sémaphore ft. niji

le Mer 22 Mai 2019 - 13:55
signaux de fumée
j'ai le carnet dans la main
il ne paie pas de mine : il est gris, et corné, et l'écriture n'est pas très joli ni même ordonnée
il y a des pensées éparpillées de tous côtés, des histoires sorties tout droit de la réalité -des détails si précis, des neutralités expressives, des péripéties à n'en plus finir
alors:
1. je suis allé chez la fille qui avait un anniversaire il y a cinq ans dans le quartier des opportunistes et qui a trouvé des insectes dans son casier le lendemain
2. je suis allé chez le monsieur qui commande la même salade à midi depuis cinq mois à la cantine de l'institut et qui en réalité mange trois double-cheese le soir, toujours vers 19h mais toujours à des fast food différents
3. je suis allé chez le couple qui se dispute le lundi, le mercredi, et qui se sourient le vendredi sur les marches de kingslaugh, pour se balader samedi et à nouveau se disputer dimanche (généralement en soirée, devant la télé)
4. je suis allé chez cette fille aux cheveux mutants qui s'énerve sur les machines d'unacer, qui en a même cassée une le 21 février après avoir été bannie de son groupe de discussion sur l'origine des ovni
5. je suis allé le serveur à la chemise toujours étrangement jaune qui est une rockstar de 23h à 5h avant d'enlever ses rayban et sa fausse coupe mulet
6. je suis allé chez l'étudiante qui s'installe chaque jour à des endroits différents pour peindre mais qui n'a jamais de chance parce que (top trois) a. un oiseau s'est écrasé sur sa toile, b. un coup de vent a envoyé sa palette de couleurs dans la rivière, c. son modèle inconscient est parti a la moitié de son dessin.
7. je suis allé chez l'agent de nettoyage qui nettoie les toilettes de l'école tous les jours et qui secrètement envoie des textos bizarres aux numéros laissés sur les murs qu'il doit récurer, histoire de se venger un peu
8. je suis allé chez le nouveau venu d'il y a cinq mois qui se faisait racketter et qui maintenant rackette les nouveaux nouveaux-venus
9. je suis allé chez le scientifique qui traverse le hall chaque matin en catastrophe en hurlant qu'il est en retard, et qui ressort bien trop tôt avec un trou en plus dans sa blouse grisées d'accidents
10. je suis allé chez toi
je n'ai pas trop réfléchi à tout ce qui était raconté. moi, j'étais juste certain qu'il fallait que je te rende ce qui t'appartient : alors voilà. j'attends que tu sortes de classe. normalement, ça devrait être vers quatre heures, parce qu'on est mercredi et que le mercredi, tu vois le numéro 9 partir de l'institut. je regarderai s'il a un nouveau trou dans sa blouse, et promis j'écrirais ça pour que tu garde le compte.
ça a l'air important -alors j'attends
et quand la sonnerie retenti, j'attends.
il y a la numéro 1 qui passe devant moi, mais elle est dans une autre classe que toi. le sol que numéro 7 vient de nettoyé est déjà crassé. numéro 8 a fait un tournant capillaire, maintenant il a la moitié du crâne rasé. et voilà : le numéro 10.
hé, dis ! j'ai la main haute en l'air, pour attirer ton attention -juste devant toi, avant de faire retomber ma paume sur ton épaule. dis, c'est à toi ça ? je montre le carnet de l'autre main. il n'a pas l'air exceptionnel, et pourtant il a tout un monde au-dedans. je l'ai trouvé l'autre jour, mais il n'y a pas ton nom dedans, alors - je soupire. c'était compliqué, mais c'était important. alors j'ai tout lu pour te retrouver ! et j'ai demandé à tout le monde de m'aider. c'était vraiment génial. et je t'ai retrouvé, du coup c'est encore plus génial. et enfin : je souris (sourire en dents de scie).

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Spoiler:

merci à Moon (noël 2017) ✨ 💖
le Dim 26 Mai 2019 - 5:04
[ idées noires ]
C’est traître, l’angoisse. c’est un sentiment qui s’immisce lentement en nous, à notre insu. Au début, c’est à peine si on le remarque, et puis il grandit, petit à petit, et puis tout à coup sans savoir comment ni pourquoi on a une boule dans la poitrine qui nous empêche de respirer correctement.
La sonnerie indiquant la fin du cours a retenti et en rangeant lentement ses affaires dans son sac, Niji a cette boule dans la poitrine. Les nuages gris qui assombrissent ses pensées sont plus nombreux qu’à l’ordinaire ; depuis ce matin, il n’arrête pas d’y penser. À son carnet, bien sûr. Négligemment oublié sur un banc public, et jamais retrouvé, sans doute parce que quelqu’un l’a pris. Et même si Niji n’est pas assez stupide pour y avoir écrit son nom, dans ce carnet, eh bien, il a peur. Il ne sait pas de quoi exactement, mais il n’a pas besoin de savoir, pas vrai ? L’angoisse ne demande pas forcément de logique, pas quand elle s’attaque à des proies faciles, et cet adolescent troublé en est une.
Il est dans les derniers à sortir de la classe, dans les derniers à sortir du bâtiment aussi. Il n’est pas attentif à ce qui se passe autour de lui, à quoi bon puisqu’il n’a rien pour noter ce qu’il pourrait voir d’intéressant ? Écrire sur des feuilles volantes ne serait pas pareil, cela n’aurait pas le même sens. Il lui faudra juste recommencer un nouveau carnet, mais toutes ces informations perdues, ces années d’observations, car c’était l’un de ses vieux carnets en plus ! Il se sent misérable, il a l’impression que le destin s’acharne sur lui pour qu’il lui arrive une telle tragédie, et puis franchement ; qui s’intéresserait à un vieux cahier moche comme le sien ?
Une main se pose sur son épaule. Il lève les yeux et– oh.
oh.
Nervosité qui monte en flèche. Ce type avec son sourire plein de dents, il ne lui dit rien qui vaille , et – comment ça, il a tout lu ! Toutes ses pensées secrètes étalées sur le papier, il les a lues ? C’est terrifiant. La tête lui tourne. Niji fait un pas en arrière, tente de se dégager. Il réfléchit aussi vite que possible. C’est pas à moi, qu’il répond finalement, menteur, en secouant la tête, mais je sais à qui c’est. Je peux lui rendre. Et il tend la main pour se saisir du précieux objet, le cœur battant, espérant qu’il puisse le prendre et s’enfuir et que ça s’arrête là. Il ne veut surtout pas avoir à s’expliquer, il ne veut pas qu’on l’accuse, qu’on le pointe du doigt. Il sait, au fond de lui, que ce n’est pas bien ce qu’il fait ; épier les autres, comme cela. Il le sait bien mais hélas ! Il ne peut pas s’en empêcher, et puis de toute façon, ces gens-là ne méritent pas qu’on respecte leur vie privée, pas vrai ?
Ce n’est pas lui le problème, c’est le reste du monde qui ne tourne pas rond.


le Ven 31 Mai 2019 - 14:07
morse décalé
je le regarde
il me regarde
je le regarde
il me regarde
le temps a décidé de faire une petite pause, on dirait, juste pour ce moment -j'ai le cerveau qui attend, tranquillement, que tout redémarre et
ah
ah.
je crois que je suis déçu.
non : je sais que je suis déçu, mais je crois que ça se voit sur mon visage -mon sourire se ravale (m'étrangle un petit peu), mes pupilles se baissent (me blessent) et mon souffle se perd (s'échappe). je regarde le carnet. il n'est pas vraiment beau, en réalité, mais il a des pages cornées, et des ratures de temps à autre (bien moi que dans mes notes), et des couleurs qui ne sont pas faîtes pour être jolies.
il est vibrant. vivant. vieux, sûrement, et c'est ça qui le rend beau -et c'est ça qui guide mon coeur. il faut que je le rende à son propriétaire.
pourtant, j'en étais persuadé. je veux dire, j'ouvre le carnet -on voit mes notes à moi, en rouge. c'est tout ce que les gens m'ont dit, et tout ce que j'ai pensé, et tout ce que moi aussi j'ai observé alors que les feuilles avaient besoin d'une âme à éponger avant d'abandonner -jusqu'à ce qu'elles me mène(nt) ici.
je plaque le carnet contre mon coeur.
je crois que je m'y suis attaché.
c'est assez évident que c'est un élève, et que c'est un homme, et qu'il est de l'iwasaki. ça enlève déjà beaucoup de monde. et je pense mais, vraiment, je ne vois pas où je me suis trompé. mais bon ! tu sais à qui il appartient, donc tu peux me le dire. et je crois qu'il revient, mon sourire ; il m'étouffe de nouveau un peu quand il remonte le long de ma gorge mais ce n'est pas si grave. j'ai des étoiles dans les yeux et une chaleur dans mon coeur.

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Spoiler:

merci à Moon (noël 2017) ✨ 💖
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