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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

Première prise (sora)

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posté le Lun 5 Juin 2017 - 21:34 (1)

Je suis là.
Un dernier coup d’œil jeté sur l’appareil, et le message s’envoie. La rue tout autour s’anime, il y a quelque chose de léger dans l’air. Des couples se forment, et l’amitié enlace l’amour, les rires fusent ; tous les regards fondent sur les affiches géantes, tellement américaines.  Le soir tombe si lentement, le ciel reste un instant bleu.
Mains en poche.
Je crois que je pourrais l’attendre des heures, ce ne serait pas si mal, ici. La ville offre un spectacle constant, comme les gens se succèdent, se rejoignent ou se confondent dans cet humble décor, le décor d’une condition qui nous échappe ; d’une certaine manière c’est une réalité dont on s’est tous enfuis.
Et je ne sais pas vraiment ce que je fais ici. Je n’ai pas remis les pieds dans un cinéma depuis de si longs mois. Je réfléchis encore, et devant la devanture je ne peux pas vraiment m'empêcher de penser, mon dieu comme ça a l'air sorti d'une autre époque, d'une autre vie. Peut-être que ça m’a manqué au fond, peut-être que c’est le signe d’une banalité, d’une normalité qui me rattrape, s’installe. Le cinéma de ma ville, mon cinéma. L’idée d’un endroit presque à soi.
Presque à moi.
Pourquoi est-ce que je me sens émue ? D'ou me vient cette nostalgie ? Ah. Je me souviens que j’adore le cinéma, un peu comme on se souvient d’un fait pas vraiment notable dans l’existence, juste un constat, tiens c’est vrai. J’aime l’obscurité qui s’empare de la salle, cette excitation qui pointe timidement dans la poitrine lorsque les lumières s’éteignent, le boumboum du cœur lorsqu’on sait que le film commence, et cet écran qui ne semble jamais assez grand, et l’odeur aussi qui se dégage des fauteuils, d’une ambiance, d’un silence.  
Je crois que j’avais besoin d’un prétexte. Et je ne sais pas comment on se rencontre en vrai, comment on peut retranscrire le virtuel dans une réalité. Sora est un inconnu, pourtant je serai capable de décrire ses goûts cinématographiques, son attirance pour la science. Et il me semble que lorsque nous nous parlons, nous nous connaissons. C’est peut-être vrai si nous nous rencontrons pour la première fois ce soir, si nous laissons nos réseaux sociaux de côté, si on semble vouloir donner une ampleur à nos discussions. Et c’est flagrant lorsque je me rends compte : tout le temps que j’ai attendu pour faire quelque chose de si simple mais que j’aimais vraiment, aller à une séance de cinéma, et peut-être même acheter du pop-corn. Tout semble plus vrai, plus à porter. Et je flirte un peu, très simplement avec la vie d’avant.
C’est dire la pauvreté qui étreint mon sens des relations humaines.
Il aura seulement suffit d’un Sora.
C'est tellement et si peu à la fois.
L’air me semble moins lourd que ce matin. Il fait moins froid aussi. Ca aussi, c'est peut-être juste dans ma tête.
Je me force à garder le front lisse, de ne pas autant forcer mon regard, plisser les yeux me rend presque trop sévère. Mais j'ai cette inquiétude toute bête, depuis que je suis partie. Et si Sora ne venait pas, et si Sora avait menti, et s'il n'était pas celui qu'il prétendait être, et s'il était beaucoup plus vieux, et s'il avait fait semblant d'aimer les propriétés des roches pour s'approcher de moi. Pire encore ; si Sora était Sora et que je n'avais soudainement plus rien à lui dire ?
Je voudrais pouvoir rassurer mes jambes et leur dire que gigoter ne servira pas. Mais là non plus je ne peux pas m'en empêcher.
Je pourrais tout aussi bien ne pas le reconnaître.
J'essaye de me souvenir des photos, s'il y en avait en ligne. Rien ne me vient. Sora si clair dans ma tête est gommé d'un seul trait.
Et si c'était le contraire ? Si c'était lui qui ne me reconnaissait pas ? Je voudrais un signe distinctif comme une signalétique pour le conduire jusqu'à moi. Mais mon trench est noir, mon jean est noir, mes bottines sont noires, mes cheveux sont noirs ; j'aurai dû le prévenir que j'étais un point sans lumière. Juste une Jade trop grise dont le maquillage cache à peine les cernes.
Je ne me sens pas magnifique.
J'ai même oublié comment être jolie.
Mais ça n'a plus d'importance maintenant.
Je cherche une carrure qui pourrait lui appartenir, des vêtements qui pourraient être à lui, des traits qui me feraient imperceptiblement sourire.
Quelqu'un que je dois trouver pour la première fois.
Quelqu'un que j'aurai envie d'appeler.
Quelqu'un que je peux appeler.
« Sora. Je suis là. »

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Personnage : il est de ces gens qui ne se distinguent pas des autres. ni fragile ni fort, il est une force tranquille qui cherche à s'intégrer. patient, il observe le déroulé des saisons, attend son œuvre. sora n'est pas pressé. il n'a plus envie de vivre son existence pour lui-même - il cherche quelqu'un, un ami pour qui il offrirait sa vie. alors souvent il erre à pallatine. il sait se défendre. il ne se soucie pas vraiment des dangers. on dirait parfois qu'il n'est pas vraiment là, qu'il ne s'est jamais vraiment rendu compte qu'il avait quitté la terre.
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posté le Mar 6 Juin 2017 - 13:03 (2)
Sora savait que, le temps passant, on accusait le poids des ans, on subissait les outrages de la vieillesse et perdait progressivement la sensation d'appartenir à ce monde. En cet instant, c'était plutôt l'inverse qui se produisait. Jamais il n'avait eu autant conscience de sa jeunesse et de son inexpérience. Il lui semblait avoir un esprit vierge, attendant encore que la vie vienne y imprimer ses marques pour le modeler. Il savait que c'était là un symptôme de stress ; lui aussi pouvait à l'occasion ressentir une légère tension lorsque la situation à laquelle il était confrontée le sortait de sa zone de confort. Il s'efforçait cependant de la chasser de son corps, en respirant aussi profondément que le rythme effréné de sa marche le lui permettait ; régulier, le martèlement de ses pas lui imposait une cadence à soutenir, un effort à réaliser qui l'obligeait à ne pas trop s'appesantir sur ses propres appréhensions.
Il ne pouvait cependant ralentir, car il était en retard.

Le soleil a déjà glissé de son piédestal et entame sa descente vers la terre. A cette heure de la journée, les rues ne sont pas bondées ; cependant, Sora croise des passants sur son chemin, passants qui lui barrent la route, l'obligeant à prendre des détours, à lancer son corps dans les portions d'espace vide qui peuvent l'accueillir. Il parvient, il ne sait comment, à ne pas entrer en collision avec un autre piéton. Dans la poche de son jean, son téléphone portable vibre ; il soupire, mais il ne trouve pas le temps de le consulter avant d'être stoppé par une de ces rares voitures qui osent investir l'asphalte des rues. Alors il lit le message, et son cœur s'affole. Il ne connaît pas vraiment son expéditeur ; il sait qu'il s'agit d'une femme d'une grande culture, jeune, quoique plus âgée que lui ; il la devine raisonnable, soignée, probablement une de ces dames qui imposent le respect par leur seule apparence, y compris lorsque leur vêture offre un modèle de dénuement remarquable. Rien à voir, en somme, avec un garçon comme lui, un peu rude, quoique gentil - probablement trop béotien pour elle. Et pourtant il avance. Sora se dit qu'il doit être un peu fou : quel homme de dix-huit s'intéresse tant aux pierres qu'il se réjouit de se renseigner sur le sujet, plus encore que de rencontrer une femme avec laquelle il discute depuis un moment sur chronosrep ? La pensée, ridicule et déplacée, le fait sourire, et libère son dos du nœud qui le rendait inconfortable.

Sora enfin arrive au niveau du cinéma. La foule s'éclaircit, et le jeune homme commence à examiner chacune de ses composantes, chaque personne demeurant immobile devant l'entrée, comme si elle attendait quelque chose. Il est surpris de constater qu'il n'y en a, en fait, pas tant que cela : autour de lui, tout est mouvement - des gens qui n'ignorent pas le cinéma, mais qui le relèguent dans un coin, n'en faisant qu'un élément du décor qu'ils abordent. Et Sora pose les yeux sur une femme. Un prénom jaillit dans sa tête. Jade. Ce doit être elle, se dit-il ; toute de noir vêtu, d'elle se dégage un mélange de sobriété et d'inquiétude, comme si elle retenait quelque chose. Il ne pouvait dire d'où lui venait cette certitude, mais il savait que c'était elle qu'il devait rencontrer. Lorsque leurs yeux se croisèrent, Sora se surprit à sourire légèrement. Il avança de quelques pas, combla la distance qui les séparaient comme si elle ne comptait pas, et, avec timidité, la salua : Bonjour. Sa voix était, comme souvent, très douce, beaucoup trop pour paraître naturelle ; mais Sora n'y songeait guère, car à force il avait pris l'habitude de s'exprimer ainsi. Il n'osait pas détailler Jade trop longuement, par peur d'être impoli ; aussi fixa-t-il son regard sur les yeux sombres de la jeune femme, qui étaient presque au niveau des siens. Sora se présentait les joues rougies, le bas du visage couvert d'une écharpe blanche ; un blouson en faux cuir, teint en noir, couvrait un sweat-shirt d'un vert d'eau délavé. Cela le rendait, remarqua-t-il, beaucoup plus massif qu'il ne l'était en réalité. Était-il impressionnant ? il avait peur de se présenter à Jade comme une illusion ; il se répéta qu'elle avait assez conversé avec lui pour savoir qu'il était bien plus que cela. Est-ce que... tu as déjà pris un ticket ? Ou faut-il en acheter ? L'accent fort du Japonais ne parvenait guère à cacher le tremblement de sa voix ; il ne se sentait pas à l'aise dans cette situation dont il ignorait les codes. Sora était simple, ne s'inquiétait pas vraiment de grand-chose ; en revanche, il se faisait du souci pour les autres. Peut-être avait-elle des problèmes d'argent. Peut-être estimait-elle qu'il fallait que l'un payât pour l'autre. Il s'accommoderait de tout ; il était simplement nerveux car la situation était inédite. Il lui tardait de retrouver son calme habituel, d'être à nouveau en pleine possession de ses moyens ; alors ce rendez-vous serait-il beaucoup plus agréable pour les deux.
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posté le Ven 9 Juin 2017 - 19:07 (3)

Elle dessinait sur ses lèvres un sourire, un goût d’inachevé aussi. Et c’était vrai encore qu’il paraissait un peu épais comme ces jeunes hommes robustes ; elle ne l’avait pas imaginé si solide. Pourtant elle l’avait reconnu presque tout de suite dans une attitude, dans une voix qui ne pouvaient que lui aller. Et ses joues un peu rougies, à moitié dissimulées derrière cette écharpe, Sora lui aurait semblé timide. Et c’était étrange encore la douce sensation de réserve qui paraissait émaner de lui, la distance naturelle entre eux, puisqu’ils n’étaient encore à ce stade que des méconnus qui tentaient de retrouver l’alchimie des conversations passées et futures.

Pourtant il lui renvoyait sa propre timidité ; mais elle s’efforçait de ne rien laisser paraître, rien d’autre que cette impassibilité professionnelle qui lui apparaissait encore acceptable, encore légitime. Jade savait que le moindre tremblement l’aurait pourtant trahie. Elle craignait de révéler à Sora sa propre maladresse, car cela enfin aurait mis fin à ce fébrile échange qu’ils avaient bâti ensemble. Elle tentait de se persuader qu’il ne s’agissait que de Sora, seulement sous une nouvelle plateforme, étrange et réelle. Mais elle ne ressentait plus cette peur, et tout ce qui aurait pu le rendre effrayant, intimidant, tout ce qui aurait pu la ramener à son propre inconfort n’était plus depuis qu’elle avait aperçu la teinte de son visage, la dimension de ses cheveux ébouriffés. Jade se lovait contre cette idée de connaître et d’ignorer.

Jade semblait à l’aise pourtant. Les douceurs aux commissures de sa bouche lui rendaient une infinie patience, une tendresse aussi tandis que ses orbes sombres reposaient tranquillement dans le regard de l’autre. Elle découvrait simplement et dans cette contemplation brute, qui n’attendait rien, elle croyait retrouver dans les manières de Sora un peu de l’être qui avait griffonné si souvent ses silences et ses apartés. Maintenant qu’il était là, l’angoisse s’était lentement laissé tomber. Elle ressentait une vague sensation d’accomplissement.  

Peut-être Sora n’était-il qu’un jeune homme tout juste sorti de l’adolescence, encore ignorant de beaucoup de choses. Alors, il lui paraissait naturel qu’elle soit la seule à prendre les choses en main, comme elle était plus âgée, comme elle était femme.  

« Bien sûr. Voilà. » Et ce disant, elle avait sorti d’une petite pochette deux tickets qu’elle lui tendit. « Laisse moi te l’offrir, ça me fait plaisir. »

Et elle ne croyait pas vraiment à cette idée de galanterie, tandis qu'ils étaient si loin d'un rendez-vous, alors qu'ils n'étaient rassemblés que par ces thèmes redondants que n'importe qui aurait trouvé barbants.
Jade était somme toute trop maussade pour s'adonner à la joie d'amour. Car un documentaire sur l'effritement des roches, ce n'était définitivement pas ce qu'un homme et une femme devaient aller voir ensemble. D'ailleurs, il n'y avait chez Jade aucune forme d'impatience.

« Tu ne regrettes pas le choix du film j'espère, c'est un peu tard pour changer maintenant. »

Et son sourire s'était attendri encore, bien sûr elle reconnaissait ne pas réellement lui avoir laissé le choix.
Droite, les mains jointes sur sa pochette, elle le regardait toujours ; l'agitation noyée dans ses prunelles sombres. Son corps respirait une inertie toute mesurée.

« Il n'y a que toi pour être d'accord pour aller voir un documentaire sur les roches qui dure trois heures. »

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Personnage : il est de ces gens qui ne se distinguent pas des autres. ni fragile ni fort, il est une force tranquille qui cherche à s'intégrer. patient, il observe le déroulé des saisons, attend son œuvre. sora n'est pas pressé. il n'a plus envie de vivre son existence pour lui-même - il cherche quelqu'un, un ami pour qui il offrirait sa vie. alors souvent il erre à pallatine. il sait se défendre. il ne se soucie pas vraiment des dangers. on dirait parfois qu'il n'est pas vraiment là, qu'il ne s'est jamais vraiment rendu compte qu'il avait quitté la terre.
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posté le Ven 16 Juin 2017 - 23:42 (4)
S'il l'avait pu, il aurait pris une profonde inspiration et cela l'aurait calmé ; mais la manœuvre n'était pas assez discrète, et Sora repassa rapidement en revue les différentes façons de se calmer lorsque l'on aborde un oral. Le stress s'entend dans la voix, avait-il appris : des tremblements, des rythmes saccadés, un ton aigu, des hésitations trop nombreuses... Ce sont des signes faciles à repérer, lorsqu'on n'est pas sûr de ne pas se laisser déborder par le stress ; et, en s'entendant, Sora sut qu'il entrait dans ce cas de figure. Il avait probablement l'air timide aux yeux de Jade, alors qu'il ne l'était pas. Mais elle l'impressionnait : elle avait l'air un peu froide, encore que cet air pouvait être emprunté ; tendue mais élégante, elle avait l'air si adulte. D'une certaine façon, elle collait plus à l'image que l'on pouvait se faire d'elle. Sora espérait qu'il ne l'avait pas déçue ; elle était assez intelligente pour comprendre qu'une apparence ne faisait pas tout. Et puisque lui aussi s'en rendait compte, il n'avait nul raison de se rendre nerveux. Alors il se planta droit dans le sol, et tout à coup son esprit s'éclaircit, comme si le vent avait fini par en chasser les nuages.
Et son sourire fut sincère.

Il n'avait plus les joues rondes et rouges de l'enfance, et s'il était loin d'effleurer le ciel, il pouvait désormais regarder les grands droit dans les yeux. Assis sur les bancs de l'école, il n'était plus loin de prendre son envol ; il sentait dans son dos ces ailes qui ne demandaient qu'à être déployées, un peu douloureuses d'avoir été toujours tenues repliées contre lui-même. Il était jeune, sans doute bien plus ignorant qu'elle ; mais si elle acceptait le jeu, alors il n'avait nul honte à acquiescer. Oh, merci beaucoup ! A vrai dire, il n'avait pas vraiment d'argent lui-même : il avait bien de la chance que l'internat ne fût pas payant, et que l'Institut acceptait de lui allouer une petite somme pour subvenir à ses besoins ; toutefois, s'il pouvait éviter à l'occasion de toucher à cette cagnotte, alors il en était ravi. Tout comme il l'était du choix du film ; et il ne put s'empêcher d'émettre un rire léger comme la pluie lorsque Jade osa suggérer le contraire. Aussi étrange que cela puisse paraître, les pierres, ça me passionne vraiment. Il ne se rappelait plus très bien du moment où il avait commencé à étudier avec sérieux ; il se pouvait que ce fut lors de sa première année, l'année où tout changea. Cela n'avait rien d'une passion qui lui serait subitement tombé dessus comme un coup de foudre ; il avait soudainement trouvé le cœur à se plonger dans les livres, et à comprendre que ce vaste univers dans lequel il évoluait depuis tout petit était bien plus complexe que ne l'estimait sa propre personne. Alors oui, les roches faisaient probablement partie de ce monde qu'il observait avec des yeux ronds - les yeux d'un enfant, peut-être. Sora se passionnait d'orogenèse, mais tout, au fond, l'intéressait en géologie. A voix basse, il rajouta : Qu'est-ce que trois heures, de toute façon ? C'est nécessaire pour explorer un sujet. Mais je te rassure, je n'aurais probablement pas pu le voir avec quelqu'un d'autre que toi. Le moment était probablement venu de rentrer et d'assister à la séance. Sora ne savait pas s'ils discuteraient longtemps après le film, mais cela rendait la perspective de voir ce film particulièrement intéressante, après tout.
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posté Hier à 10:56 (5)

« Oui c’est vraiment très étrange. » Aussi étrange que le rire invisible qui s’invitait chez moi. J’écoutais Sora et je me sentais devenir malicieuse. C’était un fin amusement encore qui embrassait timidement mes lèvres. Je n’étais pas aussi passionnée. D’ailleurs, je crois que je ne l’étais plus, que je ne savais plus l’être, que j’avais brusquement cessé un jour. Un peu comme on se décide d’arrêter une activité. Cela m’avait pris un matin, et n’était plus jamais revenu. Mais je n’étais pas jalouse ; les passions des uns et des autres ne m’évoquaient aucune nostalgie. Je me sentais tantôt reconnaissante de connaître des gens qui éprouvaient encore ce type de sentiments pour des objets, pour une Nature qui ne m’intéressait que moyennement à dire vrai. Mais j’aimais peut-être avoir des passionnés avec qui converser, même si je n’avais pas autant de choses à leur apprendre, à leur dire. J’affectionnais simplement de les entendre. Soudain, Sora m’évoquait ces existences que l’on aime toujours écouter, dont on se gorge éhontément sur la terrasse d’un café, les jambes croisées, un petit café noir et bien serré. Une cigarette aussi. Je ne fumais plus depuis l’université, n’avais jamais été une grande fumeuse en y pensant bien. Une de temps en temps. Même pas pour la forme, j’appréciais juste la rareté de l’instant.

Je décidais alors que Sora devait avoir beaucoup de choses à me dire. J’aimais l’idée du moins.

« Il faudra m’expliquer. J’ai hâte de savoir tout ce que tu as à dire sur le sujet. » Il ne fallait y voir aucune forme d’ironie surtout, à la limite une pression taquine, un sous entendu qui laissait entendre que l'on ne se satisferait pas du documentaire uniquement. Car bien des gens auraient trouvé ça étrange que de vouloir mener une conversation sur les roches. Mais j’avais peut-être un faible pour les sujets qui sortaient de l’ordinaire dès lors que l’autre menait le dialogue, dès lors qu’on y accordait tout son sérieux, alors que moi qui étais toujours trop sérieuse n’avait que bien peu de sujets où insuffler un souffle d’envie, de désir et de passion. L’Art bien sûr me stimulait comme personne ne savait plus le faire. Mais mes tableaux soufflaient sur moi une poussière ; je ne me renouvelais jamais. Je prenais racine dans mon musée. Les tentatives pour aider ma vie à tourner autour d’autre chose me plongeaient plus encore dans mon affection pour l’Art. Je ne me faisais pas beaucoup d’impression sur les roches. Mais le documentaire paraissait réellement intéressant.

Non. Je réalisais à l’instant où je le pensais que Sora était celui qui me semblait intéressant. On pouvait bien trouver cela étrange.

« Je suis flattée. » Qu’il ne puisse s’agir que de lui ou que de moi, cela rendait cet instant absolument nécessaire. Et si j’étais véritablement reconnaissante d’être attendue pour quelqu’un, de revêtir une quelconque importance même éphémère, il me semblait encore que j’en avais perdu l’habitude. Bien sûr c’était fâcheux. Je croyais apprendre de nouveau, comme l’on apprend à remarcher parfois après une longue convalescence. Je persistais pourtant à rester sur le côté.

« On devrait y aller maintenant. » j’esquissais un pas vers l’entrée. Nous n’étions pas en retard, et peut-être presque en avance avec le documentaire. Mais le silence d’une salle encore vide me reposait.

On plongeait dans le noir.

J’espérais que ces petites heures assis l’un à côté de l’autre nous habitue à cette nouvelle proximité. Tandis que mon esprit tout entier se tournait vers les propriétés des roches calcaires, poreuses ou volcaniques, je laissais mon corps se détendre. Confortablement calée contre le fauteuil, un bras ballant sur l’accoudoir qui me séparait de Sora ; je pensais ainsi que nos deux êtres apprenaient silencieusement à se connaître.

Parfois je retenais mon souffle et gigotais en reconnaissant une pierre qui avait orné les décors de mon ancien chez moi. Ou alors lorsque le documentaire s’attardait sur d’énormes morceaux de falaises qui se déversaient à pic dans l’océan, la pierre qui les constituait s’effritant, se rognant elle-même sur des centimètres et des centimètres jusqu’à en aligner des mètres. L’eau me rendait mal à l’aise depuis Jean. Mais je n’avais pas le temps de me renfrogner, les explications scientifiques me laissaient parfois perplexe. Et je demeurais silencieuse et bête à mon tour, pourtant apaisée, les jambes croisées. Il m’arrivait de me pencher vers Sora, de glisser ma bouche vers son oreille et de susurrer un aveu du type je ne comprends pas. Peut-être une ou deux fois le long du documentaire, sans tomber plus dans l’excès, dans le refus obstiné que j’avais de polluer la séance, de déranger. Le jargon scientifique était après tout bien loin de mon domaine de prédilection.

Et puis le temps défilant ainsi. La lumière se leva enfin sur la salle noire. Je retenais un sursaut. Mon visage chercha celui de Sora.

« Je ne pensais pas que certains passages seraient aussi techniques. Et voir ces fissures qui s'agrandissent et s'agrandissent dans la roche, et les dégâts qu'une toute petite fissure qui s'élargit, ce à quoi cela peut conduire... C'est effrayant tu ne trouves pas ? » Quelques secondes pensives. « Il n'y a rien à faire en plus. Ca se casse juste. Tu crois que les falaises autour de Pallatine pourraient se détacher aussi ? Ce serait terrible, cet endroit me semble déjà si petit... » Oui vraiment terrible. Cela me contrariait rien que d'y penser, et lissant une mèche de cheveux déjà raide, je pensais encore. « L'effritement des roches. Existe-t-il quelque chose de vraiment solide dans ce monde ? »

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