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« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »


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"Top 10 des youtubeurs morts en 2022" - Anja

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"Je voulais faire une blague sur le sodium mais Na."
En surface? Un comic relief flemmard et souriant qui n'hésite pas à faire des farces et des blagues à tout bout de champ quelque soit la situation.
En profondeur? Des regrets, des angoisses et une dépression grandissante.
Car ce scientifique qui a passé sa vie à la recherche de la machine à voyager dans le temps sait. Il sait qu'il existe d'autres Locke, certains heureux, d'autres malheureux. Il sait aussi n’être qu'une version parmi tant d'autres d'un Locke original. Il sait aussi que son monde, son cher monde dans lequel il avait vécu toute sa vie, n'est qu'un faux monde, une simple version différente d'une Terre originale. Et il sait bien d'autres choses encore. Et il aurait aimé ne jamais savoir.
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Il faisait beau aujourd'hui. Oui. Le soleil brillait haut dans un ciel bleu et dégagé, les oiseaux chantaient, l'herbe était frais et vert...Entre autre, une journée parfaite pour ne pas rester chez soi ou dans son bureau et sécher le taf pour faire une bonne sieste. Un énergumène doté d'un sweat à capuche bleu, d'un vieux jogging et d'une paire de pantoufle roses avait décidé de profiter de ce beau temps pour faire une sieste sur un banc du vieux parc d'Ivale.
Il était allongé là, sans un souci au monde, dormant d'un rêve sans songe. C'était ce qu'il recherchait dans la vie. Dormir sans le moindre rêve, car ils tournaient souvent en cauchemar qui venaient le hanter à chaque occasion. En réalité, même si ce n'étaient pas des cauchemars, il avait tout de même peur de rêver. Peur que ses rêves soient les rêves ou les souvenirs d'autres lui, d'autres dimensions. Peut-être que le rêve où il tombait dans le vide était en réalité les derniers instants d'un autre Locke, qui sait. Ou le rêve où il se faisait tirer dessus par...par...par qui déja? Oh well. Ce n'était jamais agréable, d'avoir de telles pensées. C'était même terrifiant. Et étrangement, à cause des derniers événements en ville et des flux temporels étranges, il y pensait souvent. Trop souvent pour son propre bien. Ce qui se traduisait notamment par une consommation d'alcool accrue.
À cette allure, boire au taf et dans la journée n'était plus une impossibilité.

Lentement, à cause du bruit d'enfants s'amusant dans le parc qui se faisait de plus en plus bruyant, Locke se réveilla. Il cligna des yeux plusieurs fois pour s'habituer à la lumière et nettoya la filet de bave qui coulait du coin de sa bouche avec sa main.

-Ugh.

Les grognements d'un homme qui venait de se réveiller d'un sommeil satisfaisant.

-Maman, pourquoi ce monsieur il dort au lieu de travailler ?

Le scientifique tourna son visage vers le source de la question qui se révéla être un enfant.
À en juger par la réaction de la mère, il se douta que le spectacle d'un Loque qui vient de se réveiller d'une sieste n'était pas une œuvre d'art.

-C'est malpoli de déranger un chômeur, laisse ce monsieur tranquille.

-Ugh.

Le chômeur en question décida de prendre une position assise sur le banc en poussant un long bâillement. Étrange que son équipe ne l'avait toujours pas retrouvé. Il ne s'était même pas caché pourtant. Bah. Maintenant qu'il était réveillé, il n'allait pas retourner au taf non plus. Il fallait donc qu'il trouve de quoi s'occuper jusqu'à ce que la nuit tombe pour écumer les bars.
Il chercha des yeux une victime quelconque, puis s’arrêta sur une jeune fille aux cheveux roses. Pas une couleur de cheveux qu'on voyait tous les jours. Enfin, c'était encore plus rare que les cheveux blancs, pas vrai… ? Ahem.
Ce qui avait attiré son attention n'était toutefois pas la couleur de cheveux de la gamine, mais la caméra qu'elle transportait sur elle. Elle marchait et se filmait en même temps, tout en...euh...parlant ? Elle tournerait pas un vlog par hasard ? Oui. C'était ça. Heh, c'était la première fois qu'il rencontrait quelqu'un qui tournait un vlog. C'était donc une occasion des plus parfaite pour le faire. Le flemmard s'étira avec des gestes lents mais professionnels, puis se leva enfin pour aborder la jeune fille en toute discrétion. Lorsqu'il fut assez proche, il se plaça derrière la jeune fille et dans le champ de vision de la caméra en faisant un petit coucou et un grand sourire idiot typique du scientifique:

-Hey pretty gurl, on fait un vlog ? Intéressant. Je peux m'incruster ? Comment on appelle ça déjà… ? Ah, du videobombing c'ça ? Heh.

Il venait de faire une bonne sieste, il venait de trouver quelqu'un à embêter, il ne pouvait qu'être de bonne humeur.
Mais attendez une minute, est-ce qu'il ne connaissait pas déjà la gamine ?


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"Only the sound of footsteps broke the dead's silence. One, two, thump. One, two, thump. One, two, thump. And, every time, she expected stillness. She expected the silence to stretch forever as she slipped and fell through bottomless holes, one after the other.

One, two. She held her breath. Two beats of her heart. The infinity of time.

Thump.

But there was no comfort in the way she so easily cheated death with every footstep. Only the inevitability of a life she no longer owned. She no longer deserved. "
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"top 10 des youtoubeurs morts en 2022"
Tu ouvres les yeux, et tu as déjà cette intuition qu'aujourd'hui sera une journée de merde.
Tu regardes le plafond pendant un bon moment, sans jamais trouver la force de te lever. Tu as froid, mais tes draps ne te tiennent pas chaud, et tu ne veux pas t'enfouir sous les couvertures, parce que tu ne veux pas te voir. Tu n'en as pas la force pour l'instant, et tu n'as pas envie de pleurer, tu n'as pas envie de paniquer, tu as juste envie de... rien. Alors tu frissonnes et tu regardes le plafond, comme si tu attendais la mort. Tu as envie de te rendormir, mais tu sais que tu ne le feras pas. Tu aurais beau fermer les yeux, te retourner, te reretourner, tu ne dormirais pas. Tu as mal partout, aussi, surtout au ventre, mais tu as mal aux côtes, tu as mal au doigts, et tu as la faiblesse qui te colle à la peau. Te lever te semble un effort incommensurable, alors tu restes là, à compter les imperfections sur le plafond plutôt que les tiennes (parce qu'il n'y a pas de nombre assez grand). Un, deux, trois. Les cheveux châtains, c'est beaucoup trop fade, tu aurais voulu être blonde. Tes yeux sont trop grands, tu as l'air stupéfaite constamment. Tes lèvres sont trop minces, presque masculines. Quatre, cinq, six. Tu es trop petite, tu aurais aimé quelques centimètres de plus. Dans le même ordre d'idée, tes jambes sont trop courtes, ça manque de féminité. Et tes seins sont trop petits, mais, ah, ça, c'est probablement juste parce que tu t'affames.

Sept, huit, neuf, dix, onze, douze. Tu as commencé à pleurer sans vraiment t'en rendre compte. Les larmes mouillent ton oreiller, emmêlent tes cheveux, et il n'y a plus une seule position confortable. Pas qu'il y en avait avant, mais là, c'est pire. Et tu as l'impression de t'étouffer dans ton propre mucus, et alors qu'il coule le long de ta gorge tu te demandes s'il y a des calories, dans le mucus. Et la question te tourne dans la tête, te hante, te travaille. Alors tu rejettes tes draps et en deux pas tu t’assois face à ton ordinateur, et tu cherches ta réponse sur le net. La réponse est oui, en effet, mais en réalité ça n'a absolument aucun effet, puisque tu avales quelque chose qui faisait déjà partie de ton corps. Donc il n'y a ni gain ni perte de calories. Tu te sens stupide de ne pas avoir pensé à ça. Mais, au moins, tu es levée, maintenant, alors tu te diriges vers la salle de bain et tu verrouilles la porte, et tu entres dans la douche les yeux fermés. Tu sèches tes larmes en sortant et tu sors la balance, t'assures qu'elle est bien calibrée, et y monte. 39,1 kilogrammes. Au moins, tu as bien fini par perdre ce demi kilogramme de trop; 0,1 ça va encore. C'est bien à 0,5 que tu mets la limite. Tu descends de la balance, puis tu te tournes vers le miroir et tu t'attelles à cette tâche ardue qu'est de cacher, ou tout du moins de diminuer quelques unes de tes imperfections avec une couche de maquillage. Tu observes ton visage, une fois cela terminé - bon, tu ne peux tout de même pas faire de miracles, mais ça ira pour aujourd'hui.

Tu passes vingt-cinq minutes devant ta garde-robe sans savoir ce que tu veux bien porter. Tu n'as envie de rien; ton choix final est plus un abandon qu'une satisfaction. Tu vas agripper une poignée de céréales, puis tu te poses devant ton ordinateur une nouvelle fois, et tu décides de travailler sur quelques vidéos. Tu édites un vidéo de gameplay, puis tu réalises que c'était ton dernier enregistrement que tu n'avais pas édité, et donc que tu n'as plus rien en banque, et tu jures. Tu vas devoir sortir, tu n'as pas le choix. Ton avance s'effrite, tu as besoin d'avoir quelque chose au cas où quelque chose arrive à un de tes vidéos pré-faits. Alors tu te laisses choir sur ta chaise, deux minutes, et tu prends le temps, moins de rassembler ton courage, plus de te résigner. Tu pourrais rester ici et jouer à quelque chose, mais honnêtement, plus tu y penses, moins tu as envie de rester enfermée. Tant qu'à y être, faire semblant d'être heureuse devant des inconnus te donnera une certaine impression de normalité. Et tu as très besoin de te sentir normale, en ce moment. Alors tu attrapes ta caméra, et tu sors en verrouillant la porte derrière toi.

Tu déambules un peu, et tu décides que tu vas emmener ton audience avec toi au parc, tiens. Tu pourras faire un vlog spécial printemps, ou quelque chose comme ça, sans trop dater le vidéo. Il faut conserver l'illusion que tu es avec eux tous les jours, même si souvent, les vidéos qui sortent sur ta page sont prêts depuis des semaines quand ils sont postés. Alors tu parles, un peu de tout et de rien devant ta caméra, tu parles d'à quel point tu aimes le printemps, que c'est une saison qui te remplis d'espoir, et qui te rappelle déjà l'été, ta saison préférée. Tu remarques, alors que tu es au milieu d'une phrase, le vieux qui semble s'approcher de toi, et tu coupes court à tes mots quand il se place derrière toi pour s'incruster dans le cadre de la caméra. Tu te sépares de lui d'un pas, établissant de la distance entre vous, et tu cesses d'enregistrer. Tu lui lances un de ces regards méprisant, les sourcils haussés, les pupilles sur ses chaussures, puis sur son visage. ‟Non. Maintenant, si tu pouvais aller te perdre ailleurs, déranger quelqu'un d'autre, ça m'arrangerait. On est pas tous des chômeurs désœuvrés comme toi.” Il ne manquait plus que ça; tu n'as absolument pas la patience - quand que ce soit, mais encore moins aujourd'hui - pour gérer un vieux qui a envie de faire chier.
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Car ce scientifique qui a passé sa vie à la recherche de la machine à voyager dans le temps sait. Il sait qu'il existe d'autres Locke, certains heureux, d'autres malheureux. Il sait aussi n’être qu'une version parmi tant d'autres d'un Locke original. Il sait aussi que son monde, son cher monde dans lequel il avait vécu toute sa vie, n'est qu'un faux monde, une simple version différente d'une Terre originale. Et il sait bien d'autres choses encore. Et il aurait aimé ne jamais savoir.
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Heh. La remarque acide de la jeune fille et son regard méprisant ne donnait qu'au scientifique l'envie de la taquiner encore plus. Il sourit donc de toute ses dents et répondit :

-Voyons jeune fille, c'est un peu r….

Son cœur rata douloureusement un battement lorsqu'il finit par reconnaître la jeune fille.
La suite de son sarcasme se perdit, bloquée dans sa gorge. Il n'y avait pas que sa voix qui ne se faisait plus entendre, son corps tout entier s'était tétanisé sous la surprise et le choc. Il resta planté là, bêtement, la bouche entre ouverte.

-Aaah, merde. Finit-il par murmurer en serrant les dents.

Son dos se voûta, son regard se fit vide, et son sourire qui était pourtant son trait caractéristique s'évanouit comme neige au soleil. Sa bonne humeur d'il y a une seconde s''était évaporée au profit d'une lassitude et d'un lourd poids sur son cœur et ses épaules. Le poids du savoir. Tout ce qu'il espérait oublier sur le temps lui revenait à la figure telle une grande claque, encore une fois.
C'était donc ça, la sensation de voir une personne qui n'était plus. Ou qui était censé ne pas être.
C'était un choc à la fois similaire et à la fois différent à la rencontre d'une personne que vous ne connaissiez pas mais qui prétendait vous connaître, vous ou une autre version de vous.
Dire qu'il ne s'était pas encore remis de cette expérience avec Caleb, souvenirs qu'il avait pourtant désespérément tenté de noyer dans l'alcool, et le voilà qui faisait face à une personne qui était censée être....Ugh. Il ne pouvait pas vraiment rester indifférent, même s'il l'aurait aimé pour garder l'apparence d'un mec un peu idiot et insouciant.
Son mécanisme préféré de défense fit place : Il fallait relativiser. Le choc aurait été sans doute encore plus grand si ça avait été une personne de sa famille ou de son entourage. Heureusement pour lui, Anja et lui n'étaient pas proches, loin de là. Elle ne le connaissait même pas. Mais lui, il connaissait la jeune fille. Et cela suffisait amplement pour le chambouler un temps soit peu.
Il poussa un long soupir, et reprit son calme rapidement. En apparence. À l'intérieur ? il était toujours aussi agité et avait bien envie de boire un coup rien que pour oublier avoir vu Anja.

Mais était-elle vraiment la Anja qu'il avait connu et dont il avait tant regardé les vidéos pendant son temps libre lors de ses études à l'université entre 2 siestes? Il observa la jeune fille de la tête au pied, remarquant sa maigreur inquiétante qui lui permit plus ou moins de situer de quelle période elle avait dû être transférée. Pas la période la plus joyeuse de sa vie, il en était certain. Il y avait donc de grande chance qu'elle vienne de la timeline de Locke. C'était drôle, de voir que Anja semblait être dans sa vingtaine et Locke dans sa trentaine, alors qu'ils avaient eu tous les deux le même âge sur Terre. Putain de machine à voyager dans le temps qui...
...Attendez une minute.
Savait elle ?
Non, la vraie question était : Voulait-il vraiment savoir si elle savait ?
Car il avait cette envie de juste partir comme si de rien n'était. De fuir comme le lâche qu'il était en réalité. Laissant la jeune fille vivre sa vie, peut-être un peu plus heureuse, en restant ignorante de son avenir qu'elle avait eu sur Terre. Mais non. Elle l'aurait probablement apprise un jour ou l'autre par quelqu'un d'autre, car elle était pour le moins assez connue dans son époque sur Terre.
Aaaaaaaaah. S'il avait su qu'il ferait une telle rencontre aujourd'hui, il ne l'aurait pas approchée. Il ne se serait même pas réveillé. Il serait même peut-être parti au boulot, en fait. Ça aurait été mille fois plus préférable, et venant de quelqu'un qui haïssait travailler, c'était quelque chose.

-Anja no wit, youtubeuse de son état. Dit-il en reprenant un sourire bien moins éclatant, plus...fatigué. Dans ses yeux, on pouvait y lire une lassitude infinie de la vie et de ce monde. Ou devrais-je dire, ex-youtubeuse ? Heh. Qui je suis moi ? Huuuh, je suis...non, j'étais un abonné. Je ne me serais jamais attendu à te voir dans cette ville. Il fit une petite pause et plongea son regard dans celui de la jeune fille, puis rajouta avec un ton qui se voulait anodin : C'est la première fois que j'en rencontre un. De fantôme.

Si elle réagissait, elle savait. Si elle ne comprenait pas, de toute évidence...
Mais même si elle le savait déjà, qu'allait-il faire ? Il se le demandait bien.
Si elle ne le savait pas, allait-il tout lui dire ? En aurait-il simplement le courage ? Probablement.
Pourquoi lui, et pas un autre d'ailleurs? Ce n'était pourtant pas sa responsabilité et il était de toute façon le genre de personne à les fuir. Non, c'était tout simplement parce qu'il était le mieux placé pour savoir ce qu'elle ressentirait et pour lui expliquer. À supposer qu'elle ressente quelque chose en apprenant de la bouche d'un parfait inconnu qu'elle était morte sur Terre, et ce après une longue descente en enfer.


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"top 10 des youtoubeurs morts en 2022"
Tu baisses et tu éteins ta caméra, puisque, clairement, il ne te laissera pas tranquille de si tôt. Ça te fait royalement chier, tu as juste envie de tourner les talons et de partir. Mais tu ne peux tout de même pas abandonner ton vlog en plein milieu; ah, quoi que, tu pourrais faire genre que cette partie de l'enregistrement a été corrompue, ou... Tu trouveras bien un moyen. Mais plus tu y penses, moins tu as envie de te retrouver physiquement seule, chez toi, à nouveau. Tu pourrais aller autre part... Mais il a commencé une phrase, le vioc, et clairement il ne veut pas la finir. ‟C'est un peu quoi?” Que tu lances sèchement, agacée par son air idiot, la bouche entrouverte, puis de son agacement apparent. Il en perd même son sourire débile. Mais c'est à toi de perdre ton sourire, c'est à toi d'être agacée! Ce n'est tout de même pas toi qui l'a accosté, c'est de sa faute à lui, tout ça! Pour qui il se prend, avec son air soudainement dépité, ses yeux soudainement vides? Et toi, qu'est-ce que tu attends pour le laisser là? Tu ne sais pas trop. Tu es peut-être juste curieuse, ou trop engagée envers lui pour juste partir en plein milieu de sa phrase. Ou peut-être que tu veux savoir pourquoi il réagit comme ça. À cause de l'angoisse qui descends lentement le long de ton estomac.

Anja no wit? Ce n'est pas la première fois que tu l'entends, mais ça t'agaces toujours autant. Tu t'apprêtes à lui dire que c'est assez louche, un trentenaire qui regarde les vidéos d'une jeune fille comme toi, puis ton cerveau enregistre le 'youtoubeuse'. Alors il vient de la Terre, comme toi, dans la même (plus ou moins, au moins) ligne de temps que toi? Il te connaît. Ou, enfin, croit te connaître. Il t'a vue il y a trois ans, deux ans, avec Thomas, sans Thomas. Et la seule pensée suffit à te donner envie de vomir. L'anxiété se mets à te traverser les os, et tu ne bouges pas; tu te contente de l'écouter. Aujourd'hui n'est pas le jour où tu sais faire face à tes souvenirs. Alors la porte qu'il a ouverte vers le passé, tu la refermes brusquement, fermement, et tu te convaincs (tu sais) qu'il ne vient pas de la même ligne que toi. Pas exactement, donc tu sais que ce qu'il pense, le passé dont il vient n'a aucune importance. Ça te permet de reprendre une prise plus ou moins certaine sur ton calme; tu t'en contenteras. ‟Pallatine est pleine de surprises, faut croire.” Ton ton est toujours sec, mais l'assurance s'en échappe facilement. Parce que oui, Pallatine est pleine de surprise, et ça inclue peut-être celles que tu ne veux absolument pas avoir. Celles qui te font te réveiller, au beau milieu de la nuit, couverte de sueur, tremblotante. Celles qui secouent tes épaules dans tes sanglots d'angoisse, celles qui t'étouffent dans tes propre pleurs.

Il ne faut pas y penser. Tu ne dois pas y penser. Et puis, si il était là, tu l'aurais forcément vu, non? Il t'aurait forcément reconnu, il aurait forcément entendu parlé de toi. Tu n'es pas exactement inconnue sur le web, rien d'explosif mais tu as ton audience. Pas aussi grande que tu la voudrais, mais voilà. Donc, forcément, s'il était là, il t'aurais trouvée, il serait venu essayer de te retrouver. Mais tu n'as pas vu son visage depuis que tu t'es enfuie de votre appartement, alors il n'y a aucun risque. Aucun. ‟De quoi tu parles?” Un fantôme? Tu aurais aimé rester calme, mais ta voix se casse au beau milieu de ta phrase, parce que tu devines. L'angoisse te noue la gorge. Il n'y a qu'une seule chose qu'il peut bien vouloir dire. Et ça explique sa réaction d'avant, sa confusion... Tu cherches frénétiquement d'autres alternatives. Peut-être qu'il veut simplement dire que tu as quitté Youtube, et que tu as sombré dans l'oubli? Oui, un fantôme à la célébrité - pas que l'idée te plaise, mais elle te plaît toujours plus que... Sinon, tu as pu mourir d'une cause totalement différente. Tu t'es peut-être fais heurter par une voiture, ou quelque chose comme ça. N'importe quoi... n'importe quoi sauf ça.
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-De quoi tu parles?

Aaaaaaaaah. Locke ferma lentement les yeux en constatant tristement qu'elle ne savait pas. Et puis il se mit à rire. Un rire sans joie, épuisé, qui maudissait ce monde.
Qu'est-ce qui le mettait dans un tel état ? Le fait de voir vivante une personne morte qu'il appréciait vaguement ? Non, pas totalement. Il n'avait même pas eu un pincement au cœur quand sa mort avait été annoncée. C'était une personne célèbre comme une autre qui avait quitté ce monde trop tôt. Il ne l'avait jamais connu sur un plan personnel.
Ce qui lui retournait les tripes, c'était le rappel que la présence d'Anja lui faisait sur ce qu'il savait sur le temps et les conséquences qui allaient avec.
Dans ce monde, la mort était un concept inutile. Les morts sur Terre étaient facilement ramenés à la vie. Il n'échappait pas à cette dure réalité. Sur d'autres lignes temporelles, il était mort de bien des façons. Meurtre, suicide, maladie. Même du monde d'où il venait réellement, il était déjà mort.
Mais le voilà pourtant, comme Anja. En chair et en os, vivant. Et il était tout à fait remplaçable à sa mort ici par un autre lui encore vivant. Il était sur Terre à la fois pas encore né, un embryon, un bébé, un adolescent, un adulte, un vieillard, et un tas de squelette, tous ces états en même temps du point de vue de Pallatine. Sans parler de ses autres lui.
Aaah.
Du calme.

-Bah. Il ouvrit de nouveau les yeux et se dirigea vers un banc. Autant nous asseoir jeune fille. Ça t'évitera de tomber sur le cul. Fragile comme tu es, ça te casserait physiquement. Et mentalement, rajouta-t-il pour lui même. Lui aussi, avait bien besoin de s’asseoir.

Ce fut donc lourdement que Locke s'assit sur le banc, se vautrant totalement pour être le plus confortable possible sur un banc en bois. Pas un seul instant il jeta un coup d’œil vers la jeune fille, il se contentait juste de regarder le vaste ciel au dessus d'eux. Un ciel familier, mais qui n'était pas le sien.

-Tu connais les grandes lignes des timelines ? Demanda-t-il à Anja, avant de reprendre en se curant les oreilles : Quand tu te fais transférer, le monde se divise en 2, l'un où tu as mystérieusement disparu, et l'autre où tu existes toujours comme si rien ne s'était passé. Il faut savoir que...Il s’arrêta un instant et haussa les épaules : Meh, le reste importe peu. Tu n'as que besoin de savoir que je viens d'un monde où tu n'as pas été transférée donc je connais ton futur, si on peut le dire comme ça. Je t'épargne les détails de comment ça marche, gamine.

En pensant au mot gamine, il se mit à rire une nouvelle fois, trouvant dans cette situation un coté hilarant :

-Je dis gamine, mais en vrai, je suis né en 2000 aussi. Donc on a le même âge, sur Terre, heh.

Comme il le pouvait, il tentait de détendre l'atmosphère avec des blagues et un air qui se voulait léger. Mais il se doutait que la jeune fille avait probablement déjà tiré des conclusions de part les réactions du scientifique et du mot fantôme. Quand avait-elle été transférée, pour être exact d'ailleurs ? À 20 ans ? 21 ans ? Peu après "ça" en tout cas, c'était certain. Mais peu importe. Il était trop tard pour reculer. Ne pas lui dire la hanterait, elle se doutait maintenant de quelque chose.

-Si tu n'as pas envie de l'entendre, fuis. Si tu es assez courageuse ou folle, reste calme. Tu peux même ne pas me croire, si tu veux, mais ce que je vais te dire n'est que la vérité. Pour les détails...on verra après. Il se tut un instant, puis reprit avec un ton  solennel, sans aucune trace d'humour ou de sarcasme: De la timeline d'où je viens, en 2022, à petit feu à cause de son anorexie, la youtubeuse Anja Myhre aka Anjaknowit…n'est plus qu'un cadavre.

Autour d'eux, la vie continuait, se moquant éperdument de ce qui se passait entre Anja et Locke. Les enfants jouaient et riaient toujours, le soleil brillait de mille feux, et une jeune fille se voyait annoncer sa propre mort de la bouche d'un homme qui n'attendait que la sienne.


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Tu ne veux pas t'asseoir, et tu méprises le commentaire qu'il te fait sur ta fragilité. Ne serait-ce que parce que avec le nombre de fois où tu t'es écroulée, ton corps sait tomber sur le sol sans se fracasser. Tu sais comment gérer ton corps qui cesse de te répondre, tu sais quoi faire quand tu ouvres de nouveau les yeux, et tu sais très bien que tu ne te brises pas dès que tu touches le sol. Et si cette homme te connaissait réellement, même vaguement - s'il avait fait quelconque recherche sur l'anorexie, il le saurait. Tu ne t'attends pas à ce qu'il aie fait quelconques de ces choses, mais tu t'en sers tout de même comme excuse pour le mépriser. Pour lui lancer ce regard dédaigneux, et pour laisser ce sentiment t'envahir pour oublier l'angoisse qui t'enserre la colonne de ses griffes glacées. Et pourtant, quand il va s'asseoir, tu le suis. Tu te poses à côté de lui, établissant le plus de distance possible entre vous, et tu fixes un point dans l'air devant toi. Tu ne veux pas le regarder. Autant parce que tu le méprises, que parce que tu as affreusement peur de ce qu'il va te dire. Que tu ne veux même pas y penser, et que de poser tes pupilles sur lui et son air mi-con mi-dépressif l'impose à ton esprit sans que tu ne puisses rien y faire.

Et même si tu ne le regardes pas, même si tu sais déjà tout ce qu'il te dit, tu l'écoutes attentivement. Accrochée à ses lèvres, comme s'il parlait de quelque chose qui t'intéresse au plus haut point. Et à mesure qu'il parle, à mesure qu'il explique les choses, l'angoisse continue de te serrer la colonne - elle s'étend le long de tes côtes en vrilles glacées, descends le long de tes os jusqu'au bout de tes orteils, au bout de tes doigts qui se mettent à picoter. Lentement, tu te sens commencer à trembler, et tu serres les dents pour que ça ne paraisse pas. Après tout, le paraître, c'est tout, avec toi. C'est tout ce que tu as; c'est tout ce qui cause tes problèmes. C'est le démon au fond de tes entrailles qui te les vide jusqu'à ce que tu n'aies plus que la peau sur les os. Ce désir de bien paraître. D'être belle. D'avoir le monde à tes pieds. Tu sais que tout serait différent, si seulement tu les avais écouté, tes parents, quand ils te disaient que tu étais belle? Si seulement tu avais cessé de te détester un seul instant pour écouter ton amie, celle qui t'a recueillie, celle qui a tout fait pour t'aider? Si, un seul instant, tu avais pris le temps de réellement écouter ce qu'elle avait à te dire? Et si tu n'avais pas fais à ta tête, décidé de déménager à l'autre bout du monde pour rejoindre un garçon que tu ne connaissais que depuis quelques mois? Tu sais que tu n'en serais jamais descendue jusqu'ici, si tu avais pris la peine d'écouter les autres?

Mais tu ne l'as pas fais. Parce que l'on ne t'as jamais appris à te faire dire non. Alors, non, tu ne le sais pas. Tu ne sais pas que tout aurait pu être différent, si seulement tu avais pris le temps de te tourner vers les autres, et d'écouter ceux qui t'aimaient. Que même si tu avais finis par être malade de toute façon, ta mère aurait pu te dire que ça court, dans la famille. Ils auraient pu t'aider à comprendre avant que ça dégénère. Et si tu avais écouté les médecins, quand ils t'avaient dit que tu étais malade, que tu devais voir un psychiatre, peut-être que tu n'en serais pas ici. Mais tu es Anja. Tu sais mieux que tout le monde, tu es mieux que tout le monde, et ce même si tu te détestes plus que tu détestes quiconque. Alors tu n'allais tout de même pas les écouter; tu savais ce qui était le meilleur pour toi, non? Tu le savais tellement que maintenant tu le sais encore mieux: tu as eu tord. Tu as eu tord, et maintenant tu ne sais pas grimper hors du trou que tu as creusé toi-même. Et tu vas peut-être y mourir, affamée. Si tu n'arrives pas à en sortir, si tu n'arrives pas à grimper au prix de tes ongles, de ta sueur et de ton sang, tu vas mourir dans le fond de ce trou que tu as creusé en te disant que tu trouverais certainement la beauté de l'autre côté. Tu vas mourir, laide, avec tes joues creuses et tes côtes saillantes, et cette simple pensée te donne envie de vomir.

Tu ne veux pas mourir. Tu ne peux pas mourir. Pas comme ça. Pas du tout.

Tu ne réagis pas à son commentaire, parce que tu es trop occupée à essayer de te retenir de trembler. Tes mains enserrent tes genoux, et pourtant ça n'empêche pas tes doigts de trembler. Tu serres la mâchoire, mais tes épaules sont secouées sans que tu ne puisses rien y faire. Tu es parcourue de ces tremblements, l'angoisse qui habite totalement ta poitrine, si bien que tu as l'impression que tu ne peux plus respirer. Tes côtes serrent tes poumons, ton cœur bats la chamade et, lentement, la noirceur rampe aux limites de ta vision. Il te dit de fuir, mais tu ne pourrais pas, même si tu le voulais. Tu es figée sur place, sueurs froides le long de ta nuque. Tu ne pourrais même pas vivre avec ce secret. Tu ne pourrais pas vivre sans savoir ce qu'il s'apprête à te dire. Il s'arrête de parler, un instant, et tu sais ce qui s'en vient. Tu le sais dans le fond de tes os, tu le sais dans tout ton être qui ne cesse de trembler, dans ton cœur qui palpite, dans tes poumons étriqués. Tu le sais et pourtant alors qu'il ouvre la bouche de nouveau tu cesses de respirer.

Il te reste une année.

Dans un an, si tu ne fais rien, tu vas mourir. Mais tu ne peux rien faire, tu n'en es pas capable; tu n'en a jamais été capable. Parce que tu es faible, parce que tu ne sais plus vivre sans ton illusion de contrôle, parce que Thomais avait raison: tu es laide, et tu ne peux pas vivre si tu es laide, et la seule façon de te rendre belle, c'est de te faire ça. Tu n'y arriveras pas, tu n'y arriveras jamais, et dans une année, tu en mourras. Tu en mourras avec ta peau sur les os et tes poumons étriqués et ton cœur qui palpite et la douleur qui te prends soudainement et qui éclate dans ta poitrine et qui t'empêche de respirer. Tu trembles tellement que tu as l'impression que tu ne contrôles plus tes mouvements, et ton cœur ne bats pas régulièrement, il saute des battements, et la douleur continue de s'épancher dans ta poitrine et - oh, tu réalises que tu n'auras pas à attendre un an: tu vas mourir maintenant. Ici, assise sur ce banc, avec cet inconnu, avec ta caméra dans ton sac remplie d'un vlog qui ne se finira jamais, tu vas mourir. Parce que tu n'arrives plus à respirer, il n'y a que quelques respirations qui percent ta gorge fermée, et tu ne sens plus tes mains, et tu ne vois rien, et tu as tellement mal que tu es certaine que ton cœur s'est arrêté. Tu vas mourir, ici, maintenant, à cet instant, mais bordel, TU NE VEUX PAS.

TU NE VEUX PAS MOURIR. TU NE DOIS PAS MOURIR.

Tu as besoin d'aide, tu as besoin qu'on appelle un docteur, tu vas mourir, tu vas mourir, alors tu t'accroches à l'inconnu, tu attrapes son bras et tu t'y accroches de toutes tes forces et tu aimerais lui crier pour communiquer l'urgence de la situation mais tu ne sais pas respirer assez pour pouvoir crier: ‟Aide-moi, je vais mourir, aide-moi” tu veux qu'il appelle un docteur, tu as besoin qu'il appelle un docteur ‟Appelle un docteur, je vais mourir, je ne veux pas mourir” Tu ne veux pas mourir, tu as encore tellement de choses à faire, tellement de respirations à prendre, tu ne sais pas ce qu'il y a de l'autre côté et tu ne veux pas le savoir, tu ne veux pas mourir, tu pries tous les dieux qui existent s'ils existent de te sauver de répondre à tes prières, parce que tu ne veux pas mourir, tu ne veux pas, tu ne veux pas, ta vision se fade, tu resserres ta prise sur l'inconnu comme s'il te tenait en vie tu ne veux pas aller dans la noirceur tu ne veux pas mourir tu ne veux pas mourir mourir mourir mourir
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En surface? Un comic relief flemmard et souriant qui n'hésite pas à faire des farces et des blagues à tout bout de champ quelque soit la situation.
En profondeur? Des regrets, des angoisses et une dépression grandissante.
Car ce scientifique qui a passé sa vie à la recherche de la machine à voyager dans le temps sait. Il sait qu'il existe d'autres Locke, certains heureux, d'autres malheureux. Il sait aussi n’être qu'une version parmi tant d'autres d'un Locke original. Il sait aussi que son monde, son cher monde dans lequel il avait vécu toute sa vie, n'est qu'un faux monde, une simple version différente d'une Terre originale. Et il sait bien d'autres choses encore. Et il aurait aimé ne jamais savoir.
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Locke n'haussa même pas un sourcil en sentant la jeune fille s'accrocher à son bas en tremblant. Il osa même pousser un petit soupir exaspéré. Bien sûr, il fallait être fort psychologiquement pour encaisser ce choc sans broncher, et de toute évidence, la gamine ne l'était pas. Il s'en était douté, et pourtant….

-Aaaaah, voilà pourquoi il fallait fuir…. Était-ce dirigé vers elle, ou lui ?

Elle disait ne pas vouloir mourir. Et bien que cela arrivait rarement à Locke, cela...l'irrita. Combien de fois son amie sur Terre avait dû lui dire qu'elle risquait de mourir à cette allure. Combien de fois ses fans lui avaient dit qu'elle finirait par mourir à force de maigrir de jour en jour à ne plus en être reconnaissable. Et pourtant, elle était restée têtue et ses désillusions l’avaient mené à sa mort. Une mort des plus pathétiques et des plus solitaires. À vrai dire, Locke avait même pensé qu'elle avait cherché à mourir en toute connaissance de cause. Une forme de suicide.
Et maintenant qu'un inconnu lui prédisait sa mort, une mort qui avait eu lieu, elle tremblait de peur et ne souhaitait pas mourir, alors que Pallatine n'était pourtant qu'un ramassis de personnes déjà mortes sur Terre.
Au fond de lui, Locke voulait presque l’accabler davantage. La pousser dans un désespoir encore plus profond. Lui dire que le monde dans lequel ils vivaient se foutaient bien de savoir s'ils voulaient vivre ou mourir. Qu'elle n'était qu'une pale copie d'une autre elle. Que dans d'autres lignes temporelles, d'autres Anja vivaient une belle vie et avaient atteints leurs rêves sans rencontrer Thomas alors qu'elle était coincée ici à trembler comme une feuille. Il voulait aussi lui dire que d'autres Anja avaient sûrement vécu pires et avaient peut-être connu une fin encore plus terrible. Et il voulait lui dire bien d'autres choses encore.
Mais non.
Il serra légèrement les poings, puis le vide et la fatigue se refit de nouveau en lui. À quoi bon. La Anja morte et la Anja vivante devant lui n'étaient déjà plus les mêmes personnes. Il ne pouvait pas non plus tout bonnement jeter à la gueule des gens ses propres soucis. L'anorexie était un autre problème qu'il ne comprenait pas. Il n'était pas psychologue et lui aussi pensait en avoir bien besoin de temps en temps.
Aaaaaaah…Il aurait aimé avoir de l'alcool sous la main.

Cela dit, il ne pouvait pas rester les bras croisés alors qu'une jeune fille supposément décédée était en train de décéder. Dans d'autres circonstances, avoir une fille s'accrochant à son bras comme si sa vie en dépendait l'aurait rendu heureux, mais pas une fille qui était en état de choc. Les gens aux alentours lui jetaient des regards étranges auxquelles il ne put répondre qu'avec un sourire gêné.
Il poussa de nouveau un petit soupir et fit semblant d'appeler un médecin:

-Allo ? Oui ? J'ai un cas de pleurnicheuse sur le bras. Littéralement sur le bras. Oui. Héhé. Et ceci dit je suis un docteur. Un docteur en physique quantique mais ça...heh.

Plaisanter alors qu'une personne était en pls n’était peut-être pas la meilleure chose à faire, mais Locke ne s'en souciait pas vraiment. Mais il avait un peu peur qu'elle ne se mette à vomir sur lui d'un coup d'un seul. Il se souvenait lui même avoir dégueulé son déjeuner dans une situation similaire dans le passé. Pour calmer la jeune fille il fallait tout d'abord attirer ses pensées vers autre chose qu'une mort imminente. La colère et la surprise faisait parfaitement l'affaire.
De sa main libre il fouilla sous le banc et trouva sa bouteille d'eau dont il but une gorgée.

-Pfiou, rafraîchissant…ça tombe bien, j'en connais une qui a besoin qu'on lui rafraîchisse les idées.

Et avec un grand sourire, il aspergea la jeune fille d'eau froide.

-J'espère que ton maquillage est waterproof petite, héhé. Il reprit un air un peu plus sérieux est continua : Le fait est que, maintenant que tu es à Pallatine, ton destin a déjà commencé à changer. Et maintenant que tu sais que tu risques de mourir, tu n'as qu'à agir en conséquence. Ici tu peux changer et mener une vie tranquille. C'est bien pour ça que tu as été transférée, j'imagine.

Locke qui sortait un message optimiste. C'était quelque chose qui n'arrivait pas souvent. Et pourtant, il ne pouvait que sentir de la compassion pour la jeune fille à ce sujet. Mais croyait-il lui même à ses propres paroles ? Difficile à dire. La jeune fille pouvait toujours vivre heureuse ici, mais rien ne changerait le fait qu'elle était morte sur terre, rendant sa famille et ses amis malheureux. Même dans la timeline où elle avait disparu, sa famille et ses amis étaient probablement malheureux. Pouvait-on vraiment vivre heureux, avec cette pensée en tête ? Pour Locke, non. Mais lui, c'était lui.
Bah. Ça ne lui ressemblait pas d'être trop optimiste ou sérieux devant quelqu'un, aussi son sourire idiot refit surface :

-Bah, si tu veux me frapper pour avoir niqué ton maquillage et ta coiffure, c'est maintenant ou jamais. Mais pas dans les bijoux de famille s'il-te-plaît, haha.


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"Only the sound of footsteps broke the dead's silence. One, two, thump. One, two, thump. One, two, thump. And, every time, she expected stillness. She expected the silence to stretch forever as she slipped and fell through bottomless holes, one after the other.

One, two. She held her breath. Two beats of her heart. The infinity of time.

Thump.

But there was no comfort in the way she so easily cheated death with every footstep. Only the inevitability of a life she no longer owned. She no longer deserved. "
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Ta cage thoracique continue d'enserrer tes poumons si bien que tu es certaine qu'on ne voit même plus tes côtes sous ta peau. Tu es certaine que ton thorax n'est devenu qu'un trou noir d'où émane une douleur aiguë, juste nichée sous ton poumon gauche qui ne palpite plus. Tu te noies, chaque respiration t'es un combat alors qu'il te semble que l'air que tu réussis à aspirer ne fais que ressortir immédiatement au terme de tes respirations saccadées, superficielles. Tu aurais attendu ton cœur comme un tambour mais plutôt il n'y a rien, rien que le silence qui règne dans ton crâne et cette sensation de fatalité dans le fond de ta colonne vertébrale, celle qui te fais trembler de tout ton corps, celle qui envoie des vagues de panique s'écraser contre chacune de tes extrémités. Tu ne sens plus tes doigts, tu ne sens plus tes doigts et tu es à peu près certaine que si tu baissais les yeux un seul instant pour les regarder tu y verrais la noirceur d'une gangrène quelconque dévorant le bout de tes ongles. Alors tu n'oses pas, tu plantes ton regard dans celui de l'inconnu alors que tu mets ta vie entre ses mains, et tu espères qu'il t'aidera. Et pourtant non, il mime il plaisante comme si ce n'étais pas sérieux, et sans que tu ne puisses t'en empêcher les larmes commencent à couler le long de tes joues, ta panique atteint finalement le fond de ton cerveau, là où tu pensais que ta raison aurait raison de l'anxiété; et pourtant non, et dans ta gorge reste coincé un sanglot qui bloque ta respiration - qui la rends sifflante et plus difficile qu'elle ne l'était déjà.

Tu vas mourir, tu vas mourir ici et maintenant et c'est comme la bile qui grimpe le long de ton œsophage, comme la pensée de quelques kilogrammes de plus, comme la sensation de la nourriture sur ta langue, comme le goût du sucre, comme les calories comme sur un compteur dont les chiffres grimpent grimpent grimpent sans jamais s'arrêter, comme ta peau qui s'étire qui s'étire jusqu'à entourer ce que tu ne reprendras jamais (ce que tu ne pourras jamais reprendre) comme ton visage qui se déforme jusqu'à ce que tu sois encore plus laide que tu ne l'es déjà; c'est ton monde qui s'écroule autour de toi et toi qui reste coincée sous les décombres alors qu'au fond de ton crâne se répercute le rire du corbeau; de la mort qui vient finalement te chercher après que tu aies osé la défier; après que tu aies osé défier le monde et l'humanité de te prouver que tu avais besoin de te nourrir pour vivre; que tu n'avais pas besoin d'être belle pour respirer. C'est comme la sensation de l'eau contre ton visage et alors que tu essaies de respirer tu te noies sous tout ce que tu aurais pu boire; tout ce que tu ne boiras jamais; le sang qui s'écoule dans tes veines comme une rivière glacée, qui ne te permets jamais de ressentir la chaleur; qui n'est pas assez épais pour te garder en vie - oh et tu ressens toutes tes veines et tout ce qui y gît s'arrêter d'un seul coup, tu sens ton sang se former en glaçons dans le creux de tes artères parce que tu sais que ton cœur s'est arrêté; parce qu'il ne sait plus soutenir ce que tu lui imposes comme une lame d'air le long de tes intestins; comme la faim qui te transperce de part en part jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien au fond de tes entrailles qu'un trou noir.

Tu sais que l'inconnu parle mais tu es trop occupée à essayer de respirer à nouveau alors que la panique t'agrippe à la gorge et que tu ressens l'anxiété dans ton ventre qui grimpe le long de tes côtes pour les resserrer encore plus autour de tes poumons qui ne te servent plus à rien; tu l'as lâché mais tu ne sais plus où tu as mis tes mains et oui peut-être voulait-il ta colère et oui elle naît au fond de tes griffes mais elle n'a peut-être pas l'effet escompté parce que ce qui bout dans ton estomac ne forme que la vapeur qui raccourci ton souffle alors que tu l'agrippes à nouveau et que tu plantes tes ongles dans son bras comme si c'était la dernière chose qui te gardais en vie ‟ferme ta gueule et appelle un docteur je n'arrive” tu t'étouffes tu reprends ton souffle tu t'asphyxies ‟pas à respirer je pense que mon cœur s'est arrêté” mais alors que tu voulais lui parler d'une voix ferme tout ce qui s'échappe de ta gorge fermée ce n'est qu'une plainte et ta voix qui s'écorche dans tes sanglots; tu n'as aucune fermeté tu n'as aucune force il n'y a au fond de ton œsophage de ta voix qu'une petite fille terrifiée. Tu as peur Anja, plus peur que jamais que tout ce que tu t'es infligé est revenu comme une ombre pour t'agripper par les chevilles et te tirer vers la mort qui enferme tes poumons et enchaîne ton cœur; alors tu sanglotes même si ça t'empêche de respirer et tu continues de mourir même si tu ne fais que prier ne me laissez pas mourir je ne veux pas mourir ne me laissez pas mourir je ne veux pas mourir ne me laissez pas mourir je ne veux pas mourir je ne veux pas mourir je ne veux pas mourir


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En surface? Un comic relief flemmard et souriant qui n'hésite pas à faire des farces et des blagues à tout bout de champ quelque soit la situation.
En profondeur? Des regrets, des angoisses et une dépression grandissante.
Car ce scientifique qui a passé sa vie à la recherche de la machine à voyager dans le temps sait. Il sait qu'il existe d'autres Locke, certains heureux, d'autres malheureux. Il sait aussi n’être qu'une version parmi tant d'autres d'un Locke original. Il sait aussi que son monde, son cher monde dans lequel il avait vécu toute sa vie, n'est qu'un faux monde, une simple version différente d'une Terre originale. Et il sait bien d'autres choses encore. Et il aurait aimé ne jamais savoir.
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-Ferme ta gueule et appelle un docteur je n'arrive...pas à respirer je pense que mon cœur s'est arrêté

-Wow. Répondit Locke en haussant les épaules. Rude.

Malgré la supposée indifférence du scientifique, il ne pouvait pas nier que la situation était un peu plus grave qu'il ne l'avait d'abord pensé et commençait à s'inquiéter. Il serra le poignet de la jeune fille pour y chercher son pouls et le trouva. Battant toujours. Irrégulièrement, certes, mais il battait toujours. Elle n'allait donc pas devenir un cadavre de si tôt, pour l'instant.
Malheureusement, l'eau n'avait pas eu l'effet escompté, mis à part l'effet d'amuser Locke un tant soit peu, heh. Et rien que pour avoir jeté de l'eau à la figure et ruiné le maquillage d'une célébrité de son monde, ça en avait valu le coup. Toutefois, il allait devoir céder aux demandes de la jeune fille et appeler les urgences. Mais...

-Qui te dit que j'aie envie de t'aider ?

Qui te dit que je n'aie pas envie de te voir mourir, une deuxième fois? Étaient les mots qu'il aurait voulu rajouter.
Car après tout, l'existence d'Anja était pour lui un peu comme une épine dans le pied. Un lien entre lui et son ancienne vie sur Terre. Une vie d'ignorance et heureuse avec sa famille et ses amis, bien qu'un peu ennuyante. On s'amusait bien plus à Pallatine et on en savait bien plus sur le fonctionnement du monde, mais à quel prix ? Oh well.
Il prit une grande bouffé d'air puis ricana :

-Bah, j'déconne, heh. Bien sûr que je vais le faire.

Et enfin, il finit par sortir son téléphone pour y composer le numéro des urgences de l'institut dans le plus grand des calmes alors qu'une jeune fille était dans une profonde souffrance juste à coté de lui. Il avait vécu pire, et vivrait pire.
Rapidement, il décrivit le lieu et la situation à son interlocuteur:

-C'est pour une crise de…

Crise de panique ? Une ambulance de l'institut allait-elle vraiment se déplacer pour ça et pour un non-membre de l'institut?

-Euh, une crise cardiaque, voilà. Ouais. Je fais déjà les premiers soins.

Il indiqua son nom, son prénom, et fut d'abord soupçonné d'un canular dont il était si célèbre.
Ce n'est qu'en entendant la jeune fille souffrir à travers le téléphone qu'on accepta d'envoyer une ambulance qui arriverait dans les meilleurs délais.
Avoir une réputation de farceur à travers l'institut n'avait pas que de bons cotés, de toute évidence. Mais au moins, la gamine serait entre de meilleurs mains que celles de Locke qui se révélait totalement incompétent dans ce genre de situation. Celui ci observa la jeune fille puis poussa un énième soupir. Il n'avait jamais été doué pour réconforter les femmes en pleurs, encore moins les femmes en crises de panique. La situation le gênait d'ailleurs un peu, surtout avec les regards de travers qu'on lui jetait, comme si il était le responsable de l'état de la jeune fille en larmes.
...Ce qui était difficilement niable.
Comment aurait-il agi et qu'aurait-il ressenti si sa sœur avait été dans la même situation… ? C'était idiot, car il savait pertinemment que sa sœur n'aurait jamais succombé à la panique, mais imaginons un instant.
Hmm.
Hmmmmmmm.
Ugh.
Il se doutait que ça n'aurait pas plus d'effet que l'eau, mais il ne pouvait rien faire d'autre, sinon attendre qu'elle se calme et que les urgences arrivent. Et en attendant, c'est avec douceur qu'il caressa la tête d'Anja de sa main libre, lui chuchotant les mots suivants avec un ton qui se voulait rassurant et réconfortant:

-Laaaa. Du caaaalme. Tout va bien se passer, et tout ira bien.

Encore une fois, des mots dénués de sens auxquels il ne croyait pas lui même. Comment tout pourrait bien se passer après une révélation pareille? Mais les mensonges avaient le dons de rassurer les gens au profit de la vérité. Et c'était ce dont Anja avait probablement besoin pour l'instant.


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One, two. She held her breath. Two beats of her heart. The infinity of time.

Thump.

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Il refuse de t'aider, et dans cette simple seconde tu réalises à quel point tu es seule.

Au fond de tes os, entre tes organes maltraités, sous la peau qui te colle aux os comme un démon, il n'y a personne. Dans ta poitrine comme un trou noir, dans la douleur dans ton sternum, dans tes poumons serrés comme des sacs vides, dans le sang qui s'est figé dans tes veines, dans ton œsophage qui se remet toujours de ta maltraitance, dans ta gorge qui ne laisse pas passer l'air, sur ta langue qui ne goûte rien, dans tes doigts squelettiques, dans ta colonne saillante, dans ton cœur immobile, il n'y a que toi. Dans ta douleur, dans ta souffrance, dans tes angoisses, dans ta haine (celle que tu te portes), dans tes souvenirs, dans tes blessures; quand tu pleures, quand tu t'écroules, quand tu saignes, quand tu ne saignes plus, quand tu te pourris de l'intérieur, quand tes entrailles te torturent, quand tu manges, quand tu ne manges pas, quand tu as le contrôle, quand tu réalises que tu ne l'as pas; quand tu te souviens des mains de Thomas sur toi, quand tu te souviens de ses mots, quand tu te souviens de la première fois que tu l'as embrassé, quand tu te souviens de la première fois qu'il t'a insulté, quand tu te souviens de la façon dont tu l'aimais, quand tu te souviens comment tu as appris à le détester; quand tu penses à Samantha, quand tu penses à son visage, à ses cheveux, quand tu la vois encore t'accueillir chez elle, quand tu la vois debout seule à ton chevet à l'hôpital, quand tu penses à la fois où tu l'as embrassée, quand tu penses qu'elle t'a rejetée; quand tu te souviens de la première fois que tu t'es fais vomir; quand tu as peur, quand tu veux t'arracher la peau et les os, quand tu veux mourir, quand tu as si peur de mourir, quand tu oublies; quand tu te pèses; quand tu pleures; quand tu cries
tu es toute seule.

Même s'il appelle une ambulance, même s'il t'amènes l'aide dont tu as tant besoin pour ne pas mourir, même s'il te parle, même s'il y a tant de gens dans le parc, de gens qui vous regardent, même si tu sais que si tu mourrais (tu meurs, tu meurs) Sungmin ne s'en remettrait pas (et pourtant tu doutes (il serait beaucoup mieux sans toi)) - (même si la réalité se déroule autour de toi alors que tu meurs, même si des millions de personnes vaquent à leurs occupations, même si des milliers de personnes te regardent à la caméra (même si tes parents ne se remettront jamais de ta disparition, même si tes frères se sont brisés contre ta tombe inexistante, même si tu as laissé derrière ta mère ton père Fredrik Noah Eili Ingrid Jonas Lena Jennifer Ian Samantha) tu es seule) tu es seule. Devant les démons qui te dévorent, devant l'immensité de la tache que s'avère pour toi survivre, devant l'impossibilité, l'immensité de ta maladie, devant ta faiblesse, tu es seule. Tu ne peux vaincre. Tu ne peux gagner. Même si tu survis maintenant, même si tu t'en sors, le temps t'es compté et tu ne sauras pas réussir avant qu'il ne soit trop tard. Tu vas mourir, tu vas mourir et il n'y a absolument rien que tu puisses faire sinon repousser l'échéance (mais à quoi bon (tu as peur et c'est ce qui te fais survivre)) et vivre, vivre jusqu'à ce que tes poumons s'écroulent et que ton cœur s'arrête - et tu ne veux pas que ce soit maintenant, ça ne doit pas être maintenant mais il a appelé les secours ils vont venir te sauver et tu vas mourir mais ils vont te ressusciter (tu espères qu'ils sauront te ressusciter).

Le contact des doigts de l'inconnu contre ton cuir chevelu tu le ressens mais tu n'es pas sûre de ce que tu en penses et ses mots rassurants tu les entends mais tu n'es pas sûre de les comprendre pourtant tu as très envie qu'il aie raison. Tu es seule et tu le seras toujours mais tu veux être seule et en vie et bien que tout n'ira pas bien parce que rien ne va jamais bien tu veux aller mal et vivre alors tu te recroquevilles contre toi même tu pleures tu essaies de respirer tu essaies d'ignorer la douleur dans ta poitrine qui te dis que ton cœur s'est arrêté et tu entends l'ambulance arriver et tu ne veux pas mourir mais tant qu'ils sont là ce n'est pas ta responsabilité alors peut-être qu'il a raison et peut-être que tu vas vivre et peut-être que ton cœur va recommencer et te laisser respirer avant que tu ne meures (dans un jour dans un mois dans un an dans dix ans dans le temps qu'il te prendra pour que tes entrailles finissent pas te dévorer).


Spoiler:
mkay c'est pas très utile mais je voulais pas trop faire avancer pcq jsp voilà, 'fin du coup tu me dis si tu veux que je rajoute un truc??
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Car ce scientifique qui a passé sa vie à la recherche de la machine à voyager dans le temps sait. Il sait qu'il existe d'autres Locke, certains heureux, d'autres malheureux. Il sait aussi n’être qu'une version parmi tant d'autres d'un Locke original. Il sait aussi que son monde, son cher monde dans lequel il avait vécu toute sa vie, n'est qu'un faux monde, une simple version différente d'une Terre originale. Et il sait bien d'autres choses encore. Et il aurait aimé ne jamais savoir.
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Un soupir tandis que l'état de la jeune fille ne s'améliorait pas. Puis deux alors qu'il écoutait ses sanglots. Puis trois lorsqu'il répéta aux passants que tout allait bien et qu'une ambulance arrivait. En regardant d'un œil distant la jeune fille souffrir d'une telle manière, Locke ne pouvait que s'estimer heureux d'avoir la possibilité de recourir à l'alcool et aux blagues moisis pour noyer ses soucis. Autrement, il savait très bien que lui aussi, aurait peut-être sombré dans des crises du genre.
Au final, l'ambulance arriva rapidement. La circulation n'était pas ce qui était des plus bondés à Pallatine, et c'était tant mieux. Au début, les ambulanciers se montrèrent très calmes et professionnels envers Locke et Anja.

-Comment c'est arrivé ? Demanda l'un d'eux.

-Oh.
Fit Locke en haussant les épaules avec son sourire jusqu'aux oreilles. Je lui ai juste dit qu'elle était morte comme un caca sur Terre.

Et au vu du résultat, c'était bien l'une des raison pour laquelle l'Institut n'expliquait pas totalement aux transférés qu'ils n'étaient qu'une version d'un autre « eux ». Heh. Sinon, ce genre de crise serait bien plus courant, et la dépression de Pallatine serait en hausse régulière jusqu'à attendre des sommets jamais atteints. Et en pensant à ça, on ne pouvait qu'admirer le mental de fer de certaines figures historiques à Pallatine qui eux, devaient bien réaliser qu'ils étaient morts de telle ou telle manière sur Terre. Même si l'Institut ne le leur disait peut-être pas, un fan le leur ferait savoir un jour ou l'autre, fatalement.

-Et pourquoi elle a la tête mouillée?


-Oh. Euh...vous vous souvenez quand j'ai parlé de premiers soins au téléphone ? Baaaaah….


Comme l'on pouvait s'y attendre du personnel de l'Institut, ils gérèrent Anja efficacement comme si elle avait effectivement une crise cardiaque comme Locke l'avait indiqué. Mais au final, ils ne se montrèrent plus si calmes et professionnels que ça lorsqu'ils se rendirent compte qu'Anja n'avait pas de crise cardiaque.
Ils allaient quand même l'amener à l’hôpital de l'Institut qu'ils disaient, pour des examens et pour qu'elle se repose. Mais vu qu'elle ne faisait pas partie de l'institut, quelqu'un allait devoir payer.
Oh.
Payer hein.
Locke était un homme d'honneur et de valeur, aussi avait-il tenté dans un premier temps de s'enfuir à toutes jambes, avant de se faire attraper misérablement et d’être jeté dans le véhicule en même temps que la jeune fille. Même les ambulanciers étaient au courant que Locke aurait dû être au travail, au lieu de traumatiser de pauvres inconnus.

Une fois à l'Institut, ils furent rapidement séparés. Locke d'une part fut renvoyé aux labo pour se faire réprimander et remplir ses responsabilités, et la jeune fille fut dirigée vers la partie hôpital.
Ce ne fut qu'en fin de journée que Locke réussit à quitter le boulot et à rendre une visite à Anja.
Contrairement à leur rencontre de tantôt, il avait cette fois sur lui sa blouse de scientifique.
En réalité, il se doutait bien que la jeune fille n'aurait peut-être pas envie de revoir l'homme qui lui avait annoncé sa mort. Mais il avait besoin de savoir. De savoir si elle allait se résigner à mourir, ou tenter de continuer à vivre.
Il toqua trois fois à la porte, se retenant cette fois ci une blague de « toc toc toc », et entra dans la chambre.

-Yo jeune fille, tu vas mieux ? j'espère que tu risques pas de me refaire une crise de panique comme tout à l'heure. Par contre, une crise de nerfs, je prends, haha.


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"Only the sound of footsteps broke the dead's silence. One, two, thump. One, two, thump. One, two, thump. And, every time, she expected stillness. She expected the silence to stretch forever as she slipped and fell through bottomless holes, one after the other.

One, two. She held her breath. Two beats of her heart. The infinity of time.

Thump.

But there was no comfort in the way she so easily cheated death with every footstep. Only the inevitability of a life she no longer owned. She no longer deserved. "
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Dès que tes sauveurs arrivent, ta survie n'est plus entre tes mains - ça ne force pas ton coeur à se remettre à battre, et ça ne rempli pas tes poumons d'air, et ça ne te décrispe pas et ça ne fait pas taire la douleur qui te déchire de l'intérieur, mais au moins toutes ces choses tu n'as plus à tenter de contrôler. Tu es entre les mains de gens capables et compétents qui sauront faire de toi quoi que ce soit d'autre qu'une poupée de verre à un seul de tes cheveux roses de se fracasser contre le sol. Tu es déjà craquelée, tes morceaux recollés, et tu n'es pas certaine que, si tu avais à te briser de nouveau, on saurait trouver dans ces milliers de morceaux minuscules de quoi te reconstruire. Peut-être que l'on ne pourrait pas retrouver l'un de tes yeux, ou tes orteils, ou un bras, ou ton cœur de glace qui ne cesse d'être immobile. Doucement, l'on te manipule comme si tu allais te briser au moindre geste trop brusque, comme si tu allais te désintégrer comme de la poussière entre leurs doigts, comme si tu allais t'envoler d'une seule bourrasque, toi et tes os de verre et ta peau de papier. Et comme une poupée sage, tu ne te débats pas, tu ne dis rien, tu ne réponds qu'aux question que l'on peut te poser - peut-être que, si tu es docile, ils parviendront à convaincre tes poumons de se remplir d'air à nouveau, ton corps de ne pas se faner jusqu'à ce qu'il ne reste plus que toi qu'un souvenir sur le bout de la langue d'un homme aux cheveux blancs qui ne t'a jamais oublié.



Tu ouvres les yeux dans une chambre d’hôpital. Tu ne te souviens pas trop comment tu t'es rendue ici. Puis, tu te souviens que Samantha aie été si inquiète de toi quand tu as finis par t'écrouler devant elle à nouveau, et que si tu l'as fais de nouveau, sans aucun doute c'est elle qui t'as amené ici. Tu te demandes comment elle a trouvé l'argent pour payer l'ambulance - comment elle la trouvera. Et tu comprends qu'elle s'inquiète pour toi, mais tu n'en as pas besoin. Elle se fait du souci pour rien. Tu devrais te lever, et aller dire à une infirmière que tu ne sais pas pourquoi tu es ici, et qu'ils peuvent te laisser partir. Qu'il n'y a rien qui cloche chez toi sauf ton apparence, et que tu y travailles déjà donc il n'y a pas à s'en faire. Puis tu te rappelles que quand tu t'es réveillée à l'hôpital pour la première fois, il y avait Samantha, endormie à ton chevet, alors tu fouilles la pièce des yeux, mais la chaise n'est pas à sa place et tu n'as pas la fenêtre à côté de toi et - oh.
Tu n'es pas à Los Angeles. Ce n'est pas Samantha qui a appelé une ambulance pour toi. Elle n'est pas là, à ton chevet, pour s'assurer que tu vas bien - que tu ne paniques pas.
Tu es à Pallatine. C'est un homme aux cheveux blancs qui a appelé l'ambulance pour toi. Et il n'est pas là, à ton chevet, pour s'assurer que tu vas bien - pourquoi le serait-il? Tu es toute seule, de toute façon.

Tu vas mourir. Mais ton être tout entier est trop épuisé pour paniquer à cette idée. Et puis tu n'es toujours pas très certaine ce qui est pire; être laide ou mourir? C'est l'un ou l'autre. (Bien sûr, que mourir est pire. Tu ne veux pas mourir. Tu es malade.) Tu en as assez de tout ça. Tu en as assez d'être toi, de devoir te battre contre toi-même, tes instincts, et ta maladie tout à la fois. C'est l'apathie qui s'infiltre dans tes os, parce que tu n'arrives pas à trouver la force de t'en soucier. Si on t'offrais un repas, à l'instant, peut-être que tu le mangerais. Peut-être que tu jetterais à la fenêtre toutes ces années de dévouement et de détermination, d'entêtement - tout ce qui fait de toi quelqu'un de spécial. Tous tes espoirs d'être un jour belle comme tu voudrais tant l'être.
Tu en as assez. Tu ne veux pas mourir, mais tu aimerais arrêter d'exister. Prendre une pause. Que l'on se souvienne de toi, mais que tu n'aies plus à continuer comme ça. Comme Sungmin réalisera qu'il serait bien mieux sans toi pour le tirer vers le fond, pour le ralentir. Qu'il ferait mieux de se trouver des amis normaux, qui ne s'écrouleront pas à n'importe quel moment inopportun, et qui pourront se tenir à côté de lui comme les étoiles qu'il mérite de fréquenter, plutôt que la pathétique mocheté que tu es.

Tu ne réalises les larmes qui lacèrent tes joues que lorsque l'homme aux cheveux blancs entre dans ta chambre. Tu n'as pas la force de le mépriser, ni de cracher du venin, de répondre quoi que ce soit à son commentaire. Tu n'as même pas la force de mentir, et de lui dire que tu vas bien. Puis, tu te doute qu'il n'en a rien à faire, de toute façon. ‟Je paierai pour l'ambulance, et le séjour ici.” Avant qu'il ne te le demande. C'est à toi-même de t'occuper de tout ça. Puisque personne d'autre ne le fera pour toi.

Tu as juste envie de partir. De retourner chez toi, et de dormir pendant des jours pour oublier que tu es toi.
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"Je voulais faire une blague sur le sodium mais Na."
En surface? Un comic relief flemmard et souriant qui n'hésite pas à faire des farces et des blagues à tout bout de champ quelque soit la situation.
En profondeur? Des regrets, des angoisses et une dépression grandissante.
Car ce scientifique qui a passé sa vie à la recherche de la machine à voyager dans le temps sait. Il sait qu'il existe d'autres Locke, certains heureux, d'autres malheureux. Il sait aussi n’être qu'une version parmi tant d'autres d'un Locke original. Il sait aussi que son monde, son cher monde dans lequel il avait vécu toute sa vie, n'est qu'un faux monde, une simple version différente d'une Terre originale. Et il sait bien d'autres choses encore. Et il aurait aimé ne jamais savoir.
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Locke rentra dans la salle, le sourire aux lèvres. Qu'est-ce qu'il le faisait sourire ? Rien de particulier. Il était comme ça, tout simplement. Il n'était pas heureux, il n'était pas amusé par la situation, il ne se moquait pas de la jeune fille, il souriait, juste comme il en avait l'habitude. Pour tromper les autres, et lui même. Il fallait dire qu'il avait eu le temps de digérer le choc et largement eu l'occasion de relativiser, son moyen de défense le plus efficace pour ne pas sombrer totalement dans l'alcoolisme et la folie.
C'est sans surprise qu'il vit la jeune en larmes sur le lit. Elle avait l'air fatigué, et pas seulement physiquement, il le voyait bien. Cela se confirma lorsqu'au lieu de crier sur Locke pour lui dire de dégager, de l'insulter, de le haïr et de le détester, elle se contenta de lui dire qu'elle allait payer les soins elle même.
Avait-elle une si mauvaise image du scientifique, ou était-elle le genre de personne à ne vouloir de dette à personne ? Dans tous les cas, Locke n'allait pas totalement rejeter la proposition, pour ne pas heurter la fierté de la jeune fille.
Et pour sauver son porte-monnaie.
Ce soir, il boirait donc en l'honneur de la youtubeuse avec l'argent économisé.

-Bah. Faisons moitié moitié au moins. Il marcha jusqu'au lit et s'assit lourdement sur une chaise et s'étira. Je suis un peu responsable pour ton séjour ici. Et de toute façon, c'est loin d'être aussi cher qu'en Amérique, alors tout va bien, haha.

Son seul moyen de réconforter les gens était de faire des blagues. Il n'était bon que pour ça.
Et il ricana à sa propre blague, un peu amèrement. Le système de santé américain était l'une des nombreuses choses qu'il ne regrettait pas en étant venu à Pallatine. Ou le regrattait-il un peu quand même, par nostalgie? Bah.
Pendant un court instant il observa le visage de la jeune fille, terriblement creux, tentant de déceler une quelconque colère, mais non. Il poussa un petit soupir:

-Pour être franc, je ne vais pas te demander si tu vas bien. Je connais déjà la réponse. Tu maudits peut-être notre rencontre, mais tôt ou tard, tu aurais appris la vérité. Tu me détestes peut-être aussi à cause de cette vérité, aussi je pense que ce sera notre dernière conversation.

Tant pour la jeune fille que pour Locke, ne pas se revoir permettrait d'oublier cet incident et ses conséquences. Bien que pour le scientifique, il avait l'aide de l'alcool. Pour la jeune fille par contre…

-Je sais qu'il n'est pas facile de changer. Et c'est pas un inconnu comme moi qui va soudainement faire bouger les choses. Après tout, même ton amie...euh… Il se gratta l'arrière de la tête en tentant de se rappeler des noms liés au cas Anja. Car sa mort avait entraîné bon nombre de réactions, notamment des médias, de l'amie et de l'ex petit ami. Il claqua des doigts en se souvenant enfin des noms. Ah. Samantha. Même elle n'a pas réussi à te changer. Mais maintenant, qu'est-ce que tu comptes faire ?

Survivre, ou mourir ? Locke, à la place d'Anja, se serait sûrement laissé sombré, fataliste qu'il était. Mais il n'était pas elle, et elle n'était pas lui. Et c'est pour ça qu'il voulait savoir.
Au fond, il se doutait que, peut-être, peut-être, maintenant qu'Anja était à Pallatine, son destin allait être différent. Les rencontres qu'elle ferait la changerait peut-être.
Mais il savait aussi que de toute façon, peu importe le choix et le chemin de la Anja en face de lui, peu importe la ressemblance, la Anja qu'il avait connu, la Anja de son monde resterait bel et bien morte, seule, malade.
Et avec cette pensée là, Locke ne pourrait jamais vraiment se réjouir.

Il sortit un paquet de bonbon de sa poche, en mangea quelques uns, et tendit le paquet à la jeune fille:

-Heh. T'en veux un ?


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Tu n'as peut-être jamais été aussi épuisée qu'à ce moment. Tu veux retourner chez toi, t'enterrer sous la couette jusqu'à ce que tu t'oublies ou que quelque chose change, et pourtant tu sais très bien que tu n'aurais même pas la force de marcher du lit d'hôpital à la porte de la chambre. Et tu ne veux pas que cet homme paie la moitié de ton séjour ici, parce qu'il a peut-être été la raison de ton état en apparence, mais ce n'est absolument pas sa faute. Puisque tu aurais probablement finis par le découvrir, d'une façon ou d'une autre, par n'importe quelle autre personne venant de la même Terre que toi - ou une autre où tu serais morte également. Et pourtant tu n'as pas la force de le refuser, de t'asseoir sur ton honneur pour garantir que tu t'occuperas de toi-même. Tu ne sais pas le faire, de toute façon, sinon tu ne serais pas ici. Alors lorsque cet homme te parle exactement de ça, du fait que tu dois sûrement le détester, ton regard pars s'égarer dans un coin de la pièce plutôt que sur lui. Si tu ne le regarde pas, tu oublieras peut-être qu'il peut voir à quel point tu es pathétique et brisée. ‟Pourquoi tu es revenu?” S'il ne comptait ni s'excuser (pas qu'il aie à le faire) ni parce qu'il en a quoi que ce soit à foutre de toi (ce dont tu ne doutes pas une seconde), alors pourquoi? A-t-il quelques mots à dire, quelques conseils à essayer de te prodiguer, où est-ce la culpabilité qui l'enserre?

Tu n'en as rien à faire. Honnêtement, tu veux seulement qu'il te laisse toute seule. Tu ne sais pas ce que tu feras lorsqu'il sera parti - probablement juste rester là à observer le vide, à attendre qu'un docteur vienne à toi pour te dire que tu peux partir.
Tu as mal lorsqu'il mentionne Samantha. Comme tu as eu l'impression qu'elle était juste à côté de toi avant de reprendre tes esprits. Parce qu'elle a toujours mérité mieux que toi, et pourtant elle ne t'as jamais laissé tomber. Tu en as assez de faire du mal aux gens que tu aimes. Tu en as assez de tirer ceux que tu aimes vers le bas avec toi, et tu en as assez d'être trop faible pour être seule et te passer d'eux. Tu en as assez d'être toi.
Qu'est-ce que tu comptes faire?
‟Je ne sais pas.”
Tu ne l'as su que dans des temps dont tu préfères ne pas te rappeler, puis dans des moments dont tu ne te rappelles pas. Tu as été certaine quand tu as arrêté de manger, quand tu as commencé à perdre du poids, quand tu as cru que tu allais finalement pouvoir être belle. Mais maintenant, tu ne sais même pas si tu veux vivre ou mourir. (Vivre. Tu veux vivre.) Tu attrapes le bonbon qu'il te tend avec un faible mais sec merci - pas parce que c'est un pas vers le rétablissement, vers la guérison - parce que tu as envie de te faire du mal. Parce que tu ne mérites que ça, de te torturer sur cette décision, d'être prise entre la nausée et la culpabilité d'avoir craqué et d'avoir mangé et le savoir que tu le dois si tu veux un jour t'en sortir. Tu veux retourner ton estomac et le tordre et t'enfoncer les doigts dans l’œsophage pour souffrir alors que tu pleures des larmes de terreur quand tu te vides de tout ce que tu as bien pu ingurgiter - parce que c'est tout ce que tu mérites. Si tu ne peux avoir du contrôle sur ta vie ni sur ta mort, si tu ne peux avoir du contrôle sur ta propre psyché alors tu l'attraperas par la gorge et tu la forceras à faire ce que tu veux qu'elle fasse. Tu la forceras à t'aveugler de peur et de douleur. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de toi qu'un squelette s'effritant doucement.

Et pourtant tu n'arrives pas à agir. À poser le bonbon sur ta langue. Tu ne sais pas pourquoi. Tu n'as pas envie de te battre; machinalement, tu le poses sur la table au chevet de ton lit, plutôt. Tu te tueras plus tard. Tu souffriras plus tard. Pour l'instant, tu n'en as pas la force.
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En profondeur? Des regrets, des angoisses et une dépression grandissante.
Car ce scientifique qui a passé sa vie à la recherche de la machine à voyager dans le temps sait. Il sait qu'il existe d'autres Locke, certains heureux, d'autres malheureux. Il sait aussi n’être qu'une version parmi tant d'autres d'un Locke original. Il sait aussi que son monde, son cher monde dans lequel il avait vécu toute sa vie, n'est qu'un faux monde, une simple version différente d'une Terre originale. Et il sait bien d'autres choses encore. Et il aurait aimé ne jamais savoir.
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Il remarqua sans peine que la jeune fille cherchait à éviter son regard. Elle se pensait probablement pathétique. Et, si elle avait demandé à Locke si elle l'était, celui ci ne l'aurait pas nié. Elle était, en ce moment même, assez pathétique. Son visage émacié, son air constant de souffrance. Mais ce qu'elle ne savait pas, c'était qu'une personne probablement encore plus pathétique qu'elle se tenait assise à coté d'elle. La seule différence entre les deux personnes, c'était que Locke était doué pour cacher à quel point il était réellement pathétique.

-Je ne sais pas.

Locke resta tout d'abord silencieux, se contentant de manger ses bonbons sans aucun bruit. C'était donc sa réponse. D'une certaine façon, il ressentit une petite déception face à l'indécision de la jeune fille, mais il ne pouvait pas la blâmer non plus. Il s'y était même plus ou moins attendu. Ce genre de décision ne se prenait pas du jour au lendemain. Lui même n'aurait sûrement pas trouvé une réponse aussi rapidement.
Dans tous les cas, c'était une réponse un peu plus positive que de dire qu'elle allait juste se laisser mourir. Yep. C'était déjà ça.

-Bah. Tu finiras par trouver une réponse. Seule, ou avec de la chance, avec l'aide de personnes plus proches de toi et plus compétentes que le vieux que je suis. Quelle qu'elle soit, je la respecterai.

Ce dont la jeune fille avait besoin c'était un doc et des personnes pour l'aider et la soutenir. C'était évident. Mais était-ce si facile que cela ? Sa meilleure amie sur terre et toute la bonne volonté de ses abonnés n'avaient pas réussi à la sauver ou la changer. En apprenant sa mort, les choses allaient-elles bouger ? Il ne le savait pas. Et il ne chercherait pas à le savoir après cette rencontre. Car il avait ses doutes, en tant que fataliste et pessimiste. Mais il ne pouvait non plus s’empêcher d’espérer une issue meilleure.
En voyant Anja ne pas manger le bonbon, il poussa un petit soupir et haussa les épaules. La visite s’arrêtait là. Rien de ce qu'il ne dirait aurait d'effet. Néanmoins, il rajouta :

-Si jamais un jour tu as besoin de quelque chose, hésite pas à me chercher à Kolt. Je me rends compte que je t'ai toujours pas dit mon nom en vrai. Locke Melborn. Et pourquoi Kolt ? Parce que t'auras plus de chance de m'y trouver qu'à mon taf, et j'y ai une sacrée réputation, haha.


Peu de chance qu'elle cherche à le recontacter un de ces jours, mais tout était dans le « peu de chance ». La possibilité existait toujours. Et si c'était pour boire un coup, il ne refuserait jamais ce genre de rencontre, heh. Il se dirigea vers la sortie et ouvrit la porte, mais avant de disparaître de la vue d'Anja, il ne put s’empêcher de dire en guise d'adieu :

-Le commentaire d'un abonné n'a souvent pas de grande valeur aux yeux des youtubeurs comme toi, mais laisse moi te dire ça. Je sais qu'on te l'a sûrement dit souvent, car c'est le lot de tout youtubeur qui évolue, mais... tes vidéos étaient mieux avant, heh. Et t'étais plus mignonne avant aussi. Petit sourire moqueur qui le caractérisait si bien et clin d’œil espiègle d'un troll qui, parfois, postait des commentaires du type sans le penser réellement. Mais cette fois ci, il le pensait vraiment.

Il referma la porte derrière lui délicatement et se dirigea vers la sortie de l'institut, portant toujours son sourire sur le visage. Ce soir, il boirait en l'honneur d'une morte, d'une vivante entre la vie et la mort, et d'un vivant qui était mort à l'intérieur. Ça ferait beaucoup de verre, mais il en avait bien besoin pour oublier. Combien de temps il allait pouvoir oublier et vivre comme ça par contre était une toute autre histoire.


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