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    courgettes (mimi)

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    Les gens oublient souvent pour quoi ils se battent. Pas moi.
    Je suis solide comme un roc. Plus pur qu'un diamant brut ; je ne les laisse pas facilement casser mes convictions. Je les affirme jusqu'au bout, jusqu'à la mort s'il le faut.
    L'histoire ne gardera pas de moi le souvenir d'un homme tendre, si encore elle daigne se souvenir de moi. Elle ne verra que la force avec laquelle je me suis dressé contre la tyrannie. À moins qu'à ses yeux je n'incarne moi-même une forme de chaos excusable par sa teneur juvénile, un jeune homme aveuglé par ses convictions qui aura répandu la terreur et la mort pour de grandes idées auxquelles il ne croit plus.
    Et je me gausserai d'elle, impitoyablement, pour avoir cru que quelque chose de moi était digne d'être mémorable.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Sam 11 Nov 2017 - 20:36
    Il ne me contredit pas, et je reste dans l'incertitude quant à sa condition.
    J'en ressens de la frustration. Je déteste me trouver face à des mystères qui tardent à se révéler à moi ou qui se dérobent. Mais je n'ai pas le cran de chercher à en savoir davantage. C'est mon côté enfant sage, celui qu'on ne devine pas, celui que même moi j'oublie, celui qui m'oblige à faire ce que je ne veux pas. C'est celui que les vieux s'efforcent d'extirper de moi en quémandant misérablement une gentillesse que je suis trop faible pour retenir. C'est celui que mon frère ne voit pas. Je suis toujours mal à l'aise avec ce bon fond que je ne devrais pas avoir, mais je ne suis pas assez fort pour surmonter cette retenue, alors je préfère enfoncer mes dents dans ma langue en me disant que ça va passer. Bientôt, je retrouverai ce rouge écarlate semblable à celui qui coule dans mes veines et j'aurai la force de me lever et de survivre.
    Alors que je ne m'y attends même plus, il veut me faire parler de moi. Je le regarde d'un air soupçonneux, craignant qu'il ne veuille me faire dire quelque chose que je regretterais par la suite, mais ce n'est pas ça. Sa face lisse me regarde sans moquerie, plutôt avec un léger intérêt. Cookie ne sait pas se montrer passionné, mais je sens qu'il n'est pas engoncé dans son indifférence la plus profonde, elle n'est que partielle, assez fine pour me laisser une place, si je désire m'y glisser. J'ai envie de le frapper pour ça, pour le faire revenir un peu plus à la vie, mais ça ne sert à rien, il n'a jamais été aussi présent avec moi, quand bien même il est plus absent que tous les autres réunis. Les hématomes sur son visage ne serviraient qu'à l'enfoncer davantage en lui, et je ne peux pas lui faire du mal. Je ne sais pas frapper les gens que j'aime un peu alors je retiens cette violence qui me détruit.
    Ceci dit, je ne sais pas trop quoi dire, parce que je ne suis plus dans le même état que tout à l'heure. C'est rare que je sois aussi calme et à vrai dire, ça me prend totalement au dépourvu. Tout à l'heure, je regardais le ciel en me demandant si j'allais mourir. J'appelais sur moi la douleur que j'avais infligée à autrui. Je me souviens très bien de cela : ces griffes dans ma chair me mettent constamment au supplice, je ne peux pas oublier ça. Mais le problème, c'est que je ne le ressens plus. Je pourrais m'asseoir et regarder le ciel, mais je ne pourrais pas me reconnecter avec mes sentiments tant que je serai avec Cookie.

    « Je jouais au héros dramatique. » dis-je en répétant une remarque qu'on m'avait souvent faite.

    On m'a dit que j'en faisais trop, que je voulais me prendre pour un héros de tragédie en prétendant que j'étais une merde, et que même si ça semble totalement contradictoire, c'est logique. En général, ce genre de remarque m'énerve - mais pas assez pour que j'en vienne aux poids. Pourtant, la facilité avec laquelle je me l'approprie m'étonne - et j'ai subitement honte de moi pour ces émotions que je ne contrôle plus.
    Je baisse la tête un peu malgré moi. Ce n'est pas ma faute, c'est un réflexe que j'ai, d'avoir honte. Sauf qu'en général, c'est mon frère qui le déclenche. Cette fois, je regrette d'avoir voulu mettre en scène mon combat intérieur. J'aurais dû me promettre mille fois que je le garderais en moi, mais je n'ai jamais pu... Je veux qu'on me voie, pour qu'on s'intéresse à moi, que je puisse rejeter la main généreuse qui se tendra vers moi. Je veux qu'on m'ignore, qu'on me renie, pour que je trouve une raison de me haïr.

    « Tu veux pas qu'on bouge ? » je demande brusquement, mal à l'aise. « J'en ai ma claque d'ici. »

    De là, je vois la ville, de là, je vois ma déchéance, et j'aimerais bien ne pas l'avoir face à moi pour pouvoir retrouver un soupçon de dignité. J'aimerais profiter de ce sentiment de quasi-tranquillité sans avoir à brûler de l'intérieur à l'idée de mon propre ridicule.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Dim 26 Nov 2017 - 15:36
    En fait j'ai envie de savoir.
    J'ai envie de savoir parce qu'il y a un mystère Dimitri, une énigme que je n'arrive pas à résoudre. D'habitude, ça va, pourtant. Il me suffit d'attendre et on s'ouvre à moi. Mais Dimitri, il garde tout pour lui. Il a les lèvres scellées, parce qu'il a des secrets qu'il ne veut pas laisser sortir. Un peu comme moi, mais encore pire. Je pense qu'il a même tendance à se cacher des choses à lui-même. Sinon, sa tête exploserait. Alors il offre des demi-vérités, comme si ça suffisait.
    Moi je sais me contenter des miettes qu'on me donne.
    Ça ne veut pas dire que dès fois, je ne désire rien de plus.
    Il y a des moments où j'ai envie d'en savoir plus ; où je voudrais que la distance s'effondre entre nous. Dimitri, je voudrais qu'il soit plus ouvert à moi. Qu'il m'accepte tel que je suis, qu'il veuille bien de moi comme ami. Je n'ai jamais eu de vrai ami à moi. Juste un type qu'on m'a forcé à fréquenter, et puis il était pas cool, je pouvais pas l'aimer. Mais Dimitri, il est vraiment bien comme type. Il souffre et il a l'air mal, mais il a bon cœur.
    Sinon, il n'aurait pas l'air de s'en vouloir (les mauvais n'ont pas de regrets.
    Les parents qui se fichent de leurs gosses, non plus).
    J'allais ouvrir la bouche quand il m'interrompt, et je tente de contenir ma déception à l'idée qu'il m'a rejeté ; mais je n'ose pas insister. Je ne crois pas que j'en ai le droit. Je dois respecter son silence. Même si je n'en ai pas envie.
    « SI tu veux, acquiescé-je, mais tu veux aller où ? »
    Moi aussi, dans le fond, j'en ai un peu ma claque de ce toit. Mais sans doute pour d'autres raisons que lui. C'est qu'on voit toute la ville, et que je voudrais juste qu'elle se fasse un peu oublier. Au moins, à l'abri dans la rue, on oublie qu'on est dans un autre monde.
    Des fois, j'aimerais bien être chez moi.
    Même si c'était nul, là-bas.
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    L'histoire ne gardera pas de moi le souvenir d'un homme tendre, si encore elle daigne se souvenir de moi. Elle ne verra que la force avec laquelle je me suis dressé contre la tyrannie. À moins qu'à ses yeux je n'incarne moi-même une forme de chaos excusable par sa teneur juvénile, un jeune homme aveuglé par ses convictions qui aura répandu la terreur et la mort pour de grandes idées auxquelles il ne croit plus.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Dim 26 Nov 2017 - 22:09
    Détourné de la ville qui m'agresse les rétines, je ne vois sur le toit que la sombre silhouette de Cookie qui se découpe dans le ciel nocturne. Le clair-obscur de cette contre-nuit berce la douleur qui ravage mes veines - presque aveugle, je peux me permettre de croire que rien de tout cela n'est vraiment arrivé, même si la silhouette du Japonais n'a rien de celle du frère que je voudrais avoir sauvé. Si je ferme les yeux, ses contours se fixent sous mes paupières quelques secondes, puis elle s'estompe doucement et je me retrouve seul avec mes démons. Je ne sais pas garder ces images qui pourraient me préserver.
    Je ne vois pas vraiment le visage de Cookie, je ne sais pas ce qu'il pense vraiment, s'il veut jouer avec moi ou s'il est vraiment sincère, même si je penche fortement vers la seconde option. Cookie n'est pas un menteur, je l'ai compris depuis longtemps, sauf peut-être par omission, et encore est-ce involontaire. Il ne veut de mal à personne, et pourtant il lui arrive d'infliger des souffrances à ceux qu'il fréquente. Je comprends cela, ça m'arrive trop souvent, alors je fais semblant de ne pas être blessé pour ne pas le tuer en retour. Je m'accroche à la confiance que j'ai en lui. J'aurais de quoi me méfier de tout le monde, et pourtant, je crois encore en la bonté qui se cache en chacun. C'est bien la dernière naïveté qui me reste, et je compte bien la conserver.
    Nous sommes là tous les deux, à nous regarder comme des chiens myopes, incapables de se décider. Nous voulons tous les deux partir, cette envie excède nos veines mais elle s'évapore dans notre volonté évanescente, car nous ignorons où aller. La nuit est longue, la ville est grande, mais nous restons coincés sur notre bout de toit avec l'impression d'être perdus dans le monde où nous vivons. Tant d'endroits où nous pourrions aller, mais nos jambes se cimentent au sol surélevé. J'ai les mains dans les poches, l'allure du délinquant, il ne manquerait plus que la capuche pour compléter le tableau, mais il fait trop chaud, et de toute façon j'étouffe. Je hausse les épaules. Ça n'a pas d'importance.

    « Alors on descend. On verra bien. »

    Je prends la tête, puisque j'ai proposé. Je rejoins la cage d'escalier ce gouffre sombre qui ne demande qu'à nous engloutir. Je n'ai pas peur, j'ai Cookie à mes côtés, et puis je n'ai jamais craint le noir. C'est la lumière qui m'effraie, pour ce qu'elle révèle à mes yeux effrayés. Alors je m'y enfonce comme si je retrouvais mon milieu naturel, sans allumer l'ampoule qui, si elle n'a pas déjà grillé, révèlerait des murs tagués d'une saleté repoussante.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Sam 2 Déc 2017 - 11:28
    Je crois que je n'aime pas la nuit. On voit mal et on ne sait pas ce qui se cache dans les ombres. Souvent je suis fatigué et j'ai envie de dormir, et je n'en ai pas le droit. Mais je n'aime pas le jour non plus. J'ai l'impression d'être dans une prison, et le soleil fait office de surveillant au regard duquel on ne peut se soustraire.
    Je n'aime pas les toits non plus, parce que c'est dangereux, même si la vue est belle. Mais quand la nuit tend les bras sur nous, l'air y est plus frais. A l'abri des maisons, dans le confortable dédale des rues, la chaleur est plus douce. Je dois resserrer les pans de ma veste pour ne pas frissonner.
    Je n'aime pas être dans la rue non plus, cela dit : on ne voit jamais assez loin. Je n'aime pas quand l'horizon est masqué, c'est comme si tout une partie du monde n'existait plus à mes yeux.
    Par contre, j'aime bien être avec Dimitri, et j'aime bien quand il me regarde. Je me demande toujours ce qu'il voit en moi : j'imagine qu'il doit avoir un peu peur de moi, par moments, parce que je suis yakuza, et j'imagine qu'à d'autres, il se sent à l'aise avec moi, parce qu'il sait que je suis gentil. En revanche, je me demande s'il sait tout ce que je pourrais donner pour lui. Il y a des gens, vous pourriez vous sacrifier pour eux, même si vous ne les connaissez pas bien. Dimitri, il éveille ce sentiment chez moi. Je ne sais pas si c'est parce qu'il me fascine ou si c'est parce que je le trouve extraordinaire. Il est tellement humain, et en même temps tellement différent, je voudrais parfois chasser la douleur de son cœur et la prendre sur moi. Mais je ne crois pas que j'en suis capable. J'ai déjà mal, moi, je sais pas si je pourrais me relever après ça.
    Je m'enfonce à sa suite dans la cage d'escalier, et c'est comme la nuit à l'intérieur, on n'y voit rien. J'ai peur de marcher sur les pieds de Dimitri, je voudrais qu'il me guide pourtant, parce que je le sens plus à l'aise que moi. Mais moi, je tremble un peu, je suis comme une feuille qui menace de s'envoler sous un coup de vent.
    « Dimitri. » Je l'appelle, ma voix est un peu faible, on dirait que j'ai peur. « Dimitri, attends-moi, ne me laisse pas seul. »
    C'est stupide, je n'ai pas peur, mais on dirait que si. Je suis pas effrayé, mais je suis comme un enfant qui a toujours eu envie qu'on le rassure face au noir. Juste une fois. On m'a toujours dit, avance, t'as pas le choix mais j'aurais voulu l'avoir. Je pense qu'avec Dimitri, je peux l'avoir.
    (Mais si je suis monté sans être gêné, alors je pourrais descendre sans problème, si je le voulais vraiment.)
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    Je suis solide comme un roc. Plus pur qu'un diamant brut ; je ne les laisse pas facilement casser mes convictions. Je les affirme jusqu'au bout, jusqu'à la mort s'il le faut.
    L'histoire ne gardera pas de moi le souvenir d'un homme tendre, si encore elle daigne se souvenir de moi. Elle ne verra que la force avec laquelle je me suis dressé contre la tyrannie. À moins qu'à ses yeux je n'incarne moi-même une forme de chaos excusable par sa teneur juvénile, un jeune homme aveuglé par ses convictions qui aura répandu la terreur et la mort pour de grandes idées auxquelles il ne croit plus.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Jeu 7 Déc 2017 - 22:14
    Un moment, ce n'est que le bruit de mes pas qui vient troubler l'obscurité. On entend mes semelles qui s'écrasent souplement sous mes pieds, ça résonne un peu, et c'est drôle, elles ont beau être légères et caoutchouteuses, je n'arrive pas à éliminer définitivement le bruit qui les caractérise. Je ne sais pas comment ils font, dans les livres, ceux qui disent qu'ils arrivent à ne faire aucun bruit quand ils marchent, ils doivent se tromper, ce n'est pas possible et je peux le prouver. Si je le pense, c'est que ça doit être vrai. Les acrobates et les marchombres, ces connards, ne peuvent pas exister, y'a que des assassins qui se cachent dans l'obscurité, et on peut les voir, je le sais.
    J'entends bientôt les pas de Cookie, et croyez-le ou non, mais je suis incapable d'interpréter ce type de bruit. Comment voulez-vous que je les trouve hésitants ou craintifs ? Ce sont juste des pas. Ceux qui vous disent qu'ils savent repérer ce genre de détails sont des mythomanes, n'écoutez pas leurs conneries. J'entends juste ses pas, un peu derrière moi, et comme je n'y fais pas particulièrement attention, je finis par les oublier, jusqu'au point où Cookie pourrait s'arrêter que je ne le remarquerais même pas - moi par contre si je me stoppe, je le vois tout de suite.
    Par contre, la voix, je l'entends. Je ne l'attendais pas, et je la sens inquiète, je peux le dire, parce que ce genre de chose-là, on les sent. Même si je n'ai pas le visage probablement livide de mon camarade japonais face à moi, que je ne le vois pas trembler. Je ne me retourne même pas, c'est automatique, je réponds :

    « Avance plus vite, tu finiras pas me rattraper. »

    C'est vrai quoi, je vais pas jouer au baby-sitter avec lui. J'accélère le pas pour le pousser à aller plus vite, et je suis satisfait de moi, mais je fais quoi, s'il reste en arrière à pleurer ? Je trouve ça ridicule, mais je ne peux pas le laisser se répandre en larmes dans une cage d'escalier. Je me décide, j'irai le voir, je lui tendrai la main et je le tirerai derrière moi, et tant pis pour lui s'il se tape la honte. Ne rien dire, surtout, ne rien dire, parce que mes paroles sont acides et que je pourrais le regretter.
    Mais on a très vite atteint le dernier étage et de la lumière perce l'obscurité, alors je me dis que je n'ai pas trop de soucis à faire. Je ne l'attends plus, je fonce, et je me dis que s'il crie mon nom je partirai sans me retourner. Je sais, j'ai voulu faire l'exact inverse il n'y a pas deux secondes, et alors ? J'en ai rien à foutre, de mes intentions, car tant que je n'ai rien promis je ne me suis pas engagé.
    J'aime être vivant, cette sensation de ne pas (trop) souffrir quand on pense à autre chose qu'à ses malheurs et qu'ils vous regardent derrière la grille où vous les avez parqués, c'est peut-être pour ça que je dévale les escaliers, comme un enfant, parce que c'est amusant de dégringoler. Les gens qu'on aime un peu ont cet effet-là, je pense, mais alors je m'assombris parce que je songe qu'il y a une personne que j'aime qui ne me fera jamais cet effet.
    Le prochain pas fermement ancré dans le sol me fait totalement oublier cette pensée.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Mar 12 Déc 2017 - 21:05
    Je ne veux pas qu'on me laisse seul.
    Je veux dire, je l'ai toujours été, et je n'en ai pas vraiment, mais peut-être qu'au bout d'un moment, j'en ai marre. Peut-être que j'ai envie qu'on me prenne ma foutue main et qu'on me dise, repose-toi, c'est moi qui prends la commande. Peut-être que j'aimerais bien qu'on prenne des décisions pour moi à des moments et que je puisse m'y fier, parce que moi j'ai rien à prouver. Je ne suis pas comme ces gens qui ont peur de voir le contrôle de leur vie leur échapper. Qui ont peur de laisser les autres avoir du pouvoir sur eux. Moi j'ai été incapable de lutter contre le choix initial de mes parents. Je suis né et on m'a laissé seul. J'en ai un peu marre du coup. D'être livré à moi-même.
    Mais je pense que Dimitri, il ne s'est jamais posé la question. Il choisit quand il a besoin de le faire, et s'il doit fuir (ou s'il peut le faire) il le fait. Et puis sinon, il avise - peut-être en prenant la mauvaise décision. Mais même si les conséquences sont graves, parfois mieux vaut se tromper, non ? Au moins ça veut dire qu'on est vivants.
    Alors je presse le pas, et dans le noir que j'ai traversé tout à l'heure je distingue la silhouette de Dimitri. Je prends garde à ce qu'elle ne disparaisse pas de mon champ de vision, et quand elle me paraît devenir plus petite j'augmente ma foulée.
    Et voilà, on est à l'entrée, et dehors il fait plutôt sombre je trouve ; la faute aux nuages qui subitement se sont placés entre le soleil et nous. Mais je ne dis rien parce que ça ne me dérange pas ; je me place à côté de Dimitri et je crois que je rayonne assez comme ça. Ouais, parce que je souris là, en vrai c'est un peu écœurant, mais je suis juste heureux, là, vous savez ?
    « A gauche ou à droite ? » : je demande, parce que dans le fond moi je m'en fiche, d'où on va.
    Ce qui compte c'est le chemin. Le fait de se mettre en route. Et je pense que Dimitri aussi, il l'a compris. Mais c'est lui qui a voulu bouger, alors il faut qu'il amorce le mouvement. Sinon, on restera plantés sur place, parce que comme je l'ai dit, je n'ai pas envie de décider, là.
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    Je suis solide comme un roc. Plus pur qu'un diamant brut ; je ne les laisse pas facilement casser mes convictions. Je les affirme jusqu'au bout, jusqu'à la mort s'il le faut.
    L'histoire ne gardera pas de moi le souvenir d'un homme tendre, si encore elle daigne se souvenir de moi. Elle ne verra que la force avec laquelle je me suis dressé contre la tyrannie. À moins qu'à ses yeux je n'incarne moi-même une forme de chaos excusable par sa teneur juvénile, un jeune homme aveuglé par ses convictions qui aura répandu la terreur et la mort pour de grandes idées auxquelles il ne croit plus.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Jeu 28 Déc 2017 - 13:25
    Mes pas assurés me conduisent à la porte d'entrée. Derrière moi, Cookie se presse pour ne pas me perdre dans le dédale d'une cage d'escalier en spirale. L'angoisse d'être seul exsude de sa peau aussi fortement que la sueur par un beau jour d'été, mais je ne songe pas à m'en inquiéter, je n'y peux rien. Si je la perds, si je ne sens plus cette inquiétude rampante me poursuivre, je me retournerai. Mais l'habitude de cette peur collée à mon dos m'empêche d'éprouver la juste compassion que je devrais avoir pour ceux qui font face à des détresses semblables aux miennes. Au lieu de nous rapprocher, elles nous éloignent les uns des autres, renfermés chacun sur nos malheurs pathétiques en croyant une voir une forme d'apothéose du Moi tourmenté. Je nous méprise, moi et les autres, pour être si fortement obsédés par notre désolation intérieure, et pour croire qu'elle est suffisamment essentielle pour colorer le monde à notre image. Alors je me détourne des autres parce que je ne peux pas me détourner de moi-même.
    Mais la porte d'entrée, rapidement franchie, apporte la fraîcheur d'une nuit de printemps telle qu'elle peut exister dans les grandes villes polluées. On croirait se gaver d'un air pur après avoir respiré l'atmosphère renfermée embaumée de pisse qui existe dans ces immeubles délaissés - incarnation de la pauvreté la plus touchante qui pourtant nous tous les deux laisse totalement indifférents. On dirait que nous surnageons cet océan de dénuement de par nos propres malheurs intellectuels qui n'ont pourtant aucun sens. La lumière, elle aussi, se fait plus forte : le ciel sans étoiles ne semble pour autant pas dénué de clarté, les lampadaires cassés semblent avoir conservé un éclat de leur splendeur passée, mais non loin de là, le spectre lumineux des quartiers mieux éclairés diffuse les restes d'un éclairage public de plus ou moins bonne qualité dont nos yeux écarquillés récupèrent les miettes comme des chiens affamés.
    Moi, c'est ce que je remarque, mais Cookie est plus pragmatique et me demande la direction à suivre. Je me demande pourquoi je ne suis pas carré comme lui. À vrai dire, je m'en moque totalement d'aller à droite ou à gauche : même si on y rencontre des choses différentes, pour moi, c'est strictement identique. J'hésite, j'aimerais bien lui laisser la décision, mais je sais qu'il ne la prendra pas, car même si Cookie pense à ce genre de choses, il ne fait que les présenter aux autres pour se débarrasser de la responsabilité d'avoir à choisir pour autrui. Suivre le hasard serait ridicule, ça nous donnerait une dimension métaphysique que je déteste, je veux dire, qui aime laisser son chemin varier en fonction de quelque chose d'aussi abstrait que le hasard ? L'habitude est un maître plus doux à subir, car au moins sait-on à quoi s'attendre avec lui - à tel point que la dépendance que l'on peut développer à l'égard de ce si décrié principe devient criante lorsque l'on s'en retrouve brutalement privé.
    J'hésite pour une décision qui n'a pas d'importance, je sais que c'est pathétique, mais ne venez pas ramener votre sale gueule pour ça. C'est justement parce que ça n'a pas d'importance que la décision en devient difficile à prendre.

    « À gauche. » dis-je finalement en prenant la tête de notre expédition.

    On ne voit pas grand chose, et c'est peut-être mieux ainsi, parce qu'on ne sait pas quels trésors de décrépitude renferme un quartier comme celui-là. Remarquez, pas que ça me dérange, je me sens plutôt à l'aise dans ces environnements décadents, ils sont à l'image même de mon cœur, ça fait plaisir de se sentir chez soi même ailleurs.
    Je laisse nos pas devenir les seuls bruits qui animent ce quartier un peu trop mort. C'est moi qui décide de la direction qu'il faut prendre, mais quant à la conversation, je ne sais pas quoi dire. Je ne suis pas un garçon qui a de la conversation, c'est mon frère qui a tout pris. Comme j'étais un peu trop fade, j'ai pris l'habitude de me considérer comme une personne inintéressante. Et vous savez quoi ? Le propre de l'inintérêt, c'est de ne pas être digne d'être dit. Donc ce que je suis, ce que je fais ne mérite pas d'être partagé avec quiconque.
    Du moins, ça, c'était avant que je sois cassé. Maintenant, j'ai un besoin de mots, mais à cause de mon habitude passée, je les ai perdus. J'ai essayé d'être écrivain, à un moment, en me disant que ma parole devait servir à autre chose, mais là encore, j'ai échoué. Alors je me tais parce que le logos m'est inaccessible...
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    Re: courgettes (mimi)
    le Ven 29 Déc 2017 - 16:05
    J'attends une direction comme on attend un sens. Comme si j'allais subitement comprendre où il veut m'emmener. Ou du moins, que je serais en état de le faire - si j'étais un peu plus intelligent.
    Depuis l'entrée, la lumière de la nuit est presque aveuglante. Presque autant que l'obscurité de la cage d'escalier.
    Mais quand il me dit, gauche, je ne comprends rien de plus. C'est comme si la nouvelle voie qui s'ouvre devant nous ne change rien. Bon, tant pis. Ce n'est pas comme si on choisissait le sens de notre vie, subitement. On va à gauche peut-être parce que la lumière est plus faible à gauche, parce que le soleil s'est couché à droite. Il y aura toujours des maisons sales, avec des fenêtres éventrées et des portes béantes ; et derrière les vitres grises de poussière, peut-être un visage poindra le bout de son nez, et sera le témoin muet de notre passage. Qu'est-ce qui change ? Rien.
    On passera ensuite à un autre quartier, et ce sera la fin du voyage.
    Dimitri laisse le silence planer entre nous ; je sais pourquoi. Il ne sait pas parler ; c'est comme si le verbe lui avait échappé. Et depuis, il n'en fait plus rien, de sa langue malicieuse ; il me laisse cette initiative-là. Je respire profondément. L'air froid de la nuit chatouille mes poumons. Je manque de tousser.
    Pourtant ni lui ni moi ne frissonnons ; nous ne portons pas non plus de gros manteaux non plus : nos doigts ne sont pas couverts de gants et nos coups d'écharpes. Mais nous en sommes probablement au stade où nos corps se sont habitués ; aussi l'enveloppe qui nous entoure est-elle insensible à la fraicheur nocturne.
    (Je la sens à peine, à travers mes vêtements.)
    « Dimitri, l'appelé-je, alors que je marche à son niveau et que je tourne la tête dans sa direction, c'est quoi ton rêve le plus cher ? Ce n'est pas rentré chez toi, je me trompe ? »
    En Dimitri, il y a quelque chose de fini, comme s'il portait le poids d'un évènement qui ne peut être défait. Peut-être supporte-t-il le fardeau d'une faute qui l'étouffe encore. Mais il n'est pas de ceux qui lèvent les yeux et parlent de leur foyer avec leur regard.
    Moi non plus, d'ailleurs.
    Je n'ai pas vraiment envie de rentrer chez moi, c'est un endroit où il n'y a pas d'amour. Et je crois que j'aimerais bien qu'on m'aime un peu. Juste assez pour que je me dise que ma vie a un sens, vous voyez.
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    Les gens oublient souvent pour quoi ils se battent. Pas moi.
    Je suis solide comme un roc. Plus pur qu'un diamant brut ; je ne les laisse pas facilement casser mes convictions. Je les affirme jusqu'au bout, jusqu'à la mort s'il le faut.
    L'histoire ne gardera pas de moi le souvenir d'un homme tendre, si encore elle daigne se souvenir de moi. Elle ne verra que la force avec laquelle je me suis dressé contre la tyrannie. À moins qu'à ses yeux je n'incarne moi-même une forme de chaos excusable par sa teneur juvénile, un jeune homme aveuglé par ses convictions qui aura répandu la terreur et la mort pour de grandes idées auxquelles il ne croit plus.
    Et je me gausserai d'elle, impitoyablement, pour avoir cru que quelque chose de moi était digne d'être mémorable.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Lun 1 Jan 2018 - 17:46
    Un instant ne flotte entre nous que le silence de nos langues et les tonalités de la ville, doucereuse mélodie désaccordée à laquelle nos oreilles décadentes ne sont déjà que trop habituées. Nous pourrions rester ainsi pendant des heures avant que la faim de nos estomacs ne devienne trop pesante à supporter, que nos épaules se chargent d'une fatigue trop lourde à porter, que nos âmes s'épuisent de la monotonie qui leur est imposées, nous contraignant, par la force des choses à mettre un terme à notre épopée. Mais je crois que nous nous lasserions avant. Le paysage n'a rien d'extraordinaire en soi, à croire que le quartier ne saurait s'étendre en autre chose que des barres grises et du béton épais, nous n'avons donc pas grand chose à regarder. Heureusement, il fait assez nuit pour que notre esprit puisse imaginer ce que nos yeux ne parviennent pas à regarder. Mais bon, c'est pas franchement ce qu'il y a de plus divertissant au monde.
    J'entends la question de Cookie en me disant que ce garçon a vraiment un talent inouï pour trouver exactement les questions qu'il faut me poser. Des rêves, je n'en ai pas vraiment, car j'emplis mon sommeil de cauchemars, mais c'est une réponse que Cookie n'acceptera jamais. Les personnes en détresse comme lui sont celles qui portent généralement le plus d'espoirs pour autrui, alors qu'elles ont perdu toute espérance semblable pour elles-mêmes. Il faudra donc que j'ai des rêves moi aussi, si je ne veux pas décevoir mon camarade de la nuit. Ah, mais c'est une question délicate, qui suppose d'écouter son cœur et d'accepter ses pulsions les plus secrètes, voilà bien quelque chose à quoi mon caractère fuyant refuse de souscrire. Être honnête avec moi-même est bien la dernière chose que je désire en cet instant précis et, en admettant que je trouve un jour le courage nécessaire pour mener cette pénible introspection, ce n'est certainement pas quelque chose que je ferais par une belle promenade nocturne.
    Puisque je refuse de réfléchir, une réponse spontanée serait sans doute la plus appropriée, mais j'ai trop peur de ce que je pourrais révéler pour lâcher ainsi la bride. Si ce n'est mon jugement que je crains, ce que Cookie pourrait en tirer m'effraie bien trop, bien que je sache qu'il n'en fera jamais mauvais usage. Cependant, l'apprenti yakuza est quelqu'un que je respecte déjà trop pour accepter de laisser l'image que j'aimerais qu'il ait de moi s'écorner avec une honnêteté mal avisée. C'est pourquoi je préfère me cacher prudemment derrière une réponse négative :

    « Je sais pas, j'ai pas trop de rêves. Je suis venu là parce que c'était trop pesant chez moi, pas parce que j'avais quelque chose à y gagner. »

    Je hausse les épaules, m'ornant de cette indifférence faussement instinctive avec laquelle je réponds lorsque je me sens acculé. Et, rapidement, je retourne l'attention sur celui qui prétend m'interroger :

    « Toi, je te vois pas trop avoir des rêves, révélé-je. T'as l'air plutôt... passif. Comme si tu attendais de voir ta vie se dérouler, en attendant de voir un moment que tu pourrais regretter... ou non, plutôt, quelque chose qui te fasse te rendre compte que tu es en train de gâcher ta vie. » Conscient que je vais peut-être trop loin dans l'analyse et que j'extrapole probablement, j'ajoute rapidement : « Mais je me trompe peut-être. Tu pourrais très bien être le genre de type qui a vu tous ses rêves déçus. »

    J'y crois moins, malgré l'assurance avec laquelle je m'exprime, car cela donnerait à Cookie moins de mystère que ce qu'il a vraiment. En fait, c'est comme si on avait privé ce garçon de rêves dès l'origine et qu'il ne sait pas comment on fait.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Ven 5 Jan 2018 - 21:26
    Je ne sais pas si j'ai un rêve, moi.
    Les gens en ont, souvent. Parfois ce sont des rêves stupides et minuscules. Il y a des gens qui n'ont pas d'objectif dans la vie, pas d'ambition, comme moi ; mais eux, ils rêvent du moment où ils pourront se poser, et fermer les yeux, et s'enfermer sur eux-mêmes. Ils rêvent du moment où tout s'arrête, le soir qui tombe sur la ville, l'instant même où ils posent la tête sur l'oreiller et tentent de s'endormir. Mais moi, non : je hais ces moments-là. Je suis laissé à moi-même, et c'est la plus mauvaise chose qui soit.
    Je ne rêve pas même pas de l'instant où je serai tranquille - alors je ne rêve de rien.
    Mais je ne peux pas dire que je vis dans le présent. Ce serait trop simple. Le présent, ça file entre les doigts, on ne sait jamais quoi faire pour le retenir. En fait, il n'y a sans doute pas de solution. On le laisse glisser, c'est tout.
    Je sais que ma question est piégeuse, mais je ne veux pas que Dimitri s'en sente frustré. Limité par le besoin de répondre. Je n'attends rien des gens, je ne leur demande pas de me donner quoique ce soit. Moi j'offre quand j'ai envie, et je concède quand je n'ai pas le choix. Je ne prends pas ce qu'on ne veut pas que je reçoive.
    Je crois que Dimitri s'en fiche un peu, des rêves.
    De cette indifférence dont on s'arme quand on a perdu le luxe de l'innocence.
    Rien que d'y penser, ça me fait mal aux yeux. Et il a raison, Dimitri. Je pose une question à laquelle moi non plus, je ne peux pas répondre. Passif, je ne sais pas - des fois, je dois bien essayer des choses. Je dois agir des fois.
    Je ne sais pas.
    Je pose les yeux sur lui, je le regarde ; d'abord je ne dis rien, puis je lui souris avec douceur. J'aimerais chasser de son regard les soupçons d'inquiétude que j'imagine dormir dans le fond de ses iris.
    « Peut-être. » Je suis un mystère, DImitri, tu sais. Un mystère à mes yeux, surtout. Peut-être que toi, tu en comprendras plus loin. Il paraît qu'on n'arrive jamais à se comprendre parce qu'on ne se voit pas de l'extérieur. Et que les autres ont en eux des parts de vérité sur nous ; si on pouvait les rassembler, on créerait peut-être un clone de nous-mêmes. « Je ne suis pas sûr que je ne fasse qu'attendre, en fait. J'ai plutôt l'impression que je fais d'autres choses, tu vois. Je comble et je vois. Je ne sais pas si c'est une bonne vie. » Je me racle la gorge, un peu gêné. « C'est vrai que j'attends beaucoup. »
    Le truc avec Dimitri, c'est qu'il peut me parler sans rien cacher. Je vais pas me vexer. Je crois pas que je suis un modèle ; ma vie elle ferait sans doute frémir plein de gens. Mes pensées, elles leur arracheraient leur crâne. Ah, je ne sais pas comment je fais pour survivre ; et ce n'est pas très grave, tant qu'on a le cœur qui bat, rien n'est fini. Je crois.
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    Je suis solide comme un roc. Plus pur qu'un diamant brut ; je ne les laisse pas facilement casser mes convictions. Je les affirme jusqu'au bout, jusqu'à la mort s'il le faut.
    L'histoire ne gardera pas de moi le souvenir d'un homme tendre, si encore elle daigne se souvenir de moi. Elle ne verra que la force avec laquelle je me suis dressé contre la tyrannie. À moins qu'à ses yeux je n'incarne moi-même une forme de chaos excusable par sa teneur juvénile, un jeune homme aveuglé par ses convictions qui aura répandu la terreur et la mort pour de grandes idées auxquelles il ne croit plus.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Dim 21 Jan 2018 - 9:38
    On croirait qu'il suffit de naître avec tous ses membres et ses organes pour être entier, comme si notre enveloppe corporelle suffisait à juger de notre intégrité. La vérité est toute différente : ceux qui paraissent entiers ne le sont pas forcément. Ceux à qui il manque quelque chose adoptent instinctivement le réflexe de cacher le vide en eux - derrière des sourires, derrière des colères, il ne faut surtout pas que ça se sache, vous comprenez, même si on ne sait pas vraiment pourquoi. Ce n'est pas honteux d'être dépourvu de rêves, et pourtant, aucun de nous deux ne saurait clairement l'avouer, à croire que nous n'avons que trop conscience de l'anormalité que nous représentons. Même les pauvres hères qui doivent se cacher derrière les fenêtres brisées doivent avoir des rêves - surtout eux. Nous ne valons pas beaucoup mieux qu'eux, et pourtant, nous sommes dépourvus de cet espoir qui nous ferait aller mieux, si seulement nous savions comment nous y raccrocher.
    Cookie a raison : nous remplissons notre vie parce que nous ne savons pas quoi faire de mieux. Il ne parle que de lui, et pourtant, derrière ses paroles, c'est moi que je crois reconnaître. J'ai peu à peu perdu l'espoir de voir mon frère me pardonner. C'est pourtant l'événement que j'attends avec le plus de nécessité, comme un besoin vital qui me maintient en vie tant que je n'ai pas accompli ma destinée. Ensuite, je serai mort, je crois, mais je sais au fond que ce n'est pas la vérité : il y aura quelque chose après. Je ne sais pas encore quoi exactement, mais je sais que ce sera douloureux, car je ne connais pas grand chose qui soit dépourvu de douleur. Même cette paisible conversation avec Cookie m'oblige à poser les yeux sur des réalités desquelles je voudrais me détourner. D'habitude, c'est la colère qui m'aveugle, servitude volontaire qui me permet de se sentir en sécurité. Mais je suis trop calme, et sans danger.
    Je ne peux pas lui dire ce que j'attends. Je ne saurai être complet tant que je ne l'aurai pas réalisé, mais même si cela se fait, je resterai encore moitié. J'ai perdu quelque chose, là-bas, sous le champ de balles qui sifflaient à mes oreilles. J'ai perdu ma dignité, j'ai perdu ma beauté, et les mots que j'ai gagnés en retour sont corrompus et incapables d'exprimer ce que je ressens. Oh oui, grande avancée.
    Mais ce n'est pas un rêve, vous comprenez. C'est juste une prison dont je ne sais pas m'extirper.
    Et c'est exactement ce dont souffre Cookie, je pense. Mais je préfère le vérifier :

    « Dis-moi, ça ne t'arrive jamais de vouloir t'échapper ? »

    Ça peut paraître ridicule, parce qu'on s'est tous deux déjà échappés une fois, mais ce n'est pas la liberté qu'on a trouvés. On a juste suivi la fuite. Nos pensées, elles, continuent à nous plomber. Je sais ce que je pense, je ne sais pas trop ce qui hante Cookie, mais je sais que c'est terrifiant à sa manière. Pas de sang et de larmes, mais une réalité cruelle qui nous oblige à faire face à notre identité. Et personne ne saurait être prêt à cela.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Mer 21 Fév 2018 - 12:20
    Quelque part, je me suis enfermé dans un cycle, et j'ai pas vraiment envie d'en sortir. Oui, c'est ça qui manque : une volonté réelle. J'ai la volonté d'exister, pas de vivre, et je crois que ça change tout. C'est pour ça que j'attends : à un moment donné, peut-être mes forces reviendront. Ou j'aurais un déclic. Mais qu'importe, si je fais ce qu'on attend de moi ? Je suis toujours là quand il faut attendre, je ne bouge pas d'un pouce, je deviens statue et j'oublie presque que je respire. Au moins, il y a un parti qui voit ses attentes comblé. C'est bien.
    Enfin cela dit, même la façon dont je suis là, c'est dur.
    Faudrait que je me bouge, que je me claque les joues, que j'arrête de m'endormir contre des radiateurs.
    Je ne sais plus depuis combien de temps je suis là, et j'avais juré que je me reprendrais. En fait, non. Je vis toujours comme un parasite. En fait non. Je ne vis même pas, je me regarde vivre. Vous savez, c'est toujours mieux que de vouloir mourir. Je veux juste être heureux, et je n'ai juste pas encore trouvé la bonne solution.
    Parce que je vis dans des souvenirs - alors je n'ai pas de rêves.
    J'en aurai le jour où je m'en serais extrait, où j'arriverais à me dire que tout ça, c'est du passé.
    Du coup, je marche à côté de Dimitri, et pour une fois je ne me sens pas seul. Même quand il ne me regarde pas, il a cette façon d'être, de combler l'espace, il est inoubliable. Sa présence, on la sent : c'est comme s'il irradiait un peu de chaleur. On ne fait que l'imaginer, parce que c'est l'hiver et qu'il fait froid. Je resserre les pans de ma parka contre mon corps. J'ai un de ces sourires, vous savez, on dirait que je suis bien. En fait je le suis peut-être. C'est l'effet Dimitri. Ce type il est malheureux, parce qu'on le rejette, parce qu'il est dévoré par la culpabilité. Mais il a besoin d'amour, comme moi. Il a besoin d'avoir une famille, et nos familles nous ont dit Tu n'en vaux pas la peine. Enfin, pour moi. Je crois que pour lui, c'est plus compliqué que cela. Peut-être qu'ils ne le lui ont jamais dit, mais c'est ce que lui entend.
    Ce sont des mots qui tournent dans les oreilles, vous savez, et on ne s'en défait pas car quand on se bouche les tympans, ils nous glissent entre les doigts et frappent en plein cœur. Alors ça fait un peu mal.
    « Non. » Je n'ai pas envie de m'échapper, pas envie de m'écharper. « Chez moi je n'aurais jamais été heureux, c'est comme si je n'existais pas. » Et l'indifférence, c'est ça qui tue. Si on vous dit que vous n'êtes rien, à force vous y croyez. Vous n'avez de substance que lorsque vous existez aux yeux des autres. Les marques, les brûlures que vous vous infligez, elles n'existent pas non plus. Vous ne les montrez pas. Donc elles ne sont pas réelles. Et comme vous, vous les sentez, comme elles vous arasent les nerfs, vous finissez par ne plus vous sentir réel.
    Sauf que moi, je suis différent.
    Moi j'ai souri, j'ai dit que ce n'était pas grave, et on m'a tendu la main.
    Il y a des gens qui aiment mon illusion, et c'est peut-être bien, parce qu'au moins on aime quelque chose de moi.
    « En fait faut pas vouloir s'échapper. On a tout pour être heureux, ici. Enfin. Sauf quand les gens qu'on aime meurt. Mais sinon, on n'est pas pire qu'ailleurs, je crois. » J'en suis persuadé.
    Il y a eu des gens pour m'écouter, ici à Pallatine.
    Des gens qui m'ont dit que j'en valais la peine. Alors vous savez, vous serez toujours sauvés à un moment. Mais il ne faut pas attendre les autres. Il faut se sauver soi-même, se convaincre qu'on peut le faire. Et après seulement, il y aura des gens pour vous dire, veux-tu devenir yakuza ?
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    Re: courgettes (mimi)
    le Mar 17 Avr 2018 - 11:07
    Ce n'est pas moi qui me trompe, c'est mon cerveau. Il a créé un esprit pour qui la véritable prison n'est pas la chair mais le rempart de ses propres pensées. On n'est jamais aussi isolé en soi-même que quand on a un esprit qui se persuade que la fatalité existe. Par la fuite, je ne pense pas à la mort - ce n'est pas une fuite, ça, c'est un excès de non-existence si choquant que cette seule idée me fait trembler. Vous vous rendez compte ? Quand vous êtes mort, vous ne pouvez plus rien faire, vous n'avez même plus l'opportunité de vous excuser. La mort ne vous libère en rien, elle vous enferme dans une prison encore plus forte que celle de l'esprit parce qu'elle vous prive de toute possibilité. C'est vrai que je ne fais pas grand chose de ma vie, et que je ne saisis pas assez les possibilités qui me sont offertes, mais au moins, j'ai toujours l'opportunité de changer.
    La fuite, pour moi, serait me libérer de toute responsabilité, d'une radicalité définitive et furieuse. Faire tabula rasa pour entamer une nouvelle vie - sans payer le prix de mes souvenirs, auxquels je reste attaché, mais je voudrais pouvoir y repenser sans que ma réaction excède l'intensité d'un sourire amusé face à la naïveté de mon moi passé. Je ne sais pas trop ce que je propose, je sais très bien que ça n'existe pas, que je ne suis pas assez raisonnable pour adopter un point de vue détaché. Mais je suis assez stupide pour le désirer de tout mon être.
    Pragmatique, Cookie ne se laisse pas embarquer par des souhaits désespérés - j'en reste estomaqué, de cette simplicité qui accepte sans broncher tout ce que cette foutue destinée peut lui proposer - et je constate à quel point ce jeune homme est un exemple, plus sage encore que le plus vénérable des ancêtres sur lequel je veille. Les vieux pensent avoir tout vu, tout vécu, mais ils n'ont jamais assisté à ce prodige, cette forme pure de résilience qui se soumet sans broyer, ce roseau des temps modernes qui saura toujours triompher de l'adversité. Taichi survivra à tous les traitements qu'on peut lui imposer - il est l'espèce la plus aboutie des mauvaises herbes qui puisse exister, une véritable petite merveille des bas quartiers. Oui, je suis très jaloux. C'est exactement ce que j'aimerais pouvoir faire, parce que ça voudrait dire que je pourrais vivre sans avoir besoin d'évoluer.
    Faut que j'arrête, ou je vais commencer à l'idéaliser.
    Mais je crois qu'il a raison au fond, je devrais arrêter de me prendre la tête.
    Je ne veux pas être en reste, ma fierté en prendrait un coup. Je renifle, je bombe le torse, et j'affirme, comme si je savais ce dont je parlais :

    « Et puis, il y a des autres soi-même ailleurs. Pas sûr qu'ils soient plus heureux. »

    Si aucun des miens n'a sombré dans le crime et trempé la mitraillette dans le sang fraternel, je crois qu'il a des chances d'être plus heureux, ceci dit.
    J'aurais pas dû y penser, maintenant je suis triste et j'ai envie de frapper. Je me comporte comme si j'avais été victime d'une injustice inadmissible alors que c'est moi-même qui me suis foutu dans ce merdier. Mais non, c'est ma faute, juste ma faute, quand est-ce que ce foutu esprit va enfin accepter cette idée ? Même la présence apaisante d'un ami ne m'empêche de serrer poings et mâchoire avec agressivité. Peut-être que j'ai l'air blessé ?

    « Dis, Cookie... est-ce que tu me pardonnerais ? »
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    Re: courgettes (mimi)
    le Lun 7 Mai 2018 - 21:27
    Je regrette pas Pallatine.
    Ok, moi aussi j'ai laissé des choses derrière moi. Je suis pas si différent, j'ai abandonné comme tout le monde. On ne peut pas changer de planète si on ne cède pas sur ce point. Mais ce que j'ai laissé, je ne l'aurai pas forcément gardé. Je n'avais pas pour moi des sentiments qui m'auraient sauvé. J'avais juste des regrets, des dettes que je ne pouvais pas payer - des souvenirs qui parfois m'effleurent encore, dans les moments où je suis vulnérable. C'est comme ça, j'ai pas lâché des gens et j'ai pas lâché un foyer auquel je tenais. Des fois je me dis que je suis une erreur, parce que c'est plus facile pour moi. Tout est plus facile, jusqu'à renier le prix de la vie, dans la théorie. J'y arrive trop aisément, car ma propre vie je la conçois comme une monnaie d'échange. Des fois je sais qu'elle ne m'appartient plus, et que j'aurais pu la céder pour plus qu'une simple bouchée de pain.
    Enfin j'ai toujours été un piètre négociateur, j'ai jamais su m'entraîner.
    J'ai toujours dit oui par peur qu'on me referme la porte au nez.
    Bref je suis un peu pitoyable, dans le genre où je supplie un peu les autres de me laisser vivre. Chez moi j'avais pas trop le choix. Si t'es pas reconnaissant, tu dégages. J'ai apprécié chaque caresse du soleil sur ma peau, chaque matin délicat me cueillant comme une fleur. J'aime vivre, vous vous rendez pas compte, j'en hurlerais.
    Mais je n'ai jamais songé à d'autres moi, non. Je suis trop centré sur moi-même, je pense avant tout à qui je suis, et j'ai le sentiment que les autres ne sont pas moi, même s'ils le sont. C'est Pallatine qui m'a changé, juste un peu, mais juste assez. Maintenant j'ai des choses que je peux perdre. Une routine qui me convient moins que mon ancienne. La certitude que je peux appartenir quelque part. Oh mon dieu, je voudrais pas qu'on me prive de ça. Je veux tellement croire que j'ai le droit à ma propre place, pas étonnant qu'on puisse me contrôler.
    Je suis pas plus heureux pour autant.
    Cela dit le bonheur c'est pas d'être toujours au top, et j'ai connu le bien-être dans mon propre monde. Ça reviendra. Ce sont les angoisses qui s'apaisent assez pour que je n'en tremble plus.
    « Est-ce qu'ils sont vraiment nous-mêmes ? »
    Je murmure, je ne suis pas sûr qu'il m'ait entendu, et puis, ça ne compte plus. Dimitri, il me parle de pardon, et derrière sa question, j'entends ses crimes qui résonnent dans la vie. Ah, lui non plus ne doit pas très bien dormir à cause de ça. Moi j'ai rien dont on peut m'accuser, si ce n'est de n'avoir rien fait. J'ai peut-être été victime de délits que je n'ai pas vus, je ne sais pas si c'est parce que je ne les ai pas remarqués ou parce que je les ai ignorés. Qu'est-ce qui est pire ?
    Oh, pourquoi est-ce que je cherche à être un type bien de toute façon, je suis juste Cookie.
    « Ouais, je te pardonnerais. » C'est ce que je lui dis, là, dans la pénombre, en postant mes yeux sur lui, et ma langue se meut toute seule, parce qu'elle a envie d'extérioriser ce qui stagne dans le cœur. « Si tu regrettes, je te pardonne. » Oui, je le pardonne, même si je ne sais pas ce qu'il a fait - mais ça n'a pas d'importance. Ce n'est pas mon pardon dont il a besoin, alors même si je l'accorde, ça n'a guère de valeur. C'est peut-être juste une façon d'adoucir un peu sa misère, de faciliter la naissance de ses sourires. Je peux rien d'autre pour lui, en fait.
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    L'histoire ne gardera pas de moi le souvenir d'un homme tendre, si encore elle daigne se souvenir de moi. Elle ne verra que la force avec laquelle je me suis dressé contre la tyrannie. À moins qu'à ses yeux je n'incarne moi-même une forme de chaos excusable par sa teneur juvénile, un jeune homme aveuglé par ses convictions qui aura répandu la terreur et la mort pour de grandes idées auxquelles il ne croit plus.
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    Re: courgettes (mimi)
    le Jeu 10 Mai 2018 - 12:38
    Je me méprise d'avoir la faiblesse d'exposer ma blessure à ciel ouvert alors que je n'ai rien fait pour la soigner. Je me méprise pour ce ton gémissant que mon âme adopte lorsque je révèle mes plus sombres pensées. On sent bien que j'appelle la rédemption du plus profond de mon être, qu'elle est devenue la condition même de mon existence, sans laquelle je ne suis que vacuité, que ce besoin aspire ma chair et la marque des griffes blanches de l'anxiété. Mais ce que l'on ne comprend pas, et je ne fais pas exception à la règle, est pourquoi je suis incapable d'attraper de mes mains cet échappatoire sacré, alors que j'en aurais les moyens, si je savais proprement m'excuser. Pourquoi je préfère tourner en rond plutôt que d'affronter mes responsabilités. C'est vraiment, je pense, ce qu'il y a de plus de détestable dans ma personnalité - j'ai la force d'agir et de réparer mais je m'en sers plutôt pour m'apitoyer, et ça, c'est quelque chose dont on ne devrait pas se vanter. Quelle lassitude que ces problèmes, à demi-imaginaire, dans lesquels je m'enfonce, à force de chercher des biais.
    Je voudrais être fort, je voudrais é c r a s e r, mes misères d'abord, ce culte absurde que je voue à la culpabilité, et si je le pouvais, tous ceux qui se dresseraient devant moi pour me blesser. L'image que je me fais de mon moi idéal, superposée à la figure charismatique d'un aîné que j'ai pourtant tenté d'éliminer, se dresse, fière et omnipotente, sur les ruines de ma fierté, qu'elle a balayée en même temps que ces miettes corrompues que j'appelle mon identité. Ce Dimitri-là serait si différent, mais porterait mon nom, et mon visage, et il serait paré des attributs du héros - non plus le héros communiste que je rêvais d'être, drapé dans ces fleuves rouges que son arme a fait couler, mais un héros du quotidien, qui ne recule pas devant les frayeurs de la banalité. Devenir une épaule sur laquelle sur reposer, pour enfin sauver de leurs erreurs tous ceux que j'ai le malheur d'apprécier - des malheureux, des brisés, des êtres si plein de l'extérieur et pourtant faméliques à l'intérieur.

    Et vous savez le pire ?
    C'est que Cookie, lui, me pardonnerait.
    Il fermerait les yeux sur toutes mes erreurs, même celles qu'il ne peut imaginer, parce qu'il n'en a rien à faire, des pêchés qu'on peut porter, parce qu'il est intimement persuadé que l'on vaut plus que tout ce qu'on peut nous reprocher - et cela me brise entièrement. Chancellent, ces genoux qui me rapprochent du sol, mes mains amortissent ma chute jusqu'aux pavés, ma bouche qui s'étire enfin en un sourire laisse échapper un doux rire de dément. Les larmes que mes yeux ne sauraient abandonner se coulent dans ce rire blessé, presque inaudible, sauf à celui qui sait écouter. Sur ces épaules qui tressaillent lentement, le poids de la culpabilité sans plus léger.

    « Oh, Cookie, si tu savais... »

    Il se doute peut-être de ce que j'ai fait, et c'est justement ça qui est extraordinaire, et qui le rend unique, cette connaissance intuitive qui se passe de détail. Et en même temps, je suis heureux, plus heureux que je l'ai jamais été à Pallatine, grâce à cet ami qui vient de m'accepter. Bénie soit son indifférence, elle est la plus douce des émotions qui m'aient été donnée. Et je m'esclaffe presque, étouffé :

    « Avec toi, tout est si facile... si parfait. Je me sens revivre. »

    Je laisse la douceur de ce rire réchauffer mes organes, ankylosés par la longue nuit que je suis en train de traverser. Je ressens un sentiment d'humanité inédit - oui, je me sens humain, malgré la douleur qui ne m'a totalement quitté, plutôt que vermine, et c'est une vérité que j'avais complètement oubliée. Je profite de cette sensation le plus longtemps possible, avant que la dure réalité ne vienne se rappeler à mon bon souvenir, et me propulser dans le méandre de mes angoisses et attentes avec lesquelles je m'asphyxie.
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