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« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »


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At the Club {ft Ysrael [TERMINE]

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le Dim 28 Aoû 2016 - 20:33

Les doigts posés sur le cristal et les sons qui enveloppent l'espace. Paroles et tintements, rires feutrés au dessus des verres. Jambes croisées, main sur la cuisse. Les gouttes de champagnes dorées au bord des lèvres, et les cils courbés qui papillonnent. La main remonte doucement, sur sa propriété. La jambe frémit, se rétracte un court instant. Le regard noir de l'homme rencontre le diamant des prunelles de la femme et elle se laisse faire. Elle plie, puis compose un sourire sur ses lèvres roses pour gommer le sentiment qui l'a éprise une seconde auparavant. Il prend sa nuque, plaque sa bouche contre la sienne dans un mouvement possessif, sans tendresse. Elle se laisse faire, docile, ses lèvres se mouvant de concert avec les siennes sans maladresse. Sa propriété. C'est cela, qu'elle est.
Et il trouve cela agréable, d'avoir sa petite chose. Son petit oiseau, dans sa robe moulante avec son regard brillant et ses jolies lèvres qu'il aime regarder se mouvoir... Elle ne parle pas beaucoup, sa petite chose. Et ça l'arrange, elle ne l'embarrasse pas. Il peut l'emmener partout. Si elle n'était pas si jolie, il oublierait presque qu'elle est là. Comme un joli volatile coloré que l'on aime exhiber, mais qui n'a pas vraiment grand intérêt. Pourtant, il en profite. Il peut montrer le pouvoir qu'il a sur elle, le pouvoir qu'il a sur les autres.
Sa petite chose, sa petite... Chose.
Nettie lève les yeux vers le luminaire au mur une fois débarrassée de l'emprise étouffante d'Alteo. Elle croise le regard dédaigneux d'une femme assise non loin d'elle. Elle est entourée d'hommes dont la tranche d'âge va de la trentaine à la cinquantaine. Elle est belle, droite, le regard acéré. Au même niveau que les autres. Nettie fuit délibérément ces orbes bruns qui la jugent sans vergogne. Toujours sur son visage ce même air innocent. La petite poule d'Alteo, voilà comme on la considère ici. Il a toujours une main posée sur elle, il lui tourne presque le dos à présent. Il est plongé dans une discussion dont la jeune femme ne perd pas une miette. Pourtant, elle n'a rien de vraiment intéressant, mais elle écoute comme il parle. Elle regarde ses faux semblants, prête attention à ses allusions, écoute ses ironies et surtout le sous texte de ses mots. Elle se rend rapidement compte que toute la conversation n'est que le théâtre de deux coqs cherchant à se dominer. Sous les sourires et les paroles anodines, chaque syllabe claque et cherche la supériorité. Le regard de Nettie se baisse à présent vers ses genoux dénudés. Sa peau blanche et parfaitement épilée est couverte d'un tissus ivoirin, une robe qu'on lui a offerte. Tout comme ses bracelets délicats, ses boucles d'oreilles aux pierreries mirobolantes et ses escarpins vertigineux.  Tout cela, des cadeaux pour qu'elle soit jolie.
Mais cela l'étouffe. La fumée des cigares distrait un instant ses yeux, la lassitude peut se lire sur son visage pourtant d'ordinaire si doux et candide. Un homme en costard appartenant à sa table, accoudé plus loin, la dévisage alors que la faiblesse est visible sur ses traits.
Nettie posa sa main sur l'épaule d'Alteo, dérangée par l'attention qu'on lui prodiguait tout à coup. Le jeune homme tourna la tête vers elle d'un geste sec, interrompu dans sa phrase. Il n'avait pas l'air satisfait que sa petite chose puisse s'exprimer.

« Je vais prendre l'air.»


Il haussa un sourcil. Elle sourit doucement.

« La fumée me donne mal au crâne.»

Il eut un petit sourire narquois.

« Pas trop longtemps.» Répondit-il, voulant qu'elle lui obéisse. « Va falloir t'habituer.»

Nettie hocha la tête, il captura ses lèvres une fois de plus puis elle se leva sans un bruit et s'éclipsa, gênée par le regard des hommes de la tablée. Ils n'étaient pas à proprement dit dans un bar, mais plutôt dans les étages au dessus de celui ci. Ils avaient l'habitude de se rejoindre ici, c'était leur quartier général. Ils pouvaient y faire ce qu'ils voulaient, l'immeuble leur appartenant tout autant que le bar. Toutes les salles leurs étaient ouvertes, à eux. A leur famille. Alteo était un natif, rejeton d'un sacré bonhomme provenant d'une famille de gangster à l'influence non négligeable. Mais Alteo n'était pas très intelligent, avec sa belle gueule, il roulait des mécaniques. Ce n'était pas Alteo qui intéressait Nettie, c'était les hommes et femmes à ses côtés. Ils la regardaient comme une fille stupide au bras d'un garçon un peu ridicule. C'était pratique. Elle ne savait pas s'ils étaient tous dupes, mais elle jouait bien sa partition.

Les couloirs étaient vides, elle descendit un étage, se retrouvant au niveau du bar ouvert à tout public. Sa silhouette blanche traversa la pièce, passant derrière le bar pour aller se réfugier dans une pièce à part. Elle était vide, à première vue. C'était l'espace réservé aux clients VIP, lambrissé de bois sombre au vernis brillant. De grands fauteuils occupaient l'espace, face à une table de verre sur laquelle trônaient deux verres vides et une bouteille de whisky. Nettie s'approcha de l'étagère et se saisit d'un verre qu'elle remplit du liquide ambré. Le liquide brûla sa gorge quand elle l'avala cul sec. Elle toussa une ou deux fois, pressant sa main sur sa poitrine à la sensibilité ravivée par l'alcool. Un léger bruissement attira son attention vers sa droite. Une silhouette se profilait. Venait-elle d'entrer ? Ou était elle là depuis le début ? Nettie posa le verre à plat sur le bras du fauteuil de bois posté près d'elle. Son regard se plissa, elle reconnu des courbes féminines.

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le Lun 29 Aoû 2016 - 4:09
Nettie | Ysrael
At the Club

Une âme pure est comme une belle perle.
Tant qu'elle est cachée dans un coquillage, au fond de la mer, personne ne songe à l'admirer.

Un claquement sec. Un second. Le mouvement rotatif de la boule sur le tapis vert ralentit progressivement jusqu'à s'immobiliser à quelques centimètres à peine du trou. La jeune femme relâcha son souffle. Elle fit clapper sa langue, se redressa et saisit son scotch avec l'énervement caractéristique du joueur qui venait de se tirer une balle dans le pied. Les bagues à ses doigts tintèrent contre le verre qu'elle vida d'une traite. Ysrael s'écarta pour laisser place à son adversaire. L'homme la gratifia d'un sourire ravi.

« Ne fais pas trop le malin, prévint-elle en le pointant du doigt. Tu n'as pas encore gagné. 
- Allez Fitzgerald ! Tu peux déjà allonger les billets, tu le sais. »

Le Cubain lui lança ce petit regard ardent qui lui allait si bien et qui avait le don de faire craquer toutes les filles. Ou presque. La brune leva les yeux au ciel, trop agacée pour succomber au charme naturel de son ami. Elle prit nonchalamment appui sur la queue de billard qui lui servirait pour l'occasion de jambe d'équilibre. Un juron muet lui vint lorsque la première bille frappée par l'homme atteint son but. Un râle d'impatience s'échappa lorsqu'une deuxième boule partit rejoindre la précédente. Le Caribéen contourna la table et se posta devant Ysrael, manquant de l'éborgner au passage lorsqu'il releva la tige de bois. Leur deuxième compagnon de soirée, un petit blond posté sur un tabouret, ricana.

« Gaffe mon gars. Faudrait pas que t'ailles lui faire un coquard. »

Le Cubain éclata de rire, perdant par la même occasion le contrôle de son jeu. La blanche ne rencontra que le vide. Ysrael se remit droite sur ses jambes et chassa son adversaire d'un mouvement rapide de la main.

« Maquillage express, assortit à la bouche ! »

Ysrael rit jaune et claqua une boule qui termina sa course dans le billard pour lui rabattre le caquet. Elle lui ferait bouffer son foutu accent cubain s'il continuait comme ça. La gangster passa sa langue sur le côté encore intact de sa lèvre inférieure pour constater l'étendue des dégâts. Une belle fissure rouge fendait cette partie pulpeuse de son visage, petit souvenir lancinant de la veille. Oh elle ne l'avait pas cherché. Encore moins mérité. Elle connaissait bien le dicton : qui sème le vent récolte la tempête. Et Ysrael n'était pas du genre à jouer les Éole. Seul souci, elle n'était pas non plus du genre à tendre l'autre joue. Alors quand cet Asiatique de malheur s'était permis une petite remarque désobligeante à son sujet, l'Américaine n'avait pu retenir un chapelet de noms d'oiseaux. Le bridé l'avait mal pris, s'était emporté, et pour faire bonne mesure, avait frappé. Il l'avait regretté quelques secondes plus tard en constatant que deux de ses dents le saluaient poliment depuis le plancher des vaches. La trentenaire n'était pourtant pas spécialement violente de nature. Mais les vipères ne se laissaient pas blesser sans mordre en retour.

Le jeu d'Ysrael se bloqua une nouvelle fois lorsqu'elle reproduisit l'exacte même situation que lors de son précédent tour. Le Cubain sauta sur l'occasion pour terminer ses billes. Il se redressa fièrement, allongea la queue sur le tapis et tendit la main, un sourire jusqu'aux oreilles. Ses doigts se refermèrent et s'ouvrirent plusieurs fois sur sa paume pour indiquer à sa partenaire de jeu qu'il lui faudrait se presser. La brune ronchonna. Elle tira de sa poche une liasse de billets dont elle retira quelques dizaines pour les lâcher avec rage sur le billard.

Ysrael tourna les talons sans plus de cérémonie. Elle marmonna un salut à l'intention de ses camarades de soirée. Son corps serpenta rapidement entre les occupants du bar. Elle dépassa le comptoir sous le regard consentant du serveur occupé à sécher des chopes. La demoiselle entra dans une pièce aux lumières tamisées, normalement réservée à une élite bien particulière de la clientèle. Après presque cinq ans de bons et loyaux services au sein de la diaspora, la comptable pouvait se vanter de bénéficier de certains avantages dont elle profitait avec modération. Elle ne savait que trop bien que les petits privilèges innocents finissaient toujours par avoir un prix.

Ses doigts saisirent l'un des trois verres à whisky qui traînaient là. Elle se servit une dose conséquente d'alcool et se laissa choir dans un fauteuil de cuir proche de la porte. Une gorgée brûlante raviva l'entaille qui barrait sa lèvre. Son corps entier se détendit pourtant instantanément. La jeune femme s'enfonça dans son assise. Elle laissa sa tête reposer contre le dossier et ferma les yeux pour apprécier cet instant de délice. Le temps lui échappa sans qu'elle ne cherche à le rattraper. Le liquide ambré dansait dans le verre, guidé par les mouvements circulaires qu'effectuait le poignet droit d'Ysrael. Encore une journée à courir. A pourrir.

Un bruit de pas. Une porte s'ouvrant sur un petit joyau tout de blanc vêtu. Ysrael ouvrit un œil et darda ses prunelles perçantes sur le joli petit brin de femme qui manquait de se brûler la gorge d'un alcool trop fort pour son corps si frêle. Que pouvait-elle bien faire ici …

La gangster se leva, révélant sa présence. Elle sortit de l'ombre, son verre à la main.

« Pas facile de jouer dans la cour des grands, pas vrai ma Perle ? »

D'un signe du menton, elle désigna la tenue de la douce et fragile Nettie. Une tenue trop précieuse pour une simple nouvelle arrivante dans les rangs du gang.

« Je vois que tu t'acclimates bien à ton nouvel environnement. Un sourire vaporeux étira ses lèvres. Félicitations. »

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le Mer 31 Aoû 2016 - 20:08

            « Pas facile de jouer dans la cour des grands, pas vrai ma Perle ? »

Nettie relâcha une respiration qu'elle n'avait pas eu conscience de retenir. Ses épaules se détendirent tandis que son regard s'attardait sur le visage d'Ysrael. Les traits du visages de la jeune femme, déjà avantageux, étaient mis en valeur par la douce pénombre de l'endroit. Se dégageait de cette femme un charme intense, un je ne sais quoi d'envoutant. C'était cela qui l'avait séduite, bien qu'elle eut été en premier lieu légèrement réfractaire - ou intimidée - à cette intensité. Nettie avait toujours aimé ce genre de femme, bien qu'elle en eut peu croisé dans sa vie. Sa mère avait été quelqu'un d'extrêmement pincé, de cette même nature sèche que ses tantes. Victoria, elle, était timide et douce, bien plus encore qu'elle même ne l'était. La seule personne qui l'avait de cette façon fascinée avait été une actrice qu'elle avait vu jouer dans une pièce durant une fête dans le village non loin de leur propriété. Sa mère avait été survoltée par cette femme qu'elle avait préjugée "de petite vertu", mais Nettie n'avait pu détacher ses yeux d'elle.
Il se produisit la même chose avec Ysrael. Ce n'était pas une fascination dérangeante, une admiration envahissante ou un amour inconditionnel. Mais la présence d'Ysrael lui insufflait une envie débordante d'action, une envie de jouer dans la cour des grands, comme elle l'avait si bien dit.


            « Je vois que tu t'acclimates bien à ton nouvel environnement. Félicitations. »

Nettie haussa les épaules avec un soupir, puis elle se dirigea vers l'un des larges fauteuils. Se détachant de son image parfaite, elle retira les escarpins qui emprisonnaient ses pieds et les laissa choir sur le tapis. Puis elle s'affala sur le siège, se saisissant d'un même geste de son verre vide pour le remplir.

            « Ouais, je ne supporte toujours pas ces échasses, mais cela semble faire partie du parfait petit attirail que j'adopte tous les jours. »

Nettie ramassa ses jambes en tailleurs, arrangeant sa robe pour cacher son entre jambe.

            « J'ai beaucoup de mal à me sentir moi même là dedans... »

Nettie se tut durant un laps de temps qu'elle ne sut définir, le regard fixé sur le liquide ambré dans son verre. Suivait elle vraiment le bon chemin ? Tout était inconnu pour elle. Le monde autour d'elle lui semblait parfois encore tout droit sortit d'un rêve dont elle avait du mal à démêler les ficelles. Il était dur de se construire dans un monde où elle ne connaissait personne. Victoria était le bout de sa route, peu lui importait en vérité de la manière dont se produisait les choses. Elle devait retrouver sa soeur, point final.

            « Comment... »
Murmura Nettie avec une hésitation. « Comment vous êtes... tu, tu es devenue ce que tu es aujourd'hui ? »

La jeune femme glissa, par réflexe, les doigts sur la croix autour de son cou. Elle n'avait personne à qui faire part de ses doutes, de ses questions. Ysrael la rembarrerait bien assez vite si cela l'importunait.

            « Quand je regarde les gens autour de moi je ne me retrouve dans aucun d'entre eux. Et, cet homme, Alteo, il... j'ai vraiment l'impression d'être un objet. Ca a quelque chose de pratique, au moins je suis tranquille, mais je n'ai aucune crédibilité. Comment est-ce que je vais faire pour changer la face des choses... »

Nettie trempa ses lèvres dans son verre, trop incertaine pour affronter le regard d'Ysrael. Elle était si préoccupée qu'elle s'était mise à déblatérer sans même entamer la discussion avec les formulations d'usages habituelles. Cela pouvait se sentir.

            « J'y connais rien... » Murmura-t-elle avec une pointe de malaise. « ...à tous ces trucs là... »
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le Ven 2 Sep 2016 - 2:23
Nettie | Ysrael
At the Club

La pâle et délicate jeune fille qu'elle avait approché à l'Institut lui avait paru bien pathétique. Son profil ne correspondait pas à celui des Gangsters. Et la trentenaire aurait abandonné l'affaire si on ne l'avait pas forcé à persévérer dans ses rendez-vous avec elle. Probablement le meilleur ordre qu'on ait pu lui donner. Cette jolie petite Perle était déjà allée loin. Bien plus loin que ce qu'Ysrael aurait pu penser en la rencontrant pour la première fois. Dieu savait qu'elle avait les capacités pour continuer sur sa lancée. Une fille comme Nettie pouvait déplacer des montagnes et faire plier les hommes d'un simple battement de cils. Car c'était ce qu'elle souhaitait, après tout : gravir les échelons, s'offrir une meilleure place. La jeune fille ne se serait pas donnée la peine de sortir une si belle toilette si ce n'était pas le cas.

« Ouais, je ne supporte toujours pas ces échasses, mais cela semble faire partie du parfait petit attirail que j'adopte tous les jours. »

Nettie brisa le masque de douce colombe qu'elle arborait en s'installant à son aise sur le fauteuil qu'elle avait investit. Ysrael eut un haussement de sourcils approbateur, elle avala une gorgée d'alcool.

« J'ai beaucoup de mal à me sentir moi même là dedans ...
- C'est là tout l'intérêt. Personne ne te demande d'être toi-même. »

L'Américaine ne sut quid de sa réponse ou des pensées de sa petite protégée entraîna un si long silence. Elle s'avança jusqu'à la table où trônaient la boisson ambrée et le dernier verre restant et s'y assit légèrement, les pieds plantés au sol. Les prunelles vertes d'Ysrael glissèrent jusqu'à ses propres escarpins. Elle se souvenait avoir aimé ce type de chaussures à l'instant même où elle les avait vu. Symbole d'élégance, de sensualité, concentré de féminin. Et tant pis si marcher avec durant des heures pouvait s'avérer douloureux en fin de journée.
A Chicago, la mode était aux petits talons épais …

La voix hésitante de Nettie brisa le silence.

« Comment ... Comment vous êtes... tu, tu es devenue ce que tu es aujourd'hui ? »

Un éclair argenté étincela autour du cou de l'Irlandaise. Le regard d'Ysrael se perdit sur la petite croix qui lui rappelait celle qu'elle avait emporté lors de son transfert. Ce pendentif était le seul souvenir matériel qu'elle conservait de sa vie sur Terre. Elle ne le portait plus que rarement, lors de grands rassemblements religieux, la plupart du temps ; parfois quand elle ressentait le besoin de se raccrocher à sa foi. Ysrael avait longtemps été pratiquante. Ne lui restait presque plus que la croyance aujourd'hui. Elle savait que son dieu ne l'avait pas abandonné malgré toutes les horreurs qu'elle avait pu commettre au cours de sa vie. Peut-être ne la voyait-il plus depuis qu'elle était à Pallatine. On lui avait expliqué que l'île se trouvait hors de l'espace et du temps. Ou peut-être était-il toujours là. Pallatine était un miracle pour certains. Et les miracles étaient l’œuvre du Seigneur.  

Elle sortit de sa réflexion pour mieux entendre les doutes de Nettie. La brune ne sut pas réellement si la petite prononçait ces mots à haute voix sans s'en rendre compte, ou si elle attendait une réelle réponse.

« Quand je regarde les gens autour de moi je ne me retrouve dans aucun d'entre eux. Et, cet homme, Alteo, il ... j'ai vraiment l'impression d'être un objet. Ca a quelque chose de pratique, au moins je suis tranquille, mais je n'ai aucune crédibilité. Comment est-ce que je vais faire pour changer la face des choses ... Elle marqua une pause. J'y connais rien … à tous ces trucs là ... »

La vipère siffla entre ses lèvres un petit soupir entendu. Alteo n'était pas l'homme le plus doux qu'elle connaissait. C'était un imbécile. Mais un bel imbécile. Son physique avantageux était bien la seule chose qu'on ne pouvait lui retirer d'ailleurs. Il était une figure connue chez les Gangsters ; l'approcher, c'était approcher des hauts cercles du gang. Ysrael fronça les sourcils et termina son verre cul sec. Elle se demanda l'espace d'un instant si présenter Nettie au bellâtre avait été ou non une bonne idée. La jeune femme poussa sa réflexion le temps de se resservir une dose convenable de whisky.

« C'est empirique, ma Perle. Tu n'apprendras jamais ces choses-là dans les livres. Elles te viendront à force d'observations et d'expériences. Elle glissa son regard dans celui de Nettie. Crois-moi, il n'existe pas de formation pour devenir une gangster digne de ce nom. Ce serait bien trop facile. »

Ysrael prit une nouvelle lampée d'alcool. Elle devait en être à son quatrième ou cinquième verre, si on comptait ceux consommés dans la salle principale du bar. Elle s'étonna de la clarté de ses propos à une heure si avancée de la nuit.

« A ton âge, j'étais loin de m'imaginer que je terminerai où je suis. Nous n'avons pas grandi à la même époque, toi et moi, ni dans la même famille. Le contexte dans lequel j'ai évolué a grandement facilité mon émancipation. La Prohibition, juste après la guerre … C'était l'époque rêvée pour s'affirmer et devenir quelqu'un. Ce n'est pas aussi facile aujourd'hui. Les temps sont … différents. »

Elle prit une impulsion et gagna un fauteuil non loin.

« Ce que je suis aujourd'hui … Elle réfléchit. Tu veux dire une femme vénale, détachée et sans cœur ? Elle ricana. Rien de plus simple. J'ai pris des coups, elle pointa sa lèvre éclatée du doigt, comme tu peux le constater. J'ai perdu des gens, causé la perte d'autres, survécut à une amourette s'étant mal terminée, maintenu les finances d'un empire. La liste est longue. Mais en dix ans, je peux t'assurer que j'ai perdu plus que je n'ai gagné. »

Ysrael se pencha vers l'avant. Elle posa ses coudes sur ses cuisses, joignit ses mains autour de son verre, fixa le vague.

« L'un des rares conseils que j'aurai à te donner, c'est d'être prête à sacrifier beaucoup. Encaisse, comme tu le fais. Alteo ne sera pas le dernier à te prendre pour un jouet. Alors sois jolie, sois polie, sois docile le temps qu'il faut. Et observe, durant ce temps. C'est ce que j'ai toujours été : une observatrice. C'était ce qui faisait ma force. On ne me soupçonnait pas au début. Puis on a appris à me craindre et à me respecter. »

Elle fixa la robe blanche de Nettie.

« Et si vraiment tu as du mal avec ces vêtements, fais-t-en offrir de nouveaux. Tu pourras avoir ce que tu désires d'un simple claquement de doigts, fais simplement en sorte d'être désirable dedans. Alteo ne te dira pas non si ta nouvelle garde-robe continue à te mettre aussi bien en valeur. Il fanfaronne et fait le beau en public, mais c'est un homme faible. Débrouille-toi pour trouver sa faiblesse, et tu verras que ta vie en sera étonnamment facilitée. »

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le Sam 3 Sep 2016 - 15:23

Nettie fixait la femme dans les yeux. C'était la première fois depuis quelques semaines qu'elle la revoyait. Une chaleur s'était installée dans son estomac, une sorte de soulagement à la vue de ce visage connu. La jeune femme n'avait aucun point de repères à Pallatine, tout était inconnu. Seul le visage d'Ysrael lui donnait un peu de baume au cœur, même si elle ne la voyait jamais, qu'elle ne la connaissait presque pas. Mais au moins, avec elle, elle n'avait pas besoin de faire semblant.

             « A ton âge, j'étais loin de m'imaginer que je terminerai où je suis. Nous n'avons pas grandi à la même époque, toi et moi, ni dans la même famille. Le contexte dans lequel j'ai évolué a grandement facilité mon émancipation. La Prohibition, juste après la guerre … C'était l'époque rêvée pour s'affirmer et devenir quelqu'un. Ce n'est pas aussi facile aujourd'hui. Les temps sont … différents. »

Nettie eut un sourire mince. Elles n'avaient pas grandit dans le même environnement, c'était certain. La jeune femme n'avait encore que peu discuté de sa famille avec la brune, c'était un sujet qu'elle n'aimait pas aborder. Les femmes, à son époque, n'étaient pas sensée s'affirmer ou devenir quelqu'un. Le concept l'avait toujours profondément attirée sans pour autant être à porté de main. Quant à la Prohibition, elle n'avait aucune idée de ce que c'était. Peut-être en avait elle entendu parler à l'institut, mais il y avait eu tant de choses à rattraper, tant d'années, tant de choses à apprendre.

             « Ce que je suis aujourd'hui … Tu veux dire une femme vénale, détachée et sans cœur ? Rien de plus simple. J'ai pris des coups, comme tu peux le constater. J'ai perdu des gens, causé la perte d'autres, survécut à une amourette s'étant mal terminée, maintenu les finances d'un empire. La liste est longue. Mais en dix ans, je peux t'assurer que j'ai perdu plus que je n'ai gagné.  L'un des rares conseils que j'aurai à te donner, c'est d'être prête à sacrifier beaucoup. Encaisse, comme tu le fais. Alteo ne sera pas le dernier à te prendre pour un jouet. Alors sois jolie, sois polie, sois docile le temps qu'il faut. Et observe, durant ce temps. C'est ce que j'ai toujours été : une observatrice. C'était ce qui faisait ma force. On ne me soupçonnait pas au début. Puis on a appris à me craindre et à me respecter. »

Nettie ne put s'empêcher de baisser les yeux. Si la perspective de ce qu'annonçait Ysrael n'était pas exactement ce dont elle avait rêvé, ce n'était cependant pas une surprise. Elle s'était préparée à la route devant elle, en avait discuté maintes fois avec la brune lors de leurs rencontres durant ses premiers mois. Mais l'entendre dire de façon aussi directe était différent.

             « Et si vraiment tu as du mal avec ces vêtements, fais-t-en offrir de nouveaux. Tu pourras avoir ce que tu désires d'un simple claquement de doigts, fais simplement en sorte d'être désirable dedans. Alteo ne te dira pas non si ta nouvelle garde-robe continue à te mettre aussi bien en valeur. Il fanfaronne et fait le beau en public, mais c'est un homme faible. Débrouille-toi pour trouver sa faiblesse, et tu verras que ta vie en sera étonnamment facilitée. »

La jeune femme passa sa main sur sa joue, se débarrassant d'une mèche folle. Elle laissa flotter un silence de quelques secondes, sentant le regard de son interlocutrice toujours posé sur elle.

             «Ce ne sont pas vraiment les vêtements qui me gênent. C'est... Enfin, je ne sais pas exactement d'où tu viens, ce que tu as traversé. Mais de mon côté j'ai du tout changer... Jamais de ma vie je n'aurais pensé porter une robe au dessus de la cheville, jamais je n'aurais pensé farder mes joues, peindre mes yeux de cette façon. Tout ça pour moi ça n'existait pas, j'ai vécu à la campagne toute ma vie, j'ai du revoir jusqu'à ma façon de parler, de marcher, ma façon de saluer les gens. Mon éducation religieuse hurle à l'hérésie lorsque je regarde autour de moi, lorsque je me regarde aussi. Même lorsque je suis à table je sens qu'un fossé demeure entre les natifs et moi. Toutes ces manières que l'on m'a inculquées avec acharnement, aujourd'hui... Elles me paraissent bien étranges. Je côtoie tant de gens, autrefois je n'étais entourée que de ma famille, de mes professeurs... Je n'avais connu aucun homme. » Souffla-t-elle lentement. Faisait elle bien de se confier de cette façon ? « Et surtout... » Sa gorge se noua, elle resserra ses doigts autour de la croix à son cou. « Je n'ai jamais été toute seule. »

Nettie avala une gorgée de Whisky, mal à l'aise. Elle n'arriverait pas à s'aventurer sur le terrain Victoria, pas tout de suite. Il y eut un instant de flottement. Nettie releva les yeux, un sourire passa sur son visage.

             « Je ne te trouve pas sans cœur. Si j'ai bien compris, les femmes ici, chez les gangsters, peuvent se faire une place. Mais pas sans sacrifices, pas sans douleur et pas sans s'imposer. Tu n'es pas sans cœur... Tu es juste adaptée à ton environnement.» Nettie eut un nouveau sourire. « Tu serais déjà partie si tu étais sans cœur. Une fille comme moi ne serait que source d'ennui, mais... Tu prends le temps de m'écouter. C'est précieux pour moi Ysrael. C'est une bouffée d'oxygène. Je n'ai personne d'autre. »

Nettie posa doucement son verre sur la table, ne désirant pas perdre ses moyens à cause de l'alcool. Cela ne lui avait jamais vraiment réussit, elle préférait être en pleine possession de son corps lorsqu'elle rejoindrait Alteo. Lui serait probablement saoul, comme à son habitude. Cela ne la choquait ni ne la dérangeait plus. Il était saoul quand ils rentraient, saoul quand il la déshabillait. Saoul quand il la prenait. Au moins trouvait-il rapidement le sommeil.

             « Quant à Alteo... C'est... » Nettie eut un gros soupir. « Disons qu'il ne partage pas beaucoup avec moi. C'est dur de trouver un complexe ou une faiblesse à un homme qui ne se livre pas ! J'ai l'impression d'exister à ses yeux seulement lorsque nous sortons ou bien... Dans son lit. Enfin, je suppose qu'il ne doit pas se rappeler de grand chose, il est saoul à chaque fois, et pas très délicat. Je me demande si c'est parce que je fais mal les choses. »

Nettie détourna le regard en songeant qu'elle devrait rentrer avec lui.

             « Si je pouvais l'émasculer, ce serait plus simple. »

Un rire délicieux traversa sa gorge alors qu'elle rougissait. Parler de sexe était, comme pour toutes les autres choses de son quotidien, une nouveauté complète. Le problème était que la jeune femme avait associé ses expériences avec celles de toutes les autres femmes. Prendre du plaisir était pour elle inconcevable, elle n'y avait même jamais songé. Sa mère ne lui en avait jamais parlé et l'institut ne donnait pas de cours d'éducation sexuelle. C'était donc Alteo qui s'en était chargé, sans même qu'il s'en soit rendu compte. Sa virginité était demeurée secrète avant qu'il ne la touche, et même après d'ailleurs.

             « Tu fréquentes beaucoup d'homme ? » Demanda-t-elle avec une hésitation. « Je me demande souvent si ça va vraiment m'aider, de m'afficher au bras d'Alteo... C'est vrai que j'apprend beaucoup mais... » Elle haussa les épaules. « C'est dur, toutes les femmes me regardent avec un tel dégout. »
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le Mar 6 Sep 2016 - 2:35
Nettie | Ysrael
At the Club

Ysrael ne put s'empêcher d'imaginer quel aurait été le sort d'Alteo s'il avait vécu à son époque. Chicago et ses mafias étaient réglées comme une horloge suisse. Le mouvement d'un rouage en entraînait un deuxième, qui en mouvait un autre, faisant ainsi tourner la machine infernale du crime organisé. Cette mécanique parfaitement orchestrée ne supportait ni les ralentissements, ni les arrêts brusques dus à une défaillance. A ce propos, des horlogers nommés à point se chargeaient bien évidemment d'éliminer les pièces imparfaites...
Aucune Famille ne se handicapait d'un arrogant au manque cruel d'intellect. Le nom d'Alteo était la seule chose qui déterminait sa puissance à Pallatine. A Chicago, un grand respect était accordé aux membres de familles renommées, c'était indéniable. Du moins tant que le porteur se révélait utile. Dans le cas contraire, il était poliment prié de débarrassé le plancher à coups de balles. Pour le bien de tous. Et pour faire correctement les choses, une gerbe de fleurs était envoyée aux parents du défunt. Salutations du gang incriminé. Le joli minois d'Alteo n'aurait pas tenu plus de deux semaines dans la plus grande ville de l'Illinois. Destin tragique d'une belle gueule brisée.

Nettie replaça doucement l'une de ses mèches blondes.

« Ce ne sont pas vraiment les vêtements qui me gênent. C'est ... Enfin, je ne sais pas exactement d'où tu viens, ce que tu as traversé. Mais de mon côté j'ai du tout changer ... Jamais de ma vie je n'aurais pensé porter une robe au dessus de la cheville, jamais je n'aurais pensé farder mes joues, peindre mes yeux de cette façon. Tout ça pour moi ça n'existait pas, j'ai vécu à la campagne toute ma vie, j'ai du revoir jusqu'à ma façon de parler, de marcher, ma façon de saluer les gens. Mon éducation religieuse hurle à l'hérésie lorsque je regarde autour de moi, lorsque je me regarde aussi. Même lorsque je suis à table je sens qu'un fossé demeure entre les natifs et moi. Toutes ces manières que l'on m'a inculquées avec acharnement, aujourd'hui ... Elles me paraissent bien étranges. »

La trentenaire eut un léger sourire en coin qui en dit long sur sa pensée. Elle se souvenait avoir éclaté de rire la première fois qu'on lui avait tendu une mini-jupe moulante, croyant à la mauvaise blague d'une couturière peu douée de ses mains. Elle n'avait comprit que plus tard que ce tout petit vêtement était en fait un symbole de l'émancipation de la femme et du droit qu'elle avait de disposer de son corps comme elle l'entendait. Dire que ses ourlets étaient déjà courts pour son époque … Son père se serait étouffé s'il l'avait un jour vu vêtue de la sorte.  
Elle comprenait parfaitement ce que la jeune adulte vivait. Elle était passé par là. Elle savait comme il était dur de se recréer, de faire une croix sur tout ce qu'on avait jamais connu pour entrer dans un moule trop étriqué.

« Je côtoie tant de gens, autrefois je n'étais entourée que de ma famille, de mes professeurs ... Je n'avais connu aucun homme. Et surtout ... Je n'ai jamais été toute seule.
- Tu te constitueras une nouvelle famille Nettie. Laisse-toi le temps de trouver les bonnes personnes. »


Quelques longues secondes de silence s'écrasèrent sur la pièce. Ysrael se redressa dans son siège. Elle avala une gorgée d'alcool et s'installa confortablement contre le dossier du fauteuil.

« Je ne te trouve pas sans cœur. Si j'ai bien compris, les femmes ici, chez les gangsters, peuvent se faire une place. Mais pas sans sacrifices, pas sans douleur et pas sans s'imposer. Tu n'es pas sans cœur ... Tu es juste adaptée à ton environnement. Tu serais déjà partie si tu étais sans cœur. Une fille comme moi ne serait que source d'ennui, mais ... Tu prends le temps de m'écouter. C'est précieux pour moi Ysrael. C'est une bouffée d'oxygène. Je n'ai personne d'autre. »

Le cœur d'Ysrael se serra. Au fond, la douceur que dégageait Nettie lui rappelait Judyth. C'était pour cette unique raison qu'elle était là, à l'écouter, à la rassurer. Nettie lui rappelait sa sœur. La voir ainsi tracassée lui rappelait la manière dont sa cadette s'était brisée lorsqu'ils avaient appris le décès d'Isaac. Mais cette raison, la vipère ne l'avouerait jamais. Elle ne parlait que rarement de sa famille, tout comme elle n'évoquait que peu son histoire avec Mike. Tous ces souvenirs étaient bien trop personnels pour être livrés. Ils n'appartenaient qu'à elle.

« Pas seulement les femmes. Tous les gangsters sont confrontés un jour ou l'autre aux sacrifices à faire. C'est le prix à payer lorsque l'on s'engage dans une vie comme la nôtre. Elle sourit légèrement. Je serai là tant que tu auras besoin de moi. »

Il lui tardait de voir sa Perle briller.

« Quant à Alteo ... C'est ... Disons qu'il ne partage pas beaucoup avec moi. C'est dur de trouver un complexe ou une faiblesse à un homme qui ne se livre pas ! J'ai l'impression d'exister à ses yeux seulement lorsque nous sortons ou bien ... Dans son lit. Enfin, je suppose qu'il ne doit pas se rappeler de grand chose, il est saoul à chaque fois, et pas très délicat. Je me demande si c'est parce que je fais mal les choses. Si je pouvais l'émasculer, ce serait plus simple.
- Un peu radical, tu ne penses pas ? »

Elle n'attendit pas de réponse.

« Tu fréquentes beaucoup d'homme ? Je me demande souvent si ça va vraiment m'aider, de m'afficher au bras d'Alteo ... C'est vrai que j'apprend beaucoup mais ...  C'est dur, toutes les femmes me regardent avec un tel dégout.  
- Tout dépend de ce que tu entends par beaucoup. Elle eut un sourire en coin. C'est un terrain sur lequel tu n'as pas envie de glisser, je risquerais de te choquer. »

Ysrael rit. Elle ne pouvait s'empêcher de se figurer la tête de Nettie si elle apprenait qu'en plus de fréquenter une bonne flopée de représentants de la gent masculine, elle fréquentait aussi des femmes. L'Américaine était une séductrice, à n'en point douter. Elle appréciait passer une soirée, une nuit en charmante compagnie après avoir joué plusieurs heures, résisté à l'attraction.

Un soupir franchit ses lèvres. Ses traits se fermèrent très légèrement en songeant aux regards mauvais dont la petite Irlandaise pouvait être victime.

« Ce que tu crois être du dégoût, Nettie, ce n'est rien d'autre que de la haine, de la jalousie. Tu es jeune, tu es belle. Tu as une pureté sur le visage qui les nargue chaque fois qu'elles te regardent. Tu es tout ce qu'elles ont toujours rêvé d'être et tout ce qu'elles ne pourront plus jamais être à la fois. Elles te méprisent car ta beauté est dangereuse. Ton physique suffit à les menacer. Ta présence au bras d'Alteo les aga- »

La porte s'ouvrit si brusquement qu'Ysrael en sursauta. Le visage rongé d'alcool et de colère d'Alteo leur apparût. Quand on parlait du loup, on en voyait généralement la queue. Ses yeux emportés de colère se posèrent sur Nettie. Les pieds nus et le verre d'alcool à la main de la jeune fille faisaient valser en éclat son image de parfait petit joyau. La brune se raidit une fraction de seconde avant de réagir. Elle sauta sur ses pieds avant que le gangster n'ouvre la bouche, un large sourire illuminant ses traits.

« Alteo, mon cher ! »

Ysrael l'embrassa amicalement sur la joue. Il lui sembla que l'homme se radoucit.

« Je dérange ? se méfia-t-il.
- Oh non ! Simple conversation entre filles. Nous étions sur le point de terminer. Je me permets de t'emprunter ta belle encore quelques petites secondes. Si tu veux bien nous attendre à l'extérieur, le temps que nous terminions ? Ses sourcils se haussèrent dans une expression interrogatrice. Promis, nous ne serons pas longues ! »

Elle raccompagna l'importun jusqu'à la porte qu'elle referma derrière lui. Son superbe sourire s'effaça aussitôt. Ysrael fit volte-face. Elle s'approcha de Nettie et s'accroupit devant elle. Ses orbes verts se plantèrent dans l'éclat magnétique des prunelles de la jolie blonde. Elle baissa le ton, s'assurant ainsi que son interlocutrice serait seule à l'entendre. Sa voix froide et grave siffla dans l'air.

« Alteo ne te sera bientôt plus utile, si tu veux mon avis. Il ne te restera alors qu'à décider ce que tu souhaites faire de lui. »

Elle se releva lentement. Ysrael vida son verre qu'elle abandonna lâchement à l'endroit où elle l'avait trouvé. Un sourire énigmatique se nicha sur les lèvres du serpent.

« Bonne nuit ma Perle. »

Elle sinua tranquillement jusqu'à la sortie.

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le Mer 7 Sep 2016 - 3:04

          «Tout dépend de ce que tu entends par beaucoup. C'est un terrain sur lequel tu n'as pas envie de glisser, je risquerais de te choquer. »

Nettie jeta un regard curieux à Ysrael, penchant un peu la tête sur le côté. Il était vrai que sa connaissance en la matière était pour le moins réduite. Très réduite, à vrai dire. La plupart du temps avec Alteo, elle improvisait, peu sûre d'elle. Il ne lui laissait de toute façon que peu de libre arbitre, elle n'avait pas grand chose à faire. Mais quand apprendrait-elle alors ? Il fallait bien qu'elle soit choquée un jour ou l'autre.

          « Ce que tu crois être du dégoût, Nettie, ce n'est rien d'autre que de la haine, de la jalousie. Tu es jeune, tu es belle. Tu as une pureté sur le visage qui les nargue chaque fois qu'elles te regardent. Tu es tout ce qu'elles ont toujours rêvé d'être et tout ce qu'elles ne pourront plus jamais être à la fois. Elles te méprisent car ta beauté est dangereuse. Ton physique suffit à les menacer. Ta présence au bras d'Alteo les aga- »

Nettie sursauta au moins aussi fort qu'Ysrael. La porte s'était ouverte violemment, inondant la salle de la lumière du bar. Son coeur eut un raté lorsqu'elle reconnu le visage d'Alteo, lorsque ses prunelles alcoolisées et furieuses se plantèrent dans les siennes. Incapable de bouger, la jeune femme ouvrit la bouche, ne sachant que trop dire.

          « Alteo, mon cher ! »

Le regard de Nettie passa d'Ysrael à Alteo, d'Alteo à Ysrael. Tout naturellement, la brune embrassa le jeune homme sur la joue, déployant un mélange de charme et de séduction ténue. L'Irlandaise ne put s'empêcher de la regarder à l'œuvre. Cela semblait si naturel chez elle.

          « Je dérange ? »
          « Oh non ! Simple conversation entre filles. Nous étions sur le point de terminer. Je me permets de t'emprunter ta belle encore quelques petites secondes. Si tu veux bien nous attendre à l'extérieur, le temps que nous terminions ? Promis, nous ne serons pas longues ! »

En un claquement de doigt, l'Italien fut mis à la porte. Ysrael avait dominé l'échange avec une facilité déconcertante, ne laissant pas le choix à l'homme qui s'était vu relégué au rang d'accessoire. Nettie, comprenant qu'elle devrait le rejoindre très vite, entreprit de remettre ses escarpins. Pourquoi avait elle abandonné son masque, au juste ? Pour quelques instants de détente qui avaient faillit lui couter sa petite image parfaite. Ainsi affalée dans le sofa, un verre à la main... La Nettie d'Alteo ne faisait pas ce genre de chose. Son amie vint s'accroupir près d'elle.


          Alteo ne te sera bientôt plus utile, si tu veux mon avis. Il ne te restera alors qu'à décider ce que tu souhaites faire de lui. »
          « Mais... Qu'est-ce que tu entends par... »
          « Bonne nuit ma Perle. »

Nettie ferma la bouche en observant la brune se diriger vers la sortie. Il était trop tard pour poser des questions. Ses mots s'étaient pourtant gravés au fer rouge dans son esprit. Alteo ne te sera bientôt plus utile. Un sourire se glissa sur les traits de la jeune femme alors qu'elle se redressait lentement. Ses mains vinrent lisser le tissus délicat de sa robe puis elle se dirigea vers la porte entrebâillée. Elle se stoppa durant quelques instants, rassemblant ses esprits, puis poussa le battant.
Alteo l'attendait, accoudé au bar. C'était la première fois qu'Il attendait, la première fois qu'elle était celle que l'on attendait. Nettie marcha vers lui, la tête haute.

          « Mais qu'est-ce que vous foutiez ? » Grommela-t-il alors qu'il mordillait la peau de son pouce.

Nettie haussa les épaules, se rapprochant de lui avec un petit sourire. Elle glissa son doigt sur le col de chemise de l'homme.

          « Secret de filles. Tu me cherchais ? »

Alteo avala cul sec son énième verre de rhum après l'avoir regardée d'un air étrange. La jeune femme ne comprendrait jamais pour quelle raison il avalait une si grande quantité d'alcool.

          « On se casse. J'ai envie de rentrer.»

Le regard évocateur qu'il lui lança ne laissa aucun doute quant à ce qu'il avait derrière la tête. Il posa sa main sur sa hanche, l'attira près de lui puis prit la direction de la sortie.

Alteo ne te sera bientôt plus utile.
Mais que souhaitait-elle faire de lui ?
Il tardait Nettie de croiser Ysrael de nouveau. Chaque rencontre avec cette femme s'annonçait annonciatrice de changements.
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