« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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le cœur arraché. (jun)

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Arrivé depuis bientôt deux ans, Jun vit sans remous. Il est de ces existences paisibles qui ne dérangent que rarement les autres et qui resteront peut-être pour toujours dans l'ombre. Il est un être banal, qui gentil, s'assied souvent et regarde la vie se faire. Lorsque vous lui parlez il vous écoute avec attention, et ses mains parfois viennent se perdre sur votre bras, réconfortantes. Distant, il ne parle que peu de lui, et lorsqu'il le fait vous l'impose sans vous demander votre avis.
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le Mar 8 Aoû 2017 - 22:46
« Tu aurais pu faire ça pour rien. » avait laissé s’échapper Jun, amer, le regard fuyant. N’avait-ce pas été son cas ? Se précipiter sans rien savoir pour se retrouver dans un lieu qu’il ne connaissait pas et… Trop tard ? Y repenser lui faisait serrer les dents et monter une acidité terrible en lui, à en retourner son estomac. Il était en colère mais triste aussi, voulait donner des coups de poing dans le mur jusqu’à s’en faire saigner les mains. Mais cela faisait deux ans et son idiotie était depuis ce temps passée, il devait se pardonner : oublier. Enfin. Laissant son commentaire en suspend, Jun avait secoué la tête et se claquant les genoux s'était redressé promptement. « Si tu le dis. » Si Jun était Jun et resterait Jun à jamais… Pourquoi pas ? Il ne savait pas vraiment ce qu’il était devenu, et avait tant évolué au cours de sa vie qu’il avait du mal, parfois, à se situer. Des évènements bouleversants étaient venus le secouer à intervalles réguliers et un peu perdu il s’était vu changer, se refermer, s’ouvrir à nouveau puis finalement s’était juste laissé aller. Il était tel un pétale tombé sur un lac, oscillant au gré du courant : et tant bien même un jour peut-être finirait-il à la mer, il ne s’en inquiétait pas.

Dans tous les cas, finirait par couler.

Ou peut-être s’échouerait sur la plage ou au bord d’un rivage. Qu’il serait bon d’être ramassé et choyé, qu’il serait bon d’être remis aux côtés de ses comparses, oui. Jun était un homme mais un homme seul, et il ne savait plus ce que c’était que d’apprécier la compagnie d’autrui. Il aurait fallu que Sora soit toujours aussi persistant et aussi collant qu’avant pour qu’il revienne dans le coeur stérile du garçon. « Dans tous les cas nous sommes tous les deux là, maintenant, et il va bien falloir apprendre à vivre avec. » Maigre sourire. Car si son ami était bien celui qu’il avait connu, il ne le lâcherait pas, si ? Son côté un peu blagueur l’irritait plus qu’avant, et s’il continuait à fuir les questionnements et à ne pas l’accuser de sa disparition il s’énerverait de nouveau mais… Pour l’instant un calme étrange enserrait sa poitrine, conquérant son être. Il était fatigué et avait donc décidé d’accepter Sora de nouveau dans son présent, ce fantôme du passé venu le hanter. Il ne savait pas comment prendre la chose, ne s’était attaché à personne en particulier depuis son arrivée, tant bien même connaissait-il du monde mais… Bref, il verrait.

Attendait que Sora reprenne la parole, s'étant tu. Et il était amusant de voir à quel point lui-même ne demandait rien alors qu’il voulait être secoué, au final peut-être était-il tout aussi lâche que celui lui faisant face.

Ou indifférent, vide, creux.
Décoloré.

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il est de ces gens qui ne se distinguent pas des autres. ni fragile ni fort, il est une force tranquille qui cherche à s'intégrer. patient, il observe le déroulé des saisons, attend son œuvre. sora n'est pas pressé. il n'a plus envie de vivre son existence pour lui-même - il cherche quelqu'un, un ami pour qui il offrirait sa vie. alors souvent il erre à pallatine. il sait se défendre. il ne se soucie pas vraiment des dangers. on dirait parfois qu'il n'est pas vraiment là, qu'il ne s'est jamais vraiment rendu compte qu'il avait quitté la terre.
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le Mer 9 Aoû 2017 - 20:35
Faire ça pour rien. Oui. Sora en avait conscience. La possibilité tournait en boucle dans son esprit ; pire encore, il pouvait très bien dire ce qu'il aurait ressenti. C'était l'état même de son cœur, une demi-heure plus tôt ; il était alors agité par la certitude que ses efforts avaient été vains. Sora n'avait jamais compris à quel point le désespoir pouvait frapper de plein fouet ceux qui s'efforçaient de lutter dans le vide. Mais justement, n'avait-il pas réussi ? Rien n'était vain, et il pouvait encore fréquenter son ami ; cela lui suffisait à avoir le cœur léger. Il ne s'étonnait plus de la facilité avec laquelle il pouvait se sentir bien. Il n'avait pas besoin des remarques acerbes de Jun, et il la laissa couler. Il se connaissait assez pour deviner que cela n'entraînerait rien de bon.

Car oui, Sora était impulsif, Sora ne réfléchissait pas. Il était de ces gens qui laissent très vite aller leurs sentiments, qui suivent leurs instincts comme une carte jugée fiable, quand bien même ce n'était pas tout à fait vrai. Et encore maintenant, Sora agissait selon ses envies ; il ne voulait pas trop y réfléchir. Il s'était toujours réjoui d'avoir réussi à se faire apprécier tel qu'il était, un peu collant, mais surtout patient ; et il continuerait encore. Jun l'avait dit : il faudrait du temps. Cela, Sora pensait en avoir. Il était toujours lycéen, donc il n'en avait ni perdu, ni gagné. Tant que tu ne m'en veux pas trop. Sora avait prononcé la phrase sur un ton très désinvolte ; il avait presque l'air de ne pas s'en soucier. Ou peut-être cette indifférence venait-elle du refus de considérer son affirmation comme une vérité. Sora voulait croire que Jun ressentait bien d'autres émotions : de la gêne, de l'ennui, de l'incompréhension, peut-être même un peu haine. Mais surtout, il ne devait pas lui en vouloir. Il ne pouvait pas le supporter.

Allez, lève-toi. Est-ce que tu n'as pas envie de savoir ce que j'ai fait, moi, pendant tout ce temps ? C'était un début essentiel. Sora sentait que Jun le jugeait, mais selon des critères inadaptés ; il ne voyait probablement que le même garçon qui voulait l'aider, qui cherchait toujours à échapper à quelque chose en le supportant. Mais Sora savait que les choses avaient évoluées. A présent, il avait goûté à l'amertume de l'homme rejeté ; il s'était découvert épuisé par ses efforts ; il avait appris à ne penser qu'à lui. Il devait retrouver l'équilibre passé : l'alliance entre le don de soi, et la préservation de son moi. Aussi passait-il vite outre. Il enfermait son chagrin dans une tour d'ivoire et en jetait la clé dans les marécages de ses sensations. Ainsi, il oubliait qu'il pouvait avoir mal. Après tout, il était vraiment heureux de revoir Jun. Il pouvait se nettoyer dans la contemplation de son pâle visage, endurci par les épreuves, et qui ne l'appelaient plus à l'aide. Sora était trop épuisé, mentalement, pour le regretter. Vu que ce sera toujours plus racontable que ta vie, apparemment.
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le Mer 9 Aoû 2017 - 23:22
« Pourquoi je t’en voudrais ? » avait lâché Jun, le visage calme quoiqu’un peu fermé, distant. C’était absurde, que de s’inquiéter à ce sujet : n’était-ce pas lui, qui s’était enfui ? N’était-ce pas lui qui les avait trous trahis ? Il était le coupable, et Sora en s’inquiétant le plongeait dans l’incompréhension. « C’est moi qui suis parti. » avait-il conclu, fourrant ses mains dans ses poches, désabusé. Encore lui aurait-il dit, j’espère que tu ne m’as pas oublié, encore oui aurait-il demandé j’espère tu m’aimes encore… Encore oui peut-être aurait-il suscité une réaction, aurait tapé dans le vrai, et non à côté. Car Jun n’était pas du genre à attendre, ou du moins pas indéfiniment. Les pertes qu’il avait subi l’avaient forcé à se détacher et à vivre seul, elles lui avait appris à faire le deuil. Et il le répétait, encore une fois, Sora n’était qu’un fantôme, un mort revenu à la vie : alors qu'après l’avoir attendu quelques mois le garçon était passé à autre chose.

Car la vie était comme ça.

« Si tu veux. » avait-il finalement accepté, de sa voix douce quoiqu’un peu éraillée. Cela faisait déjà plusieurs années que Jun avait grandi et que sous ses traits fins un homme avait percé. Il resterait sans doute à jamais cet être rêveur à l’air fragile, mais son âme teintée et ses yeux souvent perdus dans l’entre-deux trahissait ce dernier : il savait tenir sans aide sur ses deux jambes. Et le vent pouvait souffler qu’il ne tombait pas, et l’aurait-il fait qu’il se serait redressé : il y avait quelque chose en lui de brisé qui au lieu de le tuer lui donnait une force suffisante pour enchainer les jours, survivre aux blessures. Il n’avait rien dit vis à vis du commentaire de son ami sur sa propre vie : était acide qu’il ne lui ait rien demandé. N’était-ce pas une fuite facile que de parler de soi plutôt que… De lui demander à lui, lui Jun ce qu’il s’était passé ? Au fond il riait et se disait que Sora avait peur d’entendre sa réponse, qu’il était lâche et qu’il ne voulait pas accepter le fait qu’il avait changé et vécu des choses loin de lui. Qu’il avait appris à être indépendant alors qu’il l’avait toujours été. Il aurait voulu lui dire, oui : Sora, tu es si lâche.

Tu as peur et je te déteste quand tu fuis. Je te déteste car c’est comme quand tu plaisantes, quand tu rigoles alors que l’heure est grave : c’est idiot. Et qu’il était agacé qu’il était remonté face à cet ami qu’il ne comprenait plus. La légèreté habituelle de Sora n’avait plus rien de naturel, et à ainsi être il dégoutait peu à peu le Jun franc, le Jun qui paralysé par la laideur des hommes s'isolait. Sora éloignait oui sans s’en rendre compte son ami de lui, en ne jouant pas franc jeu.

Quelque chose en Jun se froissa et il sut alors qu’il n’avait plus envie de parler.
D’en parler.

Le train était passé.

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le Dim 13 Aoû 2017 - 21:35
Sora ne comprenait pas.
Il avait beau analyser la situation, il ne parvenait pas à trouver la clé qui lui permettrait d'en saisir le sens. Pourtant, les sources du problème, certes nombreuses, étaient bien claires. Il pouvait les énumérer avec une lucidité douloureuse, et malgré tout, il ne voyait pas comment il aurait pu réagir autrement. Il ne doutait pas non plus que Jun avait aussi ses raisons d'être ainsi ; alors ils étaient coincés. Leur rythme était asynchrone ; leurs interactions ne rencontraient que le vide, leurs paroles se creusaient de l'absence de l'autre. C'était douloureux, presque autant que la séparation en elle-même. Sora se doutait qu'à la longue, il pourrait se briser.

(Ou peut-être l'était-il déjà,
ils l'étaient tous les deux, non ?)

Je sais que tu es parti, et la voix glacée laissait entendre que non, il ne pardonnerait pas ; mais qui ne pardonnerait-il pas ? qui serait exempté de sa haine, et qui serait foudroyé de ses mépris ? Jun était à part ; mais peut-être, si les choses tournaient court, finirait-il lui aussi par devenir l'objet de sa colère. Il y avait en Sora une blessure qui ne guérissait pas ; à coup sûr, elle grandirait encore dans les semaines à venir, serait ravivée par les rencontres avec Jun ; et puis le souvenir seul de Jun suffirait à réveiller le mal endormi. Et il n'y pouvait rien ; Jun n'y pouvait rien non plus, il ne l'avait pas provoquée consciemment. On n'affligeait pas ça à un ami, à part si on le détestait ; et le gangster ne détestait probablement Sora, pas à ce stade. Il devait rester un relent de respect, une fine membrane qui recouvrait ses agressions. L'incitant à la prudence. Ne se réjouissant pas de voir un vieil ami sombrer. Et pour Sora, il était désespérément au même stade ; toujours prisonnier de cet amour trop fort dont il ne pouvait se défaire.

Du reste, il n'avait plus envie de parler de son passé ; c'était ainsi, mais il y avait des détails qui ne l'incitaient qu'au silence. C'était la lueur ennuyée, dans le regard de Jun, le désintérêt de sa réponse, la froideur de ses lèvres qui poussaient Sora à se taire. Et paradoxalement, alors même qu'il se sentait violenté par tant de rejet, il parvenait enfin à retrouver leur rythme commun (sans le savoir, sans s'en rendre compte). Il respirait enfin le même air que Jun ; il était habité par la même certitude que les choses allaient de travers. Sora ferma les yeux. Je crois qu'en fait, tu n'as pas envie de l'entendre. Ça doit pas être très marrant, tu sais. De savoir. Il hésita, arrêta ses mots avant de ne plus pouvoir les retenir. Pour une fois, il pouvait se stopper à temps, avant la catastrophe ; et il rouvrit des yeux pleins de crainte sur son meilleur ami qui le rendait littéralement fou. Il voulait lire, non pas un accord, non pas une tendresse, mais une simple neutralité. A ce stade, cela constituerait la meilleure invitation. En vrai, je ne sais pas quoi faire, avoua-t-il en se grattant la tête, un peu gêné. Je ne te comprends plus, mais je sais juste que je ne veux pas te perdre. Ne pleure pas Sora ne pleure pas Sora ne pleure pas Sora ne pleure pas Sora ne pleure pas.

Il avait la gorge serrée mais il ne disait rien de plus, et il gardait les yeux secs et grands ouverts. Son regard avait le désespoir de l'amant éconduit, ou de l'ami abandonné ; il voulait n'être ni l'un ni l'autre, il ne savait plus ce qu'il voulait, à part Jun, Jun, Jun, ce nom qui tournait dans sa tête en boucle, ce visage qui lui serrait le cœur à force d'être fermé, et il aurait pu hurler, mais il savait déjà qu'aucun cri n'en sortirait, alors il ne voyait pas pourquoi s'en donner la peine. Il attendait, méprisant l'ironie du temps qui lui disait tu n'as toujours pas suffisamment attendu.
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Arrivé depuis bientôt deux ans, Jun vit sans remous. Il est de ces existences paisibles qui ne dérangent que rarement les autres et qui resteront peut-être pour toujours dans l'ombre. Il est un être banal, qui gentil, s'assied souvent et regarde la vie se faire. Lorsque vous lui parlez il vous écoute avec attention, et ses mains parfois viennent se perdre sur votre bras, réconfortantes. Distant, il ne parle que peu de lui, et lorsqu'il le fait vous l'impose sans vous demander votre avis.
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le Dim 13 Aoû 2017 - 22:21
« Toi non plus, tu ne veux pas, Sora. » avait répondu Jun, glacial dans son indifférence. Sa voix pourtant avait été douce, mais ses yeux fuyant ouvertement son ami trahissaient toute la violence de ses propos. « As-tu peur d’entendre pourquoi je t’ai abandonné, pourquoi je vous ai tous abandonnés ? Est-ce pour ça, que tu ne me demandes pas ? Car tu as peur que je te dise que je n’en avais rien à foutre de vous, et que l’hypothèse d’une vie nouvelle m’était apparue, alors, comme une issue ? » Ses mains dans ses poches personnes n’aurait pu deviner qu’alors il les serrait à se les faire saigner. C’était comme si le Jun d’ordinaire si calme laissait peu à peu ressortir une colère sourde, trop longtemps accumulée. Après tout, avait-il crié, après la mort d’Ai ? Avait-il tapé du pied ? Jun semblait si terne et gris il n’avait fait qu’enfermer ses émotions à double tour, qui malmenées par l’arrivée d’un être à moitié oublié commençaient à rugir, forcer le cadenas jusqu’alors verrouillé. « Moi je n’ai pas peur d’entendre ce que tu as à me dire, alors dis-le moi, dis-moi donc ce qui t’est arrivé : je t’écoute. » Et il n’y avait rien de méchant ni de provoquant dans ce qu’il disait mais Jun savait qu’il blesserait Sora. Il le disait avec honnêteté, se savait capable d’accepter tout ce que son ancien ami lui dirait : mais le lui jeter à la figure comme ça ne se faisait pas. Allait-il pleurer, se refermer, partir ? Allait-il lui en coller une ? Sora n’était pas aussi tranquille que lui et un jour viendrait où, lui aussi, abandonnerait.

L’homme n’était pas fiable et Jun le savait que trop bien, mais l’idée de se retrouver une fois de plus tout seul ne le laissait pas serein.

« Ce que tu devrais faire Sora c’est être franc, je ne sais pas je ne te comprends pas. Pourquoi tu ne me demandes pas ? Pourquoi tu fais comme si de rien ? Je te l’ai déjà dit, pourtant, je me répète, alors que je t’ai déjà donné les clefs il y a quelques minutes : j’ai l’impression de parler à un mur. » La colère resurgissait peu à peu mais serrant les dents, il se contrôlait. Le pire était de savoir qu'en disant tout ça il enfonçait des poignards dans le coeur de son ami. Mais il n’arrivait pas à s’arrêter et continuait, impuissant face à l’acidité qui d’un coup, le consommait : « Je te l’ai dit c’est moi qui suis parti. Tu m’en veux je le sais mais tu ne dis rien, c’est incompréhensible. Tu serais parti, Sora, que lorsque je t’aurais retrouvé je ne sais pas je t’aurais insulté. Je t’aurais demandé pourquoi, je t’aurais pris par le col j’aurais agi, je ne sais pas. Je t’aurais crié mon désarroi et aurais cherché à faire taire ce dégout de toi, de ton acte ? Je t’aurais demandé pour comprendre, je t’aurais demandé pour, peut-être, t’excuser : ou du moins pour mettre les choses à plat, mais toi… Toi tu ne fais rien. Tu as peur, et donc tu me parles de toi, car parler de soi c’est toujours plus facile quand on ne veut pas faire face à la personne qui nous pose problème mais que, malgré tout, on aime. » Sa mâchoire douloureuse, il avait sorti une de ses mains de ses poches, la passant sur le bas de son visage. Ce faisant, il avait soupiré, conscient des dégâts qu’il créait, engendrait : ça n’avait plus de fin, leur relation n’était plus qu’un champs meurtri, qu’une terre après la guerre. Ils se lançaient des bombes et ne s’en protégeaient même pas, laissaient le sol s’éventrer et s’y noyaient. Enfin. « Je ne dis pas que ce que tu as à me raconter est simple, Sora, je ne dis pas que ce que tu as vécu ne vaut pas la peine de ne pas être dit : au contraire, je suis toute ouïe. Juste… Tu ne fais pas les choses dans le bon ordre, et tu devrais savoir que je n’aime pas les gens qui fuient. J’aime ceux qui font face, car ceux qui font face sont francs et ceux qui sont francs n’abandonnent pas sans prévenir. » Ne me laissent pas tout seul.

Pas comme Ai.
Ai qui injuste avait préféré tout vivre de son côté, Ai qui ne voulant rien briser de plus que sa propre personne était partie égoïstement, sans lui, sans rien, sans un mot. Et il aurait aimé faire quelque chose et devenant impuissant avait perdu toute volonté, avait perdu toute croyance. Et Sora face à lui ne faisant rien lui rappelait douloureusement sa soeur et il avait envie de taper du pied et d’extérioriser cette plaie terrible qui jamais ne guérissait.

Jun avait perdu sa soeur et en la perdant il s’était perdu lui-même. Elle l’avait condamné à être quelqu'un d’autre, à grandir trop vite ou plutôt à mourir trop tôt. Alors pourquoi Sora lui infligeait ça ? Et sa voix avait été douce lorsqu’il avait parlé, son visage mouvementé, avenant : il avait essayé, une fois de plus, de réparer ses propos, d’expliquer, de créer un pont entre lui et cet ami revenu, cet ami qui avait du mal à se synchroniser à lui. Et cela allait-il marcher ? Voulait-il seulement en parler, maintenant qu’il lui avait tout offert, tout dit ? Non, pas vraiment. Et n’allait-ce pas être cruel ? N’était pas cruel, oui, que de lui dire de demander pour par la suite lui dire « ce n’est plus le moment » ?

« Je suis désolé. » Et n’y tenant plus Jun avait soupiré, se forçant à relâcher ses épaules, à se reprendre : il se sentait, une fois de plus, épuisé. « C’est une longue journée et je ne comprends pas pourquoi nous ne nous comprenons pas. » Fermant les yeux et se massant le haut du nez du bout des doigts, il s’était concentré sur sa respiration, sur le vide l’animant, il s’était concentré oui sur tout sauf ce qu’il ressentait et ce qui l’entourait, se plongeant à nouveau dans un calme certes provisoire, mais bien présent.

Reprenons.
S'il te plait.

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il est de ces gens qui ne se distinguent pas des autres. ni fragile ni fort, il est une force tranquille qui cherche à s'intégrer. patient, il observe le déroulé des saisons, attend son œuvre. sora n'est pas pressé. il n'a plus envie de vivre son existence pour lui-même - il cherche quelqu'un, un ami pour qui il offrirait sa vie. alors souvent il erre à pallatine. il sait se défendre. il ne se soucie pas vraiment des dangers. on dirait parfois qu'il n'est pas vraiment là, qu'il ne s'est jamais vraiment rendu compte qu'il avait quitté la terre.
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le Dim 13 Aoû 2017 - 23:41
Non, il ne voulait pas parler. A ce stade, il ne lui restait plus que l'espoir que tout ceci n'était qu'un rêve, et qu'il se réveillerait bientôt. Rêve vain ; tout lui indiquait qu'il était réveillé, jusqu'à la pression qu'il ressentait dans la poitrine, quelque part entre les côtes et la peau ; la vérité, c'était que Jun et lui s'éloignaient, à chaque seconde un peu plus, alors même qu'ils commençaient à peine à se retrouver. Du moins étaient-ils désormais sur la même longueur d'onde, désormais : il leur fallait se montrer sincère. Sora n'était pas prêt à tout dire. Il ne pouvait pas expliquer concrètement la véritable nature de ses sentiments ; sentiments qui se ravivaient à chaque instant, la distance creusée les mettant en relief, et subitement ils existaient pleinement. Ils emplissaient la conscience de Sora, et battaient au coin de ses paupières, menaçant de le priver de sa lumière, mais optant pour une retraite assurée à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Il ne voulait pas trop en dire ; il ne voulait pas trop en taire ; cela le condamnait à ces paroles faiblardes, empreintes d'une prudence qui devait désagréable à Jun.

Mais, évidemment que les mots de Jun lui faisaient mal. Sora crut vraiment qu'il allait se mettre à pleurer. Tout ce que son ami disait était vrai. C'était toutefois précisément ce qu'il voulait éviter : il ne désirait pas exploser de colère devant lui, il avait surtout l'impression de ne pas en avoir le droit. Sora était en retrait ; une existence qui servait aux autres, mais qui se privait de ses privilèges. Exprimer sa souffrance ? ce n'était pas envisageable. Avoir des exigences ? quel sacrilège ! Alors Sora attendait qu'on lui offrît le droit de parole. En étouffant ses plaintes et ses ressentiments. Oui, il allait exploser, un jour ; il pouvait tout aussi bien exploser maintenant. Voilà, c'est ça le problème. C'est que tu m'as abandonné, Jun. Et j'arrive même pas à t'en vouloir, je pense juste que c'est ma faute et rah... Cela lui prenait la tête, à Sora, il avait envie la balancer contre un mur jusqu'à ce qu'elle se fendît en deux. Peut-être alors ses pensées allaient-elles déserter son esprit, et lui permettre de goûter à un court répit. Sora aspirait à une paix qui se refusait à lui. Elle le narguait en lui disant, essaye encore, tu n'as pas assez ramé. Je veux pas de tes excuses parce que ça sert à rien. Tu pourras jamais effacer le vide que t'as causé avec des mots. Même si je te frappais, ça changerait rien. Et je sais pas si je veux savoir. Parce qu'il faisait quoi, Sora, s'il apprenait que Jun avait voulu lui fuir ? Qu'il avait prémédité son départ, ou qu'il l'avait accepté en sachant très bien ce que cela signifiait ? Pour Sora, il y avait déjà un enseignement très simple à retirer.

Il n'y avait jamais eu de « tous les deux ».

Tu voulais que je te demande pourquoi. Que cherchait donc Jun ? Espérait-il se libérer du poids de la culpabilité en avouant ses torts ? Sora était prêt à l'aider, si nécessaire ; il pouvait pardonner, il le savait au fond de son cœur. (Et il se détestait tellement pour cela, détestait son impuissance à résister à ses propres élans.) Tu veux que je te dise ? on attend chacun quelque chose de l'autre. Mais ça marche pas comme ça. Moi, je voulais juste que tu me dises que t'étais heureux de me voir. Juste ça. Quelques mots très simples, mais que Jun n'avait toujours pas prononcé jusque là. Est-ce qu'il comprenait, maintenant, à quel point cela pouvait être blessant ? Que je t'avais manqué, même si c'était pas vrai. T'avais même pas à me dire que t'étais désolé, après tout, je pouvais pas savoir si t'avais choisi de venir ici. Pourquoi je me serais énervé ? T'aurais pu être un de ces types qui vient par erreur. Ça arrive. J'en ai connu. Sora pouvait citer l'exemple d'un de ses camarades d'internat, un type un peu déprimé qui parlait toujours de son ancien pays. Apparemment, chez lui, il était riche et vivait dans une grande maison ; il avait choisi de rester à l'Institut car au moins, il avait une chance de s'en sortir. Il ne pensait pas pouvoir survivre dans les rues. Et tout cela, à cause d'un accident de transfert. Alors pouvait-il reprocher à Jun un départ qu'il n'avait peut-être planifié ? J'ai toujours pris sur moi et caché mes émotions parce c'est plus simple comme ça. Si j'avais débarqué en pleurant dans tes bras, ça aurait été la lose. Alors dis-moi, si tu veux. Est-ce que tu m'as vraiment abandonné ? Si c'est le cas, désolé mais je te cogne un coup, tu le mérites. Même si, comme il l'avait dit plus tôt, cela ne changeait de toute façon rien. Cela ne le libèrerait pas de ses frustrations. N'effacerait pas son chagrin. Mais si ça pouvait restaurer quelque chose entre eux, alors il savait qu'il n'oserait pas.
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le Lun 14 Aoû 2017 - 0:33
« Je ne mens pas, Sora. » fatigué Jun s’était passé une main dans les cheveux, fébrile : « si tu penses que mentir soulage, tu te trompes, mentir c’est ce qui rend l’homme malade. » et c’est ce qui fait que je ne l’aime pas. Sur ce, il s’était tu, laissant à son ami le temps de finir. Et qu’il parlait ! Il était presque soulageant de voir Sora se laisser aller ainsi, comme si à force de parler et de s’énerver ils crevaient enfin l’abcès. Allaient-il réussir à s’entendre, se comprendre ? C’était comme si ce qu’ils se disaient à tour de rôle était interprété à tort et qu’ainsi ils alimentaient un dialogue de sourd à double tranchant. Ils se blessaient tout en essayant de se calmer et finissaient par s’achever en essayant de se réconcilier. Allait-il y avoir une fin à tout ceci ? Il suffisait de se sentir bouillonnant, frustré, angoissé : Jun n’y était pas habitué.

Il ressentait et cela l’épuisait.

Et qu’il était dur de ne pas réagir aux propos de Sora ! Il avait envie de le gifler, de lui faire des leçons de morale. Comment pouvait-on préférer un mensonge à la vérité ? Comment pouvait-on se complaire dans quelque chose de factice ? Et comment pouvait-il déduire, oui, qu’il l’avait abandonné délibérément ? A croire que le monde ne tournait qu’autour de lui, et que Jun avait depuis le départ planifié son abandon, sa fuite : qu’il en avait, même, pris un certain plaisir. Soupirant, se forçant à ne pas s’enflammer, à ne pas s’exciter car cela n’en valait pas la peine, il avait tout simplement répondu : « A ton avis ? » Avait-il une tête à abandonner de manière volontaire sa famille, sa vie ? Avait-il oui l’air d’une personne en ayant marre de tout et voulant fuir ce monde ? Ne l’aurait-il pas fait des années auparavant, suivant sa soeur ?

Il aurait préféré que Sora vienne à lui en pleurant, en effet, et qu’il se jette dans ses bras. La confusion l’aurait forcé à être plus doux, plus gentil. Il n’aurait pas pensé à crier sur quelqu'un d’aussi fragile et n’aurait pas pu s’énerver face à un être à moitié brisé. Et qu’il voulait en dire plus, qu’il voulait lui dire d’arrêter de cacher ses émotions, d’arrêter de ne pas vivre alors qu’il était en vie ! Qu’il se laisse aller, qu’il s’exprime, qu’il dise haut et fort tout ce qu’il avait sur le coeur ! C’était comme ça que devait être l’homme, le bon, le séduisant, celui en lequel on pouvait avoir confiance.

Les timides et les complexés n’obtiendraient jamais l’amour entier de Jun : car il voyait dans les cachoteries la racine même du mal, les prémices d’une relation qui pourrirait car on ne se disait pas les choses. Jun était un rescapé et traumatisé il se soignait d’honnêteté et de joie de vivre. « A ton avis, Sora, pourquoi tu penses que je suis parti ? » Sa voix était sérieuse et pour la première fois depuis un long moment ses yeux cherchèrent ceux de son ami. Il voulait le voir lucide et voulait le voir raisonner sur son départ : ce ne serait qu’après une réponse sans détour qu’il le lui dirait.

Son manque de confiance était blessant.
Jun n’avait jamais été une pourriture, après tout.

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le Lun 14 Aoû 2017 - 19:10
Mais que lui parlait-il de mensonges ? A nouveau, Sora était perdu. Il ne comprenait pas ce que voulait lui dire Jun, car à aucun moment il n'avait insinué qu'il lui mentait. Non, justement, c'était là tout le problème : Sora aurait peut-être préféré un mensonge temporaire avant de découvrir l'abrupte vérité. Ainsi pouvait-il se préparer en douceur à découvrir qu'il était probablement embarqué dans un crush à sens unique. C'était sans doute là la différence fondamentale entre Jun et Sora : le premier exigeait une franchise dont il n'avait jamais fait entièrement preuve autrefois, se dérobant à la patience de Sora en refusant de lui raconter toute son histoire ; le second voulait taire ses souffrances et finissait par se voiler la face. Mais où était le mensonge dans cette histoire ? Était-elle dans la dissimulation ? Alors le menteur était Sora. Jun, il était trop honnête, d'une sincérité déchirante qui balayait tout sur son passage. L'enfant chagrin était devenu ouragan, et ce que Sora pouvait supporter autrefois, il n'y arrivait plus forcément aujourd'hui. Alors il attaquait. Et ainsi, ils se blessaient tous les deux.

Il y avait pourtant de la lumière, quelque part. Elle n'était pas seulement dans les néons sales que l'on allumait quand le temps était mauvais ; ni dans les rayons du soleil qui parvenaient bon gré mal gré à s'extraire des nuages. Elle était dans leur cœur, ou dans leur tête ; droit devant, à portée de main - et pourtant presque inaccessible. Sora avait envie de pleurer, il sentait sa gorge se serrer encore, et encore, un incroyable étau dans lequel l'air peinait à passer. Ses yeux brillèrent. Il ne pouvait pas le contrôler, ne le voulait même plus. Tirer ses lèvres en haut, pour feindre un sourire, requérait un effort surhumain, que Sora peinait déjà à fournir. Tu ne serais pas parti sans dire au revoir à tes proches si tu avais pu le faire.. Parce qu'il faisait confiance à Jun ; il savait qu'il représentait quelque chose à ses yeux, au moins un ami. Quand on apprécie quelqu'un, on ne le quitte pas sans un adieu, si on le peut. De cela, Sora était persuadé ; mais il ne pouvait pas exclure qu'il avait été confronté à un choix, et qu'il lui avait préféré l'autre terme. Lui, et ses parents, et ses amis de lycée. Je ne connais pas ta raison, mais je pense qu'elle est bonne. Je pense. Ce n'était pas une certitude ; mais si Jun y voyait une défiance, Sora ne pensait cela qu'en profession de foi. A son tour d'être honnête : Par contre, moi je l'aurais fait. Je l'ai fait. Je suis venu parce qu'on m'a dit que tu étais là, que tu allais mal. Et sa famille, à Sora, elle n'avait pas besoin de lui. De toute façon, c'était un point que Sora n'avait jamais expliqué, par peur que Jun ne le comprît pas. Son ami pouvait de toute façon deviner certaines choses : Sora n'était pas proche de sa famille, ne prévenait pas quand il rentrait tard ; quand il l'invitait chez lui, les autres saluaient poliment avant de le laisser se débrouiller ; il ne parlait jamais de ces gens qui vivaient avec lui, car dans le fond, ils vivaient plutôt à côté de lui. Mais Jun voulait sa franchise, n'est-ce-pas ? Alors Sora la lui donnait, même si cela équivalait à lui montrer cette part d'ombre, ce manque d'amour pour des gens qui le rendaient malheureux, et qu'il a au final attristé tout autant.
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Arrivé depuis bientôt deux ans, Jun vit sans remous. Il est de ces existences paisibles qui ne dérangent que rarement les autres et qui resteront peut-être pour toujours dans l'ombre. Il est un être banal, qui gentil, s'assied souvent et regarde la vie se faire. Lorsque vous lui parlez il vous écoute avec attention, et ses mains parfois viennent se perdre sur votre bras, réconfortantes. Distant, il ne parle que peu de lui, et lorsqu'il le fait vous l'impose sans vous demander votre avis.
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le Lun 14 Aoû 2017 - 23:34
« On m’a dit que maman avait eu un accident. » avait lâché Jun, sans attendre. Et qui aurait cru que prononcer cette simple phrase lui ferait aussi mal ? Le regard perdu dans le vide, il n’avait pas tenu : avait glissé au sol, les fesses sur ses talons. C’était comme si expliquer son départ lui faisait revivre l’instant, et les images déferlaient en lui sans qu’il ne les maitrise, le poignardant. Il se revoyait encore sortir du magasin du coin, son sac plastique à la main, un homme l’abordant soudainement avec un léger accent. Jun ? Jun Itô ? Un peu surpris il avait hoché la tête, et ce qui avait suivi lui avait arraché toute sa rationalité. Il n’avait plus qu’été question de courir rejoindre sa mère, ce le plus vite possible, avant qu’il ne soit trop tard. « On m’a dit qu’elle n’en avait plus pour très longtemps, qu’elle n’allait vraiment pas bien. Je lui ai dit d’arrêter de parler, que si on avait pas le temps je me fichais des explications, du pourquoi ou du comment : je voulais juste qu’on y aille, je voulais juste la voir. » Se passant une main sur le visage il n’avait tardé à y rajouter la seconde, se massant le haut du nez, se forçant à reprendre ses esprits. Pourquoi avait-il l’impression que tout s’était passé hier ? Pourquoi se sentait-il si fébrile, en colère, aussi ? L’impuissance peu à peu montait en lui, et immobile il restait là, amer qu’on lui ait tout arraché : « Mais comme tu peux t’en douter, nous ne sommes pas allés à l’hôpital. » Serrant des dents, il avait esquissé un sourire triste, ses yeux dirigés vers le goudron, qui, au final, ne voyait pas. Il se souvenait s’être préparé à courir, la nouvelle lui faisant lâcher ce qu’il avait dans les mains. Il avait poussé l’homme en lui disant de lui montrer le chemin : sans se douter un seul instant qu’il n’y en avait pas, de chemin.

Il n’y avait rien qu’un aller simple vers un univers qui n’était pas le sien, vers une mère qui n’était pas la sienne.

Il s’était fait escroquer, s’était fait voler sa famille en pensant la rejoindre, s’était fait avoir en beauté. Et qu’il regrettait de s’être précipité, de s’être angoissé : il aurait du rester calme, écouter ce que l’inconnu avait à lui dire, aurait du comprendre ce qui allait lui arriver, dans quoi il s’engageait. Mais boulversé il n’avait pas réfléchi, le visage livide, les doigts tremblants. Qu’il avait été idiot, et dévoué, aussi, sans doute. Après avoir perdu sa soeur, comment aurait-il pu accepter le fait de perdre sa mère ? C’était tout son monde qui s’écroulait, et c’était la solitude qui, enfin, le menaçait. « Avant même que je ne réalise dans quoi je m’étais embarqué c’était trop tard. Mais comment comprendre, après tout ? Comment aurais-je pu comprendre à l’époque qu’au-delà de ma mère, il en existait une autre ? » Même à présent il avait du mal, se disait qu’elle ne l’était peut-être pas, qu’elle n’était que la mère d’un autre Jun, Jun qu’il n’était pas. Peut-être venait-elle qu’un monde où Ai était restée en vie, peut-être venait-elle d’un monde bien plus clément, ou bien plus terrible : il ne savait pas et ne pourrait jamais savoir. Enfin. Était venue. « C’est comme ça que je me suis retrouvé à Pallatine. 

Comme un con.

« Elle était déjà partie, quand je suis arrivé. Amusant, n’est-ce pas ? » Ça ne l’était pas. Et le sourire qu’il arborait à cet instant non plus. Amer, triste, empli de regrets : il s'en voulait. S’en voulait de voir tous ses proches mourir les uns après les autres, s’en voulait de ne jamais arriver à temps. Jun était en retard et il ne se le pardonnait pas, ne se le pardonnerait jamais. Le pire dans l’histoire était sans doute qu’en plus de perdre cette mère qui n’était pas la sienne, il avait perdu celle qui l’attendait sans doute encore chez lui, à la maison. Que faire de sa disparition ? Croirait-elle qu’il avait fugué, qu’il en avait eu marre d’elle, d’elle sans époux ? Ou penserait-elle, anxieuse, qu’il s’était jeté d’un pont, d’un immeuble, rejoignant une soeur qui lui avait pendant trop longtemps manqué ?

Cela le rendait fou, parfois.
Il se réveillait dans son lit en sueur, criant, haletant : vivait ses cauchemars encore et encore, les sentait sur sa peau de longues heures après s’être levé. Il vivait la mort de nombreuses nuits, vivait les reproches et priait pour que sa mère laissée là-bas se reconstruise, qu’elle ne sombre pas dans la spirale terrible qui caractérisait à présent leur famille. Soupir.

Jun n’était plus tout à fait vivant.

« Je ne vous ai pas abandonnés volontairement, même si au final ça ne change rien. » Dans les faits il était parti, et les avait tous laissés. Il était parti sans un mot, sans un adieu, était parti à la fois de et contre son gré. S’il avait su, serait-il allé ? Aurait-il pu laisser ceux qu’il aimait pour rejoindre une personne qu’il n’avait, au final, jamais connu ? Et des fois cela lui prenait à la gorge, des fois oui il se demandait ce qu’il se passerait s’il la croisait. Existait-il une Ai partie avant qu’il ne soit trop tard ? Existait-il une Ai ayant fui, heureuse ici ? Une Ai l’ayant abandonné, encore une fois, quoique différemment ? Il ne savait comment réagir à cette pensée, ne savait comment gérer ces histoires de double vie.

Restant un moment assis sur ses pieds, en squat, il n’avait rien dit, tachant de retrouver la force de se lever, continuer. Ce n’était qu’après s’être vidé de toute pensée qu’il avait, de par un gros effort, claqué ses mains sur ses jambes, se redressant tout à fait. « Une erreur, voilà ce que c’était. » La sienne, évidemment.

Comme toujours.  

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le Mer 16 Aoû 2017 - 10:46
Sora écoutait avec stupeur. Des scénarios, il en avait élaborés un certain nombre, dans l'intimité de son esprit. Des possibilités qu'il rejetait souvent, certaines qu'il conservait malgré tout, mais aucune de ces spéculations ne s'approchaient de la réalité. Il ne comprenait pas. Comment pouvait-on tromper ainsi quelqu'un ? Qu'espérait-on en retirer ? Il y avait, pour sûr, une raison à cela : on ne s'amusait pas à briser la vie de quelqu'un juste pour s'amuser. De cela, Sora était persuadé : on avait voulu quelque chose de son ami, et il ignorait si celui-ci l'avait donné, même inconsciemment. Et puis, en y réfléchissant, ce n'était pas si étonnant : ne lui avait-on pas parlé de Jun pour motiver son propre transfert ? Pourquoi donc avait-on fait cela ? Dans le fond, Sora se doutait un peu de la réponse : ils gênaient sans doute. Ils devaient être des poids pour leur période d'origine, et les en exclure était sans doute pour le mieux. Mais du moins avait-il eu vraiment le choix. Il aurait pu dire non. Aurait pu se couper de ses sentiments, et aller de l'avant. Cela aurait sans doute constitué la décision la plus logique, la plus sage même. Du moins aurait-il cherché son bonheur ailleurs.

Pourtant il ne parvenait pas à regretter cette décision. Après tout ce que Jun avait vécu, fallait-il encore lui infliger pareille douleur ? Sora ne s'était pas rendu compte qu'une larme lui avait roulé sur la joue. Il pleurait pour son ami, il pleurait pour lui-même. Juste un peu ; un sanglot solitaire, mais long comme l'éternité. Jun s'était accroupi, Sora restait debout, mais il luttait contre son corps même pour se maintenir ainsi ; à tout instant, il menaçait de flancher. Essuyant sa joue humide, il répondit d'une voix un peu étranglée : C'est dégueulasse. Qu'aurait-il pu dire d'autre ? Les mots ne servaient à rien en cet instant ; si Jun voulait de sa compassion, il n'avait qu'à lever les yeux vers lui, et plonger dans le chagrin de son visage. Sora ne pouvait pas mentir. Cela se serait vu dans ses yeux, dans le creux de ses lèvres. Jun, il était différent de lui : plus victime que ne le serait jamais Sora. Le jeune lycéen ne pouvait se défaire de l'idée horrible que lui avait eu le choix. Et cela changeait tout.

Je ne t'en ai jamais voulu, dévoila-t-il, et là encore c'était en toute franchise qu'il l'avouait. Il avait été perdu, il avait été triste ; mais son inquiétude avait pris le pas sur la colère. Après tout, avant de découvrir Pallatine, Sora avait peur d'apprendre sa mort. Qu'un jour, un corps fût découvert, un corps qui lui appartiendrait. En comparaison, le savoir en vie, quoiqu'ailleurs, avait été une première bouffée d'air frais. Et c'était cela qui avait motivé sa décision ; une décision prise d'ailleurs bien hâtivement, car à peine avait-il dit oui qu'on le ramenait dans la ville. Cela importait peu, de toute façon : Sora se croyait coupable. Même s'il avait cru avoir le temps, et qu'on le lui avait dérobé. Même s'il avait voulu en parler à sa famille, et n'avait pu leur dire au revoir. Crois-moi, ça change quelque chose. Ça change même tout, je dirais. Et il avait un sourire si triste, Sora ; il avait le cœur broyé et il respirait avec la lenteur des malades, mais il allait bien quand même. Quelque part, au fond de sa tête, il ne pouvait se défaire de cette pensée : il était sauvé. S'il mourait maintenant, il n'aurait plus de regrets - et c'était tout ce qu'il osait demander à la vie, à présent.
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le Lun 21 Aoû 2017 - 10:14
« Parler de tout ça ne l’avait pas soulagé. Au contraire, c’était comme si toute sa bonne humeur avait été happée, s’était envolée. Il se sentait lourd, se sentait impuissant et morose. « Bref. » Rabattant la capuche de son sweat sur sa tête, Jun s’était muré dans le silence. Il n’avait, après tout, plus rien à dire. N’était-ce pas au tour de Sora, de raconter ? Qu’allait-il leur arriver, à présent ? Il ne savait pas ce que j’avenir leur réservait et se sentait toujours mitigé quant à leurs retrouvailles. Tout était si différent, à présent. Lui qui ne pensait jamais à demain, lui qui ne se fixait pas d’objectifs se retrouvait obligé à penser à demain. Se reverraient-ils, s’entendraient-ils ? Il se sentait si creux, si aride, se sentait si incapable de rire.

Était-il heureux ?
Des fois cela résonnait dans son esprit, broyant son corps, appuyant sur son abdomen. Était-il épanoui, content d’être ici, en vie ? Il ne savait pas, se contentait d’être lui et se sentait serein au quotidien. Il ne s’excitait pas, n’avait pas les yeux pétillants de joie, était d’une neutralité désamorçante et même lorsqu’on l’avait frappé il n’avait pas réagi, avait eu mal mais n’avait pas crié, gémi, à la limite. Parfois s’asseyant confortablement il fermait les yeux, cherchait en lui tous les inconforts, fermant son esprit, le cérébral. Il pensait avec son corps, découvrait les points douloureux, essayait d’en sentir goût et couleur. Il vivait sa tristesse, vivait son vide et les ressentait si fort qu’ils finissaient peu à peu par disparaitre : Jun méditait. Et c’était peut-être aussi pour cela que parfois dans son esprit le calme régnait. Il pratiquait le yoga, parfois, et apprenait à calmer ses pensées, à museler tout ce qui en lui faisait trop de bruit. Enfin.

Peut-être devrait-il se mettre au sport. Il aimait le volley, après tout, avait été dans le club au collège puis au lycée. Quoi d’autre ? Il n’aimait pas particulièrement nager mais aimait plonger sa tête dans l’eau et n’entendre plus rien si ce n’était le bruit de son corps, du courant. Il aimait oui flotter sans bouger, se laisser emporter par le courant, les remous créés par les autres nageurs. Il n’avait jamais vraiment couru mais pourrait essayer, quoiqu’avait peur pour sa gorge et ses poumons : « Et toi ? » avait-il finalement demandé, le regard de nouveau fuyant. Ses mains avaient fini dans ses poches et shootant dans quelques graviers il s’était remis à marcher, doucement.

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le Jeu 31 Aoû 2017 - 11:49
Parler était devenu difficile. Ce n'était pas tant le fait de bouger sa langue et de former ses sons qui lui coûtaient, mais bien de ne plus savoir que dire ou que faire. Les yeux de Sora étaient fixés sur Jun, en quête d'un signe, d'un indice. Il cherchait à comprendre ce qui se tramait derrière son regard sombre, et il se prit à songer qu'il aimait affreusement ses yeux. Cela le força à détourner le regard un instant, accrochant ses rétines à un faisceau de lumière projeté par le vieux lampadaire déclinant. Malgré sa faiblesse, il brillait sous le ciel gris de nuages, comme si l'obscurité de la pluie lui conférait quelque regain de force. En serait-il de même pour lui ? Y aurait-il un instant où, surmontant la blessure de son orgueil, il parviendrait à sourire comme il l'avait toujours fait en sa présence ?

Oh, Jun ne comprenait rien, finalement. Il ne voyait rien des désirs qui hantaient les yeux de Sora ; il ne lisait que sur ses lèvres mensongères, n'interceptait que les écrans de fumée qu'il plaçait entre eux deux. Emboîtant le pas à Jun, Sora restait inconsciemment un pas en arrière. Comme s'ils n'étaient pas tout à fait égaux, et devaient respecter les convenances. Sora ne désirait pas se laisser submerger par la vague, il désirait se battre ; mais mesure qu'il avançait, il perdait bien, et il se sentait devenir l'esclave de ce garçon qui ne lui demandait rien. La sérénité de son visage était donc troublée par quelque reflet d'inquiétude. Pris par l'intuition de son immuable défaite, Sora savait que ce qui se construirait entre eux, désormais, ne serait pas plus sain que leur relation première. Ce qui ne l'empêchait guère de le désirer ardemment.

J'étais en dépression, sur Terre. Ce n'était pas lui qui l'affirmait, en vérité, mais sa sœur qui n'avait eu de cesse de lui rappeler qu'il n'était guère normal de perdre subitement le goût de vivre. Lui, il pensait plutôt qu'il était faible. Il se dégoûtait un peu d'avoir été si vulnérable, mais puisqu'il parvenait désormais à retrouver un peu de son sourire, il voulait bien pardonner ses erreurs. Jun ne comprenait pas à quel point la joie lui avait été étrangère ; rire, c'était une façon de l'invoquer à nouveau, dans l'espoir qu'elle daigne l'embrasser définitivement. Depuis que je suis arrivé ici, ça va beaucoup mieux. Tu peux penser ce que tu veux, mais moi ça m'a sauvé. Ça me sauve encore, même. Et il découvre subitement, Sora, que ses sourires sont tristes et ses yeux songeurs. Et il voudrait les dérober à la vue de Jun, mais il sait désormais que c'est une mauvaise idée. Ils sont amis, non ? il n'a pas à cacher cela.
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le Mer 13 Sep 2017 - 23:44

« Ne sentant pas tout à fait Sora à ses côtés, Jun avait ralenti l’allure avant de s’arrêter. Se retournant quelque peu et cherchant son regard, il lui avait fait comprendre silencieusement qu’il n’avancerait pas tant qu’il ne se hisserait pas jusqu’à lui. Ce fait, il avait repris la marche, écoutant sans rien dire ce que le japonais lui confiait. Et c’était si mal vu ! Que d’aller mal à Japon, que de souffrir de dépression. C’était dans nos têtes et il ne fallait pas en parler — un peu comme sa mère et son père, qui s’aimaient sans s’aimer. Il ne comprenait pas pourquoi les couples une fois parents n’avaient plus le droit de s’embrasser, de se tenir la main et d’être tendres ? Il ne comprenait pas pourquoi non il était si simple de tromper (et de s'en pardonner).

Il ne comprenait pas sa mère qui chaque soir préparait le repas quand lui-même et sa soeur ne le faisaient pas. Ne comprenait pas non cette passivité face à un homme qui ne l’aimait plus forcément et qui la délaissait depuis des années. Elle-même était occupée, de ces rares femmes à avoir réussi à percer tant bien même avait elle eu des enfants. Enfin. S'égarant Jun avait secoué la tête, tâchant de se reconcentrer : « Je vois. » Que dire de plus ? Au final son arrivée à Pallatine l’avait sauvé alors que pour lui ça n’avait rien changé (indifférence). Au moins il n’avait pas à se soucier d’être responsable d’un énième malheur, échec. Sora allait mieux ici et c’était tant mieux. « J’ai déjà été en dépression, aussi. »

Ne savait pas s’il en était sorti.
Ne savait pas s’il l’avait vraiment été, en soi.

Mais il comprenait et souriant doucement avait complété : « Merci d’en avoir parlé. ». Il aurait voulu lui dire que ce n’était ni une honte ni un signe de faiblesse, mais Jun restait Jun et il lui était difficile de trouver les mots.

De les sortir, du moins.
Il avait perdu le goût de l’effort.
De l’humain.
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le Sam 16 Sep 2017 - 12:33
Sora n'avait jamais su ce dont il avait besoin exactement - mais il avait commencé à en avoir une idée lorsqu'il avait rencontré Jun. Il s'était laissé emporter par ce jeune homme, avait tenté des choses qu'il n'aurait jamais essayées avant ; il s'était découvert, peut-être encore plus qu'il n'avait découvert Jun. Son meilleur ami conservait sa part de mystère, et Sora la lui avait laissée, parce qu'il respectait ses limites. Mais cela n'avait rien changé à sa douleur : l'aurait-il mieux connu, il aurait eu plus de regrets encore, mais la situation demeurait la même. A présent, Sora ne rêvait que de rencontrer ce Jun nouveau. Il voulait s'en faire un ami. Et peut-être, dans le fond, rêvait-il que leur relation un peu nocive s'équilibrât enfin. Il voulait que Jun lui accordât sa pleine confiance. Alors lui-même pourrait se confier à son tour. Admettre qu'il avait souffert plus que de raison lui avait été dur, mais ça avait probablement été sa meilleure décision depuis leurs retrouvailles. Jun détestait ses secrets, visiblement.
Alors Sora s'en débarrasserait, un à un.

Comprenait-il pourquoi Sora choisissait le rire ? Il n'avait pas le choix. Il n'avait pas le droit d'être malheureux, surtout pour des raisons aussi futiles. On l'avait un peu laissé tranquille, car on savait qu'un ami disparu n'était guère une chose aisée ; mais on aurait ri de l'ampleur de sa détresse. Et voilà que Jun l'acceptait ; qu'il précisait que lui aussi avait connu pareille maladie. Sans le savoir, il venait de le sauver, et Sora sentit son cœur se mettre à battre si fort que les larmes lui vinrent aux yeux.
Il les rejeta ; essuya rapidement le coin de l'œil de la manche, balbutia à son tour : Non, merci à toi. Et il y eut, dans le creux de sa voix, comme un je t'aime qui teinta sa parole. Il n'en dit rien, cependant, Sora. Il savait qu'il aurait bien du mal à expliquer concrètement ce qu'il ressentait pour Jun. Si cela avait été purement romantique, malgré les tabous il aurait peut-être tenté de l'avouer ; il aurait tout risqué parce qu'il ne voulait pas mentir, parce que Pallatine n'était pas le Japon et que l'avenir ne lui aurait pas réservé les mêmes difficultés. Mais il lui manquait les mots, il lui manquait la compréhension pleine et entière de la nature de ce sentiment, qui le poussait à faire de Jun le centre de son univers, sans le moindre désir pour lui. Il n'avait pas envie de l'embrasser, et ne désirait rien de lui, si ce n'est son regard posé sur lui, envahi d'affection et de gratitude. Pour le moment, c'était son propre regard qui reflétait de tels sentiments.
C'était peut-être suffisant, pour l'instant.
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