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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

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Aces
posté le Sam 27 Mai 2017 - 10:32 (1)
Pendant des mois, Seung Joo s'est acharné à éviter d'apporter l'agrément de leur présence dans le quartier le plus sinistré de Pallatine. Ce n'est pas tant pour épargner Tae Joon, bien que celui-ci lui paraisse beaucoup plus fragile que lui ne l'est ; mais quel intérêt aurait-il à lui présenter les venelles étroites qui ne laissent guère passer le soleil, les terrains vagues dénudés et arides, les forteresses de tôle et de poussière qui déforment l'horizon ? Absolument aucun. Ici, même l'air est vicié - un mélange de retombées toxiques, de cendres et de défections. Dans la majorité des cas, le jeune homme s'y rend protégé d'un masque, qui filtre les odeurs ; mais cette fois, il ne saurait s'adonner à un tel artifice, aussi se contente-t-il de respirer doucement. Le ciel est sombre ; pourtant le matin ne s'est levé qu'il y a quelques heures, et les jours se rallongent à chaque nouvelle aube. Les nuages encombrent le firmament, teintant de gris les rues brunies de saleté. Seung Joo toussote. Il ne se rappelle plus vraiment de la raison qui l'a poussé à inviter son protégé à Fukuhaji : lui-même n'y a jamais vraiment mis les pieds avant. Autrefois, ce quartier appartenait aux siens. Désormais, l'Institut revendique la propriété de ce territoire - une triste affaire contre lesquels ils n'ont rien pu faire. Seung Joo ne s'en sent pas amer. Ce qui est triste, c'est plutôt que la vie des ouvriers indépendants n'a pas changé. L'organisme censé être plus humain que la monstrueuse diaspora mafieuse n'a finalement rien fait pour améliorer leurs conditions de travail. A se demander pourquoi il a cherché à s'en emparer.
Ah, mais c'est peut-être ce qui traverse l'esprit du Coréen : n'est-il pas censé présenter Pallatine à un nouvel arrivant ? Il ne pouvait pas éviter ce quartier éternellement. Et si le moment est venu, c'est sans doute parce qu'il ressent aujourd'hui le besoin de parler de sujets qui lui sont à la fois proches et étrangers.
Il y a un petit café situé à l'angle d'une des rues ; de la terrasse, on s'offre une vue imprenable sur l'usine et ses annexes. Seung Joo choisit cependant une table qui lui permettra de conserver un angle important sur les environs et l'intérieur de l'établissement : avec son œil en moins, ce genre de problème devient une priorité pour lui. Il faut commander à l'intérieur, une petite pancarte collée à la vitre à l'aide de bande adhésive le lui indique ; ce n'est pas très grave, il n'a qu'à attendre son comparse. Le rendez-vous est fixé dans dix minutes, mais le croupier est, comme à l'accoutumée, en avance.
Il se sent curieusement triste - peut-être est-ce pourquoi il a choisi un quartier aussi désolé que lui. Il ne sait plus depuis combien de temps Tae Joon et lui se voient ; cela commence à faire beaucoup. Il a probablement eu le temps de rencontrer d'autres personnes, et peut-être... de se faire des amis. La pensée lui donne envie de rire. C'est sans doute très égoïste de sa part, mais il n'a guère envie que l'opportuniste se fasse des amis. Ils n'ont pas grand-chose en commun, si ce n'est une langue, un pays - et ce dernier point se distingue. Tae Joon vient du sud, Seung Joo du nord. De telles différences n'ont que peu d'importance à Pallatine, et puis Seung Joo ne peut lui en vouloir pour des évènements qui se sont déroulés avant sa naissance. Mais il y aurait tant de raisons pour lesquelles ils pourraient ne pas s'entendre ; et malgré tout, le croupier se rend compte qu'il est facile d'apprécier l'opportuniste. Tant qu'à faire, il souhaiterait vraiment que leurs réunions continuent pendant des mois, des années. Même si cela signifie condamner Tae Joon à la solitude.
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Personnage : Tae Jung n'avait rien demandé et pourtant on lui a tout volé. Tout droit venu de Corée du Sud, juriste fraichement diplômé il se retrouve perdu dans une ville qui le dépasse. En deuil de tout ce qu'il a perdu, des amis qu'il a laissé derrière lui son visage est distant et ses moues boudeuses. Aussi s'est-il décidé de se concentrer sur le travail, de s'enrichir et de ne plus penser à rien : surtout pas à lui, surtout pas à eux. Surtout pas à tout ce qui existait avant et tout ce qui pourrait exister maintenant.
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posté le Sam 27 Mai 2017 - 23:28 (2)

« Tae Joon court mais toujours l’ombre le rattrape. Impuissant il sent une force l’attirer, l’agripper : et il a beau se débattre, hurler, le voilà qui recule. Il donne des coups au hasard, mais soudainement aveugle il glisse et tombe dans une chute sans fin. Sa respiration se coupe et lorsqu’il retrouve ses sens c’est une ville plongée dans l’ombre qui l’accueille, pleine de bruits et d’odeurs, pleine de choses qui pourtant ne lui disent rien. Déboussolé il cherche une issue de secours mais dans les rues on rit de lui, des sourires fendent des visages dont il a du mal à distinguer les contours, et poisseux il n’arrive à réprimer un haut le coeur. Au loin une alarme sonne, et pourchassé il se maudit d’aimer autant la vie. Au fond il aimerait abandonner, se laisser tomber : s’offrir à eux, eux inconnus qui l’oppressent. Mais poussé par une peur farouche, il continue son périple, trébuche.

Se réveille, aussi.
Le t-shirt collé à la peau, les draps en vrac à ses pieds, une seconde passe. L’esprit embrumé mais le coeur battant fort, il se remémore doucement son rêve, une grimace sur le visage. Venant poser ses paumes contre ses yeux, il soupire, se répète que tout est fini. Et pourtant. Y croit-il vraiment ? Depuis son arrivée il se sent si petit, si fragile : se sent si rien qu'il en oublie d’être à l’aise, d’être lui. Tous les jours ce sont des masques qui s’empilent, se succèdent. Jamais il ne s’était autant accroché aux apparences, à la sienne : à ce sourire qui lorsqu’il croise des visages plus ou moins connus il arbore. Tu es heureux se répète-t-il, tout va bien se convainc-il. Et il n’y a plus de fin à ce jeu, plus d’arrêt à ses pensées, qui sans se soucier de l’heure continuent d’affluer.

Se levant lentement, ses pieds nus effleurent le sol glacé. Un frisson parcourt son échine et un mal de ventre naissant il croit être de retour là-bas. Dans cet univers étrange aux coloris sombres, dans cet entre-deux où le cauchemar domine. Secouant la tête il se claque les joues, se redresse et se dirige sans un mot vers la salle de bain. Quelques minutes plus tard il en ressort, les cheveux encore humides, dévisage d’un air absent les vêtements lui faisant face. Un jean et un sweat-shirt plus tard, il se dévisage dans la glace, observe sa frange tombant sur ses sourcils : se présente à l’infini. Han Tae Joon. Il a si peur de s’oublier, si peur de se perdre, de se demander, un jour, en plein milieu de journée qui suis-je, quelle est mon identité. Aussi il ne se quitte pas des yeux, essaie de reconnaitre tout ce qui le caractérise, essaie d’apprécier cette coupe qui le rattache à son pays, essaie d’apprécier ces traits que lui a offerts sa mère.

Un soupir plus tard la porte claque, il est parti.
Ne sachant trop où aller, il dévisage sa montre, et tant bien même n’est-elle pas à l’heure il s’y est habitué. Se sachant en avance, car incertain de trouver le lieu à temps, il entame son trajet. Les minutes filent et lorsqu’enfin les immenses bâtiments lui font face c’est un air acre qui lui serre la gorge. Happé par les souvenirs, il repense à ces nuages de pollution tous droits venus de la Chine, plongeant Séoul dans un brouillard épais où les masques ne sont plus un outil de mode mais un moyen comme un autre d’échapper aux toux et divers étouffements. Les yeux lui piquant, il y passe ses mains, s’habituant peu à peu à l’air et toute la pollution qui le suit.

Le café s’offre à lui et content, les épaules de Tae Joon s’affaissent. Repérant sans trop de mal Seung Joo, il s’avance sans se rendre compte qu’un sourire déjà est présent sur ses lèvres : « Désolé, j’ai mis un peu de temps à trouver. » Une main gênée allant se perdre derrière sa nuque, il pose l’autre sur le dossier de la chaise, la tirant vers lui avant de s’y asseoir. « J’étais parti en avance, pourtant. » Cela pourrait sonner comme une excuse, mais dans son regard une forme d’amusement rode. Tendu en permanence, ce n’est qu’aux côtés de son ami que Tae Joon se sent bien. Il se laisse aller et n’a pas peur de montrer ses faiblesses, l’humour lui revient et léger il se dit que peut-être tout n’est pas perdu. Naufragé, il s’accroche au coréen, désespéré à l’idée de devoir un jour le lâcher. « J’espère que tu n’as pas trop attendu. » Des politesses qui pour une fois ne lui font pas mal, des politesses oui qui n’en sont pas vu qu’en cet instant elles lui paraissent banales. « Je parle trop. » rit-il légèrement. « Tu vas bien ? Tu as déjà commandé quelque chose ? » les effusions fusent et soudain le silence nait. Se forçant à se taire, comme un nouveau né comprend qu’il est temps d’arrêter de pleurer, Tae Joon dévisage Seung Joo. Attentif, il attend un signe, une réponse. Attentif il aimerait, aussi, comprendre des choses qu’il n’ose pas demander.

Mais timide, ayant peur d’avouer son attachement, il préfère fermer les yeux et faire comme si de rien. Que faire lorsque la reconnaissance s’efface et laisse place à de l’affection, à une envie de continuer ainsi ? Enfin.

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posté le Jeu 1 Juin 2017 - 21:46 (3)
Ne pas y penser.
Seung Joo observe les mouvements de foule. Les analyser d'un seul œil s'avère une tâche plutôt complexe, mais pas infaisable ; il suffit de savoir comment s'y prendre. Avant d'arriver à Pallatine, Seung Joo en aurait été incapable : il pouvait percevoir les variations de l'air qui naissent de mouvements furtifs, mais certainement pas disséquer un groupe. A présent, il fait cela avec un tel naturel ; il peut repérer ce qu'il recherche. La présence de Tae Joon, à quelques centaines de mètres de là, éclot dans son champ de vision, et un sourire attristé étire ses lèvres. Il le réprime rapidement, habitué à taire ses manifestations d'amitié. Il doit se répéter que tout ceci n'est que temporaire. Qu'il ne doit pas retenir un jeune homme qui n'est pas destiné à suivre ses traces. Depuis le départ, leur relation est selon lui impossible : Tae Joon a eu une vie heureuse (même ses malheurs  lui paraissaient doux), que pouvait-il comprendre à ses souffrances ? Que dirait-il s'il apprenait que Seung Joo finit par s'assagir, moins par guérison que parce que son feu progressivement s'éteint ? Un rictus déforme un instant son doux visage. Ils ne peuvent pas se comprendre, se répète-t-il. Mais le mensonge ne le convainc pas tout à fait.
Tae Joon s'assoit en proférant des excuses que le croupier ne réclamait pas. A dire vrai, il n'a aucune idée de l'heure qu'il est, ni depuis combien de temps il attend ; et cela n'a guère d'importance, se rend-t-il compte avec un soupçon d'effroi. Tae Joon est de ces gens qui peuvent le faire poireauter sans qu'il ne se plaigne - dans les limites du raisonnable, bien sûr. L'œil brun glisse de la foule au Coréen. aux joues rougies d'avoir accéléré le pas. Sa frange lui mange le visage, et en cet instant Seung Joo le trouve vraiment charmant. Puis il bat des cils pour chasser de son regard cette image qui n'a rien à faire là. « Trop, en effet. » : répond-t-il, mais sans froideur, ne faisant qu'émettre un constat qui ne l'engage nullement. Il est d'ailleurs persuadé que cet idiot de sourire est revenu en force, et il se force à l'éteindre, comme on soufflerait la flemme d'une bougie. Et le regard appuyé de Tae Joon ne se pose sur lui qu'au moment où sa bouche se débarrasse des fantômes de ce sourire. Intérieurement, Seung Joo déplore de devoir en arriver à de telles extrémités.
Ne pas y penser.
Il secoue la tête. « Non, mais je vais y aller. Dis-moi ce que tu veux, je te l'offre. » En guise de quoi ? de dédommagement, dirait-il sans doute - comme pour s'excuser de lui prendre un peu de son précieux temps. Peut-être est-ce en fait autre chose : une de ces marques d'affection que l'on réserve à ceux que l'on apprécie. Seung Joo n'a pas l'habitude. Sa relation avec Knut n'a rien à voir : son renard est un fourbe qui ne demande que le baiser de ses poings, et leurs lettres d'amour s'écrivent dans le sang. Ceux à qui il fait montre de tendresse ne sont que des inconnus qu'il invite dans son lit le temps d'un soir. Est-il seulement capable d'être ami avec quelqu'un ? De se comporter de façon habituelle ? Lui est persuadé que non - voilà pourquoi il préfère s'abstenir, et laisser Tae Joon s'éloigner progressivement de lui. Ce n'est qu'une question de temps, à présent.
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posté le Ven 2 Juin 2017 - 0:09 (4)
« Des fois je pense à ce qui aurait pu m’arriver si tu n’avais pas été là. Que se serait-il passé, serais-je resté seul, perdu comme je le suis aujourd’hui ? Tu ne le réalises pas mais sans toi rien ne me retient, rien ne m’anime : le monde est vide. Tout est si gris lorsqu’on est en compagnie que de soi-même. Certains aiment voyager sans parler, se retrouver : mais pour le faire ne faut-il pas d’abord se perdre ? S’oublier au travers des autres, des sentiments qu’ils nous procurent ? Ainsi, ainsi isolé j’en ai si marre. Je pourris de par mes pensées, tourne en rond et me fais du mal : me retrouve face à des problèmes contre lesquels je ne veux luter. Je sais que je dois agir, je sais que rien ne va et pourtant je n’y arrive pas, immobile.

Tu comprends, je ne veux pas résoudre cette équation, cette nouvelle situation. Je voudrais me pincer et soudainement me réveiller : retourner dans mon présent. Mais je réalise au fil du temps qu’il passe et ralentit. De mon côté je poursuis, j’accélère et le devance, le force à devenir un passé qu’alors je ne pourrai plus retrouver.

Mais quand je te vois c’est comme si je sortais ma tête de l’eau, me rendais compte qu’enfin, je respire. Je ne sais pas tu m’apportes une chaleur, un sentiment de bien-être qui soudainement me permet de me calmer. Je n’ai plus à me faire face vu que tu es là, avec moi : mes yeux te dévisagent et je pourrais passer le restant de mes jours, ainsi assis. Qu’il est bon d’avoir quelqu'un à ses côtés, qu’il est bon, oui, de discuter, se sentir apprécié.

Et j’ai si peur, des fois, quand tu n’es pas là. Et même présent devant moi, je frisonne, incapable de noyer cette panique qui naissante se démultiplie. Là-bas j’avais tant de choses à perdre, des d’amis, ma famille, ma vie : et pourtant c’est ici où je n’ai que toi que je crains par dessus tout l’échec, l’abandon. Car sans toi, que ferais-je ? Car sans toi oui plus rien ne m’attacherait au réel, sans toi personne ne serait là pour de temps en temps penser à moi. Je ne serais que le propre témoin de mon existence et même mort on ne s’apercevrait de mon absence. On se dirait il est malade, ne chercherait à me joindre puis passerait à autre chose.

C’est égoïste, n’est-ce pas ? Pourtant ces songes m’habitent, pourtant cette sensation de confort que tu me procures me rend malade. Car une anxiété d’ordinaire inconnue m’anime et me retourne, me met dos au mur. J’ai peur de te dire que je t’aime, peur de te dire que l’ami que tu veux que je trouve est en face de moi, qu’il s’agit de toi. Que le fait que tu sois coréen a certes joué un rôle mais qu’à présent c’est ta personnalité et ce que tu incarnes qui prône. Je n’ai pas envie de te perdre et je n’ai pas envie, en te perdant, de me dire que je ne suis plus rien : que je ne vaux plus rien. Qui suis-je ? Pourquoi ai-je l’impression de ne plus me connaitre, pourquoi ai-je l’impression de disparaitre ? Est-ce car je me définissais au travers de mon présent ? Mais ce dernier ayant tant changé je me raccroche à quelque chose de passé, à un univers devenu étranger ? Je ne vis plus au jour le jour et ne vis plus le sourire aux lèvres. Je n’ai plus en moi cette confiance sereine, cette joie perpétuelle. Je vis sans vivre, vis dans le regret et le remords : je vis dans un deuil qui m’abat et même si j’essaie d’en sortir je sais que sans toi je n’y arriverai pas.

Car tu es le premier qui me tire, me sort de cette condition que je déteste : de ce moi qui s’apitoie. Et avec toi je me retrouve, je me réconcilie avec ma personnalité et tout ce que j’incarne. Je me sens moi quand je te vois, et mes paroles fusent sans que j’ai à les penser, à les travailler. Il n’y a pas de masque, il n’y a pas de rôle : juste Tae Joon. Et j’aimerais que tu le saches, j’aimerais d’un coup que tu me rendes cette affection que je te porte mais je sais qu’en te la demandant tout s’effondrera et m’emportera : tu disparaitras.

Je soupire imperceptiblement, tu dis qu’en effet je parle trop et je ne sais plus où me mettre. Pourtant je ne me démonte pas et laisse fleurir cet éternel sourire sur mon visage. J’aimerais te dire je sais mais à la place je te laisse poursuivre, t’écoutant avec attention. Tu m’as attendu et ce détail me fait plaisir, « tu ne préfères pas que nous y allions ensemble ? » je te demande tout en me levant. Car après tout, si tu n’as pas commandé n’est-ce pas pour que j’y aille avec toi ? Quel intérêt, sinon ? Je ne sais pas, n’attends pas vraiment ta réponse vu que je suis déjà debout, maladroit. Tu veux m’offrir et cela me fait presque rire : ne suis-je pas plus âgé que toi ? C’est uniquement car tu as plus d’expérience dans cette ville et que mon amitié s’entremêle à une certaine admiration que je ne proteste pas. Et puis, suis-je assez confiant pour risquer de te brusquer, vexer ?

Notre amitié est-elle assez solide ? Existe-t-elle seulement ? Je réalise, encore une fois, que je ne suis pour toi qu’un coréen à moitié errant, ne comprenant rien. Tu m’as pris sous ton aile et m’a permis de découvrir une ville alors que je ne voyais qu’une prison. Tu m’as fait voir les bons côtés puis les plus abimés, ceux qui montrent que peu importe où l’on va le paradis n’existe pas. Que ferons-nous, lorsque je saurais tout ? Lorsque mes yeux auront témoigné de chaque existence, lorsque je n’aurais plus besoin d’un mentor pour me guider ? Devrais-je me raccrocher au fait que je ne connais personne, personne hormis toi ? Il m’est désagréable d’ainsi marcher sur des oeufs, de te considérer comme proche puis réaliser que ce n’est pas forcément réciproque. Je ne veux rien briser et pourtant aimerais pouvoir me laisser aller.

C’est compliqué.

« Que vas-tu prendre ? » j’avance tout en me dirigeant vers l’entrée. J’aimerais, tu sais, pouvoir t’agripper l’épaule ou te bousculer sans avoir peur que tu sursautes, t’écartes. Chez moi, un chez moi qui est chez nous sans vraiment l’être, c’est si normal. Il me manque ces contacts qui ne veulent rien dire, si ce n’est une affection parasite : ces coups de coudes et ces bras qui s’entrechoquent. Mais avec toi je ne sais pas je ne peux pas et j’aimerais que ce soit naturel mais ça ne l’est pas. Je te demande ce que tu vas choisir et je réalise encore une fois que tout nous sépare : quel regard me lancerais-tu si je te disais « caramel macchiato » ? Je ne vais pas le faire mais l’idée m’amuse autant qu’elle me désespère. « Vu qu’il est encore tôt un café ira très bien. » Ces derniers n’ont pas vraiment le don de me réveiller, mais c’est sans doute le moins cher et le plus sobre. Puis je n’ai pas particulièrement faim, mon rythme est décalé depuis mon arrivée à Pallatine, il m’arrive même de me demander si je mange réellement. Je suis étonné de ne pas avoir fondu, de ne pas m’être transformé en cadavre ambulant, peut-être est-ce lié à ma pratique sportive, je ne sais pas. J’ai perdu toute envie de m’alimenter depuis mon arrivée, je n’en parle jamais donc moi-même ne m’en rends pas bien compte, mais tout d’un coup cela me frappe. C’est sans doute lié au fait que n’ayant plus personne avec qui manger, ne trouvant plus mes repères ni mes restaurants habituels je rechigne puis oublie. J’ai du mal à manger autre chose que des aliments propres à mon pays, et même si au début je me disais que c’était comme partir en vacances, mon séjour étant passé à durée indéterminée j’ai perdu le goût de tout. « Je suis content de commencer ma journée à tes côtés. » je finis par lâcher, content, l’air de rien. Et je ne réalise d’ailleurs pas l’avoir dit, ne m’en rend compte qu’un peu trop tard : serre donc les dents, faisant comme s’il s’agissait là de la réplique la plus naturelle au monde. « Même si pour le coup je préférais le quartier culturel à celui-ci. » je plaisante, chuchotant doucement. En vrai je m’en fous, être avec toi me suffit et les paysages industriels ne me choquent pas : je viens d’Asie, après tout. Le monde entier nous regarde en pointant du doigt nos productions souvent polluantes, ignorant le fait qu’elles viennent principalement de Chine et non pas de partout où on trouve des bridés.

Enfin.
De nouveau, je me tais.

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posté le Ven 2 Juin 2017 - 22:43 (5)
Seung Joo ignore tout des pensées de Tae Joon. Deviner ce qui se cache derrière l'éclat délicat de ses yeux, interpréter ses gestes et ses paroles comme s'il pouvait y trouver un sens caché, tout cela ne lui réussit guère. Seung Joo a toujours été superficiel. Cherchant désespérément à ne jamais songer trop, car réfléchir est un luxe que l'on ne peut se permettre que lorsque tout va bien. Il se remémore le cadre rassurant d'une maison au bord de l'eau ; voilà une situation idéale pour laisser vagabonder ses idées. Ce n'est guère dans un appartement exigu que l'on peut penser. Mais s'il tentait de le faire, il s'imaginerait volontiers bien d'autres choses. Un mouvement spontané de répulsion face à sa figure mutilée, dompté promptement par un sentiment de gratitude. Une méfiance vis-à-vis d'un homme dont les motifs sont peu clairs, et dont l'instabilité transpire dans le moindre de ses gestes trop appliqués. Qui pourrait s'attacher à lui, si ce n'est un autre fou trop perturbé pour se rendre compte à quel point Seung Joo est malade ? Or ce n'est pas le cas de Tae Joon.
C'est peut-être ce que l'autre trouve le plus blessant.
Tae Joon respire la normalité. On ne lit nul traumatisme dans son regard morne, et sa peau lisse appelle à être frôlée délicatement, sous peine de la rompre. Là où Seung Joo n'inspire que dégoût, une apparence d'ange déchu que l'on rejette dès lors que sa beauté est entachée, Tae Joon s'offre au désir sans même y songer. Seung Joo sent la jalousie monter en lui, et il la réprime comme il le fait de toute émotion. Pourtant, ce n'est pas si facile : avec Tae Joon, les choses semblent aller d'elles-mêmes. Il a le don de le mettre à l'aise comme nul autre n'y arrive, rien qu'en étant lui-même, et cela agace le croupier. L'attitude positive de Tae Joon ne fait que mettre en lumière ses propres parts d'ombre, révélant à quel point il peut être mesquin. Aussi Seung Joo songe-t-il qu'il doit vraiment couper les ponts, à un moment ou à un autre. Il ne peut pas corrompre cet être trop pur. Pallatine le fera certes assez tôt, il est vrai, mais du moins l'Ace n'en serait-il pas responsable. L'idée de causer du tort à quelqu'un en étant naturel le rend malade rien que d'y penser. Oh, mais aller commander ensemble n'est pas un problème, évidemment - alors il ne proteste pas.
« Je ne pouvais pas commander sans savoir ce que tu prenais. » : explique-t-il comme si cela suffisait - et sans doute est-ce le cas.

Un café le matin, la perspective lui paraît plutôt correcte. Du coup, Seung Joo suit Tae Joon pour le coup, et passe au commande. Jusque là, tout va bien. Seung Joo pense qu'il peut gérer. Mais ses espoirs volent en éclat lorsqu'il entend Tae Joon ouvrir à nouveau la bouche. Le plus jeune ne répond pas tout de suite. Il ne sait pas vraiment comment réagir ; qu'est-il censé comprendre, qu'il essaye de ne pas le vexer en lui faisant remarquer que le quartier ne lui plaît guère ? qu'il essaye simplement de faire la conversation en lui disant ce qui lui passe par la tête ? ou essaye-t-il de lui dire que leurs rencontres vont bientôt cesser ? Seung Joo ne veut pas y réfléchir ; d'instinct il répète :
« Tu parles trop. »
Ce n'est même pas vrai, se rend-t-il ; certes, Tae Joon est plus bavard que lui, mais c'est peut-être parce qu'il n'ouvre pas beaucoup la bouche. Pourtant, il n'est pas abonné au silence ; avoir les oreilles vides tend à l'angoisser ; toutefois il y a toujours les bruits de la rue et du café, Seung Joo ne ressent pas le besoin d'y ajouter sa voix. Non ; la vraie raison, c'est qu'il se sent mal à l'aise et a peur de trop en dire. Il manque de courage, d'obstination. Il n'a pas le courage de retenir quelqu'un qu'il aime bien.
« Je sais que ce n'est pas très glamour ici, mais je suis censé te faire visiter. Enfin. Ce sera court, aujourd'hui; ce n'est pas comme s'il y avait grand-chose de toute façon. Et puis tu ne reviendras probablement pas. Tu seras vite libre, promis. »
Les derniers mots sortent avec difficulté, mais Seung Joo parvient à les prononcer sur le même ton. Il en est désespérément fier. Tout y est, selon lui : dans ces quelques affirmations rapides, la différence entre les deux Coréens, celui du sud et celui du nord, se creuse. Le premier n'ira jamais aborder ces pavés poussiéreux en dehors de cette unique visite, songe Seung Joo ; il n'appartient pas à ce monde-là, c'est un opportuniste après tout. Alors que Seung Joo, lui, appartient au royaume des détritus. Un déchet comme un autre, qui ne vit plus tout à fait. Il s'empare du plateau offert par l'employé et le soulève pour l'amener à leur table. Puis il se rassoit, sans toucher à sa tasse qu'il contemple d'un air dubitatif.
Il ne parle pas beaucoup, mais il faut dire qu'il n'en a pas très envie.
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posté le Sam 3 Juin 2017 - 4:42 (6)
« Ses mains passent sur son visage alors que se coupant de tout il tente d’oublier l'embarras lié aux reproches de son ami : après tout, elles ne le changeront pas. « C'était une plaisanterie. », finit-il par avouer à contrecœur, déjà mortifié de l'impact que ces simples mots pourraient avoir sur son camarade. Qui est il pour ainsi se laisser aller ? Seung Joo n'a sans doute jamais pu rire à gorge déployée alors que lui n'a longtemps connu que ça : l'innocence de la campagne et la douceur de ceux l'entourant. Baigné d'un amour discret mais bien présent, il n'avait crainte de s'épanouir et partir loin de chez lui : savait que tout irait (et pourtant).

Tu sais je n'ai pas envie d'être libre, avait-il manqué de répondre, se retenant à la dernière seconde, soudain terrifié des répercutions que ses mots pourraient avoir. C'était comme si voir Seung Joo se replier lui avait contre son gré coupé la parole : tant il réalisait à présent marcher sur un fil de verre menaçant à chaque instant de se briser. « Ce genre d'endroits ne m'est pas totalement étranger, ne t'inquiète pas. » sourit-il, dissimulant son air désolé, embarrassé.

Puis d'un coup ça ne va plus et il craque : « ça ne va pas ? ». Une timidité en lui grandit, poussée par une anxiété déjà présente qui commence peu à peu à pourrir. Il aimerait que tout aille bien mais ce silence qui d'ordinaire lui convient lui pèse désagréablement sur les épaules : « si quelque chose t'inquiète ou te dérange n'hésite pas. », je suis là et suis prêt à t'écouter, à t'aider voire même t’épauler. Et il aurait voulu lui toucher le bras, se rapprocher et tenter en faisant ça de sonder ce regard qui fermé, fuit, créant ainsi une barrière trop immense pour être franchie. Alors il reste là, légèrement penché, triturant sous la table ses mains liées.

Il ne sait pas quoi dire mais tout est dit, du moins s’en convainc-t-il. En vérité Tae Joon est déchiré entre toute l’affection qu’il éprouve envers son cadet et l’impuissance qui en découle. Il se sent inexorablement poussé en arrière et sait que bientôt il trébuchera et tombera : définitivement abandonné par la seule personne qu’il apprécie ici. Cela le met mal et il doit se faire violence pour ne pas détourner les yeux, se réfugier sur sa coupe de café. Il a l’impression de subir pour la première fois l’abandon, de voir sa confiance fraichement créée trahie et déchirée, écrasée. Pourtant ce n’est pas la première fois : à vingt-quatre ans il a lui aussi expérimenté des échecs, conserve des cicatrices qui fines ne lui empêchent cependant ni de sourire, ni d’aimer. De recevoir.

Et c’est bien là toute leur différence, qui commence peu à peu à terrasser leurs maigres ressemblances.

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posté le Ven 9 Juin 2017 - 20:09 (7)
Seung Joo a craint qu'avec ses réparties brutales, il pourrait tuer la conversation ; auquel cas il serait forcé de la relancer, en faisant preuve d'une douceur qui lui est trop aisée, et ainsi témoigner d'une affection qu'il trouve inconcevable. Il ne sait même pas pourquoi il s'acharne à penser qu'ils ne sont pas compatibles : ils parlent la même langue, ils ont à peu près le même âge - Seung Joo ne sachant guère s'il en a désormais vingt-trois ou vingt-quatre, la faute à une prison où le temps a filé trop vite -, et ils s'entendent plutôt bien. Certes, ce n'est pas un membre de la diaspora Iwasaki, mais tous les amis de Seung Joo n'en font pas partie ; ce n'est donc pas un vrai problème, car il suffit d'un peu de volonté pour que tout fonctionne. Et il ne connaît pas la richesse réelle de Tae Joon ; ce n'est donc même pas un obstacle. Est-ce parce qu'il pense que Tae Joon n'appartient pas à son monde de vermines ? Voilà que l'homme du sud le rassure : ce n'est pas comme si il n'y avait jamais mis les pieds. Seung Joo ne demande pas de détails. Cela lui paraît futile.

Mais son silence est peut-être trop buté, car son malaise est visible. Le croupier cligne des yeux ; il ne s'attendait pas à ce que l'autre s'en rende compte de quelque chose. Toutefois, Tae Joon est quelqu'un d'intelligent : cela se lit sur son visage soucieux, à la façon dont il pose des questions soigneusement choisies lors de leurs visites. Avec amusement, il se dit qu'il ne devrait pas le sous-estimer. Seung Joo s'empare de sa tasse et commence à boire ; une petite gorgée, pour que cela dure plus longtemps. Le liquide brûlant échauffe son gosier, mais il trouve cela préférable au ressenti du goût amer de la boisson, dont il n'a jamais été très friand ; d'un autre côté, il n'est pas un homme très difficile, il faut le reconnaître. Puis il repose la tasse délicatement, si doucement que l'objet de porcelaine n'émet qu'un bruit inaudible au contact de la soucoupe.
« Les ennuis habituels, pourquoi ? » Il ne ment pas : ses interrogations à propos de leur « amitié » ne date pas d'hier. « Tu m'excuseras d'être franc, mais je ne crois pas que tu sois taillé pour les affronter. Non que je le sois vraiment, d'ailleurs. »
Tous ses problèmes ne sont de toute façon que de malheureux concours de circonstance. Dans le fond, Seung Joo ne sait pas ce qu'il fait là ; il voit mille raisons qui l'auraient poussé à ne pas rejoindre les Aces, et pourtant il l'a fait. Des fois, il ne se comprend pas lui-même. Oh, à la réflexion, avec Tae Joon non plus, il ne saisit pas trop ce qu'il tente de faire.
« Mais on n'est pas là pour ça. Y'a pas grand-chose à voir ici, alors si t'as des centres d'intérêt particulier... »
En y réfléchissant, Seung Joo pourrait probablement les trouver lui-même. Après tout, il commence à bien connaître son camarade. Pourtant, il préfère ne pas s'engager dans cette pente, et faire comme s'il l'ignorait. Cela lui paraît plus sûr : ainsi, il ne laissera pas croire à Tae Joon qu'il s'intéresse à lui. Même si c'est vrai.
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posté le Ven 9 Juin 2017 - 23:15 (8)
« S’il te plait ne t’en va pas, aimerais-je te demander. Je suis égoïste et lâche : voulant te garder à mes côtés mais n’osant pourtant te l’avouer. Je n’ai pas envie que tu me juges, je n’ai pas envie de savoir ce que tu penses de moi. Suis-je quelqu'un de bien, à tes yeux, ou juste une de tes énièmes responsabilités ? Existe-t-il entre nous un contrat invisible, ou est-ce quelque chose d’autre qui te pousse à rester avec moi ? Je me passe une main sur le visage, essayant de par cet acte effacer toutes ces pensées. Je suis inquiet et cela ne me ressemble pas : j’aimerais retourner à cette absence de sentiments, ce vide qui d’ordinaire m’habite. Un soupir essaie de bousculer mes lèvres mais je le réprime, ne voulant pas te mettre mal à l’aise. Que ferais-je, si tu pensais qu’il t’est destiné ? Ton visage se fermerait-il, plus qu’il ne l’est déjà ? Tes mots sont durs et je ne sais pas, j’aimerais m’énerver mais d’un autre côté je n’en ai pas le droit. Notre lien est si ténu, et éclater risquerait de le briser, n’est-ce pas ?

Pourtant j’ai envie : pourtant j’en ai marre. Je me souviens de mon enfance, de ma vie au lycée puis à la faculté. Je me souviens de qui je suis et je sais qu’être passif jamais ne m’a ressemblé. Je suis serein mais décidé, je ne me laisse pas écraser : ne me suis jamais laissé consumer par une quelconque amitié. C’est bien car tu es mon seul repère que j’hésite tant, mais ma patience arrive à sa limite et si je continue je finirai par ne plus rien être. Je ne serai plus Tae Joon, mais un corps inerte partant à la dérive. Et je me déteste assez, me rejette suffisamment depuis mon arrivée : ne peux plus ainsi fermer les yeux et tout ignorer. « Tu me sembles pourtant si formidable, Seung Joo. » Je souris et j’aimerais, une fois de plus, m’approcher de toi. J’ai cette sensation qu’entre nous il me faudra toujours cette proximité : que ce ne sera qu’à quelques centimètres de ton visage que j’arriverai à percer tous tes secrets. J’aimerais te demander pourquoi tu n’es pas de taille, mais je redoute ta réponse. Je suis sur une pente givrée et au moindre pas de travers je risque de glisser et tomber. La chute pourrait bien m’être mortelle et je me demande si j’aurais survécu aux tortures du nord. Aurais-je seulement pensé à aller là-bas ? Quels auraient été mes choix ? « Nous pourrions rester ici et discuter, tu sais. »

Quel est le pire ? Te perdre maintenant, ou rester quelques jours de plus dans ce maudit entre-deux ? Allons-nous nous lever, faire comme si de rien était, nous balader entre ces usines à respirer cet air pollué ? Allons-nous faire comme nous le faisons toujours, vais-je te poser ces questions auxquelles tu répondras calmement ? Je crois que c’est fini, je crois que j'en ai marre : je crois que je veux bien me laisser aller et faire ce pas de trop, glisser et me vautrer. Je crois oui que je suis prêt à mourir une deuxième fois plutôt que de continuer à agoniser. L’angoisse me tort l’estomac et je crois qu’à force elle y créera un trou et me tuera. Alors autant me lancer, autant tout jouer : je préfère savoir et être fixé. « De nous, de tout : refaire le monde, aussi, pourquoi pas. » J’aurais bien besoin d’un verre de soju voire de la bouteille tout entière mais je vais devoir me contenter de ce café que tu m’as offert : « Qu’allons-nous faire, lorsqu’on aura enfin tout visité ? » Je te regarde et dans mes yeux j’ai du mal à dissimuler la détresse qui m’enserre. « Que vais-je faire si je ne trouve jamais d’amis, si tu restes la seule personne que j’apprécie ? » Mon sourire a fondu et même si tout à coup j’ai l’air indifférent, c’est surtout car je suis tétanisé que je ne bouge plus. « Tu partiras ? »

Tu peux le faire dès maintenant, si c’est le cas.
Car je réalise à présent que je n’ai pas besoin de ça : pas d’une présence à laquelle m’agripper qui ne m’aime pas. Je ne suis pas si fou, pas si désespéré. J’ai besoin de construire quelque chose, j’ai besoin qu’on me rende ce que j’éprouve et je suis sans doute égoïste mais tant pis.

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posté le Sam 10 Juin 2017 - 20:54 (9)
Détourner l'attention de ces problèmes qu'ils ne peuvent résoudre ensemble. Effacer du tableau les ombres qui pourraient le gâcher. Se concentrer uniquement sur l'avenir immédiat, sur la façon de combler des heures qui sinon paraîtraient bien trop longues. Recadrer son esprit n'est pas si évident, mais Seung Joo peut y arriver si Tae Joon attrape la perche qu'il lui tend. A sa place, c'est ce qu'il ferait, n'osant guère s'immiscer dans des affaires qui ne le concernent pas. C'est peut-être la preuve qu'il ne le connaît pas tant que cela, malgré l'affection qu'il peut porter à son pair : il ne se sent pas capable de prévoir sa réaction, et ne peut se servir de sa propre attitude pour le juger. Il n'arrête pas de se répéter que leurs vécus sont trop différents, qu'ils ne peuvent pas se comprendre. Eh bien, au final, cette incapacité à savoir pourquoi Tae Joon ne lâche pas l'affaire ne fait que confirmer ses dires, n'est-ce-pas ? Le jeune homme tente probablement de le réconforter, de lui apporter son aide ; il ne se rend pas compte que, ce faisant, il ne fait qu'accentuer le vide de son esprit. Seung Joo sent son sang se glacer dans ses veines. Que lui importe, d'ailleurs, d'être formidable ? Il ne doute pas de l'être, à sa façon, et sans doute dans un sens moins flatteur que ne le laissait entendre l'autre Coréen ; sa vie est extraordinaire, et sa façon d'y réagir, sans se laisser abattre, le rend exceptionnel. Cela ne l'empêche pas d'avoir des faiblesses, de petites failles plaquées contre le vernis de sa résilience, menaçant si elles sont ciblées de faire voler en éclat sa résistance ; il a souvent l'impression que chez lui, cette dernière n'est que de façade, et il la sous-estime, parce qu'il ne sait pas l'analyser. Tae Joon en fait partie, comprend-t-il subitement ; et son cœur cogne douloureusement contre sa poitrine, réclamant à grands cris la fin de ces souffrances. Vivre est douloureux, car ce n'est qu'une lutte perpétuelle contre les autres et contre soi. Et cette fois, Seung Joo sait qu'il va perdre la partie ; il déteste d'être tant attaché à quelqu'un qui lui filera entre les doigts.
« Alors discutons, répond-t-il en ignorant ostensiblement le compliment qui vient de lui être adressé. De toute façon, tu connais le chemin, tu pourras revenir ici. Évite de le faire seul. »
Il aurait voulu retenir le conseil, mais ne s'en sent pas capable ; à ce stade, il se raccroche avec peine à sa décision butée. Il ne sait même plus si elle est bonne, mais il veut s'en convaincre. Il reprend une nouvelle gorgée de café, avec un peu plus de délicatesse cette fois ; il constate avec agacement qu'il s'est brûlé la langue, et déteste la sensation à demi-morte de ses papilles qui ne parviennent plus à saisir toute la saveur du breuvage. Cela lui évoque ce rendez-vous : il aurait pu l'apprécier, mais non ; il faut qu'il songe que tout s'arrêtera, et il s'en attriste. Pourtant, Seung Joo est bien placé pour savoir que tout peut s'arrêter brusquement ; peut-être que le lendemain, l'un des deux aura rendu son dernier souffle et ne sera plus de ce monde. Le résultat sera le même. Mais s'il songe à profiter de ce moment comme s'il était le dernier qu'ils passeraient ensemble, il le pourrirait de ses craintes infondées. Sois fort, se dit-il. Et il serre le poing sous la table, dérobant la manœuvre au regard de Tae Joon.
Il écoute sagement ce dernier, attendant qu'il ait fini de poser ses questions avant de tenter une réponse qu'il devine insatisfaisante. Les bons mots restent coincés dans la gorge. Il pourrait très bien bafouiller une réponse vague, mais il a l'intuition que ce serait un mensonge. Il ne désire pas mentir. S'il le fait une fois, il n'aura plus de raison de ne pas recommencer.
« Non. » : admet-il, et il tente de se convaincre qu'il veut simplement dire je serai toujours là à attendre, sauf qu'il n'y aurait plus de délais cette fois.
Il ignore comment il s'y prend pour ne pas rire, pour conserver son sérieux. La question la plus fondamentale est posée, mais Seung Joo veut à présent l'écarter de leur conversation. Il pourrait se rassurer en cet instant, mais sa peur lui semble simplement plus confortable. Plus sûre, surtout.
« Moi je reste, si tu veux partir ce sera ton choix. » : dit-il comme s'il n'était pas en train de préciser sa position, comme s'il ne livrait pas son cœur sur un plateau d'argent juste pour faire plaisir à Tae Joon.
Pitoyable. Il est tellement pitoyable qu'il pourrait se lever et se réfugier sous le couvert des rues à l'ombre, là où nul œil ne pourra le juger. Qu'est-il donc, une sorte de chien fidèle qui accourt quand on a besoin de lui, puis qui attend patiemment le prochain sifflet, alors même que celui-ci n'arrivera peut-être jamais ? Cette part de lui le dégoûte encore plus que ne le peut Trauma. Au moins sa violence n'est-elle que le fait d'un esprit malade, tordu (affirme-t-il en refusant de voir les preuves qui pointent du doigt des pulsions bien antérieures) ; mais cette sensiblerie est juste le signe d'un esprit faible. Non parce qu'il a été brisé, mais parce qu'il a toujours rêvé d'être aimé, approuvé ; et cela, il ne peut le supporter.
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posté le Dim 11 Juin 2017 - 2:22 (10)
« Des fois je me sens si creux que je ne peux me résoudre à sortir. Car vide de tout, que ferais-je si le vent alors m’emporte ? Si je m’envole et qu’à jamais je reste bloqué en l’air, incapable de retrouver une certaine densité ? Depuis que je suis arrivé ici j’ai l’impression de ne plus rien être, j’ai l’impression oui lorsque je me regarde dans la glace que je me désintègre. Et j’ai peur de me faire face, de me dire que je suis et que je continue à être. J’ai peur d’assumer ce présent que je n’ai pas choisi et j’aimerais me laisser aller pour le restant de ma vie. J’aimerais qu’on prenne soin de moi, et qu’allongé le temps passe jusqu’à que tout aille mieux. Mais ce n’est pas le cas et rien ne tombe du ciel : ni l’argent, ni les amis. Je ne sais même plus comment toi, toi tu es arrivé à moi mais à présent tu es mon accroche, mon ancrage : tout ce qui me retient au réel.

Et dire que je te propose de me jeter, et dire que je te propose de partir sans te retourner. Suis-je à ce point sans pitié ? Il m’arrive des fois de me perdre dans ma propre contemplation, de me perdre dans mes questions. Qui suis-je, suis-je bon ? Je pourrais aider une grand-mère ou un aveugle à traverser, mais je sais aussi que je pourrais demander à un suicidaire pourquoi il veut se suicider. Je pourrais oui rester transis comme cette fois sur le pont Mapo. Et quel souvenir, quel évènement gravé en moi : je me souviens encore de son corps chutant et des gerbes d’eau lorsqu’il percuta la surface. Les secours étaient déjà en route et de haut je les voyais accélérer, leur bateau secoué par sa propre vitesse. Ce jour là on m’avait demandé ce que j’avais fait et je n’avais pas su quoi répondre : je m’étais juste trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Il était apparu devant moi, dévisageant le lointain d’un air absent… et lorsque son pied avait commencé à jouer avec la rambarde j’avais eu la désagréable impression qu’il allait sauter. Je n’avais, pourtant, pas couru vers lui, n’avais pas non plus tendu mes bras pour l’agripper et lui dire de ne pas le faire.

Il m’a regardé et n’a pas souri : j’aurais aimé qu’il le fasse. J’aurais aimé qu’il dise au revoir à ce monde avec une esquisse toute aussi douce que triste mais pourtant il a sauté sans tout ça : a sauté sans masque. Et je crois qu’il est mort sur le coup mais l’eau devait être froide et le saut si haut. Ça ne m’étonne pas vraiment.

Si un jour je recroise un mort-vivant, un de ces hommes en vie mais plus pour longtemps, oserais-je lui demander pourquoi ? J’aurais pu repasser sur le pont, j’aurais pu en croiser d’autres : ils sont après tout si nombreux à sauter, ou du moins à tenter. Tous les jours l’équipe de secours doit agir, quémander, supplier : secourir et parfois réaliser que ça ne suffit pas. Qu’il est trop tard et que l’homme n’a pas attendu qu’on le sauve car il ne voulait sans doute pas être sauvé.

Et mes pensées sont sans doute horribles mais je sais qu’ici en Corée elles sont souvent pires. On accuse les dépressifs de l’être et reproche aux morts d’avoir décidés de mourir. Il n’y a pas de repos pour les lâches qui ont abandonné leur famille : ni même pour ceux qui n’en avaient déjà plus. Les ajummas lors des interviews s’acharnent sur ces âmes en peine, leur demandent, alors qu’il est trop tard, d’être plus courageux, de laisser passer l’orage. Mais au fond, leur a-t-on un jour demandé si ça allait, les a-t-on écoutés ? Au final ce pourquoi qui me démange pourrait être la clef, mais à l’époque coincé il a condamné cet inconnu qui devant moi a sauté. J’ai vu un reportage télévisé à la télé chez ma mère, et justement le sauveteur disait que si le suicidaire commençait à parler le risque de le voir se laisser glisser jusqu’en bas diminuait de plus de moitié.

Alors la prochaine fois oui je demanderai : pourquoi.

Et je ne sais pas pourquoi mes pensées ont dévié, peut-être que te demander ainsi si oui ou non tu vas m’abandonner revient au même pour moi. Je me sens tendu et cette tension est si forte qu’elle me rend soudainement las. Je pourrais pleurer mais vu que les hommes ne sont pas censés le faire je laisse mon visage se détendre et prendre cet air indifférent qui me va tant. Avant j’étais en vie et à présent ici je suis mort : avant j’étais heureux et maintenant je ne suis qu’un océan de tristesse si profond que j’ai l’impression que jamais je n’en verrai le fond. Je coule je coule et tu es cette main qui contre ton gré essaie de me faire sortir : me faire respirer. Et j’aimerais retrouver un semblant d’avant dans ce présent : et toi devenant mon ami, mon vrai, serait un premier pas n’est-ce pas ? Au fond tu n’es pas comme eux et tu ne le seras jamais : eux venaient d’horizons différents mais d’une époque similaire. On avait des familles qui ne se ressemblaient pas mais une culture similaire et des ressentis qui s’assemblaient sans même qu’on ait besoin de les faire ressortir.

Avec toi tout est si maladroit, mais ça ne me dérange pas. Et quand tu me réponds je suis content mais ça ne se voit sans doute pas vraiment : j’ai du mal à sourire depuis que je suis arrivé ici. Tu comprends Pallatine est mon assassin et dans cette ville où la justice n’existe pas je ne peux pas la condamner en retour. Je dois me venger, moi cadavre, et réapprendre à aimer et à rire et la laisser dans l’échec d’un meurtre qui n’aura fonctionné qu’à moitié. Enfin. Tu ne partiras pas tu me dis mais alors me laisses-tu partir ? Tu me sembles si défaitiste et je ne sais pas suis-je ainsi ? J’ai déjà crié j’ai déjà tapé du pied lors de conflits et je me suis excusé et je les ai tous bousculés et je leur ai dit que sans eux je ne serais rien et en effet je ne suis rien et c’est à partir de ces cendres que j’essaie de réapprendre à être et avec toi et —

je pense trop.

« Et si je ne veux pas partir ? » Enfin je te souris et cette esquisse est sans doute gamine. Je réapprends à marcher et j’aimerais que tu me tiennes la main ou qu’au moins tu restes à mes côtés. Je me doute bien qu’au fond un monde nous sépare mais tu sais si tu es mon ami je serais prêt à tout accepter : tant que tu ne m’abandonnes pas je suis quasi certain de ne pas t’abandonner en retour. Il faudrait qu’on me poignarde par derrière et me laisse mourant sous la pluie pour que je ne vienne pas à un de nos rendez-vous : il faudrait qu’on m’attaque par surprise et tu sais au fond je sais me battre je n’étais pas mauvais lorsque je faisais du sport de combat. Je m’égare encore et mes pensées m’empêchent de paniquer : du moins c’est comme ça que je le perçois. « Car je ne vais pas partir, Seung Joo. Et même si je le devais je t’emmènerais. » C’est égoïste et ma moue se tord, faisant apparaitre une fossette sur ma joue droite. « Je ne pense pas pouvoir me faire d’autres amis que toi. J’ai bien essayé pourtant mais je crois que j’ai oublié comment faire : ça remonte à trop longtemps. » Je m’étire et te regarde et je ne sais pas si je plaisante ou si je dis la vérité. Après tout j’ai bien jeté Jade la dernière fois, je ne sais pas ce qu’il m’a pris je n’aurais jamais fait ça avant. Cette ville me transforme et je dois à tout prix me retrouver plutôt que céder à ce mal qui peu à peu se répand et me noie.

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posté le Ven 16 Juin 2017 - 23:39 (11)
Il serait parfois intéressant de connaître les pensées et les émotions de la personne avec qui on discute, se rend compte Seung Joo, et pas uniquement dans un contexte où l'on cherche à maîtriser cette personne. Après tout, réussir à manipuler un esprit est d'autant plus admirable qu'on n'y a pas un accès direct ; c'est un jeu qui s'apprécie, quand bien même le jeune homme n'y est que moyennement doué ; en soi, c'est déjà bien suffisant pour survivre. Mais que se passe-t-il donc derrière les yeux doux de Tae Joon ? Ses questions sont étranges, et trahissent une sollicitude à laquelle son interlocuteur refuse de croire. Après tout, espérer voir dans son comportement particulier une preuve d'affection n'est peut-être qu'une chimère à laquelle il est doux de croire. Seung Joo ne veut pas se bercer d'illusions. Mais, lorsqu'il tente de comprendre comment on peut l'apprécier, tente d'évaluer la situation de façon objective, il ne parvient pas à répondre à ce genre de réponses. Il comprend très bien que des gens n'aient envie que d'une nuit avec lui, on n'a pas besoin de connaître la personne pour nourrir ce type de désir ; il comprend aussi l'attachement de son renard, car dans le fond leurs besoins sont similaires, et ils se ressemblent trop pour ne pas s'entendre ; il comprend que les collègues peuvent, à la longue, se sentir liés à ceux qui sont confrontés aux mêmes difficultés qu'eux, quand bien même leurs différences les séparaient au départ. Mais Tae Joon et Seung Joo, qu'ont-ils donc au fond de leurs cœurs qui pourrait les amener à s'aimer ? Le second ne sait pas, et cette incertitude le fatigue. Il aimerait parfois que leurs chemins se séparent sans tarder, pour qu'il puisse reléguer dans les oubliettes de sa mémoire la douleur de ne pouvoir être amis.
Mais Tae Joon ne veut pas partir, et Seung Joo sent sa respiration se bloquer dans sa poitrine.
Comment ça, ne pas partir ? Mais il le faut. Comme un oisillon doit un jour quitter le nid pour voler de ses propres ailes, Tae Joon ne doit pas rester collé à Seung Joo s'il veut survivre à Pallatine. Ce ne serait pas lui rendre service que d'en faire un dépendant, quelqu'un qui ne sait pas se débrouiller par lui-même. La ville est trop dangereuse pour ceux qui ne savent pas s'imposer ; et certes, les quartiers de Tae Joon ne sont pas les siens, il a probablement plus de chances d'être protégé. Toutefois, celui qui est né avant la guerre ne peut pas comprendre comment on peut vivre sans être capable de se battre. Comment on peut même ne pas avoir envie d'apprendre, et d'espérer qu'on aura jamais à se défendre.
« Je... » : commence Seung Joo, mais il s'arrête avant de prononcer ce qu'il considère comme une bêtise.
D'accord, ils peuvent être amis : c'est génial ! un poids en moins sur ses épaules... ah, si seulement c'était aussi simple. Seung Joo ne sait pas si c'est une bonne chose ou non, en vérité : il sait que l'autre Coréen ne doit pas rester seul, mais ne doit pas être ami qu'avec lui non plus. Il n'est pas assez fiable, il risque de lui attirer des ennuis. Mais il sait que ces arguments ne convaincront jamais Tae Joon, qu'il se sentirait rejeté. Alors le croupier opte pour une position intermédiaire, plus sûre.
« Il faudra quand même te faire d'autres amis, continue-t-il sur un ton très doux, parce que tu en auras besoin, ici. »
Dans le fond, il pense aussi à ceci : si jamais il m'arrive quelque chose, tu te retrouverais seul, alors fais en sorte à ce que cela n'arrive pas.
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posté le Dim 18 Juin 2017 - 21:07 (12)
« Je te regarde et lentement en moi quelque chose s’agite. J’ai envie de te répondre que ce que tu dis n’a pas de sens, mais sachant que nous ne sommes pas encore assez proches pour que je te lance ceci au visage, je pince mes lèvres et te souris distraitement. Se faire des amis par nécessité, quelle étrange idée ! Si ce sont des amis car j’ai besoin d’eux pour me défendre et pour profiter d’eux… Alors ce n’en sont pas, n’est-ce pas ? Ils ne sont que des outils, un portefeuille client avec lequel je peux jouer à ma guise ! Je te parle d’émotions plus ou moins sincères et toi tu me dis de développer mes contacts, mon relationnel. J’aimerais te rembarrer gentiment mais pourtant je sais que ce serait déplacé. Des fois tu me sembles si fragile, même si tu es bien plus fort que moi. Au fond je crois que nous avons des faiblesses très différentes : tout ce qui est proche du coeur t’est étranger et te rend comme un nouveau né, alors que tout ce qui est propre à la guerre, à la mort et à la torture, au trafic et que sais-je encore m’est inimaginable. Nous vivons à présent à la même époque et pourtant nous sommes tous les deux si opposés : je t’imagine faire front avec ton corps et intimider de par ta présence et tes moues, tes poings. Alors que moi… Je pourrais, bien évidemment, avoir recours à la violence mais elle ne me correspond pas. Je suis plus à l’aise dans les jeux d’esprit, plus à l’aise lorsqu’il s’agit de mettre à genoux de par quelques mots bien placés. J’aime disséquer les pensées de ceux qui me font face, faire tomber les masques les uns après les autres pour découvrir l’âme nue qui secrète cherche désespérément à se faire oublier, discrète.

Je suis un manipulateur mais toi en es-tu un ?

Je suis un manipulateur et pourtant je n’aime pas les manipulateurs : et c’est car je peux l’être que je sais lorsqu’on fait pression sur moi et essaie de me convaincre contre mon gré. J’essaie cependant, la plupart du temps, d’être juste moi. Après tout je suis franc, désintéressé au possible, alors pourquoi user de ce talent ? Je ne sais pas, et je ne sais pas non plus si je suis un bon ami. Tu sais là-bas ils étaient tout pour moi, je les revois comme si c’était hier : je pourrais me lancer dans une histoire sans fin pour eux, et je sais qu’eux le feraient aussi pour moi. Ou peut-être pas, mais je m’en fous. Je les aime et je les aime d’un amour si profond qu’il me semble incongru de chercher le leur. Il doit bien être là, en eux, pour moi : et cela me suffit. Mais étais-je quelqu'un de bien ? Nous avons passé nombre de soirées à rire autour d’une table en acier à moitié dépareillée, des fois habillés comme des pouilleux des fois sortant tout juste d’un entretien très sérieux. Nous avons partagé oui tant d’heures ensemble qu’elles ont rattrapé toutes celles que nous n’avons pu passer réunis car nous ne nous connaissions pas encore. Nous ne critiquions pas les autres, ou rarement, discutions plutôt de nos vies, des derniers ragots et nous plaignions bien sur de ce présent qui toujours semblait nous mettre des bâtons dans les roues.

Mais seul à seul n’étais-je pas un peu dur ? Des fois l’impression de savoir mieux qu’eux, des fois une pulsion me prenant : je les rembarrais et c’était car nous étions unis comme les doigts de la main qu’ils laissaient passer sans broncher mes remarques acides. Peut-être ai-je plus de caractère que je veux bien l’admettre, enfin. Je secoue imperceptiblement la tête, essayant de reprendre pied sur terre : je te cherche du regard et en te trouvant je sais que je suis de retour et que ce monde passé ne reviendra plus me hanter. « Si tu le dis. » Je souris et en souriant je finis par craquer : « Mais je ne veux pas me faire d’amis car j’ai besoin d’eux. Je veux me faire des amis car c’est merveilleux ? Avoir quelqu'un sur qui compter, quelqu'un qui t’aime sans vouloir t’utiliser, quelqu'un qui t’écoute et que tu peux écouter. Tu n’as rien à faire ? Tu le contactes et vous passez du temps ensemble. Enfin ! Je ne sais pas j’ai l’impression qu’ici tout va être très compliqué. Pourtant j’ai rencontré des gens, tu sais, mais quelque chose n’allait pas. Au final… Au final c’est peut-être moi le problème. Avant j’étais entouré et j’avais plein de choses à faire donc je ne me questionnais plus vraiment, mais à présent ici je réalise que peut-être je suis différent. Pas différent dans le sens dramatique, juste en marge car je n’ai pas demandé à être ici et que je n’ai peut-être rien à apporter et je suis vide je ne sais pas je ne suis peut-être pas quelqu'un de bien et cette idée est terrible et elle m’anime et me fait mal. » Je m’arrête et je réalise que j’ai laissé filtrer nombre de pensées et qu’à présent étalées je suis fatigué. Je reprends mon souffle, calme ma respiration, et me dis que je m’offre à lui et ainsi lui donne l'occasion de me juger et d'enfoncer une lame en moi si profonde qu'elle me percerait le coeur.

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posté le Dim 25 Juin 2017 - 20:16 (13)
Seung Joo aimerait offrir des promesses qu'il serait sûr de tenir. Il aimerait pouvoir affirmer qu'il sera toujours là, et que son amitié est acquise à Tae Joon - amitié ô combien dure à obtenir, pourtant, tant il faut l'arracher à ce cœur qui ne sait plus faire confiance. Il aimerait dire qu'il se sent bien en la présence de l'opportuniste, que ses soucis s'envolent, qu'il oublie jusqu'à son handicap et réapprend à vivre. Et ce n'est peut-être pas tout à fait faux : il ressent une vague d'apaisement lorsque le sourire rare de Tae Joon se dessine sur son visage, car il a appris combien l'homme souriait peu, comme si son cœur était mal connecté au reste de son corps, et qu'il ne savait pas vraiment avoir des émotions. Seung Joo l'envie. Il voudrait voir ses épaules secouées de rire, il se rend compte que cela lui ferait vraiment plaisir. Et il voudrait que ses douleurs s'effacent lentement, chassées par le ris enjoué de Tae Joon. Ce n'est probablement qu'une utopie, un doux rêve dont il aura tôt fait de se réveiller. Il est en effet un obstacle de taille : Pallatine. La ville qui l'a sauvé ne lui a jamais donné qu'une seconde vie, rien de plus ; elle ne lui a même pas donné les moyens de la conserver. Il s'y accroche parce qu'il s'est rendu compte qu'il ne voulait plus la perdre. Serait-il né chinois, la situation serait bien différente ; il aurait appelé de tous ses vœux la mort, si elle avait constitué l'unique voie vers la rédemption. Mais non : à présent il désire vivre, tellement vivre qu'il n'est plus ni coréen ni quoique ce soit d'autre, juste profondément humain. Et cela pourrait bien le rapprocher de Tae Joon, dans le fond. Les différences peuvent être supprimées, pour peu qu'on s'en donne les moyens.
Malgré tout, y croire demeure difficile. Seung Joo n'est plus un optimiste, et il craint le coup de vent qui emportera la flamme de sa chandelle. Il craint d'être trop faible. Apprécier quelqu'un, c'est lui accorder de l'importance ; et lorsqu'il s'agit d'un novice comme Tae Joon, cela implique de le protéger. D'être là pour lui quand il en aurait besoin, et de ne pas le mêler à ses propres problèmes. En a-t-il la force ? Devra-t-il demander à Knut une faveur qu'il ne peut confier à nul autre, le liant davantage à la folie de leur relation ? Tae Joon n'a sans doute pas conscience des conséquences ; être son ami, pour Seung Joo, c'est prendre des risques. Et lui faire prendre des risques - la raison, principalement, pour laquelle il devrait refuser. Mais la négation reste coincé dans sa gorge. Alors même qu'il voudrait protester, intimer à son camarade de se taire, il est celui qui suit l'ordre, capturé par le flot de ses paroles. Ah, comme il a toujours rêvé de les entendre.
« Mais tu auras besoin d'autres amis que moi. » : soutient Seung Joo, buté - avant de se rendre compte qu'il n'y a pas le moindre conditionnel dans sa voix, et qu'il semble avoir déjà accepté leurs positions respectives. C'était inéluctable, se répète-t-il ; mais mentalement il soupire.
« Rares sont ceux qui ont quelque chose à apporter, soutient Seung Joo, et son ton se durcit alors qu'il continue : mais tu en fais partie. Tu te sens vide ? tant mieux, sinon tu souffrirais trop. Tu n'es pas perdu, Tae Joon, juste déboussolé. Tu veux peut-être que je te raconte comment ça a commencé, pour moi ? J'étais fou. »
Et les souvenirs commencent à affluer en lui. Il se revoit gisant sur le lit, une affreuse souffrance lui perçant l'œil alors qu'il ne contemplait plus qu'une moitié de monde. La lumière était aussi douloureuse, alors il fermait souvent les paupières. Il était maigre, affreusement maigre, et cela était aussi dû à des questions de rationnement ; il était maigre depuis la guerre, et ses muscles avaient fondu. Il mangeait peu, pourtant il avait faim ; mais s'il avalait trop de nourriture, il se mettait à rendre. La sensation de vomissement lui était odieuse, car sa gorge le brûlait, l'odeur l'étouffait, et la faim finissait toujours par revenir. Il savait qu'elle pouvait conduire à la folie, que l'on pouvait finir esclave de la main qui vous alimentait. Quand il abaissait ses paupières, il se rappelait de choses dont il n'était pas très fier. Il aurait voulu dire que ce n'était pas lui, mais c'était un mensonge ; il disait que c'était l'autre pour ne plus avoir honte de lui-même. C'était sans doute cela le pire : il avait fini par croire qu'il ne valait pas grand-chose. Et la façon dont il avait perdu son œil était, au final, la preuve suprême de son inutilité. Il était futile, Seung Joo ; il pouvait bien mourir, il ne manquerait à personne.
La gorge serrée, il chassa une larme rebelle de son œil valide, se demandant comment il pouvait encore avoir envie de pleurer en repensant à cette période ; c'était stupide.
« Moi, je ne servais à rien. J'étais à demi-aveugle et je divaguais. Je ne savais pas me battre et je ne savais pas travailler. N'importe qui aurait pu s'emparer de moi et faire de moi ce qu'il voulait. Tu sais, ça fait peur. Parce qu'on est toujours un peu conscient, malgré tout, et on craint ce qu'on te fera faire. Mais... on n'y peut rien. Sinon on crève, et là on se dit que merde, j'aurais dû clamser plus tôt plutôt que d'être ce chien-là. »
Son exposé est presque dénué d'émotion. Presque. Il ne regarde pas Tae Joon ; il ne cherche pas à remettre en cause son propre vécu, mais le met simplement en garde. Il aura du mal à trouver de la pitié en son comparse. Il trouvera une épaule sur laquelle s'appuyer, et une oreille pour écouter, mais la compassion restera lettre morte. Et d'une certaine manière, il s'en veut. Il aurait aimé être l'ami idéal pour Tae Joon, mais ceci prouve qu'il ne l'est pas. Qu'ils feraient mieux d'arrêter tout de suite leurs illusions. La vision idyllique de l'amitié de l'opportuniste ne tient que pour les membres de sa diaspora, aurait voulu dire Seung Joo ; aimer traîner avec quelqu'un, ça ne suffit pas. Sinon, ils seraient déjà amis. Si Seung Joo résiste, c'est parce qu'il sait que cela ne peut pas fonctionner ainsi.
« Quand t'es rien et que quelqu'un veut bien être ton ami, tu sais que tu seras le sien. C'est comme ça que ça marche. Mais je ne suis plus "rien", alors... »
Le croupier tourne alors la tête pour observer Tae Joon, Tae Joon qui ne sourit pas, Tae Joon qui se berce d'illusions. Et cela le rend si triste, il se rend compte que c'est lui qui prend son pair en pitié. Il ne comprend pas, et ce faisant il rejette tout ce que Seung Joo a fait pour survivre. Les rares choses de l'après-guerre dont il estime qu'il n'a pas à rougir. C'est violent, dans le fond ; c'est tellement blessant qu'il s'étonne presque de ne pas avoir répondu avec plus de véhémence. A la douceur de ses paroles, on comprend qu'il a déjà un peu baissé les bras. Il n'a même pas envie de défendre son point de vue, de toute façon ce serait inutile. Vidant brutalement sa tasse de café, se brûlant la lèvre et la langue au passage, Seung Joo repose le contenant avec brutalité sur la table, qui tremble un peu sous la véhémence du contact. Tout à coup, son visage se fait totalement sérieux - et Tae Joon doit comprendre qu'il doit être totalement sérieux s'il ne veut pas le perdre.
« Si je donnais ma vie pour toi, est-ce que tu voudrais m'en empêcher ? »
Dis-non, ne peut s'empêcher Seung Joo. Dis non, et prouve-moi que malgré nos différences, tu sauras respecter mes volontés. Parce que Seung Joo est comme ça, il a beau avoir envie de vivre, il ne peut se défaire de l'impression qu'il ne vaut plus autant que les autres. Et rien ne lui ferait tant plaisir que de savoir sa mort utile. Il préfère que Tae Joon porte son deuil, plutôt que de le vivre lui-même.

hrp:
ce rp m'a fait bcp de bien à écrire, même s'il est drama. me tue pas, je t'aime. en plus tu es mon 1111e message alors j'espère que tu apprécies cet honneur.
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let me out
Personnage : Tae Jung n'avait rien demandé et pourtant on lui a tout volé. Tout droit venu de Corée du Sud, juriste fraichement diplômé il se retrouve perdu dans une ville qui le dépasse. En deuil de tout ce qu'il a perdu, des amis qu'il a laissé derrière lui son visage est distant et ses moues boudeuses. Aussi s'est-il décidé de se concentrer sur le travail, de s'enrichir et de ne plus penser à rien : surtout pas à lui, surtout pas à eux. Surtout pas à tout ce qui existait avant et tout ce qui pourrait exister maintenant.
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posté le Dim 25 Juin 2017 - 22:35 (14)
« Tu te mets à parler et j’aimerais t’arrêter. Tu te mets à parler et je vois dans ton regard quelque chose se fracturer : peut-être car tu m’évites, peut-être car tu me fuis. Car j’ai l’impression que tu pourrais te mettre à pleurer même si cela ne te ressemble pas. J’ai envie de me lever et de te prendre dans mes bras, de te dire que ça ira, que tu n’es pas rien mais tu le prendrais mal et tu t’énerverais, n’est-ce pas ? Tu te livres et des mots que je n’aurais jamais cru entendre se déversent tout contre moi et me noient. Alors je ne bouge pas, j’essaie de ne pas sourire : alors je t’écoute. Car Seung Joo t’a-t-on un jour écouté ?

As-tu un jour eu un ami, un vrai ?
J’aimerais soupirer, écraser mes paumes sur mon visage et poser les coudes sur la table. J’aimerais me plonger dans l’obscurité et arrêter de t’écouter arrêter de penser à tout cela. Les amis sont rares, je le sais : on peut passer sa vie et les rater. Mais me dire que tu n’as peut-être eu personne pour t’épauler, pour t’aimer : me dire que tu ne ris jamais me blesse terriblement. J’aimerais que mes sourires soient contagieux et qu’ils viennent toucher ton coeur, qu’il le fasse battre comme il est censé battre en présence de personnes aimées, mais qui surtout, nous aiment.

Qu’as-tu pu bien vivre ? Tu es comme ces grand-mères qui m’ont vu grandir et que j’ai vu mourir. Tu es comme leurs époux, tu es comme leurs cousins tu es comme eux tu as vécu la guerre. Nombre de nord coréens commencent à fuir le pays, certains mourant avant d’arriver à la frontière : leurs témoignages sont toujours glaçant. A force je réalise qu’ils ne sont plus tout à fait humains, plus tout à fait comme nous : on les a déshumanisés et pour eux, il s’agit d’une normalité. Le mensonge est coutumier, la torture régulière et la famine ordinaire. Je sais qu’on ne peut jamais se fier à leurs témoignages et qu’il faut attendre plusieurs années pour qu’enfin ils reviennent sur le plateau et osent dire la vérité.

Enfin, enfin je secoue imperceptiblement la tête et reviens vers toi, te fixe et déchiffre la moindre de tes expressions. Je t’écoute et tout ce que tu dis me tord et j’ai sans doute l’air grave mais je n’y peux rien. Je vis ton récit mais par dessus tout je vis ce Seung Joo qui, j’ai l’impression, se confie. Je me demande si tu as déjà parlé de ça à d’autres, et comment ils ont réagi ? Je n’ai pas pitié de toi, pourtant, et ne ressens qu’une vague compassion. Ce qui me touche, c’est te voir là. Ce qui me révolte, c’est me dire que peut-être, tu penses valoir moins que moi, que nous, les autres. Et voilà que tu recommences à parler et qu’enfin tu confirmes ce que je pense, admets l’impensable. Une seconde passe et je te dévisage, creux. Ce n’est que lorsque tu finis et poses cette question revolver que d’un coup je m’agite.

Soit je me tue, soit je te tue : tu veux qu’un de nous y passe et tu veux que ce soit toi.

Comment peux-tu concevoir ainsi l’amitié ? Comment peux-tu concevoir qu’aimer c’est se sacrifier ? Aimer c’est certes se donner, c’est certes donner à l’autre la possibilité de nous blesser, mais c’est aussi recevoir, partager. Aimer c’est tout un ensemble de choses qu’on a souvent du mal à réaliser. Et je te fixe et mon visage est blême puis d’un coup je bouge et je viens vers toi. J’ai un sourire fragile sur les lèvres, doux, et prenant ma chaise avec moi je me pose tout à côté de toi.

Je prends ta main et la recouvre des miennes, la laisse reposer doucement dans leur creux. Je reste ainsi un instant, paisible, la regardant, puis remontant vers toi pour finalement te dire : « C’est ce que font les amis, Seung Joo. » Et je ne bouge pas je ne la serre pas je la laisse posée ainsi : « Regarde comme il est simple de te prendre la main, regarde comme il m’est naturel de poser la mienne sur la tienne et de laisser la tienne reposer sur la mienne. » Et j’ai beau être froid, j’ai beau être distant j’ai beau parfois être une ordure je sais qu’au fond, ça ne me changera pas. Je sais que mes valeurs sont en moi et que l’amitié, l’amour que m’a transmis ma mère puis mes amis resteront toujours là : « Tu ne dois pas douter de ce que tu es, ni de ta capacité à aimer ou être aimé. » C’est un jour ce qu’on m’avait dit.

C’est un jour ce que j’ai cru : ce qui me parait si abstrait, à présent que je suis seul. Mais je sais qu’il est important de s’aimer pour aimer et qu’il est important d’y croire et quand je suis là devant toi je sais que c’est possible, réalisable : « Pourquoi donnerais-tu ta vie pour moi ? Pourquoi prendrais-tu une balle m’étant destinée ? » Je soupire, doucement, baissant la tête, souriant : « Si je dois mourir, ainsi soit-il. Ta vie ne vaut pas moins que la mienne, la mienne ne vaut pas moins que la tienne. Nous avons tous les droits de vivre, tous les deux le droit de vouloir continuer à vivre : tous les deux le droit d’imaginer un futur, de vouloir survivre, être heureux. De vouloir vieillir et rester proches. Et ce n’est que lorsqu’on s’estime qu’on peut se permettre de se sacrifier pour un aimé, car alors on ne se sacrifie par car on juge qu’on vaut moins qu’eux, mais car on les aime et les estime si fort qu’on n’imagine pas notre vie sans eux. Alors on ne réfléchit pas, on saute, et on se dit pourquoi je fais ça. Mais au final le regrette-t-on vraiment ? » Et je sais que je marche sur une pente verglacée et que tout pourrait être mal interprété. Une mère peut se sacrifier pour son enfant, un époux pour sa femme ou une fille pour ses parents. Car il existe des liens si forts qu’ils transcendent tout et font agir au-delà de tout instinct, toute survie personnelle. Et pourquoi par, oui, pourquoi pas. Peut-être que moi aussi, si quelqu'un pointe un couteau vers toi, je me lancerai, m’y jetterai : car je ne veux pas te voir souffrir, car c’est comme ça. Mais te sacrifier ? Le faire car peut-être je vaux plus, car toi tu n’es rien, car le monde continuerait de tourner sans toi ? N’importe quoi. « Si tu pars Seung Joo moi je ne t’oublierai pas et tu sais je ne veux pas te voir partir, je ne veux pas te voir mourir. Je t’estime et il me serait douloureux de te voir te sacrifier pour moi. Il me serait douloureux de voir que peut-être, tu ne t’aimes pas. » Je ferme les yeux et je ne sais plus ce que je dis mais c’est trop tard : « Je ne suis pas si fragile, alors ne te sacrifie pas pour moi car j’aimerais que dans vingt ans encore tu sois là, avec moi. Car j’aimerais qu’un jour tu sois heureux, je sois heureux, car j’aimerais oui qu’un jour nous nous sentions bien et qu’il n’y ait plus ces démons nous hantant. »


Spoiler:
alors ton rp était juste trop bien, je suis si contente qu'il t'ait fait du bien à écrire et honorée que ce soit ton 1111 messages ?? et j'espère que du coup ma réponse te plaira, qu'elle te fera, peut-être, ressentir des choses et te donnera envie de répondre. en tout cas j'y ai mis de l'amour ♥

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posté Hier à 22:48 (15)
Il parle, sans doute trop, comme il ne l'a jamais fait ; c'est la preuve qu'il est vivant. Il ne suffit pas d'emplir ses poumons d'air et sa tête de pensées pour en avoir la preuve : on demeure trop passif, on ne fait qu'exister. Seung Joo pense qu'il est mauvais, dans le fond ; il ignore si c'est lui seul, ou si c'est un trait commun à l'humanité toute entière ; mais il doit expier une faute qu'il a commis dans l'enfance, peut-être était-ce simplement de suivre son père, sans remettre en question ses opinions, ou alors de suivre son père, sans adhérer pleinement à ses idées - n'y adhérant que par fanatisme plutôt que par réelle conviction. Les belles idées lui ont toujours plu, mais elles lui faisaient peur ; elles recelaient une part d'irréel qui pouvaient les rendre caduques, aussi faisait-il preuve de prudence, en ne leur offrant que son consentement. L'histoire lui a donné raison : il ne pouvait pas vivre de ces seuls idéaux. S'il y cède, il en mourra. Il ne cherche pas vraiment le sacrifice, comme Tae Joon le pense : il le croit inéluctable. Il a déjà défié la mort pendant trop longtemps, et il ne peut concevoir qu'il a de la chance. C'est une fausse chance, se dit-il, une chance qui tel un cadeau empoisonné lui donne surtout l'occasion d'avoir mal (comme ces lèvres échauffées qu'il a refermé avec délicatesse).
Il parle trop, mais il ne s'est jamais vraiment confié ; et encore à présent il ne le fait pas tout à fait, il cache des choses, tait des éléments qu'il juge bon de ne pas amener à la lumière (consciemment, inconsciemment). Son exposé sonne creux ; il y manque des émotions, pourtant il en injecte un peu, sans même le vouloir. Mais les mots n'ont pas la puissance nécessaire à décrire ce qu'il a pu ressentir ; les mots peur, angoisse, tourment ne font que convoquer des images toutes faites, formatées, et ce faisant, elles détournent un peu la réalité de la chose. Ce fait est bon, si l'on veut comme lui cacher des choses. Seung Joo n'a pas envie de se confier, du moins pas aussi vite. Non car Tae Joon n'est pas digne de confiance ; mais il veut le préserver. Le récit de sa jeunesse ne pourrait que teinter son âme, peut-être pas la corrompre, mais en tout cas y apporter un changement, une nouvelle impulsion qui ne lui sied pas. Seung Joo ne rêve pas d'un échange ; alors il ne devrait pas écouter la réponse. Il le fait par politesse.
Et il se laisse emporter.
Il ne savait pas que l'on pouvait sortir tant de niaiseries avec sincérité.
Il ne savait pas qu'il y avait plus idiot que lui, qui voudrait faire du rêve une réalité.
(Et est-ce si grave ?)
Des discours d'égalité, des ne meurs pas soufflés du bout des lèvres, il en a déjà entendu. Qu'est-ce qui est différent, cette fois ? Peut-être, que ses blessures du passé n'y changent rien. Ce qu'aurait dû Tae Joon aurait été différent si Seung Joo avait parlé d'autre chose, et en même temps cela aurait revenu au même.

Les mains de Tae Joon sont posées sous les siennes. En d'autres circonstances, dans d'autres lieux - cela voudrait dire autre chose.
Mais cet éclat lumineux n'a qu'une unique signification.

Seung Joo n'explose pas. Il pourrait être irrité mais il n'arrive pas à l'être ; pris de court, il laisse simplement la surprise se répandre en lui. Et il commence par dire, presque avec faiblesse :
« Ne me change pas. »
Mais c'est faux, il doit changer. Il ne peut pas demeurer dans cet état d'incertitude. Il doit apprendre que l'on peut l'aimer. Que son amour peut s'épanouir, peu importe son objet - parent, amant, ami. Il sent sa main trembler sous celles de Tae Joon, mais il ne parvient pas à la retirer.
« Mais que fais-tu si ce n'est pas ce que je veux ? Tu vois bien que ça ne marche pas, entre nous. On est trop différents. »
Et pourtant, Seung Joo est abeille, et le monde que Tae Joon propose, la fleur ; il lui est impossible d'y résister. Tous ses instincts lui hurlent de se lancer, car cette fois il n'y aura pas de pièges. Il a même déjà prévu les difficultés, les épreuves qu'il devra nécessairement surmonter. Le chemin est clair, et c'est rare : l'avenir, c'est généralement ce sombre magma qui bout en dessous de chacun de ses pas, et on ne sait jamais quand il peut nous emporter. Il y a dans l'œil du mutilé une adoration secrète, profonde, qu'il a peur de révéler. Mais il ne se dérobe pas pour autant, oh non ; on ne peut pas s'échapper quand l'utopie tant désirée est à portée de main.
« Ma vie vaut quelque chose, finit-il par affirmer, mais celui lui coûte presque de l'admettre. Mais je ne pense pas comme toi pour autant. Aimer quelqu'un, ça ne dure jamais pour la vie. On finit par forcément par perdre, et c'est plus dur. Tu ne sais pas si dans un instant, tout sera terminé. »
Cependant, cela n'a rien d'un rejet ; ce n'est qu'une prévision menaçante, une mesure de précaution que Seung Joo estime nécessaire de préciser. Il ne veut pas décevoir ; il sait qu'il ne changera de vie, et qu'exposé au danger il pourra disparaître sans un mot. Peut-être Tae Joon croira-t-il alors qu'il l'aura abandonné. (Et il n'aura pas tort, mourir c'est laisser des gens derrière soi.)

hrp:
j'ai ressenti, mais maintenant je me vide.
ne me fais pas ça. sinon la prochaine fois je ne lis pas avant d'avoir le temps pour répondre, c'est quand même vachement une torture sinon.
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