« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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Thé froid — [Jade]

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Taejoon n'avait rien demandé et pourtant on lui a tout volé. Tout droit venu de Corée du Sud, juriste fraichement diplômé, il se retrouve perdu dans une ville qui le dépasse. En deuil de tout ce qu'il a perdu, des amis qu'il a laissé derrière lui son visage est distant et ses moues boudeuses. Aussi a-t-il décidé de se concentrer sur le travail, de s'enrichir et de ne plus penser à rien : surtout pas à lui, surtout pas à eux. Surtout pas à tout ce qui existait avant et tout ce qui pourrait exister maintenant.
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le Mer 12 Juil 2017 - 23:40
« Le jour touchait à sa fin et Taejoon quiet ne bougeait pas. Il attendait, posé là, non loin de l’entrée du musée : cela faisait déjà plusieurs minutes que les clients étaient sortis et pensif il se demandait quand les membres du personnel s’en iraient à leur tour. Était-elle seulement là ? Il avait déposé deux jours auparavant un petit mot à son attention qu’il aurait bien aimé voir atterrir sur son bureau. Rien de formel ni de trop pompeux : juste un papier sombre et carré sur lequel était griffonné en anglais une invitation à boire un verre au café du coin. Il avait choisi de faire dans l’humour en ajoutant un délicat si vous ne venez pas, je mourrai suivant la date et l’heure.

N’avait même pas signé, certain qu’elle le reconnaitrait.
Quoique. Peut-être avait-elle d’autres hommes dans sa vie ! Peut-être oui dinait-elle souvent en compagnie d’un artiste, d’un peintre, pourquoi pas. Il l’imaginait sans peine captiver certains photographes incompris, elle et sa distance, elle et sa froideur qui pourtant avait quelque chose de… Vibrant. Oui Jade ne parlait pas beaucoup et pourtant lorsqu’elle passait il la voyait, la repérait. Elle émettait des ondes silencieuses et si grise lui donnait envie de la secouer d’un coup, de la pousser. Il voulait pour la énième fois la balancer par delà une falaise, la voir chuter dans l’eau glacée : était certain qu’elle ne crierait pas, se laisserait faire, le visage fermé.

Il l’agaçait, pourtant, le savait. Et quelle satisfaction de toujours la froisser ! Quelle satisfaction oui de polluer son air, de pourrir ses journées. Il aimait être ce moustique tournant autour d’elle, aimait être cet individu qu’elle ne pourrait, bientôt, plus se sortir de la tête. Il était certain qu’avec lui à ses côtés elle n’aurait le temps de penser à il ne savait quelles absurdités : lui-même en était une déjà assez grande, importante.

Et c’était peut-être pour ça qu’il l’attendait devant son lieu de travail, quasi certain qu’en ne se montrant pas ici elle lui fausserait compagnie. Il ne voulait pas, pourtant, se retrouver à attendre des heures assis sur une chaise en acier ! Il ne voulait pas non être seul face à tous ces gens réunis, riant ! Il voulait sa Jade il voulait son inconnue il voulait l’embêter la perturber et puis d’un coup se lasser.

Il savait qu’il ne l’aimerait jamais passionnément, sentait qu’ils ne deviendraient jamais amis : alors n’était-ce pas là la seule solution ? D’un coup ne plus être intéressé, d’un coup l’abandonner. Elle n’en soupirerait que d’aise, pourrait ainsi reprendre en toute tranquillité ses activités. Mais lui, qu’adviendrait-il de lui ? Il n’existait qu’une femme comme elle ! N’existait qu’une femme-statue, qu’une femme vivant tout en lui semblant morte ! Jade vivait sans vire, là était son ressenti. Elle était cette feuille morte qui accrochée à son arbre fatigué n’était pas encore tombée. L’automne pourtant était déjà bien entamé et du jaune elle était passée au brun mais… Elle tenait bon.

Et n’était-ce pas surprenant ? Il aurait aimé lui demander pourquoi encore elle était là, elle qui en était là donnait l’impression de ne pas l’être. Et c’était bien car son corps persistait, restait dans le décors qu’elle lui apparaissait si frappante, si saisissante ! Jade était Jade et son prénom lui allait si bien qu’il aurait pu le lui répéter cent fois.

Regardant sa montre, faisant un rapide calcul vu qu’elle n’était toujours pas à l’heure (il ne pouvait s’y résoudre), il avait lâché un soupir. Non, il n’était pas fatigué, non, il n’était pas mécontent. Il soupirait car il avait envie de le faire, car il en avait l’habitude et qu’il sentait au fond que d’un coup d’un seul elle allait apparaitre. Et lorsqu’elle le ferait, et, ah !, ne le faisait-elle pas ? Il lui crierait et lui avait donc crié : « Jade ! Ne me demandez pas pourquoi je suis ici, car vous le savez : si je n’étais pas venu vous m’auriez posé un lapin. » Et qu’il était bavard qu’il était taquin qu’il était lui ! Il était insupportable et il adorait l’être, terrible : « Ne me remerciez pas, je sais à quel point sous mes airs de Taejoon se cache un gentleman ! Laissez-moi donc vous accompagner ! » Il était dramatique, ne lui avait même pas souhaité bonjour, bonsoir : qu’importe ! Un sourire chafouin sur les lèvres il s’était approché d’elle, de cette silhouette encore lointaine que, pourtant, il reconnaissait sans peine.

Il était envahissant et en l’étant s’oubliait lui-même.
Pour un instant.

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le Mar 18 Juil 2017 - 0:00

Un sourire n’existait pas ; il n’y avait de place que pour la concentration. La bouche entrouverte mimait quelques mots inaudibles qui se confondaient en murmures étranges, incongrus, un peu sans tête. Ses yeux auraient donné l’impression de chercher quelque chose hors de leur portée, quoique rien vraiment n’aurait pu leur échapper. Un coupe papier ouvrait d’un geste mesuré les lettres abandonnées sur son bureau, lecture qu’un doux bruit venait interrompre par instant ; la pointe de sa ballerine noire qui venait frôler son pantalon de soie.

« Qu’est-ce que c’est ? » mais en relevant la tête, son souffle s’était brusquement tu. Touchée par le vide, l’obscurité qui plongeait la pièce meublée de toiles en tout genre, couvertes de draps, laissées au sol, qu’un fin faisceau de lumière éclairé à peine. Elle serra le petit billet qui l’avait surpris, non pas qu’il fut particulier : à dire vrai il n’avait rien d’étrange, ce n’était qu’un petit mot sombre, plié, qui avait l’air d’un peu tout sauf d’officiel. Cela la démangea. En regardant autour, la pièce lui semblait être devenue plus grande, trop peut-être pour un tête à tête avec un mot. Quelqu’un se serait précipité d’ouvrir ce petit message mystérieux qui ne pouvait être adressé qu’à elle personnellement, pas à la conservatrice mais à la Jade qu’elle était. Il fallait que ce soit un connu. Aucune de ses connaissances pourtant n’avait recours à une telle méthode. A cause de cela, ses mains tremblaient en serrant le petit bout de papier qu’elle fixait avec une intensité déplacée. Lentement, elle posa l’objet bien lisse sur sa table sans l’ouvrir de suite. Elle approcha son nez.

Une odeur de bêtise.

Puis, précipitamment, sans crier gare, elle déplia.
Elle n’eut besoin de lire qu’une seule fois, et durant sa lecture, pas à un seul moment elle n’aurait donné l’impression d’être dérangée. Ci fait, sa figure était d’une lisseur sans faille. Ce fut tout. Jade replia soigneusement le mot après l’avoir parcouru en long et en large et le rangea précautionneusement à l’intérieur d’un tiroir qu’elle ferma à double tour. A partir de cet instant, il ne fut plus question de rien.

Une odeur terrible de bêtise, oui.

Et la journée avait défilé jusqu’à ce que le fin vaisseau de lumière s’amincisse encore jusqu’à disparaître tout à fait. Il fut alors temps de se lever, de ranger ses affaires, chaque classeur se refermant, chaque cahier retrouvant sa place sur une étagère, un bord de table, un tiroir. Tout ce qui venait de l’extérieur se retrouva bientôt noyé sous une avalanche d’ordre ; la routine écrasait tout d’une implacable paperasse, de quoi étouffer la moindre fantaisie.
Attrapant son indémodable trench, mademoiselle Gregory quitta son bureau comme quasiment chaque soir, bien après les derniers clients, bien après les derniers employés, bien après l’heure de fermeture, bien après l’horaire prévu initialement dans son emploi du temps. Jade traînait toujours le soir là où d’autres étaient pressés de rentrer chez eux. Le gardien de nuit verrouillait à peine les grandes portes, et elle descendait à peine les marches du musée lorsqu’une voix maintenant bien connue attira son attention.

Il ne s’agissait plus seulement d’une odeur.

Elle s’arrêta naturellement, parfaitement au fait que même en ayant feint ne pas l’avoir aperçu, il n’aurait pas manqué de la rattraper. Au mieux, elle le laissa remonter à sa hauteur d’une démarche pas assez lente pour lui faire croire qu’elle l’attendait ni assez rapide pour le laisser penser qu’elle tentait de le fuir.

« Monsieur Han. J’aurai dû me douter que vous ne seriez pas mort à l’heure qu’il est. »

Etait-ce une note acide de regret ? Le sarcasme de Jade était une morsure douce et presque confortable. « Vous avez raison. Alors vous avez donc décidé de m’empêcher de vous poser ce lapin, n’est-ce pas ? Vous êtes assez déplacé dans votre genre. Et puis sous vos airs de Taejoon ? Qu’est-ce que cette manie ? Vous vous prenez pour un adjectif ? C’est prétentieux. » Elle ajouta, une lueur perçante dans le regard. « Surtout quand vous êtes le seul à en connaître la définition. » Et elle ne s’était pas embêtée à lui dire qu’il ne pouvait pas l’accompagner, comme il le faisait déjà, comme elle commençait à comprendre qu’il était particulièrement tenace.

Il s’en sortit d’ailleurs si bien qu’il lui tira un rare et bref gloussement, tantôt moqueur tantôt nerveux.

« Vous n’avez rien d’un gentleman : vous êtes un envahisseur, et comme tous les envahisseurs, vous envahissez. Et je vous soupçonne même d’être un petit dictateur ! » Après tout, il faisait un peu trop tout ce qu’il avait envie de faire, et surtout avec elle. Un léger soupir enfin avait percé ses lèvres, et son visage s’était doucement tourné vers le sien, ce petit air compatissant sur ses traits longilignes. « Enfin, pensez-vous que je sois le genre de femme qui va prendre un verre après une journée de travail ? Alors que je suis de celle qui le soir tombé se couche dans son canapé, une bouillote à ses pieds, un thé bien chaud entre les mains… Etes-vous donc si seul pour inviter une telle femme ? »


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Taejoon n'avait rien demandé et pourtant on lui a tout volé. Tout droit venu de Corée du Sud, juriste fraichement diplômé, il se retrouve perdu dans une ville qui le dépasse. En deuil de tout ce qu'il a perdu, des amis qu'il a laissé derrière lui son visage est distant et ses moues boudeuses. Aussi a-t-il décidé de se concentrer sur le travail, de s'enrichir et de ne plus penser à rien : surtout pas à lui, surtout pas à eux. Surtout pas à tout ce qui existait avant et tout ce qui pourrait exister maintenant.
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le Dim 6 Aoû 2017 - 15:01
« Taejoon acteur ! Qui s’il n’avait pas pratiqué le sport avant de se noyer dans ses études, aurait sans doute fait du théâtre. Il avait, d’ailleurs, toujours accueilli les travaux de groupe avec joie, se contrefichant d’avoir de bons ou de mauvais partenaires. Après tout, il se débrouillait toujours pour avoir son meilleur ami ou d’autres avec lui. Et qu’il était plaisant d’inventer une histoire, de se prendre au jeu, d’arriver habillé n’importe comment le jour de la présentation et de s’immerger dans le rôle décidé, donné. Il n’était pas bon chanteur et ne s’était jamais vraiment essayé aux instruments, mais jouer, ça, il savait faire ! On le lui aurait fait le commentaire qu’il aurait répondu qu’il avait ça dans le sang, que tout vrai coréen savait prétendre vu que leur société toute entière était basée sur les faux semblants. Il n’était question que de la première impression et jamais de la seconde : il n’était question que de comment on voulait être perçu plutôt de comment on était vraiment.

Et il était sérieux, était gentil mais aussi plaisantin : il était un homme complet qui savait accentuer chacune de ses facettes et surtout, ne pas se prendre au sérieux. C’était donc le visage grave qu’il avait répliqué : « Au mieux, je suis mourant. » au commentaire de Jade. Et qu’il avait la voix profonde, qu’il avait l’air prêt à commencer un entretien ! On aurait pu croire qu’ils discutaient d’un dossier très important, ou pire, qu’ils se rendaient à l’enterrement d’un cousin.

Mais ce ne pouvait pas être le cas car au fond Taejoon était hilare.
Lorsqu’elle le traita de prétentieux, il ne put s’empêcher de s’indigner, joueur : « Et alors ? Vous ai-je un jour dit que je ne l’étais pas ? » Qu’on lui laisse la liberté d’être un sale type ! À l’accuser de la sorte on aurait pu croire qu’elle le prenait pour un saint ! Et peut-être l’était-il, gentil, bien plus qu’il ne l’avouerait jamais — mais tout de même, cela ne se faisait pas.

Se tenant droit, marchant à ses côtés, empiétant sur son espace vital et manquant de bousculer de son épaule la sienne, il avait plongé ses mains dans ses poches : « Ah ! Et maintenant vous me prenez pour Kim Jong-un ! Vous n’avez vraiment aucune pitié, Jade, vraiment aucune. » Sévère le temps d’un instant, il n’avait cependant pu lutter contre ce sourire peu à peu dévorant ses lèvres. La situation était drôle, il fallait bien l’admettre : Jade était vive et ses propos au poil, un peu plus et il s’en tordrait de rire ! Enfin, à présent il était fixé : elle le prenait pour un saint goujat. N’était-ce pas amusant ? Il aurait aimé lui expliquer que l’adjectif Taejoon valait son détour et qu’il était riche en significations, qu’il n’allait tarder à faire une demande auprès de l’institut pour l’ajouter au dictionnaire mais… Lancée Jade le coupa dans son élan. Elle se décrivit et l’accusa de vouloir inviter une telle femme : n’était-ce pas surprenant ?

Lui-même d’ordinaire aurait acquiescé : il ne voulait et n’attendait rien d’elle. Il ne la désirait pas et ne l’aimait pas : l’appréciait pour la compagnie qu’elle lui offrait, tant bien-même savait-il au fond qu’il n’y avait rien de donné vu que c’était lui le voleur, qui sans pitié la lui arrachait. Il s’imposait à elle et d’un sourire se posait à ses côtés comme si c’était là la chose la plus naturelle. De loin certains auraient pu croire qu’ils se connaissaient depuis toujours, et au final n’était-ce pas le cas ? Elle était la seule personne le rattachant à Pallatine en dehors de ses clients et sans elle il se retrouverait une fois de plus face à lui-même.

« Et alors, vous ai-je rempli votre verre de bière ? Quelle précipitation ! Je serai très heureux de partager un thé ou encore une tisane avec vous à ce-dit café ! » Taejoon mesquin, Taejoon qui soudainement dramatique avait ouvertement lâché : « Oui, je suis affreusement seul. » Ses bras s’étaient agités et il avait ouvert ses paumes au ciel, tel un miséreux : « J’ai laissé tous mes amis derrière moi, vous voyez : je meurs d’ennui. » Et dans sa voix quelque chose de calme persistait, car il lui avouait là ce qu’il était : un clochard. Arrivé sans le sou, sans rien si ce n’était son costume, sa montre et tout ce qui se trouvait dans ses poches. Il n’avait pas même eu le temps de prendre sa mallette avec lui ! Quoique, il ne s’en souvenait, à vrai dire, pas vraiment. « Et qui inviter d’autre alors que tous ces gens sont si… Si peu vous ! Voyons Jade vous êtes ma distraction préférée, ne vous rabaissez pas, attendez au moins que je me lasse avant de sortir de tels propos ! » Sa dernière phrase s’était faite légère mais réalisant qu’elle pouvait s’avérer être blessante il s’était repris : « Chose qui n’arrive, apparemment, pas si facilement que ça. Je vous l’ai dit je suis seul je suis malheureux il n’y a que vous qui me donne envie d’être ainsi ! » Souriant il lui avait adressé un regard tantôt sérieux tantôt espiègle, se retenant de ne pas lui donner un coup d’épaule de peur de l’offenser plus qu’elle ne pourrait déjà l’être. « Allons nous asseoir, voulez-vous ? »

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le Jeu 24 Aoû 2017 - 17:10

Ah ! Qu’il était agaçant à répondre ainsi à tout et à rien ! Taejoon parlait parlait parlait et Jade aurait tant aimé qu’il se taise. Et plus il parlait et plus elle se disait que cette discussion ne menait à rien. A quoi d’ailleurs aurait-elle bien pu mener ? Si l’on mettait leurs dialogues bout à bout, c’était à parier que ça ne signifiait rien. Pourtant, si elle avait été femme à s’indigner, ses yeux auraient eu le temps de faire le tour de leur orbite au moins six fois. Taejoon était ce genre d’homme pour Jade : le genre à vous faire perdre patience, à vous titiller comme une petite bête. Peut-être cet homme-là avait-il été une tique dans une vie antérieure. La tique de Jade. Bel honorifique. Rien que le fait d’y penser, elle ne savait pas si elle devait se sentir désespérée ou amusée ? Mais elle ne riait pas non, jamais, car Taejoon ne savait ni lui arracher des sourires et moins encore la faire rire. Et comme il l’accusait de ne pas faire preuve de pitié, elle se dépêcha de faire volte-face et se planta face à lui, la moue contrariée, et pleine de reproches peut-être. Elle était pourtant si peu crédible dans ce rôle-là.

« Vous ne méritez pas ma pitié monsieur Han. »

D’ailleurs elle aurait parié qu’il ne la voulait pas. A les regarder ainsi, à la voir là, mains sur les hanches, buste légèrement penché vers l’homme, l’on aurait encore pu croire à une dispute. Une fausse dispute sans doute. Tout paraissait bien trop exagéré, et même le fond de cette discussion restait grotesque peut-être. Et chaque fois un peu plus, il semblait à Jade que Taejoon l’entraînait vers une nouvelle forme d’art ; il traçait à l’horizontal les marques d’une nouvelle absurdité. Voilà ! Elle se sentait absurde en compagnie de ce monsieur. Le plus ridicule, c’était naturellement de se rendre compte que cela lui offrait une nuance de plus, de trop dans son dégradé uniforme de gris.

Non, ça n’avait pas de sens que ce Taejoon insiste autant tandis qu’elle s’efforçait de le rejeter avec tant de verve. C’était presque une habitude maintenant que de devoir dire non. Et puis, s’asseoir à un café et partager une infusion avec un homme, c’était déjà se vieillir et à la fois trop se connaître. Quelle genre de femme prenait un thé lors d’un premier rendez-vous ? Et même si ce rendez-vous n’en était pas un, et même si cela ne menait à rien comme tout ce qui englobait leurs deux êtres, était-ce une raison pour étendre l’absurdité à leur gosier ?

Tous ses muscles se détendirent doucement, et même sa fausse colère donna l’impression de s’affaisser sur elle-même et de se briser devant le théâtrale Taejoon qui les mains levées vers le ciel mettait en scène sa détresse. Ennuyée, elle le contempla un instant en silence, suspicieuse, puis lassée. Puis enfin, lorsqu’il eut fini, elle le rappela à l’ordre comme elle l’aurait fait avec un enfant.

« Cessez d’agiter les bras, tout le monde nous regarde. »

Il fallait bien dire qu’il lui semblait particulièrement remuant aujourd’hui tandis qu’elle se montrait si… Si Jade. Quoique. La bêtise de Taejoon n’était-elle pas contagieuse ? Il apparaissait que Jade aussi s’agitait plus qu’à l’ordinaire. C’était plus fort qu’elle ! Elle ne parvenait pas à lui être indifférente. Tout ce qu’il était, tout ce qu’il disait, tout ce qu’il faisait ; tout cela oui l’obligeait à réagir, l’ordonner de lui prêter cette attention qu’elle ne souhaitait pas lui donner. Il la forçait oui à réagir. Elle ne se souvenait pas après tout avoir consenti à devenir une sorte de distraction.

« Ce portrait ne vous flatte pas, monsieur Han. Essayez-vous de susciter ma pitié par hasard ? Parce que je ne connais personne qui irait s'embarrasser d'une telle personne. »

Aurait-elle pu s’attendrir enfin devant cet aveu ? Un clochard ! Un misérable ! Une invention de Victor Hugo ! Une peinture vivante de la Condition Humaine ! Il était seul ! Il était malheureux ! Mais non. Jade ne trembla pas pour le pauvre Taejoon. Jade resta fidèle à elle-même. Car si son homme était tenace, elle ne déméritait pas moins. Et le verdict tomba sans appel comme le jugement du réalisateur mécontent de son acteur.

« Je ne suis pas qualifiée pour m’occuper d’un homme seul et malheureux. »

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le Ven 25 Aoû 2017 - 22:47
« Et d’un seul coup Taejoon n’avait plus su quoi répondre. Jade face à lui ne cédait pas, et ses propos pour une fois ne lui laissaient aucune ouverture. Il aurait pu lui dire, oui, qu’elle était pourtant seule et malheureuse : n’était qu’une femme grise parmi tant d’autres. Alors pourquoi pas ?

Mais comment s’y résoudre ? Il était taquin mais pas méchant, et franchir cette ligne aurait été signe de changement. La contemplant un instant dans le silence, il lui avait souri, les mains dans les poches : « Vous êtes pleine de ressources, Jade. » Et se remettant à marcher, ou plutôt à piétiner aux côtés de son étrange compagne, il avait contemplé la foule devant eux.

Que faire ?
Il sentait qu’elle ne l’accompagnerait pas, qu’elle ne viendrait non la rejoindre autour d’un verre ou d’un thé : sentait qu’elle s’éloignait, oui, se renfrognait. Était-il embarrassé ? Était-ce à son tour, enfin, de perdre ses moyens ? Fallait pas déconner, non plus. Éclatant d’un rire simple, spontané, il avait finalement répliqué, outré : « Je ne vous demande pas de me changer la couche et de m’aider à manger, Jade, voyons : je ne suis pas un tel cas désespéré. » Fronçant les sourcils, c’était un sourire moqueur qui s’était invité sur son visage déjà que trop taquin : « On dirait que vous vous prenez pour une aide soignante et moi un grand malade ! Je vous assure, pourtant, je suis en pleine forme ! C’est plutôt vous qui auriez besoin d’un café et non pas d’un thé ! » Et il était reparti, emporté par son propre élan, reprenant son petit air théâtral et sortant les grands mots.

Il était fier.
Fier d’être aussi tenace, fier de réussir à tenir tête à cette bourrique qui lui faisait face ! Cela le faisait mourir de rire, l’amusait au plus haut point ! Et quelle Jade elle était, comment avait-il pu lui dire lors de leur deuxième rencontre qu’il se lasserait bien vite d’elle ? Elle était un phénomène ! Il n’en connaissait qu’une, comme elle, et comment s’en passer ?

Se calmant un instant, il avait finalement lâché, d’un ton plus bas : « Je ne vous demande que de me tenir compagnie ! D’agir en… » Réfléchissant un instant, sombre, il avait finalement explosé, rayonnant : « En amie ! » Son hilarité était palpable, et pourtant, il était plus sérieux que jamais : « Voilà, Jade : soyons amis ! » Comme un gamin émerveillé il s’était retenu de sautiller sur place, bondir tout autour d’elle.

Il y avait dans ses yeux un petit quelque chose de conspirateur.
Taejoon l’indomptable, Taejoon le saint goujat ! Taejoon qui n’abandonnait pas et qui avait finalement chuchoté tout près de son amie flambant neuve : « Comme ça, au lieu de prendre le thé, on pourra boire une bonne sangria ! » Content de son petit effet, il lui avait lâché un clin d’oeil complice.

Si avec ça il ne l'achevait pas, il ne comprenait pas.
Gamin.

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le Sam 26 Aoû 2017 - 0:49

« Il n’y a rien à soigner dans l’incurable. »

Tranchant, Jade avait pressé le pas tandis qu’elle tiquait. Bien sûr il la suivait, piétinait à côté d’elle. La plaie. Ce bourricot n’abandonnait jamais. L’expression de la jeune femme se défigurait sous l’impatience qu’il lui causait, et puisqu’elle ne parvenait pas à s’en défaire, les commissures de ses lèvres se tordirent prestement en un sourire nerveux et crispé. Et puis il était temps de se rendre à une nouvelle évidence ; plus cela allait et plus Jade découvrait qu’elle ne voulait pas, non, lui laisser le dernier mot. Voilà, c’était un homme qu’il lui fallait absolument contredire, même si cela ne lui apportait rien, pas même de la satisfaction, le but n’en restait pas moins noble, dépasser le fait même de perdre ou de gagner, ça, elle n’en avait que faire. Non. Jade en faisait une question de principe.

Il l’achevait. D’ailleurs elle ne réfléchissait plus, entendait bien sûr, mais Taejoon lui devenait une idée vague, pénible, divagante. Il la désarmait bien sûr, mais Jade accueillait les errements de l’Opportuniste comme ces questionnements enfantins et bêtes auxquels on ne sait que répondre. Il l’abrutissait tout au plus à grand renfort de néant. Taejoon tuait sa gravité, et elle se sentait s’enfoncer dans le sol un peu plus à chacun de ses mots. Soyons amis. Comme une explosion de joie. Il n’aurait pu trouver mieux ou pire. Elle s’arrêta pourtant, presque brusquement. Un arrêt net et inattendu. C’était dire malgré tout ce que cela remuait en son fort intérieur. Non content de vouloir choisir ce qui convenait le mieux à son délicat gosier, il leur inventait à présent une nouvelle relation ! On ne lui avait jamais rien demandé aussi abruptement ; une nouvelle bêtise. Non pire, un piège qu’il refermait habilement autour d’elle. Elle retint de justesse un hoquet de surprise ou un râle indigné. Une sangria ? De mieux en mieux ! Et ce clin d'oeil, oh qu'elle était terrible la sale tique !

« Ne décidez pas de ça tout seul ! Vous n’en faîtes vraiment qu’à votre tête. » Somme toute, le sujet le rendait trop enthousiaste. Il rayonnait de cette absurdité bête dont il avait maintenant le secret, tellement que Jade était éblouie par tant de talent. A force de l’écouter, Jade sentait ses paupières se rétrécir. Mais croire que ce serait tout, qu’elle ne trouverait rien à dire ? Ce serait souvent le cas. Jade ne faisait après tout pas la chasse aux mots, et le silence parfois valait mieux que mille discours. Pourtant, elle savait bien comment se dégager de l’étreinte de son saint goujat. Et d’une pirouette, elle se défit des liens sacrés de l’amitié qui promettaient de l’amarrer à jamais à ce coquin de Taejoon. « Et puis, je ne peux pas être votre amie et votre étrangère préférée à la fois. Décidez-vous une fois pour toute. »

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le Lun 11 Sep 2017 - 22:28
« Se positionnant devant Jade, Taejoon s’était arrêté, la forçant à faire de même. N’en avait-elle pas marre ? D’être exaspérée, de marcher si vite : de les éloigner de leur point de rendez-vous. C’était comme si elle se précipitait chez elle, se fichant qu’il la suive ou non, prête à lui claquer la porte au nez si besoin. Elle semblait avoir besoin, oui, de mettre de la distance entre eux, d’ériger un mur et d’enfin loin de lui respirer un peu (beaucoup).

Mais Taejoon lui ne voulait pas.
Et la surplombant de sa hauteur, tout proche d’elle, il lui avait chuchoté doucement, le visage baissé vers le sien vous dites n’importe quoi. Ne le lui avait-elle pas dit de même, un jour ? Il ne se rappelait pas exactement du terme ou de la situation mais trouvait que la phrase lui allait bien. Il imaginait sans peine sa chère amie la lui servir, l’air sévère.

Lui rendait le tout narquois, provoquant : taquin. Il y avait oui un petit sourire insolent sur ses lèvres et un air de défi dans son regard. Taejoon jouait et mi-sérieux mi-gentil il avait quitté son rôle que trop exubérant pour quelque chose de plus posé, réfléchi. Et à qui la faute ? Alors que c’était elle, oui, elle la grande coupable l’ayant piégé ! « Après tout, Jade, il y a de ces amis qui ne cessent de nous surprendre. » S’il l’aurait pu, il se serait rapproché d’elle, se serait baissé jusqu’à son oreille pour lui chuchoter la suite : « Il y a de ces amitiés floues, de ces relations qu’on ne saisit jamais tout à fait. » Et restant à une distance respectable, se retenant de franchir cette limite, il avait conclu, quelque peu triomphant : « Ne puis-je donc pas choisir les deux ? Car c’est ce que je chois, Jade  — les deux. »

Elle le traiterait d’égoïste, le traiterait de goujat. Elle s’énerverait ou peut-être n’en aurait pas la force. L’idée le faisait rire mais gardant son sérieux, il avait poursuivi de sa voix grave : « Vous êtes mon amie, Jade, mais je ne vous connais pas. » S’éloignant il avait levé les mains en l’air, haussant les épaules et brisant l’instant, devenant plus blagueur que moqueur. Il y avait de la légèreté, oui, dans son soudain : « Et la plupart des amitiés sont comme ça : on se sait un peu, mais on ne se connait pas. »

Quoique ce quelque chose d’un peu lourd, d’un peu vrai.
D’un peu eux, à présent.
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le Lun 18 Sep 2017 - 21:45

Il y a parfois des attitudes qui nous échappent. Et pourquoi ces mots plus que les autres ? Fallait-il absolument une raison, car je n’en avais pas. Le comportement de Taejoon m’échappait, et bien sûr que je devais m’enfuir, qu’il ne me restait que cette seule option, cette seule certitude. Elle s’était imposée dans mon esprit depuis le départ, mais je flânais sans doute, mais je ne pouvais m’empêcher de répondre, de l’agresser comme il pouvait m’agresser. Mais c’était la poudre qui se fumait sur le chemin jusqu’à enfin, atteindre la mèche. Mon crâne gonflait. Mais je ne m’agaçais plus, mais je ne le regardais plus comme cet enquiquineur qu’il ne cessait plus d’être. Il ne me laissait pas beaucoup de patience. Et l’agacement avait laissé place à la colère. Je sentais. Je sentais qu’il ne m’exaspérait plus juste. Tout était parti d’une phrase, prononcée bien sûr dans cet échange un peu sourd, obsédé, têtu. Les poings fermés, une nouvelle lueur dans le regard, plus étrécie, moins grave mais bien plus hargneuse, je devenais irascible. Soudain, un ressentiment aigre m’envahissait comme des bouffées de chaleur en plein été. Je me fâchais. Comme ces gens timides toutefois, je ne partais pas dans ces grands éclats de voix, et ma fougue ne perçait bien les pores de ma peau que par la légère teinte rouge qui pigmentait mes joues. Je n’éclatais pas. Mais je bouillonnais, compressée dans ma réserve comme un morceau de viande sous pression dans une cocotte ! Taejoon se tenait là, imposé et imposant. Et il y avait là quelque chose de contrariant, de fâcheux, d’incommode dans cette proximité, son visage proche du mien, et si narquois, si vilain ! Je ne pouvais imaginer pire limite à franchir ; il me semblait déjà que c’était trop. J’aimais les voix graves, pour le sensuel qu’elles dégageaient. Mais la voix de Taejoon n’en évoquait aucune : cela je le lui refusais. Il s’était reculé enfin, je ne m’en étais pas sentie soulagée pourtant, non il y avait un temps de déjà trop passé pour cela. Je restais plantée là, à regarder ce Taejoon si trop présent, si trop écrasant. Bras croisés. Et je l'abandonnais de la pire façon que je connaissais, par la pensée, par le dialogue, par la voix. Emmurée. Non.

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