« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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1:57:34 ((feat. Junji))

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mirai te regarde avec cette angoisse dans les yeux. angoisse voilée derrière un rideau sulfureux, rêche et capricieux. dis-toi que les insultes qui pleuvent de sa bouche ne sont pas sincères ; seulement amères. la rupture tranchante des rencontres vaut mieux que le rejet authentique. celui qui ramène à la surface vingt ans de solitude armée, entre le ciel et la terre. vingt ans d'errances sans ancres. vingt ans d'attente qu'il doit reconstruire à la petite cuillère.

alors question d'oublier ; laissez-le

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le Jeu 22 Juin 2017 - 20:00






Un soir se lève la lune, grand sourire silencieux, lumineux. Elle découpe les ombres, dont la sienne frêle et agile, à travers les rues et les griffes industrielles. Croissant découpé dans une netteté divine. Muette présence que les doigts ne parviennent à effleurer et qui, par dépit, préfèrent le satin d’une peau. Ou la froideur d’un verre. Quelques paroles s’échangent alors que sa silhouette louvoie entre les leurs, fugace et pressante. Les néons et les red lights illuminent la nuit. Phares éternels des coques métalliques roulant entre les lignes orange. La vie diffère du jour tandis que Mirai rentre chez lui. La rivière de ses cheveux cascade le long de son épaule et ses pas glissent à l’intérieur, la porte refermée dans un silence religieux, soulagé d’être baigné d’une chaleur familière. Il vit la nuit, lorsque les lueurs flamboyantes s’étirent dans le ciel pour faire place aux étoiles. Il vit à travers les clients, les proies, les cibles. Les rires, les murmures, les échanges. À travers le bruit de ce monde unique que le jour ne connaît pas. Et lorsqu’il s’éreinte dans la foule, que l’existence se fatigue, l’Asiatique ne refuse jamais le confort d’un bercail où son esprit aime à se réfugier. Le temps de souffler puis de reprendre le large. Jeune marin que la mer urbaine happe entre ses flots.     



Mirai soupire ; libéré. Son corps élancé s’appuie contre la porte une fraction de seconde. Seule présence éveillée caressant la poignée pour se rassurer, se dire qu’elle est de retour. Et qu’entre ces quatre murs plus rien ne l’affecte. L’adolescent fait quelques pas, époussète ses manches, rajuste la lame à son flanc et se déchausse en sentant le poids de la journée s’envoler. Un temps. Un silence brisé par l’horloge murale qui cadence l’appartement ; mécanisme quasi rassurant. Assis dans le hall depuis quelques minutes, il se laisse doucement chuter vers l’arrière, les yeux fermés, appréciant sans retenue la fraîcheur du sol contre sa nuque, tandis que la nuit englobe la demeure. Mirai se sent bien, couché devant l’entrée, le souffle calme, paisible, les bras écartés et les pieds allégés. Dire qu’il y a deux ans, sa demeure se constituait de lattes de bois quelque peu défraîchies, de lanternes vieilles comme le monde et d’histoires antiques qui maintenant ne se racontent plus. Dire qu’il y a deux ans, il arpentait une route de terre battue où les ampoules n’existaient pas. Et la qualité de vie encore moins.



Le regard fixé au plafond qu’il entrevoit à peine, Mirai réalise pour une énième fois le chemin qu’il a parcouru. Teinté de feu de bois, d’eau chaude et de sabres élimés à astiquer. Teinté, tout récemment, d’écrans épileptiques d’où s’échappe cette atroce lumière bleutée qu’il est contraint d’apprivoiser. En deux ans, il est passé d’un quotidien de fortune à une existence effrénée où les chiffres règlent le jour et la nuit, où les lanternes restent allumées, colorés de vert, de rouge, de jaune qui massacrent ses rétines. Où l’instantané lui semble trop magique pour ne pas être une farce d’une créature malfaisante. Mais il ne connaît aucun yokai assez farfelu pour inventer un univers aussi détraqué à lui seul. Et Mirai se résigne, s’adapte et tente de survivre.



Les borborygmes de son ventre le force à quitter le sol en maugréant un peu, trop confortable qu’il est à ne rien faire. Évènement rare depuis vingt ans. L’Asiatique s’engouffre dans l’appartement, tâtonne pour atteindre l’interrupteur (invention fantastique remplaçant le fagot de bois) qu’il actionne deux fois, l’éteignant et le rallumant pour s’assurer une nouvelle fois de la réalité s’offrant à lui. Oui ; la lumière s’échappe bel et bien d’un bouton accroché au mur. Une fois habitué à la clarté immaculée, Mirai fait le tour des lieux et ne constatant pas la présence de son colocataire, emprunte directement le chemin de la cuisine. L’horloge indique bientôt deux heures et le Japonais ne se doute pas que Junji ait cédé à la nuit.



Tant pis. Il mangera seul. Non pas qu'il s'en plaigne pour dire la vérité. En déposant son arme contre le frigidaire, l’adolescent fait ce qu’on lui a appris. Il ouvre l’antre glacial qu’est le congélateur, pointe son nez à l’intérieur et cherchant une écriture familière, empoigne le premier surgelé qui se présente à lui. Il attrape du regard les instructions en japonais puis entreprend, dans une généreuse assurance, d’en faire un repas digne de sa faim. Qui gémit de plus bel. Par un soucis d’altruisme qu’il se découvre soudainement, Mirai opte pour le four qui sera silencieux, ayant peu de chance de réveiller Junji qui doit être crevé – bien qu’un peu faiblard si c’est le cas – et surtout ayant toutes les chances du monde de prouver au Japonais qu’il n’est pas si effroyable avec les nouvelles technologies.



Seulement voilà. Après avoir enfourné le repas, l’adolescent se voit confronté à une série de boutons qui ne lui parlent ni d’Ève ni d’Adam (qu’il connaît encore moins). Mirai hausse les épaules et dans son orgueil, refusant de prendre conseil auprès d’un fin connaisseur, appuie sur un bouton quelconque. En voyant la lumière du four s’allumer, un sourire fier étire ses fines lèvres. «Je suis pas si mauvais finalement.»



Et la nuit file au travers d'une litanie électrique. Dans l'appartement éclairé de milles feux, résonne le bruit incessant d'un bip agressant. Le ventre cri famine, l'horloge compte les minutes et bientôt, des pas frénétiques glissent sur le plancher, le four allumé, le surgelé sagement installé sur la grille du bas. Et toujours pas de cuisson en vue. Franchement ; le feu de bûches était mieux.



Il frappe à une porte échappant à la lumière vive.
Il frappe.
Encore.
Son ventre se digère.
Et commence à s'impatienter.
Alors il frappe encore.
«Junji. Junji. Junji. Si t'es là réveille-toi, j'arrive pas à faire partir le four, c'est merdique, j'te dis, y'a rien qui fonctionne ! Mais j'ai faim, j'vais pas dormir le ventre vide.»
Non. Quand même pas.
«Junji c'est sérieux. Lève-toi, faut que tu m'aides.»
C'est qu'une mise en scène.
Mirai sait très bien comment fonctionne les choses.
Mais parfois il doit bien demander un coup de main, question de s'assurer que Junji le sait tout autant. C'est une question d'altruisme qu'il se découvre soudainement.
Voilà tout.



Même le plastique du surgelé, il sait qu'il devait le retirer avant de l'enfourner. Mais c'est encore une question de vérifier si son colocataire suit l'époque.



Rien que ça.



Et il frappe contre la porte. Une dernière fois.   






Spoiler:
et wi j'ai osé la familiarité.  Malicieux
1:57:34

feat. junji
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Clan Iwasaki

Il ne sait pas se battre, il ne fait peur à personne. Tout ce qu'il a c'est une addiction aux calmants et des compétences de chirurgien. Il trouve son utilité dans les rangs d'Iwasaki en participant au trafic d'organes. Il garde secrète son allégeance. Plus facilement détestable qu'approchable, son sens pragmatique le rend tout de même utile, la plupart du temps.
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le Ven 23 Juin 2017 - 2:17
Dormir. C'est tout ce que Junji veut. Il ne demande ni la lune ni la gloire ou la fortune ; juste cet état d'inconscience temporaire et réparateur, dans lequel tous ses ennuis n'ont plus aucune importance. Juste une nuit calme et paisible, sans un cauchemar pour l'arracher aux bras de Morphée. Oh, il le sent, même une tornade ne parviendra pas à le réveiller ; la lourdeur de sa tête sur son oreiller est comme une ancre au fond de l'océan. Rien ne le ramènera à la réalité si facilement. C'est ce que cela doit faire trois jours qu'il dort à peine ; deux ou trois heures par nuit, tout au plus. Alors, peu avant minuit, il a pris une somnifère puis a filé au lit, déterminé. Et le voilà maintenant dans cet état comateux entre le sommeil et la conscience, où le temps se tord entre chacun de ses mouvements. Parfois, il entend le tic-tac de l'horloge, parfois il ne l'entend plus. S'est-il endormi quelques secondes, cinq minutes, une heure ? Aucun moyen de le savoir ; il n'a même pas l'occasion de se poser clairement la question - il par à nouveau à la dérive, entend tout juste la porte se fermer, et sombre, pour de bon.

Enfin, c'est ce qu'il a cru.

Il a une mini-crise cardiaque lorsqu'il entend frapper à sa porte avec autant d'insistance. Trois secondes, il est déboussolé. Où est-il, que se passe-t-il ? Il cligne plusieurs fois des yeux, se tourne de côté, s'apprête à se rendormir... Et on frappe encore à la porte. Junji soupire, non, grogne, passe ses bras sous son oreille, le prend et le pose par-dessus sa tête. Compresse sa tête ; ne sait plus s'il essaie de bloquer le son infernal du diable qui s'invite à sa porte ou s'il essaie de s'étouffer. Abandonne. Les bras en croix, l'oreiller toujours au milieu de son visage. Une seule pensée : le fils de pute, il  va me le payer. Et il a dans l'idée de lancer son oreiller contre la porte pour (enfin!) le faire taire, mais reconnait que ses bras n'en ont pas la force. Et puis voir le projectile échouer lamentablement au sol loin de sa cible le rendrait plus pathétique qu'il ne l'est déjà.

« Ça va, c'est bon, j'me lève ! »

Sa voix est rauque, sèche. Oh, il espère bien que Mirai aura compris le message ! C'est pourtant clair il lui semble : il ne faut pas le réveiller à moins d'une urgence, surtout lorsqu'il est... putain, deux heures, déjà. Junji maudit son cadran et se lève, flageolant sur ses deux jambes. Il enfile sa robe-de-chambre, laisse tomber l'idée de prendre ses pantoufles (elles sont hors de sa vue et il n'a pas l'intention de rester encore longtemps hors de son lit, non, hors de question). Enfin il arrive à la maudite porte, enfin il tourne la poignée et il ouvre.

Il se doute bien qu'il a un sale gueule : son oreiller imprimé contre sa joue, les cheveux en bataille, les yeux cernés. C'est impossible, mais il espère que son allure fera un peu peur au gamin, qu'elle le convaincra de ne plus jamais tenter de le réveiller au beau milieu de la nuit pour n'importe quelle raison - parce que oui, encore trop en déni de sa situation, il n'a absolument pas fait attention au dit problème de Mirai « assez urgent pour le réveiller à tout prix ». Les bras croisés, il toise l'adolescent.

« Qu'est-ce que tu veux ? »




« [...] the real cynics are the ones who tell you everything's gonna be all right. »
-George Carlin

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mirai te regarde avec cette angoisse dans les yeux. angoisse voilée derrière un rideau sulfureux, rêche et capricieux. dis-toi que les insultes qui pleuvent de sa bouche ne sont pas sincères ; seulement amères. la rupture tranchante des rencontres vaut mieux que le rejet authentique. celui qui ramène à la surface vingt ans de solitude armée, entre le ciel et la terre. vingt ans d'errances sans ancres. vingt ans d'attente qu'il doit reconstruire à la petite cuillère.

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le Sam 22 Juil 2017 - 5:17






Il hausse ce sourcil si parfaitement condescendant. Fait cette moue dédaigneuse que l’avorton connaît aisément. Un poing sur la hanche, le regard légèrement levé vers ce visage dont l’écart de dix centimètres ne le gêne pas le moins du monde, Mirai atteste :



«Bah manger.»



Allons. C’est évident.



L’adolescent dévisage son colocataire ; il n’en a que faire. De ces yeux cernés, de cette tignasse dressée en épis, de cette expression d’enterrement qu’il affiche, accoutré d’un peignoir ridicule. Mirai manque rire, se retient, manque le pointer du doigt, se retient, mais ses mots, acerbes, se libèrent sans difficultés.



«Quelle dignité monsieur le chirurgien. Les époques n’évoluent pas en grâce.»



Puis se ravise. Tentons plutôt le terrain d’entente, diplomatique. La faim l’aveugle et l’impatiente. L’heure qui sonne et le soleil achevant bientôt sa course, avant de s’écrouler entre les draps, le Japonais aimerait satisfaire son plaisir gastronomique d’un surgelé magique. Prêt en un pour un temps rapide, c’est ce qu’on lui a promis et Mirai compte bien l’expérimenter. À défaut de chasser et dépecer un être en toute noblesse, apprêtant viande et os pour honorer les dieux et sa faim. Alors il croise les bras sur la poitrine, campé sur ses pieds affublés de cet air sérieux pour en finir au plus vite.



«Tu es bon avec les outils d’aujourd’hui, tu dois bien connaître ces trucs qui allument et font ce bruit assourdissant, là, dans la cuisine. Je le répète. Je crève la dalle. Faut que je mange ou je vais découper quelqu’un.»



C'est tout ce qu'il a en bouche ; se rassasier. Comme un amuse-gueule ironique de sa condition. Et sans plus attendre, d’un pas frénétique et sans conteste, l’Asiatique faufile son corps près des fours. La vive lumière semble provenir du soleil. Dans leur appartement, la nuit fait déjà place au jour. Il jette un coup d’œil suffisant derrière lui, assuré que Junji le suit. Mirai ne pense pas au sommeil ni au sien ni à celui de son compagnon. Il le sortirait de la douche s’il le fallait, mais le bâtard ne peut rester dans cette détresse qu’il cache derrière ses airs impériaux. Il se dresse devant les ronds et la vitre allumée où attend sagement le surgelé emballé. Comme David, il affronte son Goliath insignifiant qu’il finira par vaincre. Sans personne. Ou peu. Après tout, Junji tu n’es là que pour le conseiller, Mirai sait très bien comment faire les choses. Il te dévisage en gesticulant de ses mains délicates. Porcelaines malheureusement bien confectionnées.



«Bon, t’en fais pas hein. Je suis pas nul, j’ai rien oublié là, de c’que tu m’avais dit la dernière fois. Mais bordel tu fais comment pour te concentrer avec ce cliquetis électronique ?! C’est pas possible, ça m’empêche de correctement peser sur le bon.»



Il se ravise, prend un air quelque peu fier.



«J’ai activé la lumière, c’est déjà ça. Mais là c’est pas croyable, je peux pas me faire à manger avec tout ça. Fais quelque chose.»



Forcément, ce doit être toi, Junji. Le sauveur de la situation. Et Mirai, en bon prince, attend, regard inquisiteur, main posée sur le comptoir. Le sultan n'en a que faire de ces faux divertissements, à un moment si important de la journée, rien ne peut contrecarrer ses plans. Mirai mangera, que tu le veuilles ou non. Et il frappera à ta porte toute la nuit durant.



Mirai, si bien vêtu, chevelure attachée tombant élégamment sur son corps svelte. Mirai, visage de poupée si parfait, aux mains meurtrières et à la langue de vipère. C'est un honneur, que de lui prêter mainte-forte. N'est-ce pas ?

1:57:34

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Il ne sait pas se battre, il ne fait peur à personne. Tout ce qu'il a c'est une addiction aux calmants et des compétences de chirurgien. Il trouve son utilité dans les rangs d'Iwasaki en participant au trafic d'organes. Il garde secrète son allégeance. Plus facilement détestable qu'approchable, son sens pragmatique le rend tout de même utile, la plupart du temps.
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le Mer 26 Juil 2017 - 21:19
Et Junji a envie de l'étrangler, l'avorton. Effacer son petit air insignifiant, l'assommer avec son oreiller et retourner dormir. Il est outré par le motif de son réveil : l'imbécile ne sait pas (non, non, il n'a pas oublié, ce n'est pas un test comme Mirai se le dit ;  il ne sait pas, point ; c'est certain, parce que chaque fois qu'il essaie de le lui montrer, en plein jour et bien réveillé, et bah il ne l'écoute pas, fait semblant, hoche la tête et lui répond qu'il a compris alors qu'il a rien saisi le p'tit con) comment faire fonctionner le four. Peut-être que s'il met sa tête à l'intérieur…

Il fabule, Junji, mais il sait très bien que jamais il ne fera ça. Secoue la tête et chasse ces idées intrusives. Il n'est pas un guerrier, n'a de la hargne qu'entre ses deux oreilles - elle passe parfois le bord de ses lèvres, mais jamais elle ne se rend jusqu'à ses muscles et commande ses gestes. Et puis, soyons honnêtes, s'engager dans un combat contre Mirai, tout délicat et fragile qu'il a l'air, c'est une très mauvaise idée.

Non, vaut mieux jouer le rôle de l'adulte et du sage - parait ce que c'est ce qu'il est. Évidemment il ne pouvait pas avoir une collocation normale avec un type normal et qui ne le réveillerait pas à 2h du matin ! C'est trop demander, d'avoir la paix chez lui ; si ça continue, il passera ses soirées à son bureau et ne reviendra pas. Et il crèvera de faim, le bâtard. C'est pas son problème de toute façon ; il n'est pas son père ou frère ou son cousin à ce qu'il sache ! « Alors pourquoi t'essaies de l'aider ? »  se demande-t-il en prenant le regard bien dédaigneux de l'adolescent. Ah, non, il ne lui fait pas pitié, ce n'est certainement pas ça. C'est que le gamin en a le pouvoir ; tiens dans la forme de son poing l'opportunité de faire vivre à Junji une migraine qui ne terminera jamais.

Capituler, donc. Dernier recours, seule solution.

Mais il ne se rendra pas si facilement, pas sans avoir l'impression d'avoir livré une lutte à cet enfant de malheur.

« Parce qu'il y a de la dignité à réveiller son colocataire à 2 heures du mat' pour manger ? Demande pas le ciel quand t'as pas plus de classe… »

Il ressert les pans de son peignoir et concède finalement de le suivre dans la cuisine où il s'attend au pire des désastres. Dieu merci, il n'y a pas de farine partout, il n'y a pas dix mille appareils ouverts en même temps et qui manqueraient leur faire perdre l'électricité ou de feu. Ça, c'est une excellente nouvelle et Junji est agréablement surpris - mais ça ne change rien à son air blasé et à ses yeux qui crient son envie de retourner se coucher. Et il bourdonne Mirai, à lui expliquer son problème, et ça fait pas trois mots qu'il prononce et Junji ne l'écoute déjà plus. Tout ce qu'il veut, c'est régler ce problème au plus vite. Entre la chose qui scille dans ses oreilles et la lumière du four allumée comme sur une scène au théâtre, il ne sait plus s'il doit se fâcher ou éclater de rire. Ou peut-être pleurer, tiens, il est assez épuisé pour ça. Bref.

Il passe une main sur son visage (essaie de se débarrasser de cet engourdissement qui lui donne l'impression de peser une tonne) et se pencher devant le four. Il est où le problème ? Évidemment, il ne l'a pas ouvert, il n'a qu'appuyé sur le bouton pour la lumière (« Oui, bravo, je suis fier de toi » (n'a pas la force de se montrer enthousiaste - il n'est pas en train d'apprendre à un bébé à être propre) ). Mais c'est quoi au juste qu'il veut faire cuire pourquoi il n'utilise pas le micro-ondes… ?

C'est alors qu'il remarque l'emballage et ce qui est écrit dessus. N'en croit pas ses yeux. L'imbécile. A-t-il au moins lu les consignes ? Sait-il lire au moins ? Il commence à en douter (parce que ça expliquerait tellement de choses, vraiment).  

« Dis moi que c'est une blague Mirai… »

Il ouvre le four et sort immédiatement le repas. Le présente à son colocataire et pointe le nom du repas.

« Yakisoba. Tu regardes attentivement ok je ne le ferai qu'une seule fois. »

Lui parle comme à un gamin. N'est-ce pas ce qu'il est après tout ? Qu'importe s'il l'infantilise ou s'il l'insulte : Junji est crevé et dans ce cas, il n'a plus aucune notion de ce qu'il devrait dire ou pas - et lui qui ne parle jamais beaucoup finit toujours par dire un mot de trop. Voilà pourquoi il préfère le silence et la solitude ; au moins, il n'a pas à surveiller son langage et ses pensées - et SURTOUT il sait qu'il ne sera pas dérangé.

Il soulève le coin en plastique de l'emballage et se dirige vers l'évier. Verse une certaine quantité d'eau à l'intérieur. Revient enfin vers les appareils électroménagers pour choisir le micro-ondes. Le met à l'intérieur. Sélectionne trois minutes. Soupire, croise ses bras et s'appuie contre l'armoire la plus proche.

« Voilà. C'est pas plus compliqué que ça. Autre chose ? »




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