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le Dim 23 Sep 2018 - 15:46
Il n'était pas un habitué des lieux. Il n'avait trouvé le bâtiment lumineux où se déroulait la réunion qu'à l'aide du téléphone qu'il serrait nerveusement dans la main, et sans celui-ci, sans doute serait-il passé devant la belle bâtisse sans se rendre compte que c'était là qu'il était attendu. Il peinait encore un peu à croire qu'il était là. Sa générosité lui paraissait bien irréelle. Il avait du mal à croire qu'une partie de lui n'était pas intéressée. Le seul frisson de l'irrégularité perturbant sa routine maritime justifiait probablement l'incroyable pari qu'il avait pris de donner de sa personne, lui qui semblait ne jamais en être suffisamment pourvu.
La jeune femme qui avait accueilli Naga à l'entrée du bâtiment avait considéré le sourire crispé de celui-ci comme une marque de nervosité et avait entrepris de le détendre en lui glissant d'un ton enjoué ses conseils personnels pour s'adresser à un public handicapé. Ses joues rosées gagnaient en intensité à mesure qu'elle s'exprimait ; elle semblait maladroite et essoufflée alors qu'elle lui délivrait sur le seuil de la porte son tout dernier conseil, prête à le retenir encore un peu pour l'aider davantage, mais consciente de devoir le laisser s'envoler.
Le silence régna, en dehors des bruits de chaises qu'ils soulevaient pour former un cercle étroit où chacun pourrait repérer chaque personne en train de s'exprimer, des bouteilles d'eau, que Naga aligna avec méticulosité sur un table sur le côté, du balai, que la jeune femme passait sans grand talent pour éliminer les dernières poussières.
C'était la partie facile.
Le reste ne l'était pas.
La jeune femme aidait certains d'entre eux à entrer : ils appréciaient retrouver le bras solide de la bénévole qui les guidait vers leur siège en faisant traîner son sillage de parfum. D'autres, plus autonomes peut-être, marchaient avec leur canne avec une assurance qui impressionnait Naga. Il se demandait bien ce qu'il allait pouvoir leur rapporter.
Il n"avait pas osé bouger, par crainte des ravages qu'aurait causé son propre caractère, mais la présence de ce chien blanc et heureux de vivre attira son regard comme une tache de banquise dans la grisaille de Pallatine. Sans y réfléchir, il s'avança pour le caresser. Il se retint au dernier instant et tourna son regard vers sa propriétaire.

« Il est magnifique. Comment est-ce qu'il s'appelle ? »

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le Lun 24 Sep 2018 - 18:41


Tu attendais toujours ces journées avec une certaine impatience. Une fois par mois, parfois plus quand vous en aviez l’occasion, pouvoir retrouver ce petit groupe soudé et chaleureux dont tu connaissais chaque membre depuis maintenant quelques années est un petit plaisir simple. Encore plus grâce au lieu des réunions, que tu connais comme ton logis pour avoir pu y aider de temps à autre avant de faire toi-même partie du groupe à part entière. Le meeting d’aujourd’hui contient une intervention, et c’est bien ça qui presse ton pas le long du trottinement enjoué de ton compagnon, l’excitation contenue mêlée à cette joie de partager autre chose que des récits intéressants mais habituels, quand ils ne sont pas un peu tristes. C’est que par chance, et heureusement dans vos malheurs, comme dirait Rosa, vous n’êtes pas nombreux dans Pallatine –encore moins dans des cas comme le tien-, et la cité ne vous est pas entièrement accessible en terme de lieux comme de personnes. Chaque histoire partagée entre les murs de la belle demeure peut être un heureux hasard, une belle rencontre, ou un exemple flagrant de mépris et d’indifférence à votre égard : de quoi plomber sans intention maligne une journée de rencontre; mais ainsi s’égrène le quotidien des moins lotis pour affronter leur existence.
A peine la porte ouverte, tu salues avec engouement la jeune femme –Jenny-, reconnue par sa senteur florale caractéristique ; à peine ta canne repliée, elle discute quelques instants de nouvelles et d’autres dans le vestibule, avant de prendre congé pour accueillir un autre camarade. Tu te diriges vers le salon, où quelques voix basses échangent déjà, jusqu’à trouver du bout des doigts un espace libre pour y déposer ton manteau avant d’attendre debout à côté, impassible -attendant sûrement qu'on te guide à ta bonne place, en vérité. Impossible de détacher ton chien avant le début, et il doit attendre assit à tes pieds ; même, pendant l’évènement, au risque de déranger l’intervenant, ou des étrangers à votre cercle habituel, il devra rester sagement dans la pièce sans bouger.
La voix qui t’interpelle t’es inconnue, et tu te tournes dans sa direction comme pour la trouver du regard grisé, ou plutôt d’une oreille attentive, avec un sourire calme infaillible.
« Merci pour lui ! Il s’appelle Leroy. Je ne pense pas vous reconnaître, vous venez pour l’évènement ? »

le Jeu 11 Oct 2018 - 22:37
Il répéta le nom du chien avec douceur, appréciant la saveur de ces sons étrangers sur le bout de la langue, tandis que sa main, se défaisant de ses hésitations, osait enfin venir caresser le pelage blanc et soyeux. Son pays natal n'avait pas la même pureté, la même intensité de couleur que les poils sur sa peau, et pourtant, Naga eut subitement le sentiment de rentrer à la maison. Probablement pour ne pas attiser la nostalgie envahissante qui menaçait de le terrasser, il abandonna très vite le contact. Sans doute était-il aussi légèrement gêné par la question directe de son interlocutrice : il ne savait pas à quel point la privation de la vue pouvait favoriser le développement de l'audition, et croyait décerner dans ce doute de la femme la preuve qu'il n'appartenait pas tout à fait à ce monde. Gêné de devoir justifier sa présence, il n'en prit pas moins son plus beau sourire, quand bien même elle ne pouvait le vouloir, pour forcer sa parole à s'en revêtir elle aussi.

« En effet, je suis là pour filer un coup de main. Je m'appelle Naga. Et vous ? »

Il était étrange de s'adresser à quelqu'un qui ne pouvait vous retourner vos regards. La jeune femme avait beau tourner la tête vers sa direction, elle ne pouvait pas fixer ses yeux sur ceux de Naga. Il expérimentait une transparence qui ne signifiait pourtant pas qu'il n'avait pas son attention.
Il allait devoir revoir tous ses codes s'il voulait s'adapter à la situation.

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le Lun 7 Jan 2019 - 23:17


Leroy est le plus étrange des appâts pour les rencontres et les discussions ; son pelage apparemment aussi immaculé que ton prénom attire nécessairement le regard, et chacun se sent alors obligé d’engager la conversation en se butant à l’handicapée qui soutient le harnais, après avoir vu les messages de prévenance inscrits sur celui-ci. Au dehors, cette situation te laisse parfois inconfortable, car c’est une attention involontairement détournée. Ici, avec quelques « pairs » aussi infortunés que toi, tu te sens relativement à l’abri, et bien plus en sécurité, autant qu’apte à accepter sans angoisse toute nouvelle rencontre, entourée d’individus parfois logés à la même enseigne. Tu laisses passer l’instant que tu devines profitable pour ton chien, toujours partant pour une caresse, ton introduction ayant valeur d’acceptation tacite et tactile. Ton sourire n’a pas flanché d’un iota, habituel, et le prénom roule clair sous ton accent, discernant un accord tendu entre ses mots. « Naga. Quel beau prénom. »
Récupérant ton surcôt d’un geste lent alors que le bruit a légèrement enflé autour de vous, tu cherches plus précisément l’origine de sa voix pour ne pas le gêner quand tu t’adresses à lui. « Blanche, enchantée. Si cela ne vous dérange pas, je crois que cela va commencer ; pourriez-vous aimablement me guider vers une place plus adéquate ? » Et de tendre une menotte pour chercher un bras, du bout des doigts, et surtout le mettre bien plus à l'aise dans cet environnement.

le Dim 20 Jan 2019 - 23:18
Son visage prit d'abord un air surpris, déstabilisé par un compliment qu'on lui faisait peu souvent, puis ses traits se détendirent un sourire sincère, qui colora jusqu'à sa voix d'ordinaire si fermée. Il réfléchissait parfois à ce prénom, à ce Naga que sa mère avait tenu à lui donner, comme un défi jeté à la face d'un monde qui n'avait que faire des gens comme elle. Il ne pouvait pas dire qu'il aimait ce nom, ou qu'il le détestait.
Mais la jeune femme, elle, le trouvait beau. Qu'est-ce qu'elle voyait, elle qui était privée de vue, dans ces sonorités courtes et bien marquées qui avaient depuis longtemps perdu leur particularité aux oreilles des Inuits ? Naga ne savait pas trop. Mais c'était rare qu'un compliment lui fasse aussi plaisir.

« Merci. » répondit-il, rayonnant.

L'impression que, pour une fois, il n'allait pas tout gâcher avec quelqu'un d'autre fit un bien fou à son humeur toujours un peu contrariée.
Il aurait voulu pouvoir commenter le prénom de Blanche, qu'il trouvait aussi particulièrement adapté, mais la réunion allait débuter et il se souvint qu'il était là pour aider. Bizarrement, il commençait à comprendre ce qu'il pouvait y avoir de bien à aider les autres.

« Pas de souci, allons-y. »

Naga n'aurait probablement pas su comment s'y prendre si Blanche ne l'avait pas guidé : elle l'aidait probablement autant que lui lui apportait son aide. Il la fit se diriger vers une place proche, où il espérait, elle pourrait bien entendre ce que les autres allaient dire. Lui-même se positionna à proximité, étant trop novice pour animer la réunion.
Sa collègue, accueillit chaleureusement chacun de ses invités, en les remerciant d'être toujours aussi assidus, comme s'ils lui faisaient un grand honneur en venant aux réunions. Non, pas honneur. Plaisir serait un terme plus exact.
Et sans que Naga ne s'en rendît compte, il se sentit emporté.

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je ne sais pas si tu veux jouer la réunion en détail, ou juste te focaliser sur un moment précis, donc pour le moment je laisse les choses comme ça

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le Ven 1 Fév 2019 - 0:55


Du bout des doigts, il te guide sur l’un des côtés des chaises que tu sais disposées en cercle, avant que tu tu tâtonne légèrement pour t’asseoir en le remerciant d’un petit chuchotement, en inclinant le menton. S’il ne part pas trop loin, tu pourras sûrement échanger quelques mots avec lui après les interventions, la curiosité quand à une nouvelle introduction dans le groupe étant plus forte que la simple politesse règlementaire. Une voix flutée –celle de Jenny, assurément-, remplit l’espace pour présenter l’intervenant de la journée qui vous parle d’un projet en relation avec l’Institut, quelque chose entre le mémorial et l’éducationnel qui pique ton intérêt à l’emphase des mots de l’individu –quand bien même, sans personne pour te décrire la nature de ce qu’il montre et qui apporte des réactions vocales, tu peines tout de même à saisir le plein potentiel. Une chose de plus à demander au jeune homme de plus tôt. Vient un temps de parole habituel, des membres réguliers comme de nouvelles têtes interviennent pour narrer qui une anecdote sympathique, qui un problème pour lequel le point de vue de confrères dans le même cas peut débloquer une situation. Un échange où alternent tour à tour silences éloquents mais respectueux et rires francs : à ton intervention, entamée par un «  Comme vous pouvez le voir aujourd’hui  -et moi, non, ce qui est précisément le sujet de ma participation… » qui détend enfin l’atmosphère involontairement tendue par le nouveau participant avant toi. Un nouveau naufragé temporel, que tu apprendras à connaître s’il le veut bien, voire à échanger sur cette origine que vous partagez, à défaut d’un handicap que tu te sens bien seule à porter avec les années.
Au terme de deux bonnes heures, une pause est décrétée pour permettre à chacun de se rafraîchir, discuter en plus petit comité ou parler des dernières comme de vieux amis. Le rythme est soutenu, et pour la vaste majorité d’entre vous, très fatiguante à suivre malgré l’intérêt crucial. Malgré l’environnement feutré et mesuré, le surplus soudain de voix superposées te donne le vertige. En te levant beaucoup trop souplement, tu cherches de la voix plus que du regard Naga, que tu appelles en le surmontant d’un Monsieur, de politesse. « Je voulais savoir ce que vous aviez pensé de la réunion d’aujourd’hui, car je crois que nous n’avons pas encore pu vous entendre intervenir ? » S’il agrée bien sûr à continuer à t’adresser la parole, ou du moins à t’indiquer la table des rafraîchissements.

le Mar 5 Fév 2019 - 13:52
Naga ne savait pas vraiment ce qui se pratiquait dans ces réunions avant d'avoir été contraint d'y assister. Il s'était plus ou moins persuadé que les participants y discutaient de leurs difficultés quotidiennes pour s'encourager mutuellement. Mais la réalité était tout autre : ils se rassemblaient pour changer la face du monde, comme si les limites que leurs corps leur imposaient leur donnaient la force de se projeter au-delà de leur personne pour offrir leur énergie et leurs idées. C'était surprenant. Naga savait qu'il se serait effondré s'il avait dû perdre un bras, une jambe ou un œil - ne parlons pas des deux, cette perspective l'effrayait terriblement - mais ces gens-là vivaient avec courage, avec passion.
Le jeune homme fut particulièrement impressionné par cette jeune Blanche privée de vue, mais qui jouait avec cette idée comme s'il n'y avait rien de dramatique à la situation. La voir ainsi, en chair et en os, affronter son handicap avec le sourire, lui retournait l'estomac. À cette admiration grandissante qu'il ressentait pour la jeune femme se mêlait ce si typique dégoût que sa propre personne lui inspirait, nourri cette fois-ci par des sentiments qu'il ignorait, celle de sa propre faiblesse, celle de sa situation de privilégié. Il n'en avait jamais pris conscience jusque-là - et pourtant, en tant que jeune homme (presque) Blanc hétérosexuel, il savait qu'il était bien avantagé, mais il se cachait toujours derrière ce métissage qu'il ne prenait jamais au sérieux pour ne pas avoir à supporter la moindre remarque. Sauf que là... être avantagé, c'était carrément avoir l'entière maîtrise de son corps, pouvoir se déplacer, vivre et interagir avec les autres sans avoir à supporter d'obstacle corporel. Naga se demandait comment il avait pu ne jamais remarquer cette vérité-là.
La pause arriva plus vite que prévu - ah non, au bout des deux heures réglementaires, le temps avait filé à toute allure, bien que le contenu de la discussion ne l'intéressât pas particulièrement. La jeune aveugle l'appelait, très polie, pour lui demander son avis sur la question. Naga accourut, jugeant qu'il aurait été grossier de sa part d'ignorer quelqu'un désirant lui parler.

« Naga suffira, corrigea-t-il, gêné de cette marque d'estime qu'il ne pensait pas mériter. C'était... incroyable. Stupéfiant. »

Il avait beaucoup de mal à exprimer ce qu'il ressentait exactement : cet enthousiasme gonflant dans la poitrine submergeait progressivement la piètre opinion qu'il avait de lui-même, et s'il ne se sentait pas complètement changé par la discussion à laquelle il venait d'assister, au moins Naga se sentait-il le courage de ne plus s'apitoyer sur lui-même.
C'était si positif, malgré la tristesse de leur situation personnelle, que l'envie d'être comme eux, au moins en esprit, exerçait une tension délectable sur ses veines. Naga se doutait bien qu'un tel changement n'était pas si facile, que la volonté ne serait jamais suffisante pour le faire changer en profondeur. Malgré tout... une telle façon de penser semblait être un bon début pour commencer.

« Je ne comprends pas... comment faîtes-vous pour être aussi rayonnants ? Comment faîtes-vous pour ne pas laisser vos pensées les plus sombres vous arrêter ? Ah ! » s'interrompit Naga en se rendant compte qu'il allait probablement trop loin. « J'allais oublier. Vous avez soif ? Je peux vous conduire au buffet si vous voulez. »

Ce n'était pas évident, pour lui, de penser à quelqu'un d'autre, et il avait bien failli oublier cette politesse élémentaire, s'il ne s'était senti glisser sur un sujet délicat. Les sombres pensées, lui aussi avait les siennes - et elles lui paraissaient si impures, en comparaison des leurs, alors qu'il n'aurait pas dû rougir de ne pas être aussi fort que ce que la société attendait des hommes. Alors il préférait éviter le sujet, se concentrer sur ceux qui méritaient son attention, pour oublier tout ce qu'il était...

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le Mar 18 Juin 2019 - 0:42


«  Très bien, Naga. » Tu peux entendre dans la tonalité de sa voix cette gêne qui te ressemble beaucoup plus, ce regard qui doit fuir un instant pour souligner ce trop plein de politesse que tu applique par défaut et par éducation à chaque nouvelle rencontre. Sans possibilité d’apprécier d’un coup d’œil l’âge approximatif de ses interlocuteurs, ou même juste leurs intentions et souvent leur proximité, il t’est plus facile de laisser une distance verbale et respectueuse qu’un regard valant mille de ces mots. « Je suis ravie que cela vous ai plu, nous avons –dieu merci- assez peu de nouveaux membres, et beaucoup d’idées reçues à combattre. » Ce prénom d’origine parfaitement mystérieuse se prête parfaitement bien à ton accent chantant, d’ailleurs. Un sourire sincère s’étire sur tes lèvres, envahissant tout ton visage au fur et à mesure de son compliment charmant bien que légèrement maladroit, parfait exemple du type de question récurrente que votre groupe aime ressasser de temps à autre comme une plaisanterie entre vieux amis. Un court silence de réflexion, « J’ai cru que vous ne proposeriez jamais… ! Je vous suis volontiers.  », et tu tends une main assurée pour chercher son bras pour qu’il te montre une fois de plus la bonne direction. Pas de manières aujourd’hui, et l’aide d’une tierce personne est toujours la bienvenue dans une foule –surtout si vous devez contourner des groupes, ou éviter des équipements.

Des pensées sombres. Bien sûr que tu en as, sûrement comme tous ceux autour de vous. Les tiennes se saissisent de toi des fois sans crier gare, souvent dans des moments de solitude ; un arrière-goût amer et une flèche de culpabilité hérissée à travers ton estomac, un bourdonnement malsain, cette ondée qui menace de te submerger la poitrine; de parfaites escortes pour des pensées parasites tapies dans un coin de ta tête et que tu souhaiterais enfouir de nouveau dans une épaule amie. « C’est fort aimable à vous de nous trouver lumineux. Et aussi quelque peu ‘drôle‘, car c’est bien souvent, pour ma part, ce que je peux entendre. Beaucoup de ‘je ne sais pas comment je ferais à ta place’ ou de ‘ce n’est vraiment pas de chance’ en plus d’un certain regard sur ma situation, comme si je ne m'en rendais pas compte.» Vous cheminez lentement, et tu soupçonnes le jeune homme de mettre une certaine précaution exactement dans l’écho de ses paroles. Une fois près des tables de ravitaillement, tu cherches un gobelet et demande poliment que l’on t’indique ce que tu souhaites en agissant précautionneusement, mais avec une assurance qui dénote une habitude. « Personne ne sait, à moins de l’expérimenter, puisque personne ne s’imagine perdre un sens, ou la capacité d’un membre, sauf dans ses cauchemars. Personne de valide, et encore, chaque handicap est différent. Se vit différemment, surtout ici. » A Pallatine. Pas dans ton monde. Tu hausses les épaules, ayant retrouvé un sourire de façade plus habituel. Tu te tiens à ses côtés, mais tu n’es plus tournée dans sa direction ; même si tu plisses des yeux à cause de la lumière qui entre par les hautes fenêtres, le monde reste sombre et plutôt vide. « Je ne fait que supposer des autres, mais j’ai de telles pensées. Et pire, quand ça m’est arrivé.» La culpabilité d’être en vie, quand une autre ne l’est plus. De n’avoir perdu que la vue, plutôt que la vie. Arrachée à une vie de paria, pour finir dans une autre affligée et diminuée.  « La plupart des gens ici sont des natifs, et très rarement des convoyés comme moi ; mais nous sommes en vie, comme vous, et c’est une belle raison de continuer à vivre selon Sa volonté. Voire mieux que dans nos époques. » Qui voudrait rapporter d'autres époques des gens non-valides, en situation de handicap, dans un monde restreint et adapté à tous sauf à eux? Un deuxième gobelet de café ne sera pas de refus pour rester alerte. Vous savez tous les deux qu’il a en partie éludé ta question, et tu n’as pas besoin de voir son visage pour lui faire savoir que tu t’en rends compte. «Et vous, qu’est-ce qui vous amène réellement ici ?»


le Mar 25 Juin 2019 - 18:47

Proposer à boire était apparemment la bonne solution. S'il avait été malin, Naga y aurait d'ailleurs pensé bien plus tôt, mais qu'une idée aussi altruiste germât de son esprit était déjà remarquable. Il ne put s'empêcher de sourire de satisfaction, même si Blanche ne pouvait pas le voir, ou peut-être justement pour cette raison. Il lui était plus facile de se confier un gobelet à la main, de souligner l'étrangeté de la pitié de Naga et d'avouer l'existence de ces sombres pensées qui paraissaient transparentes chez elle. Pour la première fois, Naga se rendit compte qu'il existait des gens qui nourrissaient des sentiments dont la noirceur dépassait de loin ce que lui-même pouvait ressentir. Jamais suicidaire, il se plaignait beaucoup de lui-même et de ses faiblesses, mais il n'avait jamais été malheureux. Il ne rejetait jamais sur les autres la responsabilité de ses problèmes : il se considérait comme la source, l'origine de tous ses maux.


Peut-être n'était-il pas si lugubre qu'il le pensait : juste un peu terne, égoïste, recentré. Même en écoutant Blanche parler, c'était à lui, encore et toujours, qu'il pensait. Il se disait effectivement, j'aurais pu dire ça, c'est vrai, je ne pourrais pas l'imaginer, j'en aurais eu aussi, des pensées comme ça, à sa place. Il la trouvait courageuse, mais il ne le pensait pas. Naga se laissait seulement impressionner par cette incroyable force de volonté.


En comparaison, ses raisons de transfert lui paraissaient pitoyables, même si une certaine noblesse s'y cachait. Naga faillit rire amer lorsqu'il répondit :



« Moi ? Je suis venu ici pour m'améliorer. »



Quelle belle ironie de n'avoir fait que tourner en rond. Naga avait voulu trouver le courage de s'intéresser à la culture de sa mère et à considérer ses racines indigènes comme une richesse plutôt que comme une tare à cacher. Il en était ressorti plus égoïste que jamais, déraciné, amer, et seul depuis que ses rares amis s'éloignaient.


Mais pas dénué de tout espoir pour autant.



« Bon, je sais, c'est une raison un peu stupide pour se faire transférer. J'avais le sentiment que j'avais besoin de partir loin de chez moi pour changer, et comme j'étais déjà parti d'Alaska pour aller à Chicago, et que ça avait rien changé, du coup je me suis dit qu'il fallait que j'aille encore plus loin. Bref. Pallatine, quoi. Pas vraiment une bonne idée non plus. »



Maladroit, Naga s'emballa dans ses explications, laissant ressortir son accent américain, qu'il avait appris à lisser à cause des nombreux étrangers de Pallatine, et ses problèmes de diction. Il n'avait pas eu de problème de langue, mais il avait tout de même dû faire des efforts pour se faire comprendre de locuteurs dont l'anglais n'était pas la langue maternelle.


vMais il y avait une raison plus profonde au soin que Naga apportait à sa façon de parler : il estimait que se montrer trop familier n'était pas digne de l'image qu'il se forgeait, et c'est tout honteux qu'il se voyait replonger dans ce vieux travers enfantin. Pourvu que Blanche n'y fît pas trop attention.
Naga s'éclaircit la gorge pour se redonner contenance.



« Et vous ? Si j'ai bien compris, vous êtes venue trouver de meilleures conditions de vie à Pallatine, c'est ça ? Si ce n'est pas indiscret, de quelle période venez-vous ? »


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le Sam 13 Juil 2019 - 0:39


Le gobelet dans ta main diffuse toujours sa chaleur, alors que l’a vidé d’un trait. Le soleil à travers les fenêtres, aussi, assez éblouissant pour que tu veuilles presque fermer les yeux dans sa direction. Tu préfères celle de ton interlocuteur, pour continuer à lui présenter un visage avenant et attentif, cette vague impression dérangeante que tu peux le voir et que tu pensais vainement rassurante pour tous ceux que tu adresses. On ne peut pas te reprocher de fixer les gens, voyons. Emportée par une franchise caractéristique, tu as tranquillement déballé cette doublure de morosité, cette noirceur habituellement agrippée à tes chevilles sans même sourciller ni te départir d’un sourire ; l’habitude, ou le besoin de dissimuler et réduire l’importance dévastatrice de la chose en la diminuant d’un sourire rassurant. « Au moins, vous avez choisi. Est-ce que vous y parvenez, dans ce monde ci? Bien que ce soit déroutant, la plupart du temps. »

Il a eu le choix. Comme tu l’envie, comme tous ceux assez âgés pour choisir au moment de leur extraction, tous ceux capable de pouvoir douter ou certifier leur souhait de s’expatrier. Tu les jalouse, sans parvenir à n’exprimer qu’une demie-once de culpabilité contre celle qui a voulu t’offrir une meilleure vie quand tu te trouvais assez âgée pour te souvenir entièrement de celle d’avant. Céleste savait quel était le bon choix pour toi. Pas pour elle. Cela fait douze ans que tu ressasses cette pensée. Cette ignorance, au final, par manque de temps. A-t-elle voulu te cacher, te protéger, ou te sauver ? Fuir ? Elle n’a pas eu le temps de te le dire. Elle n’a pas eu le temps suffisant avec toi. Consciente d’avoir eu un léger blanc, tu te ressaisis pour te resservir à côté de lui et regagner une contenance en tâtonnant du bout des doigts pour grappiller le premier biscuit à ta portée sur la table. Son ton de voix fluctue de certaines variations mineures, un air qui te dit vaguement quelque chose grâce à celle qui illumine tes journées. Un compatriote ? Un lointain comparse de traversée ? Tu restes formelle pour le taquiner, insistant de même sur ton propre accent de Navarre tout aussi notable, mais habituellement lissé par la pratique pallatienne. « Ne vous inquiétez pas, personne ne sait si c’est une bonne idée. Même ceux nés ici. Un vrai mystère, non ? » La question était prévisible, mais pourtant elle te prends avec un peu de surprise. Plus de la moitié de ta vie s’est déroulée ici, tu passerais sans problème pour native à la force de l’habitude, et pourtant tu prends le temps de réfléchir à ta réponse alors que c’est bien ce qui fait ton identité. Si c’est un arrivé d’un futur lointain, il t’épargnera peut être la pitié ou la compassion par ignorance, avec de la chance. «Ne soyez pas gêné, c'est moi qui ai commencé, rassurez-vous. Quelqu’un voulait que j’ai de meilleures conditions de vie ici, de ce que je crois savoir. Même si ce n'est pas visuellement notable. Je suis née en 1915.» Dans un conflit qui a eu l’outrecuidance d’avoir une autre allitération. De parents traîtres. D’un pays qui ne voulait pas de toi, et qui a emporté ton seul repère trop tôt. Quelle réjouissance. La question n’est pas gênante, mais ton sourire n’est plus le même. Tu as rencontré trop peu d’égarés de ton époque, de ta zone pour arriver à gérer cette origine, même après tout ce temps.


le Sam 13 Juil 2019 - 12:32

Embarrassé, Naga se taisait, incapable de répondre davantage aux questions que lui posait Blanche. Il avait le sentiment dérangeant que, même dans son transfert, il avait fait office de privilégié, car il avait été doté d'un choix qu'elle n'avait probablement jamais eu. Il ne savait pas si elle en concevait de la rancune, si les regrets se mêlaient à la joie ou au soulagement, ou si elle était heureuse mais aurait préféré bénéficié de davantage de liberté. L'intuition de l'Inuit lui soufflait qu'il devait faire très attention à ce qu'il disait, s'il ne voulait pas tout gâcher.


Un haussement d'épaules fut tout ce qu'il réussit à produire. La réaction, potentiellement condescendante, était pour lui un moindre mal : il ne pouvait faire autre chose. Au moins avait-il répondu, et sous-entendu que ce qui lui arrivait à Pallatine ne le touchait pas vraiment. Ce n'était pas la vérité : avec le temps, la sensibilité de Naga s'était exacerbée au point de le faire souffrir, mais s'il pouvait simuler l'indifférence, il avait l'impression qu'il pourrait mieux se protéger.


Ce n'est que lorsque Blanche reprit la parole que le jeune homme se rappela qu'elle ne pouvait pas voir son mouvement. Ses yeux aveugles avaient beau s'offrir à son regard, Naga ne pouvait se départir de tous ses tics. Avait-il paru malpoli ? Il l'était certainement. Il se demandait comment il était possible de faire une erreur pareille. Désormais, il était trop tard, et il allait devoir faire de son mieux pour rattraper le coup.


« 1915 ? C'est très précoce ça ! J'aurais cru plus tardivement. Au moins la deuxième moitié du XXe siècle, vous voyez. »


Que Blanche vînt du passé ne l'étonna pas outre mesure : à son époque d'origine, elle aurait bénéficié de prothèses ou d'opérations qui lui auraient rendu la vue. Naga supposait que d'autres lignes de temps du XXIe ou du XXIIe siècle connaissait des techniques similaires. Bien entendu, mieux valait se taire sur le sujet, pour ne pas la faire souffrir. Tout cela n'existait probablement pas à Pallatine, ou à un prix faramineux l'empêchant d'en profiter.


« Mais je comprends mieux votre situation. La première guerre mondiale, c'est ça ? C'est là qu'on a fait des progrès en médecine pour soigner les gueules abîmées je crois ? Enfin, c'était probablement une époque déplaisante, avec la guerre, et tout ça. Vous êtes probablement mieux ici. La paix, il n'y a que ça de vrai ! »


Et il pouvait le dire : Naga ne connaissait que la paix. Sa ligne de temps paraissait vraiment idyllique, en comparaison de futurs alternatifs de la Terre. Certes, ce n'était pas le paradis, mais pas de guerre, un climat qui se maintenait, des ressources pas encore épuisées... ce n'était pas si mal, non ?


« En tout cas, chez moi, c'était en paix. Je suis parti de chez moi en 2090. Ce n'est pas forcément très différent de Pallatine. Juste un peu plus évolué. »


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le Dim 14 Juil 2019 - 0:37


Ta provenance est si peu questionnée, tellement rarement abordée par tes proches, tes pairs, ceux que tu côtoie juste par désinformation ou respect mêlée d’une pitié dont tu passerais bien que toute mention ne te permets pas de savoir sur quel pied danser. Annoncer qu’on vient d’une guerre n’est pas le meilleur des sujets de discussions, autant pour la joyeuseté que l’atmosphère déjà oppressante qui les entoure. Le silence de Naga, ponctué d’expressions et peut être de réactions que tu ignores tend vers un embarras que tu te prépare à rompre avec n’importe quelle légèreté, avant qu’il ne reprenne le fil de discussion d’une désinvolture beaucoup trop désarmante. L’ange gênant est passé, et si tu n’es pas sûre de pouvoir bien comprendre ce qu’il peut penser, tu décide de parier sur la meilleure des réactions pour ne pas être déçue. Son intervention te fait éclater de rire spontanément, éruption que tu tente d’étouffer en t’excusant. « J’ai toujours su paraître plus jeune que mon époque, c’est pour vous dire. » Drôlement enjoué pour quelqu’un se languissant quelque peu d’un style vestimentaire hors du temps et des convenances.

Tu manques de te rembrunir un instant, à l’évocation de la médecine. Si tu es la première à réussir à plaisanter sur ton époque, par la force des choses, la simple évocation du drame suffit à te hérisser. Toujours trop tôt. Même si, au fond, c’est bien la plus intelligente référence quand à ton état qu’on puisse te faire, involontairement ou non. Les américains ne sont pas si nombrilistes que ça, en matière d’histoire, finalement. « Je suis partie juste après la Grande Guerre, mais avant tous ces progrès. Si j’avais su que j’emportais un souvenir de tout ça, une fausse blessure de guerre, j’aurais pu y réfléchir à deux fois, je pense. Mais j'étais bien jeune. Et puis, ce conflit n’a apparemment pas assez servi de leçon juste quelques années plus tard.»
La désinvolture qui te fait face a beau être caractéristique, surtout en prenant sa nationalité, sa provenance, surtout sa ligne temporelle en ligne de compte, tout ça reste étonnant. Comme un écho tout aussi étonné de ta rencontre avec Lor, cette perspective qui te terrifie autant qu’elle t’étonne sans faiblir –l’aube du XXIIe siècle. Le Futur. Et la paix. « Ca doit vous paraître vieux et lointain. Vous venez d’un futur que je n’aurais jamais imaginé, sinon en voitures volantes, cyborgs et progrès humain fulgurant. Et pourtant, nous réussissons à vous impressionner, ici, aujourd’hui, alors que la plupart de nos handicaps ne devait même plus exister dans votre temps. Est-ce déroutant ?» La curiosité t’étreint plus pour tes pairs moins bien lotis que pour toi, bien plus résignée et qui n’envisagerai pas vraiment de recouvrer la vue. Chacun porte sa croix. Ton interlocuteur est d’autant plus intéressant par son avis que de cette lointaine traversée dans le temps. « Vous avez régressé dans le temps alors que vous viviez dans une belle époque ? Est-ce que cela vous manque ?» Est-il vêtu à sa manière? Porte-t-il des souvenirs de là-bas, ou autre chose?


le Dim 14 Juil 2019 - 21:31

Les raisons pour lesquelles Naga trouvait Blanche agréable étaient diverses. Sa positivité, la retenue de son jugement étaient deux qualités admirables qui, couplées à son infirmité, suscitaient une sympathie immédiate et sans fards. La pertinence de ses remarques était cependant ce qui faisait définitivement pencher la balance en sa faveur : Blanche était la seule qui, pour le moment, avait su mettre des mots sur certaines idées vagues, et pourtant bien réelles, qui peuplaient la tête à moitié vide de Naga. Il ne s'était jamais rendu compte que, jusque là, il avait associé la jeunesse au futur et la vieillesse au passé. Pourtant, il avait bien vu des papis réactionnaires venus du XXIIe siècle, ainsi que des jeunes filles geeks qui avaient commencé leur vie au XIXe siècle. Mais le passé était attaché à la tradition, au désuet, à la vieillerie qui sent la naphtaline - odeur si vieille que les propres grands-parents de Naga ne l'avaient jamais connue. Le jeune homme approuva donc ce compliment qui lui paraissait parfaitement mérité.


Mais si elle avait la légèreté du siècle futur, Blanche n'en avait pas acquis l'insouciance. En découlait une ombre dangereuse lorsqu'elle évoquait la Terre qu'elle avait laissé derrière elle - à coup sûr, en parler davantage n'aurait fait que la blesser. Auparavant, Naga se serait morigéné pour avoir effleuré avec négligence un sujet aussi difficile. Désormais, il comprenait que découvrir les failles des autres était un processus bien trop courant, par lequel il fallait parfois passer, sans s'appesantir, pour connaître les limites respectives à ne pas dépasser. Du moins, c'était ce que Naga sentait. Heureusement pour lui, Blanche porta instinctivement la conversation sur lui et sa propre époque, plus joyeuse. Il se fit le devoir de la détromper.


« Vous parlez de régression. Mais l'avancée technologique qu'a connu mon époque n'était pas si grande que cela. Bien sûr, nous avions de meilleurs téléphones, qui nous servaient pour absolument tout ce qu'on peut imaginer... mais nous n'aurions jamais eu le niveau technologique pour une machine à transférer. Nous n'avions pas éradiqué le cancer et Alzheimer, mais nous avons fait des progrès significatifs contre le sida et Parkinson... D'autres gens qui viennent d'époques en même temps que la mienne ont connu de ces trucs ! Des conquêtes spatiales, des apocalypses, et les limites humaines repoussées ! Mais non, rien de tout ça pour moi. Je crois que je viens d'un monde qui stagnait. Ou qui avançait à un rythme d'escargot. C'est décevant, n'est-ce pas ? »


Maintenant qu'il en parlait, Naga comprenait à quel point le monde d'où il venait était terne pour son époque. Si ce monde n'avait été paisible pour les gens qui, comme lui, vivaient dans les pays civilisés, il aurait probablement ressemblé à un enfer de béton où les habitants se meurent d'ennuis dans leur petite routine quotidienne. Et pourtant...


« Et pourtant, ça n'empêche pas que j'ai envie de revoir mes proches. » confia-t-il sans la moindre gêne.


Car qui n'a rien à fuir a toujours envie d'y retourner...


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le Lun 5 Aoû 2019 - 23:11


Ton attitude extérieure est figée entre une politesse guindé usuelle, de celle qui tente de réprimer une amertume impossible à dissimuler, et une curiosité monstrueuse qui voudrait te laisser harasser le nouvel individu de questions à n’en plus finir. Les interlocuteurs non natifs, expatriés, naufragés temporels, de mondes fabuleux ou juste inimaginables pour ton standard de guerre te fascinent beaucoup trop. Ton monde n’a rien à offrir, rien à garder, rien à transmettre, le sien et les leurs, par delà le temps et la technologie, tellement plus. « Les miracles de votre époque, sûrement banals pour vous, sont pour la plupart des choses dont je n’aurais même pas pu imaginer l’existence en arrivant ici. Ce qu’il y avait ici dépassait déjà l’entendement. » Arriver d’un monde au ralenti, en conflit, à l’aube de révolutions majeures pour un présent si normal que tu t’extasiais encore à l’adolescence de concepts comme le recyclage ou les vaccins. Autour de vous, la réunion touche à sa fin, mais vous pouvez continuer à prétendre que la journée n’est pas encore terminée. Naga, à tes côtés, irradie de cet insouciance beaucoup trop commune, piquetée d’un ennui pour ce temps calme et si peu surprenant. Ce genre qu’il semble falloir secouer et réveiller, si proche de perdre le goût des choses mais encore rattrapable. Pallatine vous limite, qu’il vous ai pu vous sauver ou n’être qu’une attraction de plus pour trouver un sens à la vie, et c’est bien là que réside le fossé entre l’inuit et toi.   « Je me souviens avoir vu ces gens à l’Institut qui débarquaient de siècles lointains. D’utopies, comme de terres dévastées. Pallatine est une arche renfermant des sommités en leur temps, des artistes, comme des criminels ou même des gens pas entièrement humains. Mais ce vaisseau n’a pas de conflits majeurs, bien qu’il stagne aussi, je vous l’accorde. Votre monde n’était pas décevant, juste en paix.» Tu hausses les épaules, un peu fataliste. Sans révolution, sans contestation, peu de place à une évolution rapide ; qui n’est pas obnubilé par sa survie, ou son avenir incertain peut se languir d’apprécier un temps précieux. Venir ici lui permettra peut être de trouver une nouvelle vocation, une nouvelle raison de vivre, pour lui allouer de retourner un jour chez lui sans regrets d’être parti. Sa déclaration sans fard te laisse un instant sans voix, sans réaction appropriée. De toutes les raisons égoïstes de retourner dans son temps, celle-ci est trop réelle. Trop commune. Les mots creux sortent avec une aisance qui te déroute, tranchant avec un malaise que tu ne veux pas laisser transparaître. « Vous les reverrez. Ici, peut-être, ailleurs et plus tard, sans doute.» La phrase est vidée de la moindre émotion. Hors de question de laisser entendre cette jalousie malsaine de ne plus avoir d’attaches qui t'emprisonne, cette envie dévorante de savoir ce que tu as laissé et ce que tu n’as pas eu la chance de connaître. Ce n’est pas à propos de toi, et ça ne devra jamais l’être pour ne plus souffrir. Célébrer ceux partis trop tôt, ne pas oublier ceux qui restent. Seulement eux sont importants. Avez-vous laissé votre famille en venant ici ? Est-elle… au courant de votre transfert ?»


Hier à 12:21

Naga écouta poliment Blanche remettre en perspective l'avancée technologique de son époque, conscient que le regard qu'ils portaient sur ces innovations était tout relatif. Une transférée du XXe siècle ne pouvait qu'être impressionnée par ce qu'il considérait comme allant de soi. Mais une personne du début du XXIe siècle aurait sans doute été déçue de constater le peu de différence avec les produits qu'elle connaissait, et une personne de la fin du XXIe siècle d'une autre ligne de temps aurait trouvé sa période primitive. Naga s'en fichait un peu : il n'avait pas eu trop de difficultés à s'adapter à Pallatine, car il ne se sentait ni privé ni dépassé.


Mais il n'avait pas le cœur d'expliquer à Blanche ces choses-là. Il était sûr qu'elle ne comprendrait pas, de même qu'il ne comprenait pas l'attachement à la paix dont elle faisait preuve. Il aurait pu lui dire que la guerre n'avait rien à voir avec les grands progrès, mais il n'en était pas si sûr. C'était peut-être cela qui avait manqué à son époque, après tout.


« Vous en avez de la chance, de pouvoir voir le monde comme un miracle, affirma-t-il en souriant joyeusement. Je crois que c'est quelque chose que nous avons perdu, dans le futur : la capacité à nous contenter de ce que nous avons. C'est peut-être pour cela que nous ne sommes pas heureux. »


Cela faisait mal, bien sûr, de se rendre compte que si la souffrance est une part essentielle du bonheur, celle que les gens de son époque subit n'est pas la bonne, et qu'elle ne fait que les retenir prisonniers.


Elle faisait mal aussi, l'indifférence affichée de Blanche, qui parlait de ses proches comme si elle n'était pas concernée. Naga était bien placé pour savoir que retenir ses émotions était la barrière la plus simple à dresser lorsqu'on était blessé. Peut-être avait-elle perdu les siens sur Terre, mais les avait-on vraiment perdus quand on vivait à Pallatine ?


« Je ne sais pas. Peut-être. Je n'ai pas laissé de mots. »


Avant qu'il ait pu relancer la conversation, sa collègue déclara que ceux qui voulaient partir le pouvaient, et qu'elle était prête à s'entretenir personnellement avec ceux qui en auraient besoin, pour les aider. Elle jeta un regard à Naga lui signifiant qu'il devait en faire de même, et celui-ci, maladroitement, se souvint qu'il avait quelques obligations qu'il se devait de remplir.


« Ah oui, c'est vrai. La réunion. J'avais oublié que je devais récolter des suggestions et des doléances à la fin, s'excusa-t-il en haussant inutilement les épaules. Autant commencer par vous. Est-ce que vous avez des problèmes à signaler à la diaspora ? Des suggestions pour vous aider au quotidien ? Avec vos yeux, ça ne doit pas être facile, de remplir tous ces papiers... »


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