Un rendez-vous courtois

le Ven 23 Nov 2018 - 16:47


Nous sommes en mi-novembre et cela fait quelque temps qu'Östen a entendu le nom de Leon Hansen pour la première fois, par le biais de rumeurs. Même pour lui qui travail pour l'institut, le mystère autour de ce Leon est complet. On dit de cet homme qu'il serait facile à approcher, qu'il aurait des connaissances intéressantes à partager, mais qu'il en révélait systématiquement beaucoup trop peu. Il a même été impossible pour l'agent de découvrir quoique ce soit sur le net à son sujet, comme s'il existait pas vraiment. C'est pour cela qu'il entreprit une approche quelque peu étonnante, au milieu de ses recherches sur la France du XIXe siècle, en chargeant en ce début de semaine un homme de l'institut ayant déjà rencontré Leon de glisser un petit mot écrit à la main dans son vêtement d'automne.

Je vous invite à faire connaissance ce Vendredi 18 novembre 2016 en fin de matinée dans mon bureau à l'étage de l'institut Svensson, dans l'aire éducative, en salle 126.
Amicalement votre,
Östen Depoortere


Le voilà le jour même dans son bureau, à tuer l'ennui à coup de plume sur une feuille devenu presque entièrement noire à force de réécrire et de gribouiller sur les mêmes lignes tout ce qui voulait bien sortir de sa tête. Il n'avait pas donné d'heure exacte et ne savait pas si le mystérieux individu allait se présenter. Dans la pièce, le bordel avait été écarté dans les coins pour aérer le centre où se trouvait un vieux bureau d'époque restauré. On y trouvait beaucoup de livres, de toutes époques, et dans des états divergents, ainsi que d'autres morceaux de papier et d'archives souvent froissés. Même la poussière avait été entassé et créait deux atmosphère diamétralement opposées entre les coins lugubre et le centre resplendissant. Östen quant à lui portait un accoutrement digne d'un français moyen du XIXe, afin de s'habituer à leur manque de confort et pour qu'ils aient l'air d'avoir déjà vécu avant son futur transfert. Face à lui aucune note n'avait été préparé, il n'avait disposé son bureau en bois ciré que d'une pochette, de quelques feuilles, d'un magnifique porte-plume et d'encre. Un fauteuil avait été prévu pour que son invité soit à son aise et la porte d'entrée entre-ouverte pour qu'il puisse entrer sans tarder.

- Je me demande à quoi il ressemble, ce fameux Leon, marmonne Östen.
le Dim 25 Nov 2018 - 16:03
Leon se doutait bien que les responsables de l'Institut, frustrés d'avoir été tenus à l'écart de son arrivée, dont ils n'auraient d'ailleurs jamais considéré l'importance sans l'intervention du directeur lui-même dans cette affaire, brûlaient de l'envie de l'interroger, même si la prudence les incitait à ne pas se mêler des secrets de leurs supérieurs bien trop discrets ; mais un employé n'avait sans doute pas les mêmes réserves et pouvait se montrer amical avec lui sans craindre pour sa position. Il avait déjà noué deux ou trois relations plutôt cordiales avec des secrétaires ou des agents administratifs, et c'est par le biais de l'un d'eux que le billet lui était parvenu. Et son auteur n'avait rien du petit employé de bureau sans histoires à qui on pouvait parler en toute liberté. L'homme connaissait bien les transferts, pour en être l'un des rouages les plus essentiels, et toute irrégularité dans l'arrivée de Leon lui sauterait probablement aux yeux. Le ton du billet avait beau être courtois, Leon conservait l'impression que l'agent lui préparait un guet-apens plus dangereux qu'il n'y paraissait.
Mais il n'avait pas vraiment le choix. Il fallait y aller.

Sur les coups de onze heures, Leon se rendit nerveusement vers le petit bureau qu'on lui avait indiqué. Il tâchait de garder bonne figure, en étendant autant qu'il le pouvait son sourire sans trop le forcer, mais il ne croyait pas faire vraiment illusion. Il était d'un naturel un peu rêveur et nerveux - c'était pour cette raison que les gens lui faisaient confiance, en général, il avait l'air trop dans la lune pour être un menteur invétéré.
Il aurait bien aimé prendre le temps de respirer, mais la porte était entrouverte, M. Depoortere l'avait certainement entendu arriver. Il toqua doucement, poussa la porte et se présenta :

« Bonjour monsieur, je suis Leon Hanssen, vous m'avez invité à vous rencontrer. »

Et dans sa main gauche, un petit sachet en carton, qui contenait du café, qu'il tendit à son interlocuteur dès qu'il fut certain de ne pas s'être trompé sur son identité.
le Mar 25 Déc 2018 - 15:53
L'expression de l'hôte s'illumine à l'arriver de son invité qui s'empresse de se lever pour saluer le tant attendu Leon.  

- Bonjour ! Pas de Monsieur entre nous, tu peux m'appeler Östen ! Il remarque le petit sachet qu'il saisit pour regarder sans attendre ce qu'il contient, Oh ! Du café, quelle merveilleuse idée, j'ai exactement ce qu'il nous faut ! Juste, un instant..

Sachet posé sur le bureau, il fouille dans un premier temps dans un tiroir pour en sortir une boîte à biscuit décorée façon vintage mais avec des illustrations de dessins animés japonais du XXIIe siècle, puis se retourne pour sortir une machine à café qu'il branche immédiatement sur une commode tout juste perceptible dans ce bazar.

- Je reviens tout de suite. Installes-toi, je t'en prie !

A peine son invité arrivé, Östen quitte la pièce deux longues minutes pour revenir avec de l'eau et un filtre neuf, chacun dans une main, puis claque doucement la porte avec son pied. Préparation du café en cours, il profite que la machine fasse son travail pour se remettre à sa place.

- Sers-toi, ils sont délicieux ! Il ouvre la boîte contenant des biscuits secs, prend une feuille vierge pour prendre de nouvelles notes, puis se saisit d'un biscuit. Leon, tu permets que je te tutoie Leon ? C'est ce que font les amis. Tu sais Leon, t'es un personnage plutôt mystérieux dans le coin. J'aime le mystère. C'est pourquoi j'aimerai qu'on devienne amis ! Il me semble que t'es arrivé assez récemment dans le coin. Tu te plais ici, à Pallatine, mon ami ?

Östen débite sans laisser le temps à son invité d'en placer une, puis s'arrête net à son interrogation, sourire aux lèvres, les yeux fixés dans ceux de Leon, se permettant ainsi de croquer joyeusement dans son biscuit.
le Dim 20 Jan 2019 - 23:15
La tendresse se peignit sur le visage de Leon face à l'accueil très chaleureux que lui réserva son hôte. Il avait oublié qu'il existait en ce monde des âmes assez pures pour instaurer un climat d'amitié entre deux inconnus. Voilà qui était bien agréable.
Il ne se formalisa pas du tout de voir Östen s'éclipser quelques instants pour aller préparer le café qu'il lui avait apporté. Quel comportement poli ! Leon se sentait vraiment en confiance, même s'il restait possible que l'agent fût en vérité en train de le manipuler. Et s'il se faisait manipuler avec autant de gentillesse... il n'allait vraiment pas s'en plaindre.

Leon n'avait pas bougé d'un iota au retour d'Östen dans la pièce. Il n'avait même pas posé un regard sur le tiroir qui semblait regorger d'attirants mystères exotiques. Mieux valait éviter de se laisser tenter : voler, c'était mal, même à son époque.

« Merci, ils ont l'air délicieux. » répondit-il quand même lorsque son hôte lui servit quelques gâteaux secs, preuve qu'il n'était pas insensible non plus.

Mais son visage, lui, ne laissait rien paraître : impossible de savoir s'il appréciait ou non le biscuit. La proposition d'amitié lui tira un faible sourire malgré tout.

« Je veux bien qu'on devienne amis... mais ça ne marche pas comme ça, n'est-ce pas ? Même si j'apprécie ton hospitalité... il doit y avoir quelque chose que tu veux me demander, n'est-ce pas ? »

Leon pointa du doigt la feuille de papier où Östen était prêt à rédiger des notes. Se rendant compte peut-être qu'il se montrait impoli, Leon s'empressa d'ajouter :

« Bien sûr, j'ai coutume de répondre à toutes les questions si je peux, mais c'est quand même plus agréable, demandé ainsi... »
le Dim 28 Avr 2019 - 13:28
L'invité de Monsieur Depoortere ne perdit pas de temps pour aller à l'essentiel. Au moins, il avait réussit à tirer un sourire sur ce visage qui était jusque là inexpressif, même s'il se faisait discret, cela lui parût comme une victoire.

- Et pourquoi cela ne pourrait-il pas fonctionner, s'opposa Östen avec un large sourire. L'amitié n'a pour moi aucune règle, il suffit qu'on se dise qu'on est amis pour l'être. Si tu le veux bien, alors notre amitiée est actée, voilà tout ! Il se retourne d'abord pour vérifier l'état du café qui n'est rendu qu'à la moitié du processus, puis baisse les yeux vers les feuilles que Leon lui montrait du doigt. Pardon, je ne devrais pas utiliser ça dans une conversation amicale.

D'un geste spontanée, Östen balança les feuilles et sa plume en arrière, rejoignant le bazar dont ils faisaient désormais parti. Son expression resta quant-à-elle tout autant chaleureuse.

- Il y a en effet quelques questions que j'aimerai te poser. Mais ce serait beaucoup trop ennuyant de le faire à la façon d'un interrogatoire. Racontes-moi plutôt ce que tu fais dans la vie ! Moi je suis agent pour l'institut, je m'occupe de faire venir des gens incroyables dans cette cité. Je devrais te présenter quelques-uns de mes transférés, d'ailleurs, ils sont merveilleux.
le Jeu 16 Mai 2019 - 13:58
Les yeux de Leon restèrent grand ouverts, stupéfait de la facilité avec laquelle une amitié pouvait se bâtir dans ce nouveau monde. Il n'avait encore rien fait, n'avait pas prouvé d'utilité réelle - car ses informations pouvaient être décevantes pour un homme habitué à changer de dimension. Il avait bien du mal à y croire, mais douter des paroles d'Östen était très probablement malpoli et devait donc être évité.
L'agent savait en tout cas y mettre les formes, donnant à Leon l'impression que la conversation était tout ce qu'il y a de plus amical. Peut-être était-il en mesure de comprendre ce qui se passait dans son monde...

« Je suis ambassadeur, annonça-t-il avec douceur. Enfin, ça ne fait que quelques mois que j'occupe ce poste. Je n'ai aucun prédécesseur, c'est une création toute récente de mon gouvernement pour entretenir les liens avec Pallatine. Avant... les choses étaient moins officielles. »

Il ne savait pas comment poser les choses autrement. Avant d'entrer au gouvernement, Leon ne connaissait pas l'existence de Pallatine. Et personne ne lui avait dit depuis combien de temps. Mais très honnêtement, ce n'était pas la première question qui vous venait en tête quand on vous révélait un secret parallèle...

« Et toi ? Tu as une période terrienne de prédilection ? »
le Lun 20 Mai 2019 - 15:56
La réponse de Léon fait hausser les sourcils d'Östen, évidemment surprit par cette révélation. Il n'avait encore jamais entendu parler d'une quelconque collaboration avec un gouvernement étranger à Pallatine. Un nouveau sourire, plus naturel cette fois, apparait sur son visage, comme s'il prenait réellement un air plus sérieux et rassurant.

- Moi ? Je suis plutôt spécialisé dans les temps passés, pré-XXIe siècle, d'ailleurs j'étudie la France en ce moment même. J'aime absolument toutes les époques, elles ont toutes leur truc qui les rendent plus intéressantes les unes aux autres. Oh ! Le café est prêt. Le son de cafetière l'interrompt, il ne perd pas de temps à préparer deux tasses, une pour son invité et une seconde pour lui-même. Alors qu'il est encore dos à Léon, l'agent prend une moue pensive. La tienne, par exemple, m'intrigue énormément.

L'agent se retourne et pose la tasse blanche face à son invité, avec le sucre à disposition, puis se réinstalle sur son siège en laissant la dégustation de café de côté pour le moment. Toujours souriant face à son nouvel ami.

- On a pas l'habitude, ici, que ce soit les gouvernements étrangers qui nous envoient leur ambassadeurs. Je pensais que toutes les entrées et sorties se faisaient sous la discrétion de l'institut... Il reprend sa moue pensive. Sauf si.. tu ne viens pas d'un gouvernement si étranger que ça.

Le regard que porte Östen à son invité devient soudainement plus intense, il attend des éclaircissements.
le Dim 23 Juin 2019 - 15:30
Östen étudiait les siècles passés - des périodes si anciennes qu'elles paraissaient presque moyen-âgeuses aux yeux de Leon. Mais il savait bien que, quelle que fût la culture, personne ne mettait le XIXe et le XXe siècle dans le Moyen-Âge.

« Ça doit être fascinant. » remarque Leon pendant que son hôte est occupé à servir le café.

Il comprenait l'intérêt d'Östen pour des périodes aussi diverses et variées que celles qu'avaient traversées la Terre. D'un pays à l'autre, il n'y avait pas que le climat ou le relief qui changeait : le cœur des hommes aussi. Un pur produit de Pallatine devait probablement trouver ces différences très attirantes.
Mais l'époque de Leon, évidemment, était probablement celle qui faisait le plus parler d'elle récemment - et pourtant, Pallatine avait déjà eu son lot de transférés venant d'époques étranges et uniques en leur genre. Entre les futurs ravagés par la guerre, ceux qui ressemblaient à un paradis sur Terre (on n'en voyait pas beaucoup, de ces gens-là), et même ceux où les vaches étaient devenues bleues suite à des manipulations génétiques, il fallait y aller pour éveiller autant de curiosité. Et lui-même, l'ambassadeur, y était probablement pour quelque chose.
Leon ne mit pas de sucre dans son café : il avait l'habitude de le boire noir et amer. Il le goûta rapidement, vanta son goût auprès de l'agent, puis revint avec un petit sourire satisfait sur ses questions.

« Oui, je me doute que toute cette histoire doit pas mal t'intriguer. Mon futur est... un particulier. Nous possédons des relations avec Pallatine depuis longtemps. Tout passe par le directeur de l'Institut, en général, c'est pour ça qu'il est tenu à l'écart de vous. En général, nous évitons les contacts, mais récemment... disons que nous en avons eu besoin. Notre situation est dangereuse et nous pensons que Pallatine peut nous sauver. »

Leon faillit raccrocher au moment de dire directeur de l'Institut, mais il se rattrapa au bon moment. Il ne devait pas utiliser sa véritable identité, y compris avec ses employés. Il avait conscience d'en avoir dit beaucoup, peut-être trop, mais autant préparer le terrain si jamais le pire devait arriver chez lui.

« Je compte bien entendu sur ta discrétion. » ajouta Leon après une gorgée de café.
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