent, et elle a réfléchi. Quand un poing arrive vers elle, que fait-elle? Qu'est-ce qui fait d'elle une combattante efficace? Se battre n'est pas que savoir encaisser les coups; c'est aussi savoir comment attaquer. Une chose qu'elle a toujours cru faire d'instinct, et pourtant qu'elle a appris au cours des années. Qu'elle saura apprendre à Smallrelei.

C'est pour ça qu'elle a attendu son appel avec impatience; parce qu'elle est assez certaine qu'elle saura lui apprendre au moins quelques trucs. Toute l'appréhension, l'inquiétude qu'elle avait pu auparavant rassembler s'est totalement envolée, ne laissant place qu'à une certaine fébrilité. Après tout, quel meilleur moyen de protéger quelqu'un que de lui apprendre à se protéger lui-même?

Elle est en train de nettoyer son glock quand son téléphone se mets à sonner (all the blood that we spilled) - elle dépose ce qu'elle tenait pour attraper le cellulaire et vérifier le numéro de celui qui appelle (cannot fill my empty heart) - ne le reconnaît pas et ainsi le reconnaît (on the beach we're dressed-). « Y'ello. » Un sourire fend son visage quand son interlocuteur se présente, et deux, trois mots plus tard, ils raccrochent et elle termine rapidement le nettoyage du glock. Portefeuille, clés et téléphone en poche, arme à sa ceinture, elle quitte son appartement pour se diriger à pas larges et impatients vers leur lieu de rendez-vous.

Un frisson parcours sa colonne vertébrale. Prolly shoulda worn somethin' warmer. Brr. Elle rejette le froid d'un coup d'épaule. Si elle peut le faire avec la douleur (pas que ça l'empêche réellement d'exister) elle peut bien le faire avec le froid. Il faut y croire pour le voir. Ou, enfin, pour le ressentir. Elle recherche, donc, à travers la foule, une tête de feu qu'elle reconnaîtra. Et elle la trouve assez rapidement - n'empêche, de faire garde du corps lui a permis de développer ses capacités d'observation, son attention aux détails. Elle fend donc la foule jusqu'à aller le rejoindre, et poser sa main sur son épaule avec une tendresse beaucoup trop sauvage pour être qualifiée de tel. « Hey, 'sup? » Avec un grand sourire, s'il-vous-plaît merci. « Prêt à apprendre à péter des dents? » Même s'il sait déjà comment; son saut-périlleux-into-breaking-a-guy's-jaw en est la preuve, et elle s'en souvient parfaitement.
ϟ NANA


Spoiler:
désolée du retaaaard




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le Lun 22 Mai 2017 - 11:48
Dans ton souvenir, elle est une mercenaire auréolée de noir, un spectre massif aux éclats ardents ; l'obscur amas de ses vêtements claque au vif lorsque ses poings s'abattent sur les mâchoires de ses adversaires, et c'est toute une mécanique de l'instinct qu'elle déploie sous ta mémoire ébahie, une vision exacerbée par l'effet qu'elle a eu sur toi et qui la transforme en une espèce de lycaon solitaire, un loup peint de guerre qui te fixe d'un œil sauvage quoique – presque – affectueux. Puis l'instant d'après, elle s'en retourne fracasser coudes et genoux, et ne persiste dans son sillage que l'écho de ces craquements d'os meurtris, un hymne à sa brusquerie. À côté, tu observes tes paumes immaculées de beige et tu soupires, comme si en posséder des exemplaires griffés, robustes, parsemés de serpes et de nœuds coulants imposerait davantage le respect de tes pairs – ainsi que le tien propre. Comment c'est, songes-tu, d'avoir confiance en soi ? Ça ressemble à quoi, ce sentiment dont les adultes se rabâchent les oreilles à longueur de discussions et qui, semble-t-il, gouverne les rapports humains, façonne des carrières et entretient l'indéniable charme des élites ? Pas que tu veuilles l'utiliser à ces desseins, bien entendu ; il n'empêche qu'en recevoir un brin, tu ne demandes pas l'Unacer, ne pourrait pas te blesser. Car dans ta naïveté adolescente, dans tes illusions prétendument philosophiques, tu es persuadé que savoir te battre non pas t'offrira des autres cette estime qui te manque, mais t'assurera de l'intérieur cet amour-propre qui te fait tant défaut. Tu ne crois pas qu'il existe d'autres méthodes, plus saines, plus pacifiques. Ton corps en instance de combat serait l'unique vecteur de ta considération.
Il est d'autres raisons, pourtant. Que tu gardes pour toi.

Ton crâne file droite gauche en imitant le chariot d'une typewriter, décryptant la foule à la recherche de cette silhouette canine qui promit de t'enseigner les règles de la baston, ou plutôt son absence de règle sinon celle de rester en vie et intact autant que faire se peut – et si l'autre en face est à terre, c'est encore mieux –, mais tu n'as pas à jouer le bovidé devant un train plus longtemps puisqu'elle ne tarde pas à écarter les rideaux de badauds afin de te rejoindre, martiale en ses habits d'airain, et tu es incapable, lorsqu'elle t'aborde de cette manière – en ami, en frère – de contraindre ta joie ; sans les lui désigner pour qu'elle te les brise menu, tu dévoiles tout l'arc de tes dents en guise de salut.
« Pas qu'un peu, ouais ! » lances-tu en montrant ton poing serré.
Dans le cas contraire, tu n'aurais certes pas pris la peine de t'infliger un appel téléphonique. Ton regard glisse ensuite subrepticement vers son bras ; sous les épaisseurs de tissu tu devines sans mal les traces de l'entaille que le mec de Kolt y a dessinée, et l'odeur de cette ruelle souillée d'alcool, d'ordures et de fluides divers au rang desquels le sang et la sueur ont une prédominance – ne nous attardons pas sur les autres – se rappelle à toi sans te demander ton avis. Tu la balayes d'un geste mental ; dans l'air glacé de janvier, elle s'est cristallisée. T'accuserait-on de ressasser le passé si tu lui demandais ce qu'il en était ? Parce qu'en ce qui te concerne, tu n'as pas grand-chose à raconter. Ces deux semaines, avec Noël et le Nouvel An, ne furent en fin de compte qu'aussi mornes que le reste de ton existence, voire pire. En l'absence d'Ange, tu ne pouvais même plus espérer voir l'appartement être envahi de poinsettia, ne serait-ce que d'un sapin miniature décoré dans le salon, et les neiges de décembre ont chu devant une fenêtre qui ne donnait sur aucune lumière. D'accord, tu aurais pu te rendre chez Kshamenk pour les fêtes et t'éviter deux réveillons silencieux, cependant tu n'avais pas envie de t'être la pièce rapportée – quand la bienveillance de ses parents t'aurait davantage embarrassé que réchauffé. Peu importe, au fond. C'est passé. C'est déjà loin. Il y a trois jours, tu t'engueulais avec tes potes pour un projet absurde et depuis inextirpable de ton esprit. Il s'en est peut-être passé, des choses, après mot ; tu n'en relâches pas un mot – fais mine de te préoccuper d'autre chose. Et t'en préoccupes vraiment, comme pour camoufler ce que tu t'efforces de taire.
« Ça ira, ton bras ? C'est r'paré ? »
Oh, pas que tu doutes des compétences de Ness en la matière. Mais mieux vaut s'en assurer, quand bien même tu soupçonnerais Lorelei d'être de ceux qui se contrefoutent de leurs blessures – et tu ne pourrais l'en blâmer puisque tu fonctionnes pareil.
« On va p'tet pas rester là d'vant tout l'monde. S'tu connais un coin, j'te suis. »
Parce qu'effrayer la populace en vous battant comme des chiffonniers sous les balcons ne paraît guère l'idée du siècle.


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le Mer 31 Mai 2017 - 9:37
fight

ft. Cameron
Un sourire explose sur la face de Smallrelei, et celui de Lorelei s'élargit. « Atta boy! C'est c'que j'aime entendre! » Ça lui fait franchement plaisir, de voir qu'il est si enthousiaste à l'idée qu'elle lui enseigne ce qu'elle sait - pas que ça ne lui faisait pas plaisir avant, mais, avant, il y avait aussi cette inquiétude incrédule et cette incertitude totale face à la tâche qui l'attendait. Désormais confiante en son plan, il n'y a que l'excitation pour enserrer les muscles de Lorelei et peindre cet air enthousiaste sur ses traits. Elle imagine déjà l'instant où Smallrelei mettra des coups aussi solides que les siens, une étrange nostalgie nichée au fond de sa gorge; la nostalgie des autres, de ceux qui l'ont vu, elle, avoir cette évolution, et apprendre à se défendre sans en perdre des dents ou se briser les os. 'Really is a cycle, ain't it?

Elle ne remarque pas immédiatement l'attention qu'il porte à son bras gauche, dont elle a déjà oublié la blessure qui s'ajoute à son arsenal toujours grandissant de cicatrices. Elle repousse ses inquiétudes du dos de la main. « T'inquiètes, c'rien. » En réalité, ça aurait probablement cicatrisé bien plus proprement (voire ne pas laisser de cicatrice du tout) si elle avait fait plus attention, mais c'est de Lorelei que l'on parle ici, il ne faut pas s'attendre à un miracle. « Ain't my first rodeo. » Qu'elle illustre en retirant le haut de son bras droit de son hoodie et de sa veste de cuir, retroussant la manche de son t-shirt pour montrer la cicatrice à son épaule, assez imposante, plutôt large et malpropre (c'était avant qu'elle aie rencontré Junji), vestige du moment où elle a apprit que la lame est plus forte que les poings.

C'est pour éviter ce genre d'erreur à Smallrelei qu'elle s'implique comme ça envers lui. Pour lui éviter de devoir consteller son visage de balafres pâles, ou de ne le faire que par choix. Parce que c'est par choix qu'elle s'est tenue entre un homme armé et Smallrelei, et par choix qu'elle ne l'a tiré que lorsqu'il s'est trop approché, et ainsi par choix que la lame a tranché sa peau. Cela elle le revendique, et souhaite que Smallrelei puisse toujours le faire également si besoin s'en ressent. « Oh, ya. » Extirpée de ses pensées, elle prend un instant pour y retourner et réfléchir. Elle n'avait pas réellement pensé à un endroit, mais à priori ça ne devrait pas être trop difficile à trouver. « C'mon. » Elle lui fait signe de la suivre et fend la foule de nouveau, s'assurant que Smallrelei est toujours sur ses talons.

Elle irait bien dans une des maisons abandonnées qui semblent être d'anciens meth labs pour être à l'intérieur, mais c'est une très mauvaise idée. Plutôt, elle les dirige vers un cul-de-sac qu'elle sait très peu fréquenté, où ils pourront être tranquilles, malgré qu'elle aurait préféré un endroit avec un sol moins dur. On ne peut pas tout avoir. « V'là, this'll do. » Et puis, elle saute directement dans le sujet. « T'préfères qu'on s'penche sur quoi en premier; encaisser les coups ou les donner? » On ne tourne pas très longtemps autour du pot avec Lorelei.
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le Mer 14 Juin 2017 - 15:26
Elle te fait rire, Lorelei – mais pas là. Pas à cet instant, où elle se prend d'exhiber ses blessures de guerre, où elle dévoile son derme abîmé, tranché d'un rai blême, qui t'arrache en retour un froncement de sourcils ; malgré toi, ton esprit convoque l'idée de la douleur ressentie et te propose du bout des nerfs un après-goût des chairs fendues par le fil de l'arme coupable. Il est probable qu'elle en dissimule de nombreuses autres, des comme ça. Il n'est pas faux que tu aies les tiennes aussi, néanmoins, bien qu'elles ne souffrent guère la comparaison – devant l'éclat d'une lame, les rats préfèrent se carapater plutôt que de fanfaronner – et tu te défends de rentrer dans une compétition stupide sur les stigmates de vos peaux ; certains rappels font mieux de rester invisibles. Or, quand d'aucuns s'encrent le corps ainsi qu'une mémoire illustrée, il existe dans cette balafre, le long de ses fibres à demi-luisantes, le souvenir de votre première rencontre.
Après avoir acquiescé à son invitation, tu emboîtes donc le pas à la combattante à la manière d'une barque entraînée par l'ebbe, tout en te maintenant derrière elle plutôt que coude-à-coude à cause d'une étrange timidité – à moins qu'il ne soit plutôt question de malaise ou d'humilité – et vous cheminez ainsi un bref moment avant qu'elle ne bifurque à l'entrée d'une venelle qui aboutit à une impasse, quelque peu similaire à celle dans laquelle vous vous étiez retrouvés ce soir de Kolt. L'histoire avait failli mal finir, alors tu te demandes s'il te faut approuver ce choix, cependant il t'apparaît clairement les avantages d'un tel lieu pour faire ce que vous avez à faire ; à l'écart de la circulation piétonne, enclavé entre des bâtiments plus fréquentables que ceux du quartiers aux alcools, ce qui en soi n'est pas très compliqué, et proche architecturalement parlant du genre de cul-de-sac où il est attendu de se faire emmerder sans possibilité d'une issue de secours. Dans un environnement clos, dépourvu d'échappatoire apparente, l'instinct fonctionne différemment – tu le sais. Et les enseignements de Lorelei ne te serviront à rien si elle te les dispense à l'air libre, au calme, dans un milieu aussi confortable que des fonds de pantoufles. Tu n'es pas là pour être dorloté.

« Impecc' », commentes-tu tandis que tu te débarrasses de ton skate pour l'appuyer à un angle, puis t'octroies une fraction de seconde pour réfléchir au dilemme de ton professeur – tu peux bien la considérer de cette façon, désormais. À l'évidence, les deux prêtent allégeance à ton impatience, car ils nécessitent chacun une méthode et des réflexes que tu trépignes d'apprendre. Et même si « donner des coups » sonnera toujours plus fort que les recevoir, même si la figure de l'attaquant t'apparaîtra toujours plus sûre que celle du défenseur – et parce qu'il est dans tes habitudes de mordre avant d'être mordu, d'abattre avant d'être abattu – tu ne peux toutefois nier qu'il n'y a rien de plus jouissif durant une bagarre que de découvrir sur le faciès de l'adversaire l'expression incrédule qui accompagne la prise de conscience de son mauvais calcul. Ce frémissement d'horreur, cette lueur terrifiée lorsqu'il se rend compte que les circonstances ne penchent pas en sa faveur, qu'il ne parviendra ni à te raisonner ni à te neutraliser, qu'il a intérêt à déguerpir vite fait ou prier à jamais pour que tu l'épargnes, ta rogne barbouillée d'euphorie conférant dès lors à tes gestes l'indifférence du condamné. Cet instant où la confiance d'autrui se décompose, où il ne subsiste plus rien qu'une plaine vidée de ses renforts sur laquelle se rue ta soif de destruction, et nul rempart pour s'opposer à ta suprématie. Tu n'aimes pas dominer, pourtant. Ce sentiment n'appartient pas au règne de tes ambitions – tu laisses volontiers ces renflements hégémoniques aux adultes et à leur orgueil –, mais tu aimes voir ceux qui te sous-estiment comprendre leur erreur une fois qu'il est trop tard, piétiner leur jugement d'une implacable semelle et fracasser leur vanité. Pas que cela arrive souvent, cela dit. Raison de plus pour en sublimer l'opportunité. Enfin, tout ça pour déclarer d'un ton ferme :
« Encaisser. »
En dépit de tes précédentes réflexions, tu devines qu'il existe une seconde justification à cette préférence, moins sensible peut-être, mais sans doute plus solide que ces jeux de violence aux résultats toujours fluctuants. Les événements de ces derniers mois, à débuter par la bataille d'Ivale, puis l'accrochage dans la zone désaffectée avec le type à la photo, la mésaventure de Kshamenk et la première histoire avec Lorelei, tous ces incidents convergent en direction d'une lucidité qui ne manque plus de te lacérer la rétine : à ce rythme, tu ne tiendras pas jusqu'à l'année prochaine. Il y a moins d'un an, ce constat aurait pu te barbifier – tu aurais haussé les épaules, et alors ?, tant pis, ce n'est pas comme si tu trouvais le moindre intérêt à survivre inlassablement – et justement, c'est cette lassitude qui s'était mise, en douceur, en silence, à disparaître, à s'écouler tel un châle de neige sous la chaleur de l'été, révélant des volontés jusqu'à lors inexistantes, ou bien tellement camouflées par les épaisseurs de l'hiver qu'elles demeuraient insoupçonnées.
Peut-être, en un sens, et sans en prévoir l'émergence, avais-tu décidé de vivre.
Une conviction des plus fragiles au creux d'une ville telle que Pallatine, où les choses vont rarement en s'arrangeant ; alors si tu n'étais pas prêt à lutter, non plus par ennui ou par déveine, mais par rage, par cette fureur d'orage, autant abandonner de suite et te mettre à creuser ta tombe. Une alternative hors de propos. Tu ne seras bientôt plus le seul que tu devras préserver.
« Surtout, t'r'tiens pas sous prétexte qu'tu m'montres, précises-tu avec gravité. Ce s'rait d'la triche. Frappe-moi comm's'tu l'voulais vraiment. »
Quand rien ne t'indique que ce n'est pas sa réelle intention...


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le Dim 25 Juin 2017 - 2:06
fight

ft. Cameron
À son âge, Lorelei aurait très certainement voulu apprendre à frapper avant d'apprendre à encaisser. La meilleure défense est une bonne offense, non? Si l'adversaire se prends constamment des coups, il n'a pas le temps de les rendre. S'il est dépassé par une vague constante de douleur, si on ne se relâche jamais jusqu'à ce qu'il ne soit plus du tout en état, l'adversaire n'aura jamais même le temps de lancer un coup. Relentless. Longtemps, ça a été sa stratégie; à la limite, ça l'est toujours. Mais la réalité, c'est que cette attaque sans arrêt a le don d'épuiser à une vitesse fulgurante, et que si l'adversaire est toujours debout une fois qu'on n'a plus la force, c'est fini. C'est là qu'il faut tempérer. Et c'est pour ça qu'il faut savoir encaisser; parce que, dans la majorité des cas, on ne peut écraser un ennemi aussi rapidement et aussi totalement qu'on le voudrait bien. « 'xcellent choix. » Elle-même aurait dû apprendre à prendre les coups avant d'apprendre à les donner, surtout au vu de sa carrure. Il faut croire que des différences persistent entre elle et Smallrelei. Ce n'est pas plus mal.

« Aight. En vrai, apprendre à encaisser, c'est apprendre à 'ller contre ses instincts premiers. » Elle se place en position de combat, les poings levés, le corps vers l'avant, en position pour avancer, jamais pour reculer. « Ton instinct, c'est d'reculer. D't'éloigner d'la menace. Mais s'tu recule, tout c'que tu fais c'est lui donner plus d'opportunités d'frapper. T'bouges toujours mieux et plus vite s't'avances. » Elle fait un pas en avant, comme pour illustrer ses propos. « C'concept là est important; il r'vient dans l'attaque, 'ssi. Mais bref; si t'avances, en plus, t'as des chances de; A, l'désarçonner, parc'qu'il s'y attend pas, et B, interrompre une partie d'son momentum. Les deux sont utiles. » Elle fait un nouveau pas, jusqu'à le rejoindre et illustre ses propos d'un coup de poing au ralentit. Elle le lance, puis l'arrête juste en avant de son nez. « See, s't'restes là, mon bras à l'temps d'se déplier au complet, d'lancer toute sa force. » Puis, elle l'agrippe par l'épaule avec sa main libre, alors qu'elle répète l'expérience, mais cette fois le fait avancer d'un pas. « Mais s't'avances, tu t'prends l'coup 'lors qu'est pas fini, et y'a moins d'force. » Elle recule d'un pas, rétablissant une nouvelle distance entre eux. « Mais y'a pas qu'ça. Si, par 'xemple, l'coup vise ta tête; t'avances, oui, et t'essaies d'faire que l'poing s'écrase contre ton front; j'te jure, les jointures sur l'crâne, ça t'éclate. Et toi, comme ça, t'minimises les dommages. Pour prendre un coup à'tête, faut 'ssi qu'tu tendes les muscles d'ton cou, et qu'tu serres la mâchoire. Ça va t'empêcher d'partir dans tous les sens. »

Nombre de choses apprises un peu par hasard, juste en se prenant des coups, encore et encore, en essayant des trucs et en les subissant quand c'est elle qui attaque. Des choses qu'il lui aurait été bien plus utiles si on les lui avaient dit avant qu'elle se mette à vouloir se battre avec n'importe quel connard qui la regarderait d'une façon qu'elle n'aime pas. En ce sens, que Smallrelei soit moins agressif qu'elle est une excellente chose. « Pour c'qu'est d'prendre un coup au corps, t'essaies d'tendre les muscles d'ton abdomen, sans jamais rentrer ton ventre. Et t'essaies d'encaisser sr'les côtés, pas qu'ça t'atteignes d'rectement dans l'estomac ou les organes vitaux. » Ça coupe moins l'air, et ça se prends toujours mieux de cette façon là. « Autre chose, qu'est t'jours valide: quand tu t'bats, tu r'gardes l'adversaire. T'jours. S'tu l'r'gardes pas, t'peux pas l'frapper; s't'utilise tes yeux, t'peux trouver des ouvertures, des faiblesse, 'ssi. Puis, c'une question d'agression aussi, d'montrer qu't'as pas peur. S'tu montre pas la faiblesse, l'adversaire a l'impression qu't'en a pas. » Un combattant qui fait peur est généralement un combattant gagnant. De toute façon, c'est presque juste dans la tête, le combat. Faut croire qu'on peut gagner; savoir qu'on va gagner, que l'adversaire n'a aucune chance, et si on ne doute jamais, c'est lui qui va commencer à le faire. C'est comme ça qu'on gagne des combats qui ont l'air perdus d'avance de l'extérieur.

« T'veux essayer un coup? J'me déchaîn'rai pas sur toi tout d'suite, mais si j'vois qu't'commences à comprendre, j'vais monter l'intensité. Ça t'vas? » Il a bien beau lui demander de ne pas se retenir, elle ne va tout de même pas le tabasser, quand même. Ce n'est pas très pédagogique, si elle ne peut lui apprendre quoi que ce soit que par sessions de dix minutes, parce qu'après ça il est tellement plein de bleus avec la gueule en sang qu'il ne peut pas continuer. Ce serait assez contre-productif.
ϟ NANA




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le Sam 1 Juil 2017 - 20:53
Peut-être l'avais-tu appelée moins pour l'enseignement qu'elle ne manquerait pas de te prodiguer que, subconsciemment, pour ne plus être seul. Pour ne plus te sentir encagé chez toi, dans cet appartement devenu trop large, trop immense – paradoxe – depuis le départ de ton colocataire et à travers lequel tu déambules sans paraître en reconnaître ni les angles ni les vastitudes. Tu n'habites plus cette maison, tu le sais, au point que dormir à la rue ne te semblerait pas si différent, à l'exception du confort ; pour ce qui est de l'atmosphère en revanche, de la morosité de tes jours face à la terne torpeur de tes nuits, tu es prêt à parier qu'elles sont identiques à celles que tu expérimentas durant ta seconde enfance. Quelque chose de glacial, d'une froideur des profondeurs, que tu voudrais fuir autant que tu recherches parce que tu es perdu, tu t'es perdu, parce que cette émotion t'est familière et apaisante autant qu'elle te rebute et t'effraie. Or, il n'existe personne à qui tu puisses en parler. Ta sœur – tu ne tiens pas à la déranger – ; tes amis – ne comprendraient pas – ; un adulte – pour qu'il te rie au nez ou bien, pire, pose sur toi un regard compatissant avant d'expulser son diagnostic, non merci. Non, personne. Alors tu préfères enfouir ce mal-être, l'enterrer sous deux tonnes d'insouciance et de brutalité. Tu préfères frapper, ou te faire frapper peu importe, puisque le résultat sera le même : tu auras oublié un instant cette trop bruyante solitude, ce poids sur tes épaules qu'elles peinent de plus en plus à supporter, au profit d'une douleur dont tu as su apprivoiser le caractère aussi sauvage qu'éphémère. Tu ignores si Lorelei est capable de saisir cela. Si elle voit en toi autre chose qu'un gosse frustre et revanchard, un lionceau à torcher, mais si la pudeur t'interdit de lui poser la question, tu te doutes qu'elle est loin de deviner tes motifs secrets. Et tu n'as pas non plus envie qu'elle les découvre. Ce serait bien, juges-tu, qu'il n'existe entre vous qu'une confiance insouciante, une vigueur inaltérée par d'obscures souffrances, et que tu puisses sans réfléchir et pour toujours lui exhiber l'arc asymétrique de tes dents bien rangées.
Faut pas trop rêver.

Le commentaire de la brune vis-à-vis de ta décision appuie ton bon sens – celui que tu ne crois pas posséder. Cela te fait sourire un brin derrière ton sérieux apparent, comme si tu doutais qu'il n'y ait dans l'histoire un bon ou un mauvais choix à faire. Les deux éléments sont essentiels et tu les apprendras l'un après l'autre. Ou conjointement. Alors tu l'écoutes en redoublant d'attention, veillant à ne pas laisser s'échapper le moindre détail crucial, tandis qu'à ton esprit s'acheminent les trop nombreuses images de tes anciennes rixes ; par rapport à ce que prône Lorelei, tu étais en effet souvent, sinon à chaque fois, à côté de la plaque. Ceci expliquant sans doute ton extraordinaire palmarès de défaites. Jamais il ne te viendrait à l'idée, pour te défendre, d'aller au devant de l'attaque, de t'élancer contre le coup – quasiment tendre la joue. Cela te semble même stupide en premier lieu. Cependant, au fur et à mesure que ton professeur déroule son argumentaire, illustrant son exposé de gestes éloquents, tu captes l'intérêt d'une telle attitude. Cela devient d'ailleurs évident une fois qu'elle le démontre en mouvement. Pourquoi ne t'en es-tu jamais rendu compte ? Oh, sans doute que si, mais l'instinct fut toujours le premier à mouvoir ton corps, à déclencher dans tes veines le réflexe salvateur, l'impulsion fugitive. Cet instinct dont tu aimes à éprouver les tourbillons de chaleur au creux de ton estomac, là où selon les circonstances se glacent ou s'échauffent tes émotions. Cependant, cette histoire de jointures contre le front, ça te fait ricaner à l'intérieur ; tu risques plus d'y exploser tes neurones que de briser les métacarpes de ton adversaire, alors tant que tu ne l'auras pas expérimenté, tu n'y croiras qu'à moitié. Quant à cette technique pour contracter ton abdomen, il va te falloir la digérer. Un peu comme l'ensemble de ces informations, d'ailleurs : c'est presque une overdose de mots.

Tu te gardes de faire le moindre commentaire sur ce cours jusqu'à présent magistral. Non seulement parce qu'il ne te viendrait pas à l'idée de contester l'autorité de Lorelei en la matière – à l'évidence s'est-elle battue plus souvent, plus longtemps et contre des ennemis plus coriaces que les tiens –, mais surtout parce que tu ne souhaiterais retarder la partie la plus intéressante de la théorie : la pratique. Dois-tu vraiment répondre à cette invitation ? Voilà des phrases et des phrases que tu attends ce moment.
« Vas-y, j'suis prêt », lâches-tu donc, non sans renforcer imperceptiblement tes appuis, ses avertissements ronronnant en boucle dans ton crâne. Avancer, bondir au contact, réduire l'espace entre les os et les muscles ; et puis cet ordre qui te vient de nulle part, d'aller à l'encontre de ton sentiment, de bousculer ton penchant naturel, d'agir autre. Plus facile à dire qu'à faire, forcément. Tout focalisé que tu es à ressasser ces recommandations, tu louperais presque le début des hostilités : ainsi qu'elle l'a prédit, Lorelei évolue d'abord non sans une certaine précaution – elle s'échauffe autant que toi, te jauge à l'aune de ses actions, marche sur ta zone sans essayer de la piétiner trop vite – et tu pressens qu'elle se retient, qu'il n'y a pas une once de dangerosité dans ses gestes, pareil à un jeu entre chats. Malgré cette douceur, tu peines à intégrer aussitôt ses conseils, de sorte que ton prime réflexe reste en effet de reculer, de louvoyer entre ses maigres attaques, agile sur tes pattes arrière. Ton regard, accroché à sa posture, a toutefois l'acuité nécessaire pour circonscrire ses mouvements avant qu'ils ne t'atteignent, bien que tu saches qu'elle n'y met pas toutes ses capacités ; c'est suffisant pour l'instant, suffisant pour appréhender la suite, pour tenter de renverser la vapeur en appliquant sa méthode. Plusieurs secondes, minutes peut-être, s'écoulent avant que tu ne parviennes enfin à t'apercevoir des potentialités qui te sont offertes, à rassurer l'animal en toi sur les intentions de ton opposant.
Comprendre que tu peux vaincre ton adversaire est une logique délicate qui exige de ta part une clairvoyance qui te fait encore défaut. Un exercice, aussi approfondi soit-il, ne suffira pas à formater ton esprit s'il demeure ponctuel – tu ne penses pas le contraire envisageable. Mais plutôt que d'espérer une récolte fructueuse dès le départ, il s'agit de planter des graines, de semer les germes de comportements sains, raisonnés. Dans une certaine mesure, de toute façon, puisque la plus raisonnable des décisions serait encore d'éviter les bagarres. Et ça, c'est juste impossible. Peu à peu, tu cesses de te placer en retrait. Tes genoux ne ploient plus par mécanisme défensif. Ton torse se redresse. Ton menton se relève. Ton squelette, sans perdre sa souplesse, se déploie. Une sensation nouvelle t'autorise à espérer une autre issue que le dos au mur – une confiance, si tu te permets cet usage. Tu peux sans doute espérer équilibrer le rapport de forces, voire l'inverser ainsi qu'elle te l'a exposé, tu t'en sens capable, tu en prends conscience, tu peux...
Le poing qu'elle te balance dans le bide coupe court tes intentions. Elle y a mis plus d'énergie que précédemment, c'est sûr, et tu n'as plus pensé à durcir tes – quoi ? – abdominaux. Un grognement douloureux franchit tes lèvres pendant que tu te bloques, un flou discret traversant ta vision une fraction de seconde ; en vrai, tu serais déjà fini. Lors d'un combat singulier ou pluriel, on aurait continué de te marteler jusqu'à ce que tu agonises au sol, ce que s'abstient certes de faire Lorelei, mais la réalité reste inchangée. Pourtant, loin de te décourager à cause de ce premier échec, tu te dépêches de te rétablir avant de la relancer.
« On r'commence, j'crois qu'j'commence à piger l'truc. »
Et tu as hâte de lui en fournir la preuve.


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le Lun 24 Juil 2017 - 9:50
fight

ft. Cameron
Il faut dire que l'éloquence n'est pas exactement une force chez Lorelei; pas plus que de savoir dire les choses de façon concise et claire. Mais il faut croire que sa cascade de concepts a atteint son but cette fois; a été suffisante, ce qui est très satisfaisait. Elle n'aurait pas vraiment su clarifier. Alors, simplement, sans plus de perte de temps, Smallrelei lui laisse carte blanche pour mettre en place ses enseignements. Bien assez de théorie, les voilà près à entamer la partie plus intéressante: la pratique. Déliant ses muscles, Lorelei plante ses pieds dans le sol, puis s'élance. Droite, gauche, droite, gauche, avec quelques feintes en prime; elle s'avance à chaque coup, un peu, sans l'envahir mais sans jamais reculer non plus. Et elle gagne du terrain sous une moue neutre. C'mon, kid, ain't got nothin' to worry 'bout. Come at me. Elle sait très bien que conquérir ses instincts n'est pas chose facile (elle s'y évite même la plupart du temps; les multiples balafres striant son visage en sont la preuve), et pourtant il y avait certainement une partie d'elle qui s'attendait à ce que Smallrelei comprenne et applique ses conseils immédiatement.

Surtout dans cette situation, contenue et contrôlée, où il a le pouvoir d'arrêter les hostilités d'un mot ou d'un gémissement de douleur un peu trop fort. Et pourtant, toujours, il bouge avec ses mouvements, se cachant entre deux coups, plutôt que contre elle. 'ggressive, bud. Ici est posée la plus profonde différence entre Smallrelei et la version fullsize; leur instinct premier est opposé. Là où Lorelei est toujours allée de l'avant; là où ce concept, d'agression, d'attaque comme défense ont toujours été sa stratégie par défaut, lui permettant d'apprivoiser ces concepts plus productivement, Smallrelei a un instinct de conservation. Cette chose qui lui a permis de survivre même sans un clan pour l'entourer, pour le protéger et pour le venger s'il est trop tard pour la protection. Parce que - et ceci Lorelei le sait très bien - sans son clan, sans Jeremy pour la loger, sans Deacon pour se prendre des coups à sa place, sans Tyrone pour casser des rotules, sans Jamal pour lui apprendre à se servir d'un handgun, ou sans Emiliano et Miguel pour l'accompagner dans ses plans foireux, Lorelei n'aurait peut-être pas survécu à son adolescence. Ou, tout du moins, s'en serait sorti avec beaucoup plus de séquelles, beaucoup plus de dépendances et beaucoup moins de dignité.

Et, à ce que Lorelei sache, Smallrelei n'a pas cet entourage. Ce qui explique beaucoup de choses, ou tout simplement sa survie. Ce sont ces réflexions (moins réelles pensées, plus impressions et réalisations concises) qui habitent le crâne de Lorelei alors que son poing s'écrase dans l'estomac de son élève, avec un peu plus de force en voyant ses enseignements vraisemblablement prendre racine - pas assez apparemment, puisqu'il s'arrête net, provoquant l'arrêt immédiat des hostilités. « Ça va? » Qu'elle s'assure, moins qu'elle ne s'inquiète. Si elle l'avait voulu écroulé par terre, il le serait. Mais il reprend de l'aplomb, et appelle pour le recommencement des hostilités.

Une pensée se niche au devant du crâne de Lorelei. « Ya. Mais, j'une question 'vant. » Un léger froncement de sourcil; mi-inquisiteur, mi-mécontent. « Du coup, vu qu'ton coloc', là, what's his face, est parti. T'vis t'seul maint'nant? »
ϟ NANA


Spoiler:
bjr j'ai oublié comment écrire mon perso




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le Dim 30 Juil 2017 - 15:06
D'aucuns argueront que Lorelei est un piètre professeur, pédagogue autant qu'impatientes sont les pierres ; claire dans ses conseils et nette dans ses gestes, avisée en tous points et guère avare en précautions, telles seraient les qualités attendues pour ce poste ; sauf qu'elle n'est rien de cela – brusque, maladroite, bourrue presque. N'eût été son expérience, plus brillante qu'une flamberge, elle aurait fait le tourment de ses élèves. Mais tu t'en contrefous, toi, car cette nature sauvage te suffit, mieux, te convient au-delà de tes espérances, et lorsque tu te permets cette réflexion, tu te convaincs sans mal qu'elle est la seule personne auprès de qui tu souhaiterais apprendre les rudiments de la baston. Même si tu n'en ressortiras sans doute pas intact. Même s'il n'y aura que des ecchymoses et des courbatures pour témoigner de vos leçons. C'est pourquoi, en dépit des vibrations que son poing esquissa le long de tes nerfs, tu brûles de repartir à l'assaut, d'acquérir son savoir, d'appliquer son enseignement ; aussi sa subite interrogation sabre-t-elle ta détermination, irruption saugrenue comme seuls peuvent l'être les lancers d'âne au cœur d'un combat de coqs. Tes poings se desserrent, tes genoux se déplient – ne reste que ton regard qui se fronce, ta moue qu'un sursaut contrarié transforme en grimace. Comment en est-elle venue à penser à lui ? Est-ce qu'elle ressasse tes paroles depuis votre dernière entrevue,  morigénant sa propre incuriosité qui l'avait à ce moment détournée des questions nécessaires ? Naïf, tu t'imaginais qu'elle aurait zappé, qu'elle n'avait pas remarqué, ne s'y était pas intéressée. Tu croyais – quoi ? – croyais qu'elle ne se préoccuperait pas de ces choses-là ; et t'agaces tout à coup de cette intrusion dans ta vie privée.    
Non.
Tu t'agaces que pour n'importe qui d'autre que toi, Ange n'a aucune valeur, que sa disparition n'est qu'un fait divers, son absence une négligence, alors qu'elle racle encore tes poumons d'avec ses vieux ongles douloureux. Et ne désires pas que l'on se soucie pour toi qui à l'époque ne t'es pas assez soucié de lui.
« 'S'appelle Ange, rectifies-tu donc avant de l'oublier, d'un ton plus sec que tu ne le voudrais, et ouais, y a personne qu's'est ram'né après. »
Tes épaules ont un hoquet, signe de ta désaffection ; les décisions des Alters quant à l'organisation de leurs logements disponibles ne te concernent que dans l'éventualité où ils placeraient un nouveau membre dans celui que tu occupes actuellement, or jusqu'à présent aucun d'eux ne t'a fait le déplaisir de t'en avertir – alors tu continues d'y vivre, rat roux en ses tristes appartements, passant le plus sombre de ton temps dehors pour chasser en vain la solitude qui t'habite, et ce qu'autrefois tu faillis nommer foyer n'est désormais plus qu'un domicile impersonnel, une caverne aux volets tirés vingt-trois heures par jour, que tu fuis autant que tu squattes dans la pénombre de tes nuits.
Tu t'en souviens, l'unique individu en ayant franchi le seuil depuis le départ de ton colocataire avait eu à l'encontre de ce terrier sale un regard éloquent, ourlé de mépris, et peut-être aussi d'une détestable pitié, mais si tu avais songé qu'il en informerait aussitôt les responsables Verts, tu t'étais trompé. En fin de compte, ton existence n'importait sans doute réellement pour personne – et l'habitude auréolait ce constat d'une indifférence dénuée d'affliction.  

Une telle information semble saper toute intention belliqueuse chez Lorelei, ce qui te laisse soudain envisager le pire ; l'embarras qui affleure en toi te pousse à piétiner légèrement, comme si tu ne savais brutalement plus que faire de ces membres constituant ton anatomie, qu'ils devenaient trop lourds, trop encombrants, à l'instar de tes sentiments envers Ange.  
« Pourquoi t'd'mandes ça ? S't'essaie d'te ram'ner sous prétexte qu'y a une place libre, c'est mort. Y finira p'tet par rev'nir. »
Et que celui qui y croit se fourre le doigt dans l'œil jusqu'au poignet.
Même toi tu n'es pas dupe – tes yeux intacts clignent sur le faciès contrarié de ton enseignante. Que peut-elle ourdir derrière ses tempes battantes et que tu pressens avec une légère crainte ? Parce que comme toi, voire pire que toi, tu la sais capable de tout. Et qu'une fois son choix arrêté, tu auras sans doute la plus grande peine du monde à t'y opposer.


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le Lun 21 Aoû 2017 - 9:10
fight

ft. Cameron
Ange. Oh I ain't even tryin' t'pronounce that. Pas moyen que sa bouche arrive à porter ces (cette?) syllabes sans absolument tout détruire. Elle n'essayera même pas; ce n'est pas vraiment moins offensant de complètement massacrer le prénom de ce mystérieux ex-colocataire que de ne pas le prononcer du tout. « Hm. » Comme si elle réfléchissait. Mais, réellement, sa décision est probablement déjà prise. Il n'y a pas réellement d'autre option, que Smallrelei le veuille où non. Et si il la refuse, elle se fera un plaisir de le ramasser et de le traîner avec elle si c'est ce qu'il faut. « T'inquiète, j'm'ramèn'rai pas chez toi. » Et elle croise les bras sur sa poitrine, comme pour prouver qu'elle est sérieuse. « C'toi qu'va t'ram'ner chez moi. Pas d'discussion; t'vas pas vivre t'seul comme ça. » Oh, elle s'attend à ce qu'il la refuse; elle a dénoté ce refus farouche de l'aide qu'on pourrait bien lui offrir comme l'une de leurs différences fondamentales. Là où, à son âge, être accueillie chez un ami a été la chose qui l'a sauvée de vivre à la rue, et qu'elle n'aurait jamais même espéré le refuser, elle s'attend aussi à ce que Smallrelei la refuse. S'il avait voulu de la compagnie, s'il l'avait cherché, il aurait sans aucun doute déjà trouvé quelqu'un chez qui squatter. S'il osait, ou s'il croyait en avoir besoin. Mais le fait que ce n'est pas déjà le cas instille en Lorelei ce doute profond qu'il acceptera sa proposition.

Pas que ça aie une quelconque importance. Elle le portera et l'enfermera si c'est ce qu'il faut. Enfin, l'enfermer serait peut-être un peu intense et assez contreproductif, mais voilà. Elle ne peut pas possiblement le laisser vivre seul maintenant qu'elle en a la certitude; c'est simplement impensable. S'il lui arrive quelque chose, personne ne le saura avant qu'il ne soit trop tard si personne ne l'attend à la maison. Cette même pensée a quelque chose d'absolument insupportable. Le laisser vivre seul, le laisser être vulnérable à ça, c'est comme le laisser mourir; ne pas accourir à son aide. Comme si elle l'avait regardé se faire tabasser par les gaillards lors de leur première rencontre, plutôt que de sauter à sa rescousse.

« T'peux bien m'dire non but'll drag yo ass back there m'self. » Que ce soit bien clair. Elle ne pourra pas le convaincre avec des mots de toute façon, s'il est aussi têtu qu'elle il ne l'écoutera pas. Sauf qu'à ce jeu là, celui de qui est le plus têtu, elle sait qu'elle gagnera. Try me. Et si jamais Angel décide qu'il a envie de revenir, et bien il aura bien un moyen de contacter, Smallrelei, non? Il en trouvera bien un si non. En attendant, elle ne le laissera pas vivre tout seul sans jamais personne pour surveiller qu'il ne s'en va pas crever dans un de ces combats qu'il ne pourrait pas gagner.
ϟ NANA


Spoiler:
whoops désolée c'est pas génial je me reprendrai la prochaine fois




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le Dim 3 Sep 2017 - 13:33
Tu aurais dû te méfier d'elle dès le départ. Non en appliquant cette accoutumée défiance que tu réserves chaque fois aux adultes, aux chefs de meute, aux barbaréennes autorités qui peuplent cette Cité et dont tu n'as que faire – non en levant ton majeur face aux devoirs d'obéissance ni en montrant ton cul aux paroisses de l'Ordre et de la Politesse –, mais en refusant, juste, cette attention que tu n'avais pas su déceler à temps sous l'épaisseur de sauvagerie et de franchise qu'elle t'avait claque au visage lorsque tu l'avais rencontrée. Tu ne l'avais pas vu venir, cette affection, et maintenant elle était là, rayonnante, irradiant d'une insoutenable chaleur, sans que tu saches comment t'en éloigner ou même t'en rafraîchir. Lorelei ne plaisante pas. Elle est d'ailleurs si sérieuse qu'elle en ferait presque peur, plantée telle une inquisitrice sur le seuil d'une maison de redressement à jauger lequel de ces garnements elle arrachera aux basses œuvres, et tu auras laid t'accrocher aux poutres de la bâtisse, elle t'en extirpera à l'huile de coude et au pied-de-biche si nécessaire parce que c'est sur toi qu'elle a jeté son dévolu comme une ancre entre tes maigres bras. Tu le sais. C'est écrit dans ses prunelles, poinçonné à l'or brut sur sa langue, gravé dans chacun de ses muscles tendus sous sa détermination. Et tout ce que tu pourras objecter sera retenu contre toi.
C'est pourtant l'incrédulité qui la première franchit les barrières de tes dents avec, dans son sillage, un bref amusement. De ceux que cause une brusque gêne et qui colore ton rire de jaune poussin. Tu protestes, mélange de stupeur et de raillerie :
« C'n'importe quoi, hors d'question ! »
T'imagines-tu ne serait-ce qu'une seconde chez elle, à deux dans un réduit – car selon toute vraisemblance tu ne crois pas qu'elle loge à l'intérieur d'un palace –, cette fille que tu n'as fréquenté en tout et pour tout que deux fois dans ta vie ? D'accord, elle n'est sans doute pas du genre à se prendre la tête sur des détails, ne te tapera probablement pas une crise parce que tu n'aimes pas sa fondue de poireaux – cuisine-t-elle seulement ? –, t'est fort sympathique et, si elle avait ton âge, te plairait trop pour que tu n'essaies pas de t'en faire remarquer. Sauf qu'elle n'a pas dix-sept ans et peut-être pas du tout conscience de ce que représente le fait d'habiter avec toi, toute spécificité alimentaire mise de côté. En aucune façon tu ne saurais approuver. Et en dépit de ce qui n'est en somme qu'une marque d'inquiétude et de bienveillance, ce que tu devines sous ses dehors sévères, tu finis par feuler devant ce que tu prends pour de la pitié :
« T'as cru qu'j'étais un clebs dans un carton à adopter ? Qu'y m'fallait une mère ?! » Oh, ce mot écœurant – il doit ombrer ton visage d'une odieuse grimace. « Ça fait six mois qu'il est parti et j'me débrouille tout seul, j'ai pas b'soin d'ton aide. T'arrives trop tard. »
Ta voix s'est radoucie sur cette dernière phrase, s'est comme ourlée de regrets ; qui aurait pu prévoir la tournure des événements si tu avais connu Lorelei avant qu'Ange ne disparaisse ? Serais-tu venu la déranger, affolé, afin qu'elle te prodigue conseils et soutien ? Non. Tu tentes en vain de remodeler un passé immuable – cela n'aurait rien changé et tu serais resté tel que Naga t'avait trouvé, anxieux et maussade. Parce que si Lorelei ne peut être ton héroïne, c'est simplement parce que toi-même tu ne peux être sauvé. N'empêche. Tu aurais peut-être bien voulu.
Ta sœur, elle, aurait ri de toi – pourquoi déjà n'es-tu pas resté avec elle là-bas ?

La résolution féroce avec laquelle ton enseignante s'exprime t'a entraîné, par réflexe, à esquisser un pas de recul, à te placer sur la défensive. Ses menaces n'ont rien d'un jeu ; vous savez tous les deux de quoi vous êtes capables, toi pour t'enfuir, elle pour t'attraper. Or, à cette partie de chat elle part avec un avantage : tu n'as guère l'envie de te débattre ou de batailler stupidement pour un résultat qui ne laisse nulle place au doute, ce qui sape tes intentions de rébellion et salit tes paroles d'amertume :
« Laisse tomber, t'veux ? J'irai pas chez toi et tu m'y forc'ras pas. C'est gentil d't'en faire pour moi et tout, mais ça va, je gère. Pis t'as pas envie d'm'avoir dans les pattes, sérieux. »
Au cas où, tu te tiens prêt à déguerpir, la bascule d'équilibre vers l'arrière. Au moins tu auras essayé, même si elle t'agrippe avant par le fond de la culotte pour te remonter les bretelles et t'embarquer sans plus de sommation.  

Spoiler:
Woh woh woh, genre, à quel moment il s'est mis à réfléchir ? J'l'ai même pas vu venir !


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le Mar 3 Oct 2017 - 6:52
fight

ft. Cameron
Face à la réaction explosive de Smallrelei, Lorelei ne bronche pas. Les bras croisés sur la poitrine, elle se contente de le fixer. Il devrait savoir qu'elle ne le laissera pas partir. Comme il se pose à reculer, à tenter de fuir - qu'elle remarque le changement dans sa posture. Mais elle ne le laissera pas partir, pas lui. « J'suis pas ta mère et j'veux pas l'être. » Pas besoin de ce genre de responsabilité - elle le détesterait tout autant que lui détesterait être traité de cette manière. Qu'il se débrouille tout seul, ça elle se doute fortement qu'il en est capable, sauf qu'il n'y a pas que ça. Qu'il ne pense pas à tout ce qu'il pourrait lui arriver sans que jamais que personne ne s'en rende même compte si personne ne l'attend quelque part. S'il n'y a personne pour remarquer qu'il manque à l'appel. Et Lorelei n'est pas patiente, donc ce serait mentir de dire qu'elle la perd à l'instant - mais son ton se fait sec, sans équivoque. « Look y'little shit, this ain't 'bout pity. » Parce qu'elle n'en a pas vraiment, et parce que c'est insultant; parce qu'elle la refuserait elle-même et qu'elle sait que c'est bien la dernière chose que Smallrelei veut (pas que ce qu'il veut l'empêchera réellement de faire ce qu'elle veut). « C't'une question qu'tu t'r'trouves pas à t'vider d'ton sang down shit street et qu'on t'retrouves qu'des jours plus tard alors qu't'u s'ras d'jà mort. »

Il se fait moins farouche, plus amer, mais Lorelei ne le voit pas comme une victoire. Tant qu'à y être, elle veut qu'il se batte. Comme ça elle pourra lui prouver une chose ou deux, ou bien juste lui permettre de se défouler, et parce qu'elle sait qu'elle n'a pas l'éloquence nécessaire pour le convaincre de toute façon. Was I this fuckin' dumb as a kid? Mais ce n'est pas de la stupidité, c'est de l'orgueil, voir de la pudeur, et ça, au fond d'elle, Lorelei le sait. « J'en ai rien à foutre qu'tu penses qu'tu gères parc'qu'tu t'es jamais r'trouvé les rotules pétées dans une ruelle sale. Quand t'es dans la merde, t'cours, mais t'pourras pas t'jours courir. T'cours pas plus vite qu'une balle. Et t'cours même pas plus vite qu'tout l'monde. Un jour, you'll be in over ya head. Et si y'a pas qu'qu'un, qu'qu'part, pour réaliser qu'tu manques à l'appel c'jour là, t'vas crever. » Et elle décroise les bras, pour désigner la direction opposée à elle, comme une provocation. C'mon. Try me. « Mais vas-y, cours. Enfuis-toi. J'vais t'rattraper. » Jusqu'à ce qu'elle puisse lui enfoncer le bon sens dans la tête, à coup de poing, s'il le faut. Peut-être juste pour enfermer et supprimer un peu plus l'angoisse qui s'accroche toujours à sa colonne quand elle l'imagine se vider de son sang, quelque part dans Pallatine, sans qu'elle n'aie pu rien n'y faire.
ϟ NANA


Spoiler:
désolée du retard hhhhh




« If there's a god he better have a damn good excuse for playin' me like a fuckin' fool. »

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Tu ris parfois - et personne ne t'a vu pleurer ;
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le Dim 22 Oct 2017 - 17:34
D'aussi loin que tu te souviennes, à l'exception de ta sœur, il n'y a jamais eu quiconque pour t'appeler autrement que par ce que tu pensais être : une petite merde. Un emmerdeur, tout ce qu'il y a de moins affectueux, un morveux dont la moindre action aurait provoqué son avalanche de sermons quand il ne s'agirait d'yeux au ciel par dizaines. Même Naga, Naga qui se disait ton ami nonobstant votre différence d'âge, n'aurait sans doute guère hésité à te désigner par quelque insulte, sur le ton de la plaisanterie peut-être, mais n'empêche, cela en aurait fait une de plus. Et toi, avec toute cette chiure qui se retrouve ensuite collée à tes paupières, tu ne distingues plus la vérité – pareil au raton-laveur de ce conte indien et dont les pupilles sont crottées de boue – sinon tu l'aurais fermée pour de bon, ton caquet de sale mioche finalement rabattu par la découverte d'une certitude, un truc aussi bête qu'évident, sous tes yeux depuis tout ce temps – que l'on se soucie de toi. Lorelei probablement plus que n'importe qui d'autre, d'ailleurs, à moins qu'elle ne soit juste plus démonstrative en comparaison de cet Inuit préférant crever que d'avouer ses sentiments ou de Ness prodiguant une attention similaire à tous les blessés de Pallatine. Toutefois, comme elle l'a confirmé naguère, la combattante n'est pas ta mère : elle n'est pas là pour te préparer un repas chaud quand tu rentres amoché le soir ni pour t'envoyer à l'école à coup d'humiliantes taloches. Tu ne l'imagines même pas capable de faire une lessive sans se contenter de foutre la panière de linge sale en vrac dans le tambour et de doser à l'arrache le liquide vaisselle à la place de l'assouplissant.
Non, tout ce qu'elle veut c'est que tu vives. Ou plutôt, que tu ne meures pas, nuance des plus éloquentes. Mais tu ignores pourquoi. Parce qu'elle se sentirait responsable si on lui amenait ton cadavre pour identification ? Parce qu'elle a peur que tu te retrouves au mauvais endroit au mauvais moment quand elle aura le dos tourné ? Parce que tu lui rappelles ses regrets ? Elle doit savoir, pourtant, qu'elle ne pourra pas garder ta niche du soir au matin et encore moins te tenir en laisse du matin au soir. Elle doit le savoir, que tu es un courant d'air, une porte qui claque, une frappe dans le dos – un fléau. C'est sûr. Alors soit elle est inconsciente, soit elle est amoureuse de toi.
Et la connaissant, c'est ni l'un ni l'autre.  
Tu n'as cependant pas l'occasion de réfléchir plus en amont à ses motivations ; les images que convoque son discours mettent très vite à mal ta propre conviction de pouvoir lui faire changer d'avis, tout en renforçant de façon paradoxale le pressentiment enfoui qu'il te faut lui donner tort, quelle que soit la méthode, et la plus inappropriée sera la meilleure. De surcroît, tu n'as rien à objecter à ses justifications, car elle les puise dans votre mémoire commune, dans les souvenirs de ce soir de Kolt où, sans son intervention, tu aurais arboré aujourd'hui plusieurs trous à ta dentition – en parallèle de plusieurs fractures à ton ossature. Tu lui en es reconnaissant. Ça s'arrête ici ; tu ne souhaites pas voir augmenter ta dette envers elle. À défaut, c'est la douleur que tu sens t'empoigner le cœur à l'instant où elle te somme de déguerpir. Invite ou prédation, tu n'y comprends plus rien.

« Pourquoi tu m'dis ça ? »
Il y a de l'effroi dans ta colère et du chagrin dans ta peur – tu le respires à même ta voix.
« Pourquoi tu... » Mais les mots ne viennent pas puisque tu ignores ce qu'elle attend de toi, tandis que tes poings se contractent pour colmater ta contenance. « …tu pourras pas tout l'temps m'avoir à l'œil, c'même pas que j'le f'rai exprès ou quoi, mais t'auras d'autres choses à faire, c'normal, et tout ça pour quoi ? Pour qu'tu viennes prendre les coups à ma place quand j'ferai des conn'ries ? J'suis sûr qu't'as carrément mieux à faire ! » Et voilà que la détresse se couple à ta rage. « Qu'est-c'ça peut t'foutre que j'crève ? » Non, non, vraiment, tu ne comprends pas. Parce que tu te demandes encore quel est l'intérêt à ce que tu vives ; alors si Lorelei en détient la raison, tu es preneur. Quand bien même tu ne la croirais pas – ce ne sera jamais ta raison, celle qui t'échappe toujours.
Ce disant, tu as relégué la défensive au placard et l'offensive s'affirme de nouveau dans ta gestuelle comme dans ton regard : malgré le trouble qui s'y lit, il ne manque qu'un infime frisson pour que tu sautes à la gorge de ton professeur, un souffle de travers, un frémissement, un rien. Tu ne fuiras pas – plus ? –, ne veux pas être la proie. Parce que tu ne veux pas que Lorelei s'inquiète pour toi. C'est pour cela, aussi, que tu désirais qu'elle t'entraîne. Et ce désir remontant jusqu'à ton crâne pour en consumer les dernières bribes de rationalité, tel un rappel nécessaire, libère tes semelles du béton où elles racinaient. Puis tes mains levées vers elle, prêtes à la frapper.
« J'suis pas un putain d'lâche. »
Oh si. Sauf que pour lui prouver le contraire, et à toi-même peut-être aussi, tu n'hésiterais pas une seconde à l'attaquer de front. Comme tu t'exécutes.

Spoiler:
Permission de requérir à la violence et/ou de lui faire mordre la poussière octroyée, bien entendu.


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le Dim 26 Nov 2017 - 22:54
fight

ft. Cameron
Il se blesse de te voir lui dire de s'enfuir. Pour toi c'est une façon de lui dire que tu n'abandonneras pas, qu'il a bien beau faire de lui-même un suicidaire ou te cracher au visage, ça ne changera rien. Qu'il courre, et tu le ramèneras à coups de pieds au cul s'il le faut, tu le traîneras par les cheveux, qu'il se débatte tu n'en a rien à foutre. Mais il explose de te voir le provoquer, et ça te mets juste en colère. Alors tu bouillonnes lentement mais tu ne dis rien parce qu'il t'arrête avant même que tu ouvres la bouche; et il s'étale dans un minuscule monologue pointé d'une question à laquelle tu n'as pas la réponse, parce que tu ne lui avouera jamais que tu possèdes la peur. Tu te contentes d'avoir les os qui craquent de l'intérieur, et quand il s'avance vers toi, tu fais un pas de la même façon. Comme un miroir. Avec la satisfaction sourde, en fond, sans que tu n'y accèdes ou ne réalise qu'elle est là, de le voir mettre en pratique tes enseignements.

Et son coup, tu te le prends; pas parce que tu doutes qu'il aura la force nécessaire pour te faire mal (il l'a très certainement), pas parce que tu as quelconque envie auto-destructive, mais pour lui faire peur. Pour te le prendre, le coup, et l'encaisser comme tu sais le faire, et taire la douleur sur tes traits comme tu sais l'ignorer, et lui montrer que si tu étais quelqu'un d'autre, si tu n'avais ni pitié ni bonté farouche et sauvage, ni instinct de protection violent et obstiné (ni regrets ni souvenirs viscéraux nichés dans le fond de ses yeux), tu le tabasserais jusqu'à ce que tes prédictions deviennent réalité. Alors tu te le prends, le coup de Smallrelei, et tu serres les dents et tu ignores la douleur comme tu es si prompte à le faire. Idiot fuckin' kid.

Tu as le cœur qui bats comme un tambour dans ta poitrine, la colère qui t'éclate et qui lance tes jointures dans son ventre (tout du moins qui tente de le faire), sur sa pommette, avec toujours cette retenue que tu ne saurais jamais abandonner face à lui. Tu le frappes parce que tu veux qu'il comprenne, et tu te bats parce que tu ne sais pas t'exprimer autrement, que la seule façon dont tu pourras essayer de le convaincre, c'est à coup de peace et quiet de la façon la plus violente et la moins silencieuse. Mais tu ne dis rien. Tu n'as pas les mots. Tu as juste ta colère qui se déchaîne sous tes côtes, et l'angoisse éternelle qui s'y mêle, et la culpabilité plus grande encore qui s'accroche fermement à tes poumons brûlants. Tu aurais aimé avoir l'éloquence brute de Jamal pour convaincre Smallrelei, ou la logique de Jeremy, ou l'empathie d'Emiliano. Mais tu n'as que toi et tes poings. Que toi et ta douleur, et le savoir que tu n'es rien seule. Que tu ne supporterais pas de l'être à nouveau.

Que tu ne peux plus laisser qui que ce soit mourir. Alors tu le frappes et tu te prends les coups, sans broncher, jusqu'à ce qu'un de vous abandonne (et ce ne sera pas toi).
ϟ NANA


Spoiler:
on fait des essaies, désolée encore pour l'affreux retard ://




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