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    all we do is think about the feelings that we hide // Sansar

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    il est de ces fantômes qui hantent les champs de batailles déserts, les semelles rougies par les sillons des attaques et l’œil avide du moindre survivant pour mieux fondre dessus. Pour le piller, ou le sauver -et lui en réclamer le prix du sang. Hart en est l'ombre, offrant un savoir et une dextérité hors pair d'un bras métallique rougi pour soigner, réparant les vivants et enviant les morts. Marquant les bien portants pour leur rappeler qu'ils peuvent finir en cadavres. Survivant et impassible, il méprise ce sentiment de confort et de sécurité qui oppresse les habitants de Pallatine quand lui lutte au quotidien contre le syndrome post-traumatique.
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    le Lun 23 Avr 2018 - 12:59


    Ses phalanges carmines glissent sur le papier glacé, cherchant la dénomination latine exacte de la veine sur les impressions d’écorchés. Le mot lui vient en tête machinalement dans sa propre langue, et il cherche sans succès dans l’énorme volume la traduction de chaque petit nerf dans cette langue qu’il ne maîtrise pas suffisamment. Les feuilles éparpillées autour de lui et accrochées à la va-vite sur les murs nus sont recouvertes d’une écrite minuscule et serrée, compilant autant de références en suédois que de leurs équivalents anglicans, assortis de schémas surprenamment détaillés pour un œil extérieur. Plusieurs encyclopédies jonchent le sol, côtoyant livres de cours universitaires et précis d’anatomie hauts en couleur sur lesquels il planche sans relâche depuis quelques temps. Peu importe le jour ou l’heure, même si le matin se déroule en basse lumière au dehors sans qu’il s’en aperçoive, comme les coups discrets frappés à sa porte. La troisième salve, plus insistante, finit par le sortir de son labyrinthe nervé pour aller s’enquérir du dérangement. Prudent, cette fois, après les visites de menace impromptues qui lui font vérifier le verrouillage du battant principal plus qu’à l’accoutumée ; cependant, se donner la peine de frapper refrène sa méfiance.

    S’encadrent dans l’entrée un individu encapé au fort lignage asiatique, d’une jeunesse relative, et sûrement l’homme au plus grand âge jamais croisé par le scandinave. Une réminiscence floue d’une conversation avec l’un de ses patients le mois passé traverse tranquillement son esprit, une reconnaissance de son travail et surtout des questions sur ses compétences en manière de prothèse qu’il n’a pas du dénier, trop pris par son travail ou retenu par son pauvre vocabulaire de bien s’exprimer. Tout client est bon à prendre, de toute manière, s’ils en ont les moyens et le courage, et il ne referme sa porte qu’en cas de défaut de paiement. Un salut bref en opinant du chef, et il les laisse entrer à sa suite dans l’enceinte aux relents d’anesthésique masquant difficilement l’odeur ferreuse omniprésente. Hart reste fasciné par le vieillard qui semble couver d’un œil vitreux le plus jeune, en dégageant le plus grand des calmes possibles sans proférer mots ou menaces, quand son accompagnant s’introduit plus formellement après avoir dévisagé l’hôte sans pudeur. Sa réputation le précède comme une ombre de charognard, ou comme un spectre efficace ? Si son physique ou ses méthodes brutales ne rebutent pas le chaland qui débarque à l’heure du crime dans l’optique de survivre quelques jours de plus.

    - D’habitude, les gens sont en moins bon état. Expliquez-vous.

    Tous deux semblent bien portants, chose inhabituelle pour chaque passager ponctuel de ses quartiers, et, dérouté un instant, il les invite à s’asseoir à la table où patientent habituellement les acolytes horrifiés par le sang, quand il reste debout pour les toiser. Le plan de travail est jonché de fioles, bouteilles, paperasse côtoyant nonchalamment instruments de tortures et pièces éparses de mécanique précises, tout l’étalage d’une vie décalée. Le plus jeune, quêtant un regard ou une approbation du vénérable le suivant finit par divulguer le nom de celui qui l’a recommandé, avant de dévoiler son bras droit amputé de presque tout son avant-bras, et dissimulé sous des bandages. D’un signe, l’ancien soldat l’examine rapidement, retirant la protection sommaire pour dévoiler précautionneusement un moignon irrégulier et hideux, tout d'un camaïeu foncé. Récent accrochage, tranché sans précaution mais par violence, sûrement, et encore trop sensible ; d’un regard inquisiteur de sa part, le jeune homme explique sommairement la cause de la blessure à celui dont il n'a pas lâché la main inorganique du regard. Effrayé, ou impressionné.

    - Si tu as les moyens. Si ton corps le peut. Et que tu es capable de le supporter –ce sera aussi douloureux que lorsque tu l’as perdu.

    Ses questions s’adressent au potentiel patient, mais c’est vers le senior qu’il se tourne, toujours intrigué par sa présence. Voire son existence.


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    Transféré à seize ans pour satisfaire les intérêts de Chun-Lian, feu son Maître, Sansar entama son existence à Pallatine en qualité de prostitué. Ancolie - puisque tel était son surnom au sein de l'Hanafuda - fut éduqué par le Chinois en vue de lui servir de bras droit lorsque la maturité et la vérité auraient eu raison de son innocence. Aux côtés de son mentor, celui qui se fit ensuite appeler Temudjin dans une diaspora fraîchement établie - un regroupement de clans à l'époque - s'érigea en ambassadeur de la Maison et, de façon plus politique, devint coordinateur de l'ensemble du réseau de prostitution asiatique.
    Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
    Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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    all we do is think about the feelings that we hide // Sansar Empty Re: all we do is think about the feelings that we hide // Sansar
    le Sam 5 Mai 2018 - 21:57
    Il y a dans les yeux de celui-là une noirceur dont Temudjin se souvient sans avoir besoin de l'observer.

    À peine deux semaines plus tôt son monde était rouge et lui ne distinguait rien. Le respirait, juste, ce rouge ferrugineux, ce pourpre métallique maculant l’ourlet de sa tunique ; et le ciel était plein de cette odeur d’encens poisseux qui lui collait aux sinus , ci-bas quelque part dans les sales quartiers écarlates. Au bout de son bras geignait la silhouette qu’il connaissait d’ordinaire vaillante et tête haute, toujours fière d’œuvrer pour la prospérité du clan asiatique – un lointain trentenaire délicat quoique sévère, et consciencieux, et loyal, et père, prénommé Hwa Nung –, et là où tressaillait la main orpheline agrippée à sa manche il offrait un appui qu’il s’efforçait de raffermir malgré les défaillances de son grand âge. L’autre, tout à sa douleur, ne remarqua même pas l'effort.
    Et le monde était de ce rouge éblouissant, nuée brunâtre le long d’une troncature à l’irrégulière coupure, que Sansar humait comme un parfum de souvenirs. Pour lui qui ne pensait pas à la blessure, il avait au fond de la mémoire la chaleur des menstrues incrustée dans des draps jetés à la panière ; les mille bouches ouvertes sur son dos par un nerf de bœuf prompt à lui laper la peau ; le visage de ces filles allongées qui lui sourient à travers leur peur pendant qu’elles lui griffent les paumes et recrachent d’informes têtards entre les jambes ; la valse lente des carcasses suspendues que des chasseurs, en quelques gestes vifs, décortiquent de l’aine au cou. Rien qui ne ressemblait à cette plaie infligée par le seul goût de la barbarie – moins qu’un avertissement, pas même une vengeance. Un rappel tout au plus. La prochaine fois, ce sera l’autre. De fièvre ou de terreur, le cadet ne pouvait s’empêcher de trembler.
    « Prenez le repos nécessaire. Je serai à vos côtés jusqu'à ce que vous soyez complètement rétabli », glissa l’Ancêtre dans un coréen soigné, presque scolaire, que son acolyte accueillit d’un faible hochement de tête. Peut-être l’unique signe de compréhension qu’il fut alors capable d’exécuter, quand l’ensemble de ses nerfs ne parlaient plus que l'idiome du mal.

    Le jour où il avait rencontré le rouge, il était en train de discuter sur le perron du Bora Yagoï avec une de ces demoiselles dont il lui semblait qu’elle s’était noyée dans le patchouli, une campanule à la voix rauque, traînante un soupçon mais gaie, trop gaie pour son métier, au moment où le jeune avait déboulé de nulle part, complètement hagard, la face repeinte d’horreur et le costard d’écarlate, tenant entre ses phalanges l’extrémité encore vivante de son avant-bras. Pour l’Ancêtre qui ne distinguait rien, les lourds effluves de l’hémoglobine soudain relâchés près de lui conjugués au charivari souffreteux de halètements remplaçaient n’importe quel discours. Il n’avait pas besoin de plus pour comprendre. Avec en supplément le cri réprimé de la fille, sa respiration suspendue qu’elle modula très vite en une demande pour un médecin – requête aussitôt interrompue par le blessé lui-même, qui refusa net. Un médecin se contenterait de le soigner, argua-t-il pour justifier son désaccord. Arrêterait l’hémorragie, panserait la plaie, protégerait la cicatrisation. Ferait son travail, propre, net et précis. Tout ce que l’on demande à un chirurgien – rester en vie. Mais lui ne souhaitait pas cela. Quitte à avoir été sectionné, il voulait récupérer une main, qu’importe qu’elle ne fut ni sienne ni organique, il voulait continuer d’exercer son métier, de servir les intérêts de son groupe, continuer d’obéir aux ordres sans qu’on le juge inapte car amputé, inapte car incomplet. Et même s’il était, à cet instant, trop fébrile pour l’exprimer par des mots, ses mâchoires serrées parlaient pour lui au nom d'une raison plus sombre encore que le fond de ses prunelles : il voulait aussi se venger.
    Quelques jours lui furent cependant nécessaires afin de recouvrer l'entièreté de ses forces. En dépit de sa volonté, on lui imposa la civière et, profitant du délai octroyé par cette prime convalescence, Sansar interrogea qui serait susceptible de lui fournir la meilleure adresse pour ce type de services ; on lui en livra plusieurs qu'il étudia avec soin, rejetant ceux dont le dossier comportait le moindre accroc aux contrats, le moindre risque de trahison, ceux trop acquis aux causes ennemies ou au contraire ceux qui refusaient de traiter avec des mains sales. Il n'en demeura finalement qu'un seul, dont on préférait – lui sembla-t-il – prononcer le nom à voix basse, un olibrius aux méthodes peu communes, auquel les rumeurs prêtaient des pratiques barbares mais dont les usagers reconnaissaient l'excellence et la discrétion. Cette dernière qualité, il eut d'ailleurs l'occasion de l'évaluer par l'entremise d'une ou deux poupées de rue, lesquelles, invitées à se renseigner autant que faire se peut sur ses allées et venues, rapportèrent qu'elles n'avaient guère connu d'hommes à l'existence aussi austère que la sienne et que tout ce qu'on leur avait raconté sur cet artefacteur – sa propre désignation changeait d'un témoin à l'autre sans guère coïncider sur davantage que son aura effrayante et son mutisme peu engageant – tenait en une phrase : seul son travail possédait une once d'importance, puisqu'à cette exception près il n'était doué pour rien. Un commentaire qui, s'il ne surprit qu'à peine l'Ancêtre qui en constatait la subjectivité, lui causa toutefois une légère affliction. Dès lors, il n'entendit pas chercher ailleurs. Dans le même temps, Nung avait aussi questionné son entourage et, quoique les deux parties ne se fussent pas concertées, le même pseudonyme remonta à la surface. Rusty.

    C'est ainsi qu'une fois dissipée la fièvre de son protégé, une fois qu'il lui fut autorisé de quitter le lit définitivement, ils vinrent tous deux frapper à la porte du prétendu prothésiste – sans savoir ni l'un ni l'autre comment devaient-ils désigner cet étranger à l'étrange réputation. La détermination du Coréen demeure infaillible, nonobstant l'atroce couleur prise par sa blessure et le spectre d'une contrepartie trop lourde à payer. Il a confiance en cet homme que la vie a sans doute fané prématurément, car Temudjin lui a présenté ce même nom pour accomplir son vœu : le vieillard n'enverrait jamais à la mort l'un des siens. Tourbillonnant à travers l'espace qui s'ouvre à eux, Sansar respire les vapeurs d'anesthésiques et de sueurs froides qui sont le lot des salles d'opération. À la différence majeure qu'ici, il s'agit avant tout d'un foyer, aussi rustique soit-il, et que les actes médicaux se pratiquent au milieu de la vaisselle sale, de livres ouverts en une impressionnante collection d'encyclopédies ou d'instruments originaires d'un garage plus que d'un hôpital. Difficile de s'assurer que ce garçon au membre d'acier est en effet celui qu'ils recherchent, et pourtant, c'est certainement ce même membre qui leur indique qu'ils sont en face de la bonne personne. Derrière les arômes éthérés des désinfectants flotte la senteur du métal, tranchant d'une lame ou plaque de chrome, qui s'étale jusque sur une note d'hiver. Les deux Asiatiques saluent, s'installent tour à tour selon l'invitation du troisième, puis Hwa Nung expose son souhait. Ses pupilles glissent continuellement de l'un à l'autre de ses locuteurs, puisant chez le premier le réconfort et l'apaisement que le second ne daigne pas même prodiguer, tout à son efficacité. Au moins n'aura-t-il pas volé les paroles que l'on essaime dans son dos.
    « J'accepterai tous les risques. Ma décision est réfléchie et rien ne me fera revenir dessus. »
    Il y met plus de nervosité que de coutume, trahie par la rudesse de son ton. Le simple fait de poser les yeux sur le résidu de son avant-bras suffit à lui arracher un sursaut courroucé, et l'image du coupable derrière ses paupières renforce chaque fois sa résolution. Son poing rescapé se ferme tandis qu'il rajoute, à l'adresse de son aîné :
    « Je vous remercie de m'avoir accompagné jusqu'ici, Temudjin. Vous pouvez partir, maintenant... »
    Mais l'escarbille inquiète qui pointe à la fin de sa syllabe n'échappe pas à l'ouïe de l'Ancêtre ; s'il ne discerne plus les traits précis de son acolyte, il est encore capable d'entendre les émotions esquissées par son souffle. Et de vouloir les balayer à l'instant où il croise ses mains sur le pommeau de sa canne.
    « Ici, je n'ai ni yeux ni oreilles et, sur le seuil, je n'aurai pas de langue non plus. Rien de ce qui s'échangera dans cette pièce n'en sortira, de même que personne ne saura rien de ce qui y sera arrivé, soyez-en assuré. J'ai dit que je serai à vos côtés : je reste. »
    Or, si l'injonction se voulait rassurante avant tout, à l'encontre du yakuza – et de fait, elle l'était par sa tonalité bienveillante – elle contenait un écho double dont le destinataire n'était autre que le jeune médecin. Un écho comme un avertissement, telle cette balle que l'on glisse sur une table pour faire taire ceux qui tenteraient de jouer avec le feu.

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    il est de ces fantômes qui hantent les champs de batailles déserts, les semelles rougies par les sillons des attaques et l’œil avide du moindre survivant pour mieux fondre dessus. Pour le piller, ou le sauver -et lui en réclamer le prix du sang. Hart en est l'ombre, offrant un savoir et une dextérité hors pair d'un bras métallique rougi pour soigner, réparant les vivants et enviant les morts. Marquant les bien portants pour leur rappeler qu'ils peuvent finir en cadavres. Survivant et impassible, il méprise ce sentiment de confort et de sécurité qui oppresse les habitants de Pallatine quand lui lutte au quotidien contre le syndrome post-traumatique.
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    all we do is think about the feelings that we hide // Sansar Empty Re: all we do is think about the feelings that we hide // Sansar
    le Mer 16 Mai 2018 - 2:09


    Debout devant l’homme, il soutient encore ce qu'il lui reste d’avant-bras entre les mains, alors que son regard le toise sans aucune émotion. Scrutant la moindre réaction quand il a effleuré certains points précis, tout en observant précisément -pour un œil extérieur, cela semble sommaire, alors que c'est tout le contraire- le carnage de pourpres et violacées qui se découvre sous le bandage loin du propre. En plus de dégager une odeur atroce, la chair n'a pas été tranchée, plutôt arrachée que nettement coupée et le relief accidenté n’augure pas la plus propre des guérisons, voire encore moins d’esthétique cicatrisation ; on a refermé la plaie au plus pressé, paré au plus urgent en laissant la Nature ou la malchance faire son travail pour panser un moignon hideux aux tatouages abruptement décapité et maintenant bien ternes. A défaut de compassion ou de réconfort, Hart ne peut lui apporter qu’un palliatif médicamenteux et ce même alliage inorganique que son potentiel client semble éviter du coin de l’œil sur lui, alors même qu'il grimace franchement à la vue de sa propre dextre terriblement manquante. La route de l’acceptation du manque est ardue, celle de la prothèse tient du chemin de croix escarpé : peu sont élus, encore moins tiennent le cap et moins d'une poignée atteint la victoire. Sans y laisser sanité, ou usure des cordes vocales, en plus d’un profond mal-être consécutif à l’acceptation d’une pièce inconnue parasitant son corps. Une vraie partie de plaisir que de se faire greffer de l'inorganique.

    Adressant ses paroles à l’aîné qui ne le voit pas, -ou, à travers lui et beaucoup plus loin quand il remarque les sclères vitreuses-, il réitère sa tirade avec des précisions supplémentaires pour demander à demi-mots l’ajout d’un public qui pourrait être plus apte à retenir et supporter physiquement un potentiel patient plus gaillard que le médecin présumé seul. Au même temps et étrangement, l’ancêtre pourrait se qualifier sans peine aux yeux d'Hart dans cette catégorie vide de quidams méritant un respect tacite de sa part, par son grand âge ou l’expérience dont il semble avoir traversé les contrées arrides. Fait rare. Sans plus le connaître, la possibilité de le tenir en haute estime reste une chimère qu'il balaie d'un geste. Haussant les épaules, peu intéressé par leurs motivations ou leurs défauts de discrétion, comme à son habitude, il se garde bien d'assurer une fois de plus sa propre confidentialité qui doit parler pour lui s'il daignent le solliciter. Seul compte l’accomplissement de son travail, et le paiement substantif qu’il récupère à la clef, après tout.

    - Le risque, c’est la souffrance. Pas la mort, non. Le prix à payer est élevé, celui demandé à ton corps et ton esprit est, lui, impossible à mesurer. Si tu surpasse le second, tu récupéreras ce que tu as perdu. Si tu échoues au premier, je viendrais moi-même arracher mon travail de ton bras. Et ce qu'il en reste pour intérêts.

    Son ton ne souffre aucune agressivité malgré son anglais bancal, quand bien même il l’assène devant un témoin intriguant pour renvoyer proprement une menace claire. Jaugeant sommairement sa victime, après avoir lâché sans le brusquer son bras, le suédois le laisse discuter avec son comparse pour qui il aurait une centaine de questions, le temps d’aller se chercher une assise de fortune supplémentaire. Rare sont les anciens qu’il a pu croiser dans son monde : personne n’a vécu assez vieux pour le raconter, ou survécu jusqu’à un âge vénérable sans souffrir des effets secondaires néfastes du Grand Hiver. Ironiquement, lui-même arbore capillairement le même ramage décoloré, et un regard vieux comme les pierres, mais son aura ne transpire ni confiance ni calme sournois, pas plus que jeunesse inexpérimentée ou douce folie adolescente. Et jamais, ô jamais il ne penserait atteindre une telle longévité. Le dialecte qui s’échange dans la petite pièce catégorise sans mal leur appartenance, et donc les moyens d’une telle influence ; traînant une chaise disparate des autres, il revient la poser en face de l’intéressé sans un bruit, appréciant la surenchère avant son acceptation plénière à l'expérience. Advienne que pourra, donc.

    - Je dois voir ce qu’on t’a laissé, et ce que je vais pouvoir faire. Ca va faire mal, et je ne peux pas anesthésier si je veux des réponses. Il faut que tu restes immobile, et je doute que ton aîné puisse te retenir au besoin, même si je vais faire vite.

    Traduction : palper vigoureusement, repérer manques et déchirures via une observation d’abord extérieure, puis rouvrir proprement la plaie à vif, pour vérifier veines, nerfs et ampleur des dégâts et surtout panser correctement pour lui donner le temps de fabriquer et d'ajuster la prothèse, le tout sans trop faire de mouvements brusques malgré la douleur qu'il peut provoquer. Tout en espérant qu’il ne lui tombe pas inconscient dans les bras avant la fin de son examen, même si cela lui permettrait de prendre la totalité de ses mesures sans dérangement. Il entreprend de débarrasser un coin de la table encombrée non pas pour que le yakuza y pose son bras, ayant pris soin de rapporter le début de son attirail dépareillé mais propre, mais pour mieux s’installer après une désinfection de ses propres bras. Indiquant à l’homme où poser le membre irrégulier, il commence à l’ausculter avec plus de vigueur sans plus se préoccuper des grimaces ou sons proférés par le propriétaire, brutalement concentré.

    - Rien de ce que tu crieras ne sortira d’ici. Et vous, si vous devez rester, essayez de le rendre docile.

    Une fois encore, il s’adresse au plus âgé.

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    Transféré à seize ans pour satisfaire les intérêts de Chun-Lian, feu son Maître, Sansar entama son existence à Pallatine en qualité de prostitué. Ancolie - puisque tel était son surnom au sein de l'Hanafuda - fut éduqué par le Chinois en vue de lui servir de bras droit lorsque la maturité et la vérité auraient eu raison de son innocence. Aux côtés de son mentor, celui qui se fit ensuite appeler Temudjin dans une diaspora fraîchement établie - un regroupement de clans à l'époque - s'érigea en ambassadeur de la Maison et, de façon plus politique, devint coordinateur de l'ensemble du réseau de prostitution asiatique.
    Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
    Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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    all we do is think about the feelings that we hide // Sansar Empty Re: all we do is think about the feelings that we hide // Sansar
    le Dim 15 Juil 2018 - 23:54
    Il y avait des années, voire des décennies, que Sansar n'avait pas escorté sur le chemin de la guérison d'amers blessés ou de malades à la frontière de la démence, qu'il n'avait pas veillé dépouilles en sursis ou combattants téméraires, compagnons malchanceux de guet-apens ou champions malheureux de rixes urbaines. Ses propres forces déclinant, il avait relégué ces tâches à ceux qui sauraient mieux les accomplir sans donner l'impression d'être une victime supplémentaire, à ceux dont les capacités physiques leur permettaient de supporter quiconque dans le besoin, car le temps lui avait prouvé qu'il n'était plus des hommes que l'on appelle à l'aide ni même de ceux dont le secours est sollicité. Vieillir – il ne s'en cachait pas – lui avait ôté d'irremplaçables compétences au nombre desquelles l'habileté à être la première personne que l'on songerait à prévenir en cas de nécessité. Même parmi ses proches, il avais été démis de ses positions, retiré loin derrière les autres adultes ; seuls les enfants ne lui imposaient pas encore cet ordre ni ne se préoccupaient de cette hiérarchie. Il n'en voulait à personne. C'était le cours naturel des choses. Néanmoins il se rendait compte que, lorsque l'occasion lui était offerte d'apporter son infaillible soutien ou ne serait-ce que d'accompagner un individu l'ayant expressément ou tacitement requis, il y mettait sans conteste plus de nerfs que d'ordinaire. Plus de détermination qu'il avait pu le faire, tout du moins lui semblait-il, par le passé. Le fait de connaître ou non Hwa Nung n'y changeait rien. Mais était-ce la rareté de ces opportunités qui les rendait plus importantes à ses mains ? Était-ce la volonté de se rendre utile ou plutôt la peur de ne plus l'être qui attisait sa détermination ? L'Ancêtre aurait pu y réfléchir avec plus d'intensité s'il avait été solitaire ; toutefois l'instant n'était pas à l'introspection, aussi conserva-t-il son attention dirigée vers le Coréen et leur interlope locuteur.
    Ce dernier avait quelque chose de familier dans le ton, une mince discourtoisie sur le bout de la langue quoique rien de répréhensible. Les écorchures de son anglais l'excusaient et justifiaient d'elles-mêmes qu'il ne se montrât pas de la meilleure civilité. Son environnement aussi, en un sens, nourrissait l'âpreté de son discours, comme si ce qu'il était, ce qu'il faisait et là où il vivait participait d'une même nature, une composition tripartite et cependant unique. Les adages avares d'analogies confirmaient ce genre de similitudes ; les siennes s'en voulaient presque comiques, si elles n'avaient sonné si tragiques. Nung réprima un frisson à l'avertissement, puis une grimace en retour de la menace – il les dissimula tous deux derrière un éclat de douleur. Peut-être se demandait-il pourquoi l'avait-on amené voir un médecin si peu soucieux du bien-être de ses patients, et sans doute se sentait-il mal à l'aise en cette présence insensible. Cependant, sa fierté lui interdisait de faire marche arrière, au même titre que ses ambitions ; s'il reculait maintenant pour un moignon, jamais ne pourrait-il se dresser contre son adversaire pour le lui faire payer. Il devait endurer, autant pour sa réputation que pour son objectif.
    Pour toute réponse, et en dépit de ses interrogations, il acquiesça.
    L'examen commença lors.

    Sur la table que l'artéfacteur a dégagée pour y tâter à dessein la blessure, Temudjin ne distingue pas l'atrocité de celle-ci. Il n'en a pas besoin : les effluves noirâtres d'une plaie encore vive, les bruissements visqueux des chairs que l'on palpe, la respiration souffreteuse du yakuza modulant grognements ou exclamations étouffées suffisent à peindre sous son regard crayeux les reliefs de la déchirure. Quelque chose d'imparfait, d'écœurant, d'inhumain. De sa paume libre, Nung se bâillonne tandis que le chirurgien venu du froid poursuit indifférent son analyse, triturant ce membre dont les nerfs sectionnés, bien que beaucoup trop répondant, provoquent d'infimes tremblements de part et d'autre des muscles. Sansar crispe ses doigts sur le pommeau de sa canne, ému par empathie, en même temps que son compagnon se mord l'intérieur de la joue pour retenir un cri. Même si on l'a averti de la confidentialité de l'endroit, il ne peut – pour l'instant – relâcher la moindre marque de faiblesse et son aîné, derrière sa moue de rocaille, se rappelle les longues lapées du nerf de bœuf sur ses flancs nus et ses vertèbres. Si toutes souffrances demeurent distinctes les unes des autres, ces deux-là se rapprochent, à l'évidence, nonobstant l'antinomie qui existe entre leur fonction : la première était infligée pour punir, la seconde en vue de guérir.
    Un demi-juron d'hangeul traverse soudain la pièce. Bientôt suivi d'un souffle plus haché, chaque seconde un peu plus rauque qu'auparavant. De ses cinq dernières phalanges, l'amputé s'est saisi de son avant-bras et le presse avec une brutalité désarmée, presque désespérée, à en faire naître d'infimes ecchymoses sous le tissu de son veston. Et s'il n'est pas en mesure de discerner correctement la peine sur le visage du trentenaire, l'Ancien devine aux cassures dans sa respiration ainsi qu'aux relents de chaleur aigre qu'il exhale qu'il ne va pas tarder à tourner de l'œil. Un contact sur sa tempe suffirait à s'en assurer ; il ne le touchera pas, mais il anticipe le pire.
    « Pouvez-vous vous interrompre un instant s'il vous plaît ? Cela l'apaisera et évitera qu'il vous empêche de terminer. »
    Aussitôt après il s'adresse au blessé, lequel est pris dans un vertige dont il s'extirpe peu à peu pour l'écouter. La voix, filant vers les sonorités natales, ne parvient pas tout à fait à le calmer, néanmoins elle capte les lambeaux de son attention :
    « Ce n'est qu'un sursis ; reprenez-vous. Gardez à l'esprit pourquoi vous êtes ici. Répétez-vous ce pour quoi vous voulez ce bras et la raison de votre sacrifice. Ce que vous faites est juste, Hwa Nung, alors ne laissez pas votre corps faire obstacle à votre cœur. »
    Le regard du Coréen brille, glacé, brûlant, obscurci de fièvre et de nervosité. Il n'a pas l'énergie pour hocher la tête, toutefois il bat des paupières pour signifier son accord, et Temudjin se détourne vers le médecin.
    « Merci. Continuez, je vous prie. »
    Il se sent bourreau, tout à coup. Ou pire : commanditaire du bourreau. Et il y a bien longtemps qu'il n'en a pas éprouvé l'atroce piqûre sur la nuque.

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