« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

Forum urbain sf/historique avec paradoxes temporels
Avatars manga/illustrés, taille 200x320px - Forum tout public
Aucune limite de lignes ou de mots - Aucune condition d'activité
Lire le contexte

Partagez
Voir le sujet précédentVoir le sujet suivant

pop corn. (wilhelm) [Terminé]

avatar
Aces

il était un de ces monstres qui sommeillent dans vos placards d'enfance. un homme brisé par l'existence, qui s'était réfugié dans un personnage pour annihiler ses souffrances. et pour seung joo, le temps passa. c'est désormais un garçon capable de s'adapter, et qui de plus en plus s'adoucit. la violence qui l'environne s'apaise progressivement. bientôt, croit-il, il trouvera l'équilibre qui lui offrira la clé du bonheur.
Nom de code : trauma (+ sneug pour ceux qui ne savent pas prononcer son prénom)
Avatar : kaneki ken

Messages : 1207
Messages rp : 130
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Jeu 10 Mar 2016 - 22:18

Seung Joo

Imperfection is true perfection.
Pour ceux qui n'ont pas les moyens, se payer une séance de cinéma est un luxe que l'on ne peut se permettre que de façon occasionnelle. Le salaire de Seung Joo n'est pas connu pour être particulièrement élevé, et même s'il travaille dans le secteur de la fausse monnaie, se servir dans sa caisse n'est pas forcément bien vu. Il est un peu semblable à ces employés de banque qui parlent d'argent à longueur de journée, manipulent parfois des espèces, mais n'en voient jamais vraiment la couleur, car toutes ces sommes ne sont pas les leurs. Non que cela le dérange, Seung Joo. Il y a d'autres choses plus importantes dans sa vie - comme cette lutte perpétuelle contre lui-même. Mais s'accorder le privilège d'un film une fois dans sa vie, c'est une pause dont, sans doute, le jeune homme a besoin. Parce que lui aussi a le droit de faire comme les riches et de passer du temps rien qu'à lui et à claquer son fric, merci bien.
Sauf qu'arrivé devant le cinéma, après avoir payé son ticket et attendu patiemment que l'on puisse entrer dans la salle, Seung Joo ne s'attendait pas vraiment à ce qu'un employé vienne tout à coup leur annoncer que le film est purement et simplement annulé en raison de problèmes techniques. Pourtant, c'est bien ce qui se produit ; et à tous les coups, ce problème technique est une question de fusillade ou tout autre problème interne à la diaspora possédant les lieux. Seung Joo ne devrait d'ailleurs pas trop s'attarder ; aucune règle ne l'interdit d'aller au cinéma géré par les gangsters, toutefois cela reste assez mal vu auprès des échelons supérieurs. Cependant, là n'est pas vraiment la question : ce qui dérange vraiment Seung Joo, c'est que cette séance ne sera pas remboursée, et qu'il ne pourra pas voir ce film avant un bon moment.
Et quand Seung Joo s'énerve, Trauma n'est jamais loin.
Devant l'entrée du cinéma, le Coréen commence à donner de violents coups de pied dans le mur, renversant également une plante verte dont le pot se brise, répandant du terreau sur le dallage impeccable du hall. C'est plus fort que lui, cela le prend sans qu'il puisse y faire quoique ce soit ; il a remarqué qu'il manquait de contrôle quand il commençait à user de la violence, c'est pourquoi il préfère s'en abstenir, habituellement. Mais il n'y peut rien, là, il se sent glisser, progressivement, et tomber dans ce cercle vicieux et...
La vision d'un homme l'observant avec ce qui semble être du dédain le coupe net dans son élan.
Seung Joo le regarde en retour d'un air agressif. Même s'il a plus l'air d'un petit roquet qu'autre chose. Toutefois, quelque chose lui déplaît chez cet homme. Il sent le bourgeois, celui qui campe dans ses positions et regarde de haut les petites gens comme lui. Et Seung Joo ne peut s'empêcher de lui demander sèchement :
« Qu'est-ce vous regardez ? »
Il espère lui faire détourner le regard, le confondre en excuses ou simplement qu'il arrête de l'observer. Les poings toujours tremblants, le Coréen ne sait pas s'il ne va pas rechuter. Il est à la limite, là, il le sent : à la limite de sa maîtrise, à la limite de lui-même.
avatar
BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
Nom de code : //
Avatar : Ginoza Nobuchika

Messages : 329
Messages rp : 59
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Sam 12 Mar 2016 - 21:25
C’était une vision assez rare que celle de Wilhelm König dans le quartier de Kingslaugh. Celui-ci étant contrôlé par le groupe des gangsters, il n’était pas exactement réputé pour son calme ; tout le contraire de Saint-Juré où se trouvait le domicile principal de l’autrichien. Il ne s’y sentait guère à l’aise. Paranoïa ou non, le sentiment d’être une cible parfaite l’avait envahi sitôt qu’il avait posé son pied chaussé de cuir dans le quartier. Il détonnait, c’était évident. Et c’était bien pour cela qu’il avançait vite, le regard fixé devant lui et pas ailleurs, tâchant de ne pas attirer l’attention sur lui plus que nécessaire.  Mais pourquoi se trouvait-il donc à Kingslaugh ? Pour le seul avantage du lieu, de toute évidence : le cinéma. Quand bien même Wilhelm vivait-il à Pallatine depuis maintenant trois ans, il ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller devant les innovations technologiques, et ce, dans tous les domaines ; dans le cas présent, le cinéma. Quel changement par rapport aux films de son époque..La qualité était tellement différente que cela en était presque effrayant. Et s’il n’y avait que cela. Le pire étant qu’il avait entendu, un jour, un membre de sa diaspora parler de son époque - pendant laquelle des personnes appelées astronautes avaient posé le pied sur la Lune. Un exploit incroyable pour l’autrichien, qui s’était soudain senti très vieux, presque une relique d’un autre temps.

Mais là n’était pas la question. Les choses avaient changé ; seul comptait maintenant le présent, et son but d’aller se détendre au cinéma devant un film qu’il espérait bon. Seulement, rien ne se passe jamais comme prévu, n’est-ce-pas ? Quelle naïveté de croire qu’il pouvait passer une soirée calme dans Kingslaugh ; c’en était presque utopique.  Le film était annulé pour cause de problèmes techniques. Expression toute faite, fort commode, mais qui avait le mérite de lui faire grincer des dents. Évidemment, cela devait être le destin ; pour une fois qu’il voulait prendre un peu de temps pour se détendre en semaine, il fallait que quelque chose arrive, comme pour lui souligner l’incongruité de la chose et lui faire comprendre que c’était une très mauvaise idée. Et pourtant, il sentait la frustration monter en lui. C’était bien la peine d’avoir fait tout ce chemin pour que cela finisse de cette façon ! Ah vraiment, il aurait du s’en douter, qu’il ne pouvait s’attendre à rien de bien venant d’un établissement situé dans un quartier Gangster !

Et comme si tout cela ne suffisait pas, un bruit de céramique brisé attira son attention ; son regard se tourna dans cette direction, lui permettant de découvrir un jeune -plus que lui, c’était évident- en train de donner des coups de pieds contre un mur. Quel manque de contrôle de soi, vraiment. S’il avait du agir de la sorte pour chaque contrariété qu’il avait eue... non, cela ne valait pas la peine d’aller jusqu’au bout de son idée.

« Qu'est-ce vous regardez ? » lui lança l'autre d'un ton passablement agressif.

Un enfant en train de faire son caprice, eut-il envie de répondre. C’était exactement ce à quoi le jeune homme lui faisait penser ; à  un de ces enfants qui se jettent à plat ventre pour frapper le sol de leurs petits poings.

«Une personne ayant certains soucis de contrôle de soi-même, visiblement.»répliqua-t-il d’un ton neutre, mais néanmoins en prenant le temps de parler lentement. Son rude accent autrichien posait souvent des problèmes de compréhension après tout, malgré ses efforts pour acquérir un anglais un tant soit peu correct... « Reprenez-vous, vous êtes en public. De plus, attirer l’attention comme ça n’est pas judicieux ; nous ne sommes pas vraiment dans un quartier sûr, vous savez.»

Il reconnaissait ce regard que le jeune homme portait sur lui. Tu pues le bourgeois, tu pues le fric. semblait-il dire. Peut-être était-ce la malédiction personnelle de Wilhelm, au fond ; malgré tous ses efforts pour se fondre dans la masse, il ne pouvait nier d’où il venait ; les habitudes étaient trop dures à perdre. Il savait cependant que ployer sous ce regard accusateur ne ferait que trop plaisir à son interlocuteur (sans compter que sa fierté lui interdisait de détourner le regard) ; aussi se redressa-t-il imperceptiblement, fixant toujours le jeune homme.
avatar
Aces

il était un de ces monstres qui sommeillent dans vos placards d'enfance. un homme brisé par l'existence, qui s'était réfugié dans un personnage pour annihiler ses souffrances. et pour seung joo, le temps passa. c'est désormais un garçon capable de s'adapter, et qui de plus en plus s'adoucit. la violence qui l'environne s'apaise progressivement. bientôt, croit-il, il trouvera l'équilibre qui lui offrira la clé du bonheur.
Nom de code : trauma (+ sneug pour ceux qui ne savent pas prononcer son prénom)
Avatar : kaneki ken

Messages : 1207
Messages rp : 130
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Dim 13 Mar 2016 - 15:41

Seung Joo

Imperfection is true perfection.
C'est la perspective d'être surpris en plein acte qui retient les poings de Seung Joo, qui le ramène progressivement vers le civisme. La colère ne baisse pas, elle : ce feu continue d'être alimenté par la frustration, et il ne saurait s'éteindre sous prétexte que des yeux se posent sur lui. Tout au plus parvient-il à le réduire un tant soit peu, de façon à rendre sa colère contrôlable. Tant qu'il peut réfréner ces pulsions rouges qui lui donnent envie de tout détruire, il peut intérioriser sa fureur et se conduire à peu près correctement. Il n'est pas Trauma, en cet instant ; il ne se donne pas l'autorisation de se libérer. Alors il se contient, tant bien que mal.
Mais il ne veut pas du regard méprisant qui se pose sur lui. Il a l'impression d'être un plouc, à côté de cet homme trop bien habillé, trop poli - il pue la richesse, et c'est fou comme ça l'ennuie, Seung Joo, que les gens puissent aussi bien rendre alors qu'il est obligé de se tuer à la tâche pour avoir l'air bien ; pas facile avec un œil en moins, que comme à l'accoutumée, il a couvert d'un bandage, mais qui continue de briller par son absence, et qui gêne souvent les autres, qui n'aiment guère voir un mutilé, car c'est ainsi qu'on le considère. Le Coréen n'a donc pas envie d'entendre ses mots qui pourtant sont vrais, pas de sa part en tout cas.
Alors non, Seung Joo ne peut pas totalement se calmer.
C'est ainsi que le croupier se rapproche de l'inconnu et l'empoigne par le col. Son unique œil brille d'une lueur colérique et à moitié lucide. Trauma n'est pas loin, Trauma rôde sous la surface.
« Alors discutons-en en privé, voulez-vous ? » : siffle le jeune homme en regardant le plus âgé droit dans les yeux.
Le tirant un peu, mais sans faire usage de trop de fort, Seung Joo essaie de l'attirer dans un coin un peu plus discret du hall, où nul ne pourra les voir. Sauf d'éventuelles caméras de sécurité, mais elles sont le dernier de ses soucis en ce moment. Ce qui est un tort. Il est en territoire ennemi, et il le sait. Toutefois, cette précaution lui passe complètement par dessus la tête. Tout ce qui compte, à ses yeux, c'est désormais de refermer le caquet de cet individu bien bavard, qui a l'air de se croire au dessus des autres.
« Si on n'est pas dans un quartier sûr, alors pourquoi vous vous mêlez de ce qui ne vous regarde pas ? »
Si Seung Joo pensait avoir un accent prononcé, ce n'est rien en comparaison de cet homme, qui semble maîtriser la construction de la langue mais bien moins la prononciation. A son accent, il semble être allemand - ou quelque chose dans le genre, mais Seung Joo reconnaît surtout cette façon de parler qui lui évoque sa jeunesse, et les cours d'allemand imposés par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale. Il en a conservé quelques mots, comme un « Guten Tag » qui n'a rien à faire dans la conversation. Voilà qui ne peut qu'alimenter le feu de sa rage. Il ne déteste pas particulier les Allemands, mais lui pense à leur alliance avec le peuple qu'il honnit plus que tout, et ne parvient pas à se défaire de cette idée qu'il s'agit d'ennemis. L'ennemi, c'est celui qui vous empêche d'être vous-même, qui vous brime en vous obligeant à vous comporter comme eux. S'il a envie d'être colérique, il le sera, Seung Joo. Sinon, il ne va pas se laisser faire par un Allemand trop bien pensant pour son propre bien.
avatar
BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
Nom de code : //
Avatar : Ginoza Nobuchika

Messages : 329
Messages rp : 59
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Dim 13 Mar 2016 - 23:14
Il aurait du s’en douter.

Il aurait du se douter que cela finirait en altercation. Ou peut-être pas au fond. Habituellement, quand une personne en surprenait une autre dans une telle situation, un simple échange de regards, si éloquent soit-il, suffisait pour que l’incident soit clos. Il ne s’était pas vraiment attendu à se faire sauter à la gorge de cette façon. Quoique, en voyant le potentiel agressif du jeune homme, il aurait du au moins songer à cette éventualité. Mais tout s’était passé si vite. Son regard avait été attiré par le fauteur de troubles, il l’avait à peine fixé un instant, et voilà comment tout cela se terminait. Une bonne soirée, vraiment. Ce n’était pas exactement le genre de divertissement qu’il était venu chercher dans le quartier - loin de là.  Surtout pas quand le plus petit lui attrapait le col pour l’entraîner ailleurs. Il aurait pu se débattre, voire le repousser. Il aurait pu.  Sauf que répondre à la violence par la violence n’était pas une solution. Ce n’était pas honorable. Ni digne de lui. Et surtout ; il avait encore la situation en main. Il ne se faisait pas encore agresser, ni menacer. Ce n’était qu’une main au col.

«Outre le fait qu’il aurait été assez  difficile de ne pas vous voir ou vous entendre ? »Simple question rhétorique, mais qui condensait tant bien que mal ce que Wilhelm avait ressenti en voyant son interlocuteur se fâcher de cette façon. Il détestait les gens qui faisaient tellement d’histoires pour une contrariété, et se donnaient en spectacle. C’était tellement contraire à la façon dont l’autrichien avait été élevé que cela provoquait toujours cette réaction chez lui : celle, au fond, d’un bien-pensant. Il avait beau essayer de se corriger, d’essayer d’être plus compréhensif, rien n’y faisait. «J’aimerai mieux éviter de me trouver sur la trajectoire d’une balle perdue provenant de l’arme de l’un des habitants de ce charmant quartier. Ou même n'importe quelle personne se trouvant encore dans ce hall soit blessée, aussi bien. »

Constatation presque évidente pour lui. Il ne voulait pas pâtir des erreurs qu’un autre aurait fait. Quitte à mourir, autant mourir pour une cause qui en valait la peine, pas pour une raison aussi futile qu’une annulation de séance de cinéma.

«Maintenant, si vous voulez bien  me lâcher.» Son regard s’était fait plus dur, plus froid. Il était encore calme, naturellement. Pour le moment. Il ne voulait pas se montrer désagréable  -ce n’était pas dans ses manières-, mais si le jeune homme continuait ainsi, il allait finir par perdre un peu son flegme et son sang-froid légendaire. Cela faisait bien plusieurs minutes qu’il se faisait agripper au col ; sa patience avait des limites.
avatar
Aces

il était un de ces monstres qui sommeillent dans vos placards d'enfance. un homme brisé par l'existence, qui s'était réfugié dans un personnage pour annihiler ses souffrances. et pour seung joo, le temps passa. c'est désormais un garçon capable de s'adapter, et qui de plus en plus s'adoucit. la violence qui l'environne s'apaise progressivement. bientôt, croit-il, il trouvera l'équilibre qui lui offrira la clé du bonheur.
Nom de code : trauma (+ sneug pour ceux qui ne savent pas prononcer son prénom)
Avatar : kaneki ken

Messages : 1207
Messages rp : 130
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Mar 15 Mar 2016 - 19:49

Seung Joo

Imperfection is true perfection.
Certaines mauvaises langues diront que Seung Joo est un homme haineux, qui déteste tout ce qui ne va pas dans son sens et qui joue à être doux et aimable. Ces langues-là n'auraient pas tout à fait tort : le poids de la haine qui sommeille en lui est si lourd qu'il menace de le déchirer à tout instant. Il en faut, du courage, pour faire taire cette voix criarde, pour briser la déferlante qui menace de le submerger. Mais cela, un inconnu bien habillé ne saurait le comprendre, et ne voit très certainement que la haine immense qui s'efforce de le détruire. Il ne lui viendrait pas à l'esprit de tendre la main au Coréen, non. Comme tout le monde, il s'arrête à la colère et ne cherche pas à en savoir plus. Bien sûr, Seung Joo doit nécessairement être un jeune homme mal élevé ; en plus, son père était un auteur, pensez-vous, de la mauvaise graine, ces gens-là - combien de fois l'a-t-il entendu, sans rien répondre malgré l'envie, parce qu'il était de notoriété publique que son père était un rebelle et qu'il pouvait difficilement contredire son envie de tout remettre en cause ?
A présent, la seule solution, c'est l'attaque. Il ne sera de toute façon jamais ami avec un type qui parle allemand, trop de mauvais souvenirs. Et pour le coup, Seung Joo a envie de lui répondre que quand on veut, on peut. Tout le monde dans cette ville sait parfaitement détourner les regards quand cela s'avère nécessaire. Lorsque l'on est témoin d'un crime, on tourne la tête et on oublie. Tout le monde le fait. Tout le monde. Les autres ne lui prêtaient pas attention, même s'il les gênait sans doute ; ils auraient eu trop peur de se prendre un coup (bien mérité). Mais pas cet homme qui semble si imbu de lui-même, si sûr de ce qu'il raconte. Seung Joo le déteste pour ce qu'il est. Parce qu'il prétend faire preuve de prudence alors que non, tout ce qu'il veut, c'est l'ennuyer.
« Bien sûr, rétorque Seung Joo, ironique. J'aimerais cependant bien savoir quel est le rapport entre une balle perdue et moi. »
Oh, il y en aurait sans doute un, si on réfléchit. Peut-être quelqu'un s'efforcerait-il de lui tirer dessus pour le faire taire. C'est au moins une attitude que Seung Joo comprend, même s'il tend à la réprouver en temps normal. Cela fait cependant partie de l'attitude habituelle des habitants de cette ville, et en cela, ça n'a rien de choquant. Toutefois, qu'on le regarde de travers et qu'on lui fasse une réflexion... Là, ça passe tout de suite moins bien.
Il a beau essayé de se raccrocher à sa lucidité, c'est très dur.
Il lâche cependant le col de l'homme, non sans prendre le temps de s'essuyer longuement la main sur son propre manteau au passage, uniquement pour l'énerver. Souvent, lorsqu'il sort, ses mains sont teintées d'ombres et de lumières artificiellement plaquées sur sa peau. Elles sont curieusement lisses et normales aujourd'hui, ce qui constitue un bon point pour lui. Rien ne peut être fait pour son œil, en revanche.
« Si vous avez si peur d'une balle perdue, vous êtes stupides. Même les propriétaires des lieux sont assez intelligents pour savoir qu'il vaut mieux éviter tout conflit à proximité d'une importante source de revenus. Vous ne trouverez sans doute pas lieu plus sûr que le cinéma. »
Tout en sous-entendant que les gangsters tendent à être idiots - certes non, mais tout est bon pour mépriser l'ennemi, n'est-ce-pas ? -, Seung Joo vient de faire remarquer à l'autre homme que non, une balle perdue dans le coin du cinéma, ce n'est pas ce qu'il y a de plus probable. Quelques rues plus loin, pourquoi pas. Mais c'est comme le casino dans lequel il travaille : la sécurité est renforcée dans les environs, afin d'éviter que les clients ne soient en danger et que des individus dangereux ne s'en approchent. Mais bien sûr, ce type-là doit appartenir à un autre groupe, sinon il le saurait...
avatar
BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
Nom de code : //
Avatar : Ginoza Nobuchika

Messages : 329
Messages rp : 59
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Dim 20 Mar 2016 - 22:18
La situation commençait à devenir franchement irréaliste, voire du plus du grand ridicule. Comment avait-il fait pour en arriver là ? Il ne savait plus, franchement. Tout ce qu’il savait, c’était qu’une certaine forme d’impatience s’était installée en lui. Et d’agacement aussi. Il était, après, tout simplement, en train de se faire agripper au col par un jeune homme au potentiel agressif de bouledogue. Sa soirée calme semblait légèrement compromise. Et dire qu’il avait hésité à venir assister à la séance de ce soir ; il aurait mieux fait de s’abstenir et de rester chez lui. Cela lui apprendrait. Pour un temps. Mais il n’était pas un soir où il serait intéressé par un film à l’affiche ; il était ce soir où le film avait justement été annulé. Et où cette rencontre passablement désagréable avait lieu. Si habitué à réprimer ce qu’il ressentait, portant presque un masque, Wilhelm ne répondit pas à la question de son interlocuteur, lancée en l’air comme une provocation. Cherchez un peu, semblait dire son attitude mi-flegmatique mi-provocante malgré lui. S’il avait besoin d’aide pour comprendre le rapport -pourtant évident- entre une balle perdue et lui, eh bien, tant pis.  

Son regard pourtant, semblait se durcir davantage lorsqu’il vit le jeune homme s’essuyer les mains sur son propre manteau. Ainsi pour lui, il était sale, corrompu ? Tant pis pour lui. Il n’avait pas à rougir d’avoir réussi à atteindre une confortable aisance financière ; tout en se rendant hélas compte que si l’inconnu l’avait vu pendant ses années de difficulté financière, où Wilhelm ne savait même pas ce qu’il allait manger le lendemain (ou même s’il allait pouvoir manger le lendemain, plus simplement), portant des vêtements usés jusqu’à la corde (notamment un vieux manteau râpé et même un peu rapiécé), il l’aurait sans doute trouvé bien plus sympathique. Pourquoi ce mépris de la richesse ? A cause, sans doute, du côté si conformiste des bourgeois -dont il faisait partie quoiqu’il en puisse en dire. Il s’était rembourgeoisé si facilement, se glissant dans ce moule comme s’il avait fait ça toute sa vie - et pour cause. Et devant ce regard accusateur, il en venait presque à se demander s’il avait fait le bon choix en acceptant la proposition de sa diaspora ; s’il n’aurait pas mieux fait de prendre un poste qui engrangeait moins bien de revenus, plus au contact du monde.  Le Wilhelm de ses années écrivain pauvre le regardait presque en fronçant les sourcils, les bras croisés. Etait-ce encore lui, cet homme moralisateur ? Ne s’ était-il pas trahi, trahissant ses valeurs par la même occasion ? Il était bien loin, celui qui avait quitté la maison familiale en maugréant contre sa classe sociale, la maudissant même ; il avait replongé dans ce milieu comme s’il n’attendait que cela...

En cet instant, il haït ce jeune homme qui lui faisait regretter les choix qu’il avait faits. Il remettait en cause tout ce qu’il avait construit pendant les trois dernières années, la façon dont il menait sa vie ; c’était plus qu’il ne pouvait supporter.

Le masque commençait à se craqueler.

Mais il ne pouvait pas craquer, pas maintenant. Pas question que l’autre voit qu’il avait réussi à semer le trouble dans son esprit. Surtout à présent qu’il venait de l’insulter.

Et pourtant ses poings se serraient malgré lui, alors qu’il s’exhortait au calme.

«Les insultes ne vous mèneront à rien », lança-t-il un peu plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu, signe de sa confusion croissante. Calme-toi Wilhelm, calme-toi. «Pas plus que vos commentaires de petit je-sais-tout. »

Ironie et hypocrisie quand tu nous tiens.

Il prit ensuite une grande inspiration, se pinçant l’arête du nez pour se calmer.

«Pardon pour cet éclat. Ce n’était pas...correct. »Il lui en coûtait de l’admettre qu’il s’était légèrement laissé emporter, mais force était de constater que c’était bien le cas. «Il est inutile de se disputer pour si peu, dans tous les cas. »

Il tentait de calmer le jeu, comme il le pouvait. Étrange ou non, un mauvais pressentiment commençait à l’assaillir, et il n’aimait pas vraiment cela.
avatar
Aces

il était un de ces monstres qui sommeillent dans vos placards d'enfance. un homme brisé par l'existence, qui s'était réfugié dans un personnage pour annihiler ses souffrances. et pour seung joo, le temps passa. c'est désormais un garçon capable de s'adapter, et qui de plus en plus s'adoucit. la violence qui l'environne s'apaise progressivement. bientôt, croit-il, il trouvera l'équilibre qui lui offrira la clé du bonheur.
Nom de code : trauma (+ sneug pour ceux qui ne savent pas prononcer son prénom)
Avatar : kaneki ken

Messages : 1207
Messages rp : 130
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 21 Mar 2016 - 21:06

Seung Joo

Imperfection is true perfection.
Garder son calme et s'efforcer de tranquillement face à l'autre imbécile - une épreuve très difficile pour quelqu'un pour qui la maîtrise de soi est une qualité rare et difficile à obtenir. Essayer de lui asséner l'évidence est sans doute le meilleur choix que pouvait faire le Coréen, compte tenu de sa personnalité, de ses capacités rhétoriques et de ses possibilités. En fait, c'est peut-être même l'une des répliques les plus intelligentes qu'il aurait pu sortir - à supposer qu'il n'eût pas abusé de la raillerie qui déformait sa voix. Seung Joo ne sait pas parler : il crache, il aboie, et même lorsque ce qu'il dit est censé, le ton calme n'en est pas vraiment un, on ressent comme une once d'agression dans sa voix. Sans doute se sent-il en danger face à cet homme qui a pris l'avantage en l'amenant sur le terrain de la discussion. Seung Joo est bon rhéteur. Dans sa propre langue. Il maîtrise l'anglais, mais l'anglais du quotidien, le langage des affaires, le vocabulaire monétaire en particulier. Et sans doute serait-il impressionnant d'étaler toutes ces connaissances devant l'Allemand (il peut bien avoir une autre nationalité, mais le Coréen s'en fiche complètement), toutefois, cela ne l'aiderait nullement à emporter cette joute.
Car son interlocuteur souligne tout de suite la faiblesse de son argumentation : l'utilisation d'insultes ruine complètement sa crédibilité, il a bien raison. Seung Joo n'use que d'arguments fallacieux, et pour gagner l'autre à sa cause, il compte essentiellement sur la force de sa colère et une voix haute. Sauf que cela ne fonctionne pas face à ce bourgeois trop malin. Seung Joo serre les dents, retenant l'envie subite de lui envoyer un de ses poings en pleine figure. S'il pouvait se le permettre, il le ferait. Franchement. Et s'il portait un masque, il l'aurait déjà fait depuis longtemps. Mais voilà, le Coréen veut croire qu'il vaut mieux que cela. Il veut se prouver qu'il est capable de résister à l'appel de l'ire, qu'il peut garder le contrôle de ses actes en toutes circonstances. Il veut montrer au monde entier qu'il sait être un homme bien, comme l'était son père.
Observant l'homme se pincer le nez - quel drôle de réflexe -, Seung Joo reprend subitement confiance. c'est ce genre de tic qui lui indique (du moins le croit-il) que son interlocuteur a besoin de se donner du courage, ou de juguler son flot de paroles. Bref, qu'il n'est pas aussi à l'aise qu'il veut le prétendre. Et un sourire illumine tout à coup le visage du Coréen, là où auparavant la fureur déformait ses traits. Il est plus beau ainsi, Seung Joo ; avec cette innocence, il fait aussi plus jeune. Et il croit vraiment l'emporter quand l'autre homme lui présente des excuses.
Les excuses, c'est pour les faibles.
Quand on sait que l'on a tort, ou que l'autre est trop fort.
Soudain très fier de lui, Seung Joo s'approche de l'autre homme et lui tapote gentiment l'épaule. Le geste, bien sûr, est cependant condescendant ; il est l'expression d'un sentiment de victoire qui vous pousse à faire preuve de miséricorde vis-à-vis du vaincu. Ce qui convient parfaitement au jeune homme. Car il sait que Trauma ne se comporte pas ainsi : Trauma ne laisse personne en vie. A part Knut - mais c'est différent, bien sûr, car cette rivalité-là est trop forte pour s'achever si facilement. Trauma l'achèverait, tout simplement. C'est dans ces moments-là que Seung Joo nie l'évidence. Qu'il refuse d'admettre que c'est lui, cette part d'ombre qui sommeille en lui.
« Vous voyez. Ce n'était pas si difficile d'admettre que vous avez tort. »
Ah, bravo, Seung Joo. L'homme s'efforce d'apaiser vos tensions, et toi, tu ne peux t'empêcher d'insister sur le fait que tu n'es pas en tort, hein ? Le Coréen n'aime décidément pas admettre ses erreurs. Voilà qui apaise au moins sa rage, et le rend plus... normal. C'est avec une véritable tranquillité dans le timbre, cette fois, que Seung Joo continue :
« Faîtes attention. Moi, je suis quelqu'un de bien, je lâche facilement l'affaire. Mais ces types-là, ils sont pires que moi. Un jour, vous allez vous retrouver six pieds sous terre. »
Ce n'est pas vraiment un conseil que le faux-monnayeur donne, quand bien même cela en a l'allure. Il ne conseillerait jamais un tel idiot qui ne semble pas comprendre que l'on ne met pas son nez dans les affaires des autres : il semble condamné à mal finir, ce serait dépenser de l'énergie pour rien. C'est plutôt une menace. Seung Joo aurait pu faire pire. Ses semblables le feront.
Et les gens comme Trauma, naturellement.
avatar
BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
Nom de code : //
Avatar : Ginoza Nobuchika

Messages : 329
Messages rp : 59
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Jeu 31 Mar 2016 - 14:08
Donnerswetter. Trois fois Donnerswetter même.  Rarement il s'était senti aussi humilié qu'en cet instant, alors que le gamin lui touchait l'épaule en lui parlant d'un ton paternaliste. Il n'avait compris que ce qui l'arrangeait, celui -là ; il croyait qu'il s'excusait de l'avoir regardé tout à l'heure. C'était là  une attitude typique des gens bornés, étroits d'esprit, persuadés d'avoir raison ; une facilité langagière honteuse, faite de façon éhontée. S'il avait un peu réfléchi, il aurait compris ; mais la réflexion  ne semblait pas le fort de la personne en face de lui. Il semblait fonctionner à l'instinct, boule de nerfs, d'agressivité pure et de pulsions de violence. L'incarnation-même de ce que Freud aurait appelé le Es en allemand, l'Id en latin, le ça dans les autres langues ; alors que Wilhelm lui-même était le Überich, le Superego, le surmoi. En l'apparence, deux entités opposées à l'extrême ;  mais qui se ressemblaient d'une certaine façon. Les deux étaient un ensemble de traits de caractères poussés à leur paroxysme après tout. Et surtout, les deux hommes ne pouvaient pas facilement se mêler à la société ; pour la même raison.Conséquence, l'entente était impossible entre eux, et le serait probablement toujours. Chacun poussé dans ses retranchements, s'agrippant à ses convictions, la discussion n'avançait pas.

«Vous n'avez pas compris. Je vous demandais pardon de vous avoir traité de petit je-sais-tout ; c'était une erreur de m'être laissé ainsi emporter.  En venir à des arguments ad personam, c'est presque le signe qu'on a perdu ; parce que l'on rejette la raison et la capacité à argumenter,  pour se comporter comme un animal et attaquer l'autre. Ce qui n'est définitivement pas une attitude digne d'un être humain. C'est honteux. »

Voilà sa manière de remettre le jeune coq à sa place ; il l'avait qualifié de stupide après tout.

Et en réfléchissant ainsi à haute  voix, il lui semblait reprendre confiance en lui. Rien de tel qu'une activité habituelle - raisonner- pour oublier ce que la situation pouvait avoir d'inhabituel. Son ton n'était plus aussi hésitant, pour reprendre une espèce de froideur neutre et polaire.  Presque plus insultante que le faux air magnanime de l'autre, indécente sur le visage de quelqu'un d'aussi jeune.

«Et prendre un ton paternaliste n'est pas non plus une bonne attitude ; c'est extrêmement insultant pour son interlocuteur.» Il en savait quelque chose, lui le bourgeois de Vienne, lui le fils d'industriel, celui à qui on avait répété très tôt qu'il était fait d'une autre espèce que le bas-peuple. Mais il n'oubliait pas que toutes ces imbécillités, il leur avait tourné le dos en se lançant dans une carrière littéraire. L'élite, c'était ceux qui pensaient bien, qui réfléchissaient bien ; pas ceux qui avaient le plus d'argent. Il avait rencontré des bourgeois bêtes à manger du foin et des  gens plus modestes remarquablement intelligents ; la preuve. Et il fallait montrer l'exemple pour que toutes les qualités qu'on recherche chez un honnête homme - et Wilhelm avait la prétention d'en être un, merci- se retrouvent chez la majorité. Moralité, prendre quelqu'un un ton condescendant avec lui avait tendance à lui hérisser le poil.

«Se pourrait-il que vous vous inquiétiez pour moi, maintenant ? Quelle touchante attention.»

Il cherchait à noyer le poisson, sous un faux air de raillerie.. Il avait suffisamment d'expérience pour savoir qu'un mot n'est jamais prononcé innocemment ; qu'il pouvait signifier plus que son sens premier.En d'autres termes, que le double langage existait, et que perpétuellement, il devait analyser les dires de ses interlocuteurs. Ici..Que le jeune homme - le jeune imbécile, susurrait une voix dans son esprit- aurait pu perdre complètement l'esprit et l'attaquer. Et que le quartier n'était pas sûr ? C'était l'évidence même ; il le savait dès qu'il avait mis le pied hors de Saint-Juré.
avatar
Aces

il était un de ces monstres qui sommeillent dans vos placards d'enfance. un homme brisé par l'existence, qui s'était réfugié dans un personnage pour annihiler ses souffrances. et pour seung joo, le temps passa. c'est désormais un garçon capable de s'adapter, et qui de plus en plus s'adoucit. la violence qui l'environne s'apaise progressivement. bientôt, croit-il, il trouvera l'équilibre qui lui offrira la clé du bonheur.
Nom de code : trauma (+ sneug pour ceux qui ne savent pas prononcer son prénom)
Avatar : kaneki ken

Messages : 1207
Messages rp : 130
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 1 Avr 2016 - 18:33

Seung Joo

Imperfection is true perfection.
Seung Joo est apaisé.
Tout risque d'éruption volcanique est désormais écarté grâce à la tentative de réconciliation de l'autre homme. Du moins, le croit-il. Il a toutefois besoin que l'on le brosse dans le sens du poil, Seung Joo ; il ne saurait supporter que quelqu'un puisse avoir raison alors qu'il le surprend dans un moment qui s'apparente pour lui à une crise. En somme, l'incident est réglé, l'affaire classée, et tout le monde rentre sagement chez soi, content, n'est-ce-pas ?
Eh bien, en fait, non.
Ce n'est pas parce que son interlocuteur germanique lui a concédé une erreur qu'il est prêt à abandonner toute charge contre le pauvre Coréen. Visiblement, les années supplémentaires qu'il porte ne lui confèrent nul surcroît de maturité, à la grande déception du Coréen. Pourquoi déçu ? Tout simplement parce que son discours se fait tout à coup totalement cryptique, et qu'il n'y comprend strictement rien. Il comprend un petit mieux la critique concernant son ton, même si Seung Joo a un peu du mal avec le terme paternaliste. Il parle certes anglais couramment, mais cela ne veut pas dire qu'il en maîtrise totalement le vocabulaire, et certains termes qui ne lui sont d'aucune utilité ont à ses yeux un sens très flou. Comme paternaliste. Et comme il ne se voit pas demander à l'homme le sens réel de cet adjectif, ni ouvrir un dictionnaire qu'il n'a de toute façon pas sous la main, Seung Joo est obligé de se rendre à l'évidence.
Il est coincé.
La seule chose à laquelle il peut réagir, c'est la raillerie qui teinte sa dernière phrase, et Seung Joo n'hésite pas : il préfère commencer par là.
« Quoi ? C'est parce que je suis un petit jeune, je n'ai pas le droit de faire montre d'un peu de sollicitude ? »
Oui, lui aussi se met à utiliser des mots compliqués. Quel dommage qu'il ne puisse pas s'exprimer dans sa propre langue, il ferait sans doute des merveilles. Les gens n'ont généralement pas conscience de l'attachement profond que Seung Joo éprouve pour cette langue qui s'est refusée à lui pendant si longtemps. Même ici, à Pallatine, il ne peut l'employer à sa guise parce qu'on ne le comprend guère. Il s'en accommode cependant, car il demeure un étranger dans cette terre où nul n'est vraiment un autochtone - même les natifs ne sont pas pallatiniens.
« Et vous, avez-vous seulement songé à votre propre impolitesse ? Vous avez dû remarquer que je ne suis pas anglais, et peut-être que vous habitiez plus proche de l'Angleterre que moi des États-Unis, je n'en sais rien, mais je n'ai pas votre niveau en anglais. » (Ni en latin, d'ailleurs, cela ne fait malheureusement pas partie de ses conséquences.) « Vous allez passer pour un intello, c'est jamais bon, ici. »
Il en sait quelque chose, Seung Joo. Il a remarqué que lorsqu'on n'est pas très haut placé dans la hiérarchie, il vaut parfois mieux mettre son intelligence en veilleuse, et se contenter d'obéir aux ordres. Ce n'est déjà pas si facile, en vérité. Sa scolarité a peut-être été chaotique, mais son père lui a enseigné d'autres choses, plus fondamentales peut-être - et un amour des lettres et de la langue indéniable. Fort heureusement, cela ne vous empêche pas de paraître malléable lorsqu'on veut se servir de vous. C'est ce que recherche Seung Joo, et cela lui convient aisément.
avatar
BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
Nom de code : //
Avatar : Ginoza Nobuchika

Messages : 329
Messages rp : 59
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 8 Avr 2016 - 17:55
Wilhelm avait piégé son interlocuteur ; et il en concevait une satisfaction un peu malsaine. Il avait été humilié par ce gamin ; et à présent, il lui rendait la monnaie de sa pièce. Il l’humiliait en lui montrant à quel point son vocabulaire était limité, à quel point lui savait maîtriser la langue de Shakespeare, à quel point il parlait un anglais raffiné et recherché. Et il regrettait presque de ne pas pouvoir parler sa langue natale ; il était encore meilleur rhéteur dans la langue de Goethe, naturellement. Il ne se rendait pas compte, pourtant (ou si peu) que son langage était suranné, dépassé, obsolète ; comme lui. Presque personne ne s’exprimait plus de cette façon, à Pallatine ; la plupart des gens s’étaient adaptés, parlaient un langage plus familier, plus courant dirons-nous. Pas lui. Comme s’il avait du mal à laisser son époque derrière lui ; et peut-être était-ce vrai, d’un certain point de vue.  Son langage, sa façon d’être, son appartement dont les meubles n’eussent pas détonnés chez un antiquaire ; tout en lui criait l’Autriche qu’il avait connue, la fin de l’Empire Austro-Hongrois et les débuts de la République d’Autriche ; jusqu’à l’Anschluss. L’Autriche de son moment de gloire, auraient pu dire certaines mauvaises langues ; le fait était qu’il s’accrochait à ses souvenirs. Il arrangeait sa vie comme s’il voulait faire perdurer sa glorieuse époque. Et au fond, il cultivait son morceau d’Autriche chez lui à Saint-Juré, parce qu’il n’avait plus que cela. Parce qu’il n’était plus complètement le Wilhelm König de Vienne ; il était en train de se transformer en quelqu’un d’autre.  En un être méprisant (méprisable?) qui humiliait ceux qui avaient eu moins de chance que lui et en tirait un plaisir malsain, enfantin.  Où était-il, le Wilhelm qui essayait de se mettre au niveau de ses interlocuteurs, qui était prônait la solidarité entre les hommes ? Emmuré dans les pierres de sa villa, noyé sous sa richesse. Quelque part, ailleurs. Corrompu par Pallatine.

Et c’était reparti pour un tour. Ne pouvait-il donc pas se calmer, cet enfant furieux, incapable de contrôler ses émotions, et pour lequel il se sentait concevoir un mépris croissant ? Il l’avait presque agressé pour des sottises, avait échangé des mots durs avec lui ; Wilhelm avait tenté une réconciliation par volonté de terminer là cette rencontre désagréable et de sauver la soirée en écoutant de la musique classique, une tasse de thé à la main ; mais non, ce petit voyou s’acharnait sur lui comme un os à ronger. A croire que lui n’avait rien de mieux à faire de la soirée. Et la scène, vraiment, était du plus parfait ridicule.  Un enfant s’attaquant à un homme adulte ; il n’aurait plus manqué qu’ils se battent. Mais Wilhelm était plus intelligent que ça (et n’était pas d’ailleurs réputé pour ses talents de lutteur) ; se battre avec ses poings aurait là aussi signé sa défaite. Son arme à lui était les mots, dont il usait avec une adresse diabolique.

«Absolument pas ; l’âge n’a rien à voir avec ses questions.», répliqua-t-il. Sa voix peut-être, se faisait plus sèche ; sa patience commençait à être sérieusement entamée. «Simplement, votre sollicitude pour ma santé et ma survie paraît étrange après le début de notre...conversation.»

Il n’y avait pas de jugement dans sa voix, seulement une constatation terrible. Quel revirement de situation ! S’était-il pris de sympathie pour lui, ou quoi ? Cela paraissait hautement improbable, mais l’éventualité n’était pas complètement à exclure. Comme le disait un proverbe on ne pouvait plus trivial, il n’y avait que les imbéciles qui ne changeaient pas d’avis. Peut-être que ce jeunot s’était rendu compte de son erreur ; allez savoir, il n’était pas dans sa tête.

«Je n’ai pas à rougir ou à me défendre de l’enseignement de la langue que j’ai reçu.» Surtout qu’il l’avait appris en autodidacte pour une grande partie, comme le français. Et, même s’il n’allait pas l’avouer à ce jeune à qui il ne devait rien sinon une migraine qui n’allait pas tarder, Wilhelm avait voyagé un peu en Angleterre pendant sa jeunesse ; de là était né son amour pour Shakespeare, et la réalisation -tardive certes- que la culture germanique n’était pas supérieure aux autres, mais que ces dernières étaient tout aussi intéressantes. Mais il eut un rire sans joie. « A ce que je vois, quelque soit l’époque ou le lieu, les intellectuels sont méprisés, humiliés, craints peut-être. C’était déjà le cas d’où je viens, cela sera sûrement toujours le cas ici. Ma foi, je m’y résigne ; j’en ai l’habitude.»

C’était la première fois depuis longtemps qu’il s’aventurait à parler  de sa vie d’avant. S’il écrivait quelques ouvrages à Pallatine, jamais il n’avait mentionné qu’il en écrivait à Vienne, ou même qu’il avait fréquenté des cercles d’intellectuels - forcément puisqu’il en était un lui-même -, ou encore qu’il avait aidé à fonder un journal. Rien de tout cela ; il restait muet comme une carpe sur le sujet.  Pourquoi ce soir, pourquoi maintenant ? Il ne savait pas. Parce qu’auparavant, la situation ne s’y prêtait pas ? Peut-être. Parce que les raisons de son départ le hantaient toujours ; sûrement.
avatar
Aces

il était un de ces monstres qui sommeillent dans vos placards d'enfance. un homme brisé par l'existence, qui s'était réfugié dans un personnage pour annihiler ses souffrances. et pour seung joo, le temps passa. c'est désormais un garçon capable de s'adapter, et qui de plus en plus s'adoucit. la violence qui l'environne s'apaise progressivement. bientôt, croit-il, il trouvera l'équilibre qui lui offrira la clé du bonheur.
Nom de code : trauma (+ sneug pour ceux qui ne savent pas prononcer son prénom)
Avatar : kaneki ken

Messages : 1207
Messages rp : 130
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 8 Avr 2016 - 20:23

Seung Joo

Imperfection is true perfection.
Seung Joo est d'habitude d'un naturel calme et paisible. Si l'autre homme avait eu l'occasion de le rencontrer dans ces moments-là, il aurait compris que le Coréen peut être agréable à vivre. Qu'il n'est pas mauvais, c'est une autre histoire - car il l'est, assurément, au fond de son âme. Mais qu'il est chaotique. Sa gentillesse est une façade conventionnelle, bien pratique, mais qui se brise en un instant si les conditions sont réunies. Il n'empêche qu'elle le caractérise pendant de longs moments de sa vie quotidienne ; et, s'il avait pu voir ce film, Seung Joo se serait montré spirituel, aurait abordé l'homme plus âgé en lui demandant poliment son avis, et aurait adopté son niveau de langage. En somme, il aurait été caméléon - car Seung Joo se meut toujours dans un rôle, il y est forcé, car il ne peut admettre qu'il a la folie de Knut et que Trauma est sans doute plus proche de lui-même que le jeune homme poli qu'il incarne.
Menteur se mentant à lui-même.
Il n'y a cependant aucune trace d'adaptation dans son attitude : Seung Joo cherche à écraser. Il n'a plus vraiment le choix, d'ailleurs, car cet homme l'a surpris au plus mauvais moment : lorsque son masque a glissé. Et le croupier ne peut plus vraiment affecter la douceur : il lirait le doute dans les yeux de son interlocuteur. S'il était avec Noah, il ferait des efforts. Il jouerait encore le jeu. Mais pour un inconnu qu'il ne rencontrera plus jamais ? Absolument hors de question.
« Vous tirez des conclusions trop vite, monsieur. Vous ne connaissez rien de moi, comment pouvez-vous savoir dans quelle mesure je suis honnête ? »
L'Allemand lit sans doute trop clairement dans son jeu, c'est un fait. Le plus simple serait encore d'abandonner, et d'oublier totalement cette mésaventure. Après tout, il n'est pas donné de s'entendre avec tout le monde. La suite, cependant, interpelle le fils d'écrivain qu'est Seung Joo. Les intellectuels méprisés ? Le sourire sans joie de l'homme se reflète tout à coup sur les lèvres de l'Asiatique. Oh, oui, il ne croit pas si bien dire. Il ne sait d'ailleurs sans doute pas que Seung Joo est ainsi parce que les intellectuels n'occupent pas la place qu'ils méritent - selon eux.
« Qu'est-ce que vous en savez, d'ailleurs ? Vous êtes allemand, une engeance de persécuteurs, c'est bien connu. Vous avez connu les geôles, peut-être ? Vous avez vraiment connu la persécution des intellectuels ? »
Seung Joo effectue alors quelque chose qu'il ne fait jamais en public. Il s'approche de l'homme de façon à ce que nul ne puisse voir ce qu'il fait, puis, avec une expression sérieuse et résolue, soulève son bandeau occulaire. Révélant un œil rouge et noir, teintes inhumaines, d'un éclat monstrueux, un œil de verre dont le motif, officiellement, est censé rappeler la souffrance de ceux qui ont fait couler leur sang pour leur patrie, et qui officieusement est simplement une copie des tatouages d'un certain geek.
« Et vous, qu'est-ce que vous avez perdu ? »
Un œil seul suffit à transmettre tout le mépris que Seung Joo peut avoir pour ceux qui s'amusent des persécutions. Comme s'il était drôle de mettre en scène tortures et censures. Le Coréen ne pourra jamais pardonné. Ni les Japonais. Ni les communistes. Il aurait pu perdre toute sa lucidité en cellule ; il y a laissé une partie. Que l'Allemand lui pardonne de ne pas être assez bien pour lui.
avatar
BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
Nom de code : //
Avatar : Ginoza Nobuchika

Messages : 329
Messages rp : 59
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 8 Avr 2016 - 23:31
La conversation semblait plus calme. De l’agressivité pure et dure du début, la conversation paraissait plus calme, plus civile. En apparence seulement. Mais les commentaires se faisaient plus blessants, plus railleurs ; plus ce que Wilhelm avait l’habitude de faire au fond. Peut-être aurait-il du se féliciter d’avoir réussi à calmer son interlocuteur ; peut-être pas. Quand tout le mépris qu’on pouvait ressentir pour une personne se condensait dans un ton en apparence calme, mais où chacun des mots était choisi pour faire le maximum de dommages...est-ce que ce n’était pas pire ? Peut-être, mais l’autrichien n’avait jamais connu que cela. Tel était le foyer familial, ou plus largement le milieu qu’il avait connu pendant si longtemps, qui l’avait intoxiqué.

«Laissez-moi avoir encore un peu de foi en l’être humain.» répliqua-t-il, mi-blasé mi-moqueur. Il voulait croire, encore, qu’il n’y avait pas que du mauvais chez les hommes ; qu’il y avait encore quelque chose de bon. Oui, même après avoir appris ce qu’il s’était passé en Autriche, en Allemagne, en Pologne ; dans toutes les zones contrôlées par le Reich. Alors même que l’on avait atteint le summum de l’horreur. (Et peut-être était-ce l’un de ses regrets ; ne pas s’être opposé au Reich. Quitte à finir dans l’un de ces camps. Mais jamais il ne l’aurait exprimé à haute voix ; encore moins devant ce jeune homme. C’était sa honte secrète, son fardeau, sa croix-même. Pourquoi avait-il manqué de courage ?)

Et plus l’autre parlait, plus Wilhelm se sentait pâlir. Pas de honte. De choc. De colère peut-être. Il pouvait laisser passer certaines insultes sur sa personne ; mais pas sur sa nationalité. Pas après la tragédie de la Seconde Guerre mondiale.

«Je ne suis pas allemand, mais autrichien !», cracha-t-il. « Ca n’a absolument rien à voir ! Comment osez-vous me comparer à un nazi !» Il en aurait frappé le mur. Il en aurait frappé le gamin  en face de «Vous jugez sans connaître ; vous entendez un accent germanique, donc forcément c’est un allemand ? Comment osez-vous ! C’est comme si je disais que les asiatiques comme vous étaient tous les mêmes : vous apprécieriez, peut-être ?» Ce n’était pas souvent que l’autrichien se laissait aller à la colère ; et pourtant. L’enjeu était trop de taille. Il en allait de son honneur, de l’amour qu’il avait ressenti pour son pays fut un temps.

Il en tremblait presque de colère contenue.

«Et pour votre gouverne, j’ai connu l’Autriche quand les nazis sont arrivés. Sans avoir fait partie de ces gens qui ont célébré leur venue, comme il ne s'agissait que d'une invasion immonde ! Alors oui, j’ai connu les censures des intellectuels - vu que j'étais et je suis écrivain ! Vous pensez réellement que j’aurais parlé sans connaître ? Que j’aurais plaisanté sur un sujet aussi grave ?»

Il détestait que l’on se permette de le juger sans rien connaître de sa vie.Surtout par un enfant.

Et pourtant, la situation qui promettait de devenir explosive fut désamorcée ironiquement par le gamin lui-même. Gamin qui ôta son cache-oeil, montrant un œil de verre aux couleurs monstrueuses, au regard fixe et terrifiant ; assez du moins pour que sa colère s’apaise, remplacée par...autre chose. De l’horreur ? De la compassion ? Des deux, sûrement.

«Toutes les blessures, même les plus terribles, ne sont pas physiques. Celles à l’intégrité morale, qui touchent l’opinion que l’on a de soi, font tout aussi mal. Même si je regrette vivement que vous ayez eu à subir une telle blessure.»

Sa voix n’était plus qu’un murmure. Comme celui d’un malade sur son lit d'hôpital. Ou d'un blessé sur un champ de bataille, qui sait qu'il va mourir.

avatar
Aces

il était un de ces monstres qui sommeillent dans vos placards d'enfance. un homme brisé par l'existence, qui s'était réfugié dans un personnage pour annihiler ses souffrances. et pour seung joo, le temps passa. c'est désormais un garçon capable de s'adapter, et qui de plus en plus s'adoucit. la violence qui l'environne s'apaise progressivement. bientôt, croit-il, il trouvera l'équilibre qui lui offrira la clé du bonheur.
Nom de code : trauma (+ sneug pour ceux qui ne savent pas prononcer son prénom)
Avatar : kaneki ken

Messages : 1207
Messages rp : 130
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Dim 10 Avr 2016 - 14:51

Seung Joo

Imperfection is true perfection.
S'il y a une chose dont Seung Joo ne se doutait pas, c'était de l'étendue de la colère de ce bourgeois.
Fureur foudroyante qui menace de le naufrager sous les flots de sa haine. Pourtant, Seung Joo sait qu'il est sans doute en tort en s'étant mépris sur sa nationalité. D'autant plus que l'homme a parfaitement raison : confondre ainsi Allemands et Autrichiens, c'est pareil que de le traiter de chinois : c'est une insulte qu'il ne supporte que très peu. Non qu'il ait vraiment une dent contre les Chinois, d'ailleurs, mais il est fier de sa propre nationalité. Soit. Pour le coup, il a fait une erreur. Ce qui ne l'empêche pas de détester cet homme et sa bien-pensance agaçante. Ce qui ne l'empêche pas d'écouter ce qu'il a à dire, et de se rendre compte que, peut-être. Cet homme lui ressemble plus qu'il ne le pensait.
L'histoire européenne ne lui est pas totalement inconnue, au Coréen ; il connaît les nazis, c'est à cause d'eux et de leur alliance avec le Japon qu'il a dû apprendre les rudiments de cette langue. Rudiments qu'il a presque oubliés au passage. Mais cet homme était-il un révolutionnaire ? Il était écrivain, affirme-t-il ; et le cœur du jeune homme se serre en songeant à son propre père. Il est certain que celui-ci est mort. Au fond, la colère de cet Autrichien et la sienne se rejoignent. Elles sont sœurs, et nées de mêmes parents : l'envie de liberté, l'espoir d'un monde en paix, la haine contre la censure et l'oppression. Cela le dégoûte un peu, Seung Joo, mais il est obligé de comprendre cet homme.
« Dans ce cas, je vous présente des excuses, lance-t-il, un peu à contrecœur. C'était effectivement maladroit de ma part de faire l'amalgame. »
Tiens, encore un mot un peu plus complexe qu'à l'accoutumée, une façon peut-être de se rapprocher de l'homme et de l'apaiser. Seung Joo n'aime guère les bourgeois qui profitent de leurs avantages comme s'ils étaient les rois du monde, mais il apprécie ceux qui savent respecter l'horreur de leurs blessures. Il adopte le même ton que l'Autrichien, et sa voix se fait murmure, sépulcral râle s'échappant de ses lèvres à demi bleues.
« Et que fait-on lorsqu'on est blessé dans son âme et dans sa chair ? »
Il ne l'interroge même pas avec arrogance. Toute trace de provocation est exempte de son ton, alors qu'il abaisse à nouveau le cache qui lui recouvre un œil qui, de toute façon, ne saurait rien voir. Peut-être même l'intonation de sa voix est-elle lasse, fade ; peut-être semble-t-il souffrir de désespérance, et n'attend-t-il plus qu'une délivrance dont il ignore la provenance.
« Peut-être que vous, vous pouvez comprendre. Alors comment faîtes-vous pour conserver votre calme ? Comment faîtes-vous pour que votre colère ne vous enflamme pas ? Je ne peux pas. C'est comme si je me consumais de l'intérieur. »
Et sa voix tremble subitement, lorsque le Coréen se rend compte qu'il parle de lui, de ses problèmes, de la souffrance que sa part d'ombre provoque en lui. Il se rend compte qu'il est en train de tout dévoiler de lui, qu'il lui offre la clé de son âme, à lui, à ce nanti à l'esprit étriqué, incapable de lui pardonner un malheureux éclat.
Alors il se tait, Seung Joo.
Certaines blessures ne peuvent pas guérir.
avatar
BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
Nom de code : //
Avatar : Ginoza Nobuchika

Messages : 329
Messages rp : 59
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Dim 10 Avr 2016 - 19:34
Sa colère avait été brève et foudroyante, comme la morsure d’un serpent. Une vision bien surprenante, pour qui connaissait l’autrichien, d’habitude si calme, si composé, qui n'élevait que si rarement la voix. Celui qu’on croyait impassible, insensible même ; comme un robot. Celui qui se targuait de pouvoir garder, toujours, ses sentiments sous contrôle. Cette couverture avait volé en éclats ; un seul mot, une phrase malheureuse, et ne restait plus qu’une saine indignation, une colère qui le prenait aux tripes, une rage qui s’insinuait dans ses veines comme un poison et le faisait voir rouge. Tout ça parce que les mots “allemand” et “persécuteur” avaient été prononcés. Tout ça parce qu’on l’avait pris pour un nazi ; le pire faux-pas qu’on aurait pu faire. De toutes les erreurs que le jeune asiatique avait pu commettre, c’était là la pire. La seule qui avait vraiment le don de le faire sortir de ses gonds. Alors il cracha sa colère, sa haine, son ressentiment ; mais pourtant, du tréfonds de son être, il pouvait encore s’empêcher de le frapper ; sachant confusément qu’il n’aurait pas été mieux qu’eux s’il se mettait à frapper un autre être humain. Surtout...que l’autre lui demandait pardon ?

«Merci de le reconnaître » fit-il d’une voix plus calme. «Et pardonnez-moi d’avoir explosé de la sorte. Je suis un peu...sensible sur le sujet.»

Rien de très étonnant. Les nazis lui avaient tout pris d’une certaine manière. Son pays ; la liberté de publier  ; ses amis ; sa dignité ; et son amour-propre. C’était beaucoup ; trop pour qu’il puisse être assimilé à eux. Trop pour qu’il puisse seulement supporter d’entendre quelqu’un les mentionner ; la réaction était toujours la même. Il n’avait pas de ressentiment pour les autres allemands, comprenant que ce n’était pas de leur faute (vraiment ? chuchotait une voix ironique dans son esprit) s’ils s’étaient retrouvés avec cet homme comme dirigeant. Mais les nazis eux-même, c’était son point sensible. Peut-être parce que cela lui rappelait son humiliation. Pourquoi avait-il eu le droit de continuer à publier ? Cette question le hantait encore aujourdh’ui. Et il revivait ce moment dans ses cauchemars ; pleurant amèrement ce qu’il avait perdu.

«On...essaye de survivre. Je.. présume.»  Son ton était tellement plus incertain, aux antipodes de la voix affirmée, sûre d’elle, presque arrogante, qu’il avait habituellement. Le murmure semblait plus adapté à leur conversation ; ils avaient connu l’invective, l’ironie, le cri, la rage, et voilà qu’ils en étaient arrivés à une forme de solennité qui n’inspirait qu’une voix basse.«Je...n’ai pas eu la malchance d’avoir des séquelles physiques de cette période.»  Mais les rêves étaient toujours là. Mais les morts n’oubliaient pas, eux, et ne le laissaient pas oublier. Il se sentait mal, presque confus, mal à l’aise. Comme lorsqu’ on croise quelqu’un qu’on sait avoir souffert plus que soi. Que devait-on dire, dans ces moments-là ? Il ne le savait pas ; parce que la spontanéité avait disparu de sa vie.

Il releva la tête à la nouvelle question de son interlocuteur.

«Depuis que je suis enfant » , commença-t-il d’une voix blanche, étrangement détachée, comme s’il s’observait depuis l’extérieur, « on m’a appris à dissimuler ce que je ressentais, comme si je portais un masque. Mes émotions, m’a-t-on répété, étaient ma faiblesse ; par conséquent, mes colères, j’ai du apprendre à les repousser, à les taire dès que j’en ressentais les premiers signes. Et voilà le résultat : j’ai l’air d’un automate, d’un être inhumain de froideur.»  Et dans ces phrases, il glissait la solitude, la tristesse de son enfance. Une confession pour une confession, un cadeau pour un cadeau. «Et la pression monte, monte, monte...jusqu’à l’explosion.» Explosion dont son interlocuteur n’avait vu qu’une infime partie. «C’est très différent de votre colère. Je..pourrais juste vous conseiller de vous concentrer davantage sur les éléments positifs de votre vie, lorsque vous sentez la colère arriver. Je doute que des méthodes comme compter jusqu’ à cent en respirant profondément soient réellement utiles, malheureusement...»

Et sa voix diminua de volume sur ces mots jusqu'à disparaître, en un decrescendo total ; il était bien trop conscient de son inutilité, de son incapacité à aider une autre personne. Il aurait bien posé sa main sur son épaule, dans un vain geste de réconfort ; mais il pressentait que le geste ne serait pas apprécié. Trop de griefs peut-être. Et surtout, le geste était trop intimiste, suggérait une proximité qui n’existait pas entre eux.

«Et pardonnez-moi de vous avoir jugé trop vite.» concéda-t-il finalement.

Parce qu’au fond, le jeune asiatique était une victime de guerre, cela crevait les yeux : comme lui. Une guerre différente ; mais une victime de guerre tout de même. D'une guerre qui peut-être même, découlait de la sienne.
avatar
Aces

il était un de ces monstres qui sommeillent dans vos placards d'enfance. un homme brisé par l'existence, qui s'était réfugié dans un personnage pour annihiler ses souffrances. et pour seung joo, le temps passa. c'est désormais un garçon capable de s'adapter, et qui de plus en plus s'adoucit. la violence qui l'environne s'apaise progressivement. bientôt, croit-il, il trouvera l'équilibre qui lui offrira la clé du bonheur.
Nom de code : trauma (+ sneug pour ceux qui ne savent pas prononcer son prénom)
Avatar : kaneki ken

Messages : 1207
Messages rp : 130
Date d'inscription : 29/02/2016
Voir le profil de l'utilisateur
le Mar 12 Avr 2016 - 18:40

Seung Joo

Imperfection is true perfection.
L'expression « le calme après la tempête » lui a toujours parue incongrue, pourtant, en cet instant, elle semble prendre tout son sens.
Après l'orage, bien évidemment, on peut en voir les effets. Les gouttes de pluie qui perlent sur le monde, les endroits brûlés où la foudre est tombée, les autres dégâts collatéraux. Mais il y a quelque chose de plus. L'air est humide, chaud et froid à la fois, empli de la trace d'une tension qui s'estompe, sans disparaître tout à fait. La tempête reste même dans la quiétude, comme si la nature disposait de sa propre mémoire. Une mémoire qui, elle, n'oublie jamais.
Ça n'a jamais été l'intention de Seung Joo que d'essayer de trouver du réconfort, ou des conseils dont il n'a de toute façon pas besoin. Ou peut-être en ressent-il la nécessité, mais il se refuse à l'avouer. Il a fini par trouver sa propre solution ; son recours est dans la négation, son abnégation dans sa relation avec Knut. Il a conscience de ne pas être assez équilibré, de ne pas être assez mesuré ; son essence, sans doute, est chaotique. Seung Joo est ce désordre qui naît dans un cœur brisé par la vie ; une aberration même, peut-être, aux yeux de certains doux rêveurs, qui espèreraient que le monde soit simple à comprendre, qu'il soit possible de tout gérer, de tout régler, de décider de tout grâce à des règles pré-établies. Le problème, c'est que Seung Joo ne tombe dans aucune catégorie : trop libre, trop désinvolte, alors même qu'il fait attention en toutes circonstances, au risque de se confiner.
En contrepartie, il ne veut pas être l'épaule consolatrice de ce nanti qui a sans doute eu lui aussi sa part de problèmes depuis le début de son existence. Mais doit-il le plaindre ? devrait-il s'émouvoir d'apprendre que l'autre a appris à dissimuler depuis son enfance ? Ce n'est pas ce que voudrait entendre. Ce n'est pas là le fondement de leur lien, un pont jeté par dessus le fleuve qui les sépare. Non. Ce n'est encore qu'une leçon de morale, toujours une, et le Coréen s'agace à nouveau de cette réponse qui ne le satisfait pas.
« Je vois. Rien d'intéressant. » Il se contrôle à nouveau, Seung Joo, alors il reprend la maîtrise de ses aveux, s'efforce de ne plus rien dévoiler. Il croit en avoir assez dit. Et peut-être sa réaction est-elle un peu sèche ; toutefois, il n'a pas le choix, s'il veut éviter de penser à son passé, et échapper à une leçon bien moralisatrice. « Je pensais que vous compreniez, mais en fait non. Vous n'êtes pas sincère, monsieur, vous ne l'avez sans doute jamais été. »
Et derrière cette sentence se cache le doute.
Peut-être est-ce un faux intellectuel.
Peut-être ne connaît-il rien à la souffrance de ceux que l'on prive de langage.
Seung Joo soupire, s'éloigne de l'inconnu qui n'a pas su lui donner les réponses qu'il attendait. (Mais quelqu'un aurait-il seulement pu le faire ?)
« Laissez tomber. Il vaut mieux que nous n'ayons pas affaires l'un à l'autre, vous et moi. »
Incompatibles.
La conclusion ne lui paraît même pas douloureuse, en fait. La situation était pire au tout départ. Du moins sont-ils parvenus à un calme relatif. Cela dit, on ne peut pas contrôler son cœur. On peut éprouver de la pitié pour l'autre, mais si on ne l'aime pas, on n'arrivera jamais à un accord. Seung Joo ne pourra sans doute jamais l'apprécier, cet Autrichien, quand bien même celui-ci aurait enduré les mêmes souffrances que lui.
Fataliste gagné par le découragement.
Contenu sponsorisé
Revenir en haut
Voir le sujet précédentVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum