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La bohème, ça voulait dire "On est heureux" [Tobias]

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Ayant vécu les deux guerres mondiales, Tobias est un être sensible à la beauté des choses, à l'Art sous tous ses aspects. Sociable, il se laisse porter par ses impulsions. Optimiste, il est certain de pouvoir changer le monde. Il voudrait recréer un groupe d'artistes. Il fréquente les cafés et le quartier Sharsfort.
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L'index de Tobias caressait la machine à écrire, ses boutons rutilants tandis que Wilhelm confiait sa propre techno-phobie qui arracha un sourire complaisant à l'Autrichien. Il ne pouvait pas se moquer de lui alors que lui-même éprouvait les mêmes sentiments à l'égard de ces créations du futur. Même une simple cafetière moderne lui apparaissait incongrue. Il lui avait fallu un long temps d'adaptation avant de pouvoir se permettre de boire un café sorti d'une telle machine. Ce qui ne l'empêchait pas de clamer que le café torréfié à l'ancienne demeurait bien meilleur.

Lorsque Wilhelm mentionna de reprendre leur collaboration artistique, Tobias se redressa avec la vivacité d'une mangouste. Son visage se tourna d'un bloc vers la bibliothèque, son regard détaillant les tranches des livres. L'homme se leva, laissant ses doigts courir sur les couvertures, attraper un livre au hasard. Les feuilles bruissèrent sous ses doigts ouvrant un champ de multiples possibilités. La scène se superposa à une autre, venue du passé. Lui et Wilhelm, coude à coude, seuls dans leur cercle privé, dans leur monde tandis que, autour d'eux, le café viennois menait sa propre danse.

Le livre se referma dans sa main dans un bruit sec. Le regard que Tobias leva était brillant – le regard d'un enfant découvrant que le Pays des merveilles se trouvait à deux pas de chez lui.

« Pourquoi dirais-je non ? » Dans sa voix palpitait une émotion sourde prête à éclater en larmes bienfaisantes. « Pourquoi attendre ? Maintenant Will. C'est maintenant qu'il faut commencer. Ne jamais remettre à demain ce qui peut être accompli en ce saint jour. Enfin... » Son regard se perdit vers la fenêtre tandis qu'un sourire plissait ses lèvres. « … Nuit serait plus approprié, au vu de l'heure tardive. »

Heure tardive qui aurait du le pousser, justement, à repousser au lendemain. Sauf que Tobias n'était jamais raisonnable lorsqu'il s'agissait de l'art. Il offrait tout à son nom – sa vie, son temps, son sommeil. Déjà ses mains agrippaient Wilhelm par les épaules, le secouait pour le pousser à se lever.

« Il nous faut du café. Beaucoup de café. Oh et tu aurais de la peinture, du fusain ? Je n'ai rien pris sur moi... Pour une fois tout est resté dans mon appartement. Oh, un crayon suffira si besoin. Tu te souviens quand je menais des esquisses aux coins des serviettes des cafés et des restaurants où on s'arrêtait ? »

Et des regards interloqués des serveurs et autres clients face à cet homme qui laissait courir son imagination même sur le support le plus incongru. Le bras de Tobias finit par étreindre son ami contre lui.

« C'est bon de te revoir. » glissa-t-il à son oreille, en confidence.

Même si cela ne durerait qu'une nuit, Tobias allait profiter de cette situation qui se présentait à lui pour étreindre, à pleines mains, le Wilhelm du passé qui ressurgissait au sein de cette carcasse. Il lui insufflerait vie. Petit à petit, il rallumerait la mèche jusqu'à muer la flamme en un incendie créateur, détruisant l'Opportuniste, ce simulacre de Wilhelm.


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BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
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Attente. Espoir. Angoisse. Avait-il été trop loin en proposant à nouveau à son ami de travailler ensemble, comme auparavant ? Cela lui avait semblé être la chose à faire, mais il avait constaté plus d’une fois que son jugement n’était pas forcément le meilleur. Qu’il était aussi susceptible de faire des erreurs que n’importe qui. Voire plus. Surtout quand Tobias n’était pas avec lui. Lui qui avait été pendant si longtemps sa conscience. Et quand il y repensait, c’était à partir du moment où Tobias s’était rendu en Amérique que les choses avaient commencé à se gâter pour lui, qu’il avait accumulé les erreurs. Sans lui au fond, il n’était rien. Juste un pauvre type. Une pauvre cloche au fond. Une erreur. Il avait besoin de lui, qu'il le guide, qu'il soit sa conscience. Alors il le regardait, suppliant et incertain.

Mais Tobias se retourna vers la bibliothèque. Avant de feuilleter un de ses livres, et de le regarder d'un œil brillant. Et ces mots, après, auquel Wilhelm acquiesça sans oser comprendre. Cela voulait dire... Non il n'osait pas y croire, c'était incroyable, impossible, et pourtant c'était vrai, et il sentait le soulagement l'envahir, son cœur semblant gonfler de joie dans sa poitrine, prêt à éclater. Wilhelm aurait pu rire, rire comme un enfant, comme auparavant, tant il était heureux ; et c'est ce qu'il fit, avant de sourire largement à Tobias alors que celui-ci le secouait pour qu'il se lève pour finalement le serrer à nouveau fort dans ses bras.

« Tu m'as tellement manqué aussi.  Depuis que je suis arrivé à Pallatine, jamais je n’ai pu me résoudre à me lier vraiment d’amitié avec quelqu’un. J’aurais eu l’impression de trop te trahir. Et surtout, personne ne t’arrivait à la cheville.» Le brun émit un son étranglé. Trop d'émotions en une soirée pour lui ; finalement il craquait, son masque tombait sur le sol, il avait de nouveau vingt-trois ans, une sensibilité exacerbée et les nerfs à fleur de peau. Il aurait pu s'excuser pour l'humidité qui commençait à imprégner la chemise de son ami. Il aurait pu, mais ne le fit pas. Trop vulnérable pour y penser. Avait-il peur que Tobias se moque de lui à cause de ses paroles ou de sa faiblesse présente ? Jamais, jamais, jamais. « Mais j'ai eu peur.  J'ai eu peur que tu ne veuilles plus être associé à moi de cette façon. Ça n'a aucun sens, je sais. » Il répondait dans le désordre, parce que rien n’avait d’importance, en même temps qu’il enserrait son ami dans ses bras, plus fort encore. Il en avait besoin ; d'ouvrir les vannes, d'être honnête avec lui, rien qu'avec lui. Que les autres aillent se faire pendre ailleurs, parce qu'ils ne méritaient pas une once d'authenticité. Ils ne méritaient que son mépris complet et définitif.

Finalement il recula, essuyant ses yeux légèrement rougis, avant de lui sourire presque timidement, apaisé. Passer du rire aux larmes ; sa spécialité.

« Oui. Je vais te chercher du café tout de suite. Il ne sera pas aussi bon que celui de Vienne, je le crains. » La nostalgie devait jouer sans aucun doute ; rien ne valait ce qu'ils avaient connus, ensemble, à l'époque ; et puis  le café en vente à Pallatine ne valait pas grand-chose. Bon mais sans plus, surtout pour lui qui avait l'audace de prétendre s'y connaître un peu en la matière. Et pendant que le café coulait, il préparait un plateau tel qu'il les préparait à l'époque dans son atelier ; une miche de pain, de beurre, un peu de fromage. Rien de tel en cas de fringale nocturne. Travailler creusait l'appétit après tout. Ah, et il ne fallait pas oublier un crayon, voire deux ou trois, pour Tobias. Une gomme aussi. Un taille-crayons. Il s'affairait telle une mère poule, pensant à chaque détail – parce qu'il était ainsi, pointilleux, éternel insatisfait. La scène lui paraissait si familière, c’était à la fois agréable et en même temps..vaguement douloureux.

Et pourtant, alors qu'il portait son plateau lourdement chargé et sentant une nostalgie pleine de café, il se sentait bien. Heureux, apaisé, neuf, plein d'une résolution ferme et pleine d'espoir à la fois. L'avenir s'annonçait tellement mieux à présent qu'il avait retrouvé son ami. Plus simple. Plus joyeux. Plus…plus tout en fait.

« Et voilà. J’espère que cela te conviendra quand même.  Pour le papier, sers-toi, ce n’est pas ça qui manque ici. Et assieds-toi sur la chaise. Fais comme chez-toi. » dit-il tout en remplissant à ras-bord les deux tasses qu’il avait également apportées.  Ce qui est à moi est à toi, mein Bruder, voilà quel était le sous-entendu.

Il s’éclipsa à nouveau pour prendre un siège pour lui, sur lequel il se posa, avant de fixer Tobias avec avidité. Pris dans ses souvenirs et dans une folie créatrice fort semblable à celle de ses jeunes années,  il ne ressentait plus la moindre fatigue.


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Tobias avait attendu que Wilhelm quitta la pièce, quelques instants, pour se mettre à son aise. Retirant ses chaussures il s'assit sur la chaise vacante, ses chevilles s'entrecroisant. Son visage se releva, rayonnant, lorsque son ami revient, porteur aussi bien de mets pour nourrir le corps que l'esprit. Tobias lui en sut grès lui qui oubliait souvent de manger tant il était plongé dans sa soif de création. Oubliant qu'il était humain, un esprit dans un corps de chair qui avait besoin de nourriture tangible pour pouvoir tenir. Ses lèvres trempèrent dans le café confirmant les propos de Wilhelm.

« Le café de Vienne est à des lieux de cette boisson. Mais au moins on retrouve un peu le goût. Et la chaleur. »

Sourire en coin, rire au bord des paupières. Tobias reposa la tasse, rassembla le papier en une masse de feuillets qu'il posa sur un livre, s'en servant comme support. Ainsi penché sur son pupitre improvisé, l'Autrichien avait presque l'allure d'un scribe. La mine du crayon gratta le papier, traçant quelques traits comme pour reprendre l'habitude, s'échauffer. Les traits se firent plus denses, commençant à tracer des objets, un visage. Celui de Wilhelm, celui que le brun lui offrait aujourd'hui avec son regard pensif, perdu.

« Bien. Par quoi commençons-nous ? Que voudrais-tu écrire Will ? Une œuvre de fiction ? Une pièce ? » Un temps de silence avant d'asséner le dernier mot, tel un couperet. « Un pamphlet ? »

La mine reprit sa danse, ombrant les cheveux, affinant les traits.

« Pallatine est un terreau efficace pour cela. Il y a tant à dire. Mais c'est peut-être trop tôt. Tu pourrais raconter une simple histoire pour commencer. Parler de nous. Dans un roman à clés. »

Un roman dont les clés ne seraient visibles qu'à leurs yeux, une sorte de confession littéraire comme tant d'autres auteurs s'étaient laissés à le faire. Le crayon voltigea entre les doigts de Tobias alors qu'il relevait sa main.

« Voyons dis-moi. Sans scénario je ne puis dessiner ! »


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Trop d’années s’étaient écoulées, songeait Wilhelm. Tant d’années de perdues. Trois ; cela pouvait sembler peu et pourtant c’était bien trop.  Il pouvait se passer bien des choses, en trois ans. Trois années avaient suffi pour qu’il se perde, enfouisse le vrai Wilhelm au fond de son être, bien caché derrière l’opportuniste ; cela voulait tout dire. Il était redevenu le bourgeois malheureux de sa première jeunesse , comme si ses années de liberté avaient à peine existé. Ne laissant qu’une amertume, un fort dégoût de lui-même, et un silence hautain qui l’empêchaient d’être réellement heureux, de créer de vraies relations solides et durables. Il aurait pu faire venir son ami, sa conscience, sa meilleure part de lui-même ; mais il ne l’avait pas fait, par peur. Il ne voulait pas qu’il le voit, il ne voulait pas qu’il voit Pallatine,ce lieu maudit. Pour qu’au final, Tobias vienne de lui-même – pour lui-, et semble s’être adapté raisonnablement bien à cette nouvelle vie. C’était une forme de gâchis ; la preuve qu’il aurait du faire venir Tobias ici, pour qu’il le soutienne, pour qu’il soit sa conscience, son gardien de moralité, malgré ses frayeurs ; assumer enfin ses actions passées sur Terre. S’amender peut-être.

Mais il n’était pas encore trop tard, il pouvait changer, et Tobias l’y aiderait. Il l’aidait déjà ; avoir pu pleurer comme un enfant était déjà un début. Il fallait encore évacuer tout ce qu’il pouvait y avoir de négatif en lui ; mais les premiers pas avaient été faits. Il avait reconnu que les opportunistes n’étaient peut-être pas la diaspora la plus adaptée pour lui. Qu’il fallait qu’il s’entoure de personnes plus saines. A commencer par Tobias lui-même, qui avait accepté son passé, avait accepté de renouer avec lui, avait enfin accepté de travailler à nouveau avec lui , comme au bon vieux temps.

Un sourire timide à la réflexion de son ami, suivi d’un hochement de tête. Il était tout ouïe. Il ne pouvait pas encore prendre de décisions seul ; il avait besoin de la guidance de quelqu’un. Et les idées de son ami fusaient. Pamphlet – ce fut ce qu'il retint en premier de sa tirade alors qu'il s'agissait de la dernière proposition. Trop risqué, sans doute un poil trop tôt venant de lui ; un peu hypocrite sûrement. Il était facile de critiquer quand on avait déjà tout. Pièce de théâtre. Peut-être pas. Cela n’avait jamais été son fort ; comme la poésie. Il y réussissait un peu, mais c’était médiocre. Il ne se plaisait guère que dans les grandes tirades, celles qui marquaient un moment fort, celles qui restaient suspendues en l’air ; il n’arrivait pas à compléter les petites répliques, se faisant l’air d’écrire une conversation aussi intéressante qu’une discussion dans la rue sur la météo. La prose, voilà quel était son domaine : la lourde prose d'un roman.

« ...Un roman à clés ? »

Il était surpris - ses sourcils se froncèrent légèrement -, mais pas inintéressé. Et déjà l'idée faisait son chemin dans sa caboche. Oui, il voyait tout, tout. Le lent récit d'un être enfermé sur lui-même qui s'éveillait à la vraie vie, à la liberté, grâce à l'influence d'un autre être, incarnation de tout ce qu'il y avait de bon en ce monde. En une parodie du Max Demian de Hesse ; tellement plus positive, sans réflexion sur des groupuscules philosophiques obscures. La seule idée philosophique à laquelle Tobias et lui se raccrochaient, c'était la liberté et le libre-arbitre. La morale aussi. Mais rien de très extraordinaire, obscur ou sibyllin ; le brun n'avait guère d'intérêt pour les cultes à mystères interdits aux profanes.

« Est-ce que tu es prêt à voir tout exposé, Tobias ? La vérité, pure et vraie ? »

La vérité, belle et terrible, sans concession. Un peu idéalisée puisqu'il s'agissait d'une œuvre de semi-fiction. Un peu idéalisée puisqu'il s'agissait de son amitié avec Tobias, à laquelle il tenait plus que tout, qui lui avait apporté tant de joies.  Mais la vérité tout de même. Oh bien sûr, il ne pourrait pas dire tout, certaines choses étaient mieux quand elles n'étaient pas dites ; il y avait déjà tant de choses à dire, cependant...

« Mais si tu es prêt à cela... moi aussi. »

Dans sa voix résonnait une détermination inébranlable. Il était encore un peu perdu, un peu vulnérable certes ; mais avec l'aide de son ami, il savait qu'il pourrait tout faire.


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Tobias avait perçu la réflexion dans les yeux de Wilhelm, les rouages qui s'entrechoquaient au sein de son esprit réduisant ses nerfs en une machine surchauffée, prête à imploser. Ses mots avaient provoqué quelque chose au sein de son ami, avaient formé une clé qui avait ouvert une porte. L'hésitation, faible, fut promptement balayé par une décision réfléchi, aussi solide que l'acier.

« Je suis prêt. » asséna Tobias, son regard accrochant celui de Wilhelm, ne le lâchant pas. « Art et Vérité ne forment qu'un. Sous les signes, les symboles, se cache toujours une parcelle de vrai. C'est ainsi que cela fonctionne. Les énigmes ne sont là que pour mieux faire comprendre à l'humain le monde qui l'entoure et ses secrets. »

Tobias laissa le sourire étirer ses lèvres, creuser des fossettes.

« Je suis ravi de t'entendre parler ainsi. J'avais craint que tu hésites. À cause de tout ça. »

Son menton désigna l'appartement, son regard louvoya sur les objets qui l'émaillaient, tributs coûteux que lui-même ne pourrait jamais s'offrir sans devoir vendre son âme à une diaspora. Un rire sortit de sa gorge, sans prévenir, explosion de couleurs sur toile blanche.

« Une idée m'a traversé l'esprit. Pour troubler les pistes, changeons les sexes. Mettons-nous dans la peau de femmes. » Tobias plissa les yeux comme pour mieux lire en Wilhelm. « Si tu étais née fille, je te vois bien en demoiselle qui, sous ses airs de produit purement bourgeois, va s'acoquiner auprès des artistes et autres malandrins de la ville. Jusqu'à te rapprocher d'une sculptrice qui a un attrait particulier pour les nus féminins. »

Tobias en rit, amusé par sa propre imagination.

« Mais évitons peut-être l'érotique. Une provocation à la fois. Restons dans le sage et les allusions policées. »

Tendant sa main auprès du plateau ramené par Wilhelm, l'Autrichien brisa le pain, croquant goûlument dans sa part.

« Quels autres personnages tu intégrerais ? Un mentor dominant la petite bourgeoise et la retenant contre son grès ? »


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Un nouveau sourire sur les lèvres du brun. Un peu timide, un peu de guingois ; comme lui-même en ce moment aurait-il pu dire. Brisé une première fois, il lui fallait se reconstruire, doucement.  Rien d’étonnant alors qu’il se cherchât encore.

« Encore maintenant j’ai des hésitations. Comme un oisillon sur le point de quitter le nid pour s’envoler.  Mais ça ira. Je ne me rétracterai pas. »

Il voulait, il voulait écrire ce livre, il ressentait le besoin d’écrire, c’était viscéral et le prenait aux tripes, il voulait tout dire, tout ce qu’il gardait enfermé en lui depuis si longtemps,  les pires noirceurs de son âme et ce qu’il y pouvait y avoir de plus noble –y avait-il encore quelque chose qui répondît à cette définition chez Wilhelm ? Il ne savait plus -, il voulait se laisser porter par les mots comme auparavant sans contrainte ni pression, passer des journées à écrire, à vider bouteilles d’encre et machines à écrire, à utiliser feuille blanche après feuille blanche, à les noircir, à se ruiner en matériel s’il le fallait, en thé ou café pour pouvoir aussi écrire la nuit jusqu’à ce que le sommeil le terrasse et qu’il s’endorme sur son bureau comme c’était  déjà arrivé de nombreuses fois, voir la pile de feuilles s’agrandir d’heure en heure pour finalement se transformer en un beau volume relié –il n’avait guère de sympathie pour les livres de poche-  que l’on placerait sur un bureau ou avec respect sur une étagère, , dont les pages s’abîmeraient à force de lecture et se noirciraient d’annotation. Il voulait faire un livre qui  vive. Mais il avait peur d’un côté, peur de se lancer. Ne risquait-il pas d’en dire trop sur lui avec ce roman, lui qui était pudique et dans la retenue ? Même si le roman n’était jamais au final publié, si cela restait une affaire entre lui et Tobias, si cet ouvrage n’était tiré qu’à un seul exemplaire,  cela ne changerait rien. Un ou mille volumes, peu importait ; puisque quelque chose était exprimé, était rendu public, pouvait être cible de jugement positif ou négatif. Puisqu’il en dirait au final beaucoup sur lui ; sur ses années de jeunesse, l’appartement de Vienne, l’atmosphère empoisonnée dans laquelle il avait grandi, puis la révolte et les années de liberté. Révolte qui n’avait pas servi à grand-chose au final, puisqu’il était revenu au point de départ alors qu’il croyait pouvoir commencer une nouvelle vie ici.  Cela le terrifiait d’un côté, d’en dire autant ; et de pouvoir être décrypté ainsi par la multitude. Il en tremblait intérieurement.

Mais il commença à rire, un rire franc. Oui, Tobias était bien de retour avec ses idées fantasques mais fantastiques.

« Est-ce que ce n’est pas ce qui s’est passé ? Enfin dans les grandes lignes, parce qu’il ne me semble pas m’être « acoquiné » avec un sculpteur ayant une fixation sur les nus. » Il raillait, il raillait, il se moquait, mais ce n’était pas méchant, et il espérait bien que Tobias le comprendrait. Il ne se rappelait plus si Tobias avait déjà fait du dessin de nu ; peut-être. Cela se faisait souvent parmi les dessinateurs après tout. « Mais cela pourrait marcher, oui. Une petite demoiselle bien comme il faut. Aussi triste et mal dans sa peau que je l’étais à l’époque.  Et cette sculptrice qui la fascine parce qu’elle est tellement à l’opposé d’elle, tellement plus libre, plus spontanée, plus heureuse. »

Il se tut d’un coup, craignant d’en avoir dit trop. Mais déjà son ami reprenait la parole ; et Wilhelm repartit dans un rire, plus mesuré cette fois.

« Oui, il ne faudrait pas choquer la bonne morale de Pallatine ! »

...Surtout qu’il ne savait guère s’il était capable de donner dans ce registre-là. Peut-être y avait-il encore un vieux fond de gêne. Vivre ce moment-là d’une relation oui, le sous-entendre dans un roman oui, mais dire explicitement que quelque chose s’était passé ; non. Il craignait d’être maladroit ou trop cru. Et puis, ce n’était pas son genre. Tout simplement.

« Il le faut bien. Que serait une bonne histoire sans un opposant après tout ? »  Un sourire un peu plus franc. Surtout qu’il prévoyait déjà un retournement de situation dont Tobias lui dirait des nouvelles. Mais cela, il n’allait pas encore le dire. Il ne fallait pas lui gâcher la surprise.

« Et bien, l’histoire se construirait sans doute autour de ces trois pôles. Mais l’on a besoin de personnages secondaires bien évidemment.  Le groupe d’artistes. La famille de la demoiselle bien entendu. Peut-être un soupirant un peu trop déterminé, aussi..qui pourrait être un fiancé. A voir. Je préfère ne pas m’avancer davantage pour le moment, surtout que j’ai souvent tendance à changer d’avis en écrivant, mais...»

Un silence.

« Mais je sens que ce roman va être une réussite. »

Grâce à toi.


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« Oh qui sait. » ronronna presque Tobias lorsque les nus furent mentionnés par la bouche de Wilhelm, raillant lui aussi le brun, tentant d'instiller le doute en son esprit. Et ses doigts maniaient le crayon ne prenant pas même la peine d'essuyer la mie de pain demeurée collée sur les lèvres de l'Autrichien. Les portraits se dessinèrent, visions d'êtres fictifs dont les pensées, les états d'âmes, puiseraient leurs sources au sein d'êtres charnels.

Wilhelmina se fit demoiselle à la coupe au carrée bien sage, un casque sombre qui semblait l'étouffer comme si sa vie se trouvait au sein de cette chevelure, et non dans le petit corps chétif. Le col de sa robe bien mise lui enserrait la gorge. Les rêves se dissimulaient dans ses grands yeux, avides d'apprendre, emplis de volonté. Un voile de tristesse les recouvrait, donnant envie d'enserrer cette fille dans ses bras. De la protéger de ses démons.

« Pour la famille on partirait sur le schéma classique ? La mère castratrice qui veille sur son petit oiseau jusqu'au jour où un homme la prendra sous son aile ? Et le père toujours dans les affaires, indifférent au sort de la maisonnée, plongé qu'il est dans ses papiers. Un Opportuniste digne de ce nom ! »

La pique n'avait pu s'empêcher d'être exprimée, ne visant pas Wilhelm mais la diaspora dont il était membre. Après tout Tobias n'appréciait aucun groupe qui constituait Pallatine. L'Autrichien n'avait jamais apprécié les petites cases.

Thora prenait vie sous le trait de son homologue masculin. Ses joues étaient tâchées d'encre et de peinture, ses cheveux coupés courts pour ne pas les gêner. Son nez froncé et son sourire creusant ses fossettes lui conféraient une première impression sympathique. Le visage aimable d'une jeune femme impétueuse que l'on sentait capable d'aller envers les contraintes de la vie.

Tobias piocha, au hasard, sur le plateau, croqua un morceau de fromage. Ses yeux ne lâchaient pas sa feuille, dessinant sans cesse, avec vivacité.

« L'artiste tentera de sauver la fille de ce groupe, de lui vendre un monde bien plus ouvert. Plus coloré. Où elle sera libre. Elle brisera la cage qui l'enserre pour qu'elle puisse rejoindre le ciel, et qu'elle s'épanouisse. Actuellement elle est telle la rose du Petit Prince. Bien protégée mais trop fragile pour affronter le monde, inconsciente qu'elle est de celui-ci. »

Regard glissé en-dessous quêtant les réactions de Wilhelm.


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Wilhelm se figea, un sourire sur le visage. Mais pas un sourire doux, engagé ou ravi ; mais un sourire crispé, qui signifiait bien toute la gêne qu’il éprouvait à parler de nus. Ce n’était pas possible. Tobias devait le faire marcher. C’est ça. Il le raillait comme Wilhelm lui-même avait été railleur ; il aurait du s’en douter.  Avec une telle réflexion, il aurait du s’attendre à un retour de bâtons.  Ou alors il avait fait exprès d’insister sur ce détail en connaissant la pudibonderie du brun ? Allez savoir. Cela ne l’aurait pas étonné. Entre amis, il était normal de se taquiner  comme ça, non ?  Et puis, surtout depuis le temps qu’ils se connaissaient, il y avait des plaisanteries qu’ils pouvaient se permettre. Sauf que Wilhelm ne savait plus si son ami plaisantait ou non. Ca..aurait pu arriver. Il y avait toujours des choses qu’on passait sous silence, même entre amis.

Il ouvrit la bouche pour lâcher un « ..Tu plaisantes j’espère ? » lorsqu’il s’interrompit de lui-même, observant la demoiselle qui prenait vie sous les traits de crayons de Tobias. Douce et fragile. Un vrai petit oisillon en cage. Il se reconnaissait tellement en elle, tellement enfermée dans ses carcans qu’elle osait à peine de rêver de liberté. Qui se brimait au quotidien alors qu’elle voulait plus – qu’elle voulait le monde.

« Probablement. En ajoutant un côté psychorigide de l'étiquette aux deux parents, bien évidemment...Une atmosphère familiale invivable, un vrai nid de requins où tout ne se dit qu'à demi-mots...»  Cela serait si facile de transcrire sa propre expérience en mots. Il ne faut pas faire ceci parce que cela ne se fait pas, sans jamais expliquer pourquoi, laissant la frustration grandir. Ou le  seriner suffisamment pour que l'enfant ne se pose plus de questions, en un véritable bourrage de crâne. Ou lavage de cerveau, au choix ; les deux termes marchant tout aussi bien l'un que l'autre, pour ce qu'il en avait vu.

Un simple regard à Tobias quand celui-ci lança sa pique. Un regard plus sévère, alors que ses lèvres se pinçaient, encaissant sans mot dire. Ne l'avait-il pas mérité ?  Si, d'une certaine façon, et c'est pour ça qu'il resta silencieux. Quand on présentait les mêmes défauts qu'un groupe critiqué, mieux valait éviter d'essayer de se défendre, parce que cela finissait souvent en démonstration de pure mauvaise foi. Et puis, il avait tellement blessé son ami, il le savait, que si celui-ci se vengeait en critiquant sa diaspora..et bien tant pis, il le supporterait, parce qu'il le méritait. Masochisme ou non. Syndrome de culpabilité universelle ou non ; il s'offrait aux critiques de Tobias pour que celui-ci ne s'attaque pas aux autres membres de sa diaspora . Ils n'étaient pas tous des monstres assoiffés d'argent. Madeline Vallés par exemple ; elle était fleuriste, elle ne roulait pas sur l'or et ce n'était pas sa préoccupation principale.

Il acquiesça lentement de la tête. Est-ce que Tobias savait qu'il avait eu cet effet-là sur le jeune Wilhelm qu'il avait été ; qu'il lui avait offert un nouveau champ de possibles ; qu'il lui avait presque fait découvrir le concept de spontanéité ? Il n'aurait pas osé le demander ; peut-être était-ce inutile de remuer leur passé commun alors qu'ils bâtissaient un nouvel avenir après-tout. Ou peut-être  mieux valait-il attendre que Tobias découvre tout ceci en lisant le manuscrit ; parce que s'ils commençaient à parler de ce genre de choses, Wilhelm savait qu'arriverait un moment où sa pudeur l'empêcherait de prononcer un mot de plus. Il n'était guère à l'aise pour en discuter à haute voix.

« Cependant, de là à savoir si la fin sera heureuse ou non, cela sera une surprise » , lança-t-il, son ton devenu un peu malicieux. « Je ne le sais pas encore moi-même.  Tout ce que je sais, ce qu'il y aura des moments joyeux, fantastiques ; et il y aura des moments d'orage oppressants, des moments si affreux que l'on aura envie de reposer le livre. Je veux envoyer un coup de pied dans la fourmilière. »  Il avait rarement planifié la structure de ses romans après tout ; les rares fois où il avait essayé, il avait fini par créer quelque chose de totalement différent de ce qu'il avait à l'esprit. Alors depuis, il n'essayait plus, il se laissait porter par les mots, découvrant presque le roman au cours de l'écriture. « Mais qu'est-ce que c'est, le Petit Prince ? »  Il se sentait bête, ignare. « C'est de la littérature d'après-guerre ? Ou de guerre ? Quel est le propos ? »  Un soupir. «  Je suis désolé. J'essaye de rattraper mon retard en matière de création artistique après 1939, mais la tâche est fastidieuse. Il y a tant à découvrir ! »  Et son regard s'illumina. « D'ailleurs, en parlant de littérature d'après-guerre, j'ai découvert les pièces de deux auteurs nommés Ionesco et Beckett, qui appartiennent au courant de l'Absurde. Un tel nihilisme, une telle destruction des codes – c'est tout à fait ça ! Après la guerre, il ne pouvait qu'il y avoir que cela ; une vacuité complète ! »

Et il s'enflammait, à nouveau. S'éloignant un peu du sujet initial, pris dans son enthousiasme, avant de prendre un peu de pain et de fromage, et s'excusant d'un «  Pardon, je digresse.Tu me connais, quand j'ai un élan d'enthousiasme... »  

Plaisanterie entre eux, un peu penaude.


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Ayant vécu les deux guerres mondiales, Tobias est un être sensible à la beauté des choses, à l'Art sous tous ses aspects. Sociable, il se laisse porter par ses impulsions. Optimiste, il est certain de pouvoir changer le monde. Il voudrait recréer un groupe d'artistes. Il fréquente les cafés et le quartier Sharsfort.
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Il était presque adorable ce froncement de sourcils, cette moue réprobatrice du brun qui, face à une œuvre qui lui était inconnue, renâclait tel un cheval à qui on obligeait de porter le mors. Il boudait, petit enfant dont la bourgeoisie naturelle revenait au galop, vexé de voir quelqu'un meilleur connaisseur que lui dans un domaine où il était un mécène. Et ça le faisait rire Tobias de voir cet enfant en Wilhelm, de le voir se rebiffer. De l'entendre à se raccrocher à ses propres découvertes, les lancer comme pour dire « Moi aussi je connais des œuvres dont tu n'as jamais entendu parler ! » Le blond plissa les yeux, penchant légèrement la tête en un mouvement rappelant celui d'un chat jaugeant son maître. Curieux.

« Je ne les connais pas. Ces noms me sont étrangers. Ce mouvement aussi. L'Absurde. Quel joli mot, qui irait fort bien à cette ville. Est-ce pour cela que tu t'y es intéressé ? Car ce mouvement est en accord avec ton nouveau foyer ? Que ça résonne si bien accord avec ta nouvelle vie ? Il faudra que tu me parles de ces pièces. Ou que tu me dises où je puisse voir une de leurs représentations. »

La curiosité de Tobias avait été éveillé le poussant à suspendre ses croquis. Le carnet fut déposé sur ses cuisses à portée de main. Ses doigts frottèrent ses paupières alourdies, répandant la rougeur qui s'y était répandue mais ne masquant, en rien, l'éclat de ses prunelles. Avivées par la soif de créativité et le besoin de partager ses propres expériences, ce que lui avait vu du monde pendant que Pallatine enserrait Wilhelm au sein de ses bras.

« Tu veux que je te raconte Le Petit Prince ? Je ne pourrais pas tout te dire. Ce serait gâcher l'ouvrage. Tu dois le lire. Vous devez bien avoir moyen chez les Opportunistes d'obtenir des ouvrages de n'importe quelle époque, non ? L'argent permet d'avoir le bras long et de multiplier les ressources. Ce ne doit pas être ce qui vous manque. »

La raillerie ne le quitterait totalement jamais, lui collait à la peau comme une seconde nature. Tobias n'avait aucune affection pour nulle diaspora de Pallatine. Il vivait à leur lisière, refusant d'entrer en elles, de devenir un mouton au sein d'un troupeau au regard béat.

L'homme s'assit sur le sofa, croisant ses jambes en une pantomime d'assise amérindienne. En bras de chemises, les pieds nantis de chaussettes, il ressemblait presque à celui qu'il avait été dans les années 40. Un individu de la classe moyenne se moquant de la bienséance.

« Le Petit Prince, donc... » commença Tobias en entrelaçant ses doigts, les index tapotant sa lèvre. « Ce récit est comme un conte. Un récit universel d'une profonde poésie, d'une grande tristesse. Un aviateur sombre dans un désert et rencontre un prince. Un enfant. Un agneau jeté dans la chaleur du désert. Tombé de sa planète, il parle de galaxies, d'étoiles, d'une rose dont il a la charge. »

L'émotion se lisait dans les propos de Tobias comme s'il parlait là, non d'un personnage de roman, mais de son propre enfant.

« Il est superbe cet enfant, superbe d'imaginaire et d'espoir jusqu'à la fin, la toute fin ! Oh Wilhelm ce prince, ça aurait pu être moi. C'est pour ça que je l'adore tant ! Le monde est trop cruel pour lui, trop différent de son monde, trop éloigné de sa poésie. Et je me rends compte Wilhelm que... j'ai peur. »

Le regard de Tobias était devenu fiévreux et ses doigts tremblaient. L'adrénaline de la création avait laissé place à l'appréhension.

« J'ai peur que tu ne deviennes le serpent qui fit succomber le Petit Prince. Aujourd'hui nous rions, nous créons un univers, des personnages. Mais demain ? J'ai vu un part de ton âme Wilhelm s'attacher à tes nouveaux frères. Aux Opportunistes. Tu apprécies ce luxe, ne le nie pas. Tu as eu beau décrier ta famille en Autriche, ce n'est pas pour autant que tu reniais le confort de la demeure familiale. J'ai peur Wilhelm. Que l'appel du luxe ne soit le plus fort. Que tes nouvelles amitiés ne surpassent la nôtre. Wilhelm... » La voix se fit confession. « Sauras-tu choisir si, un jour, je devais m'opposer à ta diaspora ? »

La question méritait d'être posée.


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BIR

-Né à Vienne en 1907 dans une famille de la haute bourgeoisie
-Sa passion pour la littérature se manifeste très jeune
- La fin de la Première Guerre mondiale voit sa famille perdre une bonne partie de sa richesse
-Alors qu'il devait hériter de l'entreprise familiale, il proclame haut et fort son envie de devenir écrivain et se heurte à l'opposition paternelle
-S'en suivent plusieurs années de galère financière, jusqu'à atteindre une certaine stabilité
-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
-Il quitte enfin l'Autriche en 1939, après avoir découvert avec un certain dégoût que ses œuvres étaient autorisées par le régime nazi
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Il n’y avait rien d’étonnant à ce que Tobias n’eut pas connu Ionesco et Beckett ; après tout, il s’agissait de deux auteurs isolés, n’appartenant pas une école qui s’était affirmée comme telle, et n’ayant pas non plus écrit une œuvre aussi fournie que mettons, Zola et Balzac ; il était par conséquent assez facile de les rater.  Wilhelm lui-même avait fait leur connaissance, s’il pouvait parler ainsi, presque par hasard. Mais n’était-ce-pas par hasard que l’on faisait les plus belles rencontres ? Comme le jour où dans cette librairie, il avait découvert Apollinaire et Rimbaud -poètes majeurs français s’il en était ? Comme le jour, et son cœur se serra presque à ce souvenir, il avait rencontré Tobias ? Si. Mais...

Mais le doute commençait à l’étreindre de nouveau. Il voyait Tobias le railler à nouveau et ne savait pas s’il devait encore encaisser l’insulte sans réagir. Il voyait Tobias, changé lui aussi ; plus amer, plus incisif ; et il se demandait secrètement s’il ne le méprisait pas (Mes amis m'ont enfin avoué leur mépris disait Apollinaire), s’il ne restait pas là pour une raison qui n’avait rien à voir avec lui. Il ne savait pas si la pluie avait cessé ; il ne savait pas non plus combien d’heures avaient passé depuis cette scène devant le théâtre, et pourtant il avait l’impression d’en être revenu au même point. A ceci près que les accusations étaient plus insidieuses, plus douloureuses aussi du coup.

«..J’ai vu une pièce de Ionesco au théâtre de Saint-Juré. La Cantatrice Chauve.» Voix atone, éteinte même ; comme sa poussée créative pleine d’enthousiasme de tout à l’heure..«Mais dès qu’ils seront à nouveau joués, je te préviendrai bien évidemment.”»

Pourquoi me fais-tu ça ? aurait-il voulu demander, pleurant intérieurement son amitié qu’il sentait se dissiper dans l’air comme la fumée du café. Pourquoi revenir sur ces sujets alors qu'ils venaient de partager un vrai moment de complicité - pourquoi s’acharner sur lui encore et encore ? N’en avait-il pas assez eu tout à l’heure ? Que voulait-il de lui ? Qu’il laisse tomber les Opportunistes ; très bien, peut-être, mais ce n’était pas pendant la nuit qu’il pouvait laisser tout tomber ! Quitter la diaspora nécessiterait des démarches qui pourraient être longues, est-ce-que Tobias s’en rendait compte ?

Nouvelle pique, à laquelle il ne répondit pas non plus ; mais ses mains se crispèrent sur sa tasse de café au risque de la briser. Il ne suffisait pas d’avoir de l’argent, aurait-il voulu cracher. Il faut savoir quoi acheter. Et s’il ne tombait pas sur le titre d’un livre ou son auteur, comment savoir qu’il existe ? Etait-il censé être devin et connaître tous les titres du monde ? L’amertume montait en lui, la colère aussi, telle la vapeur d’une bouilloire ; et si elles redescendirent le temps de l’explication de Tobias, au point qu’il réussisse à articuler un « Ça donne envie.», elles remontèrent en flèche l’instant d’après.

«Laisse ma famille en dehors de ça ! », siffla-t-il comme un serpent. «Tu ne sais rien, rien de ce que j’ai vécu entre ton départ et ton arrivée ici ; tu ne sais pas ce que c’est d’avoir été trahi  par tout le monde, de perdre foi en l’humanité ; au point, oui, d’accepter la proposition d’une diaspora parce qu’elle donnait l’impression d’être voulu, apprécié ! C’est humain et c’est stupide, mais c’est ce qui est arrivé !» Il s’était levé sans s’en rendre compte. «Et si tu es venu uniquement pour m’insulter ou critiquer  mes actions à répétition, je te prierais de bien vouloir prendre la porte !» Il ne pensait pas qu’il l’aurait dit, cependant. Pas à lui. Pas à Tobias.« Et comment oses-tu prétendre que je pourrais t’abandonner de la sorte ? Est-ce que tu n’as pas entendu ce que j’ai dit tout à l’heure, lorsque j’ai dit que jamais je ne m’étais lié d’amitié avec personne d’autre à Pallatine, parce que j’aurais eu l'impression de te trahir ?»

Il tremblait presque ; son débit se faisait inégal, trahissant son émotion intense.

«Alors, comment oses-tu.. comment oses-tu poser cette question ?Comment oses-tu remettre en cause une amitié plus vieille, plus profonde que tous les liens que j’ai pu nouer à Pallatine additionnés ensemble ? Oui, comment oses- tu ?»

Et sa voix se brisa finalement.
Il était vaincu.
Brisé.


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L'huile avait si bien avivé le feu que Tobias en recevait les éclaboussures. Il avait été trop loin, et tout recommençait. Le serpent se mordait la queue. Les mots revenaient, aussi incisifs que devant le théâtre. Cette relation était-elle vouée à la destruction ? Tobias ne voulait pas y songer, et encore moins y croire. Cela demanderait du temps. Rien de plus. Mais déjà trop. Car l'Autrichien se refusait à attendre des années, à nouveau, que le destin vienne à lui.

Tobias saisit le carnet et le déposa sur la table basse. Il se leva, lentement, comme s'il faisait face à un prédateur qui, au moindre geste brusque, lui sauterait à la gorge. Si cela advenait, l'Autrichien n'en empêcherait en rien son ami. Il était en position, et surtout en droit, de le faire.

« Je suis allé bien trop loin pour être excusé. »

Aucune interrogation. C'était clair comme de l'eau de roche. Tobias resta là, les bras ballants, hésitant à aller auprès du brun craignant qu'il ne le repousse. Ce geste lui causerait bien trop de mal. Il y eut une main tendue, des doigts repliés tandis que la main revenait vers son propriétaire.

« Je vais m'en aller. Je crois que... pour aujourd'hui... il vaut mieux qu'on se repose chacun de notre côté. »

Tobias parlait avec hésitation, parcimonie, marchant sur des œufs. Reprenant sa veste, l'homme la remit sur ses épaules, eut un frisson en se rappelant la pluie diluvienne tout en espérant qu'elle s'était tarie. Que le Déluge n'allait pas s'abattre sur lui, Noé dépourvu de sa arche. Il y eut une inspiration brève, celle du nageur allant se jeter du haut du tremplin, avant que Tobias ne fit volte-face refusant, au tout dernier instant, de partir.

« Je ne te rejette pas Will. Sincèrement. Je me refuse de tirer un trait sur toi après tout ça, toutes ces années. Dis-moi quand je peux te revoir. Choisis le lieu, l'instant. Et si jamais je n'ai pas de tes nouvelles je viendrais t'attendre sur le palier de ton immeuble. Au risque de passer pour un chien servile quémandant la main de son maître. »

Et Will devait le savoir, ce n'était nullement des paroles en l'air. Reboutonnant son manteau, Tobias marcha jusqu'à la porte d'entrée. Ses doigts glissèrent sur la poignée, son visage se tourna à demi vers Wilhelm.

« Je tiens à écrire ce livre avec toi. »

Spoiler:
Je savais que j'allais avoir un retour de bâton avec ce défi, ah ah. Et totalement justifié. Vu ma réponse ça tire vers la fin mais je veux pas briser leur amitié ! Du coup si tu es partante sur un nouveau sujet plus tard dans la timeline (genre dans l'intrigue des bugs temporels) je suis partante ! Youpi


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-Il s'oppose à l'Anschluss, mais les camarades avec qui il avait créé un journal lui conseillent de faire profil bas
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Il aurait voulu hurler, encore et encore ; frapper un mur de frustration ; et pleurer enfin tout son soûl, évacuer tout ce trop-plein d’émotions qui ressurgissait. Il ne pouvait que serrer les poings et les mâchoires, alors qu’il sentait un abattement désespéré l’envahir. Il le savait, qu’il n’était pas tout blanc, qu’il avait des torts, qu’il n’était pas irréprochable, et que s’il avait cru que son comportement à Pallatine l’était, ce n’était qu’en s’aveuglant lui-même. Il le savait. Mais chaque remarque était telle une banderille s’enfonçant dans sa chair, chaque fois plus douloureuse, le rabaissant chaque fois plus bas que terre ; au point qu’il se demandait si sa véritable vocation ne devrait pas finir par être la spéléologie. Il avait honte aussi, honte de laisser sa colère l’emporter de la sorte, honte de hurler contre Tobias, son meilleur ami ; mais était-il censé se laisser insulter à répétition sans réagir ? Son éducation chrétienne lui avait inculqué de savoir tendre l’autre joue, certes, mais il arrivait un moment où il devait bien se défendre, non ? Au moins verbalement, parce que jamais il ne pourrait frapper Tobias. S’il le faisait, tout serait perdu, oublié, détruit, parce qu’aucun retour en arrière n’était possible après un tel incident.

Alors il se contentait de le regarder, en une œillade féroce. Son ami devait bien comprendre qu’il avait été trop loin, que revenir sur certaines choses qu’il pensait avoir réglées, c’était trop, qu’il se haïssait déjà assez pour ne pas que Tobias rajoute encore son grain de sel. Mais de l’autre...oui, il aurait voulu lui demander pardon d’avoir explosé de colère de cette façon, que ses mots avaient dépassé sa pensée. Cependant, il ne le pouvait pas ; parce que cette ire avait été justifiée. Et sa fierté, cette si mauvaise conseillère, lui enjoignait de rester  tel une statue. De regarder le blond marcher sur des œufs en lui parlant, pour ne plus réveiller le dragon ; avec une satisfaction presque malsaine.

«En effet.» répondit le brun d’un ton glacial, drapé dans le peu de dignité qui lui restait. «.La fatigue altère le jugement.»

A son tour de lancer une pique, alors qu’il voyait son comparse autrichien s’éloigner. Avant de changer brutalement d’avis, et de prononcer quelques mots, succession de phrases qui l’apaisèrent d’un coup certaines de ses craintes profondément enfouies. Cette dispute n’était qu’une péripétie, pas le point de rupture absolu de leur amitié. (Pour combien de temps ? chuchotait une petite voix.)

Et son visage se fit plus doux, moins figé, plus humain d'un certain côté. De nouveau plus incertain, alors qu’il ne put que prononcer un « Moi aussi», qui lui paraissait ô combien faible, et sourire très maladroitement. Peut-être y avait-il de l’espoir, au fond ? Peut-être pourraient-ils renouer leur amitié comme avant, aussi forte, aussi indestructible ?

Et pourtant, lorsque Tobias quitta enfin son appartement, Wilhelm se laissa glisser le long de la porte pour pleurer comme un enfant, la tête entre les genoux.

Cette nuit-là, la solitude et le vin seraient ses seuls compagnons.
HRP:
Du coup j'ai clos de mon côté ;
n'hésite pas à me dire si quelque chose ne va pas
Et merci beaucoup pour le rp du coup ! Dés que j'ai une idée de nouveau rp, je te préviens par mp Brille


Spoiler:

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