autres rivages. (hafiz)

le Mer 27 Mar 2019 - 15:49
Le soleil de midi tapait fort sur la nuque du jeune pêcheur, tirant quelques gouttes de sueur de sa peau parfaitement hydratée.
À quelques pas de là, perçant pour les oreilles attentives le brouhaha cotonneux des conversations, la mer s'étalait en vagues langoureuses sur la plage de galets. C'est ce décor de rêve, à la douceur d'une carte postale, que les habitants d'Ocane contemplaient à longueur d'année, dans leurs petites maisons tournées vers le large, soigneusement alignées les unes à côté des autres. On avait beau habiter ensemble, on ne faisait que se croiser : les regards préféraient se gorger de bleu que de chaleur humaine.
Jusqu'à ce que les grillades de la mer et les cerfs-volants en papier ne rassemblent les habitants du quartier vert d'Ocane, qui célébraient à leur manière leur paisible cohabitation. On y croisait des enfants et des vieillards, tous plus ou moins édentés, de solides pêcheurs faisant rouler leurs muscles à la lumière du soleil, des maraîchères, paysannes des temps modernes en bottes en caoutchouc aux pieds et téléphone à la main, des artisans fatigués, mais fiers de leur travail, et une foule bigarrée de garde-champêtre, riche héritier, agent d'entretien, ramoneur et banquier qui se serraient la main comme s'ils se connaissaient. Et parmi eux, un Naga bien ennuyé, dont la principale préoccupation était de tenir à l'écart de sa chemise son gobelet en plastique.

Il ne pouvait pas reprocher à ses voisins, plus âgés et plus convaincus de la doctrine altermondialiste que lui, de ne pas réussir à l'intéresser davantage : ses propres préoccupations devaient leur paraître bien triviales. Mais ils se montraient toujours très aimables avec lui, prêts à lui venir en aide si besoin. La moindre des politesses était de rester un peu à leurs côtés, le temps nécessaire avant que Naga puisse s'éclipser en toute impunité. Son verre à moitié plein se réchauffait dans sa paume, mais il n'était pas plus intéressé à le vider qu'à changer de boisson. Les sodas, ce n'était vraiment pas sa tasse de thé.

« Oh, tiens, c'est Francis ! Allons lui dire bonjour ! »

Un autre groupe vint les aborder, sous prétexte de retrouver un Francis bedonnant qui levait son gobelet bien haut pour les accueillir. Le sourire de Naga s'élargit par politesse, avant de se figer : il venait de repérer quelqu'un avec qui il n'avait eu que peu de contacts ces derniers mois, et qu'il hésitait à considérer comme un homme. Naga avait heureusement l'habitude de ces déconfitures : il sut réagir avec suffisamment de tact pour lancer des salutations retenues au nouveau venu, avant de se détourner de lui, comme si de rien n'était. Naga se sentait très fier de la dignité avec laquelle il se comportait. Il se plongea distraitement dans la conversation.
Deux gobelets poussés vers lui lui firent reprendre contact avec la réalité : Francis et ses amis allaient chercher de quoi grignoter, ils demandaient à Naga se tenir leurs verres en attendant. Le jeune homme voulut de leur faire remarquer qu'ils pouvaient les poser n'importe où, plutôt que de l'embêter avec ça, mais il n'eut pas le temps de protester : ils étaient déjà partis. Pour son plus grand déplaisir, il se trouvait donc seul, avec plusieurs gobelets en plastique et un camarade déplaisant pour l'accompagner.
Le profond soupir qu'il voulait pousser resta coincé dans sa gorge, à l'étroit parmi tous les regrets et remords qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'exprimer. Le moment était mal venu pour trahir tous ses efforts des mois passés. Sans la présence inquisitrice des voisins, Naga aurait trouvé une bonne excuse pour filer. Mais il se devait de faire bonne mesure.

« La pêche a été bonne, ces derniers temps, commenta-t-il avec désinvolture. Nous avons réservons les plus belles prises pour cette fête. J'espère qu'elles plairont aux gens. »

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le Dim 31 Mar 2019 - 18:01
Ce jour, Hafiz ne l’avait pas attendu avec une grande impatience. Cette fête n’était pour lui qu’un moyen d’éviter de parler de sujets fâcheux. Il n’était d’ailleurs pas très convaincu par ce qui ressemblait à des tentatives de la diaspora pour rassembler ses partisans. Surtout après la trahison surprenante de plusieurs membres lors des derniers événements. Mais plusieurs de ses connaissances lui avaient proposé de les accompagner. C’était des personnes qu’il appréciait beaucoup et il n’avait donc pas voulu les froisser et avait accepter leur invitation.  Par contre, il en avait surpris certains en refusant de participer activement à l’organisation de ladite fête.

Sur place, l’iranien avait pu constater que de nombreuses personnes s’étaient rassemblées pour cet événement. Il en connaissait beaucoup, surtout de vue. Certains faisaient partie des fournisseurs du restaurant. D’autres avaient été des clients ponctuels. Mais il ne partageait presque aucun lien avec eux. Le début fut une véritable épreuve pour lui. Il aurait tellement pu faire tellement d’autres choses plutôt que de venir ici. Passer du temps avec Anyse aurait sans doute été tout en haut de sa liste, en particulier avec ce beau temps. Toutefois, il voulait donner un peu le change en raison de son attitude plus distante qu’avant.  Il se contenta donc de suivre le groupe qui l’avait invité et d’échanger quelques mots avec les personnes qu’on lui présentait. Plusieurs fois, il essaya de discuter des récents événements mais les gens semblaient atteints de mutisme sur le sujet. Ou en tout cas, ils prétextaient que la diaspora gérait tout et que ce n’était pas le moment d’en parler. Dommage, cela aurait rendu la journée plus intéressante. Il se contentait donc de questions sans originalités sur la vie de tous les jours.

Il répéta l’opération un certain nombre de fois jusqu’à ce que son groupe e rejoigne un autre un peu plus loin. Visiblement, ils se connaissaient bien et entretenaient de bonnes relations. Hafiz se laissa donc trainer jusqu’à eux et, distraitement, salua ses nouveaux interlocuteurs. Cependant, son visage se durcit quand il remarqua la présence de son ancien colocataire.  De toutes les personnes qu’il aurait préféré éviter aujourd’hui, c’était bien lui. D’ailleurs, il n’aurait jamais pensé Naga venir à ce genre d’événement. Peut-être avait-il lui aussi été trainé là par une bande d’ami. L’iranien fut d’ailleurs soulagé quand l’inuit se détourna de lui. Il en fit de même.

Cependant, cela n’avait pas empêché une de ses connaissances de remarquer cette attitude. Cette personne savait que le pêcheur et lui avait vécu ensemble pendant un temps et que l’entente était globalement bonne. Ce qui devait d’autant plus surprendre cette personne. Hafiz remarqua d’ailleurs plusieurs fois ses regards en coin. Il y sentait à la fois de l’étonnement mais aussi une forme de déception. Cela mettait le cuisinier très mal à l’aise. Un profond sentiment de honte l’envahit peu ç peu. Comme si cette personne l’accusait de ne pas faire d’effort pour se rabibocher avec son ancien camarade. Mais qu’est-ce que cela pouvait bien lui faire. Il n’avait de compte à rendre à personne.

Et puis vint le moment où le groupe commença à se disperser. Ses connaissances à lui semblèrent partir manger avec ceux qui accompagnaient Naga, laissant les deux anciens colocataires seuls l’un avec l’autre. La remarque du pêcheur n’échappa pas à Hafiz. Ce dernier eut le sentiment d’une certaine fausseté dans ce commentaire. Le cuisinier n’avait jamais vu Naga mettre en avant quelque chose qu’il avait fait, encore moins quand il s’agissait de son activité professionnelle. Ou alors celui-ci avait beaucoup changé depuis qu’ils s’étaient quittés.

Normalement, Hafiz aurait dû partir. Il aurait dû se substituer à cette fête et rentrer chez lui sans demander son reste. Comme il l’aurait fait par le passé. Mais il repensa au regard que son ami lui avait lancé il y a quelques minutes. Quelque chose en lui avait réagi à cette œillade. Une partie de lui regrettait d’avoir laisser Naga et de n’avoir jamais essayer de reprendre contact avec lui. Il voulait lui parler. Prendre au moins un peu de ses nouvelles. Il se rapprocha de l’inuit. Mais plus ses pas le rapprochaient de lui, moins il savait comment engager la conversation. Il y eut comme une sorte de blanc avant que l’iranien ne se lance.

« Salut Naga, ça faisait un moment qu’on ne s’était pas vu, commença-t-il la voix empli d’une certaine gêne. Je me doute que je ne suis pas la personne avec qui tu voudrais parler présentement mais…mais j’aimerai briser un peu la glace entre nous. »

Les mots avaient du mal à couler et Hafiz avait très envie de partir immédiatement mais il voulait sincèrement savoir ce que son ancien colocataire était devenu. Et c’était une façon pour lui de se mettre à l’épreuve. De voir si les changements qu’il avait adopté ces derniers mois avaient réussi à supplanter son attitude passée.

« Parce que visiblement, les autres ont un peu de mal à comprendre ce qu’il y a entre nous. Enfin, au moins l’un d’entre eux. Ca en met certains mal à l’aise je pense. »
le Sam 20 Avr 2019 - 19:29
Sa courtoise tentative de conversation tomba à l'eau face aux intentions dévoilées d'Hafiz de renouer avec leur ancienne amitié. Naga s'offusqua à peine de ce manque de tact somme toute prévisible : le jeune pêcheur se sentait à nouveau pris dans cet engrenage défectueux qui avait sonné le glas de leur ancienne colocation et succombait facilement à son ancienne lassitude. En quelques mots, Hafiz lui avait prouvé qu'il n'avait pas vraiment changé, qu'il n'avait pas gagné en subtilité au cours de ces mois de séparation, et ce constat accablant ôtait à Naga toute envie de s'impliquer à nouveau dans leur relation. Il ne tenait plus à se sentir coupable de leurs incompréhensions mutuelles, dont Hafiz, trop naïf pour son propre bien, était tout aussi responsable que lui.
Naga ne fit aucun effort pour assurer Hafiz de bonnes intentions qu'il n'avait pas. Il ne pouvait pas promettre une réconciliation qui lui paraissait déjà compromise. Mieux valait se taire, et avec ses paroles son sarcasme, qui ne pourrait plus germer dans ses propos. Il s'épargnerait le souci d'envenimer les tensions qui régnaient entre eux, ce qui lui paraissait déjà une bonne affaire.

Toujours aussi maladroit, Hafiz se justifiait de cette approche gauche en désignant le groupe qui les avait laissés seuls. Naga se souciait peu de l'opinion de ses collègues, et ceux-ci le lui rendaient bien : c'était probablement pour cette raison qu'il ne leur avait laissé aucune place dans cette affaire. Mais fidèle à son caractère influençable, Hafiz se souciait visiblement de leur avis : il avait en effet toujours été du genre à rechercher chez autrui la validation qu'il n'était pas capable de trouver en lui-même.
Cette dépendance à l'image était un poison auquel Naga avait lui aussi longuement goûté : il lui avait trouvé une saveur plutôt agréable, avant que tout se retourne contre lui. Sans doute convenait-il de le distiller un peu pour en apprécier plus longuement le goût. En l'occurrence, nul besoin de le boire jusqu'à la lie, Naga se montra catégorique :

« Cela ne les regarde pas, tu crois pas ? »

Mais son ton était doux, presque amical, du moins autant qu'il lui était possible de l'être lorsqu'il était agacé. Naga espérait que Hafiz s'y laisserait tromper, comme c'était généralement le cas avec lui, mais il ne se faisait pas vraiment d'illusions. Il avait conscience que tout ce qu'il dirait se retournerait contre lui tôt ou tard, et qu'Hafiz était prêt à sauter sur la moindre de ses failles pour lui les renvoyer contre lui. Naga fit donc ce qu'il avait à faire :

« Je veux bien qu'on en parle. Seulement, c'est toi qui as décidé de partir. »

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le Dim 28 Avr 2019 - 19:22
Hafiz n’attendait pas vraiment beaucoup de ce premier contact. Il se doutait d’ailleurs que son interlocuteur ne serait pas aux anges qu’il force la conversation, surtout après que tous deux se soient ignorés quelques minutes plus tôt. La réponse simple de Naga, bien que très abrupte en était d’ailleurs une bonne illustration. Bien sûr, le cuisinier ne pouvait qu’acquiescer. Ces mots sonnaient cependant comme un reproche et cela lui donnait l’impression de passer pour un idiot ce qui eut pour effet de l’énerver un petit peu. L’iranien n’avait clairement pas envie d’aller plus loin dans cette conversation maintenant. Cela lui rappeler trop la dernière qu’ils avaient eu ensemble. Mais partir maintenant serait comme un aveu : d’échec pour lui et de lâcheté pour son camarade. Du moins dans son esprit.

« Sans doute oui, répondit Hafiz. Mais je ne le fais pas pour eux. Ou du moins que pour eux. C’est aussi pour moi. »

Les mots qu’il prononçait lui semblait absurde mais il ne voyait pas quoi répondre d’autre sur le moment. L’exercice s’avérait plus difficile qu’il ne l’escomptait. Peut-être était-ce, à ses yeux, une conversation avec un enjeux plu profond que celui de simplement renouer avec son ancien colocataire. Pourquoi les choses étaient-elles si compliquées quand il se trouvait en présence du jeune pêcheur ? Comment se faisait-il qu’il ne trouvait pas les mots pour dire ce qu’il voulait clairement ?

« En effet, j’ai voulu partir. Et je ne pense pas que c’était une erreur. D’ailleurs, je ne le regrette pas. »

Ses paroles lui parurent un peu dures. Il ne voulait pas que Naga le prenne pour lui car il n’y avait rien de méchant. C’était pour Hafiz un simple constat de la situation. Cependant, il n’était pas question qu’il ménage ses mots. Il y a des mois c’est ce qu’il aurait fait mais cela ne lui avait jamais rien apporté de bon. Le cuisinier avait appris à ses dépens que s’excuser de paroles prononcées étaient souvent pire que tout.  Il reprit donc :

« Cela m’a obligé à prendre un peu plus d’indépendance vis-à-vis de toi. Cela m’a aussi permis de prendre de la distance par rapport à tout ce qui est arrivé. Mais à aucun moment je n’ai voulu que notre relation s’arrête. Je voulais… »

Ce qu’il s’apprêtait à dire n’était pas à son avantage mais il se devait d’être le plus honnête possible avec son ancien ami.

« En fait je voulais que tu arrêtes de me regarder comme si j’étais un idiot, lâcha-t-il un peu abruptement mais le moins fort possible pour éviter qu’on l’entende. Enfin… ce que je veux dire c’est que quand je suis parti, c’était ce que je ressentais. Mais j’y ai réfléchit et je me suis dit que cette impression ne venait pas de toi. Je portais un regard bien trop critique sur moi-même et malheureusement tu en as fais les frais. C’est sans doute cela qui me pousse à te parler aujourd’hui. J’ai pas vraiment essayer d’entrer à nouveau en contact avec toi avant parce que j’étais honteux et sans doute que j’attendais que tu fasses le premier pas. »

Il n’y avait rien de suppliant dans le ton d’Hafiz et il y veillait bien. Ce n’était pas non plus une excuse. Il voulait simplement faire preuve de maturité en assumant ce qu’il avait fait. Bien sûr, ses mots n’allaient sans doute pas convaincre Naga et ne le ferait pas changer d’avis. Mais il n’y aurait plus aucune ambiguïté sur les raisons de son éloignement.
le Jeu 16 Mai 2019 - 14:16
Le comportement cruel de Naga semblait paradoxalement porter ses fruits : faisant preuve d'une subite confiance en lui qui étonna quelque peu le jeune pêcheur, Hafiz se montra d'une honnêteté étrangement lucide, évoquant les bienfaits que cette séparation lui avait procurés, tout en soulignant qu'elle était bien plus définitive que nécessaire. Et puis, il y avait ce mot - idiot - qui selon l'Iranien résumait l'opinion que Naga se faisait de lui.
Difficile de rester de marbre face à une telle déclaration, mais trouver quoi répondre n'était pas facile non plus. Pour une fois, son instinct semblait bloqué sur l'évolution flagrante de son ancien colocataire - aussi choquante que s'il avait subitement trouvé le courage de lui sortir ses quatre vérités. Mais Hafiz avait la qualité rare de ne pas reporter sur autrui ses propres responsabilités et épargnait à Naga des reproches qu'il aurait pourtant mérités.
Pris au dépourvu, Naga finit par retrouver la parole au bout de quelques instants - et ce qu'il dit aurait mieux fait d'être tu.

« Pas idiot, corrigea-t-il sans animosité. Mais naïf. Ce n'est pas la même chose. »

Il se morigéna pour sa spontanéité - lui révéler la teneur exact de ses sentiments pour lui était-il vraiment la meilleure chose à faire ? Hafiz semblait avoir conservé une assez bonne opinion de lui, suffisamment en tout cas pour avoir envie de se rabibocher. Naga ne s'intéressait ni à ce qu'il pensait, ni à l'avis que les autres avaient de lui, mais casser cette image un peu fausse à laquelle il tenait pourtant ne lui paraissait pas franchement judicieux. Et c'était ce qu'il faisait.

« Naïf, et plein d'espoir. Tu n'entends que ce que tu as envie d'entendre, parce que ton irrémédiable optimisme met un frein entre toi et le monde, et filtre tout ce qui pourrait te souiller. C'est très pénible de parler avec toi, avoua-t-il sans gêne, parce qu'on ne sait jamais si tu vas bien comprendre ce qu'on te dit, ou si tu vas trouver le moyen de retourner la situation à ton avantage. Quand on doit t'expliquer que tu te trompes... c'est un véritable torture, parce qu'on a l'impression d'endosser le rôle du grand méchant. Certaines personnes n'ont pas de problème avec cela, mais pour celles qui essaient d'avoir un sens moral... ben ça devient vite compliqué. »

Résumé rapide, qui correspondait bien à ce qu'il pensait exactement. Ce n'était pas la pseudo rébellion qui avait dérangé Naga. C'était ce côté imprévisible et positif, qui soulignait les défauts de sa personnalité.

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le Dim 9 Juin 2019 - 12:26
Les propos de Naga firent mouche dans l’esprit d’Hafiz. Ce dernier appréciait beaucoup l’honnêteté de son ancien colocataire sur le fond de sa pensée. Jamais le cuisinier n’aurait pensé que la situation soit si facilement clarifiée, ce qui le rendait d’autant plus optimiste pour l’évolution de la conversation. Même si rien encore n’indiquait qu’ils ne se rabibocheraient pas la suite. Cependant, le mot « naïf » eut pour effet de surprendre un peu l’iranien. En effet, c’était un reproche non dissimulé que lui faisait le jeune pêcheur. Mais, contrairement à ce qu’il s’imaginait, ses mots n’étaient pas si douloureux que cela. C’était un simple constat de ce qu’il était ou avait été. Lui-même c’était plusieurs fois reproché cet aspect de sa personnalité et n’avait pas réussi à en sortir avant un long travail sur lui. Une lutte intérieure qu’il menait à certains moments encore.

Naga continua d’ailleurs ses reproches et ce qui lui déplaisait en lui. Et malheureusement, ou heureusement, Hafiz ne pouvait que lui donner raison. Trop souvent, il avait refusé de voir la réalité en face, bien qu’il pensât être à l’écoute des autres. Sans doute avait-il essayé de se préserver lui-même de l’horreur de ce monde. Comme il l’avait fait lors de ses derniers mois sur Terre. Il s’était comporté un peu comme un enfant pendant trop de temps. C’est pourquoi il avait voulu changer.

« Tu as raison, admit-il. Cette personne que tu décris si bien c’est bien moi…enfin c’était bien moi. J’ai longtemps pensé que les autres ne me comprenaient pas mais c’était bien trop souvent le contraire. »

Reconnaitre cet état de fait devant son ancien colocataire lui fit du bien. Et s’était d’autant plus facile que Naga avait accepté de lui dire ce qui n’allait pas avec lui quand ils vivaient ensemble. D’ailleurs, il était bien la première personne à qui il concédait cela. Malgré la distance qui s’était installé entre eux, Hafiz ne pouvait pas oublier la confiance que l’inuit lui inspirait et qui lui permettait de parler si librement.

« Mais je pense avoir réussi à changer. Ou, tout du moins, à ne pas être aussi naïf qu’avant.  Je ne pouvais pas continuer dans cette voie qui était un frein à mes liens avec les autres. Le plus dur est de ne pas retomber dans le même vice maintenant, ajouta-t-il avec un clin d’œil. Enfin bref, finis de parler de moi. Comment vas-tu toi ? Ça se passe bien à ton travail ? J’espère que les événements qui ont eu lieu n’ont pas eu trop d’impact sur toi. »
le Lun 24 Juin 2019 - 19:52

Naga l'avait dit. Il avait peine à y croire. Et pourtant, il l'avait fait : déballer ce qui lui pesait sur le cœur depuis des mois et qui lui avait toujours pourri la vie.


Se confesser avait paru si difficile, mais lorsqu'enfin, il avait cédé, Naga avait compris qu'il ne pourrait jamais tout dire de ce qu'il pensait, qu'il pouvait toujours aller plus loin dans l'honnêteté crue. Il pouvait se sentir frustré d'être incapable de s'épancher complètement, de devoir en retenir une petite partie, pas forcément la pire, mais qui ne collait pas avec le reste. Il pouvait aussi se satisfaire du pas qu'il avait déjà accompli, et tenir le reste pour superflu, inutile pour son ancien colocataire. Il avait encore le choix.


La réaction d'Hafiz l'aidait à faire pencher la balance. L'Iranien affirmait avoir changé, mais la soudaineté avec laquelle il se remettait en cause et acceptait ses critiques jetait l'ombre d'un doute. C'était cette attitude soumise que Naga lui avait toujours vue. Hafiz se sentait peut-être différent, parce qu'il avait pris confiance en lui, mais il restait toujours le même, à s'effacer devant les autres - y compris en recentrant la conversation sur Naga qui n'en demandait pas tant.


Naga retint un soupir exaspéré, moins dérangé à l'idée de devoir parler de lui que d'être enfermé dans une boucle avec cet encombrant restaurateur. Il n'éprouvait plus de frustration désormais. La tentation de s'épancher complètement avait disparu en même temps que toute perspective d'avenir entre eux. Mais il ne voulait pas être désagréable, et savait être sociable, aussi fit-il un effort.



« Ça va, le boulot se passe bien, on n'a pas vraiment de problèmes en ce moment parce qu'on passe beaucoup de temps en mer. Les intrigues, ça n'aime pas prendre le large, tu vois. J'imagine qu'on a largement moins de problèmes que vous, les terriens. »



Naga n'avait aucune idée des événements qui auraient dû troubler son quotidien. Une attaque de diaspora ? La dernière fois, tout s'était très bien passé. Une énième vague de disparition ? Il était toujours là, alors que disparaître ne le dérangeait pas. Des individus louches qui se baladent en ville ? On aura vu pire. Alors qu'est-ce qu'il avait bien pu louper, qui inquiétait le si prudent Hafiz ?


Mais ce n'était pas à lui qu'il allait le demander. Naga était persuadé que rien de grave n'était arrivé, que l'Iranien se laissait bouffer par ses angoisses, même s'il était persuadé d'avoir évolué. C'était un comportement si classique chez lui. C'est pourquoi l'Inuit ne dériva pas de sa ligne de conduite.



« Pourquoi ? T'as eu des problèmes, toi ? Avec qui ? »


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le Dim 14 Juil 2019 - 15:56
Hafiz était rassuré. Son ancien colocataire ne semblait pas plus que cela inquiet des événements qui avaient touchés la ville. Cela avait quelque chose de réconfortant car malgré tout ce qui avait été dit ce sinistre jour, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour ses connaissances. Même les gens qu’il n’aimait pas plus que cela mais qu’il fréquentait avait le droit à une petite pensée de temps en temps. Même si cela arrivait de moins en moins. La distance que le cuisinier avait installée entre lui et le monde l’avait rendu bien moins compatissant que par le passé. Il ne s’émouvait plus autant sur le sort des autres. La situation était-elle que parfois, son visage exprimait ce manque de compassion. Naga devait être l’un des rares élus envers qui il ne pouvait rester froid. Mais cela il ne l’exprimerait jamais vraiment à haute voix.

Cependant, quelque chose dans les propos de Naga dérangea le restaurateur. L’expression « vous les terriens » eut l’effet d’une immense claque. Sans doute avait-il tort, mais Hafiz avait l’impression que Naga ne se sentait pas concerné mais ensuite. Pire encore, c’est comme si le pêcheur ne se sentait plus appartenir au commun. Cela lui rappelait de très mauvais souvenirs de sa vie sur Terre. Cette espèce de pseudo-noblesse qui pensait avoir un sang différent des autres. Sang qui leur donnait plus d’importance. Mais il ne pouvait pas imaginer Naga pensait d’une telle façon. En même temps, c’était un peu de sa faute car il avait posé la question. Sans doute était-ce une façon de parler. Craignant que ce doute soit perçu par son interlocuteur, il se construisit un masque neutre.

A son tour, le jeune altermondialiste lui retourna la question. Hafiz ne savait pas trop quoi répondre. Il ne voulait pas s’épancher sur le sujet de sa vie privé. Mais il préférait faire preuve d’honnêteté cette fois-ci.

« Ce n’est pas vraiment pour moi que je m’inquiète…enfin que je me suis inquiété. C’est pour quelqu’un d’autre. J’ai rencontré une femme il y a quelques temps, pendant que nous étions colocataires.  Tu l’as sûrement déjà croisé. C’est une des dockeuse. Une femme assez grande et costaud, le teint bronzé. Je me suis donc inquiété pour elle surtout qu’elle n’avait pas de diaspora pour la protéger. »

Oui il avait craint pour elle alors qu’elle n’en avait pas eu besoin. Il s’en serait voulu qu’il lui arrive quelque chose. Surtout qu’elle était la seule personne avec qui il avait envie de construire quelque chose de durable. Mais la force de persuasion d’Anyse lui avait fait prendre conscience à quel point il avait pu avoir tort. Que tout ce qui était arrivé avait surtout touché les diasporas et pas les indépendants.

« Enfin, j’avais encore réussi à me faire du sang d’encre pour rien. Même moi j’ai compris que je ne risquais rien. En vrai, les seuls problèmes rencontrés touchaient au chiffre d’affaire mais ça n’a que peu d’importance. Mais depuis le temps, tout est revenu à la normal. En tout cas dans le restaurant. D’ailleurs, nous sommes tous ici en train de tranquillement boire un verre entre voisin. Qui aurait pu imaginer ça il y a quelques semaines encore ? »

Il aurait pu ajouter que rien du tout n’avait changé en ville non plus. Que les gens étaient toujours aussi passifs vis-à-vis de ce qui se passait. Lui-même, bien que ses inquiétudes aient disparu, ne pouvait pas rester sans rien faire. Il voulait des réponses que personne n’acceptait de lui donner. Mais bon, ce n’était pas un sujet qu’il voulait partager avec d’autres personnes.
le Lun 15 Juil 2019 - 11:16

Pour une fois que Naga était prêt à discuter sérieusement d'éventuels problèmes qu'aurait rencontrés Hafiz, le jeune homme fut déçu de constater qu'il avait sur-estimé la situation. Peut-être était-ce cette fascination morbide des êtres humains pour la mort et le danger qui avait excité son intérêt, d'ailleurs. Il voyait à peu près la femme dont son ancien colocataire parlait - les docks et le port de pêche étaient assez proches pour qu'il fût possible de se croiser régulièrement, même sans jamais entamer de relation amicale. Il ne s'attendait pas à ce que le frêle Hafiz s'inquiétât pour elle, qui paraissait si forte. L'inverse lui aurait semblé plus logique.


Pire encore, Hafiz affirmait que ses inquiétudes n'avaient pas été fondées : en dehors des problèmes de trésorerie, sa vie avait l'air parfaitement paisible. Alors pourquoi inquiéter Naga avec des insinuations trompeuses ? Est-ce que, comme auparavant, Hafiz retournait sa veste, pour éviter que son cadet ne prît l'ascendant sur lui ? Ou bien avouait-il ses craintes sans honte, parce qu'il s'assumait enfin ? Ce cassement de tête laissa Naga perplexe. Il laissa échapper un ah dépité, qui montrait bien qu'il n'avait pas vraiment compris ce qui s'était passé. Mais si tout se finissait bien, il n'avait pas vraiment raison de s'inquiéter, n'est-ce pas ?


Une chose en tout cas était sûre : la situation incongrue dans laquelle les deux hommes se trouvaient à cet instant.


« Pas moi. » affirma Naga en vidant son gobelet.


Il regrettait que celui-ci ne contînt que du jus de fruit, et non un quelconque alcool qui lui aurait redonné bien du courage en émoussant ses sens. Naga se sentait bien trop facilement acculé, et il se rendait compte que son malaise ne tenait pas uniquement à la culpabilité que lui inspirait Hafiz. Bizarre, bizarre. Quelque chose avait bien changé entre eux, et si Hafiz n'en était pas responsable, alors c'était de son côté qu'il fallait en trouver la responsabilité. Mais il n'avait pas la possibilité de se pencher plus longtemps sur la question.


« Bah, les brochettes de poisson sont bonnes. Tu as eu le temps d'y goûter ? Je vais en chercher sinon. »


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le Dim 11 Aoû 2019 - 15:20
Le « ah » que laissa échappé Naga fit rapidement comprendre à Hafiz qu’il s’attendait à tout autre chose. Il est vrai que son histoire n’avait rien de sensationnel. Mais en même temps, il n’allait pas inventer des événements rocambolesques pour amplifier son récit. Le cuisinier avait simplement voulu évoquer un fait qui l’avait touché. Et puis, l’iranien ne savait pas vraiment trop quoi dire à son ancien colocataire. C’était lui qui avait voulu entamer la conversation mais il était parti sans y réfléchir à l’avance et là il se retrouvé à parler de chose un peu idiote et sans réelle importance. Cependant, l’invitation du pêcheur lui fit plutôt plaisir. Sa remarque lui fit d’ailleurs remarquer que la faim pointé le bout de son nez. Il s’était laissé emmené par certains des voisins et en avait complètement oublié de prendre un truc à grignoter.

« Non, je suis arrivé ici il n’y a pas très longtemps et des connaissances me sont tombés dessus presque immédiatement donc j’ai pas pu faire le moindre tour. Je t’accompagne. Ce sera aussi l’occasion de retrouver peut-être les autres car ça fait un moment qu’ils sont partis. »

Il regretta un peu ses paroles. En y repensant, il donnait presque l’impression de vouloir à tout pris retrouver les autres pour pouvoir prendre la tangente vis-à-vis de son interlocuteur. Il espérait donc sincèrement que Naga n’ai pas pris la remarque pour lui. Hafiz choisit donc de ne pas présenter ses excuses comme il l’aurait fait avant. Et puis, Naga n’était pas de ses personnes à prendre tout au premier degré. Il se contenta donc de suivre le jeune altermondialiste dans le dédale de stands de la fête des voisins. Il en profita aussi pour jeter un coup d’œil à certain, histoire de voir s’il n’y avait pas des choses intéressantes à voir plus tard.

Ils ne tardèrent pas à arriver chez le vendeur de brochettes, sans avoir croisé l’un de leurs autres camarades. Hafiz se fit plaisir en prenant une double portion tellement il avait faim. Elles avaient d’ailleurs l’air succulentes et ne put se retenir d’y gouter. Le goût était aussi bon que la brochette était belle. Il remercia intérieurement Naga de l’avoir amené jusqu’ici. Il se permit également un « Délicieux » qui fit se retourner certaines personnes autour d’eux. Il n’en tint pas vraiment compte et dit :

« Eh bien ça fait longtemps que j’en ai pas gouté d’aussi bonnes. Faudrait que j’apprenne à en faire pour chez moi. »

Hafiz avait envie de demander à son compagnon du moment s’il avait participé à la pêche qui avait permis de les fabriquer mais il ne posa pas la question. Naga n’était pas la personne qui aimait le plus parler d’elle et de son travail. Il demanda donc autre chose :

« Tiens ça me fait penser, j’ai une anecdote à te raconter.  Je ne sais pas si tu as déjà essayé d’aller au casino ici. Enfin moi j’ai tenté ma chance il y a quelques temps. Bon, sans grande surprise j’ai perdu, pas beaucoup bien sûr, je suis pas fou. Enfin j’ai gagné une fois mais c’était simplement contre un jeune homme qui a renversé son verre sur moi. Il s’est confondu en excuse et on a un peu discuté. Il se demandait ce que je faisais dans un tel endroit et a essayé de savoir ce que je faisais là par le jeu. Malheureusement il a perdu. La situation était plutôt drôle. Il s’appelait comment déjà ? Taichi je crois. C’était plutôt drôle comme situation. »

Certes Hafiz ne racontait que la partie qu’il voulait bien partager mais c’était surtout pour discuté et évité que le silence qui s’était installé entre eux ne dure trop longtemps.
Hier à 15:38

Toute tentative d'esquive ou de diversion semblait vouée à l'échec avec Hafiz, il ignorait ostensiblement la signification de la première personne du singulier et se proposait d'accompagner Naga vers les fameuses brochettes de poisson. L'iranien se faisait décidément trop sociable ces temps-ci : même Naga ne pouvait se vanter d'une telle popularité lorsqu'il sortait en soirée. La perspective de retrouver les autres, et de mettre fin à un tête-à-tête particulièrement gênant calme cependant sa déception : agrandir leur groupe apparaissait comme une véritable libération. Il acquiesça comme cela lui convenait.


Les brochettes de poisson n'étaient pas loin, mais elles attiraient une foule affamée qui ne prenait pas toujours la peine de s'éloigner après s'être servie - la rançon de la popularité. Le ventre de Hafiz devait être bien vide, lui aussi, car il se fit servir généreusement. Plus raisonné, Naga ne choisit qu'une seule brochette de limande, qui comptait parmi les poissons les moins caloriques, avant de la dévorer avec le plus grand soin. La chair était légèrement trop salée à son goût, sans doute à cause de la marinade dans laquelle elle avait trempée pour relever sa saveur.


« Oui, c'est pas mal. » confirma-t-il après avoir avalé un morceau entier d'un seul coup.


Au moins la nourriture leur permettait-elle de rester silencieux le temps qu'ils repèrent le groupe qui avait osé les abandonner. Naga pouvait se laisser aller à ses pensée en oubliant tout ce qui avait pu se passer entre eux. Peut-être n'était-il pas si extroverti qu'il le pensait. Il devait avoir son jardin secret où il cachait ses pensées les moins avouables.


Il n'écouta qu'à moitié Hafiz lui parler de sa mésaventure au casino - il imaginait si peu son ancien colocataire dans un lieu aussi frivole qu'il ne prenait pas vraiment au sérieux ce qu'il disait. Qui plus est, Naga ne connaissait personne du nom de Taichi, et il se serait rappelé d'une personne qui se serait montrée maladroite à ce point. Pourtant, l'information finit par lui remonter au cerveau, et il soupçonna que Hafiz ne mentionnait pas l'anecdote en toute innocence. Le dernier morceau de limande lui resta en travers de la gorge alors que Naga se demandait si Hafiz ne cherchait pas à l'accuser indirectement d'avoir refusé de l'y emmener il y a bien longtemps.


« Hm, ça fait bien longtemps que je ne suis plus allé au casino... »


C'était vrai : depuis que Seungjoo l'avait roulé dans la farine, plus précisément. Les choses étaient devenues très complexes par la suite, mais ils avaient finis par se rapprocher l'un de l'autre grâce à leur amour commun pour les nounours.


« Mais je me suis fait un nouvel ami croupier, alors je crois que c'est pas si important. »


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