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    .It's too cold outside for angels to fly. [Libre]

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    On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans, mais on peut aussi être impulsif, violent, récalcitrant, irritable, boudeur, franc du collier, déloyal, mesquin, fort susceptible pour tout et n'importe quoi, débrouillard, un tantinet crétin, inconscient, trop fier, faussement orphelin, de très mauvaise foi, grognon, maladroit dans ses sentiments, plutôt roublard, énormément attaché à sa soeur, indépendant et roux.
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    .It's too cold outside for angels to fly. [Libre]
    le Jeu 25 Oct 2018 - 17:46
    Novembre roule ses mécaniques défraîchies et toi tu claques tes grinds sur la rampe de Monavier sous le regard ailleurs de Kshamenk, le menton dans ses bras croisés par-dessus la rambarde. Le bonnet de Sidney enfoncé sur ton crâne ainsi qu'un cockpit de laine sombre, tu dévales la pente d'un élan calme, pas le genre caribou, pour grimper de l'autre côté du demi-cercle et t'asseoir sur le rebord métallique, là où ton pote te rejoint en quelques bonds. Il a beau faire frisquet, tu as chaud dans le dos à force d'effectuer tes cabrioles et tu sens le vent froid lécher la sueur sur tes tempes, cependant l'envie de te déshabiller pour te mettre à l'aise est contrebalancée par le rhume que tu ne manquerais pas d'attraper en agissant inconsciemment. Là-haut, à plusieurs centaines de mètres d'altitude, tu sais que la température est plus abrupte qu'ici – tu te surprends d'ailleurs à mieux la supporter que tu ne l'aurais cru, en cette saison maudite où le givre parfois vous fait la surprise de frapper à votre porte. En plaine, la douceur est étonnante ; tu ne te rappelles plus que, les années précédentes, tu te plaignais du froid à cette époque. Vivre en montagne, même depuis peu, modifie ton métabolisme. Peut-être que si tu survis à l'hiver, tu ne te reconnaîtras plus au printemps ? C'est possible. Cela ne te fait pas peur, quoique tu ne t'impatientes pas. Tes dix-sept ans tout neufs sont déjà suffisamment rêches pour laisser un arôme de vieille cigarette à l'arrière de ta gorge.
    « Salut, gars. Shawn est d'astreinte ?
    Ouais, sa mère l'couve trop depuis qu'son frère est parti. Y m'a dit qu'elle lui a dit qu'on était d'mauvaises fréquentations et qu's'y restait avec nous, on l'éloign'rait d'elle.
    Merde. Elle nous connaît depuis longtemps, pourtant ?
    C'est p'tet bien le problème. C'est rien qu'une putain d'crise de parano, mais ça fait ièch.
    Comprends-la, tout le monde est sur les dents depuis cet été. Elle a sans doute peur qu'il disparaisse, lui aussi, et qu'elle ne le revoie plus. Plus personne n'est en sécurité.
    T'parles comme les adultes, Mok. Toi aussi tu vas t'mettre à vivre en flippé ?
    Ce n'est pas ce que je voulais dire... Mais tu ne trouves pas ça dangereux, toi ? »
    Tu ne réponds pas. Non que tu hésites, mais l'un ne convoque pas forcément l'autre : du danger ne naît pas la peur. Ce qui te fait peur, toi, c'est de rentrer le soir et de trouver la Cabane vide. Ce qui te fait peur, c'est qu'un ours, un blizzard ou un dieu s'introduise en ton absence dans ta baraque et dévore, submerge ou kidnappe ta sœur pour l'emporter hors de ta vue et hors de ton atteinte. Ta sœur, c'est ton Ganymède. Et sa disparition est la seule chose qui te terrifie ; le reste du monde peut bien s'anéantir que tu ne lèverais pas le petit doigt. Alors quand Kshamenk te parle du temps parallèle, d'annihilation extra-terrestres, des complots science-fictifs, tu hausses les épaules ou ricanes sans passion.
    N'empêche, tu te souviens qu'il existait autrefois un Ange qui, à l'heure qu'il est, soit flotte dans l'espace intersidéral, soit déjeune avec ses altérités d'autres dimensions, soit croupit au fond d'une geôle terrestre, selon les théories de ton ami.

    « Il paraît que traîne en ville un spécialiste des transferts qui sait tout ce qui se passe. Les réseaux sociaux en parlent beaucoup, mais entre les fakes et ceux qui disent que c'est de la publicité ou de la propagande... »
    Tu souffles. Un relent d'exaspération vrille ton encéphale, là, derrière l'occiput. Tu roules des yeux avant de les darder vers ton camarade.
    « Pourquoi tu m'racontes ça ? Qu'est-ce tu veux qu'ça m'fasse ? »
    Ton indifférence, bien que mâtinée d'agacement, ne le surprend pas. Il a l'habitude de tes humeurs, de tes éclats. Parce qu'il est le seul qui les accepte, à défaut de les comprendre.
    « Désolé. Ce sont mes parents ; ils ne parlent que de ça depuis quelques semaines, ça doit déteindre sur moi. Puis j'ai pensé que.. tu vois... c'est peut-être la seule personne de tout Pallatine qui peut savoir ce qui est arrivé à ton coloc. »
    Le mot te brûle comme de l'acide et te jette à bas de la rampe d'un geste brusque, ton skate sous le bras. Soudain tu as envie de partir en courant ou d'envoyer ton pote se faire foutre chez Emmet, mais dis de cette façon il l'aurait sûrement très mal pris alors tu te retiens, quoique tu n'en penses pas moins – t'es un peu un connard quand tu t'y mets –, et optes pour le calme. Kshamenk n'a jamais voulu que ton bien, il n'a pas besoin de prouver sa bonne foi ; il sait que ce manque trotte toujours en toi, qu'il subsiste cette case vide et triste durant ton adolescence et, maintenant que tu y penses, c'est sans doute la dernière opportunité qui te sera offerte de faire la lumière sur cette histoire. Si ça foire, tu te promets, tu te débarrasseras de ce pan de ton passé. En attendant, il te faut essayer.
    « D'accord, si ça peut t'faire plaisir. Et on l'attrape comment, ce mec ?
    Aucune idée. Il se balade un peu partout, à ce qui se dit. C'est toi le pro pour dénicher les gens. »
    Du fond de ton thorax, tu sentais que tu n'étais pas au bout de tes peines.

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    Quel étrange être banal, pour un personnage auréolé de mystère. On s'attendrait à plus que ce grand homme à la peau sombre et au visage humble, qui sous ses longs habits gris, semble cacher une intuition sensible pour repérer tout ce qui se passe autour de lui. Quelque chose pourtant le distingue. Cette haute taille attire les regards, ces deux mètres de chair maigre mais souple qui le sépare plus efficacement du monde que la plus épaisse des armures. La légère inclinaison de ses yeux, qui pose le flou sur ses origines, accentue davantage l'impression que Leon n'appartient pas tout à fait à ce monde. Il a dans le regard une nostalgie bienveillante, nourrie par la pitié que lui inspire ce qui l'entoure.
    Leon ne s'impose pas, pas plus qu'il ne cherche à se distinguer. L'œil inattentif capterait à peine le mouvement de son corps dans la grisaille de la ville ; mais pour qui sait chercher, sa présence s'imposerait comme une évidence. Qui le voit le reconnaît : parce qu'on a entendu parler de lui, à cause de ce qu'il est. Et Leon ne fait pas d'efforts pour cacher qui il est. De sa voix grave et douce, il décline son identité en toute humilité, parfois même sans quand on le lui demande, comme s'il savait exactement ce qu'on attendait de lui. Mais ne pensez pas pour autant que Leon soit capable d'interpréter tous les signes que vous lui envoyez : il semble parfois perdu face à des conventions que vous avez depuis longtemps assimilées. C'est dans cette différence que vous pouvez vous douter que Leon ne vient pas de Pallatine.
    Leon ne refuse jamais une conversation polie. Il évitera les questions personnelles comme une véritable anguille, s'excusant parfois de les trouver trop indiscrètes ; mais il se montre la plupart du temps prolixe, sans sombrer dans le travers du bavardage. Leon sait beaucoup de choses, vous vous en rendrez compte, mais une retenue particulière l'empêche parfois de s'exprimer en toute franchise. Que cette retenue soit l'effet de son caractère, ou bien prudence par rapport à une possible menace planant sur lui, vous ne le saurez probablement pas. Il est en tout cas tout disposé à échanger avec vous autant qu'il se sent autorisé à partager, sans rien vous réclamer en retour, si ce n'est un peu de ce temps qui lui est si précieux. Peut-être vous révélera-t-il des secrets dont la teneur vous choquera : libre à vous de les refuser, si vous estimez que Leon vous manipule, ou qu'il s'est tout simplement trompé. Leon n'impose à personne sa vision de la vérité. Peut-être, parfois, vous posera-t-il des questions qui vous paraîtront incongrues, mais auxquelles vous n'êtes pas tenus de répondre. Comme si Leon avait besoin de sonder cette substance métaphysique qui se niche au fond de vous, et qu'il ne savait pas vraiment comment s'y prendre.
    (pour demander un roleplay avec ce personnage, merci de se rendre dans ce sujet !)
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    Re: .It's too cold outside for angels to fly. [Libre]
    le Ven 26 Oct 2018 - 22:25
    Il goûtait la fraîcheur matinale de Monavier en silence, savourant sur le bout de ses lèvres l'affolante liberté de l'air, délivré des immeubles et des souffles entassés de mille humains dont la simple présence le suffoquait. Autour de lui, si peu de gens, des rues tranquilles qui s'achevaient sur de grands espaces ouverts où le mouvement était la clé de tout. La configuration du quartier semblait porter le passant solitaire vers ces espaces où des silhouettes sombres, juvéniles, passaient à toute vitesse devant ses yeux, comme un spectacle qui lui aurait été personnellement adressé. Mais Leon n'avait pas la vanité de croire qu'une quelconque mise en scène lui avait été offerte par une ville dont la conscience était fondamentalement divisée selon un système d'appartenance dont les codes lui échappaient. Il se trouvait là comme un étranger dont on aurait pu se passer, mais qui était malgré tout présent pour observer des modes de vie différents de ce qu'il connaissait. Il en retirerait des souvenirs étranges, colorés de l'incompréhension qui le frappait à chaque fois qu'il était confronté à une nouveauté.
    Il fallait bien que jeunesse s'amuse, et contrairement à eux, Leon n'était pas pressé.
    L'immobilisme de deux formes perdues de tous les regards finit par capter le sien par le trou que ces deux-là formaient dans tout cette dynamique. Ils semblaient s'être temporairement extraits du flot où habituellement ils se laissaient emportés, retenus sur place par une démarche réflexive. Quelques instants peut-être, et ils reprendraient pied dans leur vie, oubliants à quel point ils avaient pu être tranquilles au moment où Leon les observait. 
    Puisque son chemin le portait vers ces deux êtres en retrait, Leon eut l'occasion de s'approcher d'eux. Il fut frappé par l'aspect juvénile que leur figure renvoyait. Ce n'était que des adolescents, presque des enfants, qui ne savaient pas vraiment être sérieux, et qui pourtant avaient gagné en l'espace d'un instant une profondeur que la plupart des adultes auraient pu leur envier. Qu'avaient-ils donc pu vivre pour atteindre une telle densité ? Pallatine lui semblait être une ville bien moins tranquille que ce qu'il s'était imaginé, et cette idée, le perturbant, le fit ralentir, jusqu'à ce que s'arrêter devant ces deux jeunes fut la seule option possible.

    « Pardonnez-moi, jeunes gens, mais je cherche à en savoir plus sur ce qui se passe ici. Quel est cet endroit ? Et à quoi sert-il ? »

    Il avait lu des livres, et des tas, qui lui présentaient sur un ton très scientifiques les mœurs étrangères, mais il semblait à Leon que quelque chose avait été oublié dans les descriptions qui lui avaient été présentées. Il pouvait individuellement identifier tous les objets autour de lui, mais ne parvenait pas à assembler les éléments dont il disposait pour définir l'usage des parks. Étaient-ils populaires ou réservés à une élite, était-ce un lieu de détente ou de compétition, pourquoi les avait-on construit à l'intérieur de la ville plutôt qu'à l'extérieur... Et ces jeunes, quel rôle occupaient-ils dans cette harmonie désaccordée ?
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    On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans, mais on peut aussi être impulsif, violent, récalcitrant, irritable, boudeur, franc du collier, déloyal, mesquin, fort susceptible pour tout et n'importe quoi, débrouillard, un tantinet crétin, inconscient, trop fier, faussement orphelin, de très mauvaise foi, grognon, maladroit dans ses sentiments, plutôt roublard, énormément attaché à sa soeur, indépendant et roux.
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    Re: .It's too cold outside for angels to fly. [Libre]
    le Mar 30 Oct 2018 - 17:57
    Si tu ne viens pas à la galère, la galère viendra à toi. Avec le temps, tu as élevé cette maxime au rang d’art, de ta vertu première, de sorte que l’ignorance de Kshamenk ne provoque en toi qu’une infime contrariété rapidement évincée par un rebond intellectuel. Tous deux penchés au-dessus de son portable, vous pianotez des mots-clefs dans la barre de recherche du site afin de dégoter un ou deux instantanés pris à l’arrachée, mais force est de constater que ce Leon joue les anguilles – à moins que cette histoire ne flirte avec le paranormal. C’est la saison idéale.
    « Attends attends, reviens en arrière, r’garde celle-là ! »
    Dans l’encadré, sous la légende Have you seen this guy ? un type long comme un slenderman apparaît à plusieurs reprises, flou, coupé, fuyant, l’air pas sur Terre, dégingandé à souhait, et les commentaires s’amoncelant sous les clichés mentionnent son nom et son intangibilité. Un frisson dévale ta nuque, sans que tu saches pourquoi, mais ce n’est qu’à l’instant où tu redresses la tête que tu la voies, l’ombre portée sur toi, ces deux mètres de noir qui te cachent tout à coup le pâle soleil d’automne. Kshamenk lève les yeux à son tour, ahuri. Le loup blanc dont vous parliez vous fait la surprise de sa présence. Tu réprimes à la va-vite le juron qui bute contre tes dents.

    Pris de court par sa hauteur tu lui abandonnes l’initiative, dont les interrogations te déstabiliseraient presque si tu n’avais pas aussitôt compris qu’il désigne les rampes et non le monde entier – ou votre existence elle-même. Mais l’endroit t’est si familier que tu ignores comment le définir, rames dans le vide de ta cervelle, alors ton pote vient à ta rescousse en empoignant la pagaie :
    « Ce sont les parks, monsieur. Ils ont été créés pour pratiquer le skate, le roller, le vélo acrobatique ou d’autres sports du genre. On vient s’entraîner sur les rampes, les bowls là-bas, les tremplins… où on veut sans que ça gêne les autres, on s’amuse, et parfois on se défie pour le plaisir. Mais on n’est pas obligé d’en faire non plus, on peut juste regarder. C’est à tout le monde, ici, et tout le monde se respecte. »
    Tu ajouterais parfois à coups de poings et d’insultes, sauf que le grand dadais ne semble pas de ceux qui apprécient le cynisme. En tout cas, le discours de ton ami fleure bon l’altermondialisme – à en avoir la nausée.
    « Vous v’nez d’être transféré et l’Institut vous l’a pas dit ? Y savent pas c’qu’est important » tu fais, intrigué, méfiant et offusqué à la fois. Les réflexions des réseaux sur son faciès d’extra-terrestre passent en boucle dans ta mémoire ; tu as du mal à le regarder dans les yeux sans penser que sa Terre à lui, s’il en a une, doit être sacrément étrange. « Là c’est un peu mort pask’on s’les pèle, mais y a plus de gars quand il fait meilleur. Z’avez qu’à r’garder, comme ça la prochaine fois, vous connaîtrez. »

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    Leon ne s'impose pas, pas plus qu'il ne cherche à se distinguer. L'œil inattentif capterait à peine le mouvement de son corps dans la grisaille de la ville ; mais pour qui sait chercher, sa présence s'imposerait comme une évidence. Qui le voit le reconnaît : parce qu'on a entendu parler de lui, à cause de ce qu'il est. Et Leon ne fait pas d'efforts pour cacher qui il est. De sa voix grave et douce, il décline son identité en toute humilité, parfois même sans quand on le lui demande, comme s'il savait exactement ce qu'on attendait de lui. Mais ne pensez pas pour autant que Leon soit capable d'interpréter tous les signes que vous lui envoyez : il semble parfois perdu face à des conventions que vous avez depuis longtemps assimilées. C'est dans cette différence que vous pouvez vous douter que Leon ne vient pas de Pallatine.
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    Re: .It's too cold outside for angels to fly. [Libre]
    le Sam 3 Nov 2018 - 11:35
    Ce n'était pas la première fois que Leon mettait mal à l'aise ses interlocuteurs, si bien qu'il commençait à en avoir l'habitude. Le rouquin, bien que déstabilisé par son apparition quasi-miraculeuse, tout autant que par la teneur de sa question, s'efforça de lui apporter une réponse qui, bien que décousue et maladroite, avait le mérite d'être précise, et de répondre à ses interrogations. Malgré quelques réserves, Leon se contenta de cette explication.

    « Je vois... c'est un lieu d'amusement... »

    C'est avec plus de rudesse que l'autre garçon sembla lui reprocher son innocence, blâmant sans honte l'Institut de cette défaillance. Leon darda ses yeux profonds dans ceux du jeune homme, comme pour sonder cette haine de convenance qu'il décelait chez lui. L'étranger avait déjà compris depuis longtemps que le clivage des diasporas avait des effets dévastateurs sur les jeunes esprits nés dans ce climat de compétition ; mais d'autres personnes, transférées elles aussi, pouvait ressentir un sentiment d'abandon de la part de l'Institut qui les avaient hébergées, et il ne parvenait pas à savoir si ce  garçon avait vécu l'une ou l'autre situation. La compassion le poussa à adresser un large sourire à cette âme en peine, qui brûlait d'être reconnu.

    « Ils n'ont pas eu le temps de m'instruire de toutes les subtilités de Pallatine, en effet. À mon époque, nous n'avons pas tous ces amusements de plein air, et c'est maintenant que je me rends compte à quel point c'est dommage. Pourquoi n'y avons-nous pas pensé... »

    Il se sentait déçu, alors même qu'il avait devant lui un trésor qui lui avait été toujours refusé. Mais il se savait un peu malhonnête de se la poser, car après tout, Leon ne pouvait reprocher à personne de ne pas avoir construit de parks. Ce n'était pas leur faute.
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    Re: .It's too cold outside for angels to fly. [Libre]
    le Dim 11 Nov 2018 - 13:10
    De tous tes potes, lesquels se comptent sur les doigts d'une main, et parce qu'il est possiblement le plus intelligent d'entre vous, Kshamenk est souvent – pour ne pas dire toujours – celui qui dialogue avec les adultes. Quelques mois à peine vous écartent calendairement parlant, mais en intellect et en esprit il te devance déjà de plusieurs années alors que tu n'es pas non plus le plus attardé des adolescents de Pallatine, tous milieux confondus. Quand il parle, Kshamenk, les gens l'écoutent. On le trouve poli et policé, courtois et engageant ; avec vous il hausse les épaules et préfère en rire, car dit-il les adultes sont si peu habitués aux bonnes manières des jeunes générations qu'ils ne peuvent s'empêcher de les féliciter lorsqu'elles font montre de la moindre civilité. Toi, tu sais pourtant qu'il s'habille débraillé dans la planque avec des t-shirts tachés ou qu'il se coiffe sans scrupule avec n'importe quoi qui traîne, fourchette ou paire de ciseaux. Il est double-face, Mok : pile c'est mondain et propret, face c'est incongru et familier. Et tu aimes le mélange de ces contraires.
    Un lieu d'amusement, vous ne l'auriez pas mieux dit – d'où le fait que ce ne soit pas le cas. Le sourire de l'homme se voulait conciliant ; à sa place, ils auraient été nombreux à te reprocher ton langage ou à juger tes rebuffades inopinées. Vous apprîtes ainsi que l'étranger avait probablement éludé la formation obligatoire de l'Institut, à moins qu'il n'eût bénéficié d'un traitement de faveur lui agréant grâce de cette corvée de bienvenue – étrange cependant, puisqu'il semblait être très curieux de cette ville au point de vous interroger pour des broutilles de skatepark – ou, selon une troisième éventualité, qu'il posait tellement de questions qu'on l'avait mis dehors pour qu'il découvre par lui-même. Même infirmée par l'absurde des faits, cette idée-là te fit sourire en coin.
    « C'est clair, acquiesças-tu, si y'avait pas ça, ce s'rait la loose ! Bonjour l'ennui. » Tu n'exagérais même pas. Monavier était ton repère, ton royaume ; tu avais dû passer plus de temps ici ces dernières années que nulle part ailleurs. Kshamenk, lui, y voyait subitement un autre intérêt : nourrir sa curiosité auprès d'inconnus réputés pour leurs connaissances secrètes. Et si tu t'étais laissé absorber par des réflexions sur tes loisirs, ton ami n'avait pas perdu de vue la nature de ce grand homme. Tout innocent, il lui demanda donc :
    « D'où venez-vous ? Votre époque sur Terre est plus ancienne qu'ici ? Ne vous inquiétez pas si vous venez de sortir de l'Institut ; les transférés s'habituent plutôt vite, en règle générale, et votre diaspora vous aidera si vous en avez besoin. »
    À condition qu'elle sache qu'il existe, songeas-tu en silence, soudain amer.

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    Leon ne s'impose pas, pas plus qu'il ne cherche à se distinguer. L'œil inattentif capterait à peine le mouvement de son corps dans la grisaille de la ville ; mais pour qui sait chercher, sa présence s'imposerait comme une évidence. Qui le voit le reconnaît : parce qu'on a entendu parler de lui, à cause de ce qu'il est. Et Leon ne fait pas d'efforts pour cacher qui il est. De sa voix grave et douce, il décline son identité en toute humilité, parfois même sans quand on le lui demande, comme s'il savait exactement ce qu'on attendait de lui. Mais ne pensez pas pour autant que Leon soit capable d'interpréter tous les signes que vous lui envoyez : il semble parfois perdu face à des conventions que vous avez depuis longtemps assimilées. C'est dans cette différence que vous pouvez vous douter que Leon ne vient pas de Pallatine.
    Leon ne refuse jamais une conversation polie. Il évitera les questions personnelles comme une véritable anguille, s'excusant parfois de les trouver trop indiscrètes ; mais il se montre la plupart du temps prolixe, sans sombrer dans le travers du bavardage. Leon sait beaucoup de choses, vous vous en rendrez compte, mais une retenue particulière l'empêche parfois de s'exprimer en toute franchise. Que cette retenue soit l'effet de son caractère, ou bien prudence par rapport à une possible menace planant sur lui, vous ne le saurez probablement pas. Il est en tout cas tout disposé à échanger avec vous autant qu'il se sent autorisé à partager, sans rien vous réclamer en retour, si ce n'est un peu de ce temps qui lui est si précieux. Peut-être vous révélera-t-il des secrets dont la teneur vous choquera : libre à vous de les refuser, si vous estimez que Leon vous manipule, ou qu'il s'est tout simplement trompé. Leon n'impose à personne sa vision de la vérité. Peut-être, parfois, vous posera-t-il des questions qui vous paraîtront incongrues, mais auxquelles vous n'êtes pas tenus de répondre. Comme si Leon avait besoin de sonder cette substance métaphysique qui se niche au fond de vous, et qu'il ne savait pas vraiment comment s'y prendre.
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    Re: .It's too cold outside for angels to fly. [Libre]
    le Mer 14 Nov 2018 - 19:10
    Sa curiosité n'était pas rassasiée, car la somme des mystères qui l'attendaient à Pallatine était bien trop grande pour être passée en revue en quelques jours à peine, et Leon n'avait pas le temps d'explorer davantage les mystères du park, alors même qu'il n'avait pas de planning strict à respecter. Il n'avait pas de but précis : il attendait le moment où il penserait en savoir assez, ignorant s'il fallait compter en jours ou années le temps - ni même comment il établirait que ce moment serait venu. Même ce qui se passerait ensuite pour lui n'était pas bien clair, soumis à l'arbitraire de l'expérience qu'il aurait réussi à accumuler.
    Il regrettait parfois de s'être exposé, et il se doutait bien que les deux jeunes hommes allaient bientôt céder à la curiosité à son sujet. Leon commençait à être suffisamment connu pour que des rumeurs circulassent à son sujet. Peut-être était-il en passe de devenir une légende obscure, de la même trempe que Noah Morgenstern, dont on lui avait dit qu'il était décédé. Partir alors qu'il n'avait rien eu l'occasion de leur offrir en retour était des plus maladroits : ce n'était pas un travers dans lequel Leon tomberait. Mais la question, générale sous son apparence, lui tirait un sourire crispé de malaise. Après tous, tous les transférés étaient capables de dire d'où ils venaient, et parfois la raison pour laquelle ils étaient venus, mais il sentait quelque chose de différent à propos de lui-même, comme si les informations auxquelles il avait accès le rendait plus apatride que s'il avait été rejeté par sa propre patrie.
    « Je viens du futur, finit-il par répondre sans la moindre trace d'hésitation. Mais un futur très différent de ce que vous connaissez ici. Ce n'est pas une question d'adaptation aux changements par rapport à mon époque qui pose problème, je dirais. Mais c'est plutôt comme si les fondements sur lesquels sont construits ce futur sont radicalement différents de la réalité que vous connaissez ici. »

    Il lui était difficile de cacher la douleur qui s'emparait de lui lorsqu'il s'efforçait de comparer les deux mondes : Leon n'était pas le seul à venir d'une ligne de temps difficile, mais il avait l'impression que personne, à Pallatine, ne venait d'un temps aussi désespéré que le sien. Et puis, il était trop sensible, ses proches le lui avaient souvent dit, et c'était probablement pour cette raison que c'était lui, et non eux, qui se trouvait ici : ils auraient sans doute fait preuve d'une cruauté incompréhensible pour les locaux, alors que leur seul problème était l'assèchement de leurs sentiments, qui les poussait à toutes les extrémités pour survivre.
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