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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

Première prise (sora)

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posté le Lun 5 Juin 2017 - 21:34 (1)

Je suis là.
Un dernier coup d’œil jeté sur l’appareil, et le message s’envoie. La rue tout autour s’anime, il y a quelque chose de léger dans l’air. Des couples se forment, et l’amitié enlace l’amour, les rires fusent ; tous les regards fondent sur les affiches géantes, tellement américaines.  Le soir tombe si lentement, le ciel reste un instant bleu.
Mains en poche.
Je crois que je pourrais l’attendre des heures, ce ne serait pas si mal, ici. La ville offre un spectacle constant, comme les gens se succèdent, se rejoignent ou se confondent dans cet humble décor, le décor d’une condition qui nous échappe ; d’une certaine manière c’est une réalité dont on s’est tous enfuis.
Et je ne sais pas vraiment ce que je fais ici. Je n’ai pas remis les pieds dans un cinéma depuis de si longs mois. Je réfléchis encore, et devant la devanture je ne peux pas vraiment m'empêcher de penser, mon dieu comme ça a l'air sorti d'une autre époque, d'une autre vie. Peut-être que ça m’a manqué au fond, peut-être que c’est le signe d’une banalité, d’une normalité qui me rattrape, s’installe. Le cinéma de ma ville, mon cinéma. L’idée d’un endroit presque à soi.
Presque à moi.
Pourquoi est-ce que je me sens émue ? D'ou me vient cette nostalgie ? Ah. Je me souviens que j’adore le cinéma, un peu comme on se souvient d’un fait pas vraiment notable dans l’existence, juste un constat, tiens c’est vrai. J’aime l’obscurité qui s’empare de la salle, cette excitation qui pointe timidement dans la poitrine lorsque les lumières s’éteignent, le boumboum du cœur lorsqu’on sait que le film commence, et cet écran qui ne semble jamais assez grand, et l’odeur aussi qui se dégage des fauteuils, d’une ambiance, d’un silence.  
Je crois que j’avais besoin d’un prétexte. Et je ne sais pas comment on se rencontre en vrai, comment on peut retranscrire le virtuel dans une réalité. Sora est un inconnu, pourtant je serai capable de décrire ses goûts cinématographiques, son attirance pour la science. Et il me semble que lorsque nous nous parlons, nous nous connaissons. C’est peut-être vrai si nous nous rencontrons pour la première fois ce soir, si nous laissons nos réseaux sociaux de côté, si on semble vouloir donner une ampleur à nos discussions. Et c’est flagrant lorsque je me rends compte : tout le temps que j’ai attendu pour faire quelque chose de si simple mais que j’aimais vraiment, aller à une séance de cinéma, et peut-être même acheter du pop-corn. Tout semble plus vrai, plus à porter. Et je flirte un peu, très simplement avec la vie d’avant.
C’est dire la pauvreté qui étreint mon sens des relations humaines.
Il aura seulement suffit d’un Sora.
C'est tellement et si peu à la fois.
L’air me semble moins lourd que ce matin. Il fait moins froid aussi. Ca aussi, c'est peut-être juste dans ma tête.
Je me force à garder le front lisse, de ne pas autant forcer mon regard, plisser les yeux me rend presque trop sévère. Mais j'ai cette inquiétude toute bête, depuis que je suis partie. Et si Sora ne venait pas, et si Sora avait menti, et s'il n'était pas celui qu'il prétendait être, et s'il était beaucoup plus vieux, et s'il avait fait semblant d'aimer les propriétés des roches pour s'approcher de moi. Pire encore ; si Sora était Sora et que je n'avais soudainement plus rien à lui dire ?
Je voudrais pouvoir rassurer mes jambes et leur dire que gigoter ne servira pas. Mais là non plus je ne peux pas m'en empêcher.
Je pourrais tout aussi bien ne pas le reconnaître.
J'essaye de me souvenir des photos, s'il y en avait en ligne. Rien ne me vient. Sora si clair dans ma tête est gommé d'un seul trait.
Et si c'était le contraire ? Si c'était lui qui ne me reconnaissait pas ? Je voudrais un signe distinctif comme une signalétique pour le conduire jusqu'à moi. Mais mon trench est noir, mon jean est noir, mes bottines sont noires, mes cheveux sont noirs ; j'aurai dû le prévenir que j'étais un point sans lumière. Juste une Jade trop grise dont le maquillage cache à peine les cernes.
Je ne me sens pas magnifique.
J'ai même oublié comment être jolie.
Mais ça n'a plus d'importance maintenant.
Je cherche une carrure qui pourrait lui appartenir, des vêtements qui pourraient être à lui, des traits qui me feraient imperceptiblement sourire.
Quelqu'un que je dois trouver pour la première fois.
Quelqu'un que j'aurai envie d'appeler.
Quelqu'un que je peux appeler.
« Sora. Je suis là. »

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Personnage : il est de ces gens qui ne se distinguent pas des autres. ni fragile ni fort, il est une force tranquille qui cherche à s'intégrer. patient, il observe le déroulé des saisons, attend son œuvre. sora n'est pas pressé. il n'a plus envie de vivre son existence pour lui-même - il cherche quelqu'un, un ami pour qui il offrirait sa vie. alors souvent il erre à pallatine. il sait se défendre. il ne se soucie pas vraiment des dangers. on dirait parfois qu'il n'est pas vraiment là, qu'il ne s'est jamais vraiment rendu compte qu'il avait quitté la terre.
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posté le Mar 6 Juin 2017 - 13:03 (2)
Sora savait que, le temps passant, on accusait le poids des ans, on subissait les outrages de la vieillesse et perdait progressivement la sensation d'appartenir à ce monde. En cet instant, c'était plutôt l'inverse qui se produisait. Jamais il n'avait eu autant conscience de sa jeunesse et de son inexpérience. Il lui semblait avoir un esprit vierge, attendant encore que la vie vienne y imprimer ses marques pour le modeler. Il savait que c'était là un symptôme de stress ; lui aussi pouvait à l'occasion ressentir une légère tension lorsque la situation à laquelle il était confrontée le sortait de sa zone de confort. Il s'efforçait cependant de la chasser de son corps, en respirant aussi profondément que le rythme effréné de sa marche le lui permettait ; régulier, le martèlement de ses pas lui imposait une cadence à soutenir, un effort à réaliser qui l'obligeait à ne pas trop s'appesantir sur ses propres appréhensions.
Il ne pouvait cependant ralentir, car il était en retard.

Le soleil a déjà glissé de son piédestal et entame sa descente vers la terre. A cette heure de la journée, les rues ne sont pas bondées ; cependant, Sora croise des passants sur son chemin, passants qui lui barrent la route, l'obligeant à prendre des détours, à lancer son corps dans les portions d'espace vide qui peuvent l'accueillir. Il parvient, il ne sait comment, à ne pas entrer en collision avec un autre piéton. Dans la poche de son jean, son téléphone portable vibre ; il soupire, mais il ne trouve pas le temps de le consulter avant d'être stoppé par une de ces rares voitures qui osent investir l'asphalte des rues. Alors il lit le message, et son cœur s'affole. Il ne connaît pas vraiment son expéditeur ; il sait qu'il s'agit d'une femme d'une grande culture, jeune, quoique plus âgée que lui ; il la devine raisonnable, soignée, probablement une de ces dames qui imposent le respect par leur seule apparence, y compris lorsque leur vêture offre un modèle de dénuement remarquable. Rien à voir, en somme, avec un garçon comme lui, un peu rude, quoique gentil - probablement trop béotien pour elle. Et pourtant il avance. Sora se dit qu'il doit être un peu fou : quel homme de dix-huit s'intéresse tant aux pierres qu'il se réjouit de se renseigner sur le sujet, plus encore que de rencontrer une femme avec laquelle il discute depuis un moment sur chronosrep ? La pensée, ridicule et déplacée, le fait sourire, et libère son dos du nœud qui le rendait inconfortable.

Sora enfin arrive au niveau du cinéma. La foule s'éclaircit, et le jeune homme commence à examiner chacune de ses composantes, chaque personne demeurant immobile devant l'entrée, comme si elle attendait quelque chose. Il est surpris de constater qu'il n'y en a, en fait, pas tant que cela : autour de lui, tout est mouvement - des gens qui n'ignorent pas le cinéma, mais qui le relèguent dans un coin, n'en faisant qu'un élément du décor qu'ils abordent. Et Sora pose les yeux sur une femme. Un prénom jaillit dans sa tête. Jade. Ce doit être elle, se dit-il ; toute de noir vêtu, d'elle se dégage un mélange de sobriété et d'inquiétude, comme si elle retenait quelque chose. Il ne pouvait dire d'où lui venait cette certitude, mais il savait que c'était elle qu'il devait rencontrer. Lorsque leurs yeux se croisèrent, Sora se surprit à sourire légèrement. Il avança de quelques pas, combla la distance qui les séparaient comme si elle ne comptait pas, et, avec timidité, la salua : Bonjour. Sa voix était, comme souvent, très douce, beaucoup trop pour paraître naturelle ; mais Sora n'y songeait guère, car à force il avait pris l'habitude de s'exprimer ainsi. Il n'osait pas détailler Jade trop longuement, par peur d'être impoli ; aussi fixa-t-il son regard sur les yeux sombres de la jeune femme, qui étaient presque au niveau des siens. Sora se présentait les joues rougies, le bas du visage couvert d'une écharpe blanche ; un blouson en faux cuir, teint en noir, couvrait un sweat-shirt d'un vert d'eau délavé. Cela le rendait, remarqua-t-il, beaucoup plus massif qu'il ne l'était en réalité. Était-il impressionnant ? il avait peur de se présenter à Jade comme une illusion ; il se répéta qu'elle avait assez conversé avec lui pour savoir qu'il était bien plus que cela. Est-ce que... tu as déjà pris un ticket ? Ou faut-il en acheter ? L'accent fort du Japonais ne parvenait guère à cacher le tremblement de sa voix ; il ne se sentait pas à l'aise dans cette situation dont il ignorait les codes. Sora était simple, ne s'inquiétait pas vraiment de grand-chose ; en revanche, il se faisait du souci pour les autres. Peut-être avait-elle des problèmes d'argent. Peut-être estimait-elle qu'il fallait que l'un payât pour l'autre. Il s'accommoderait de tout ; il était simplement nerveux car la situation était inédite. Il lui tardait de retrouver son calme habituel, d'être à nouveau en pleine possession de ses moyens ; alors ce rendez-vous serait-il beaucoup plus agréable pour les deux.
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posté le Ven 9 Juin 2017 - 19:07 (3)

Elle dessinait sur ses lèvres un sourire, un goût d’inachevé aussi. Et c’était vrai encore qu’il paraissait un peu épais comme ces jeunes hommes robustes ; elle ne l’avait pas imaginé si solide. Pourtant elle l’avait reconnu presque tout de suite dans une attitude, dans une voix qui ne pouvaient que lui aller. Et ses joues un peu rougies, à moitié dissimulées derrière cette écharpe, Sora lui aurait semblé timide. Et c’était étrange encore la douce sensation de réserve qui paraissait émaner de lui, la distance naturelle entre eux, puisqu’ils n’étaient encore à ce stade que des méconnus qui tentaient de retrouver l’alchimie des conversations passées et futures.

Pourtant il lui renvoyait sa propre timidité ; mais elle s’efforçait de ne rien laisser paraître, rien d’autre que cette impassibilité professionnelle qui lui apparaissait encore acceptable, encore légitime. Jade savait que le moindre tremblement l’aurait pourtant trahie. Elle craignait de révéler à Sora sa propre maladresse, car cela enfin aurait mis fin à ce fébrile échange qu’ils avaient bâti ensemble. Elle tentait de se persuader qu’il ne s’agissait que de Sora, seulement sous une nouvelle plateforme, étrange et réelle. Mais elle ne ressentait plus cette peur, et tout ce qui aurait pu le rendre effrayant, intimidant, tout ce qui aurait pu la ramener à son propre inconfort n’était plus depuis qu’elle avait aperçu la teinte de son visage, la dimension de ses cheveux ébouriffés. Jade se lovait contre cette idée de connaître et d’ignorer.

Jade semblait à l’aise pourtant. Les douceurs aux commissures de sa bouche lui rendaient une infinie patience, une tendresse aussi tandis que ses orbes sombres reposaient tranquillement dans le regard de l’autre. Elle découvrait simplement et dans cette contemplation brute, qui n’attendait rien, elle croyait retrouver dans les manières de Sora un peu de l’être qui avait griffonné si souvent ses silences et ses apartés. Maintenant qu’il était là, l’angoisse s’était lentement laissé tomber. Elle ressentait une vague sensation d’accomplissement.  

Peut-être Sora n’était-il qu’un jeune homme tout juste sorti de l’adolescence, encore ignorant de beaucoup de choses. Alors, il lui paraissait naturel qu’elle soit la seule à prendre les choses en main, comme elle était plus âgée, comme elle était femme.  

« Bien sûr. Voilà. » Et ce disant, elle avait sorti d’une petite pochette deux tickets qu’elle lui tendit. « Laisse moi te l’offrir, ça me fait plaisir. »

Et elle ne croyait pas vraiment à cette idée de galanterie, tandis qu'ils étaient si loin d'un rendez-vous, alors qu'ils n'étaient rassemblés que par ces thèmes redondants que n'importe qui aurait trouvé barbants.
Jade était somme toute trop maussade pour s'adonner à la joie d'amour. Car un documentaire sur l'effritement des roches, ce n'était définitivement pas ce qu'un homme et une femme devaient aller voir ensemble. D'ailleurs, il n'y avait chez Jade aucune forme d'impatience.

« Tu ne regrettes pas le choix du film j'espère, c'est un peu tard pour changer maintenant. »

Et son sourire s'était attendri encore, bien sûr elle reconnaissait ne pas réellement lui avoir laissé le choix.
Droite, les mains jointes sur sa pochette, elle le regardait toujours ; l'agitation noyée dans ses prunelles sombres. Son corps respirait une inertie toute mesurée.

« Il n'y a que toi pour être d'accord pour aller voir un documentaire sur les roches qui dure trois heures. »

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posté le Ven 16 Juin 2017 - 23:42 (4)
S'il l'avait pu, il aurait pris une profonde inspiration et cela l'aurait calmé ; mais la manœuvre n'était pas assez discrète, et Sora repassa rapidement en revue les différentes façons de se calmer lorsque l'on aborde un oral. Le stress s'entend dans la voix, avait-il appris : des tremblements, des rythmes saccadés, un ton aigu, des hésitations trop nombreuses... Ce sont des signes faciles à repérer, lorsqu'on n'est pas sûr de ne pas se laisser déborder par le stress ; et, en s'entendant, Sora sut qu'il entrait dans ce cas de figure. Il avait probablement l'air timide aux yeux de Jade, alors qu'il ne l'était pas. Mais elle l'impressionnait : elle avait l'air un peu froide, encore que cet air pouvait être emprunté ; tendue mais élégante, elle avait l'air si adulte. D'une certaine façon, elle collait plus à l'image que l'on pouvait se faire d'elle. Sora espérait qu'il ne l'avait pas déçue ; elle était assez intelligente pour comprendre qu'une apparence ne faisait pas tout. Et puisque lui aussi s'en rendait compte, il n'avait nul raison de se rendre nerveux. Alors il se planta droit dans le sol, et tout à coup son esprit s'éclaircit, comme si le vent avait fini par en chasser les nuages.
Et son sourire fut sincère.

Il n'avait plus les joues rondes et rouges de l'enfance, et s'il était loin d'effleurer le ciel, il pouvait désormais regarder les grands droit dans les yeux. Assis sur les bancs de l'école, il n'était plus loin de prendre son envol ; il sentait dans son dos ces ailes qui ne demandaient qu'à être déployées, un peu douloureuses d'avoir été toujours tenues repliées contre lui-même. Il était jeune, sans doute bien plus ignorant qu'elle ; mais si elle acceptait le jeu, alors il n'avait nul honte à acquiescer. Oh, merci beaucoup ! A vrai dire, il n'avait pas vraiment d'argent lui-même : il avait bien de la chance que l'internat ne fût pas payant, et que l'Institut acceptait de lui allouer une petite somme pour subvenir à ses besoins ; toutefois, s'il pouvait éviter à l'occasion de toucher à cette cagnotte, alors il en était ravi. Tout comme il l'était du choix du film ; et il ne put s'empêcher d'émettre un rire léger comme la pluie lorsque Jade osa suggérer le contraire. Aussi étrange que cela puisse paraître, les pierres, ça me passionne vraiment. Il ne se rappelait plus très bien du moment où il avait commencé à étudier avec sérieux ; il se pouvait que ce fut lors de sa première année, l'année où tout changea. Cela n'avait rien d'une passion qui lui serait subitement tombé dessus comme un coup de foudre ; il avait soudainement trouvé le cœur à se plonger dans les livres, et à comprendre que ce vaste univers dans lequel il évoluait depuis tout petit était bien plus complexe que ne l'estimait sa propre personne. Alors oui, les roches faisaient probablement partie de ce monde qu'il observait avec des yeux ronds - les yeux d'un enfant, peut-être. Sora se passionnait d'orogenèse, mais tout, au fond, l'intéressait en géologie. A voix basse, il rajouta : Qu'est-ce que trois heures, de toute façon ? C'est nécessaire pour explorer un sujet. Mais je te rassure, je n'aurais probablement pas pu le voir avec quelqu'un d'autre que toi. Le moment était probablement venu de rentrer et d'assister à la séance. Sora ne savait pas s'ils discuteraient longtemps après le film, mais cela rendait la perspective de voir ce film particulièrement intéressante, après tout.
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posté le Lun 26 Juin 2017 - 10:56 (5)

« Oui c’est vraiment très étrange. » Aussi étrange que le rire invisible qui s’invitait chez moi. J’écoutais Sora et je me sentais devenir malicieuse. C’était un fin amusement encore qui embrassait timidement mes lèvres. Je n’étais pas aussi passionnée. D’ailleurs, je crois que je ne l’étais plus, que je ne savais plus l’être, que j’avais brusquement cessé un jour. Un peu comme on se décide d’arrêter une activité. Cela m’avait pris un matin, et n’était plus jamais revenu. Mais je n’étais pas jalouse ; les passions des uns et des autres ne m’évoquaient aucune nostalgie. Je me sentais tantôt reconnaissante de connaître des gens qui éprouvaient encore ce type de sentiments pour des objets, pour une Nature qui ne m’intéressait que moyennement à dire vrai. Mais j’aimais peut-être avoir des passionnés avec qui converser, même si je n’avais pas autant de choses à leur apprendre, à leur dire. J’affectionnais simplement de les entendre. Soudain, Sora m’évoquait ces existences que l’on aime toujours écouter, dont on se gorge éhontément sur la terrasse d’un café, les jambes croisées, un petit café noir et bien serré. Une cigarette aussi. Je ne fumais plus depuis l’université, n’avais jamais été une grande fumeuse en y pensant bien. Une de temps en temps. Même pas pour la forme, j’appréciais juste la rareté de l’instant.

Je décidais alors que Sora devait avoir beaucoup de choses à me dire. J’aimais l’idée du moins.

« Il faudra m’expliquer. J’ai hâte de savoir tout ce que tu as à dire sur le sujet. » Il ne fallait y voir aucune forme d’ironie surtout, à la limite une pression taquine, un sous entendu qui laissait entendre que l'on ne se satisferait pas du documentaire uniquement. Car bien des gens auraient trouvé ça étrange que de vouloir mener une conversation sur les roches. Mais j’avais peut-être un faible pour les sujets qui sortaient de l’ordinaire dès lors que l’autre menait le dialogue, dès lors qu’on y accordait tout son sérieux, alors que moi qui étais toujours trop sérieuse n’avait que bien peu de sujets où insuffler un souffle d’envie, de désir et de passion. L’Art bien sûr me stimulait comme personne ne savait plus le faire. Mais mes tableaux soufflaient sur moi une poussière ; je ne me renouvelais jamais. Je prenais racine dans mon musée. Les tentatives pour aider ma vie à tourner autour d’autre chose me plongeaient plus encore dans mon affection pour l’Art. Je ne me faisais pas beaucoup d’impression sur les roches. Mais le documentaire paraissait réellement intéressant.

Non. Je réalisais à l’instant où je le pensais que Sora était celui qui me semblait intéressant. On pouvait bien trouver cela étrange.

« Je suis flattée. » Qu’il ne puisse s’agir que de lui ou que de moi, cela rendait cet instant absolument nécessaire. Et si j’étais véritablement reconnaissante d’être attendue pour quelqu’un, de revêtir une quelconque importance même éphémère, il me semblait encore que j’en avais perdu l’habitude. Bien sûr c’était fâcheux. Je croyais apprendre de nouveau, comme l’on apprend à remarcher parfois après une longue convalescence. Je persistais pourtant à rester sur le côté.

« On devrait y aller maintenant. » j’esquissais un pas vers l’entrée. Nous n’étions pas en retard, et peut-être presque en avance avec le documentaire. Mais le silence d’une salle encore vide me reposait.

On plongeait dans le noir.

J’espérais que ces petites heures assis l’un à côté de l’autre nous habitue à cette nouvelle proximité. Tandis que mon esprit tout entier se tournait vers les propriétés des roches calcaires, poreuses ou volcaniques, je laissais mon corps se détendre. Confortablement calée contre le fauteuil, un bras ballant sur l’accoudoir qui me séparait de Sora ; je pensais ainsi que nos deux êtres apprenaient silencieusement à se connaître.

Parfois je retenais mon souffle et gigotais en reconnaissant une pierre qui avait orné les décors de mon ancien chez moi. Ou alors lorsque le documentaire s’attardait sur d’énormes morceaux de falaises qui se déversaient à pic dans l’océan, la pierre qui les constituait s’effritant, se rognant elle-même sur des centimètres et des centimètres jusqu’à en aligner des mètres. L’eau me rendait mal à l’aise depuis Jean. Mais je n’avais pas le temps de me renfrogner, les explications scientifiques me laissaient parfois perplexe. Et je demeurais silencieuse et bête à mon tour, pourtant apaisée, les jambes croisées. Il m’arrivait de me pencher vers Sora, de glisser ma bouche vers son oreille et de susurrer un aveu du type je ne comprends pas. Peut-être une ou deux fois le long du documentaire, sans tomber plus dans l’excès, dans le refus obstiné que j’avais de polluer la séance, de déranger. Le jargon scientifique était après tout bien loin de mon domaine de prédilection.

Et puis le temps défilant ainsi. La lumière se leva enfin sur la salle noire. Je retenais un sursaut. Mon visage chercha celui de Sora.

« Je ne pensais pas que certains passages seraient aussi techniques. Et voir ces fissures qui s'agrandissent et s'agrandissent dans la roche, et les dégâts qu'une toute petite fissure qui s'élargit, ce à quoi cela peut conduire... C'est effrayant tu ne trouves pas ? » Quelques secondes pensives. « Il n'y a rien à faire en plus. Ca se casse juste. Tu crois que les falaises autour de Pallatine pourraient se détacher aussi ? Ce serait terrible, cet endroit me semble déjà si petit... » Oui vraiment terrible. Cela me contrariait rien que d'y penser, et lissant une mèche de cheveux déjà raide, je pensais encore. « L'effritement des roches. Existe-t-il quelque chose de vraiment solide dans ce monde ? »

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posté le Jeu 29 Juin 2017 - 20:23 (6)
Avec le temps qui filait, Sora commençait à se sentir plus à l'aise. Il n'avait pas de raison de s'affoler : Jade n'était pas partie en courant, et elle n'avait pas de raisons de le faire. Il commençait à retrouver la jeune femme avec laquelle il conversait sur internet : elle était franche et n'hésitait pas à le qualifier d'étrange, malgré tout elle était assez facile à vivre. Contrairement à lui, elle n'avait pas besoin de s'enflammer pour s'intéresser aux choses. Sora avait parfois l'impression de ne pas savoir vivre ; ce n'était pas qu'il ne ressentait rien, mais ses émotions étaient brumeuses, pas toujours très claires, comme s'il les observait de l'extérieur. Et pourtant il pouvait sacrifier des heures de sa vie sur un unique sujet, sur lequel il n'avait pas tant de connaissances que cela, et sur lequel il ne consacrerait probablement pas toute sa vie, car il était curieux. Oui, voilà sans doute ce qui les liait, Jade et lui : ils n'avaient pas besoin de passion tant qu'ils avaient la curiosité. Malgré tout, Sora ne pouvait mentir : les pierres le fascinaient. Il ignorait pourquoi, et la réponse était probablement celle d'un poète : ces grands mastodontes existaient depuis toujours, immenses blocs massifs ; mais il s'agissait en fait de colosses aux pieds d'argile. Une fissure, et tout s'effondrait. Ce fut d'ailleurs ce qui fit guise d'entrée en matière, quand le film commença. Sora s'était installé à côté de Jade à peu près au milieu de la salle ; ils avaient une bonne vue sur l'écran. Des images de la Terre furent les premières à s'afficher ; une reconstitution de l'effondrement de l'Azur window, qui aurait lieu « dans un an » selon les critères de Pallatine, mais qui sur Terre avait pu se passer. Sora ne put s'empêcher de sourire : pour lui, c'était le passé, et un tel évènement avait alors attiré faiblement son attention. C'était avant, du temps où il était heureux.

Il fut capté par le documentaire. Bien sûr, il était adapté à son niveau, de sorte qu'il put à peu près tout comprendre ; certaines nuances lui échappèrent probablement, mais ce n'était pas grave. Sora n'était pas dupe : jamais il ne pourrait tout retenir. En revanche, les images imprimaient leur marque sur son âme : il sut qu'il se souviendrait de ces paysages et de ces expériences, et lorsqu'il réviserait ces cours, les images lui permettraient de mieux s'y repérer. Ce n'était pas fait exprès, car il ne réfléchissait pas ainsi à son avenir ; mais c'était bienvenu. Il aurait pu oublier la présence de Jade si elle ne se penchait pas vers lui à l'occasion ; lorsque ses lèvres approchaient de l'oreille du garçon, il sentait une légère odeur, de parfum ou de savon, peut-être les deux, et il la trouva fort agréable. Le noir adoucissait la sensation de proximité, la rendait plus supportable ; et lorsqu'il sentit de la salle, Sora se dit qu'il pouvait se tenir proche de Jade sans en rougir. Il n'était pas sûr qu'il l'aurait pu, avant ; mais percevoir son corps par le biais d'autres sens, par le toucher, l'odorat et l'ouïe, lui donna l'impression qu'il la connaissait bien mieux désormais. Peut-être n'était-il pas encore ami avec elle, mais il n'était plus un inconnu. Il ignorait pourquoi, mais le constat le ravit. Peut-être aspirait-il à fréquenter des gens comme elle. Il se demanda si elle était capable de sentir l'admiration qu'il éprouvait pour elle ; si elle pouvait deviner à quel point elle avait le don d'inspirer des autres.

Enfin l'obscurité se leva, et Sora s'étira longuement. Trois heures n'étaient pas longues pour l'esprit passionné, malgré des baisses de concentration inévitables ; elles l'étaient en revanche pour le corps astreint à l'immobilisme. Ses membres étaient engourdis, et il songea qu'une bonne marche leur ferait du bien à tous les deux. Jade avait l'air vive, mais peut-être avait-elle mal quelque part, elle aussi. Attends, sortons d'abord. Il se leva et lui fit de le suivre quand il commença à descendre les escaliers. Les mots de Jade se répétaient dans son esprit. Il comprenait que ce documentaire était plus effrayant qu'il ne le paraissait : il rappelait à quel point tout, dans la nature, finissait par se détruire. Comprendre comment fonctionnait quelque chose, par exemple les mécanismes d'érosion, les procédés chimiques qui dissolvaient le friable calcaire l'influence du vent sur la roche à vif, les racines qui s'accrochaient à la paroi comme un naufragé à une bouée, permettait de saisir l'inéluctabilité de la fin. D'aucuns disent que c'est par les arts que l'on comprend le monde ; Sora venait de recevoir la preuve que ce n'était pas tout à fait exact. Elles s'effondreront, mais pas tout de suite, normalement. Et si c'était le cas, il y aurait toujours quelque chose de solide sur lequel poser le pied. Il en était persuadé, car les cours qu'il avait reçus lui avait montré à quel point Pallatine était une anomalie. Trop de climats différents, trop de faune et de flore variées pour un si petit territoire. Alors Sora croyait bien que les falaises ne s'effondreraient pas, malgré leurs fissures. Il avait peut-être, aussi s'exprimait-il au conditionnel ; malgré tout, son opinion ne changeait pas.

La luminosité du dehors lui parut monstrueuse ; il fut obligé de fermer les yeux, et il se morigéna d'être sorti aussi rapidement de la salle. On peut marcher ? demanda-t-il à Jade, espérant que le fait de bouger ne l'empêchait pas de réfléchir. Sora était de ceux qui étaient persuadés que marcher leur mettait les idées au clair, mais d'autres, attentifs aux détails, cèderaient probablement aux délices d'une promenade sans plus prêter attention à leur discussion. Les passages techniques sont un peu durs, admit-il, qu'est-ce que tu n'as pas compris ? Je peux essayer de t'expliquer, éventuellement. Essayer, tel était le terme : le fait est que Sora n'était pas très doué à ce genre d'exercice. On disait souvent que sa pédagogie était celle d'un enfant en école élémentaire tentant de répéter ce que son instituteur lui a appris ; ce n'était pas un beau compliment, mais hélas, le Japonais était forcé d'admettre que la comparaison avait du sens.
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posté le Sam 8 Juil 2017 - 21:08 (7)

« Oh oui, bonne idée. » Et elle s’était assez vivement redressée mais avait tardé à lui emboîter le pas, tandis que, sereine, un peu rêveuse aussi ou dubitative, elle l’avait regardé lui faire signe de le suivre. Et ce simple geste, si anodin, si peu intéressant, lui avait arraché un rictus timide mais bienveillant. Car il y avait dans ce geste une attention particulière qui ne voulait rien dire mais qui l’espace d’un bref instant l’infantilisa malgré tout. Drôle d’impression. Oui, cela la rendit bête, alors qu’elle se demandait si soudain, Sora ne la rajeunissait pas. Enfin. Le jeune homme ne devait pas s’être attardé sur la question, après tout, c’était si commun, si quelconque, si personnel comme réflexion.  

Le suivant d’assez près, l’air de la ville lui était parvenu comme une grande claque sur ses joues, contre sa peau. Jade avait reteint un souffle. Une fraîcheur douce tombait lentement. Ses talons claquant contre le pavé, un léger vent avait bousculé ses cheveux bruns vers l’avant. Discernant à peine Sora, les mots de ce dernier avaient manqué encore d’étendre un sourire discret. Elle avait pensé encore ; solide et rassurant.

« Tu es plein d’assurance. » Et elle répondait définitivement à l’affirmative sans trop s’en rendre compte. Car ce qu’il avançait demeurait cependant indéniable. De fait cet argument d’une implacable logique la confortait, et ses muscles se détendirent machinalement en y songeant, comme il y avait là quelque chose de simple à comprendre et à défendre. Jade ne s’épanouissait vraiment que dans l’évidence, et celle que lui dictait Sora lui plaisait. Assez pour qu’elle ose ce constat qui dans sa bouche se rapprochait d’un compliment. Sora, qu’elle voyait si jeune, lui paraissait soudain mature dans l’expression même de ses avis tranchés. Elle-même n’en présentait pas tant. Elle pensa, ah que ce devait être agréable de ne pas se sentir trop âgée ni trop jeune à côté de quelqu’un.

« Bien sûr. J’aime marcher dans Pallatine, le faire avec toi me changera de mes habitudes. » Cette optique ne la dérangea pas, tandis qu’elle était pourtant si attachée à sa routine, tandis qu’il y avait un effort imperceptible de son côté encore. Jade avait du mal à ne pas se laisser ensevelir par son quotidien, et tout changement même infime perturbait lentement ses pensées. Elle ravala un début de gêne, se posa presque immédiatement sur la même ligne que celle du garçon et se laissa naturellement porter par son rythme. « Essayer ne suffit pas voyons, tu dois y parvenir tout à fait. » Mais elle était conscience de son exigence, jetée juste comme ça, d’une douceur un peu brusque, trop pour ne pas être tout à fait sérieuse, et pas assez pour être comprise au pied de la lettre. Mais Jade était ainsi. Elle ne savait ni taquiner ni ordonner.

Mais Jade et Sora possédaient certainement un point commun qu’ils ignoraient tous deux chez l’autre, car Jade ne savait pas non plus s’émerveiller de ces balades. La ville somme toute à cette heure-ci n'inspirait pas le bucolique.  Et rien vraiment ne la déviait jamais de ses réflexions.

« Je n’ai pas saisi la différence entre la cryoclastie et l’altération par effets physico-chimiques. »

Bien sûr leur marche n’avait rien d’idyllique et ne tendait vers aucune forme de flânerie. Un passant en les frôlant avait haussé un sourcil en entendant sa question. Drôles de gens, drôle de conversation.
Et puis, comme l'air frais les berçait toujours sans se montrer trop froid, comme ils s'avançaient doucement encore dans la ville, confortablement installés dans cette nouvelle discussion, Jade s'était de nouveau laissée emporter dans ce moment nuageux, cotonneux. Elle songea que Sora était une personne contre laquelle il était facile de se reposer. Il paraissait certes mesuré, mais son calme devait relever d'une force tranquille sans doute. Presque vicieuse même tant il lui paraissait alors facile de s'y laisser tomber. Etait-ce parce qu'il lui semblait déjà le connaître, parce qu'ils ne se révélaient pas l'un à l'autre comme des étrangers, parce que l'air ambiant le réclamait, parce qu'il émanait de Sora quelque chose d’éminemment sain. C'était ce sentiment indescriptible de sécurité que l'on peut ressentir en présence de certaines personnes. Jade se demanda brièvement si elle était la seule à l'avoir remarqué.
Instinctivement, après seulement avoir parcouru quelques pas, un bras avait dévié de sa trajectoire et s’était pendu à celui de Sora.

« J’irai bien boire quelque chose. Après la troisième rue, il y a une petite place tout à fait charmante, avec une fontaine, et un café avec terrasse. Ca donnera un but à la marche, il faut marcher encore, mais ça vaut vraiment la peine d’aller s’y asseoir. La roche des bâtiments te plairait beaucoup je pense, elle est noire, volcanique. C’est une belle façon pour prolonger ce documentaire. »

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posté le Mer 26 Juil 2017 - 19:24 (8)
Le temps avait passé, mais la ville n'avait pas changé. Le vent s'était levé, et le soleil s'était rapproché de l'horizon - mais la nuit était encore lointaine. L'après midi mourant teintait le ciel de roses et de violets, mais la lumière de Pallatine était toujours la même. Sora se demanda pourquoi. L'hiver était une saison difficile, celle qui appelait à l'évasion ; il s'était habitué à de lourdes chutes de neige et à des vents glacés, mais en ville, apprit-il, il faisait toujours plus chaud. La poudreuse fondait bien vite, ne laissant derrière elle que de larges flaques d'eau qui gonflait les semelles. Aujourd'hui l'air était sec. Il préférait, peut-être. A vrai dire, il n'arrivait pas à trouver de charme à ce temps-là ; tout au plus apprécia-t-il la fraîcheur de la brise caressant ses joues rougies, et l'effort produit par ses muscles, qui les rendaient plus légers.

Il rougit d'autant plus face au compliment, inattendu, que lui offrit Jade. Non qu'il fut mal à l'aise ; ce fut surtout la surprise, car il ne s'attendait pas à ce qu'on le qualifia d'assuré. Sora était au contraire épris d'incertitudes ; il semblait presque courtiser les doutes. Il n'était jamais tout à fait sûr de son chemin, s'il continuait d'avancer, c'est parce que retourner en arrière aurait revenu à baisser les bras. Il ne regrettait pas Pallatine, il ne regrettait pas d'avoir quitté les siens. Mais assuré, cela non, il ne l'était pas. Je ne crois pas ? C'est juste une impression, marmonna Sora d'un ton bourru, rentrant subitement les mains dans les poches pour masquer sa gêne. C'est toi qui l'es, en fait. C'était du moins ce que lui pensait : elle avait certes l'air réservée, mais elle prenait des initiatives, comme de lui acheter un ticket de cinéma. N'était-ce pas là la véritable preuve de confiance en soi ? A côté de cela, Sora n'était que mensonges - incapable de promettre qu'il saura expliquer correctement. Il se mordit la lèvre ; il eut subitement l'impression de ne pas être à la hauteur.

Il se lança malgré tout dans l'explication, commençant par expliquer ce qu'était concrètement la cryoclastie - dans la mesure de ses moyens, car cela ne faisait que quelques lignes dans un de ses cours, et il ne voyait pas comment il pouvait expliquer davantage que ce qu'avait fait le film. Son explication était bancale, et comportait sans doute quelques approximations ; mais l'essentiel était résumé ainsi : La glace a plus de volume que l'eau, du coup elle casse la pierre. C'est surtout ça en fait. Je crois. Il sortit une de ses mains pour la passer dans sa chevelure, l'air timide. Subitement, l'examen de la devanture d'une boutique de chaussures lui parut plus passionnant encore qu'en périodes de soldes - et pourtant, les chaussures en soldes étaient devenues vitales pour un Sora qui n'avait pas les moyens de se les payer autrement. Il fut donc surpris par le contact d'un bras contre le sien. Jade dégageait une telle chaleur qu'il eut l'impression qu'elle emportait dans son sillage des effluves d'été. Oh, euh, oui, on peut y aller, répondit-il à la proposition. Il songea qu'il n'avait pas payé son ticket, ce qui lui permettait de prendre un verre. Et alors qu'ils avançaient dans la direction annoncée, il se prit à parler de basaltes, à se laisser entraîner par le son de sa propre voix. Il n'avait jamais remarqué que, malgré son accent, lorsqu'il parlait ainsi, avec sa lenteur coutumière, et sa façon d'appuyer sur chaque syllabe sans trop forcer, cette voix était belle. Grave, mais douce malgré tout.
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