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« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »


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L'Art de la fugue. (Cameron)

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Jeune altermondialiste

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le Mar 9 Aoû 2016 - 20:45
Sidney comprend tout de suite que quelque chose ne va pas quand le matin la retrouve dévorée par l’angoisse.
Voilà déjà quelques jours que son frère et elle se sont décidés à passer une journée ensemble, « comme autrefois ». Elle ne sait déjà plus qui a fait le premier pas. Probablement que cela s’est fait tout seul, à force de discuter ; c’était une façon comme une autre de combler le silence qui menaçait de s’installer entre eux. Sidney n’était pas dupe. Elle préférait simplement se voiler la face. Le rendez-vous pris, il était plus facile de se dire que les choses fonctionnaient comme avant.
Elle n’a pas envie de le perdre, Cameron. Elle voudrait qu’ils soient proches comme avant.
Mais, au lieu de l’habituelle excitation que l’on ressent lorsque l’on peut enfin passer du temps avec un être cher que l’on ne voit que trop peu, elle se rend compte que c’est une toute autre émotion qui l’accueille à son réveil.
Respirant profondément, Sid essaie de retrouver son calme.
Cela n’a rien d’évident.
Ne parvenant pas à chasser l’ombre d’une crainte dans son cœur, elle se prépare en fredonnant de vieux chants de la montagne. Ce souvenir, associé à un sentiment de joie, parvient à la détourner de ses pensées négatives. Elle s’habille simplement, un jean et un t-shirt, s’attache les cheveux, et part avec un peu d’avance au lieu de rendez-vous.

Le parc d’Ivale constitue le poumon de Pallatine, et Sid en est bien consciente. Elle sait que nombreux sont ceux qui viennent s’y détendre en essayant d’oublier les misères quotidiennes. A une telle heure de la journée – alors que le soleil n’est levé que depuis peu de temps – certains habitants aiment s’adonner au footing. Malgré tout, cela reste un endroit calme, précisément le genre de lieu qu’une malentendante préfère fréquenter. Elle s’assoit à l’ombre d’un épicéa, sous un banc couvert d’épines. Un rapide coup d’œil à son portable l’informe qu’il lui reste une heure avant le rendez-vous.
Elle soupire. Plus le temps passe, et plus elle sent son cœur battre la chamade.
Lorsque l’heure du rendez-vous approche, elle se compose un visage souriant, se convainquant de ne pas aborder de sujets qui fâchent – comme la fameuse échéance lancée par le vieux, qui arrive à grands pas, ou le fait qu’ils ne se voient plus assez en attendant. Elle tente de trouver d’autres sujets de conversation – n’importe quoi, tant que cela ne concerne pas leurs problèmes.
Elle se demande si elle parviendra à se détendre, en cette journée.
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le Mar 9 Aoû 2016 - 23:00
Tu n'aurais peut-être pas dû.
Tu le sens, ce truc dans l'air, dans l'eau, cette nuance d'oxygène qui racle à l'intérieur des poumons, cette couleur brumeuse au fond de l'iris, comme un signal. Ce n'était pas là le jour où vous avez décidé de vous revoir, tu l'aurais remarqué de suite – non, rien que quelques mots naturels, une promesse, des retrouvailles, une conversation normale, quoique écourtée. Il y avait l'essentiel, c'est tout ce qui comptait, puisque de toute manière vous aviez toujours fonctionné ainsi ; et voici qu'à l'aube prévue le sommeil te quitte trop tôt pour t'abandonner dans des draps froissés, nerveux sans comprendre, à te tourner et te retourner en espérant prolonger la nuit, prolonger l'oubli, sauf que tu fixes le plafond et rien ne vient, ni fatigue ni repos. Tu sais que c'est le jour, que tu vas la revoir, que ton corps trépigne déjà quand ton esprit continue de somnoler, du moins tu penses que c'en est la raison, qu'il y a là une réaction organique, un réflexe fraternel qui ne touche pas à l'intellect sinon à la peau elle-même. Et tu as tort mais tu l'ignores.

Alors tu grognes, te lèves à reculons dans la pâle lumière de l'aurore, cherche à tâtons de quoi te vêtir en maudissant l'inventeur du réveil, replongeant malgré toi dans des souvenirs qui n'ont plus lieu d'être. Nergüi. Sidney. Ta sœur. La seule personne à laquelle tu reconnais être attaché, et c'est sans doute ici le nœud du problème, l'écrou récalcitrant qui grince à ton insu. Pourtant il y a longtemps que vous ne vous êtes pas offert un peu de temps ensemble, cela devrait te réjouir, tu devrais attendre ce moment avec impatience, or tu hésites, doutes, songes à décliner en prétextant une mission urgente auprès de l'administration de la diaspora. Personne ne serait dupe, elle la première. Elle n'a pas besoin de l'entendre pour s'en rendre compte ; de tous, c'est celle qui te connaît le mieux. Qui te connaissait. D'un mouvement de la tête, tu balayes ce passé qui te fait frémir puis sors de ton logis, une miche entre les dents, skate sous le coude, direction le parc.

En embrassant le vent dans la rue, tu te dis que tout cela n'est qu'une mauvaise impression, voire un souci de digestion à cause de cette pizza que tu n'as pas mangée hier, et ton anxiété s'efface à mesure que les façades tracent leurs ombres et leurs reliefs sur ta route ; l'heure t'autorise à faire plusieurs tours du quartier sans te mettre en retard, si bien que tu te permets de longs détours, des sauts par-dessus les rambardes, une presque-gamelle à cause d'un banc et un arrêt devant un commerce à louer, dont la vitrine lardée d'affiches à demi-déchirées laisse présager que le prix le réserve d'office aux porte-feuilles les plus épais. Ça ferait un bon squat. Tu repars, un rythme au bord des lèvres, nettoies ton tee-shirt à capuche des miettes de pain qui en constellent le col, jusqu'à parvenir à l'entrée de cette marée verte qu'est le parc d'Ivale. En cette matinée ensoleillée, tout le voisinage est de sortie – les couples s'y promènent près de l'étang, les enfants ont dépêché les copains pour des jeux de ballon et les vieillards, tout à leurs mots-croisés, siègent aux terrasses à l'instar de monarques inspirés. Et entre toutes ces silhouettes anonymes, quelque part sous la verdure, silencieuse, si sérieuse, ta sœur. Tu n'as pas quitté ton skate tandis que tu t'approches d'elle, et poses un pied à terre tout en glissant les mains dans les poches de ton short.
« Salut. »
D'une voix claire et forte, juste pour elle. Pas davantage. Vous n'êtes pas sentimentaux. Ne l'avez jamais été. Cependant, cette fois-ci, il y a ce je-ne-sais-quoi d'embarrassant, d'intimidant, presque, sur lequel tu es incapable d'enfoncer le doigt. Nergüi. Sidney. Ta sœur. Vous êtes de nouveau ensemble – c'est là tout ce qui importe.
« T'attends pas depuis trop longtemps ? »
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le Ven 12 Aoû 2016 - 18:54
Elle a probablement bien fait de venir plus tôt, Sidney.
La chaleur douce du soleil levant, le vent bruissant contre les feuilles parviennent à ralentir les battements de son cœur, comme s’ils étaient des échos d’un passé idéalisé. Cela tire un sourire à ses lèvres austères, cela éveille ses yeux inanimés. Elle respire profondément. Inspire. Expire. Et ainsi de suite. Une part d’elle regrette presque de ne pas rester seule toute la matinée ; elle aimerait volontiers abandonner son corps pâle à la caresse du soleil, comme en souvenir de cette jeune femme à la peau sombre qu’elle a croisé il y a peu. Elle se demande pourquoi elle a pris cette décision.
D’autres l’entendraient peut-être avant le voir. Mais elle n’entend pas vraiment, Sid, alors elle observe attentivement les environs, et elle ne saurait se tromper. Cette silhouette un peu petite pour un garçon, même de loin, avec cette caractéristique teinte de brun-roux, qui semble glisser au sol, ça ne peut être que lui. Kalev. Il a changé, malgré tout ; autrefois, il ne ressemblait pas à cela. A quoi ressemblait-il ? Le souvenir lui échappe. Il avait simplement un sourire éternel accroché à ses lèvres, dans sa mémoire ; il lui semblait moins sérieux.
Il la salue simplement, elle en fait de même – répète son « salut » sur le même ton, sur la même hauteur que lui. Elle a beau savoir qu’ils ne sont pas du genre à se tomber dans les bras l’un de l’autre, elle trouve tout de même que le geste a quelque chose de distant. Ou peut-être imagine-t-elle. Elle se lève, secoue sa tête claire.
« Non, pas tellement. J’avais à faire. »
Elle ment, il s’en rendra peut-être compte. Cela dit, elle n’a aucun compte à lui rendre : son temps lui appartient, et ce n’est pas comme s’ils avaient juré d’être toujours ensemble. Ils peuvent avoir leur vie séparée. De toute façon, d’une certaine façon, elle n’attendait pas vraiment : elle ne faisait que chercher calme et détermination avant son rendez-vous avec son frère. Aussi lamentable que cela puisse paraître.
Elle jette un coup d’œil au skate de Cam, le pointe du doigt et lance :
« Je peux l’essayer ? Promis, je ne le casse pas. »
Elle voit ça comme une tentative de se rapprocher de lui, d’essayer de comprendre celui qui est de plus en plus en train de devenir un inconnu. Juste cela. Elle aurait sans doute une drôle d’allure, Sidney sur un skate. Sidney avec un bout de Cameron. Nergüi et Kalev réunis un instant.
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le Mar 16 Aoû 2016 - 21:39
Elle a toujours eu ce quelque chose d'évanescent, Nergüi, à l'instar d'une nymphe aquatique, cette nuance de fantôme derrière les paupières que l'on ne décèle d'ordinaire que chez les reines des glaces, et peut-être es-tu le seul à savoir ce qui se love sous ces froides apparences. Autrefois vous vous chamailliez, elle t'irritait par son silence, mais elle avait su te prouver que si elle le désirait, elle pouvait te remettre à ta place en un claquement de langue ; c'est là sa force, et tu la respectes pour cela. Pourtant, à la voir aujourd'hui, si proche de nouveau, le souvenir de ces bisbilles enfantines perd de sa nostalgie – le passé se ternit entre tes doigts, se désagrège presque, et n'eusse été ce sang que vous ne partagez pas, tu l'aurais observée comme une inconnue sans la moindre vergogne, à peine étonné de ne pas retrouver ce lien entre vous, ce fil invisible dont l'origine s'égare quelque part dans les montagnes. Les mêmes yeux, la même voix, la même chevelure, neigeuse, et cependant c'est une autre fille devant toi, presque une femme déjà, plus grande, plus solide, plus préoccupée.
Sa réponse ne te satisfait guère. Non pas que tu aurais souhaité qu'elle se libère de ses obligations d'un crépuscule à l'autre rien que pour toi – tu n'es ni assez égoïste ni assez capricieux – mais tu sens imperceptiblement qu'elle t'écarte de ce à faire, que tu deviens une parenthèse là où tu étais une phrase entière plusieurs années en arrière, et qu'elle ne t'avouera pas de quoi il s'agit si tu ne lui demandes pas d'abord. Tu feins l'indifférence, cependant tu ne peux t'empêcher de t'interroger. Le doute te transperce et t'agace, il grince entre tes dents ; est-ce que... ? Tu n'oses lui donner plus d'ampleur.

Ton skate. Ou plutôt, cette étroite latte de bois limée en forme de skate, poncée avec les moyens du bord et du hors-bord, raclée de partout contre l'asphalte et le béton, dont tu pris tant de soin à assembler les pièces. Bien sûr, cela ne vaut pas une planche de professionnel, moulée sur mesure, mais celle-ci à le mérite de te connaître aussi bien que tu la connais – sa souplesse, sa résistance, son équilibre, c'est toute une alchimie que tu as appris au fur et à mesure, à force d'essais et de gamelles. Tu y tiens. Énormément. Alors, que Sidney te demande de la lui prêter, et tu hausses un sourcil, sceptique. T'a-t-elle convoqué juste pour cela ou bien cache-t-elle ses intentions derrière cette simple requête, si simple qu'elle en devient douteuse ? Toutefois, ses justifications t'importent peu ; tu te rends compte qu'à te méfier de tout le monde, en permanence, tu te défierais presque de celle à qui tu ne devrais rien dissimuler, que c'est grotesque, et que si vraiment elle a quelque aveu à te faire, elle finira par y parvenir.
« Ouais, bien sûr. Tiens », répliques-tu donc en attrapant ta planche pour la lui tendre. Puis tu ajoutes, tandis qu'un sourire mi-fier, mi-amusé fend ton visage : « T'inquiète, c'est du costaud, aucun risque que tu la pètes ! » Ce serait le comble, pour une demi-portion dans son genre.
Tu jettes alors un regard autour de toi, scrutes votre environnement immédiat à la recherche d'un endroit moins fréquenté, un lieu où Nergüi pourra s'exercer sans risquer de rentrer dans le premier passant qu'elle croisera, où tu pourras la guider sans devoir esquiver les ballons perdus et les joggeurs matinaux ; d'un geste de la tête, tu indiques la direction.
« Viens, là-bas il y aura moins de monde. 'Manquerait plus que tu écrases quelqu'un. »
Pas qu'elle soit maladroite, mais tout de même, ce serait fâcheux. Si peu, si peu.
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le Dim 21 Aoû 2016 - 12:06
Elle s'efforce de détourner ses pensées de leur cours originel, refusant de laisser toute licence à ses angoisses de refaire surface.
Elle se souviendrait du passé, si elle le désirait. Un demi-silence règne sur ce passé ; mais tout était plus calme, alors cela ne la dérangeait pas outre-mesure. En cet autrefois idéalisé, son frère était une forme d'alter-ego pour elle, une version un peu plus vivante, un peu plus enjouée. Souvent, Sidney souriait pour l'imiter ; il lui semblait parfois que c'était lui qui était plus âgé qu'elle, car il formait une sorte de modèle lui indiquant tout ce que ses oreilles abîmées ne savaient lui faire entendre. Elle l'aimait. Elle l'aime toujours, de cette même tendresse qu'auparavant, mais teintée de chagrin. Il est devenu grand, mais pas autant qu'elle ; et cette vivacité qu'elle admirait autrefois s'est, d'une façon ou d'une autre, transformée en une preuve d'immaturité à ses yeux. Elle n'aime pas forcément être calme ; elle aurait envie de se dévoiler un peu plus par moments - un peu comme lui le fait. Mais elle a l'impression que sous ses dehors allègres se cachent un jeune homme aimable, trop doux pour ses sautes d'humeur. Elle se dit parfois qu'ils deviennent incompatibles. Et elle n'a pas envie que cela soit le cas.
Elle sent sa défiance lorsqu'elle lui demande à emprunter sa planche. Il n'y a pas besoin d'être un génie pour comprendre qu'elle n'a pas été achetée dans le commerce, et qu'elle a probablement une forte valeur sentimentale. Qui plus est, Sidney connaît bien son frère. Elle sait lire les émotions sur son visage ; il a bien fallu compenser son manque d'audition, et Kalev a été son premier cobaye dans ses expérimentations. Cela s'est plutôt bien déroulé, puisqu'à présent, elle est capable de lire le trouble sur sa figure. Trouble qu'il s'empresse bien sûr de cacher, et dont elle ne comprend pas le sens.
Il la lui tend, et lui désigne un endroit où elle sera plus en sécurité. Elle acquiesce, et tous deux se faufilent à quelques mètres de là, sur une large bande de terre battue complètement délaissée par les passants. Sidney sait qu'il y a une raison, mais elle ne sait plus pourquoi. Arrivée là-bas, elle pose soigneusement le skate par terre, avant de monter dessus avec vigueur. La planche glisse un peu et elle pose un pied à terre pour conserver l'équilibre. Elle rit. Elle a envie que son frère rit avec elle.
« Ça m'a l'air bien compliqué, tout cela. Comment est-ce que tu fais, toi ? »
Elle a toujours pensé qu'avec le nombre de roues, elle devrait pouvoir s'en sortir. Toutefois, cela semble bien plus compliqué qu'il n'y paraît. Parce que ça roule, tout simplement. Il doit y avoir une façon de conserver son équilibre, et elle n'a pas tellement envie de s'embêter à la trouver alors qu'elle peut demander à Cameron.
Pour le coup, elle ne regrette pas du tout de ne pas s'être mise en jupe.
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le Lun 22 Aoû 2016 - 21:32
Ta sœur sur une planche. Quelle ironie, elle qui est si terre-à-terre parfois, si brute dans son éloquence. Elle n’a pas encore grimpée dessus que tu l’imagines déjà filer le long de la corniche, les hanches dans l’alignement du vent, les joues griffées par ses cheveux clairs, rotules solides sur son équilibre. Et c’est vrai que tu ne lui as jamais proposé d’essayer, peut-être parce que tu pensais que cela ne l’intéresserait pas, que c’était là jeu de garçon, plaisir enfantin, quand elle se montre parfois si mature, si introvertie. Tu la connais pourtant, Nergüi, tu sais qu’elle prend les choses à cœur et les problèmes à bras-le-corps, qu’elle est entière dans tout ce qu'elle touche, et sans doute redoutais-tu un peu qu'elle rejette ton initiative, qu'elle la juge trop éloignée de ses préoccupations. Pourquoi, d'ailleurs, t'es-tu mis à craindre ses refus, comme si par là même elle te refusait toi ? Comme si elle t'écartait d'elle, alors que vous fûtes si proche autrefois ? Le nœud serpente dans cette interrogation, dans cette courbe inélégante que tu plantes à la fin de ta pensée ; pourquoi ? Et toi, incapable d'en disséquer subtilement les arcs et les contours, tu préfères les balayer d'un haussement d'épaules plutôt que de les affronter.
Côte à côte le temps de vous installer à l'écart du passage, l'envie fugace te prend de la bousculer en douceur, de heurter son épaule pour te rappeler à elle – intention inutile puisque tu marches à quelques centimètres seulement – mais l'idée t'échappe aussi vite qu'elle t'est apparue et tu l'observes mettre un pied sur le skate, impatiente, un chouïa bravache, au point de manquer de tomber à la renverse dès la première seconde. Ça la fait marrer, t'arrache un sourire. Ton skate vient de se rebiffer sous cette semelle étrangère, à moins qu'il ne lui presse en réalité d'emporter sa cavalière par les rues de la cité, de l'entraîner en cavalcade sur toutes les routes du monde. Tu ne sauras guère ce qui lui passe dans les nervures du bois.

« Regarde, je te montre, commences-tu donc en t'approchant de la planche afin d'y poser la chaussure. Il faut d'abord que tu connaisses ta jambe d'appui. C'est elle qui te donnera l'élan, quand l'autre servira à te stabiliser. » Toi, c'est facile, c'est la droite – la plus fréquente chez les pratiquants, allez comprendre. Par réflexe, tes genoux se sont déjà légèrement pliés, prêts à la détente, quoique tu retiennes l'instant où tu te donneras une impulsion ; nul besoin de se précipiter, il est essentiel que Sidney prenne le temps de s'imprégner des gestes, par la vision plus que par l'ouïe. Et non parce qu'elle entend mal, mais bien parce que la manière dont tu chevauches ton skate se perçoit avant tout à travers la rétine – tenter de la capter par le langage, c'est presque peine perdue. Dans le domaine du mouvement, rien ne suppléera jamais la vue.  
« N'avance pas trop ton pied sur la planche, sinon tu vas piquer en avant. Pareil, ne le recule pas trop car tu seras entraînée en arrière. Quand tu roules, tu dois trouver le juste milieu entre résistance et souplesse, de façon à garder l'équilibre. » D'accord, c'est plus facile à dire qu'à faire. D'accord, tu as des années de pratique derrière toi tandis qu'elle en a une demi-seconde à son actif. Tout de même. Tu n'es pas si mauvais professeur, et tu viens de lui exposer la quintessence de l'art du skateboard. L'équilibre. Équilibre du corps en soi, équilibre entre la vitesse et la carrure, équilibre des forces en opposition. Pour un peu, Buddha aurait pu cultiver sa sagesse sur une planche à roulettes. Et sur cette plaisanterie mythique, tu pousses sur tes muscles et décolles en un long tracé, droit dans un premier temps, puis replies ta jambe derrière sa jumelle, décales le bassin afin d'incliner ton tracé et décrire un arrondi, un grand arc de cercle qui te ramènes vers ta sœur, le tout avec une gracieuse désinvolture. Simplissime, n'est-il pas ? Il ne te reste plus qu'à sauter en marche, laissant le skate achever sa course devant ton aînée, et afficher un large sourire plein de confiance.
« Allez, à toi ! Et n'oublie pas de plier les genoux. »
Allez, en route vers les bleus et les bosses. Mais c'est ainsi que l'on apprend, non ?
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le Mar 23 Aoû 2016 - 21:01
Sidney commence à regretter d'avoir choisi la fugue en demandant à son frère de lui prêter son skate. Elle aurait bien plutôt dû prendre les devants et essayer de lui proposer une activité où ils auraient pu discuter, mais où elle n'aurait pas eu à faire le singe sur un instrument instable. Elle pensait que ce serait instinctif ; l'aisance de Cam sur sa planche, qui déchire le vent comme de la voile, la tête haute et les yeux hurlants de liberté, lui a fait pensé qu'elle y arriverait facilement. Cependant, ce n'est pas le cas ; il y a toute une procédure que la jeune fille doit s'efforcer de comprendre. Elle en est un peu déçue : elle aussi, parviendra-t-elle à une telle libération, elle qui se sent toujours prisonnière de ses problèmes d'audition ? Certes, ce n'était qu'une manœuvre d'évitement ; mais elle conçoit désormais une forme de jalousie à l'égard de Kalev, capable de s'affranchir des limites de son corps, s'octroyant vitesse et équilibre parfait dans un même mouvement. Elle a aussi envie d'apprendre, d'une certaine façon. Elle sait aussi qu'elle risque d'abandonner trop vite.
Elle tend l'oreille, cependant. La jambe d'appui, elle connaît le principe ; il lui semble que la sienne est la gauche, mais elle n'en est pas très sûre non plus. Même si elle ne sait pas trop pourquoi c'est l'autre jambe qui doit stabiliser : qu'est-ce qu'elle appuie, alors ? Enfin, elle ne pose pas la question ; voilà déjà longtemps qu'elle a remarqué qu'elle ne serait jamais un génie, et que certaines questions demeureraient à jamais sans réponse à ses yeux. Qu'importe : ses yeux enregistrent le mouvement à opérer. Différent de celui qu'elle a esquissé d'elle-même. A priori, ça devrait être possible de le reproduire. Elle est assez douée pour reproduire les gestes, après tout. Il faut bien qu'elle soit douée quelque part. D'ailleurs, ses explications sont moins claires que sa démonstration ; comment est-elle censée atteindre ce fameux équilibre ? Elle se contente de dire :
« Donc, le pied au milieu, et ensuite je dois tester par moi-même, c'est ça ? »
Elle se demande s'il a remarqué qu'elle n'a pas tout compris à ce qu'il lui dit. Elle dissimule souvent auprès des autres, mais elle ne sait pas si elle parvient à le faire avec lui. Peut-être, par pudeur, n'en dira-t-il rien. Enfin, puisque c'est son tour, Sidney s'avance prudemment vers la planche, pose le pied dessus en essayant d'imiter sa posture ; elle s'efforce ensuite de donner cette impulsion qu'elle a cru déceler, et pendant trois secondes, elle se tient sur le skate en arrivant à conserver son équilibre. Puis elle pose le pied à terre, par peur de tomber.
« Oh, tu as vu ça, Kal ? c'était bien, là, non ? »
Ses lèvres s'étirent de fierté. Ses yeux pétillent. Elle se rend compte que cela fait longtemps qu'elle ne s'est pas sentie aussi bien, et d'une certaine manière, la présence de son frère y est pour quelque chose. Ils ont peut-être cet avantage d'avoir été élevé simplement, puis d'avoir dû se débrouiller seul ; leur éducation n'est pas celle des sages élèves qui fréquentent les bancs de l'école dès leur plus jeune âge, et se formatent à penser d'une seule façon. Eux, ils peuvent se satisfaire des choses simples ; et l'espace d'un instant, les doutes de Sidney ont totalement disparu, tant elle est persuadée que tout ira pour le mieux.
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le Mer 24 Aoû 2016 - 17:08
C’était là toute ta science, tes médiocres connaissances, car tu n’as jamais appris à intellectualiser le monde autour de toi, à le circonscrire grâce à un dictionnaire, ou peut-être à cause de, et il en ressort ce drôle de mode d’emploi qui ne convainc sans doute pas tout à fait ta sœur. Sauf que tu serais bien incapable de reformuler tes explications, de les rattraper pour mieux les décortiquer, trouver des synonymes, expliciter – tout ceci est à l’intérieur, enfoui sous des marées d’école buissonnière, et il est impossible de le ramener à la surface. Sidney devra faire avec. Heureusement, tu sais que toute sa vie elle a d’abord appris avec les yeux, c’est pour quoi tu préfères lui montrer plutôt que lui décrire – un exemple en guise de discours, cela vaut mieux. Surtout quand tu constates que tout ce qu’elle a retenu de l’affaire, c’est un pied au milieu et la nécessité d’éprouver l’effet par elle-même, te renvoyant d’un coup ta mauvaise pédagogie au visage ; pour autant tu ne t’en offusques pas, car elle a résumé l’histoire bien mieux que quiconque, et cela t’amuse de voir que tous les mots du monde ne pourraient convenir dans de telles circonstances. Il faut vivre, expérimenter, c’est tout. Il n’y a que ça de vrai – credo in vitam. Silencieux, tu acquiesces avant de l’observer en train de se lancer, maladroite mais courageuse, reproduisant le plus fidèlement possible tes gestes précédents à défaut d’en avoir compris l’étude.

Un, deux, trois. Sans carambolage. Tu ne sais pas pourquoi, à la seconde où sa semelle a quitté terre, tu as cru qu’elle allait partir en flèche et que tu ne la reverrais plus, que ton skate l’emporterait trop loin, trop vite. Mais non. Elle se retourne vers toi, son visage irradiant d’une joie enfantine auquel tu réponds par un sourire plein de dents, clamant ton ancien nom comme un souvenir ensoleillé ; il suffit de si peu pour faire naître en toi ces réminiscences de la montagne, un paysage aux trois quarts effacé.
« Ouais, j’ai vu ! t’exclames-tu, mimant de l’index et du majeur le geste correspondant, au cas où elle ne t’entendrait pas de là où elle se trouve. Encore deux essais et l’élève dépassera le maître ! » Ou peut-être trois, en définitive. Sait-on jamais. Il y a de l’humour dans ton encouragement, mais aucune mesquinerie ; elle doit recommencer, encore et encore, c’est indispensable. Les résultats ne tombent pas tout cuits du ciel, et malgré ton attitude nonchalante, les deux bras ramenés derrière ta tête et le rire aux lèvres, tu te remémores ces innombrables chutes et ces phases de déception durant lesquelles tu menaçais d’arrêter parce que tu n’y arrivais pas, parce que tu te sentais incompétent, nul, que les autres y arrivaient mille fois mieux que toi. Sans doute Nergüi ne voudra-t-elle pas se donner la peine d’en passer par les mêmes affres. Sans doute a-t-elle tenté l’aventure pour cette fois, par envie, par plaisir, sans envisager de suite. Et tu ne lui en voudras pas si elle abandonne à la fin de l’après-midi, ou même avant – à chacun ses centres d’intérêt. En quelque bonds, tu reviens près d’elle.
« Tu m’aurais dit que tu voulais en faire, je t’en aurais fabriqué une. »
Avec tes petits doigts mutins. Il y a des planches à ne plus savoir qu’en faire dans les locaux des Alters, puisqu’ils ont cette manie contagieuse de récupérer les cageots et de les transformer en mobilier, bacs à fleurs, ustensiles, boîtes de multiples formes et autres cabanettes, il n’y a qu’à se servir, puis dessiner, scier, polir, viser, vernir et ensuite, ô miracle, des heures et des heures de glissade en perspective. Elle n’en aurait aucune utilité en dehors de ce moment, mais tant pis. Ce n’est qu’une proposition sans importance. D’ailleurs, tu ne te rappelles pas lui avoir déjà offert quelque chose ayant de la valeur, peut-être que parce que durant des années tu n’as toi-même rien possédé. Ce serait bizarre de t’y mettre maintenant.
« Tu veux recommencer ? Tu peux te tenir à moi si ça t’aide. »
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le Lun 29 Aoû 2016 - 13:12
Elle n'a pas besoin de grand-chose pour être heureuse, Sidney ; juste d'une petite satisfaction, à l'issue d'un petit accomplissement. Elle n'est pas de ces gens complexes qui se trouvent des problèmes à chaque coin de rue ; elle ne pense généralement qu'au positif. De sorte que ses angoisses actuelles sont le témoin d'un véritable souci dans son existence. Elle a un bonheur éclatant, Sid ; elle brille autant que le soleil par une belle journée de canicule. On oublie parfois qu'elle ne porte qu'un vernis d'innocence ; elle n'a pas le mal enraciné dans le cœur, mais elle se voue à la destruction. Ce n'est pas de l'innocence, c'est de l'ignorance. Ils sont un peu pareils, sur ce point - il y a trop de choses qu'on ne leur a pas dites, tant de limites qu'on n'a pas su leur poser.
Son frère l'encourage ; elle doute que deux essais suffiront à le dépasser. Elle a bien vu son aisance ; on dirait qu'il danse lorsqu'il fend les airs. Elle ne pense pas avoir la même grâce. Ce qui est curieux, car elle a l'air plus majestueuse que lui, a priori ; elle a cette élégance féminine qui ne se voit presque pas, qui ne transparaît que rarement de la rudeur de ses gestes, mais lui n'a rien de tel pour compenser sa rusticité. Il a trouvé sa voix pour en sortir. Il est beau à voir, Kalev - ses cheveux sont assez longs pour que la brise les secoue sur son passage.
« Eh bien, je n'avais pas pensé vouloir essayer, avoue-t-elle en s'approchant de la planche. Mais si tu veux m'en faire une, je ne dis pas non. Il faudrait que j'essaye sérieusement. »
Elle s'en veut un peu ; elle a l'air un peu jalouse ; elle l'est probablement. Toutefois, avoir un cadeau de Cameron, cela lui fait bizarre. Ils n'ont jamais eu grand-chose, ils se partageaient donc tout de façon tacite - la nourriture volée, la couverture qui les couvrait. Rien n'était vraiment à eux, et tout finissait par s'échapper. C'est un luxe qu'ils ne pouvaient se permettre qu'avant - du temps du vieux. A l'époque, avoir quelque chose était normal : le vieux leur donnait tout. Ils ne se sont jamais rien échangés, en revanche. Ce paradis perdu lui donne envie de retourner à la montagne ; pourtant, s'ils peuvent être propriétaires à Pallatine même, cela a-t-il seulement un intérêt ?
« Okay, tiens-toi prêt. » Sa main aggripe l'épaule de Cameron, un peu violemment ; il se peut qu'elle lui fasse mal à travers son vêtement. Elle se lance ensuite, en suivant à nouveau les instructions ; elle s'accroche un peu plus à lui, quand elle commence à perdre l'équilibre. Elle rit. Puis elle annonce :
« Ça serait marrant d'aller ailleurs comme ça. »
Puis elle se rend compte qu'elle n'a à peu près aucune idée de l'endroit où ils pourraient se rendre, et elle sombre subitement dans le silence.
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le Ven 2 Sep 2016 - 14:48
Sa réponse te replonge dans tes réflexions, malgré ta volonté. Tu réfléchis toujours trop – on ne dirait pas pourtant. Personne ne se douterait que là-haut, sous cette crinière qui flambe au vent, qui claque lorsque tu fends l’espace, ça cogite et s’agite, ça fuse et explose, feux d’artifices de pensées, en droite ligne vers des cieux colériques, vers d’abrupts orages encéphaliques. Rien de très agressif cependant, pour une fois. Tu songes aux motifs qui lui plairaient, à la manière dont tu pourrais customiser cette planche pour en faire sa planche, aussi unique et incomparable que sa future propriétaire. Mais tu t’aperçois bien vite que tu ne connais guère ses goûts, ou plus, que vous n’avez jamais pris le temps d’échanger là-dessus ou que peut-être tu l'as oublié, c'était trop succinct, trop futile par rapport au reste de vos préoccupations, et cette perspective est sans doute la pire, d'imaginer que vos loisirs n'étaient pas assez importants en comparaison de vos problèmes. Tu devrais y remédier. Lui demander quelles teintes, quels contours, apprendre à la découvrir autrement que dans ses mots de hachoir et ses gestes rudes. Parce qu’elle est certainement plus sensible qu’elle n’y paraît, Nergüi, comme une fleur de chardon. Comme une fleur de chardon qui te transperce l’épaule à la seconde où elle s’y accroche, les phalanges griffées à ton articulation.
« Vas-y, si tu tombes je tombe. »
Tu resteras inconscient de la portée symbolique de ces mots, toi qui stagnes en surface, au degré zéro de l’écriture, mais c’est déjà beaucoup. Vous avez toujours plus ou moins fonctionné ainsi, puisque votre microcosme s’est trop longtemps limité à l’autre, à vous deux uniquement, les deux morceaux d’une même erreur ; Sidney représentait l’extension impropre de toi-même, ton jumelage inachevé, et tu te disais souvent que si elle venait à disparaître, tu ne ferais pas long feu non plus. Tu ne possédais rien car à l’évidence elle était tout, suffisamment vivante pour te procurer tout ce que tu souhaitais – une âme qui pût se soucier de toi quand plus personne n’en était capable. Une âme à laquelle s’attacher et que tu garderais près de toi en retour, prêt à lui rendre au décuple ce qu’elle t’avait jadis procuré. Sauf qu’aujourd’hui n’était plus hier. Tes besoins d’autrefois avaient mué, grimpant d’une strate la pyramide des nécessités, et la quête de nourriture n’importait plus autant, remplacée par la recherche de reconnaissance. Or, sur ce point tu n’étais plus certain qu’elle sût te satisfaire. Et tu t’en voulais de ne plus voir en elle l’ancienne synthèse de ton monde.

Elle riait pourtant, et tu l’imitas en sentant ses doigts presser davantage contre ton vêtement. Tu l’avais prévenue – si elle tombait, tu tombais avec elle – mais ce n’était pas comme si tu en avais particulièrement envie. Bonjour la honte, sinon ! Néanmoins, la joie fut de courte durée ; d’un coup ta sœur sembla s’assombrir, un brusque retour de flamme dont tu n’eus pas de mal à en capter les raisons. Ailleurs. Peut-être oui, mais où ? Il n’y avait nul endroit pour vous, nul lieu où vous sentir chez vous. Il n’en fallut pas davantage pour qu’une bouffée de colère et de dépit mêlés ne t’envahît. Tu voulais entendre Nergüi rire et chanter, pas se morfondre sur les frontières exiguës de la réalité. Qu’elle soit triste et voilà que tes résolutions te revenaient en pleine face, tes promesses de veiller sur elle et de la rendre heureuse en même temps que tes échecs, ton impuissance à accomplir ce simple serment. Ta voix perdit de son insouciance.
« On peut le faire. On peut tout faire, tu sais. Tu veux aller où ? Dis-moi et j’t’y emmène. »
Comme ça, sur un coup de tête, une volte, une claque. Pourquoi se restreindre, s’engoncer dans d’invisibles contraintes ? Quand on veut, on peut.
Non : quand on veut, on doit.
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le Dim 4 Sep 2016 - 14:21
Si tu tombes, je tombe.
Sentence d'une simplicité extrême, mais qui pourtant en dit long. Lorsqu'il s'exprime ainsi, Cameron appelle à sa confiance. Elle a besoin de savoir qu'ils peuvent encore agir comme une seule et même personne - un peu comme autrefois, quand ils étaient capables d'agir de concert sans avoir besoin de se consulter au préalable. Sidney rêve de conserver cette relation privilégiée ; elle sait cependant que celle-ci, progressivement, leur échappe. S'effiloche progressivement, jusqu'à ne plus constituer que des lambeaux d'amitié. Elle en souffre, Sidney. Alors elle est contente s'il se tient à ses côtés. C'est stupide, mais cela lui donne l'impression, l'espace d'un instant, qu'ils partagent leur sort.
Il ne se rend peut-être pas compte de ce qu'il dit.
Mais pour elle, c'est un monde entier qui se fait jour.
Puisque c'est à elle de dire où elle désire aller, elle s'enveloppe dans le silence pendant quelques instants. Cela lui fait mal de penser ainsi - de se dire qu'ils sont obligés de se parler. Dans d'autres circonstances, ils auraient peut-être deviné l'endroit où l'autre désirait se rendre, comme si son cœur constituait une extension de leur pensée. Mais elle ne lit rien en Kalev. Elle peut deviner ses doutes, et ses joies, elle peut savoir à quoi il ne pensait pas et dont il vient à peine de prendre conscience, mais une part de lui se refuse totalement à sa compréhension. Elle ne sait pas ce qu'il veut. S'il a envie de continuer cette existence difficile mais guidée, ou s'il préfère retrouver l'austérité des temps premiers, quitte à se perdre dans la nature pour ne plus jamais réapparaître. Et s'il prenait une autre décision que la sienne ? C'est peut-être anodin, mais pour eux, cet ultimatum est tout ce qui leur reste de l'homme qui les a élevés. C'est une pensée qui les a soutenus dans les pires moments, c'est elle qui les a façonnés. Elle qui les a rapprochés. Mais elle n'a pas su combler la distance qui s'est malgré tout installée entre eux ; elle constitue le lien qui ne se brise pas, quand tous les autres se défont.
Et elle réfléchit, Sidney ; cela lui devient douloureux, parce qu'elle ne sait pas ce que les gens normaux font. Mais ils ne sont pas normaux. Et elle se décide à dire :
« A trois pas d'ici, il y a un magasin qui vend des souvenirs et des objets d'inspiration ethnique. J'aimerais t'acheter quelque chose. »
Elle n'est pas capable de déterminer elle-même s'il s'agit d'une forme de payement pour la planche qu'elle désire obtenir, ou si c'est un véritable cadeau. A supposer que ce soit le second cas, qu'espère-t-elle réaliser ? Recréer une proximité qui ne serait qu'illusoire ? Essayer d'acheter son affection ? Elle ne sait pas elle-même, mais cela vaut toujours mieux que de ne rien faire.
A ce rythme, la journée sera longue.
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le Mar 6 Sep 2016 - 17:54
Oh, tu t’attendais à ce qu’elle veuille partir au bout du monde, de ce monde si exiguë, qu’elle s’enflamme pour l’Extrême-Amont et que plus rien ne vous arrête, ni les volontés contraires ni votre propre fatigue, jusqu’à ce que vous vous vautriez comme deux pauvres loques sur le bord de l’univers, le cul sur la brèche, à contempler l’infini étalé sous vos semelles crottées. Tu espérais qu’elle t’embarque pour un aller sans retour, une aventure comme elle seule aurait pu l’imaginer, solitaire et heureuse, par-delà les montagnes et l’océan. Tu aurais aimé. Ç’aurait été bien. Trouver une telle excuse pour disparaître. Posséder ce genre de prétexte, faire la nique à tout le reste et s’enfuir, elle et toi, en vous frôlant l’épaule de temps à autre, silencieux mais complices, en osmose. Sauf qu’elle ne dit rien, Sidney, elle se tait, s’invente d’autres rêves plus médiocres, plus accessibles peut-être, par peur de quelque chose qu’elle ne nomme pas et que tu ne discernes qu’à peine, incapable d’en dessiner les contours. Et quand tu ignores, tu oublies. Tu refoules, profondément. Tu enfouis comme si, à force, ces tracas se dissiperaient sous les pelletées dont tu les recouvres sans certitude. Mais c’est sans importance.
Alors, quand Nergüi se décide à annoncer sa destination, tu es déçu. Vexé presque. La façon dont elle t’avait confié ses envies d’ailleurs, avec cette légère hésitation dans l’iris, avait attisé ta curiosité au-delà de la commune mesure – un effet de la distance, probablement. Tu t’étais fait des films. C’était idiot. Tu croyais toujours que le monde vous appartenait, qu’il suffisait de tendre les bras pour attraper la lune ou les petits pains aux raisins de la boulangerie du coin, ce qui revenait au même pour deux gosses affamés, tu croyais que l’herbe était plus verte dans le pré d’à côté. Plus elle. Avait-elle arrêté de batailler contre ce qui semblait hors de sa portée ? Avait-elle cessé d’être une gamine aux paupières lourdes de rêves, aux vœux plus colorés que des milliers de phosphènes ? Avait-elle mûri à ce point ? Tu te sentis trahi. Trahi et forcé de grandir à ton tour pour ne pas être laissé sur le trottoir une nouvelle fois, pour ne pas la voir s’éloigner davantage. Et c’était violent.

« J’ai besoin d’rien. » Ta voix avait dérapé sur le terrain rocailleux, plus rêche que prévu, et tu essayas aussitôt de te rattraper : « T’as gagné cet argent, garde-le pour toi. »
Non, non, ce n’était pas ça. Ce n’était pas ce que tu voulais exprimer. La frustration parlait à ta place tandis qu’à l’intérieur de ton thorax, des sentiments contradictoires se mêlaient en un pénible imbroglio. Tu n’avais besoin de rien, certes, mais tu n’avais surtout envie de rien. Tu redoutais qu’elle te pose la question, qu’elle t’interroge une fois dans la boutique et que tu ne réussisses qu’à hausser les épaules en lui indiquant de prendre n’importe quoi au gré des étagères – cette indécision l’aurait mise mal à l’aise. En un sens, ce quelque chose convenait à votre relation actuelle : floue, indéfinissable, à la limite de l’artificiel. Or tu ne voulais pas d’un tel lien ; tu voulais juste ta sœur car elle te suffisait, elle suffisait à tout, n’ayant besoin de rien d’autre quand elle était présente. Et cette broutille entre vous deux, cette irruption du matérialisme, sonnait si faux en comparaison.
Pourtant, tu étais flatté qu’elle pensât ainsi à toi. Qu’elle cherchât à te faire plaisir, même avec maladresse, qu’elle souhaitât t’offrir un petit morceau de sa récompense. Parce que tu étais ton frère en dépit de la biologie, envers et contre la loi du sang. Sachant cela, tu aurais tout accepté. L’air de rien, un chouïa boudeur, tu levas alors la tête vers elle – elle était encore plus grande maintenant qu’elle se tenait sur ton skate :
« On y va si tu veux. Mais j’préférerais que ce soit toi qui m’fasses un truc. Ça viendrait vraiment de toi, tu vois. Même un porte-clef en pâte à sel, je serai content. »
Et tu lui souris de toutes tes dents, bêta. Ce serait chouette, un porte-clef en pâte à sel. Tu n’as pas de clefs à mettre dessus, mais tu t’en fiches. Ce sera Nergüi qui l’aura fabriqué, et si c’est Nergüi, eh ben ce sera le plus beau de toute la galaxie.
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le Lun 12 Sep 2016 - 19:12
Elle ne sait pas trop si elle prend la bonne décision, Sidney. Son esprit est tout tourné vers les flancs du titan qui surplombe Pallatine, et que l'on peut apercevoir depuis la rue lorsque les immeubles ne sont pas trop élevés. Elle a toujours été impressionnée par cette hauteur ; quand ils sont arrivés en ville, tout était si plat, et le monde de son enfance paraissait si haut. Rien d'étonnant, dès lors, que les deux enfants aient associé la montagne à un paradis perdu. Ce qui est plus haut a plus de valeur. Question de logique. Elle voudrait sans doute emmener Cam en hauteur, mais elle ne peut pas. Elle est désespérément rivée au sol, et la voilà condamnée à ne proposer que des activités qui les tiendront au plus bas. Du moins est-elle plutôt contente de son alternative : une autre façon de chercher l'évasion, de façon horizontale cette fois. Un voyage de l'esprit, plus symbolique qu'autre chose ; mais un voyage malgré tout. Ce qu'elle ne comprend pas, ce sont ses motivations à elle ; mais qu'importe, du moment qu'elle propose quelque chose ? Elle fait des efforts.
C'est pourquoi la réaction de Kalev la blesse ; ce refus trahit une certaine déception de sa part, et elle aurait aimé qu'il la cache un peu plus. Elle ne cesse de masquer ses doutes et ses questionnements, et lorsque quelque chose ne lui convient pas, elle prend sur elle. Pourquoi ne peut-il pas en faire autant ? Certes, elle aurait dû se douter qu'il n'aimerait pas, mais... en fait, non. La situation est sans précédent. Autrefois, ce qu'ils avaient à leur disposition ne se payait pas ; mais l'argent change tout, et visiblement, Cameron n'est pas d'accord avec sa façon de procéder. Sidney se mord la lèvre. Elle demeure silencieuse quelques secondes, essayant de trouver quelque réponse qui puisse apaiser la situation.
« Je ferai ça, alors. »
Elle répond pauvrement à son sourire, espérant que cela ne se voit pas trop. Elle est tout de même au dessus du porte-clé en pâte à sel ; elle n'est pas une intellectuelle, mais elle sait au moins travailler de ses mains pour produire quelque chose. L'artisanat aurait été une branche qui lui aurait convenu, si elle avait été plus en vogue dans une ville aussi moderne, et si elle n'avait pas eu ses flots de haine à déverser.
« Mais bon, ils ont quand même des choses sympas. » : rajoute-t-elle d'un ton un peu boudeur.
Mais qu'importe ; il a dit que cela ne le dérangeait pas, donc elle va l'y emmener. Continuant de s'appuyer sur son frère de tout son poids, Sidney se lance en direction de la boutique, se dressant fièrement sur la planche. Il y a au moins un point positif, c'est qu'ils passent du temps ensemble.
Le trajet est cependant trop court, et voilà déjà qu'ils arrivent devant une petite devanture ornée de multiples objets d'inspiration diverse. Sidney n'a aucune idée de l'origine de ces bibelots, mais qu'importe ; elle prend le bras de Cameron pour le faire entrer, en lui disant :
« Bon, alors, on va faire un jeu. Tu regardes ce qu'il y a dedans, et tu me dis ce qui te plaît et ce qui te déplaît. Et ça m'inspirera pour ton cadeau, d'accord ? »
Belle façon de rattraper le coup, songe-t-elle, se sentant subitement bien plus en confiance. Peut-être, finalement, que tout n'est pas perdu pour eux deux.
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le Dim 18 Sep 2016 - 11:26
Comme à ton habitude, tu n'as fait attention à rien. Ni aux mots qui galopaient hors de ta bouche ni au sifflement du fouet qui les accompagna, et encore moins au papier de riz contre lesquels tu les projetas et qui constitue l'enveloppe de ta sœur, son fragile tégument. Tu avais répondu avec cette clarté solaire, cruelle, sans y mettre les formes – ton sourire, piètre tentative d'acrobate en perte d'équilibre, n'y changerait rien. Pourtant tu le penses, tu penses toujours ce que tu dis et ce même malgré toi, mais cela t'ennuie que ta franchise tombe à plat et ne remporte pas une totale adhésion auprès de l'unique personne qui pourrait se targuer de te connaître et te comprendre. Ou peut-être que, justement, elle ne te connaît ni ne te comprend plus, si bien qu'elle ne peut qu'acquiescer à tes réflexions d'un air morose, dépitée par le tranchant qui taillade ta propre langue. Oh, tu ne souhaitais pas la blesser – ça, jamais –, à moins que tu ne l'aies vexée au sujet de ses compétences en matière de création manuelle ? Tu ne sauras pas. Tu ne sauras que ses incisives pinçant ses lèvres, sa moue résolue et sa main sur ton  épaule, ancrée au tissu comme au sable ; deux barques à la dérive en direction d'une crique aux fantastiques trésors. C'est tout. C'est suffisant.
Ce n'est que lorsqu'elle se sépare de toi, qu'elle abandonne ta planche pour un sol plus stable et te libère de ton rôle d'appui que tu constates à quel point elle t'avait transmis sa chaleur. Il ne fait pas froid, en plein été penses-tu, néanmoins une brise indolente s'insinue là où elle avait naguère imprimé sa paume, une flaque plus fraîche qui chasse l'empreinte déjà tiédie. En ramassant ton skate sur le seuil de la boutique, tu te masses l'articulation par réflexe, ignorant tes véritables intentions, une seconde avant qu'elle ne t'entraîne à l'intérieur du capharnaüm harmonieux. Un jeu ? Drôle d'idée. Te prendra-t-elle donc toujours, à raison peut-être, pour un enfant ? Tu te gardes bien de demander si, au cas où tu trouverais quelque chose qui ne te plaît pas, tu as le droit de le flanquer par terre ou de le lancer contre un mur. Un grand coup de planche sur un étalage de miroirs ouvragés, un balayage express d'une étagère couverte de bijoux en bois. Tirer sur les lampions en crépon qui chutent du plafond comme autant d'étoiles en cartons. Voilà ce qui te plairait vraiment. Non, un peu de tenue. Le propriétaire du magasin somnole derrière son comptoir – il te rappelle quelqu'un, le genre à pioncer durant ses heures de travail – alors tu as la possibilité de fouiner à loisir, de fouiller tout ton saoul dans le moindre recoin, t'attendant presque à voir un renard débouler de nulle part.

« Ça roule », répliques-tu pour la forme avant de partir en chasse, le museau au vent, une mine presque innocente en travers du visage. Cela t'étonnera toujours, les relents ésotériques qui se dégagent des commerces de ce type ; parfums d'encens et effluves ambrées s'y mélangent en une essence douceâtre, tantôt apaisante tantôt irritante, arôme cannelle et benjoin. Tu ignores ce qui te ferait plaisir, ne serait-ce qu'envie. Il y a là des sandales en roseaux, des éventails d'osier et des lampes en monnaie-du-pape, des toiles en feuilles mortes et des barrettes en bois de laque qui côtoient des écharpes en mérinos et des bracelets de cuir, des capes en coton bariolées et des instruments avec interdiction de toucher, il y a des bourses en papyrus et des coupelles en bambou, des bâtonnets désodorisants et du savon 189 % naturel, des ceintures clinquantes, des breloques en tessons multicolores, des flûtes de pan tressées, un cerf-volant en bouleau et papier-journal, des cages à oiseaux en brindilles. Tu te sens à étroit, un soupçon oppressé en songeant qu'un faux mouvement et ton skate ira bousculer un présentoir, mais tu t'appliques dans ta quête, te baisses, te relèves, chines en silence, tripotes ce qui attire tes doigts, contemples ce qui ravit ton œil, insatiable. Puis tu t'arrêtes, un instant de suspens.
Entre un casse-tête couleur ébène et un set de plumes à calligraphie, à demi replié par un nettoyage de printemps repoussé depuis trois ans, ce qui ressemble de près comme de loin à un morceau de rideau mal découpé kidnappe ton attention aussi brusquement qu'un moineau un chat. Intrigué, tu t'approches, plisses les paupières, tends ta main libre – hésites une fraction de seconde – puis relèves le pan rabattu qui dissimule la toile. Et t'écartes aussitôt, piqué par un tu-ne-sais-quoi tapi dans tes entrailles, une aiguille oubliée dans un méandre de tes intestins. Te mets à chercher Nergüi du regard, seule terre connue dans cet océan mystérieux, pâle îlot rassurant, et reviens vers elle en dissimulant ton trouble derrière une évidente nonchalance. Une ombre dans ton sillage. Tu lui avoues, dubitatif :
« J'trouve rien. » Elle va sans doute dire que tu ne fais aucun effort, et tu lui feras du chagrin. Idiot. Faux frère. Le nœud dans tes viscères. « Mais je repensais à cette cabane qu'on avait construit ensemble et qu'on avait accrochée à un arbre devant la maison, pour les oiseaux. » Pourquoi y repenses-tu, au fond ? C'est une de ces réminiscences fugaces, des sons plus que des images, le bruit du bois scié, les exclamations enfantines, le vent dans les branches ; tout un monde oublié qui surgit à la faveur d'un dessin froissé contre un mur, une peinture à l'encre dont le motif ancien t'a interpellé. Ça a le goût du passé. C'est infect. Et t'en redemanderais.
« Nan, oublie, c'est débile. On n'a plus six ans. »
Aimerais-tu ? Retourner là-bas, au pays de ton enfance, dans les hivers glaciaux et les doux étés, à contempler sur le perron le ballet des hirondelles et les cavalcades des écureuils ? Aimerais-tu retrouver l'éternel recommencement de ces jours loin du monde, la langueur des couchants par-delà les vallées ? Pourquoi le Vieux vous a-t-il envoyés ici ? Pourquoi cette question t'énerve toujours autant quand tu en connais parfaitement la réponse ? « Et toi, y a quelque chose qui t'inspire ? » Vas-y, étouffe ton erreur.
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le Mar 20 Sep 2016 - 21:57
Alors que Cameron pénètre dans la boutique, Sidney reste quelques secondes sur le seuil, se rendant compte de sa panique. Pendant ce court instant, il lui a fallu trouver une solution pour conserver l'équilibre ; elle est bien forcée de reconnaître que ce n'est pas son frère qui fait le plus d'efforts. Pour l'instant, c'est elle : elle qui est l'instigatrice de ce rendez-vous, elle qui essaye de trouver quelque chose pour les occuper, elle qui se creuse la tête pour trouver des solutions. Et elle se rend compte qu'elle ne saura pas le supporter longtemps. Ce n'est pas dans ses habitudes d'être conciliante. Sid, elle se considère comme une rafale qui renverse tout sur son passage ; le plus simple encore est de ne pas se lever contre elle, et d'attendre que cela se termine. Ses colères sont violentes, mais rapides, et elle oublie. Toutefois, elle ne peut pas oublier ce qui est vraiment important à ses yeux. Elle ne fait qu'ignorer tous ces signes, mais s'ils s'accumulent, elle ne peut plus les négliger. Elle se demande si elle est la seule à voir tout cela. La seule à ne pas avoir envie de tourner la page. Sa décision concernant son futur n'est pas arrêtée, elle ne sait absolument pas ce qu'elle veut faire ; malgré tout, elle a une certitude : elle y réfléchit. Ce qui est déjà pas mal, pour sa petite tête. Cam en fait-il autant ? Elle se demande s'il n'aurait pas déjà pris sa décision, sans lui en faire part. Une décision où elle a une place, mais seulement de façon secondaire. Elle ne sait pas si elle saura le supporter. Ni même si elle aura la force de lutter pour récupérer sa position antérieure.
(Ni même si elle estime que ce serait estimable.)
Elle le regarde depuis l'entrée, avant de se décider à avancer un peu et à saluer le propriétaire, qui ne semble pas conscient de leur présence. Elle suit Cameron ; elle se fait la réflexion que, si jamais son skate fait tomber quelque chose de fragile, cela risque de leur coûté cher - ces gens-là sont toujours prêts à abuser de la crédulité de leurs clients pour obtenir un peu plus que leur dû. Il finit par se retourner ; le nez pris par l'encens, Sidney lui retourne un regard brillant. Il ne trouve rien ; c'est un peu faux, il y a tant de choses ici, ce n'est pas du rien. Même si cela n'a aucune valeur à leurs yeux. Elle voudrait le lui dire, mais il continue ; il évoque cette cabane à oiseaux, et Sidney ferme les yeux. Elle se rappelle bien du moment, de leurs premières infructueuses, avant que le vieux ne vienne s'asseoir avec eux pour leur expliquer qu'il fallait respecter quelques règles. Ils l'avaient écouté avec de grands yeux, surtout Sidney qui ne lâchait pas ses mains tâchées de vieillesse du regard. Avec du recul, elle se rend compte du grand âge de cet homme ; ce n'est pas pour rien qu'on l'appelait le vieux, il était très âgé. On dit souvent que les souvenirs de la petite enfance sont verrouillés ; mais quand on se les remémore sans cesse, ils continuent d'exister. Elle se demande combien de fois elle s'est repassée ces images. Probablement à chaque difficulté, à chaque fois qu'elle doutait de ce qu'ils pouvaient faire. Elle pourrait se souvenir encore, mais son songe est interrompu par la voix de Kalev qui répète que c'est stupide.
Sidney rouvre les yeux et fixe les prunelles de Cameron.
Elle se rend compte que ce moment est un instant raté ; un moment où ils auraient pu parler d'avenir, et de ce qui les taraudent. Se demander ouvertement ce qu'ils comptaient faire, où ils comptaient aller. Malheureusement, cette allusion à la débilité du souvenir coupe court à toute discussion. Si c'est idiot, alors pourquoi en parler ? Elle commence à se dire de plus en plus que Cam a choisi de rester, et pense qu'elle en fera probablement de même. Parce qu'elle n'aura jamais le courage de partir seule - et il n'aurait pas tort de penser ainsi.
Elle cesse de le fixer, pour balayer du regard la salle. Ses yeux s'accrochent à tant de petites babioles ; des attrape-rêves ornés de perles translucides, des cratères à figures noires, des jeux d'osselets - elle est attirée par l'inconnu, l'exotique, ce qu'elle n'aurait jamais trouvé sur sa montagne. Elle finit par tendre le bras vers un abat-jour en papier, sans la moindre décoration, sans la moindre fioriture. Épuré, simple - rien à interpréter. Sans doute une exception dans une boutique pareille ; mais elle ne sait pas d'où cela vient, elle ne sait pas ce qu'a pensé le peuple qui l'a inventé, juste qu'elle aime bien.
« C'est simple. C'est beau. Ça apaise. »
Sa voix s'éteint, alors qu'elle observe son frère, songeuse.
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