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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

le cœur arraché. (jun)

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Personnage : il est de ces gens qui ne se distinguent pas des autres. ni fragile ni fort, il est une force tranquille qui cherche à s'intégrer. patient, il observe le déroulé des saisons, attend son œuvre. sora n'est pas pressé. il n'a plus envie de vivre son existence pour lui-même - il cherche quelqu'un, un ami pour qui il offrirait sa vie. alors souvent il erre à pallatine. il sait se défendre. il ne se soucie pas vraiment des dangers. on dirait parfois qu'il n'est pas vraiment là, qu'il ne s'est jamais vraiment rendu compte qu'il avait quitté la terre.
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posté le Dim 25 Juin 2017 - 22:13 (1)
Ce fut probablement le plus beau des réveils que Sora eut fait depuis son entrée à l'internat. Pour la première fois de sa vie de lycéen, sa rhinite s'était définitivement calmée, et sa peau n'était plus en feu. La nouvelle présageait la plus remarquable journée de son existence à Pallatine. Il n'était pas hagard ; son sommeil n'avait pas été peuplé de rêves brumeux et de songes tumultueux ; il se sentait empli d'une énergie soudaine, comme s'il pouvait déplacer une montagne à la seule force de ses bras. On était samedi matin, et Sora n'avait pas cours. La journée s'annonçait donc agréable, à tout le moins. Toutefois, cette plénitude ne parvenait pas à lui offrir le sentiment qu'il était heureux. En ouvrant les yeux sur la pénombre rougeoyante de sa chambre, bercée par les rayons de soleil tapant à travers ses rideaux écarlates, Sora eut subitement envie de pleurer. Alors qu'il était si proche du bonheur, il n'en devenait que plus conscient de ce qui lui manquait. C'était un vide qui avait élu domicile dans son cœur, et dont il ne se rendait pas souvent compte ; d'ordinaire, il y avait toujours une émotion pour faire office de paravent, et cacher le désastre à sa vue. Ce jour-là, il n'y avait rien de tout cela. Ses membres reposés étaient tout étourdis ; s'il se levait, il ne parviendrait probablement qu'à s'effondrer sur le plancher, réveillant au passage ses camarades de chambre qui dormaient encore à poings fermés. Sora laissa échapper un soupir ; dans le silence, il avait la force d'une tempête. Il aurait sans doute dû croire son intuition, et comprendre que ce jour serait effectivement remarquable ; pourtant, il ne s'était jamais senti aussi malheureux qu'en cet instant où il décida de baisser les bras.

Il avait lutté, s'efforçant de se maintenir dans un optimisme artificiel qu'il était loin d'éprouver. Il avait refusé de croire qu'une ville de la taille de Pallatine pouvait lui opposer éternellement sa résistance ; un jour, lasse de ce combat, elle finirait par lui accorder son vœu comme par magie. Surtout, il avait rejeté la possibilité qu'il pût être sujet au doute, et finir par perdre espoir. Ce jour était pourtant arrivé. Son âme n'était plus qu'un amas de sensations qui flottait sur du néant. Il n'y avait plus nulle cohérence, nulle direction à adopter. Il était vivant, comme en témoignant sa respiration régulière ; il pouvait tenir debout, s'aperçut-il lorsqu'il se mit debout ; et cela n'était pas suffisant pour autant. Qu'est-ce qui rendait un être humain véritablement animé ? Cela lui parut tout à coup un mystère insondable, alors même que la réponse avait toujours été évidente à ses yeux, depuis qu'il avait rencontré le garçon. Comme toujours, il taisait son prénom, effaçait de sa mémoire son visage lorsqu'il n'avait pas à le chercher. C'était de ces rencontres qui avaient la force d'un orage : elles tonnaient dans le ciel et le laissait tremblant, glacé, lorsqu'elles l'abandonnaient finalement. Sora avait l'impression d'être redevenu le même garçon pâle, qui s'estompait un peu plus à chaque minute qui passait, jusqu'à menacer d'être transparent. Déjà ses mains glissées contre ses joues lui paraissaient translucides. C'était un jour à mourir, décida-t-il ; et le soleil glissa à travers l'interstice des volets pour caresser son front fier.

Et il avait marché, dès lors qu'il avait fini son petit-déjeuner ; sortir un samedi n'était pas difficile, mais rarement il franchissait les portes si tôt, et il dut attendre avant qu'on ne daignât le laisser sortir. Il ne vit même pas le temps passer, alors même qu'il resta planté une bonne vingtaine de minutes. Sa perception était toute perturbée. L'espace s'était distendu ; il se retrouva très vite dans des quartiers qu'il ne connaissait pas vraiment, parce qu'il les avait rejetés très rapidement, se disant qu'il ne le trouverait pas là. Pourquoi avait-il cherché, d'ailleurs ? se demanda-t-il avec amertume. Telle était la réalité : les efforts ne payaient pas. Il ne lui restait plus qu'à découvrir qu'il était parti de son plein gré, sans songer à dire au revoir à celui qui ne vivait déjà plus que pour lui. Sora grimaça ; c'était malheureusement vrai. Il ne pouvait plus vivre seul, il était comme privé de sa raison d'exister. Cela le rendait si fragile. Et tant pis pour lui, au fond ; à présent il allait se perdre. Peut-être en sortirait-il abîmé, peut-être ne rentrerait-il pas au dortoir ce soir. En cet instant précis, cela n'eut aucune importance.

A midi le ciel se couvrit, et les nuages gris assombrirent le dédale des rues dans lesquelles Sora évoluait. Il était égaré. Il ne songeait pas un seul instant à demander son chemin. Son chemin, il était là, devant lui : ce serait le hasard de l'endroit où il poserait les pieds, et s'il devait tourner, une direction en valait bien une autre. Il avait envie de boire. Cela en valait bien un autre. L'envie de boire le prit ; il n'y avait que des bars autour de lui, mais bien sûr ils étaient fermés. L'ivresse qui étourdissait son esprit était insupportable, car elle n'avait rien de naturel ; mais s'il pouvait la chasser en sombrant dans les affres de l'alcool, alors peut-être irait-il mieux. La pensée ne le fit même pas frissonner, alors même qu'elle était horrible : il n'était plus lui-même. Et dans sa tête tournait en boucle un seul, mot, un adieu auquel il s'efforçait de croire. Il ne savait plus s'il disait adieu à son ami, ou bien à lui-même.

Il finit par tourner à l'angle d'une rue. Derrière la fraîcheur des murs, il faisait curieusement sombre, et Sora ressentit le besoin de s'y rendre. L'odeur d'urine et de sueur était puissante, mais il ne parvenait pas à la reconnaître ; il percevait à peine à quelque chose par son odorat moribond. Il avança ; il y avait du sang par terre, menaçant d'imbiber ses semelles si d'aventure il marchait dans ces flaques minuscules, mais il n'y prit pas garde. Il y avait des hommes un peu plus loin ; un grand costaud et un petit trapu ; tous deux arboraient de grands tatouages aux couleurs fanées, qui ne l'impressionnèrent pas vraiment. Sora marchait comme à l'échafaud, et il passa devant eux sans rien dire. Des cris l'interpellèrent, mais ce fut comme s'il n'en comprenait pas la langue, et ils ne rencontrèrent que son mutisme. Une main se posa sur son épaule ; Sora ne réagit toujours pas. Puis il y eut un coup de donné ; et pour une fois, le Japonais ne pensa à se défendre.
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Personnage : Arrivé depuis bientôt deux ans, Jun vit sans remous. Il est de ces existences paisibles qui ne dérangent que rarement les autres et qui resteront peut-être pour toujours dans l'ombre. Il est un être banal, qui gentil, s'assied souvent et regarde la vie se faire. Lorsque vous lui parlez il vous écoute avec attention, et ses mains parfois viennent se perdre sur votre bras, réconfortantes. Distant, il ne parle que peu de lui, et lorsqu'il le fait vous l'impose sans vous demander votre avis.
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posté le Lun 26 Juin 2017 - 2:45 (2)
« Le ciel était lourd de pluie et Jun, souriant, était sorti. Il y avait dans ses esquisses ce petit quelque chose de passé, et lorsque ses lèvres se fendaient elles ne le faisaient pas tout à fait. On ne voyait que rarement ses dents, et serein, il finissait par prendre un air distant. Lorsqu’il vous regardait, c’était comme s’il plongeait en vous : et silencieux, il vous écoutait. Des fois, alors même que vous lui parliez, ses yeux dérivaient, vous quittant pour aller se perdre au loin, dans un entre-deux. On le voyait alors, mais savait qu’il n’était plus là : s’était perdu à mi-chemin entre sa réalité et celle des autres, celle où tous vivaient. Un monde étrange où les pensées jamais ne le lâchaient, et où des démons encore lui chuchotaient des choses qu’il n’arrivait à partager, communiquer. Jun était là et sensible il donnait l’impression de pouvoir apaiser tous vos maux, et ses mains fraiches venaient souvent se poser tout contre votre bras, l’effleurant doucement, vous rassurant. Mais Jun dans sa sensibilité était fragile, et tel un mirage lorsque vous tendiez les mains pour l’attraper il disparaissait, réapparaissant plus loin, plus flou qu’il ne l’était déjà.

Et errant dans les rues, la capuche de son sweat rabattue sur son crâne, il attendait l’orage. Il attendait qu’enfin le tonnerre éclate et que la colère du monde s’abatte sur lui. Il attendait, oui, que des torrents tombent sur son front et qu’impuissant ils l’emportent. Il voulait se retrouver noyé par cette eau salvatrice, qui peut-être le trainerait jusqu’à l’océan. Ce n’était que par ces temps agités qu’il se sentait en paix, que par ces temps menaçants qu’il trouvait enfin la sérénité. Certes le printemps l’apaisait et faisait surgir sur son visage de doux sourires, mais toujours il se sentait creux.

Il contemplait, vide, les pétales se décrocher des cerisiers et tomber à ses pieds. Il était comme eux mais étrangement, ne tombait pas : sa saison semblait déjà passée et pourtant il n’était toujours pas fané.

Il était bien là, debout. Il était bien là, vivant. Et il portait sur ses épaules le poids de sa vie mais aussi de tant d’autres. Il portait sur ses épaules toute sa famille et une soeur qu’il cherchait encore, qui disparue lui manquait terriblement. Il avait perdu tant de choses que voir cette pluie enfin éclater et le tremper lui apportait un réconfort étrange. Il l’aimait chaude en été, glacée en automne : il l’aimait sous toute ses formes. Et il aurait aimé qu’elle le lave de ses peines, le lave de ses remords et de tout ce qu’il était : qu’elle lui permette de faire peau neuve et d'être différent. Il aurait aimé être un nouveau Jun, plus fort, moins froid. Il aurait aimé oui retrouver une vie stable et complète, où le bonheur serait à portée de mains et les êtres chers bien présents à ses côtés.

Il voulait qu’on le prenne dans ses bras, voulait sentir la chaleur d’un corps tout contre le sien et qu’enfin on lui dise qu’on l’aimait. Il aurait aimé que sa soeur lui pince une dernière fois les joues et que riant il vienne lui toucher le nez : aurait aimé voir son ami avant que le printemps s’achève et qu’une partie de sa vie aussi. A présent il était vide et plus les jours passaient plus il trébuchait, entrainé par ce trou béant qui aspirait chaque parcelle de ce qu’il était ou avait un jour été. Il n’avait plus de garde fou, n’avait plus personne en qui croire, à qui se raccrocher : il n’avait plus ces présences qui lui permettaient de s’endormir le soir, sachant qu’à son réveil, elles seraient encore là, souriant.

Jun était gentil et tel du verre il menaçait de se briser.
Jun disparaissait et transparent plus personne ne le voyait.

Touchant du bout des doigts les murs sales du quartier le plus sordide de Pallatine, il avançait, ne voyant rien si ce n’était les tâches de sang à terre et les quelques traces d'urine. Les nuages gris au-dessus de sa tête obscurcissait le paysage et les rues étroites empêchaient les maigres rayons du soleil d’y répandre leur lumière. Lui qui d’ordinaire aimait la nature, pouvait rester des heures assis à regarder la mer, se complaisait depuis son arrivée dans ce genre d’endroits. Il aimait cet air pollué et cette ville qui des fois de par ses endroits mal famés l’étouffait. Il aimait être en apnée dans ce gris, aimait voir ses chaussures poisseuses et entendre le bruit au loin d’un groupe de gangsters.

Cela ne l’effrayait pas : ou plutôt, ne l’effrayait plus. Deux ans déjà qu’il était piégé ici, deux ans déjà qu’il était parti sans dire au revoir. Il était parti comme un voleur et était arrivé sans rien, n’avait trouvé ce qu’on lui avait promis, s’était retrouvé piégé et dans l’impossibilité de rebrousser chemin. Puis il y avait eu cet accrochage, ce grand baraqué lui disant de rappliquer puis le clouant au mur, avant de l’envoyer à terre quand il avait tourné le visage. Depuis il était un des leurs, l’histoire était compliquée mais rien n’y changeait : il ne pouvait plus s’échapper. Y avait pensé, avait même essayé, mais rien n’y faisait. Alors, résigné, il n’avait eu d’autres choix que de s’habituer. Travailler s’était révélé être plus gratifiant qu’il le pensait, et on avait vite fini par le reconnaitre, lui et ses yeux bridés, sa petite taille de japonais. Il était différent et sa différence au lieu de lui attirer des ennuis lui octroyait une certaine sécurité. En échange, il se devait d’être muet, n’avait pas intérêt à être surpris en train de reporter ce qu’il avait traduit lors du dernier traffic : mais sans ami, sans rien pour l’animer et le faire parler, comment cela pouvait-il arriver ?

Et n’était-ce pas deux des siens, qui étaient là, plus loin ? Il ne savait pas exactement où il était, s’était laissé trainer là où ses pieds avaient décider de l’emmener, avait préféré les ruelles aux avenues ou boulevards, enfin. Cela n’importait pas et se dirigeant vers eux pour les contourner, n’ayant plus à les craindre ou à les éviter, il avait remarqué qu’ils n’étaient pas seuls. En soi, cela ne le regardait pas : ils pouvaient bien malmener le premier venu s’ils le voulaient, qui était-il pour leur dire d’arrêter ? Il ne savait même pas ce que ce dernier avait fait, peut-être les avait-il insulté ? Commençant à les dépasser, il avait finalement changé d’avis. Après tout, Jun n’aimait pas la violence et lui-même s’était déjà trop souvent retrouvé impuissant face à cette dernière. Il se souvenait avoir encaissé les coups sans rien pouvoir faire, et grimaçait encore lorsqu’il repensait aux pieds s’enfonçant sans pitié entre ses côtes. « Ah. » mimant une moue surprise, il avait enchainé, après avoir attiré leur attention : « Il est avec moi, je le cherchais depuis quelques temps, je crois qu’il s’est perdu, il est arrivé récemment. » Sa voix était plate et les dévisageant, il avait soulevé quelque peu sa capuche, dévoilant plus clairement son visage. Il aurait pu jouer différemment, leur dire que la victime était sans doute trop jeune pour qu’ils s’ennuient avec : qu’il avait justement vu deux chinois trainer en contre bas… Mais là était la solution la plus sûre. Il ne voulait les provoquer et se fichait bien qu’on se foute de lui pour les semaines à venir, de toute façon tous riaient déjà pas mal de son accent russe à vomir. Il n’avait commencé à l’apprendre que depuis un an, et c’était justement les membres de sa diaspora qui le lui enseignaient : alors, au final, on le connaissait.

Les deux gros lourds s’éloignant, le bousculant au passage, il avait lui-même décidé de reprendre sa route, ne cherchant aucun remerciement au près du garçon qu’il avait aidé, ne le regardant même pas. Il s’était juste contenté d’observer en coin son allure presque cabossée face aux deux autres, et de dos il n’avait pas bien fait attention. Ce n’était que lorsqu’il allait le dépasser qu’il s’était figé, quelque chose en lui lui disant de se retourner, de l’attraper par les épaules et de l’examiner. Il y avait oui dans cette stature et cette présence quelque chose d’irrémédiablement familier, que même les années n’auraient su effacer. Pivotant lentement, il avait alors dévisagé l’inconnu, y découvrant des traits nippons et un visage que jamais il n'aurait pu oublier.

Ce n’était pas possible

Ce n’était pas possible et il s’avait que ce n’était pas possible pourtant il se tenait devant lui et il lui semblait bien vivant. Il ne pouvait pas rêver car il avait chaud tout en ayant froid et que tout était trop réel et — il ne respirait plus. Il était là, presque tremblant, livide, incapable de prononcer le moindre mot. Il étouffait mais ne sachant plus comment faire pour permettre à l'air d'entrer dans ses poumons, il restait là, sans bouger. Ce n’était qu’après un effort surréel qu’il avait, lentement, chuchoté : « Sora ». Cela avait sonné autant comme une interrogation qu’une constatation. Il aurait aimé tendre ses mains et empoigner d’un seul coup l’être lui faisant face mais ayant trop peur qu'il s’efface à son contact, n’avait rien fait. Il était resté transi, et au fond de lui quelque chose s’était brisé et il avait eu envie de pleurer.

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Personnage : il est de ces gens qui ne se distinguent pas des autres. ni fragile ni fort, il est une force tranquille qui cherche à s'intégrer. patient, il observe le déroulé des saisons, attend son œuvre. sora n'est pas pressé. il n'a plus envie de vivre son existence pour lui-même - il cherche quelqu'un, un ami pour qui il offrirait sa vie. alors souvent il erre à pallatine. il sait se défendre. il ne se soucie pas vraiment des dangers. on dirait parfois qu'il n'est pas vraiment là, qu'il ne s'est jamais vraiment rendu compte qu'il avait quitté la terre.
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posté le Lun 26 Juin 2017 - 22:50 (3)
Le printemps arriverait bientôt, mais Sora n'en avait pas conscience. Il avait beau porter un blouson plus adapté aux températures radoucies, dans ses poches il avait conservé les gants de laine qu'il enfilait dès qu'il ne neigeait pas. Il manquait une saison à sa vie, une saison qu'il n'avait pas vraiment envie de vivre ; elle incarnait à ses yeux l'épicentre du bonheur, et elle jetait sur lui des vagues qui le secouaient lorsque mourraient les dernières feuilles. Elle était si douce qu'elle en devenait acide, une réminiscence amère qu'il ne pouvait pas chasser. Il n'avait nulle raison de souhaiter le printemps, lui qui avait comme cessé de vivre. Sora savait qu'il aurait dû se défendre contre les assauts de la saison nouvelle ; une odeur métallique se répandit dans sa bouche alors que sa lèvre se fendait ; sa joue éclata de douleur et lui évoqua la chaleur d'une beigne qu'on lui avait asséné dans un temps passé pour le sortir de son inertie. Curieux, comme on pouvait cuire à l'ombre alors que le soleil ne parvenait pas à le réchauffer. Sora n'en avait cure ; il se sentait l'âme moribonde, et croyait comprendre ces auteurs maudits qui s'égaraient dans les cités poussiéreuses pour ignorer le tumulte de leurs sentiments. Parce que sinon, Sora aurait dit que cela faisait mal. Non pas dans sa chair, mais sous sa peau, sous ses muscles - dans tout ce qui le constituait, jusqu'à la petite étincelle qui avait fait battre son cœur à l'origine. Jamais Sora ne s'était rendu compte, avant ce moment précis, à quel point le fait de vivre était une souffrance. Et il pensait qu'il était au sommet de l'ivresse, déjà : plus rien ne pouvait l'abattre, puisqu'il était à terre. Au sens propre comme figuré. Il avait glissé sous l'impact du premier coup, le dos cognant contre le mur, la tête rebondissant péniblement contre les briques sales, laissant dans sa chevelure des éclats de peinture écaillée. Il pensait que c'était suffisant ; s'il devait souffrir plus, il cesserait simplement de vivre. Il était déjà assez malheureux comme ça, et il allait peut-être périr de cette façon - seul dans cette ruelle sombre, battu comme plâtre pour un motif qu'il ne comprenait pas, pour une offense qu'il n'avait pas conscience d'avoir commise.

Mais il avait tort. L'existence ne pouvait tolérer un tel effet dramatique : Sora n'était pas destiné à mourir. A vrai dire, il était même stupide de croire que c'était la fin pour lui : il se complaisait dans des chimères, car elles l'aidaient à ne plus lutter. C'était simplement une simple bastonnade éloignée des regards, pour punir un intrus d'avoir franchi un périmètre sacré. Tout finirait bien tôt, et il n'aurait qu'à se traîner jusqu'à la lumière, là où on ne l'aiderait pas, mais où on serait témoin de sa misère. Et il éveillerait la pitié, Sora, parce qu'il s'était enfermé sur lui-même. Il ne remarqua pas vraiment la venue d'un troisième larron ; et s'il l'avait fait, il l'aurait sans doute haï de toute son âme, parce qu'il le soustrayait à ses tribulations par esprit de noblesse. Sora ne voulait pas être sauvé, il n'en avait pas besoin. Il était lui-même le sauveteur, celui qui tendait des mains. Peut-être s'était-il brisé si fort qu'on ne pouvait rien recoller. Il ne le savait pas. Mais les coups cessèrent, et Sora se redressa, moins pour tenir droit que pour en demander davantage. S'il ne pouvait réclamer la souffrance, alors qui pourrait dire qu'il avait raison de se plaindre ? Il cherchait une validation, une voix qui lui affirmerait que sa situation était aussi grave qu'il le pensait. Alors il tendit l'oreille ; tout d'abord, il n'entendit que le silence, si puissant qu'il pouvait presque deviner la symphonie cristalline des goûts de pluie qui tomberaient plus tard. Puis une voix presque familière, mais pas tout à fait, prononça son prénom.

Il leva les yeux, crut étouffer.

Tout en lui fut chassé aussi violemment que sous l'impact d'une vague de tsunami : ce qu'il croyait de vide, ce qu'il croyait de douloureux n'était rien face à la compréhension soudaine. Peut-être, se dit Sora, rien ne pouvait tant blesser que la vérité. Un unique son tourna en boucle dans son esprit. Jun. Il ne le prononça pas car, sur le coup, il ne savait plus comment parler. Il devait utiliser ses cordes vocales, il ne l'ignorait pas, mais cela lui paraissait absurde. Son regard s'emplit de Jun ; de ses yeux interloqués, de son expression médusée ; de la pâleur de sa peau qui lui parut plus blanche qu'elle ne l'avait jamais été ; il s'emplit de Jun comme l'assoiffé se jette sur une fontaine d'eau potable. Pourtant, lui non plus ne tendit pas les mains, respectant l'immobilisme de son ami. Il avait trop mal. Plus mal encore que sa pitoyable tristesse du matin, que les blessures occasionnées par les coups qu'on lui avait porté. Sora se sentait le cœur déchiré, comme si on l'avait arraché à sa poitrine en en laissant des lambeaux derrière. Il ne s'était pas rendu compte que l'absence atténuait les sentiments ; que l'on apprenait à vivre sans l'autre, que l'on s'habitue à être seul. Et un jour, le souvenir de ces moments frappait à nouveau à votre porte. Sora fut terrassé par une onde d'amour ; il eut envie de vomir.

A travers le tumulte de ses sens, il pouvait percevoir jusqu'au plus infime battement de son cœur, jusqu'à la moindre variation qui trahissait son affolement. Parce qu'il ne savait pas quoi dire, il laissa le silence s'éterniser pendant de longs instants. Jun ne le brisa pas.

Finalement, Sora abandonna : il était plus misérable que les pierres et pourtant il se mit à sourire. Avec sa lèvre boursouflée et sa joue enflée, il avait piètre allure. Il ressemblait à un saint qui tendait l'autre joue (cela aurait évoqué, dans son âme, quelque écho d'enfance dont il ne voulait plus entendre parler). Pourtant, de lui se dégageait une impression de force que l'on eût juré qu'il pouvait ramener les morts à la vie. Peut-être avait-il la force de faire renaître la confiance qui les avaient toujours liés. Hé merde, on dirait que j'ai foiré mon entrée, lança-t-il sur un ton amusé, alors même qu'il n'avait pas envie de rire. Cette rencontre était une tragicomédie, songea-t-il ; il n'avait plus qu'à se faire bouffon. C'était, depuis toujours, son rôle : il était l'ancre du navire, capable de lutter seul contre les flots ravageurs. Malgré l'imminence du naufrage, il devait encore se battre ; il résolut donc à nier le caractère bizarre de leurs retrouvailles. Pourquoi donc fais-tu cette tête ? Surpris de me voir ? Lui aussi l'était, mais ce fut sans doute l'amertume qui l'emporta. Chercher Jun aux quatre coins du monde, s'épuiser, perdre espoir - et le trouver là, par pur hasard. C'était à pleurer, d'ailleurs pourquoi ses yeux brillaient-ils autant, au point de lui brouiller la vue ? Il eut envie de s'appuyer sur Jun, de relâcher les digues de ses émotions, mais il n'en avait pas le droit. Il était venu pour lui. Pas pour se faire consoler. Et il se jura, Sora, de s'en tenir à sa résolution, peu importe ce que cela lui coûterait.

hrp:
je n'étais pas censé répondre, mais vu que tu as pris mon prélien et fait mon bonheur, j'ai bouleversé mon planning pour cette fois. ne meurs pas. avec amour.
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Personnage : Arrivé depuis bientôt deux ans, Jun vit sans remous. Il est de ces existences paisibles qui ne dérangent que rarement les autres et qui resteront peut-être pour toujours dans l'ombre. Il est un être banal, qui gentil, s'assied souvent et regarde la vie se faire. Lorsque vous lui parlez il vous écoute avec attention, et ses mains parfois viennent se perdre sur votre bras, réconfortantes. Distant, il ne parle que peu de lui, et lorsqu'il le fait vous l'impose sans vous demander votre avis.
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posté le Jeu 29 Juin 2017 - 3:26 (4)
« Si on m’avait laissé le choix, peut-être aurais-je décidé de tout oublier. Certains affirment que la mémoire permet de mieux ressentir : que chaque étape douloureuse de notre vie grave en nous de nouveaux sentiments. Aussi c’est en les expérimentant que nous nous développons. Est-ce si idiot ? J’aimerais dire que oui, mais pourtant… Si Ai ne m’avait pas quitté jamais je n’aurais ressenti l’agonie, jamais je n’aurais ressenti l’abandon : jamais je n’aurais ressenti toutes ces émotions. Je serais resté Jun l’ordinaire, Jun qui ne demandait rien. Je me souviens encore de ce que j’étais avant, tant il était bon d’exister lorsque je ne savais rien. Chaque matin, je me réveillais avec le sourire, me demandant ce que j’allais bien pouvoir accomplir. Je n’avais pas de grands rêves, mon présent me convenait et je ne doutais que rarement de demain. Je ne savais pas encore trop quoi faire, aimais la littérature tout autant que les langues : aurais même pu viser quelque chose de plus élogieux. Ai elle avait des projets, je le savais, pouvais le deviner lorsque je la surprenais le soir à travailler, le dos courbé sur ses copies.

Mais elle avait décidé de tout arrêter et en le faisant elle m’avait emporté. C’était comme si le Jun que j’avais toujours été s’était décomposé, la rejoignant. N’était resté qu’une peine immense, que quelques bouts d’être éparpillés. J’avais alors vécu de longs mois sans respirer, en apnée : avais vécu comme un mort, tout simplement. Je ne sais pas, mes émotions s’étaient éteintes et vide je contemplais ce temps qui jamais ne nous attendait. Il aurait pu s’arrêter en même temps que mon monde, aurait pu décider de mettre pause avant même qu’il ne s’écroule… Mais n’appartenant à personne il avait continué sa course, et vivant j’avais du le suivre. J’avais vieilli et peu à peu le visage d’Ai s’était terni, devenant plus sombre qu’il ne l’avait jamais été. Je le savais, pourtant, qu’elle avait la peau blanche comme la neige, que ses cheveux étaient longs et que lorsqu’elle marchait ils oscillaient derrière elle.

Pourtant oui pourtant cette représentation d’elle que je gardais précieusement dans mon esprit s’envolait, se flouait : ne restait plus que de vagues ressentis. Et j’avais détesté oublier, mais me disais à présent que, peut-être, ce n’était pas si mal. En oubliant je pouvais dire adieu à ma douleur, adieu à toutes ces choses qui me tordaient et m’empêchaient d’être. J’avais cette sensation d’être un convalescent à qui on cachait une maladie chronique, dont il ne se remettrait pas. J’avais oui l’impression qu’on me disait que bientôt j’allais guérir, alors que pourtant, j’allais mourir.

Il y avait eu Sora, aussi. Seule présence après Ai à être restée sans flancher, et persistant il m’était devenu familier. Je ne croyais, pourtant, plus en ce genre de sentiments. L’amitié était un leurre et l’amour qu’on me portait bien trop éphémère. J’étais Jun et on était voué à se lasser, voué à me laisser. On pouvait bien me jeter que rien n’aurait changé : après tout, il ne s’agissait que de moi. Et lorsque je l’avais laissé derrière, je n’avais réalisé que trop tard l’ampleur de mon erreur. J’avais cru que partir ne serait que momentané, et qu’à tous moments je pourrais faire marche arrière.

Mais je m’étais trompé, et piégé, étais là depuis déjà deux ans.
J’aurais pu rester plus, pouvais rester plus : m’étais habitué à cette ville et ces gens. Même mon groupe ne m’apparaissait plus si hostile. Peut-être était-ce plus de l’indifférence qu’une quelconque impression de routine. La vie m’avait pris puis projeté violemment contre du verre, et brisant ce dernier j'étais tombé. J’errais à présent, distant de tout, du monde, surtout. Tout me paraissait si gris, tout me paraissait si loin : l’homme n’était qu’un infime point gris sur un tableau blanc.

Et toi tu étais là, me faisais face alors que jamais plus tu n’aurais du le faire. Tu me parlais et riais et j’aurais bien aimé te suivre, prendre ce ton léger que toi-même abordais… Mais le coeur n’y était pas. A vrai dire, je crois que je te déteste d’être si léger, d’être si tout sauf sérieux. Tu pourrais crier, t’énerver, me demander où j’étais passé : tu pourrais me secouer. Et je crois que j’aurais bien besoin que tu le fasses, que tu m’agrippes les épaules et m'agites jusqu’à ce que je m’effondre. Je te dois des excuses, et pourtant je n’ai pas envie de te les donner. Je te dois tout un monde et pourtant j’ai l’impression que tu vas devoir me l’arracher. Car tu ne devrais pas être ici et si tu ne veux pas t’agacer peut-être est-ce à moi de le faire.

Mais comment fait-on, déjà, pour s’énerver ?
Je te regarde, te dévisage. Je ne sais pas combien de temps cela fait-il pour toi, mais pour moi des années sont passées. Tu m’apparais changé, non pas car tu as grandi ou t’es rembruni, mais car je ne me souvenais plus exactement de ton visage. As-tu toujours été ainsi ? J’ai envie de me passer la main sur les yeux, d’écraser mon nez et de ne plus rien voir. J’ai tremblé de te surprendre ainsi, ma bouche s’est ouverte et je n’ai rien compris. Mais à présent que l’émotion passe je me sens si vide, si brisé : je me sens si rien qu’un coup de vent pourrait me faire gicler.


Et j’aimerais ricocher contre les murs jusqu’à ne sentir plus que le gout du sang sur mon palais, aimerais valdinguer jusqu’à n’être plus qu’un vague tas de douleurs. Enfin. Tu es tuméfié et sans sourire je viens poser ma paume tout contre ta joue, me demandant ce que tu fais ici. Encore, Pallatine, pourquoi pas : mais Kolt ? Que te prend-il que de venir où il ne fait pas bon vivre ? Je soupire et laisse retomber mon bras, me rends compte qu’à présent que je dois parler il m’est difficile de te regarder. « Tu n’as pas à te forcer, Sora. » Du sol tâché de sang je remonte à toi, cherchant tes yeux des miens ; je crois que je suis sérieux : « Je ne sais pas ce que tu fais ici, c’est moi qui, pourtant, aurais du venir à toi. »

Et pourquoi suis-je si froid.
Tu es mon ami, tu es celui qui m’écoute, m’épaule : tu es celui qui reste avec moi même quand las de tout je ne dis rien. Je ne comprends pas pourquoi j’ai si mal, pourquoi mon coeur se serre et pourquoi j’ai envie de partir. J’ai envie de te laisser tout seul et ce n’est pas juste. Je ne suis pas juste, je ne suis pas moi : je ne comprends pas et surtout ne me comprends plus. Je me souviens avoir parlé de toi à certains passants, leur expliquer que j’avais perdu une soeur puis un ami. Un ami qui aurait pu être un frère, mais qui ne l’était pas totalement.

Et voilà que te retrouvant mon corps veut te tourner le dos et je crois que j’ai envie de pleurer mais je ne sais plus comment faire. Je me passe quelques doigts rageurs sur les yeux, chassant la buée qui m’empêche de bien te voir : « C’est peut-être le moment où je devrais te dire que tu m’as manqué. » Et c’est le cas : sans toi je ne suis pas tout à fait moi. Pourtant, maintenant que tu es là, je ne sais pas. J’ai envie de te pousser et de te frapper et de te demander pourquoi tu es ici et pourquoi tu ne dis rien et pourquoi tu souris et pourquoi tu fais comme si nous nous étions perdus de vue.

Mais je t’ai abandonné, Sora, comme on m’a un jour abandonné.

Je ne savais plus quoi t’offrir je ne savais plus quoi faire j’ai pris peur j’ai voulu revenir te voir mais je ne pouvais plus j’étais bloqué et je crois que je le suis encore. J’aimerais être un bon ami j’aimerais être moi j’aimerais être ce que j’ai un jour été mais quelque chose en moi est cassé et j’ai du mal à respirer.

Je crois que je vais étouffer.

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Personnage : il est de ces gens qui ne se distinguent pas des autres. ni fragile ni fort, il est une force tranquille qui cherche à s'intégrer. patient, il observe le déroulé des saisons, attend son œuvre. sora n'est pas pressé. il n'a plus envie de vivre son existence pour lui-même - il cherche quelqu'un, un ami pour qui il offrirait sa vie. alors souvent il erre à pallatine. il sait se défendre. il ne se soucie pas vraiment des dangers. on dirait parfois qu'il n'est pas vraiment là, qu'il ne s'est jamais vraiment rendu compte qu'il avait quitté la terre.
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posté le Jeu 29 Juin 2017 - 22:08 (5)
Battant des paupières pour chasser le chagrin de ses yeux éplorés, Sora tenta de ne plus penser à ce qui pouvait le faire souffrir. Il était un deus ex machina, une intervention à laquelle Jun ne pouvait s'attendre, et venait pour la seconde fois tenter de le sauver. De quoi, au juste, il l'ignorait. Jun avait l'air de s'en sortir ; il n'avait pas la maigreur de ceux qui ne mangeaient pas, la peau de son visage était plus lisse que celle, éraflée, de Sora, et ses vêtements étaient de bonnes factures. En comparaison, le manteau de Sora avait piètre allure ; il dépendait entièrement de l'institut pour ses dépenses, de sorte qu'il ne faisait guère de folies au niveau vestimentaire. En cet instant, c'était plutôt Sora qui avait besoin d'aide. Et jamais il ne la demanderait au garçon qui lui faisait face : il refusait une inversion des rôles qui lui ferait horreur. Sora n'était pas à plaindre. Sora était une coquille vide dans laquelle on pouvait tout déverser : il accueillait la moindre émotion avec patience, ne semblait pas souffrir même lorsqu'il était confronté à la plus profonde des tristesses. Même dans ces moments-là, Sora souriait. A tel point que ses lèvres, fut un temps, se courbaient d'elles-mêmes, sans qu'il eut besoin de faire un effort. Peut-être était-ce son bonheur à lui, que d'être là pour quelqu'un. Ce qui n'était au départ qu'un jeu, auquel Jun avait raison d'opposer sa méfiance, était devenu un besoin si vital que Sora ne pouvait plus s'en passer. L'aurait-on littéralement étranglé que l'effet aurait été le même ; sauf qu'au lieu de mourir physiquement, c'était une partie de son cœur qui s'était éteint. Et cet imbécile de cœur était réveillé, à présent ; il l'élançait si douloureusement qu'il s'étonna que sa nausée fut si légère. Il devrait rendre ses boyaux et son âme en cet instant.

Dans le fond, ce qui le faisait vraiment souffrir, c'était de constater qu'il ne faisait plus partie de Jun. Le jeune homme avait l'air d'aller bien, il vivait normalement, parlait avec les autres avec plus de facilité qu'au moment de leur rencontre. Sora comprit qu'il était là depuis longtemps, que leurs âges ne correspondaient probablement plus ; pourtant, il ne le traiterait jamais en aîné, car Jun restait le garçon qui n'avait quinze jours de plus que lui - il ne pouvait être plus vieux. Mais quelque chose dans son regard l'était ; déjà, on n'y lisait plus la même détresse. Et Sora se sentit malade. Il savait qu'il n'y était pour rien, et cela le rendait jaloux ; il se détestait d'autant plus qu'il n'avait pas le droit de le regretter. N'était-il pas horrible ? il était triste car son ami s'en était sorti. Sans doute n'avait-il plus besoin de lui ; son entrée théâtrale ne servait donc rien. Il se rattachait à sa résolution parce qu'il n'avait plus qu'elle. Mais il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il ne servait pas à rien.

Et le drame continuait derrière les doux yeux de Sora, mais il ne voulait pas y céder ; il s'était juré qu'il ne pleurerait pas devant Jun, qu'il ne s'énerverait pas, qu'il attendrait, tout simplement. Dans le fond, c'était la preuve de son désespoir : il aimait tellement Jun qu'il vivait à ses crochets. Oh, il voyait le vrai Jun, il avait conscience de son existence, connaissait le fond de ses pensées ; Sora ne se leurrait pas sur son compte. On pouvait dire qu'il comprenait son ami, du moins tel qu'il était avant. Ces années écoulées pouvaient changer la donne, fausser son jugement. Cela ne changeait rien à son problème à lui, à sa dépendance. Sans doute Jun l'a-t-il perçu. Sora ne sut quoi répondre. Il détestait qu'on lui disât, ne te force pas. C'était comme de rejeter ses efforts, lui dire qu'il devait changer ; et il ne voulait pas changer, Sora, il voulait rester le même. Il se rendait bien compte que cela voulait dire que Jun ne pourrait guérir.

Ils ne pouvaient pas être heureux tous les deux.
Et là, aucun des deux ne l'était.

Sora détestait la distance qui se creusait entre eux. Son ami était là, en face de lui ; avant cela, il n'avait jamais fait attention à lui, mais Sora pouvait lui parler, le voir dès qu'il le désirait. A présent qu'ils étaient réunis, il aurait aimé que Jun fût plus content. Au lieu de cela, il avait l'impression de le faire souffrir à nouveau - et il détestait cela. En cet instant, il se dit qu'il n'aurait jamais dû quitter Pallatine. Il aurait dû vivre sa vie médiocre au Japon, et laisser Jun l'oublier. A ce stade, il commençait à comprendre que, peut-être, c'était Jun qui l'avait laissé derrière. Volontairement. Il ne pouvait exclure cette possibilité, pas plus qu'il ne pouvait demander si c'était vrai. Il se sentait prisonnier comme il ne l'avait jamais été ; les chaînes étaient si lourdes qu'il sut qu'il ne pourrait jamais les ôter tout seul. Je ne t'ai pas manqué, supposa-t-il d'une voix calme, beaucoup trop calme par rapport au tourment qu'il ressentait. Mais bon sang, que cela faisait mal, de dire une chose pareille. Parce qu'il savait que c'était possible, au moins partiellement, il ne pouvait pas prononcer les mots d'un ton léger ; il affectait trop la tranquillité, cependant, et ne pouvait pas faire transparaître la douleur dans le creux de sa voix. C'était plus qu'une feinte : il n'y arrivait tout simplement pas.

La douleur était si forte qu'elle le rendait aveugle ; il ne ressentait plus les battements de son cœur, il aurait pu être mort. Il regardait le visage de Jun avec tristesse ; mais il n'arrivait plus à être vraiment chagriné. Les choses étaient telles qu'elles étaient, se disait-il ; et s'il devait se faire rejeter, alors le moment était venu. N'était-il pas miséreux ? Que cette affreuse journée fût la pire de toute son existence, et qu'il n'en parlât plus ensuite. Tu crois que je me force. Vraiment. Et là encore, le ton était trop monotone, trop désintéressé pour être honnête. Sora mentait parce qu'il ne pouvait rien faire d'autre. C'était son seul rempart contre l'explosion, sa seule façon de conserver un tant soi peu de dignité ; il n'en avait déjà plus beaucoup. Au loin, un grondement annonçait de l'orage.
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Personnage : Arrivé depuis bientôt deux ans, Jun vit sans remous. Il est de ces existences paisibles qui ne dérangent que rarement les autres et qui resteront peut-être pour toujours dans l'ombre. Il est un être banal, qui gentil, s'assied souvent et regarde la vie se faire. Lorsque vous lui parlez il vous écoute avec attention, et ses mains parfois viennent se perdre sur votre bras, réconfortantes. Distant, il ne parle que peu de lui, et lorsqu'il le fait vous l'impose sans vous demander votre avis.
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posté le Ven 30 Juin 2017 - 3:06 (6)
« Ne sois pas triste, Sora, car si tu l’es je ne tiendrai pas. Si tu flanches, que puis-je bien faire ? Moi qui ai toujours reposé sur toi. Tu ne t’en rends pas compte mais pour moi notre amitié est si importante. J’ai peur, j’ai peur de te revoir : peur de te faire face. Les années sont passées et je me sens usé, j’ai cru t’oublier. Sais-tu que me réveillant le matin, je paniquais à l’idée de ne plus me souvenir du visage de ma soeur, de tes sourires lorsque content tu venais à moi ? Ces derniers jours je dors mieux, mais c’est car je suis vide que je n’ai pas de mal à le faire. Avant, alors que tout était encore trop récent, je m’agitais, sursautais : étais là, en sueur, haletant. Et j’aimerais te dire à quel point je détestais la sensation de mes vêtements collants à ma peau, à quel point je me sentais seul et à quel point cela me rendait fou.

Oui, j’ai cru perdre la raison.

Et à présent que je ne suis plus rien, qu’un corps laissant faire le temps, voilà que tu reviens. J’ai pris trop de temps à me tuer pour te laisser me rentrer dedans : j’ai pris trop de temps à te lâcher, pour que tu viennes m’agripper. J’ai renoncé à ce que tu es, j’ai renoncé à notre amitié et à ma vie d’avant et toi… Toi tu viens maintenant.

Ne pouvais-tu pas venir plus tôt ?
Je crois que je m’énerve, et je crois que je n’ai pas le droit de le faire. Je ne devrais pas ressentir ces choses là, pas alors que c’est moi qui t’ai laissé derrière, comme ça. Je devrais m’excuser devrais te dire encore et encore à quel point tu m’as manqué et à quel point je te suis reconnaissant de ne pas m’avoir oublié. Mais je ne sais pas c’est absurde je me sens blessé j’ai envie de t’en vouloir envie de te demander pourquoi tu n’étais pas là, quand moi j’étais ici. Suis-je lâche ? Est-ce mal ? Et tu me parles et il y a cette distante dans ta voix qui me met à genoux, qui me renvoie ce que je t’ai offert quelques instants plutôt. Est-ce donc ça, que tu as ressenti, quand je t’ai dit d’arrêter ? Tu me crèves le coeur et je me sens tomber et pourtant il n’y a pas de sol contre lequel m’arrêter. Ma chute est infinie et je réalise que c’est mon âme, ce sont mes émotions qui sont en train de s’effondrer. Ce n’est pas mon corps, qui traitre, reste là, debout, face à toi.

Tu finis et je n’en peux plus je m’en veux trop et cette conversation n’a pas de sens : « Bien sûr que si. » Mes yeux te quittent et vont se perdre un peu plus loin. Je ne peux pas te regarder et même si je le faisais je ne te verrais pas. J’ai les yeux si humides que tout est flou; je serre les dents car je ne veux pas céder : ne veux pas craquer. C’est si difficile, pourtant, si difficile de lutter contre ces sentiments qui peu à peu viennent à moi et me noient.

Je n’ai pas envie de pleurer.
Je n’ai pas envie d’être faible, d’être misérable.

Surtout pas devant toi. J’ai envie d’aller bien j’ai envie de faire comme si de rien : j’ai envie qu’on reparte à zéro qu’on réapprenne à se connaitre et à s’aimer. J’ai envie qu’on soit content qu’on soit heureux qu’on puisse rire, aussi. Mais comment fait-on ? Que dois-je faire pour que ça marche ? Je me sens en conflit, à la fois contre toi, à la fois contre moi. Je t’en veux de réagir de la sorte, de faire dans l’humour puis… Puis de ne plus rien faire, justement. Tu es devenu tout plat et je crois que je t’ai blessé et que t’ayant blessé tu me blesses en retour. Nous sommes en train d’entrer dans un cycle infernal et il faut à tout prix que je nous en sorte sinon nous resterons piégés : « Comment pourrais-je t’oublier ? »

Ne me connais-tu pas ? As-tu donc si peu confiance en l’amour que je te porte ? En ce que tu représentes pour moi ? « Tu es Sora, tu es mon ami. » Et ma gorge se serre et ma voix s’étrangle et je finis par lâcher : « C’est toi, qui semble m’oublier. » Et je me mets à pleurer. Car je n’en peux plus.


Car j’aimerais que tu cries que tu tapes du pied : j’aimerais oui que tu me montres tes émotions, que tu réagisses et exploses comme jamais tu ne le fais. J’aimerais que tu déferles, et qu’ainsi je sois obligé de t’accepter. Si tu restes comme ça, si tu restes sans bouger, j’ai l’impression que tu ne m’aimes pas.

C’est bizarre, n’est-ce pas ?
Et je viens passer mes mains sur mes yeux, le mouvement est rageur mais vu que je n’arrive pas à arrêter, que bientôt un hoquet me prend le geste se transforme en quelque chose d’impuissant.

J’ai honte et j’ai envie de te tourner le dos et de partir en courant.
Je te déteste de m’avoir fait pleurer.
Je me déteste d’avoir craqué.

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posté le Ven 30 Juin 2017 - 21:33 (7)
Sora s'était demandé ce que Jun pourrait ressentir en le voyant après une longue absence. Ce n'était pas quelque chose d'exceptionnel : il le faisait souvent, à tant de reprises que cela lui était devenu naturel. Il ne le faisait pas qu'avec Jun : il lui était devenu très facile de s'interroger sur la réaction de n'importe qui, à condition qu'il s'intéressât un minimum à la personne (cela dit, il était aussi capable de s'inquiéter d'un passant dans la rue qu'il n'avait jamais vu). Avec Jun, c'était cependant différent : c'était la seule personne avec laquelle il se sentait vraiment concerné. Il avait un frère et une sœur, Sora, mais ils pouvaient vivre sans lui ; Jun, non. Du moins, c'était le cas avant. Et toujours il avait imaginé que Jun serait soulagé. Au lieu de cela, il lisait d'autres émotions qu'il avait du mal à décrypter. Peut-être y avait-il un brin d'indifférence, mais elle pouvait alors être affectée. Il y avait probablement de la détresse, et elle venait de sa présence. Du fait que Sora était là, alors qu'il ne devait pas l'être. Et sa colère était si grande, elle était peut-être méritée ; pourtant Sora n'arrivait pas à en déterminer l'origine. Si elle était dirigée contre lui, qu'avait-il donc fait, à part ne pas être là ?

Il détestait cette différence qui lui rappelait à quel point il n'était qu'un homme. (Il ne pouvait pas tout faire.)

Sora pourrait mourir en cet instant tant il désire que tout s'arrête. Il n'est pas venu à Pallatine pour cela, pour observer un bonheur qu'il ne désire pas, pour avoir l'impression de ne servir à rien. Il était si heureux d'avoir trouvé le sens de sa vie, d'avoir compris comment devenir quelqu'un de meilleur ; il se sentait bien, et tout s'était brisé avec la disparition de Jun. Et aujourd'hui encore, il voulait le prendre dans ses bras, et le serrer contre son cœur, et caresser ses cheveux, et porter ses lèvres à ses oreilles pour y murmurer les paroles de son cœur ; cela lui parut vain. Sora pouvait bien repartir, à ceci près que cela lui était impossible ; alors, où irait-il ? Irait-il mourir, justement ? Se jeter dans la mer qu'Hiraeth craignait tant, se fracasser au pied des falaises ? Il n'en pouvait plus, il lui fallait un mot de Jun, un seul - cette fois c'était lui le désespéré, et son ami avait le pouvoir de le secourir ou de le briser.

La négation le sauva.

Elle était posée sous forme affirmative, et les mots coulèrent ; ils ne parurent pas naturels aux oreilles de Sora, mais ils étaient sans doute sincères. Et cela suffit, alors même qu'une nouvelle accusation aurait pu détruire. Mais les larmes de Jun suffirent. Sora n'y tient plus. A son tour, il se mit à sangloter. Il ne put pas se retenir et il n'osa pas lutter. Pendant tout ce temps, il s'était senti aussi désirable qu'une vieille chaussette. Quand on n'avait plus besoin de lui, on pouvait le jeter. Il 'n'avait jamais douté de Jun, il avait toujours pensé que son affection était sincère : simplement, il était plus réservé, parce que sa vie était plus dure. Même lorsqu'il avait quitté sa vie, Sora était toujours persuadé que ce n'était pas de sa faute. Il avait dû lui arriver quelque chose. D'ailleurs même les parents de Jun n'en savaient rien. Mais une fois que Jun était en face de lui, les certitudes volaient en éclats. Sora se sentait fragile. Il suffisait d'un souffle pour le faire basculer. Il était pendu à ses lèvres, attaché à la moindre de ses sentences. S'il l'avait rejeté, Sora serait allé se perdre. Il n'aurait pas su quoi faire d'autre.

Il se jeta contre Jun, l'emprisonna dans son étreinte. Son odeur avait changé : il n'utilisait plus le même shampooing, et un parfum de pluie s'accrochait à ses cheveux. Toutefois, la chaleur était la même. Elle rassura Sora, qui sentit son cœur s'apaiser. Peut-être n'avait-il plus rien de nécessaire ; mais, tant que sa présence était apprécie, cela n'avait aucune importance. Qu'est-ce que tu racontes, idiot, rétorqua Sora à travers ses larmes. Il ne voulait pas s'expliquer : ses gestes, en cet instant, devait suffire. Il y transmit l'amitié qu'il n'arrivait pas à admettre, y insuffla le besoin qu'il ne pouvait assumer. Jun serré contre lui, il sentit un nouvel espoir l'investir. Peut-être pouvait-il être heureux, à nouveau. Mais c'était l'heure des larmes et, pendant de longs instants, aucun des deux ne dit rien. Les sanglots bloquaient leurs gorges, et leurs réponses auraient été entrecoupées de hoquets gênants. Sora parvint à se calmer. Il avait toujours les yeux et les joues humides, et toujours cette sourde douleur au creux de la poitrine, mais il pouvait à nouveau sourire. On a l'air idiots. Et sans doute était-ce vrai : pour un regard extérieur, qui ne comprenait rien à leur relation, ils étaient deux imbéciles qui cédaient facilement aux larmes. Cela ne dérangeait pas Sora, qui n'était pas connu ici ; mais peut-être Jun en serait-il gêné. Pour autant, Sora ne le lâcha pas ; il aimait cette proximité extrême après des mois d'absence.

Ils restèrent donc ainsi, puisque Jun n'était pas en état de se dégager et que Sora ne le désirait pas. Il garda cependant les mains immobiles, posées contre le dos de Jun, n'osant pas en faire plus. Il avait besoin de temps pour se réapproprier leur amitié, pour reconquérir leur intimité ancestrale. Mais sérieux, comment tu veux que je t'oublie ? A ton avis, pourquoi je suis là ? Pour faire du tourisme, peut-être ?! Ce faisant, il avouait qu'il n'était là que pour lui, raison sans doute stupide - mais après tout, elle lui avait suffi. Il se mit à rire en y pensant. Eh bien, il avait réussi, non ? Il était parti pour trouver Jun, et il y avait réussi. Pile au moment où il avait perdu espoir. Et s'il continuait de souffrir en son for intérieur, il ne s'en souciait pas : une vague de bonheur balayait la douleur.
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Personnage : Arrivé depuis bientôt deux ans, Jun vit sans remous. Il est de ces existences paisibles qui ne dérangent que rarement les autres et qui resteront peut-être pour toujours dans l'ombre. Il est un être banal, qui gentil, s'assied souvent et regarde la vie se faire. Lorsque vous lui parlez il vous écoute avec attention, et ses mains parfois viennent se perdre sur votre bras, réconfortantes. Distant, il ne parle que peu de lui, et lorsqu'il le fait vous l'impose sans vous demander votre avis.
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posté le Mer 5 Juil 2017 - 1:48 (8)
« Tu sais Sora, je crois que ce qui me fait mal c’est de savoir, au fond, que je ne suis plus le même. J’ai changé et toi je ne sais pas : me dis que tu es sans doute resté fidèle à cette représentation que je me fais de toi, qui pourtant si lointaine m’apparait dépassée, périmée. Tu es peut-être identique à ce que tu étais lorsque je t’ai connu, mais moi je ne suis plus pareil. Je le vois dans ton regard, le vois lorsque dans tes yeux je me retrouve, découvre le reflet de cet homme qu’à présent j’incarne.

C’est différent, tout est différent : je me suis rembruni et ai décidé de laisser mon ancienne vie de côté. J’ai trop longtemps fait le deuil de ma soeur, et amer, me suis donc remis du tien tôt. Je ne voulais plus souffrir, ne désirais qu’oublier ces peines et remords, cette famille laissée là-bas, au Japon.

Je suis lâche et je vous ai tous abandonnés.
C’est un fait même si je ne l'ai pas fait exprès, je peux te le jurer. Mais tant que tu ne me secoueras pas et ne me hurleras pas dessus, ne me demanderas pourquoi je suis parti je ne te le dirai pas. J’ai besoin qu’on me fasse me sentir coupable pour qu’enfin j’explose et dévoile tout de ce jour dramatique. J’ai depuis bien longtemps perdu les mots me permettant de m’exprimer, et me complaisant dans le silence j’ai appris à ne plus rien ressentir si ce n’est l’ennui. Alors mets-moi donc dos au mur, énerve-toi jusqu’à ce que je n’en puisse plus : car sinon rien n’y fera, je resterai endormi. Car tu sais Sora… J’ai grandi et je crois que toi ce n’est pas le cas, que tu es encore dans le passé. Je crois que nous n’avons plus le même âge et je crois que je ne t’aime plus.

J’aime cette image de nous qui remonte à des années, j’aime ce que nous étions et nous voir donc ainsi, nous voir être au présent me gêne terriblement. Il n’y a plus rien de naturel, entre nous, regarde : j’ai l’impression de faire face à un mort. Tu tiens à moi je tenais à toi et nous ne sommes plus en phase, de toutes façons, je n’ai jamais été celui cherchant à m’attacher. C’est toi qui toujours est venu, m’a accompagné, a finir par percer ma carapace : et je me suis habitué. Alors comprends que ce n’est pas facile pour moi de te sourire et de te souhaiter la bienvenue, car au final ai-je un jour voulu que tu viennes ici ?

Comme je l’ai dit, tu aurais dû le faire plus tôt. Pourquoi as-tu attendu que je me remette de tout pour débarquer ? Je crois que les sentiments avec le temps me désertent et qu’en moi ne reste plus qu’une terre aride. Et c’est réaliser que je ne suis plus rien qui me fait pleurer.

C’est réaliser que, depuis sa mort, je suis stérile.
Tu n’étais qu’une plante verte dans mon paysage hostile, tu n’étais qu’un leurre vu qu’au final même lorsque tu es là je me sens vide de tout, mais surtout de moi.

Tu essaies de me prendre dans tes bras et je te repousse. Je sais bien que je rêve d’une telle étreinte depuis des années, qu’elle me permettrait de me faire me sentir chez moi, mais je ne veux pas, je ne veux plus : « Je ne pleure pas car je suis triste, Sora. » Si tu savais comme j’ai perdu la foi en tout mais surtout en vous. En l’homme et ses mensonges, en l’homme et son instabilité qui toujours finit par trahir, par blesser. Je n’ai que faire de tes promesses, de tes mots doux : me dis que de toutes façons, tu ne t’y tiendras pas. Car tu es comme eux, tu es comme tous les autres ! Je le vois bien dans tes yeux brouillés par les larmes, je le vois bien dans ce regard qui me donne l’impression de ne plus être le même. Et je sais que j’ai changé mais le voir à travers toi me fait mal et j’ai la sensation d’être jugé. Je t’observe et t’observe encore et je sais que je me répète puis me contredis mais tout en restant le même tu me sembles changé : tu m’as l’air anéanti, jaloux, aussi.

Tu es tout tu es rien et je crois qu’au final tu es tout aussi vide que moi.
Et je ne sais pas je pense trop et cela m’épuise : je n’ai pas souhaité ton malheur mais c’est comme si en te faisant sans le vouloir venir ici que je t’ai condamné. Tu es maintenant prisonnier de Pallatine et plus jamais tu n’en ressortiras, comme moi.

Je pleure car je t’en veux.
Car tu es si calme puis si triste puis si toi tout en ne l’étant pas que c’est moi qui finis en colère. Je suis un volcan qui d’un coup explose et j’ai envie de te le demander : ne peux-tu pas tout simplement rentrer chez toi ? M’oublier comme tu aurais du le faire, car ainsi je ne serais responsable de rien et surtout pas de mes erreurs.

« Tu es idiot tout seul. » J’ai envie de te blesser pour que tu fuies et ne veuilles plus jamais me retrouver. J’ai envie de te blesser car je me suis rendu compte avec le temps que même si toi tu restais là, inchangé, constant… Moi je ne pouvais rien t’apporter. Et c’est toujours le cas, je suis toujours moi, je suis toujours si creux et toujours si incapable d’aimer : « Je te déteste de faire comme si de rien était alors que tu devrais m’en vouloir et je ne sais pas d’un coup crier et pourquoi pas me frapper et » je soupire, ne sais plus quoi dire. En soi ce que tu me dis me fait rire car parler de tourisme et tourner cette situation dramatique en quelque chose de dérisoire colle parfaitement avec tout ce que je suis. C’est un humour que je comprends et qui me fait réagir : et j’ai envie de sourire mais je dois rester sérieux, car Sora tu dois savoir qu’ici j’ai appris à vivre mais que toi tu n’es pas obligé.

Tu dois rester loin de moi car je suis à présent lié à de mauvaises personnes et même si j’ai appris à m’y sentir bien je ne souhaite pour rien au monde que tu me suives là-dedans. Ne peux-tu pas trouver l’amour, le bonheur et tout ce qui a de bon loin de moi ? Ne peux-tu pas renoncer à notre amitié comme je me suis efforcé de le faire ? J’essuie mes larmes, quoique séchées, avant de poursuivre : « Tu sais que tu étais mon ami, au lycée, mais tu dois aussi savoir que je ne suis plus rien de bon pour toi, regarde moi. » Je suis changé et je te montre mes deux poignets, affiche ces tatouages si mal vus au Japon : je ne suis plus ce que j’étais, c’est un fait.

Dis-moi adieu et soulage-moi de ce poids.
Je ne suis plus prêt à endosser la moindre responsabilité : vivre sans remous est devenu mon style de vie préféré.

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