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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

Impression soleil couchant, temps brumeux (Tobias)

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posté le Dim 28 Mai 2017 - 18:11 (1)

Je pense parfois que le musée est une vaste arnaque ; la culture ne bouleverse vraiment que ceux qui savent s’en saisir. Et tous ces gens qui passent, qui dérangent le silence de l’Art, les délicates ou foudroyantes intentions des peintres, par cette curiosité que ces touristes de la vie portent, et si vide de sens. Je les vois chaque jour s’extasier devant le prestige d’une œuvre qu’ils ne connaissent pas, ou que d’un nom, sans comprendre. Ils impriment l’image, l’oublient à la seconde où ils défilent dans les grandes avenues dallées, jusqu’à l’œuvre suivante. Et ils ne s’attardent jamais, ils ne pensent jamais, ils observent sans ne rien voir. Ils se gavent comme des oies, délaissent ce qu’ils jugent insignifiants. Leurs jambes se baladent et foulent le sol comme elles faucheraient l’herbe d’un jardin. Ils s’émerveillent et je désespère. L’essence même de l’Art se suicide dans leurs regards. Les œuvres se chagrinent devant l’indélicatesse d’un public presque ouvrier, se pressant vers la sortie et emportant enfin dans leurs bagages l’idée effroyable d’une usine culturelle.
Et je reste un instant coite devant ce ridicule, ce jour de trop. Je regrette l'absence d'un verre entre mes mains. J'aurai bu à cette indifférence, à ce cirque. Je ne compte plus les secondes qui me séparent enfin de la foule.
Je finis pourtant par m'éloigner de l'entrée, l'esprit un peu ailleurs, dans cette incompréhension foudroyante. Ils sont partis. Et je me demande encore ce qui m'arrive. C'est peut-être ce vague sentiment de libération qui m'emporte. Le soulagement enfin. Le musée fermera dans une heure, je respire. Le lieu retrouve toute sa sacralité. Je pourrais errer dans ces allées presque vides,
toute la soirée et toute la nuit, sans me lasser vraiment.
Les épaules qui s'affaissent, mes mains se noient entre les pans en mousseline d'une longue jupe pâle et beige. Mes pas ralentissent, s'agrandissent. Je dérive sur une mélodie imaginaire, un air classique. Je pense à cette tranquillité retrouvée.
Je suis chez moi.
Maintenant je connais par coeur ces chemins, ces ailes peuplées par des courants de tous les temps, de tous les horizons, et même par l'Art que je ne connais pas encore, que je n'aurai jamais dû rencontrer peut-être.
Tous me dévisagent.
J'aime croire que nous nous connaissons.
Je les chéris doucement, pour ce qu'ils sont aussi ; mes derniers repères.  

Entouré d'impressions sur toile, il se détache doucement, se rappelle à ma mémoire. Je comprends que je m'attendais à le trouver là. Naturel, étranger et habitude à la fois. Il devient presque lui-même une oeuvre d'art. Peut-être a-t-il toujours été là, bien avant moi. Je ne sais pas. Et j'imagine le connaitre sans jamais pourtant lui avoir adressé un mot. Je sais pourtant tous ces endroits où il ne va jamais. Souvent, quand notre collection accueille une nouvelle impression je pense à lui. C'est furtif. De loin je veille quelques secondes encore sur ce tableau qu'il offre, sur cette scène qu'il est, sur les esquisses qu'il dresse sans jamais oser pourtant l'interrompre dans son Art. Je ne suis qu'une humble figure de l'ombre. Je pourrais m'oublier à le regarder ainsi s'oublier lui-même.
C'est pour les êtres comme lui que la peinture existe.
Comme toujours, je pourrais passer mon chemin et faire semblant de l'ignorer. Pourtant, à une seconde près ce sont toutes mes habitudes millimétrées qui se décalent.
J'ai un souffle nouveau pour se jeter contre sa peau.

« L’artiste est un impressionniste français, il a disparu avant d’être connu. Ses œuvres ont sombré dans l’oubli depuis. Cela faisait trop longtemps que celle-ci prenait la poussière dans la réserve. La plupart des gens passent devant sans la regarder ; les gens ne s’intéressent à tort qu’aux grandes choses. S’ils s’arrêtaient… Alors ils se rendraient compte qu’une toile de petite taille peut être riche en intensité. »

Nos deux corps se retrouvent bientôt sur la même ligne. Il est plus grand ; mon épaule n'arrive pas à la hauteur de la sienne. Les mains croisées, je ne sais pas si je fais irruption dans la scène trop tôt ou trop tard. Peut-être ne suis-je qu'un élément rapporté au tableau. Suis-je apparue trop furtivement ?  

« La brume dissimule les embarcadères, mais les reflets sur l’eau sont particulièrement saisissants. Il a peint cette scène peu après son arrivée à Pallatine. C’est le port de pêche d’Ocane, mais si vous y êtes déjà allé vous l’avez peut-être reconnu. » Une courte pause, le temps de réfléchir. Je revois l'image. « Le port n’a pas beaucoup changé depuis. » Non c'est vrai, comme tout le reste ici. Tout demeure immuable et constant.
Et puis je me souviens, de ce que je viens de faire, de cet écart. Car de l'ombre il me semble passer soudainement à la lumière. Je ne peux pas vraiment m'empêcher de me justifier. Tout ce temps passer à le remarquer, quelques secondes pour exister. « Vous dévisagiez cette peinture avec insistance : j'ai pensé que vous aimeriez savoir où elle avait été peinte. Je ne voulais pas vous déranger bien sûr. »  
  


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Personnage : Ayant vécu les deux guerres mondiales, Tobias est un être sensible à la beauté des choses, à l'Art sous tous ses aspects. Sociable, il se laisse porter par ses impulsions. Optimiste, il est certain de pouvoir changer le monde. Il voudrait recréer un groupe d'artistes. Il fréquente les cafés et le quartier Sharsfort.
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posté le Jeu 1 Juin 2017 - 21:44 (2)
Si le musée de Saint-Juré avait existé sous une incarnation humaine, Tobias l'aurait épousé – qu'il soit homme, femme, ou dénué même de toute identité sexuelle. Ce musée était le cœur de Saint-Juré, ce qui faisait vivre cette parcelle du quartier Sharsfort. Qu'il pleuve, neige ou vente l'Autrichien finissait toujours par s'y retrouver, au moins une fois par jour, tous les deux jours si cela était trop compliqué, pour respirer l'air ambiant. Tel un amoureux des livres inspirant, à grandes goulées, l'odeur du papier et de la poussière. Tobias flânait au sein des couloirs sans prononcer un mot, s'imprégnant de l'ambiance, évitant la foule et les groupes d'excursions. Une fois il fut même tiré de sa léthargie par le gardien tant il était plongé dans une œuvre et avait oublié que le temps filait.

Aujourd'hui il n'avait d'yeux que pour une nouvelle pièce ornant la collection du musée. À première vue il ne payait guère avec sa petite taille, le faisant presque se camoufler derrière les impressionnantes scènes toutes encadrées de dorée, s'étalant sur des mètres et des mètres. Tobias prit place sur une banquette lui faisant face l'admirant comme d'autres observent un paysage par une fenêtre ouverte.

Quelque chose l'attirait dans cette toile, dans ces coups de pinceau, cette peinture qui dévoilait un port se levant aux aurores. La vision d'un matin se levant, saisit à l'instant en quelques traits de gouache. Un instantané qui avait une saveur toute particulière, toute basée sur l'observation, la mémoire de l'homme. Un souvenir qu'une photographie n'aurait pas pu saisir de la même façon.

La voix de la conservatrice le tira de son observation. Tobias cligna des yeux reprenant place dans la réalité, encore déboussolé. Le profil de la femme ne lui était pas inconnue. Il l'avait croisé, plus d'une fois, au détour de ses promenades. Aujourd'hui c'était la première fois qu'elle lui parlait. Il l'écouta religieusement comme un dévot aspirant au prêche de l'homme d’Église.

« Vous ne me dérangez pas. » souffla Tobias, la voix un peu rauque en prenant la parole. « Au contraire. Ce que vous dites m'intéresse beaucoup. Cette toile est sublime. J'ai l'impression d'avoir déjà vu ce style sur... Enfin... Avant de venir à Pallatine. »

L'Autrichien marchait sur des œufs en mentionnant la Vie d'Avant, l'Existence sur Terre. Le sujet était délicat, pas toujours apprécié de ses pairs qui, pour certains, préféraient vivre en ignorant ce fragment de leur vie comme s'il n'y avait eu que Pallatine.

« Je résidais à Ocane auparavant. Si cela se trouve, j'ai rencontré cet artiste au marché sans jamais le savoir ! » s'exclama l'homme avec l'emphase d'un fan se disant qu'il avait pu croiser un de ses modèles, par hasard, au détour du rayon conserves du supermarché. « Pourriez-vous me parler davantage de lui ? S'est-il mis à peindre seulement à Pallatine ? Avez-vous d'autres œuvres de lui ? C'est que, je suis artiste moi aussi, à mes heures perdues. Et j'apprécie beaucoup les sentiments qui se dégagent de cette toile. On dirait du Monet. »

Désolé pour le temps de réponse !
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posté le Sam 3 Juin 2017 - 14:12 (3)

Elle ne s’était probablement pas attendue à ce qu’il soit si intéressé par ses mots, ses mots qui au fond ne revêtaient pas tant d’importance. Ils n’étaient que notion historique, et on savait qu’à Pallatine, l’histoire se déboussolait sans retrouver sa juste chronologie. « Alors vous devez être un fin connaisseur. » car l’artiste n’avait certes pas marqué l’édifice de l’histoire de l’art, y avait contribué un temps comme tout un chacun bien sûr. L’homme n’existait bien plus qu’au travers d’une signature. « Savez-vous que la plupart des gens vienne se perdre ici pendant des heures en croyant qu’ils s’imprègnent de l’art ? Ils marchent d’un bloc à l’autre à s’en donner mal aux jambes, ne savent même pas qui a peint quoi, et leurs jugements passent d’un extrême à un autre ; j’aime, je n’aime pas. » Et ce disant, puisqu’elle ne le dérangeait pas, les volants de sa jupe oscillèrent doucement : l’instant suivant elle s’asseyait sur le bord de la banquette trop basse tandis qu’elle détaillait déjà les mèches blondes du visiteur.
« La foule me rend égoïste et j’aimerai parfois pouvoir mettre le musée sous clé. Heureusement les gens comme vous me font changer d’avis. Et je me souviens que j'ai trop d'exigences pour cet endroit. »
Et cette vérité là était dite d'un sourire sans charme et sans saveurs, seulement de cette façon très formelle d'exposer les choses. En écoutant sa voix trop fade, en s'attardant sur les traits trop lisses de sa figure, on aurait pu dire que Jade n'avait pas l'âme d'une artiste, qu'elle demeurait trop rigoureuse et trop droite pour les nuances propres de l'Art. Pourtant tout au fond d'elle, elle en mesurait toutes les teintes. Et sans doute prenait-elle cela trop à coeur, les oeuvres avant les gens, avant elle-même aussi peut-être.
Une grimace aigre avait encore parsemé ses lèvres comme elle se rendait compte qu'elle dérivait malgré elle de la conversation. Consciente de cet écart, elle avait maladroitement reporté son attention sur la toile. Et ne pas regarder dans la direction de l'homme lui demandait à dire vrai un effort presque considérable. En repensant à ce qu'elle avait dit, à ses plaintes silencieuses et intimes révélées avant qu'elle n'ait le temps de vraiment y songer, ses joues s'étaient empourprées seules ; voilà que ça devenait une fâcheuse manie de trop en dire lorsqu'on savait plutôt qu'elle avait tendance à ne jamais s'épancher suffisamment.
Et tout en ayant conscience de cela, peut-être troublée, ou fatiguée, ou simplement ailleurs comme cela arrive parfois, le reste était sorti sans même qu'elle s'en aperçoive, d'une insensibilité gauche.
« Cela m'étonnerait beaucoup, après tout il est mort. »
Soudain, elle avait sursauté en entendant la brutalité de ses propres mots. Et se souvenant qu'il existait des manières d'annoncer des décès, sa tête bascula naturellement vers celle de l'inconnu, bouche légèrement entrouverte. Sans son.
Quelques instants seulement bien sûr.
Ses regards affaissés donnaient l'impression qu'elle cherchait comment enchaîner. Les lèvres plissées, elle aurait voulu décrire l'humain le plus justement possible.
« Je suis navrée de vous l'apprendre de cette manière, je ne sais pas si vous l'auriez aimé. Enfin. Je veux dire, ce n'était pas seulement un homme étrange, il était caractériel, il pouvait entrer dans de terribles colères. Il déchirait la plupart de ses toiles dans ces instants là. D'ailleurs je me souviens d'un jour, il a déboulé au musée, à cause de cette toile justement, une allumette en main ; il s'était mis en tête de la brûler. Il était impossible à calmer. Vous imaginez quelqu'un comme moi m'opposer à une montagne ? C'était ridicule. Je crois que je n'ai jamais été aussi énervée de toute ma vie. Je ne sais toujours pas quelle mouche l'a piqué ce jour-là. Je lui ai interdis l'accès au musée pour le punir. Mais il l'avait bien cherché cette fois-là ! Son excentricité le rendait parfois exécrable. En fait, vous l'auriez vu, vous ne lui aurez rien trouvé de sensible, rien de délicat, c'était une vraie brute de la nature. En un sens, cela le rendait unique. Il peignait parce qu'il en avait envie, rien de plus. C'est admirable, vous ne trouvez pas ? Il croyait enfin qu'il n'avait aucun talent ; il est mort sans savoir qu'il était brillant. »
Elle s'arrêta un instant. Il devrait vraiment lui dire qu'elle parlait trop. Néanmoins il lui semblait que le tableau brossé était long mais simple, et représentatif du personnage. Elle n'aurait voulu lui enlever son authenticité pour rien au monde.
« Retournez-vous. Il y a une deuxième toile un peu plus loin. Les couleurs sont criardes. C'est un champ, en été, les altermondialistes cultivent. Cette oeuvre me donne le tournis, c'est beaucoup trop vif à mon goût. »
Sur cette précision, elle avait un instant rompu la distance entre eux, rapprochant son visage de celui de l'homme. Survolant la figure qui lui faisait face, son regard sembla accrocher un point derrière eux.
« Il s'était mis en tête de créer une communauté d'artistes à Pallatine, comme Van Gogh. Mais je vous l'ai dis, c'était un cochon, l'idée était séduisante mais on le trouvait trop pénible. »
Et Jade avait souri, finement, vraiment, comme un début d'éclosion. Faible bourgeon.  
« S'il vous avait connu, il aurait essayé de vous recruter. Bien sûr, pour être sûr d'arriver à ses fins, il vous aurait fait boire. On ne l'aimait pas beaucoup, mais ça ne voulait pas dire que lui-même ne savait pas aimer. Il aurait d'ailleurs aimé savoir quel genre d'artiste vous êtes je crois... Et moi aussi. »

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posté le Sam 10 Juin 2017 - 23:52 (4)
Tobias avait retenu un rire amusé lorsque la conservatrice lui avoua son envie de garder le musée pour elle seule, le transformer en un refuge où elle seule pourrait y mettre le pied. Un temple fermé aux yeux et mains de ceux qui ne méritaient pas d'y fouler le pavé. Cela aurait été du gâchis d'agir ainsi. Néanmoins Tobias pouvait le comprendre. Lui-même en entendait parfois des belles lorsqu'il se promenait au sein des galeries. Et il se mordit la lèvre en se rappelant ses premières impressions face à l'art contemporain, n'en comprenant pas l'existence. Il avait appris depuis, s'étant fait à la raison qu'il ne comprendrait jamais ces figures là, ces couleurs et traits trop abstraits pour lui. C'était, simplement, une histoire de goût. L'on ne pouvait pas tout aimer.

Le mot mort figea l'esprit de Tobias. L'homme répéta le mot en écho aux propos de la conservatrice. Son regard croisa celui de la jeune femme en une interrogation muette. Il avait envie de savoir comment cette mort était advenu, mais se refusait à poser la question. Il ne voulait pas jouer les vautours, se nourrir de noires confessions qui ne le regardaient pas. Mais il écouta les confessions de la femme, le portrait qu'elle dressait de cet homme – la chair derrière la peinture, l'être derrière l'artiste.

« Vous avez eu du courage de vous imposer à un tel individu ! Il m'aurait brisé à vous entendre. Allez savoir ce qu'il a confié dans cette peinture. Peut-être était-il plongé dans une remise en question et considérait-il cette toile comme une erreur. Leonard de Vinci ne voyait, après tout, rien de particulier dans la Joconde et elle a été encensée à travers les siècles ! Moi-même j'ai parfois jeté des croquis... Pour mieux ensuite fouiller dans les poubelles me rendant compte de ma stupidité. »

Il en riait comme un grand-père se rappelant les bêtises qu'il avait commis enfant. Son regard s'accrocha quelques instants à la toile, cette peinture qui avait manqué de finir dévorée par les flammes, avant de se poser sur la conservatrice.

« Je suis un novice. J'ai fait une école, dessiné, peint, un peu de tout... Mais je n'ai aucune gloire sur Terre. Ni ici. J'ai du exercer mon art sous un régime refusant cette expression, voulant la codifier à sa manière. Tout moyen d'expression ne glorifiant pas le régime en place était un ennemi à abattre. J'ai fuis mon pays pour l'Amérique, une terre libre où chacun amenait ses croyances, ses connaissances, son talent... Vous auriez aimé. C'était un pot-pourri de tout ce que l'imaginaire humain peut concevoir dans ce qu'il a de beau. »

Il y avait des étoiles dans les yeux de Tobias, un souffle de nostalgie qui le prenait, redressait ses épaules, sa colonne vertébrale. Se tenant droit il semblait grandi tandis que ses doigts tissaient des fils invisibles, agités.

« Mais dommage c'est du passé. Tout comme le projet de groupe de Monet. Enfin. » Haussement des épaules, concédant que le temps avait été plus fort que lui. Une de ses mains fouilla dans sa besace pour en extirper le carnet aux pages épuisées, recouvertes de croquis. « Si ça se trouve il n'aurait quand même pas voulu de moi ou aurait été un critique acerbe à la vue de mes gouaches. Vous voulez voir ? »

Il tendit le carnet, laissant loisir à Jade de refuser – ou non. Si elle l'ouvrait elle verrait des fragments de la Terre, des profils, des visages croqués au sein d'une foule, des échos de Pallatine et de ses ruelles.
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posté Hier à 22:17 (5)

Je n’étais pas si courageuse. Le fait qu’on puisse penser le contraire me rendait confuse ; je croyais m’usurper moi-même. Je me disais si fort ne jamais l’avoir été. Et s’il avait fallu donner une définition au terme, je jurerai que ce n’était pas ça, que ce n’était pas moi.

Je sentais alors une caresse douce sur mon visage comme une chaleur tiède. Le courage était un caractère noble après tout. J’aimais peut-être au fond l’idée d’inspirer. Je n’étais pas revêche bien sûr, mon cœur préférait les tendresses tristes. J’avais oublié ma joie.

Et quand je regardais l’être sensible, m’attardant sur les reflets d’innocence dorée, la mélancolie pâle, alors bien sûr il appartenait sûrement à ces catégories d’artistes dont l’âme éméchée menace toujours de se rompre sur le rocher. « Vous briser… Etes-vous fragile ? » Naturellement, une sorte de délicatesse émotive naissait toujours des existences les plus écorchées, les plus douces comme les plus précaires, les hasardeuses aussi. Je ne savais pas que ma question pouvait paraître étrange ou bien inconvenante. Je croyais seulement que tout ce qui pouvait se tordre, se malmener, que tout ce qui était voué à se recroqueviller, à se fermer, que cela oui portait une vulnérabilité pitoyable et remarquable. J’avais du goût pour ce qui pouvait rebuter parfois les gens, les rendre indécis encore. D’un avis tranché, sans que je trouve cela beau, j’étais piquée au vif.  « Les œuvres qui survivent à leurs auteurs sont comme des testaments. Elles trouvent toujours écho dans d’autres. » L’Art n’en devenait-il pas plus remarquable ? « Bien qu’elle soit très austère, je suis sûre qu’à l’époque la Joconde a su ravir son destinataire. Mais je crois qu’on l’aime aujourd’hui surtout pour le mystère qui l’entoure ; certains voient le portrait d’une Mona Lisa là où d’autres voient le portrait d’une mère pour un orphelin d’après les propres souvenirs de jeunesse de Léonard de Vinci. C’est peut-être comme ça que la plupart des œuvres survivent, avec l’impression de n’en avoir jamais dévoilé assez. »

La gloire était si ingrate parfois. Elle n’était pas synonyme de talent ; il ne suffisait pas seulement d’être exposé pour être artiste. Cela devait relever plutôt d’un état. « Un novice, ne dîtes pas cela. Beaucoup d’artistes n’ont connu la renommée que bien après leur mort, les époques sont bien capricieuses et dévalorisent suffisamment leurs artistes sans que vous n‘ayez besoin d’en faire autant. Ne laissez personne vous traiter de novice sous prétexte que votre art ne rentre pas dans une certaine case, dans un certain cadre. Il n’y a nul besoin d’avoir des toiles au mur pour être brillant. » J’aimais les inconnus. J’aimais la fraîcheur qu’ils m’évoquaient, par le jamais vu. J’affectionnais jusqu’à l’intérêt qu’ils me suscitaient, par le renouvellement qu’ils apportaient. Je m’étais mise à détester le XXIème siècle peu de temps après avoir compris que le modernisme poussé avait remplacé nos vieilles écoles. On ne rencontrait plus de peintres impressionnistes au XXIème siècle, ni même de maîtres du surréalisme. Oh bien sûr, nous avions toujours de précieux talents. Mais la société grouillante réclamait toujours plus d’extravagance. On s’arrachait les âmes torturées. On enterrait celles qui ne faisaient pas assez sensation. Et je me dis que l’Art ne tenait parfois qu’à la notoriété d’un nom. Tous les plus grands n’avaient pas réalisé que des chefs d’œuvres.

J’avais encore beaucoup de frustration. J’étais fâchée contre l’époque.

« N’est-ce pas l’Amérique des années 40 ? Vous en semblez si fier. »

Et le mot que je ne disais pas tombait lourdement dans mon esprit. J’écarquillais doucement les yeux comme secouée lentement par la brume du matin. On parlait rarement de l’avant. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi jeune et à la fois d’assez vieux pour avoir connu la seconde guerre mondiale. Quel autre régime aurait-il pu fuir ? Beaucoup en y pensant bien. Mais il fallait avoir connu le nazisme pour fuir vers l’Amérique de ces années-là. Et je n’osais pas vraiment aborder le sujet, je manquais de courage et je préférais me réfugier derrière mon tact, une douce subtilité comme amorce pour mettre les pieds dans le plat.

En même temps, mes doigts s’emparaient du carnet tendu. Je le déposais sur mes genoux avec précaution. Ce genre de propositions ne se refusait décemment pas.

« Cela devait être difficile. De quel pays êtes-vous originaire ? Attendez. Vous êtes vraiment très blond, vous pourriez venir du Nord. Oui, vous pourriez être Norvégien ou Finlandais. Mais de la manière dont vous parlez de cette époque, vous semblez y avoir vécu. D’un pays de l’Est ? Non, d’une Europe centrale et vieille. La Pologne, ou… » J’émis un claquement de langue. La Pologne, ce devait être possible, tout comme l’Allemagne. Ou encore, oui. « L’Autriche peut-être. »

Je ne le regardais plus, en vérité malgré la conversation que je maniais encore bien, je n’avais d’yeux que pour ce que je m’apprêtais à découvrir à l’intérieur de ce carnet. Peut-être le témoignage d’un temps passé, d’un temps présent. Et j’avais l’impression que le peintre me livrait ses secrètes esquisses. Je marquais quelques religieuses et longues secondes. Je savourais le relief de la couverture. J’aimais patienter pour mieux m’impatienter ensuite.

« Sans doute qu’il aurait détesté. Il était difficile. Ou votre coup de crayon l’aurait intimidé. Qui peut savoir ? Je ne peux pas vous dire ce qu’il en aurait réellement pensé. Il était trop imprévisible dans ses goûts. Mais peu importait ce qu’il en aurait pensé. Vous êtes vous, et il était lui. »

Alors avec langueur, je poussais un soupir. Presque extatique. Il était temps. D’une main sûre, je relevais la couverture du carnet. Et le monde d’un inconnu s’offrit à moi de la plus belle des manières qui soit.


ps : navrée pour le temps de réponse

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