« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

Forum urbain sf/historique avec paradoxes temporels
Avatars manga/illustrés, taille 200x320px - Forum tout public
Aucune limite de lignes ou de mots - Aucune condition d'activité
Lire le contexte

Partagez
Voir le sujet précédentVoir le sujet suivant

La ballade des gens heureux - Jade Gregory

avatar
Sécurité
Son of the desert
c'est un homme brisé. la guerre est rarement jolie à voir, pire à vivre. il est amoureux. amoureux du désert.
il ne supporte pas, ne supporte plus la vue du sable.
mais il la recherche, recherche sa chaleur, son atmosphère. sa propre pesanteur. il vit sur une autre planète et il rêve souvent du désert, mais il ne faut pas lui en vouloir, à camil. il est persuader tout au fond de lui d'être utile et de protéger les citoyens de pallatine grâce à son boulot, mais à la surface, il doute de tout.
on lui a beaucoup menti, à camil, ce qu'il fait qu'il ne sait plus très bien à qui faire confiance. l'institut lui a volé des souvenirs, les effaçant grâce à l'hypnose, alors même à lui-même, il ne fait pas confiance. ca le rend vulnérable, et suicidaire sur les bords. il ne sait pas où il vit, là-bas dans le désert ou ici sur terre. enfin pallatine.
enfin vous savez bien, n'est-ce pas? ou bien êtes-vous perdu, vous aussi, entre avant et après?
Nom de code : 41
Avatar IRL : Raphaël Personnaz
Avatar : Marco Adriano

Messages : 38
Messages rp : 15
Date d'inscription : 07/03/2017
Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 12 Juin 2017 - 17:25
CAMIL BOYLE
&
JADE GREGORY
IL EN FAUT PEU POUR ÊTRE HEUREUX
Il est tard, ce soir, et déjà les lumières n’éclairent plus que l’ombre de mon dos. Je suis de face, ce soir, face à une lune, ce soir, qui me regarde de travers avec ses yeux doux. Elle me couve, tard, de ce regard, oh si tard, qui me rend fou, bien trop tard. Et peut-être que j’ai bu, ce soir, un peu trop bu, trop tard, l’air me rend fou, la lune, et les étoiles, ça me rend fou, tanguent lentement. Il y a de l’eau, ce soir, et de l’air, ce soir, une pleine lune, ce soir, et les étoiles, ce soir, et l’eau gelée. Je la goutte du bout des doigts, dansant, légers, je suis en apesanteur, un funambule, regardez-moi, un vrai clown. Tragique. Triste. Ironique. Cynique. Et pire que ça. Et ça fait plouf, d’un coup, un coup de semonce, un coup de froid, un coup de batte qui m’assomme et me réveille. Et lorsque j’émerge, crachant, frissonnant, respirant l’air à grande goulée d’ivrogne, je me rends compte.


La lune est belle, ce soir, si belle qu’elle me rend fou.



Son œil unique braqué sur la ville l’enrobe d’une aura rehaussée par les fenêtres éclairées. J’imagine la vie au-delà, les gens qui vivent, aiment, se disputent, crient, pleurent, hurlent, s’embrassent. Font l’amour. Forgent des souvenirs. Et ça me rend fou. Qu’est-ce que je faisais avant ma baignade improvisée ? Peut-être… Non, pas la peine d’essayer d’y penser, Camil, tu ne sais pas. Tu ne sais rien, ça t’échappe toujours, je me fustige. Je suis une passoire qui ne retient que le strict minimum.


The bare necessities.



Un rythme me revient, un ours et un enfant quelque part dans une jungle indienne. Une panthère et un nom comme une marque apposée au fer rouge. Disney. Une paire d’oreille de souris, noire, et un générique en forme de château. Au plus je me concentre, au plus je me souviens, au plus la musique imprègne mes sens. Ça y est je danse. Un sourire naïf naît sur mes lèvres pâles – le froid me mord mais je m’en fous. Je suis trempé comme une soupe, pauvre poisson suffoquant frétillant sur le sol boueux, derniers élans d’une vie qui bientôt s’achèvera, mais je m’en fous. De toute façon, il n’y a personne pour me traiter de fou. Donc je m’en fous.


Je crois que je suis encore imprégné d’alcool.



Soudain, l’envie de vomir me prend. Je ne tiens pas bien sur mes jambes qui flanchent ; je me retrouve à genoux dans l’herbe-pas-si-fraîche puant les produits toxiques, ce qui me rend vert. Comme un schtroumpf vert. D’où je tiens ça ? C’est quoi, un schtroumpf ?


Pas le temps d’y penser que je rends tout, déjeuner, dîner, verres, dans une masse informe coulant d’entre mes lippes serrées.


« …Bbbeeaaauuurrk… »

Heureusement qu’être soldat apprend à s’en sortir à peu près propre dans ce genre de situation. J’esquive plus par réflexe qu’autre chose la matière avant qu’elle ne souille mes vêtements ou pire, mes chaussures. Pas une seule goutte. Je m’en sors comme un chef.


Avant de m’étendre, crevé, sur le sol à demi goudronné. A droite, le port et ses navires au repos se moquent de moi, leurs carcasses de géant grinçant sinistrement. A gauche, les usines de l’Institut me protègent de leur ombre familière. Il n’y a rien de mieux qu’un lieu désaffecté pour cacher ses détresses, autant physique que psychologique. Bon lieu pour mourir, aussi, la carcasse ne risquant pas d’attirer les regards avant un bon moment. Je ricane. L’endroit parfait pour un salaud fini comme moi. Joie de vivre et vive la patrie. Etc etc.


Je dessoule comme d’autres coulent à pique, en m’enfonçant au plus profond de moi, yeux grands ouverts sur un ciel pâlissant peu à peu. L’aube se lève, et avec elle revient ma conscience qui déjà me file des coups de canne imaginaires. Je n’aurais pas dû boire. J’ai un service dans quatre heures, et il vaut mieux pour moi que d’ici là, j’aie pris une douche et me sois remis sur pieds. Remettre en place mon masque de froide détermination. De chef de la sécurité. Un homme discret, efficace, robot sous le contrôle de l’Institut. Chien en laisse.



Ai-je été autre chose ne serait-ce qu’une fois dans ma vie ?



Je ne m’en souviens plus.



« Putain… Fais chier. »

Ça me tue de douter de moi et je me suis rendu compte que lorsque je buvais, je me souvenais de mon passé. Des bribes dansant à la surface, prenant vie avec les volutes d’alcool pour s’évanouir sitôt le soleil pointant le bout de son nez. Rageant.


C’est putain de rageant.



Je me lève avec la rosée rafraîchissante, des bouts d’herbes tâchant mon costume de toute façon fichu. Je me dirige vers ce que je sais être un point de passage, encore groggy, lorsque je crois apercevoir une forme au loin. Quelque chose d’humain. Qui s’agite bizarrement. Comme un pantin désarticulé.


Mes jambes courent, je m’affole, mon humanité refait surface. Ciao les souvenirs si durement gagné, je redeviens Camil Boyle, toutou fidèle de l’Instit’, amnésique à ses heures perdues. Vite j’attrape les jambes du pendu, vite je remonte le corps avant que le cou ne cède, avant que l’air ne manque. Un bras me suffit à tenir le – je n’espère pas – cadavre, l’autre s’occupant en défaisant le nœud mal fait. Je l’allonge une fois la femme – car s’en est une – débarrassée de sa corde, la tapotant pour la réveiller.


« Mademoiselle ? Mademoiselle ? Vous m’entendez ? »

Je dégouline sur elle l’eau pourrie de la mer, mélange d’iode et de pétrole, ce qui doit sûrement lui faire plus d’effet que mes petites tapes. Je m’apprête à passer aux gestes de premiers secours quand…


CODAGE PAR AMIANTE


CADO:

Elena x2 + Himiko <3
avatar
Membre

--
Avatar : Original - Hoooook

Messages : 62
Messages rp : 47
Date d'inscription : 21/05/2017
Voir le profil de l'utilisateur

L’aube offrait à l’horizon un dégradé rougissant, perturbé seulement par le bruit persistent d’un moteur, d’une décharge électrique dans l’air. Le paysage industriel me devient soudain moins dense, et je m’y abandonne à mon tour comme précipitée dans mon propre décor. Sordide. Les cheminées ont beau craché leurs épaisses fumées noires, je sens l’odeur qui me transperce ; c’est là, dans tous les pores de ma peau, c’est là, du charbon qui se roule dans mes poumons. C’est là.
J’expire.
Déjà, je suis ailleurs.
Déjà je suis partie.
Et je devine, ressens la lutte désespérée du corps qui s’agite, s’offusque. Je sens la vie qui me quitte. Et je la rappelle en vain, d’une bouche entrouverte, de l’air qui navigue tout autour. Reviens.
C’est un autre rendez-vous manqué encore. Alors je gratte comme une folle en perdition, je gratte et je gratte sur la corde mais elle s’échappe toujours. Tout s’enfuit sous mes yeux, comme si soudain on cherchait à m’éjecter de moi-même, à séparer ma conscience de son enveloppe charnelle. Le nœud m’empêche de céder tout à fait pourtant. Je suffoque. Il ne reste que la souffrance. La douleur est atroce. Ma voix s’estompe sans un cri dans une asphyxie trop lente.
Je prends presque immédiatement conscience de l’horreur de la situation ; je suis en train de me regarder mourir.
Tout devient de plus en plus trouble. Je ne sais même plus ce que je crois être réel. Car je ne veux pas croire, ne peux pas croire à cette masse qui me soulève, m’offre un répit. Ou pire, l’espoir. Je ferme les yeux, c’est peut-être la dernière fois.
Je sombre. Je ne sais pas.
Je le perçois à peine.
Tout est noir. Même sa voix semble provenir des fonds abyssaux. Je peine à émerger vraiment. Je n’ai pas envie d’ouvrir les yeux. Il m’est difficile de concevoir l’échec encore, de penser à l’après aussi, à ce qui devra advenir. Je croyais si fort ne plus jamais avoir à me poser la question. Et je voudrais attendre un peu, rien qu’un peu, avant de devoir me jeter à corps perdu dans la vie alors que je pensais déjà embrasser l’au-delà.
Je crois que je meurs encore. J’ai toujours la sensation de la corde autour de mon cou, respirer m’est pénible. Les petites claques sur les joues me forcent pourtant à sortir de cette inertie à laquelle je suis rendue. La gorge serrée, je perds un grognement ; une grimace me défigure. Le visage blême, un collier rouge autour de ma nuque, et les yeux vitreux, je suis saisie d’une violence inouïe ; comme si on m’arrachait de ma tombe, qu’on extirpait mon cadavre de sous terre. Je crois que je me réveille d’un songe éternel. Et je ne me sens plus tout à fait vivante, sinon désertée par un fluide d’énergie.
Mais je vis, fatalement je suis encore là, mon indésirable, et pourtant je suis pétrifiée, par une douleur encore aiguë, par un vide sans nom, par une déception trop grande, trop insurmontable aussi. J’ai de la reconnaissance pourtant, non pas pour être encore là, seulement pour avoir fait en sorte que cesse l’étranglement. Je suis une pendaison ratée. Et une certaine honte me submerge soudain, la honte d’être toujours là, de ne pas avoir serré ce nœud comme il fallait, de ne pas avoir eu la nuque rompue, de ne pas flotter les pieds pendus dans la vide. La honte de simplement exister.   
Je me demande à quoi je ressemble, sûrement à quelqu’un qui vient d’essayer de mettre fin à ses jours. Je me demande s’il sait à quel point je suis fatiguée. Et l’impossibilité de faire semblant, comme si rien n’était jamais survenu. Trop tard. Ma peau est marquée au fer rouge, je porte le suicide comme le Messie a porté un jour sa croix.  
Avoir échoué juste comme ça me fait me sentir pitoyable.
Et je parviens à le regarder très nettement, trop fixement, trop éveillée soudain. Je le vois, je l'entends et je le sens surtout. L'odeur dégouline droit contre mes narines, et je manque un haut le coeur. Suave mélange d'alcool et de régurgitation ; il est sale comme on l'est toujours après une nuit d'ivresse.
« Oui... Je vous entends... »
Doucement, ma voix s'éteint et je reste muette et hagarde. Je détourne lentement la figure, le goudron me mord la joue.
J'aimais ne pas être la seule embourbée dans ma seule déchéance ; celle de l'inconnu me réconfortait étrangement. 
Un instant passe.
« Vous sentez mauvais. »


Revenir en haut
Voir le sujet précédentVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum