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Chronos Republic

Pallatine, la ville qui existe en dehors de notre monde, se dérègle. Depuis quelques temps, la métropole aux diasporas est en proie à d'étranges phénomènes. Le temps est perturbé, comme si quelque chose n'allait pas. N'avez-vous pas eu l'impression que le temps se figeait, ou au contraire passait un peu trop vite ? (en savoir plus)

Nouveautés
04.04 Nouveau système de compétition + nouvelle intrigue. (plus d'infos ici)
28.02 Installation de la version 3. (plus d'infos ici)
16.11 Installation de la version 2.5.
Période de jeu : janvier à mars 2016. Des perturbations temporelles ont commencé à faire leur apparition. Serait-ce dû aux disparitions qui ont eu lieu l'année dernière ? Quelle est la raison de de ces nouveaux problèmes ? Vous ne le savez pas, mais votre vie à Pallatine est peut-être menacée.

L'Art de la fugue. (Cameron)

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Personnage : Tu grognes - tout le temps -
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Mais ça ne veut rien dire.
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Jeune altermondialiste
posté le Mer 28 Sep 2016 - 22:20 (16)
Ce moment où tu la regardes, croyant qu'elle te répondra, grinçante, c'est toi qui es débile, cet instant où tu voudrais qu'elle te remette à ta place, qu'elle te gifle en deux mots comme elle est capable de le faire, qu'elle t'arrache à tes pensées moroses, à tes réminiscences gâchées, et qu'elle te dise qu'elle, elle s'en souvient aussi, très bien même, et qu'elle voudrait en refaire une avec toi pour l'accrocher à une branche dans le parc, qu'importe que ce ne soit pas chez l'un de vous, cela deviendra votre coin, votre cabane, avec vos oiseaux qui auront la chance, eux, de voler plus haut, plus loin que vous le ferez jamais. Ce moment où tu souhaiterais qu'elle réplique cinglante, qu'elle tranche blessante, brutale, pour retrouver en elle la fureur qui s'asphyxie à ton dégoût, inexorablement, la violence qui dégouline sous ton spleen. Tu ne le sais pas toi-même, mais tu aimerais qu'elle te tire de ce marasme que l'on appelle « passé », qu'elle t'arrache à ces souvenirs que tu tartines de merde pour un rien, espérant en vain en masquer le goût de madeleine, la saveur citronnée qui sans cesse t'attire et te repousse, semblable à ces devantures de confiserie sur le seuil desquelles on préfère cracher par frustration de ne pouvoir y entrer. Mais tu ne le sais pas, et Sidney encore moins ; comment le pourrait-elle quand ton Inconscient est un Grand Muet, un noir infini, un blanc éternel, une ombre intraduisible comme un spectre sans langue ? Elle t'observe alors tu penses que c'est suffisant, qu'il coule dans vos yeux un idiome connu de vous seuls, une réciprocité silencieuse, trop timide sans doute pour s'habiller de phonèmes. Sauf qu'il n'en est rien. Il n'y a plus rien entre vous, rien qu'un vieux fantôme arrimé à son arbre, à son orme déraciné, qui vocifère sans fin pour vous réunir – et se casse la voix.
Sidney ne te répond pas. Nergüi ne te rattrape pas. Pas même a-t-elle tendu la main pour que tu fasses mine de t'y agripper. Elle marche à côté, derrière ou devant, qu'importe, elle marche sur un fil qui n'est plus le tien, un chemin qui n'accueille plus tes pas, et si tu tombes, contrairement à ce que tu pourras dire, elle ne tombera pas avec toi, ne tombera plus, parce qu'elle est loin déjà. À l'abri, peut-être. Elle se préserve de tes conneries, se garde de tes erreurs. Grand bien lui en fasse. Si tu n'es pas en mesure de savoir ce que tu désires, alors il vaut mieux qu'elle te fuie, qu'elle se trace une route plus belle que ce que tu auras à lui offrir dans toute ta vie, une voie lumineuse, remarquable, dont elle puisse être fière. Pas comme toi. Toi qui ignores tout et avant tout toi-même, toi qui jappes pour camoufler tes doutes, qui mords pour te voiler la face, qui tournes et tournes et tournes encore sans but, into the void, à essayer de te sauver quand tu continues de t'esquiver. Ça t'enrage. Ça t'enrage tellement que, de déchirer cet abat-jour qu'elle désigne, t'en rêves.

Simple, beau. Apaisant. Trois phrases lapidaires pour exprimer tout ton contraire. Si c'est là ce qu'elle apprécie, ce qu'elle recherche, tu ne fais guère le poids. Tortueux, vilain et agressif, te voici – adieu la carrière d'abat-jour. Par chance, tu ne comptais pas vraiment postuler un jour tout court, mais bon, tu te rends compte que les goûts de ta sœur, s'ils se rapprochent pourtant des tiens dans leur ascétisme, témoignent d'une aspiration qui t'est hors de portée. C'est couru d'avance ; tu ne seras jamais une belle personne. Ce qui ne t'empêche pas d'espérer pouvoir offrir à ton aînée, lorsque le temps viendra, quelque chose à la hauteur de ses envies.
Quel drôle de sentiment, la jalousie à l'égard d'une lampe.
Surtout qu'elle ne contient aucun génie.
Sidney ensuite retombe dans son mutisme, ses iris pour seule parole, et tu te retrouves bête, incapable d'acquiescer à ce miroir déformant qu'elle reflète – elle la perle sous la coquille, le feu de Din, quand tu n'es qu'une bogue de châtaigne, piquant dehors et insignifiant dedans. Sidney ensuite se tait et tu entends distinctement grogner l'animal à l'intérieur de toi, lui dont le grondement sourd était naguère masqué par d'autres préoccupations ; il se rappelle à ta conscience, farouche, et dans son pelage hérissé s'enracine chacune de tes colères. Simple, beau, apaisant. Puis le silence, puisqu'il n'y a plus rien à dire après cela, puisque tu n'as pas ta place dans cette merveilleuse trinité, elle te rejette, voilà tout, elle t'observe et derrière ses prunelles elle ne veut plus de toi, tu ne sais même pas ce que tu veux et tu te permets en plus de dénigrer vos souvenirs – qui voudrait d'un frère pareil ? Alors que tu ne souhaites que... que quoi, d'ailleurs ?
« Tu vas m'dire ce qui va pas ? »
C'est sorti d'un coup, abrupt. Une pierre jaillie du larynx. C'est bien ton genre, de lancer sur les autres la hargne qui te revient de droit. Tu es au moins autant qu'elle le destinataire de cette question, si ce n'est davantage, et cependant c'est à elle que tu t'adresses, parce qu'elle te fixe sans un mot, parce qu'elle te préfère un bout de papier autour d'une ampoule, parce que depuis le début il y a au bout de sa langue un truc qu'elle se refuse à avouer – tu le sens, tu ne sais ni pourquoi ni comment mais tu le sens – et putain si elle ne te le dit pas tout de suite tu vas frapper quelqu'un avec quelque chose, ou p'tet même quelque chose avec quelqu'un.
Non, vraiment, tu ferais un très mauvais abat-jour.
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Jeune altermondialiste
posté le Sam 1 Oct 2016 - 17:31 (17)
A quel moment s'est-elle trompée, au juste ?
A partir de quel instant a-t-elle dérivé de sa route habituelle ? est-ce parce qu'elle revêt un manteau qui ne lui convient pas, destiné à masquer au regard des blessures dont elle refuse de reconnaître l'existence ? Est-ce parce qu'elle s'enfonce si loin dans les voies du mensonge qu'elle en ressort teintée, sa pureté initiale salie par ces fausses vérités qu'elle essaie de dresser comme exactes ? est-ce parce qu'elle inhibe son comportement, ne cessant de prendre sur elle pour que tout se passe au mieux ? Mais elle oublie, Sidney, qui est vraiment Nergüi. Elle oublie qu'elle n'a jamais été cette sœur compréhensive, qui laisse tout passer et qui s'efforce de concilier leurs aspirations divergentes. Elle n'a jamais eu cette droiture.
Sidney, c'était la petite fille qui se taisait beaucoup, qui observait avec de grands yeux - toujours un peu en décalage, mais elle finissait par comprendre, oui, elle finissait par s'intégrer à la conversation parce qu'elle l'avait vue plus que parce qu'elle ne l'avait entendue, et elle finissait par exprimer son opinion. Ses avis étaient toujours tranchés, et il fallait lutter contre elle pour se faire entendre ; elle ne levait pas la voix, parce qu'elle n'avait pas tout à fait conscience des nuances du ton ; elle se faisait entendre avec ses arguments posés et qui avaient l'apparence du calme - mais derrière les mots se cachait toujours quelque venin -, et elle ne se rangeait que lorsqu'on parvenait à la convaincre que cela n'allait pas. Elle n'a pas vraiment changé, d'ailleurs : elle est toujours aussi butée, elle a du mal à admettre qu'elle a tort. Elle aurait dû se douter que Kalev remarquerait la nuance, qu'il s'interrogerait sur son sens ; mais elle ne réfléchit pas assez, Sidney. Elle est trop impulsive, elle fait ce qu'elle pense devoir faire, parce qu'elle songe plus avec ses tripes et son instinct que tout le reste.
Et si son instinct l'amène à se montrer conciliatrice avec son frère, alors c'est l'attitude qu'elle adopte.
Elle ne pense pas aux significations de l'abat-jour ; elle n'a pas conscience que ces mots ne lui ressemblent pas.
Et elle sursaute ; elle ne s'y attendait pas. Elle n'a pas vraiment l'habitude de ces adresses envoyées sur un ton assez sec et déterminé ; elle n'entend jamais tout, elle ne fait que saisir le mécontentement. Mais là, elle sait exactement ce que Cameron veut dire. Elle le dévisage longuement, sans rien dire. Les secondes sont longues avant qu'elle ne reprenne la parole.
« Je ne sais pas ? »
Elle n'est même pas sûre de son aveu. Parce qu'il y a une part d'elle qui sait, mais elle veut l'ignorer. Elle veut croire qu'elle peut ne pas entendre la voix de son cœur ; que celle-ci disparaîtra d'elle-même si elle n'est pas reçue. Elle pense que le monde est question de perception, et que si tout le monde ignore quelque chose, cette chose n'existe pas ; un peu comme le son qui n'a pas vraiment d'existence s'il n'y a nulle oreille pour entendre. Tout existe, sauf ce signal qu'elle ne capte que partiellement. Avec Sidney, le silence est presque la seule chose qui puisse prétendre valoir ses droits sur le monde. Elle oublie presque qu'ils sont dans une boutique emplie d'objets, alors que ces marchandises dansent dans son champ visuel ; elle oublie la présence du vendeur qui pourrait les entendre - mais bien sûr, il n'a pas l'air d'être très préoccupé par ses clients.
« Pourquoi tu me poses la question, Kalev ? »
Perplexité. Elle pourrait trouver des milliers de raisons, le plus petit infime indice suffirait à prouver la légitimité de son interrogation ; toutefois, s'il ne dit rien, elle ne trouvera pas la solution. Parce qu'elle ne s'est jamais posée assez de questions, au final. Parce qu'elle n'a jamais eu assez d'intelligence pour résoudre ses problèmes les plus importants.
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Jeune altermondialiste
posté le Lun 3 Oct 2016 - 15:14 (18)
Tu n'as même pas songé que tous ces problèmes, tu pouvais te les créer tout seul, comme un grand, le grand que tu ne seras jamais, et que si à cet instant tu as l'impression que le monde entier en est un c'est peut-être parce qu'ils trouvent leur origine dans ton propre tort, dans cette manière que tu as d'altérer la vérité, de l'essorer, de l'abîmer sans même paraître t'en rendre compte, un torchon sale sur lequel t'essuies tes godasses. Tu regardes Sidney en refrénant ton impatience, attendant sa réponse ainsi que l'on redoute le verdict d'un tribunal ou d'un oracle puisqu'elle seule est capable de dissiper ton incertitude, néanmoins tu n'épouses guère le comportement du fidèle révérencieux ; durant ces interminables secondes où elle ne parle pas, où il n'existe entre vous qu'une liane tendue sur le point de rompre, tes iris chatoient d'une colère illégitime, ta poitrine se bloque d'agacement. Tes poings se serrent le long de tes hanches. Pourquoi lui en veux-tu, si elle n'a rien dit, rien fait ? Pourquoi la détestes-tu – non, pourquoi te détestes-tu de lui en vouloir, et pourquoi n'es-tu capable que de lui renvoyer à vain coup de batte la brutale incompréhension qui vient bousculer tes côtes ?
Puis enfin ses lèvres se désolidarisent, l'ombre éclot au creux de sa lippe et les mots rampent jusqu'à la lumière, le sujet, le savoir, la négation et l'accent courbe, ascendant, en une brève procession qui s'évapore sitôt qu'elle s'échappe, qui disparaît sitôt qu'elle te percute et te voilà sur le carreau, étendu en travers de l'asphalte tandis que les phares s'éloignent dans le silence, tes yeux de chevreuil grands ouverts sur ton mutisme. Est-ce un mensonge ? Une esquive, un saut de chat ? Est-ce une feinte pour t'avouer l'indicible, contourner l'obstacle et t'abandonner à l'inintelligible ? Vous n'êtes que deux ignorants qui ne peuvent espérer traduire leurs sentiments, néanmoins ta sœur a le mérite de chercher à t'aider, à t'accompagner sur la voie marécageuse où tu t'embourbes en lui reprochant ce que, dans les tréfonds de ton déni, tu n'es pas capable d'assumer.

« Parce que... » L'appel à ton vrai nom t'interdit de biaiser ou de réclamer l'oubli ; il agit sur tes pensées à l'instar d'un sceau, d'une promesse de vérité face à laquelle tu ne te sens guère à l'aise, mais que tu ne saurais bafouer. En dépit de l'agressivité dont tu fais montre, Nergüi quémande ton indulgence, elle qui camoufle son émotion derrière ses parois de glace, elle qui peine à plonger jusqu'aux racines de l'iceberg – et son apparente candeur adoucit la rudesse de tes justifications. Tu ne sais pas, toi non plus. Tu l'as dit sans imaginer qu'elle te renverrait la balle avant que tu n'aies eu le temps de courir un tour complet, alors tu te retrouves lancé entre deux plots à la seconde où elle siffle la réception, dépourvu devant une telle interrogation, ballot, pour ainsi dire.  
« Parce que, j'sais pas, t'as l'air bizarre. Comme si tu t'retenais de dire un truc. »
Certes, la rhétorique n'a jamais été de tes prédilections, pas plus que l'argumentation de tes passions. Avec tes maigres connaissances lexicales, tu peux escompter être compris du commun des mortels, mais pas davantage, et si un jour tu te retrouves nez à nez avec une problématique dissertative, il y a de forts risques que tu scies une ou deux bûches. Cependant, tu conçois qu'en l'état, même Sid aurait du mal à expliciter ton raisonnement, si bien que tu te permets d'illustrer un peu plus ton propos :
« C'est ces histoires de disparitions qui t'inquiètent ? » Sous-entendu : on n'en a rien à foutre tant que cela ne nous concerne pas. « Y a un gars qui t'fait chier ? » Sous-entendu : je vais lui refaire le portrait si tu ne t'en es pas déjà occupée. « Pourquoi tu tiens tant à m'offrir quelque chose maintenant ? » Sans sous-entendu. Juste le texte brut, le vrai pourquoi, celui qui implique d'aller fouiller dans les trente-sixième sous-sol de l'esprit, là où végètent les véritables explications. Là où rôde ce qui d'ordinaire se tait, ce que l'on se tait, car il ne fait jamais bon d'en explorer les noirs recoins. C'est connu ; l'âme humaine n'est qu'une boîte de Pandore, et tu en es la détestable preuve.
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Jeune altermondialiste
posté le Sam 8 Oct 2016 - 17:28 (19)
Son cerveau est toujours vide quand il s'agit de réfléchir à ce qui importe vraiment.
Elle a son échelle de valeurs perturbée, Sidney ; elle ne sait plus discerner ce qui est crucial de ce qui est véritablement accessoire. Elle est donc perdue dans les limbes de sa réflexion : qu'est-ce donc, ce que que Cameron veut lui dire ? Essaie-t-il de lui parler d'un problème si fondamental qu'il n'y a pour eux nul échappatoire, un souci qu'ils doivent prendre la racine pour essayer de l'arracher à son socle ? Ou au contraire, parle-t-il seulement du malaise qui redessine ses traits, qui affaisse les coins de ses sourires et alourdit la douceur de ses yeux ?
Elle a préféré la fuite, Sid ; toujours cette fugue qui les caractérise si bien ces derniers temps, ce mot à lui seul pourrait titrer leur relation, et à présent c'est au rouquin de trouver une issue de secours. Il ne peut pas affronter l'incendie qui couve et menace de tout ravager. Lui aussi devra bien reculer, même si cela semble si mal correspondre à son tempérament - Sidney se dit que c'est d'ailleurs peut-être faux, qu'il est plus indifférent qu'elle, qu'il a moins de raisons de s'investir qu'elle, tout simplement. Peut-être est-ce pour cela qu'il balance ce qu'il pense comme on jette une bouteille à la mer : avec l'espoir de recevoir une réponse, peu importe la nature de celle-ci. Il ne semble pas vraiment songer que le silence serait une meilleure solution - ce que sa sœur a toujours pensé. Encore maintenant, dans cette boutique faussement familiale, faussement authentique, elle voudrait n'avoir rien à dire.
Et elle choisit encore la fuite.
Il a raison, il y a des choses qu'elle ne veut pas dire ; aussi ne répondra-t-elle pas à sa première question. Elle trouve cela plutôt avantageux, qu'il décide de parler de disparitions ; elle se dit que cela constitue une bonne sortie, qu'elle peut peut-être exploiter. Alors elle se lance - et sa demi-vérité emplit son cœur d'une forme légère de culpabilité :
« Non, non. Si il y avait un gars, je m'en occuperai toute seule. » Elle dira toujours que les garçons ne sont pas comme lui, ils sont trop faibles, ils n'ont pas la force de se battre contre une fille du silence. « Mais non, je ne m'inquiète pas parce que tu pourrais disparaître demain. Je crois que tu leur donnerais trop de fil à retordre, aux kidnappeurs, ils ne voudraient pas de toi. » Elle plaisante, elle ne pense pas vraiment qu'il soit insupportable ; mais il y a sans doute dans la blague douteuse une ombre d'espoir, une appréhension qui cherche à se rassurer en se répétant que ce n'est pas Cam qui intéressera les ravisseurs. Pas plus qu'elle. Mais au fond, ils n'en savent rien, n'est-ce-pas ? Ce climat d'insécurité n'aide nullement Sidney à faire son choix. Fuir la ville parce que celle n'est plus très sûre, cela ne lui convient pas.
« C'est sans doute par nostalgie, le cadeau, sinon ? N'y réfléchis pas trop. »
Et de toute façon, c'est un fait : Sidney n'est pas du genre à triturer ses ménages, elle suit ses envies. Qu'elle ait envie de lui offrir quelque chose, cela ne veut donc pas dire qu'elle a des arrières-pensées. Du moins, elle espère que Cameron le comprendra bien.
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Jeune altermondialiste
posté le Dim 9 Oct 2016 - 23:22 (20)
Cette fois-ci, elle est plus véloce à répondre même si cela serait un tort que de s'y tromper. Sans doute n'y a-t-il dans cette rapide réplique qu'un amusement soudain, une étincelle distraite qui aura tôt fait de s'évanouir avec la voix, et dont tu ne saurais conserver la véritable intention ; Sidney a toujours montré davantage de nuances que tu n'en es capable, un éventail d'iridescences subtiles, et qu'importe qu'elles soient grises ou bien noires, elle est un reflet des plus indéchiffrables. Auparavant, tu ne dis pas. Lorsque vous étiez là-haut, dans les montagnes, elle n'avait pas besoin d'être autre chose qu'elle-même, une discrète silhouette que tu n'avais pas à tenter de comprendre – elle te suffisait dans son silence ou, quand tu pensais qu'elle feignait l'indifférence pour accaparer les attentions, il te suffisait de reporter la tienne sur autre chose pour que tu oublies qu'elle ne poursuivrait pas la conversation. Qu'est-ce qui a changé, alors ? Pourquoi désormais attends-tu d'elle quelque chose qu'elle peine à te donner, quelque chose que tu es toi-même impuissant à définir ? Elle te rassure toutefois, du moins essaye-t-elle, de sorte que tu sautes à pieds joints dans le peu qu'elle te propose, cette poignée de vocables, ce semis de mots qui colle à tes semelles et se coince entre tes phalanges.
Elle est forte, ta sœur, tu le sais. Elle te croit fort, aussi, mais tu le sais moins. Peut-être parce que ce n'est pas ton cas. Tu t'échines à l'être, c'est là toute la différence. Il n'y a guère qu'elle qui peut affirmer que tu t'opposerais avec virulence à ton propre enlèvement, que tu t'agiterais tant et tant qu'il serait impossible de t'attacher ou d'avoir raison de tes résistances ; en vrai, s'ils ne veulent pas de toi, c'est simplement parce que tu es trop insignifiant. Elle ne leur donne pas tort. Tu serais une plaie. Et en dépit de cette réalité qui t'échappe, tu souris avec franchise à son commentaire, vaguement fier d'imaginer que ta réputation te protège, ne serait-ce qu'aux prunelles de Nergüi. Tant mieux si ce souci-là ne trouve pas d'écho à l'intérieur de son crâne, tant mieux si elle te fait confiance pour réussir à te défendre par toi-même, tout comme il lui est possible de mettre à terre les mec qui lui chercheraient des noises. Parce que toi, tu n'en es plus très sûr. Qui te dit que ces disparitions ne sont pas une bonne chose ? Qui pourrait infirmer ou confirmer l'éventuel danger que revêtent ces agissements ? Probablement que les personnes absentes avaient une justification, une explication valable pour carguer les voiles et s'évaporer sans une lettre, sans un avertissement. Un suicide incolore. Si un jour, quelqu'un te faisait pareille proposition, comment réagirais-tu ?
L'unique évidence, telle une lueur rémanente à l'arrière de ton encéphale.
Jamais tu n'abandonneras Sidney.  

« Okay. » Te revoici brusquement docile, conciliant au regard de tes précédentes humeurs, par rapport à la demande de ton aînée. Ce n'est pas que tu t'inclines devant la nonchalance de son propos, pas plus que tu ne penserais à lui céder ta volonté sous prétexte qu'elle a daigné enrober son geste de légitimité. Tu y vois plutôt une manière de remerciement, une ferveur anonyme en retour de ce lien entre vous qui, tout à coup, s'est remis à vibrer d'un bout à l'autre de tes nerfs. La minute d'avant, tu lui reprochais de te fuir, de te taire les miroitements de son âme, mais tu avais juste occulté un détail : si cela te concerne, elle ne penserait jamais à mal. Tu en es convaincu autant que de la réciprocité de ce principe. Et si soudain tu t'es méfié, si violemment tu as eu peur qu'elle ne te dissimule quelque honteux dessein, ce n'est que parce que le voile de la défiance s'est immiscé entre elle et toi, sombre gaze déposée sur ta rétine, selon un sale réflexe extirpé de la rue. Or, ta confiance en elle rivalise avec les diamants bruts.
« J'vais trouver. » Dusses-tu retourner la boutique de fond en comble, du sol au plafond, pour y dénicher ce que tu ignores chercher. C'est comme se faire pardonner. Tu rapporteras à Nergüi l'idée qui exaucera sa nostalgie, quand bien même tu ne saisis pas pourquoi il est ici question du passé ; après tout, vous ne vous êtes jamais offert quoi que ce soit en dehors des produits de première nécessité, à cette époque que vous voudriez ne plus jamais voir se reproduire. Sitôt dit, tu repars en chasse. Le propriétaire du magasin te lance des œillades mornes lorsque tu louches devant la vitrine du comptoir, t'observes quand tu zigzagues entre les portiques des grigris, bâille au moment où tu te grattes le sommet de la tête, circonspect. Un temps. Puis l'illumination.
« Ça y est ! » t'exclames-tu en tapant du poing dans ta paume avant de bondir vers Sidney, à moitié euphorique par cette dérisoire trouvaille. « J'aimerais que tu me fasses un bonnet. J'en ai pas et, quand je skate, mes cheveux me gênent. » Et qu'elle ne te propose pas la boule à zéro pour régler le problème ; tu es très sérieux là-dessus. De toute manière, rien n'indiquait dans sa requête que tu doives t'inspirer d'un objet présent dans la boutique pour lui fournir une piste – au pire, tu argueras que c'est ce pull-over en laine d'alpaga sauvage accroché au fond à droite qui t'a tapé dans l'orbite, et cela passera. Ta part du marché est remplie : rien ne te plaît ici, toutefois elle n'en ressortira pas bredouille.
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posté le Sam 22 Oct 2016 - 18:31 (21)
Elle n'a plus qu'une seule envie désormais, c'est de tout lâcher. Elle aimerait pouvoir abandonner cette ridicule histoire de promesse et essayer de se faire à une vie qu'elle n'aurait pas choisie - qu'elle apprécie cette existence ou non. Sidney n'est pas fait pour se perdre dans de trop grandes réflexions, elle finit toujours par s'y égarer à un moment ou à un autre, et elle finit par ne plus se ressembler. Elle considère souvent qu'elle est déjà trop vide elle-même, que ses doutes chassent des pensées un peu plus concrètes qui pourraient l'aider à prendre la bonne décision. Elle voudrait qu'on décide pour elle. Elle voudrait que Cameron choisisse seul, et elle le suivra, mais...
Elle sait que chacun doit prendre une décision par lui-même, après y avoir réfléchi.
Elle n'ignore pas qu'elle doit être capable de vivre par elle-même, un jour.
Alors elle ment un peu - elle ne dit pas toute la vérité, et elle attend de voir comment son frère va réagir. L'avantage de son handicap, c'est qu'elle voit plus de choses. Un avantage censé compenser un inconvénient bien plus lourd encore. Quelle discrétion peut-il y avoir lorsqu'on doit parler fort pour s'entendre ? Que faire du regard des gens qui ne comprennent pas que vous n'êtes pas sourd non plus ? Comment faire pour ne pas déranger, pour ne pas obliger les autres à s'adapter à vous ? Elle a vraiment l'impression d'être un poids mort, Sidney. Kalev, il est trop gentil avec elle ; il fait attention à elle et à ce qu'elle pense, il s'efforce de tout lui faire comprendre, et il ne voudra jamais la lâcher s'il n'a pas la certitude qu'elle est en parfaite sécurité. Elle est un peu comme ça avec lui, aussi, mais peut-être que cette impression de dépendre de lui l'a poussée à profiter de l'avantage de sa taille et des quelques mois qu'elle a d'avance sur lui pour s'imposer comme une forme de grande sœur, plus raisonnable, à l'écoute - aussi paradoxal que cela puisse être. Avec lui, elle tempère un caractère trop vif, parce qu'elle ne veut pas le blesser, parce qu'elle ne veut pas lui imposer ses colères ; il a déjà trop à gérer. Alors non, elle n'a pas envie qu'il s'inquiète davantage, et c'est pour cela qu'elle s'efforce de détourner ses pensées. Elle ne parlera pas de ses interrogations, et il accepte assez aisément. Il la connaît sans doute assez pour comprendre.
Il ne reparle plus non plus des disparitions ; il doit être rassuré de savoir qu'elle ne s'inquiète pas pour lui. C'est en partie parce qu'elle a la tête trop pleine pour s'en soucier ; cependant, elle n'arrive pas vraiment à envisager un tel scénario catastrophe. Il y a des gens qui se font des films et qui s'arrêtent de vivre à cause de l'éventualité d'un cauchemar les guettant. Sidney, elle, sait qu'elle ne peut plus rêver. Comme si cette possibilité s'était coupée à son arrivée à Pallatine, à un moment où seule la survie comptait. Elle veut juste vivre, en fait. Juste être heureuse. Ce n'est pas très compliqué.
Elle manque de rire quand elle découvre l'objet de sa demande ; elle trouve ça simple, et mignon. Un Cameron coiffé d'un bonnet aurait l'air dompté à ses yeux. Comme si on lui fixait une muselière pour l'empêcher de mordre - mais une muselière capable de s'ouvrir par elle-même. Elle préfère cependant ne pas lui dévoiler l'image qui s'impose à son esprit. Il s'en vexerait certainement.
« En quoi, le bonnet ? Si c'est de la laine, je peux certainement apprendre à tricoter un peu, mais ça risque d'être chaud. »
Il y a aussi une forme d'innocence dans le fait qu'elle ne sache pas comment on fait un bonnet. Elle a juste cette vision du Vieux assis dans son fauteuil à bascule, s'éclairant du feu crépitant dans l'âtre pour apercevoir le mouvement de ses doigts remuant de longues aiguilles grises. Elle se souvient un peu du geste : il y avait du rythme - de ce rythme que Sidney perçoit facilement dans les mouvements, un peu comme si elle avait sous les yeux une partition, un don remplaçant d'une certaine façon ses déficiences - et une véritable régularité. Les aiguilles se balançaient telles un pendule, et le fil tournoyait autour d'elles, dansant et créant un nouvel habit pour Cam ou pour elle. Elle avait été hypnotisée par la scène, autrefois. Elle se doute bien, cependant, qu'elle n'aura jamais la même élégance, mais ce n'est pas vraiment ce qui la dérange.
Et elle sourit.
« Oui, ça m'évoque vraiment le passé, tout cela. »
Et, alors qu'elle lui fait signe de la suivre pour qu'ils puissent sortir de la boutique - s'ils n'achètent rien, autant ne pas rester à l'intérieur, il fait beau, elle veut profiter de cette chaleur - elle observe soigneusement le visage de son frère. Elle se demande s'il va en parler. S'il va faire une remarque. S'il va aborder le sujet qui lui tient à cœur mais qu'elle n'a pas la force d'amener sur le tapis.
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posté le Jeu 27 Oct 2016 - 15:17 (22)
C’est vrai, réclamer un bonnet par une belle journée d’été, c’est comme commander une glace durant une soirée d’hiver, une brassée de coquelicots dans un sous-bois d’automne ou une poêlée de châtaignes par une matinée de printemps ; c’est aussi saugrenu qu’imprévisible, et sans doute fort éloigné de la logique terrestre – pas de la tienne, cependant. Parce que ta logique à toi, celle que personne ne comprend véritablement, elle se fout des règles saisonnières, des us et coutumes prédéfinis, peut-être à cause de ce monde dans lequel vous évoluez et qui lui-même n’en a rien à carrer de la cohérence temporelle. Difficile d’établir des habitudes communes, approuvées par la doxa, lorsque la moitié de la population n’appartient pas à cet univers, lorsque chacun y va de son microscopique cosmos borné à l’intérieur d’époques mal connues. Tu n’es pas si différent de ton propre espace-temps, Cam. Tu es capable d’agir à l’instar de cette horloge déglinguée, de bondir d’un extrême à l’autre pour le simple plaisir de dérouter ton interlocuteur, glissage, feinte, virevolte, à ceci près que cette fois-ci tu ne penses ni à rire ni à esquiver puisque tu parles à Sidney. Elle, en revanche, paraît s’amuser de ta requête bien qu’elle ne s’expose pas – tu t’y attendais, au fond, une telle envie te ressemble si peu qu’on ne pourrait qu’en sourire. Néanmoins, imaginer ta sœur en pleine activité de tricot a plus ou moins le même effet sur toi – tout le monde sait que le lainage est un sport de grand-mère – alors tu rigoles à demi face à son interrogation ; un bonnet en brique, en bois, en verre, ce serait beaucoup moins seyant. Plus dur que chaud, pour sûr. Et carrément lourd.
« En laine, ouais. Je pense qu’Hilde aura du fil en rab ; au pire, elle pourra t’aider. »
Hilde, c’est la copine de la bergère. Tout du moins la titres-tu de cette manière depuis que tu les avais surprises, une fois où tu t’essayais au gardiennage de moutons – à ce jour ton expérience professionnelle la plus dénuée d’intérêt –, en train de s’échanger davantage que des ballots de laine à l’arrière de l’étable. Pas que cela t’ait particulièrement marqué, par ailleurs. C’était même plutôt attendu, que deux campagnardes par trois fois tes aînées, l’une à la tête d’un cheptel d’une cinquantaine de bêtes et l’autre spécialisée dans le nettoyage et le filage des toisons, fussent aussi proches. De surcroît, tu parierais volontiers sur le fait que tous les Alters de Pallatine possèdent un vêtement ou ne serait-ce qu’une écharpe dont la matière provient du fameux troupeau, voire dont le fil a été tissé dans l’atelier où travaille Hilde. Bel exemple d’inter-communautarisme.
Pendant que tu réfléchis à cela, tu prends conscience que tu n’as pas facilité la tâche de Sidney. Plutôt que de lui proposer de réaliser une simple cocotte en papier, tu l’obliges à courir à l’autre bout de l’île, à ratisser la zone agricole à la recherche des produits nécessaires, à apprendre un art ancestral quoiqu’inédit pour elle et à risquer de mal faire, ce pourquoi elle pourrait éventuellement s’en vouloir ensuite, au moment de t’offrir son présent. Sur ce coup, on ne peut pas dire que tu as fait preuve de bienveillance à son égard, quand bien même tu n’as pas besoin de préciser que tout ce qu’elle sera en mesure de te fabriquer, réussi ou non, décousu ou pas, te fera plaisir. Tu te sens nonobstant d’ajouter :
« Et prends ton temps, c’est pas urgent. »
Il ne manquerait plus qu’elle se presse.

Tu sais d’emblée à quel passé elle fait allusion, quel souvenir chaleureux elle évoque derrière l’arc tendre de sa bouche. Ton vœu n’était pourtant pas un rappel camouflé, mais la bobine du film vient à elle en même temps que la pelote, et bien malgré toi tu replonges à ton tour dans ces couleurs boisées, ces parfums sépias de braises rouges et de mohair ; cette pellicule surannée qui composa ta prime jeunesse et à laquelle, dans l’immédiateté, tu ne prêtas pas assez attention. Tu ne comprends pas ce qu’elle peut leur trouver, à ces choses qui n’existent plus, à ces poussières dans votre sillage. Elles collent à vos semelles, s’infiltrent sous votre épiderme, c’est tout. Tu te persuades qu’il n’y a rien à en tirer, qu’elles sont pour le mieux au cimetière des idées, que l’on avance pas en regardant en arrière ; pourtant tu te sais happé par ce seul mot, ce vocable unique qu’elle prononce en parfaite innocence, pareil à une giboulée de ronces entre les omoplates. Et tandis que Sidney glisse vers la sortie, tu bloques, hésites, rues contre ta volonté de la suivre. Subitement tu fais volte-face, retournes au fond de la boutique, là où quelques minutes auparavant tu t’étais pétrifié et, d’un geste brusque, t’empares du morceau de papier froissé qui t’avait arraché un frisson. Tu n’y vas pas avec le dos du skateboard, en plus, si bien qu’au passage tu renverses les trois quarts des bricoles autour et par conséquent extrais de sa torpeur le propriétaire – pas le temps d’observer ce joli méli-mélo rouler au sol ou de t’excuser que tu déguerpis sous les blâmes encore somnolents de l’adulte, ta rapine sous le coude.
« Viens, on se casse ! » lances-tu aussitôt à Nergüi en lui agrippant la main, et cette fuite inopinée te rappelle non pas la douceur de votre enfance mais la violence de votre entrée en adolescence, quand il vous fallait disparaître le plus vite possible avec votre butin à bras-le-corps dans les venelles de la cité. Ta proie du jour aura beau ne pas te remplir l’estomac, tu redoutes le désir qu’elle aurait créé chez toi si tu l’avais abandonnée ici avec l’assurance de ne jamais remettre un pied par là. D’un coup, plus rien n’a d’importance.
Et ça, ça te fait rire.
Fier de ton mauvais tour, la paume de ta sœur au chaud contre la tienne, tu l’entraînes autant que le fait ton rire, l’entraînes loin de cette nouvelle frasque, de ce caprice que tu lui dévoileras une fois au calme, revenus sous les calmes ombrages du parc.
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posté le Lun 31 Oct 2016 - 18:57 (23)
Même dans la distance, il y a cet esprit de communion qui continue de créer un lien entre eux, comme pour souligner leurs appartenances individuelles à la même communauté - parler de l'endroit où elle devra se fournir en fil, de la femme qui peut l'aider à obtenir sa matière première brute mais aussi à transformer cette dernière, parler de tout cela sans masse de détails, parce que cela suffit pour se comprendre. Elle se rassure un peu, Sidney.
Elle se dit que c'est peut-être là la preuve d'un rapprochement qu'elle a toujours souhaité retrouver ; ils peuvent toujours communiquer et se comprendre sans avoir besoin d'expliquer davantage. Et elle en est fière, d'une certaine façon. La montagne, ce n'était certainement pas un monde de solitude, mais cela correspond plutôt à un microcosme, où la société était si petite que tout le monde se connaissait ; il n'y avait donc aucun sentiment réel d'appartenance, puisque l'on ne s'opposait pas à une autre communauté. A Pallatine, les choses sont différentes. Peut-être essaye-t-elle de s'accrocher à une logique de groupe dont elle ne comprend pas vraiment les mécanisme. Peut-être est-elle amenée à revoir tout ce qu'elle pensait jusque là, à essayer de déterminer si elle n'a pas méjuger sa relation actuelle avec Cameron. Ce qu'elle ignore de lui surpasse-t-il ce passé commun et ces références partagées ? Elle n'en est tout à coup plus tout à fait sûre.
C'est avec une forme de soulagement, et une confiance renouvelée, que Sidney se permet d'être un peu plus elle-même. Elle abandonne sa prudence qui la poussait à créer ce fossé, pour envoyer son coude replié en direction du bras de Cameron.
« Comme si j'allais me presser pour toi. » : raille-t-elle, la voix teintée d'un faux mépris.
Prochaine étape, donc, lorsqu'elle aura du temps libre : l'atelier de la fameuse Hilde. Elle sait déjà qu'elle ne pourra pas s'empêcher de demander quelques anecdotes à propos de Cam qu'elle n'aura pas eu l'occasion de connaître jusque là. Elle a envie d'en savoir long sur son frère. Il faut dire qu'avec son tempérament, sa vie est plutôt intéressante, cela constitue un divertissement certain que d'écouter le récit de ses frasques.

Elle s'apprête à partir, quand elle se rend compte que la présence à ses côtés s'éloigne. Elle le sent plus qu'elle ne l'entend ; elle perçoit un drôle de bruit, faible mais plus élevé que les sons formés dans une conversation lambda, et en se tournant elle aperçoit, les yeux écarquillés, Cameron au fond de la boutique, ayant tout dévasté sur son passage. Elle a à peine le temps de comprendre ce qui se passe qu'il lui enjoint de le suivre ; et, comme elle n'a nullement envie de payer pour les dégâts causés par son imbécile de frère, elle se laisse entraîner. Elle désapprouve, mais en même temps se sent gagnée par l'hilarité. Elle avait oublié à quel point ça pouvait être drôle, des fois, d'être avec lui. C'est à cause de ce type de comportements que leurs débuts à Pallatine ont été aussi durs ; c'est aussi ce qui les a sauvés. Il semblerait que ce soit elle qui aura quelque chose à raconter à Hilde, au final.
Lorsqu'ils prennent enfin le temps de s'arrêter, elle reprend rapidement son souffle, comme le font les jeunes qui n'ont guère été fatigués par l'existence, et adopte un regard faussement sévère tout en lui demandant :
« Qu'est-ce que tu as fait, au juste ? T'as volé quelque chose ? »
Elle pourrait peut-être regretter qu'un tel acte la rende persona non grata dans cette boutique qu'elle aime pourtant bien. Elle pourrait également s'inquiéter des conséquences que cela peut avoir, non pas sur le plan judiciaire, mais sur leur avenir, si le propriétaire de la boutique décide d'employer des poursuivants adeptes de la manière forte pour retrouver les responsables de ce désastre. Elle est persuadée qu'il y a quelques babioles cassées dans le lot, d'autres qui ont pu être abîmées dans la chute ; il faut dire que les rayons sont si étroits et si chargés qu'il est facile de provoquer un effet domino. Mais tout de même. Il aurait pu faire preuve d'un peu de prudence, ça leur aurait évité des ennuis.
Malgré tout, Sidney n'en veut pas à Cameron.
Dans le fond, elle est même contente qu'il soit comme il est.
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posté le Mar 1 Nov 2016 - 20:57 (24)
Une nouvelle fois, il a fallu que tu te fasses remarquer. Que tu joues les vilaines graines, les voyous, la canaille. Qu'à nouveau tu rappelles à ce monde que tant qu'il te restera un souffle d'air, tu éprouveras une joie sincère à le prendre à rebours, à l'insatisfaire, trop jeune pour rentrer dans le rang et assez con pour le démolir. Bah. Ce n'est pas comme si ta sœur allait te sermonner pour si peu, et puisqu'elle est la seule personne dont tu daignes écouter les propos sans hausser les épaules ni pouffer mesquinement, il n'y a guère de chance que tu promettes de ne réitérer le délit. Voler, c'est mal. Encore une maxime de propriétaire. Celui qui a dit ça n'a jamais été tenté de le faire, sans doute parce qu'il n'a connu de la vie que son confort et ses prolixités ; à tes yeux, c'est un jeu au même titre que ce fut une nécessité. Bien entendu, il existe des gens que tu répugnes à dérober, parce que tu ressens à leur égard un respect suffisamment puissant pour contrer tes envies, à moins qu'il ne s'agisse d'une crainte. Mais pour tous les autres, tu n'y vois aucune méchanceté – une distraction, un instant récréatif qui te rappelle que ce système n'est pas le tien, que tu ne lui appartiendras jamais entièrement et qu'il te plaît d'exprimer ta liberté par ce genre de menus actes sans importance, sans consistance quoique porteurs d'un message indéchiffrable. Tant que personne n'aura compris pourquoi tu évolues de cette manière, tes intentions demeureront inaudibles.
Sauf à Sidney, peut-être, qui plutôt que d'y déceler une quelconque bravade politique, a le mérite de ne pas te renier pour ce simple fait. Au contraire, elle s'en amuse aussi et, en cet instant, tandis que vos jambes vous emportent loin de tes bêtises, tu la sens s'introduire à l'intérieur de ton espace comme elle ne l'avait pas fait depuis de nombreuses saisons, intégrer ta sphère et y confondre la sienne ; elle t'accompagne, t'approuve et en toi se retrouve, même si ce n'est qu'un moment trop court, une parenthèse essoufflée, refermée avec votre course.
En fin de compte, elle s'est bel et bien pressée pour toi.

« Pas volé, répliques-tu, mutin, après t'être immobilisé près d'un arbre, hors du champ de vision de la boutique. Emprunté sans prévenir pour une durée indéterminée, nuance ! » D'accord, cela revient au même. D'accord, tu aurais ajouté sans intention de le rendre que cela n'aurait fait que souligner l'évidence. Ce n'est pas comme si ce morceau de sciure prémâchée allait manquer à quiconque, de toute façon, néanmoins tu te gardes de te chercher la moindre excuse : oui, tu es un voleur, et alors ? Si tu ne l'avais pas été par le passé, tu serais probablement mort. Tu lui indiques donc d'un signe de la main de se pencher pour observer, alors que toi-même t'assieds en tailleur dans l'herbe en dévoilant ton butin, dépliant le papelard avec des yeux pétillants de quartier-maître pirate face à son capitaine, impatient d'entendre son verdict quant à ta prise insolite.
Ce n'est pas une carte au trésor. Encore moins une photographie volée de Miss Pallatine en bikini – tu l'aurais sans doute gardée pour toi. Il ne s'agit que d'une esquisse au fusain, d'un croquis noirâtre d'un paysage à mille autres semblable. On y distingue les ombres d'arbres qu'agite une brise invisible, les contours charbonneux d'un toit herbagé, les textures douceâtres d'un souvenir de papier. Tu n'as pas besoin de le décrire à Nergüi, ni de la questionner sur ses impressions ; elle aussi sait très bien de quoi il retourne. Vous ne pourrez qu'y reconnaître la perspective que tout voyageur découvrait en approchant de votre maison dans la montagne, au bas du sentier qui y grimpait nonchalamment, à l'endroit où la futaie n'est plus aussi dense et expose un pan de votre ancienne habitation. L'artiste s'est probablement arrêté sur la roche plate à l'angle du chemin afin de croquer cette vision spontanée. Pour un peu, il aurait pu dessiner la silhouette du Vieux sur le pas de la porte ou vous deux en train de dégringoler le raidillon de terre, hauts comme deux pommes et demie, que son œuvre n'en aurait pas été plus réaliste : ta mémoire endosse parfaitement ce rôle d'animateur en y replaçant les parfums et les sons, en y appliquant le vert des feuillages et le brun des mousses. Aucune signature, juste une date et la mention approximative du lieu. Juin 2013, hauteurs de Pallatine. Sans doute n'y avait-il à l'époque déjà plus personne pour informer le passant sur la localisation exacte.
« Tu crois qu'l'endroit a changé ? » interroges-tu le vent, Sidney, votre enfance. Tu ne t'es pas rendu compte qu'à y replonger ainsi, tes paupières se sont voilées d'une infime nostalgie.
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posté le Dim 6 Nov 2016 - 15:21 (25)
Voler quelque chose, ce n'est certainement pas la première fois que cela leur arrive. Sidney s'est jurée de ne plus recommencer ; elle n'a de toute façon jamais été tout à fait à l'aise, ayant peur que son handicap l'empêche de détecter un indice qui lui dirait de déguerpir sur le champ. Et puis, elle sait que le Vieux n'aimerait pas. Le Vieux prenait dans la nature ce qui n'appartenait à personne ; il disait qu'il ne faisait qu'emprunter, mais que cela ne signifiait pas pour autant que quelqu'un d'autre avait le droit de prendre ce dont il était le dépositaire. Il disait que si quelqu'un se servait de quelque chose, il fallait respecter son droit à l'usage. Le Vieux tendait à faire des gens des gardiens des objets, pas exactement des propriétaires, mais cela leur donnait malgré tout certains droits. Cette vision, cependant, ne prédomine pas du tout à Pallatine ; ce qui constitue un vol peut vite prendre des dimensions dramatiques si l'on se fait prendre. Sidney a donc compris qu'elle devait respecter les valeurs de ce nouveau monde ; qui plus est, elle est bien obligée de reconnaître que cela a quelque chose de pratique.
Malgré tout, cette vision de l'enfance l'empêche d'en vouloir sincèrement à Cameron. Peut-être juste pour la forme, et encore, elle ne trouverait pas cela très drôle. Ils sont des voleurs, dans le fond. Des gamins qui ont vécu comme des parasites, pour survivre. Elle n'a pas l'hypocrisie de s'en offusquer. Et puis, elle se doute bien qu'il a une raison, et elle a envie de savoir ce qu'il a pris.
Elle admire sa façon de tordre les mots pour leur donner plusieurs sens. Elle est elle-même incapable de le faire ; elle n'arrive qu'à répondre : « Oui, donc j'ai raison. »
Sidney rejoint son frère dans l'herbe, s'asseyant jambes serrées et mains reposant sur les cuisses, dans une posture formelle mais qu'elle apprécie surtout parce qu'elle dévoile à quel point elle peut être grande. Et elle pose les yeux sur le dessin.
C'est stupide, ce ne sont que des traits posés sur une feuille de papier, et elle n'y connaît strictement en art ; mais cette fois, elle a l'impression qu'il y a quelque chose d'autre. Sinon, Cameron ne l'aurait pas pris. Peut-être que ce dessin de montagne titille sa nostalgie ; peut-être tente-t-il d'y voir la maison. C'est quand il lui demande si l'endroit a changé qu'elle observe plus attentivement.
Et elle comprend.
Elle lui donne un petit coup de poing dans les côtes, pas très fort, juste pour le taquiner.
« Idiot. Si t'es nostalgique, tu n'as qu'à aller voir par toi-même. »
Est-ce de la tristesse dans sa voix ? Est-ce qu'elle a envie de pleurer, rien de que d'y penser ?
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posté le Dim 13 Nov 2016 - 17:01 (26)
C'est moins une question de croire que d'espérer. Ou de redouter, peut-être. Est-ce que l'endroit a changé. Est-ce que le temps a eu sur cette carte postale bucolique le même effet que sur vos corps ; est-ce qu'il en a modifié la nature comme il a transformé celle de vos esprits ? Oh, la formule est convenue, tu pressens bien que le temps en personne n'y est pour rien, que c'est ce qui se produit entre qui importe, sauf que l'heure n'est pas à débattre sémantique et tu t'impatientes, muet en apparence, de la réponse de ta sœur. Qui ne tarde guère, d'ailleurs.
Tu n'as pas réfléchi à tes intentions. Tu as volé ce croquis parce que tu voulais lui montrer, mais tu ne sais pas vraiment pourquoi tu voulais lui montrer. Lui rappeler quelque chose qu'elle n'aurait de toute manière pas été en mesure d'oublier ? Convoquer des souvenirs communs qui aient un volume, un poids, une texture plus dense, plus palpable que les images négligemment entreposées à l'intérieur de ta cervelle ? Ou juste pour toi, par égoïsme, juste pour tenir entre tes mains ce passé en friche qu'il serait si facile de froisser, si simple de déchirer – une légère pression de tes dix doigts, une mince torsion du poignet et voici le témoignage parti en lambeaux. Tellement fragile. Dérisoire. Et c'est précisément pour cela que tu ne le feras pas. Tu possèdes en ce moment la seule chose que tu ne pourrais sans doute briser sans en concevoir de remords, à l'inverse de tant d'autres choses que tu envoies voler en éclats par plaisir, par bêtise ; celle-ci est trop précieuse, un aveu de faiblesse peut-être, trop estimable pour que tu la détruises – quand bien même tu serais curieux de voir Sidney y mettre le feu, de l'observer réduire en cendres ce trésor de pacotille. Tu l'ignores, cependant ce dessin a valeur de symbole, papier sacré, tantôt porte tantôt cellier, appel ou bien rejet, et tu t'y serais laissé absorber si Nergüi ne t'en avait extrait d'une légère apostrophe qui te fait grogner par réflexe, sans brusquerie aucune.
« Hé, j'suis pas idiot ! »
Si peu, si peu. Tu viens quand même de foutre le souk dans un bazar, de dérober une œuvre d'art et tu persistes toujours à croire que tu pourras échapper à ton histoire. Si ce n'est pas de l'idiotie, alors il te faudra inventer un nouveau mot qui signifie la même chose. Et puis ça, nostalgique, c'est faux, d'où le sort-elle, n'importe quoi, comment peux-tu ressentir de la mélancolie en songeant à ces quatre années durant lesquelles l'univers tenait dans un carreau de cerf-volant, une lumière à travers la fenêtre, les froufrous de la neige ? Comment la nostalgie pourrait-elle nimber de regrets une époque dont tu ne rappelles qu'un éclat de chaleur, ce, la fumée assoupie de la cheminée, n'est pas, les paumes robustes du Vieux qui te soulèvent, douloureux. Impossible.

Pourquoi alors t'a-t-il fallu une seconde de trop pour te retourner vers Sidney ? Pourquoi as-tu compté une pulsation supplémentaire les yeux rivés sur l'esquisse, à la recherche d'un tu-ne-sais-quoi, d'un presque-rien, avant de te confronter à l'unique personne au courant de ton vécu ? Ce n'est pas que tu n'aies pas envie d'y aller, de te rendre dans ce sanctuaire désormais trop étroit, nonobstant une grande partie de toi-même te crie de rester là, de ne pas remuer la blessure, de ne pas replonger dans cette sphère oublieuse. Aujourd'hui, tu as ta vie, ton confort, tes habitudes – un toit, des amis et, à ce qu'il paraît, un avenir. Pourquoi tout envoyer valdinguer pour quelques érables, de la poussière et des milliers de fantômes, un pour chaque geste que vous avez exécuté là-haut, des milliers de vous miniatures qui courent et courent parmi les courants d'air ? Mais pire, pourquoi craindre de perdre ce qui t'appartient ici si jamais tu retournes là-bas, comme si obligatoirement l'un devait supprimer l'autre pour subsister ? La loi de la nature. Tu ne veux pas y aller. Tu ne veux pas y aller seul.
« Tu viendrais avec moi ? »
C'est presque lancé comme un défi, quand il n'y a derrière qu'un peu d'espoir. Peut-être ne le souhaite-t-elle pas ; après tout, elle aussi a certainement ses raisons d'aimer cette nouvelle existence, de ne pas vouloir rouvrir la caverne aux spectres, de te trouver idiot. Peut-être abhorre-t-elle cette cahute mal chauffée, isolée de tout, et dont le chaume fuyait lorsqu'il pleuvait – ce doit être pire maintenant. Mais si elle accepte de t'accompagner, sans doute auras-tu le courage de partir.
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posté le Dim 20 Nov 2016 - 21:10 (27)
En cet instant, une part d'elle déteste cette part de Cameron. Cette part qui ne fait pas assez attention, qui ne réfléchit pas assez à toutes les conséquences de ses actions. Qui en voulant lui faire plaisir parvient quand même à la blesser. Et elle sait qu'elle est pareille, Sidney. Elle sait qu'elle ferait la même chose dans son cas, qu'elle l'a même déjà fait depuis le début de leur rencontre. Cela la rend un peu triste. Ce doit être cela, la raison de cette boule dans la gorge. Pas tant la vague de souvenirs qui ne manque pas d'affluer à la pensée de leur passé commun.
C'est peut-être de pareils moments qui lui ont donné de tout détruire par le feu ; quand il y a quelque chose que l'on ne peut pas atteindre, ni saisir, quelque chose qui ne sera jamais à soi, on est peut-être tenté de le voir réduit à néant. Et le feu, c'est sauvage, incontrôlable ; on peut s'asseoir et observer pleinement le processus. Sidney préfère pouvoir contempler cette violence. Quand on l'exerce soi-même, on n'est jamais tout à fait attentifs à la mort de l'objet ; on s'intéresse bien trop à ses gestes. Elle n'a jamais compris l'attrait de Cameron pour ces violences brutales et directes - non que ce soit un problème, d'ailleurs, du moment qu'elle est en mesure de l'accepter.
Mais elle reste hypnotisée par la vue de cette montagne qui chamboule son cœur.
Bien sûr, il lui dit tout de suite qu'il n'est pas idiot, et elle se retient de répondre car cela ne servirait à rien d'argumenter et de se disputer pour une telle broutille. Elle est une idiote, elle-même. Elle est juste assez intelligente pour ne pas s'embarquer dans un combat sans fin, qui n'a d'ailleurs pas non plus d'intérêt. Un duo d'imbéciles qui ont survécu on ne sait comment, voilà ce qui les caractérise. Ils sont sans doute chanceux. Il paraît que la chance joue beaucoup dans la vie d'un homme.
Et voilà que la question centrale jaillit enfin le seuil des lèvres de son frère.
Sidney reste silencieuse pendant de très longs moments. Elle peut encore s'imaginer les odeurs de la terre mouillée qui recouvre les sentiers des bois des altitudes les plus basses ; et son pied qui s'enfonce dans la boue, alors que ses yeux se perdent dans un camaïeu de brun et de vert. En revanche, les sons lui échappent. Cela reste un monde presque silencieux - pas si différent de celui dans lequel elle vit, sur ce point. Pourtant, cette scène est imprégnée d'un sentiment de liberté qu'elle ne retrouve pas en ville.
Avec sincérité, elle répond :
« Uniquement si tu y vas. »
Elle se rend compte qu'elle a au moins un semblant de décision. Le désir de rester aux côtés de son frère, malgré la distance qui se creuse, malgré le vide qui menace de les séparer. Elle veut croire que sa maison, c'est là où se trouve Kalev. Ce n'est pas si mal, finalement. Malgré tout, cela ne résout pas totalement le problème. Elle ne peut pas décider seule. Et il est probable que ce soit également son cas.
Le moment est-il venu d'en discuter ?
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Jeune altermondialiste
posté le Lun 28 Nov 2016 - 20:43 (28)
Viens avec moi. C'est moins un ordre qu'une prière, moins un vœu qu'une bravade ; c'est ta manière détournée de lui tendre la main quand tu ne sais pas comment le faire pour de vrai, ces gestes normaux que tout le monde sauf toi connaît, mais cela non plus tu ne le prononces pas, tu le gardes pour toi au fond de ta caverne, mutique, insonorisée autant que peut l'être l'univers de Sidney, silencieuse juste ce qu'il faut, juste assez pour donner l'illusion et faire croire à ce qui ne s'exprime pas. Longtemps, elle réfléchit. Longtemps, tu attends sa réponse, ravalant ton impatience dans une contemplation qui en perd son sens, et quand elle finit par lâcher l'évidence, tu as oublié qu'elle était ta sœur. Tu l'as oublié et tu sembles le découvrir, la découvrir, te rappeler que vous êtes constitués de la même roche, du même bois – à défaut de la chair et du sang – et que ce que l'un sent, l'autre le ressent. Réciproquement. Tu l'avais oublié, ou peut-être l'avais-tu mis de côté, rangé sous des jours et des jours écoulés loin d'elle, à te contenter de la savoir en vie et de vivre la tienne sans t'inquiéter du reste. Tu ne t'étais pas rendu compte qu'à force de ne plus la côtoyer, de ne plus vagabonder avec elle ainsi que vous le faisiez lorsque vous étiez plus jeunes, tu avais perdu cette connexion indéfinissable, ce tu ne sais quoi qui n'existe dans aucune langue et pour lequel il n'est nul besoin de mots. Si elle ne t'avait pas proposé de vous revoir, sans doute aurais-tu continué d'errer de cette façon, indifférent à cette inévitable déliquescence, jusqu'à te réveiller un matin avec la solitude chevillée au corps, avec l'unité clouée au front – présence perdue, morte dualité – et ta sœur envolée.
Mais elle est là, à cet instant, elle s'est rappelée à toi dans toute sa sororité, et cela suffit à te souvenir. Te souvenir qu'il n'y a qu'elle qui est capable, en aussi peu de termes que de doigts plantés sur une paume, en une seule phrase unique, de balayer net tes hésitations, de brûler vif n'importe quelle tentative d'esquive. Tu iras – non parce que c'est ton choix, mais parce qu'elle sera avec toi. Tu iras puisqu'elle t'accompagnera, envers et contre tous, et qu'ensemble rien ne saurait vous arrêter. Cela dit, reste encore à déterminer le moment – et là, c'est le drame. Tu acquiesces à sa réponse, cependant, ton regard accroché à ses yeux clairs.

Un élan de couardise te presserait de récupérer tes cliques et tes claques et de filer là-haut sur-le-champ, plier l'affaire et redescendre avec le sentiment de l'hommage accompli et l'honneur sauf. À trop y réfléchir, tu risquerais d'y égarer ta volonté, d'y rompre ta résolution ; le plus tôt sera le moins pire. Néanmoins, ce n'est pas une expédition à lancer à l'improviste, un périple impromptu aux futiles conséquences. Il est probable que ce que vous découvriez là-bas ait un impact non négligeable sur votre perspective d'avenir, une influence indélébile sur ce dilemme dont tu t'efforces d'écarter l'échéance à chaque respiration que tu relâches. Il faudra bien choisir, pourtant. Jouer selon les règles de celui qui n'est sans doute plus qu'un tas d'ossements à l'heure actuelle. Belle foutaise que cette promesse-là. Tu soupires, lèves le dessin à bout de bras et, sans paraître le faire exprès, te laisses basculer en arrière pour t'allonger dans l'herbe du parc. Songeur et méprisant.
« N'empêche, il s'est quand même bien foutu d'notre gueule, le vioque. Ça fait combien d'temps maint'nant ? » Tu demandes car tu ne sais plus, tu n'as jamais su, mais peut-être Sidney l'ignore-t-elle aussi. Ce n'est qu'une question dérisoire, presque autant que la réalité qui l'auréole. « Revenir vivre avec moi, qu'il a dit. Connerie, ouais. Il voulait juste crever seul dans son coin et s'débarrasser d'nous. » Il y a longtemps que tu n'éprouves plus ni estime ni respect à son égard ; tu n'auras jamais compris les motifs de son mensonge, de sa traîtrise, alors pourquoi partir déterrer son fantôme, pourquoi continuer de suivre des directives désuètes ?
Personne ne vous attend là-haut.
Personne ne vous attend nulle part.
Entre tes doigts, tu résistes à l'envie de déchirer la feuille. Ta curiosité est aussi puissante que ton aversion, ton envie aussi brusque que ta répulsion. Tu sais qu'il n'y a rien à espérer de cette montagne – elle ne te ramènera pas ton enfance ni n'effacera ta haine. Mais tu voudrais juste, l'espace d'une pulsation, qu'elle t'aide à cesser de détester le monde entier. Qu'elle t'aide à supporter ton propre poids, ta propre carcasse alourdie de rancœurs. Ta tête glisse sur le côté, tes iris cherchent ceux de Nergüi avant de s'y crocheter. Son temps sera le tien.
« Quand tu veux. »
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Jeune altermondialiste
posté le Dim 4 Déc 2016 - 15:42 (29)
Son cœur cogne fort contre sa cage thoracique.
Elle se rend subitement compte, Sidney, que cette histoire l'angoisse véritablement. Qu'elle pourrait probablement en devenir folle, à ce stade. La folie est quelque chose d'assez effrayant chez les esprits simples comme elle ; ce serait comme d'exacerber ses plus mauvais côtés. Elle ne peut pas vivre sans son frère. C'est déjà assez fou en soi, d'être aussi attachée à quelqu'un qui ne partage même pas son sang. Elle ne s'est jamais considérée comme une personne dépendante ; au contraire, elle se conçoit comme libre. Libre, telle un oiseau de montagne, tel le vent qui souffle sur ses versants. Et pourtant, il y a ce garçon dont le tempérament l'agace parfois un peu, qui ne fait pas toujours ce qu'il doit faire, qui commet des erreurs, qui semble ne pas vraiment la comprendre. Mais il est gentil, Cameron. C'est un brave gamin. Mais ce n'est pas la seule raison de son attachement : il a toujours été là. Il fait attention à elle. Il parle assez fort pour qu'elle le comprenne toujours. Elle envisage difficilement son existence, sans lui quelque part.
Alors c'est un soulagement, qu'il lui pose une telle question.
Mais c'est aussi angoissant de se dire, on en discute enfin.
Tout cela, c'est parce que ces deux-là veulent respecter une promesse envers un mort. Une promesse qui n'avait que pour unique but de les faire voir le monde. Mais ils l'ont prise au sérieux. Ce qui importait, à leurs yeux, ce n'était pas de voir le monde, mais bien de respecter la dernière volonté du Vieux. Parce que Cam a raison, il voulait juste mourir dans son coin, sans qu'ils puissent assister à son trépas. Rien que d'y penser, Sidney sent une boule de tristesse se former en travers de la gorge.
« Il voulait sans doute nous épargner, faire en sorte qu'on ne reste pas tous seuls là-haut. »
Ils le savent tous les deux, mais cela n'empêche pas Sidney de lui en vouloir un peu. Au fond, elle n'a jamais fait le deuil du vieux. Elle n'est même pas sûre à 100% qu'il est bien mort ; il y a des chances pour qu'il ait survécu pendant neuf ans, malgré son âge avancé. Les miracles arrivent. Et le connaissant, il ne serait pas venu les chercher. Il aurait attendu, parce qu'il savait qu'ils étaient trop jeunes malgré tout. A dix-sept ans, en revanche, ils seraient probablement assez débrouillards pour survivre à la montagne. Elle comprend la logique. Mais elle la déteste. Elle ne peut même pas détester le vieux d'avoir agi ainsi : elle sait qu'il ne pensait pas à mal, qu'il essayait vraiment de les préserver.
Là haut, désormais, c'est la solitude.
Ils ne seraient que tous les deux.
Ce n'est pas une décision anodine.
« Est-ce... tu as envie de partir, déjà ? »
Elle déglutit avec difficulté, mais rien à faire, les mots se sont envolés - elle ne peut plus les rattraper.
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Jeune altermondialiste
posté le Lun 12 Déc 2016 - 18:15 (30)
Tu ne vois de cette promesse que tout le mal qu'elle vous a infligé. Oh, sans doute le Vieux ne pensait-il pas que vous rencontreriez autant de difficultés ; a-t-il même osé songer à votre possible décadence, jugeant que vous reviendriez de cette période en jeunes adultes forts et intègres, aptes à reprendre la Cabane et à vous inscrire dans la vie de la montagne ainsi qu'il s'y était tenu durant toutes ces années. Est-ce qu'il avait envisagé que vous subiriez les assauts de la faim et de la négligence avec tant d'assiduité que vous en oublieriez le goût des soupes qu'il vous préparait ? Est-ce qu'il avait ne serait-ce qu'imaginé vos souffrances lorsque, par les froides nuits de décembre, il vous fallait vous battre pour que l'on ne vous volât pas vos couvertures ? Peut-être. Tu ne sais pas. Tu ne veux pas le savoir – que ce soit le cas ou non, rien ne saurait le racheter à tes yeux. Vous aviez sept ans, sept ans et les joues roses pleines d'insouciance. C'est pourquoi la maigre possibilité de rédemption que te présente Sidney, quand elle cherche à justifier cette décision, ne sert qu'à raviver ta colère. Et pourtant. Même si tu auras beau lui en vouloir toute ta vie, tu lui en voudras toujours moins qu'à toi.
Ce n'est pas parce que tu étais le garçon, et qu'il est de tradition de confier à ce sexe davantage de responsabilités – de tout temps Nergüi fut certainement la mieux placée pour recevoir la confiance de quiconque – ni parce que ton caractère autant que ta conscience de l'environnement se prêtait plus ou moins bien à la gestion des opérations, non, mais enfin, une part de toi l'avait pris comme une mise à l'épreuve. Une occasion inédite de prouver ta valeur, un rite initiatique urbain lors duquel tu devais non seulement survivre, mais surtout vaincre, conquérir un territoire inconnu, creuser ta place dans ce monde aux côtés de ta sœur. Une sœur qui, imputée d'un handicap certes léger, nécessitait ta présence. Et tu t'étais planté. C'était du moins la sensation que tu en retirais. Une défaite. Une fin d'enfance bouffée par les besoins inassouvis, une entrée dans l'adolescence placée sous l'égide de la violence ; tu aurais aimé offrir mieux à Sidney. La préserver de cette réalité. Non pas lui cacher l'évidence ou la traiter à l'instar d'une créature fragile, puisqu'elle t'avait maintes fois prouvé qu'elle était tout à fait capable, mais au minimum lui éviter de ne se rappeler de l'âge de raison que comme d'un âge de privation. Tu avais échoué. Alors repartir là-bas, paraître rentrer au bercail sans les honneurs du champ de bataille, voilà qui ne t'emballe guère.
Tu ferais beaucoup de choses pour ta sœur.
Pour celle-ci cependant, tu hésites.

Tu te redresses sur tes avants-bras en libérant un soupir, de quoi retarder le moment où il te faudra fournir une réponse à sa question. En d'autres circonstances, tu aurais pu maugréer quelque chose à mot doux, assez bas pour qu'elle ne puisse le capter et prétendre ensuite lui avoir donné ta réponse – trop tard, t'avais qu'à tendre l'oreille ! Ces moqueries médiocres ne valent toutefois que pour les autres. Tu as envie de partir oui, de quitter cet espace-temps où tu te dois de réfléchir, de prendre une décision, c'est pénible, tu n'as pas le cœur à en débattre, et cependant il le faut. Tu ne peux fuir perpétuellement. Ton regard s'abaisse, tes jambes remuent. Le malaise a relâché ses blattes sur ton échine et elles courent le long de tes vertèbres.
« On s'ra pas obligés d'y rester, hein ? On pourra en r'partir ? »
C'est de loin ce qui t'effraie le plus – le centre névralgique de tes doutes. Y rester, c'est mourir, les termes ne sont pas synonymes par hasard, néanmoins c'est valable partout, même en ville. Tu ne peux te figer quelque part sans être certain de pouvoir quitter l'endroit dès que tu en ressentiras l'envie ; c'est là la condition même de ton existence. Pallatine t'aura au moins appris une chose : le prix de la liberté. Que ce soit parmi les sommets arborés ou les toits des immeubles, tu ne peux te sentir bien si l'on t'y attache. Et ce coût, trop élevé pour lui sacrifier une montagne entière, te terrorise.
« Il reste du temps, d'toute façon. Là, on peut y aller, histoire de, comme ça, pis on r'vient. J'veux pas qu'on s'pointe là-bas en s'disant qu'c'est c'qu'on a décidé, tu comprends ? On n'y connaît rien à la vie là-haut, et c'est pas l'peu dont on pourra s'souvenir qui y chang'ra grand-chose. »
Sûr, ce n'est pas chasser les grenouilles dans les étangs et tirer les châtaignes au lance-pierre qui t'aidera à tenir un foyer. Parce qu'il vous faudra en plus vous alimenter, vous vêtir, vous chauffer et procéder ainsi selon la fastidieuse routine des ermites – l'aventure sur ta langue a déjà le goût de l'ennui.
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