« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices, suspendez votre cours... »

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L'ingratitude. (Shôta)

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Technicien

Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
En pratique, Naga est plus un hypocrite cherchant à apaiser sa confiance qu'un Altermondialiste convaincu, mais il a toujours su se débrouiller pour éviter que quelqu'un lui en fasse la remarque...
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le Dim 2 Oct 2016 - 12:26
Certains lieux attiraient Naga plus que d'autres.
La mer, évidemment. Le fait qu'il s'agît de son lieu de travail n'enlevait rien à la beauté de cet espace. Naga avait toujours aimé la mer, mais depuis qu'il parcourait les eaux de Pallatine en bateau, il s'était pris d'affection pour ses vagues douces et ses généreux bancs de poisson. Les mots lui manquaient pour exprimer ce qu'il ressentait devant la mer - c'était la preuve qu'il était enfin devenu un vrai marin. Mais il était évident que son attachement était sincère et qu'il ne se voyait plus vivre sans elle.
Cependant, les boutiques, et tout particulièrement celles qui vendaient des vêtements, faisaient une sérieuse concurrence à l'étendue bleue. Même s'il avait pu se faire livrer tout ce qu'il voulait chez lui, à Ocane, Naga n'aurait pour rien au monde manqué un rendez-vous en ville. Il n'était pas vraiment urbain à l'origine, puisqu'il avait grandi dans un village industriel perdu au fin fond de la banquise, ce qui expliquait peut-être ce que cet amas exceptionnel de population provoquait en lui. Il était attiré comme une mouche par les lieux les plus populaires de la ville. Il aimait acheter, dépenser, prouver aux yeux du monde qu'il était d'abord et avant tout un consommateur - même si ce fait paraissait plus qu'incompatible avec son statut d'altermondialiste. La possession matérielle était l'un des défauts de Naga.
Passer dans un parc après des achats ou une après-midi de détente était presque une manière de s'amender. Cette nature-là ne pourrait pas lui tirer de larmes, car il n'y voyait aucun charme. Tout au plus reconnaissait-il un esprit américain progressiste qui avait décidé que la verdure devait envahir les rues - pour empêcher les habitants d'aller voir ailleurs, probablement. L'initiative n'était ni bonne, ni mauvaise. Elle était. Tout comme celle de Naga qui se dirigeait vers le parc, comme s'il avait besoin de se faire pardonner quelque chose.
En été, il n'y avait pas école, et les parcs étaient remplis d'enfants qui gambadaient insouciamment, quitte à renverser quelques marcheurs adultes qui ne les avaient pas vus arriver. Naga, un sac rempli de nouvelles chemises et d'un sweat pour les moments où il aurait besoin de se détendre, regardait d'un air tendre ces charmants chenapans, des souvenirs de son ancienne vie lui remontant à la figure. Cette scène de la vie quotidienne était le signe d'une société qui allait bien.
Il n'y avait que cet homme à l'air perdu pour gâcher le tableau. Naga l'appelait homme parce qu'il en était un, mais plus il s'approchait de lui, et plus le qualificatif de jeune homme lui semblait approprié. Naga ne doutait pas un seul instant que celui-ci était plus âgé que lui : ses traits avaient une certaine maturité que ceux de l'Inuit ne possédaient pas. Pour cette raison, Naga lui donnait trente ans - un vieux, donc. Qui avait manifestement raté sa vie, puisqu'il était là à mendier.
L'Inuit avait deux choix : continuer son chemin comme si de rien n'était ou faire un geste envers ce brave homme. Continuer sa route lui ressemblait totalement : il ne faisait pas dans la charité, en général, c'était même tout le contraire. Il ne savait pas vraiment pourquoi ce type se retrouvait là à mendier, et à la rigueur, il s'en foutait. Il avait peut-être manqué une opportunité, il se droguait peut-être, qu'est-ce qu'il en savait ?
Naga s'arrêta. Il s'était promis d'adoucir son caractère depuis qu'il s'était rendu compte que son colocataire avait une sensibilité à fleur de peau et qu'il risquait la crise diplomatique à toute parole maladroite. Il s'était promis de faire des efforts bien avant pour corriger ses défauts. Il regarda le mendiant. Il n'avait pas l'air maltraité, et ses habits étaient tout à fait corrects, mais il avait juste l'air malheureux. La vie devait être difficile pour les indépendants, ce n'était pas un scoop. Lui qui avait une diaspora, il devait bien l'aider, non ?
L'air supérieur, Naga ouvrit son portefeuille, laissa tomber une, puis deux, et enfin trois pièces d'un dollar qui tombèrent à ses pieds. Malgré ses efforts pour sourire gentiment, Naga ne pouvait s'empêcher d'être terriblement condescendant. Vas-y, mon gars, remercie-moi, je n'attends que cela.




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Shôta Masamune

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le Dim 9 Oct 2016 - 22:27



L'ingratitude

Shôta Masamune - Naga Umiaktorvik  









 2h00. Shôta se réveilla en sursaut et ouvrit brusquement son unique œil. Il prit une large bouffée d’air qui glissa bruyamment dans sa gorge et gonfla ses poumons. Il poussa soudain un hurlement douloureux et plaintif. Sa respiration s’accéléra, puis son souffle devint rauque ; il palpa sa poitrine, déposa sa main sur son front ; il était ruisselant de sueur. Il tenta en vain de se calmer et voulu sortir de son lit, mais une force inconnue et invisible le retenait dans ses draps. Dans ces nuits de terreur, il n’était maitre de rien. Il fut tout à coup pris de convulsions, remué par de vives secousses qui lui brisèrent les membres et la tête. Shôta avait toujours ignorer que la peur pouvait avoir une telle emprise sur un être. Non pas qu’il n’ait jamais connu la peur, au contraire, elle le forçait jadis à rester prudent. Par peur d’être arrêté. Par peur de son jugement. C’était aussi elle qui l’avait poussé à fuir vers Pallatine. Mais cela, il l’ignorait encore. Autrefois, la Peur s’était montrée bienveillante envers le jeune homme, le protégeant de tous les maux. Et aujourd’hui, sombre chasseresse, elle le poursuivait sans relâche, se jouant de lui et meurtrissant son corps et son esprit jour après jour.

 Sa crise passée, épuisé, il couvrit son corps et, encore tremblant, il répéta machinalement tout ce qu’il savait de lui. Il se rendormit. Le réveil matinal fut tout aussi brutal.

 Cette nuit l’avait brisé. Son corps était douloureux, ses muscles raides. Il se traina jusqu’au cagibi commodément appelé « salle de douche ». Il se plaça sous le pommeau et laissa l’eau bouillante s’écouler doucement sur son corps cinq, dix minutes sans bouger, avant de se savonner rapidement. L’eau et la vapeur avaient toutes deux un effet particulièrement apaisant sur ce jeune chapardeur. Il s’essuya, sécha son abondante chevelure avant de se vêtir. Il était prêt. Il sortit de la salle de douche, prit un biscuit qu’il glissa dans la poche de sa parka et se mit en route. Direction son parc, pour rejoindre son banc. Y poser sa pancarte, s’asseoir et attendre. Chaque jour, il répétait les mêmes actions, incessamment, mécaniquement. Mais cela ne le dérangeait guère. L’extérieur le distrayait, surtout en cette période de l’année ; la chaleur attirait la population dehors, dans les rues et dans les parcs. Ce qui s’avérait être de bon augure pour Shôta ; cette abondance de passants multipliait ses chances de trouver de l’aide ou, dans le moins bon des cas, de trouver quelques poches et sac à vider. Qu’importe. Pour le moment, il attendait.

 Il observait les enfants jouer et piaffer. Il les suivait du regard lorsqu’ils couraient, esquissait un vague sourire lorsqu’ils perturbaient les baisers langoureux de jeunes tourtereaux ou la déambulation tranquille des personnes âgées. Il finit par poser son œil sur un petit groupe qui jouait au ballon. Ce jeu paraissait ne suivre aucune règle ; tantôt, les enfants frappaient le ballon du pied avec force, tantôt ils le prenaient dans leurs deux mains et le faisaient rebondir sur le sol, avant de tous sauter pour tenter de l’attraper. Cela donnait lieu à des bousculades, à des chamailleries et à des petites égratignures, mais ces quelques désagréments les dérangeaient peu ; les enfants reprenaient de plus bel leur jeu étrange. Shôta se concentra plus particulièrement sur un petit garçon. Pour une raison inconnue, il trouvait que ce petit garçon lui ressemblait étrangement. Il n’avait pourtant plus aucun souvenir de son enfance depuis son transfert, mais il avait la certitude que cet enfant-là, c’était un peu lui. Avait-il autant d’amis ? Était-il déjà solitaire, à cette époque ? À quoi jouait-il ? Ses questions restèrent sans réponse. Elles l’étaient toujours et leur écho le torturaient. Elles le rendaient malheureux et cette tristesse se manifestait incontestablement sur son visage.

 Alors qu’il regardait la version enfantine de lui-même s’éloigner, une personne vint se placer face à lui, lui obstruant la vue. Shôta entendit ensuite le bruit de pièces qui tombaient au sol. Il pencha la tête et vit trois pièces d’un dollar chacune, face à une paire de chaussures dont il n’avait pas encore identifié le propriétaire. Encore un qui le prenait pour un mendiant. Ce n’était pas la première fois ; Shôta recevait de temps à autres quelques de ces petites « offrandes » que des passants lui lançaient d’un air désintéressé, se convainquant d’avoir réalisé un bonne action – qui se répercuterait sur leur karma, à n’en pas douter. Qu’on puisse le prendre pour un mendiant ou un sans-abri l’énervait au plus haut point, au début du moins. À force, il s’y était habitué. Il ne vociférait plus d’injures et se contentait de rester impassible.  Mais nous parlons ici de passants. Ils ne s’arrêtaient donc pas, ils ralentissaient tout au plus. Mais pas celui-là. Il restait planter devant Shôta, immobile. Il l’examina cet homme des pieds à la tête. Ce qui le frappa en premier, c’e fût son extrême élégance. Il fallait aussi reconnaitre que ce jeune inconnu avait fière allure. Sa présence aurait pu être tout aussi agréable que son physique, si seulement son air ne paraissait pas si hautain.

 Son inspection dura plusieurs longues minutes, sans que l’autre ne bougea d’un poil. Qu’attendait-il, planter là ? Des remerciements peut-être ? Pour l’avoir pris pour un mendiant ? Et puis quoi encore ? Après cette longue et pénible nuit, Shôta avait les nerfs à vif et l’attitude de ce jeune homme commençait peu à peu à l’irriter. Si seulement il avait continué son chemin, comme tous les autres, il serait passé sur son geste. Mais non. Il ne voulait pas partir. Il devait l’expédier proprement et rapidement. De toute évidence, ce n’était pas l’aide qu’il recherchait.

 Son œil se posa à nouveau sur les pièces au sol. Shôta se baissa et allongea son bras et ses doigts jusqu’à elles. Il les prit en main et en fit glisser une dans sa manche. Le mouvement était rapide, précis, imperceptible. Il ne pouvait s’en empêcher ; c’était plus fort que lui. Il se redressa et, la paume ouverte, il tendit les deux pièces à celui qui lui avait si « gracieusement » offertes.


« « Excusez-moi monsieur, vous avez laissé tomber ceci » dit-il. »

Proprement.





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Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
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le Sam 15 Oct 2016 - 20:20
La satisfaction que Naga ressentait à l'idée d'avoir effectué une bonne action s'étiola rapidement à mesure qu'il se rendait compte que le mendiant n'allait pas le remercier. Pourtant, tous les mendiants que Naga avait pu rencontré dans sa courte vie ne manquaient pas de se répandre en remerciements pour une pièce dix fois plus petites que celles qu'il avait données - certains accompagnant également leur numéro de malédictions à l'égard de ceux qui n'étaient pas généreux. Mais ce mendiant-là, qui non content d'avoir raté sa vie, avait également raté son éducation et ne paraissait pas du tout décidé à exprimer sa gratitude. Il se contentait de porter un regard perçant sur son généreux donateur. Il n'y avait certes pas d'avidité dans ses yeux, mais sa façon de l'observer rendait Naga presque mal à l'aise. Dans le même temps, une idée, que Naga considérait comme saugrenue et qu'il ne voulait pas envisager, commençait à naître dans son esprit : de toute évidence, le mendiant était en train d'analyser sa mise et se faisait sans doute une idée du niveau de richesse de celui qui lui faisait l'aumône. Il en arriverait sans doute à la conclusion que Naga était riche, sans se douter un seul instant que Naga se ruinait en vêtements pour avoir si fière allure, lui dont la solde de pêcheur ne rapportait que la solde que les Altermondialistes estimaient nécessaire pour vivre - soit, vous vous en doutez, largement moins que ce Naga estimait avoir besoin. Sa vanité lui causait peut-être des soucis, en fin de compte.
Naga hésita à se racler la gorge pour attirer l'attention de ce bien étrange mendiant, mais la suite des événements l'estomaqua tellement qu'il ne sut comment réagir. Le mendiant se leva et lui tendit les pièces, avant de lui dire d'une voix très polie que l'Inuit les avait laissées tomber. Naga était mortifié. Il ne pensait pas qu'il existait de mendiant qui refusât une aumône, et il avait fallu que ça lui arrive. Oui, c'était une humiliation, une sacrée humiliation qui le laissa bouchée pendant au moins une bonne dizaine de secondes, pendant que son esprit s'évertuait à trouver un sens à ce qui venait de se passer.
Pourquoi avoir refusé les trois dollars ? Parce qu'il avait exigé un remerciement ? Naga considérait que la pratique de la mendicité était incompatible avec la fierté, dans la mesure où le mendiant devait paraître le plus pauvre et pathétique possible pour attendrir le pigeon qui allait lui remplir les poches. Ce mendiant-là semblait en avoir une bonne dose. Naga avait bien envie de lui apprendre la politesse, mais il avait l'impression qu'il manquait quelque chose. La fierté ne pouvait pas être la seule chose qui expliquait son comportement.
Car même le plus fier des mendiants aurait dû s'humilier pour trois dollars. Les refuser ne faisait tout simplement pas sens, d'autant plus que personne d'autre ne lui avait donné quelque chose et que ce seraient sans doute son seul gain de la journée. Naga réfléchit à cette contradiction alors que l'air choqué que la réaction du mendiant avait causé ne disparaissait pas de son visage. Il y réfléchit tellement que la solution lui vint immédiatement.
Les beaux vêtements... la fierté mal placée... le refus d'accepter trois dollars... tout cela n'avait qu'un seul sens.
Le mendiant recherchait une aide financière bien plus importante que trois misérables dollars. Il voulait se faire entretenir, et avait, choisi le quartier de Kingslaugh, pensant sans doute aux considérables profits que la diaspora gangster devait générer, comme point de base de sa tentative de séduction. Il recherchait quelque jeune homme ou jeune femme pour succomber à son charme et le prendre sous son aile. Naturellement, un tel comportement dégoûtait profondément Naga, et ses yeux commencèrent à se plisser lorsqu'il comprit tout ce que cela impliquait. Mais il s'efforça de revenir rapidement à un grand sourire, se rappelant qu'il avait affaire à un jeune homme idéaliste qui ne connaissait pas les gangsters et qui allaient se faire manger tout cru s'il persistait dans cette voie.
Dans sa grande bonté, Naga referma le poing du mendiant sur les pièces, un air apaisé sur le visage.

« Vous ne devriez pas refuser l'aide qui s'offre à vous, même si elle ne prend pas la forme que vous désiriez. Vous ne savez pas qui d'autre vous tendra la main. »

Naga pencha légèrement la tête sur le côté pour se donner un air plus doux. Oubliés, les remerciements qu'il attendait avec impatience : réussir à faire accepter les pièces était tout ce qui importait désormais, et il était prêt à beaucoup pour parvenir à cet objectif.




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Shôta Masamune

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le Jeu 10 Nov 2016 - 19:34



L'ingratitude

Shôta Masamune - Naga Umiaktorvik  









   Shôta épiait les réactions de l’inconnu et vit son visage passer de l’étonnement à l’apaisement en quelques secondes à peine. Il ne bougeait pas. Il restait planté devant lui, avec cet air d’idiot que Shôta redoutait tant. Il n’allait pas partir. Il s’obstinait à lui donner sa fichue monnaie. Le message n’avait pas été assez clair. Jadis, la patience ne faisait pas défaut au chat’p’hardeur. Aujourd’hui, malheureusement, il avait une certaine disposition pour l’emportement. Il le lui répéterait encore une fois, pas plus.

  Soudain, il sentit la chaleur d’une main se posant sur la sienne et deux pièces de monnaie en glacer la paume. Lui qui n’avait pas reçu de contact physique et humain depuis longtemps, le choc fut grand, mais surtout désagréable. Alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole, les lèvres de son interlocuteur se mirent à articuler la phrase suivante :

« Vous ne devriez pas refuser l'aide qui s'offre à vous, même si elle ne prend pas la forme que vous désiriez. Vous ne savez pas qui d'autre vous tendra la main. »

   Voilà bien le genre de propos que l’on réserve aux mendiants. Shôta sentit son sang bouillir dans ses veines et battre dans ses tempes. Cet homme ignorait pourquoi Shôta sollicitait cette aide et ne s’en était jamais inquiété et pourtant, il jugeait son intervention utile, voire salutaire – trois dollars, trois dollars ! Non. Elle ne l’était pas. L’inconnu l’avait dit lui-même : elle ne prenait aucunement la forme qu’il souhaitait. Il le savait, mais cela n’empêchait pas cet imbécile de s’acharner dans son entreprise. Les yeux du voleur lançaient des éclairs. Il rassembla le peu de forces qu’il lui restait pour tenter de maitriser sa colère et souffla entre ses dents :

« Votre argent ne m’aidera pas… Maintenant reprenez-le et lâchez-moi… »

   Il n’eut même pas la patience d’attendre le moindre geste, la moindre réponse de son interlocuteur. Sa main lui brulait terriblement. Brusquement, il cria :

« Lâchez-moi ! »

   La douleur devenait insoutenable. Il retira donc sa main de l’emprise de ce brasier dans un geste brusque, vif et ample, qui le fit reculer. Il fit un, puis deux pas en arrière et heurta le banc derrière lui.  Shôta bascula et tandis qu’il remuait les bras en essayant vainement de retrouver son équilibre, la pièce qu’il avait si habilement dissimulée dans sa manche s’échappa et tomba sur le sol. Il en perçu le fracas métallique. Il jeta un regard désespéré devant lui, croisant le visage et la mine stupéfaite de son donateur. Subitement, ce dernier pris l’apparence d’une jeune femme typée asiatique aux yeux gris et à la chevelure noir. À la vue de cette étrange vision, son cœur cessa de battre.

« Ele…na… ? » bégayât-il.

   Il tomba dans les arbustes qui se trouvaient derrière le banc, et dans lesquels il rangeait habituellement sa pancarte d’appel à l’aide. Il tenta de se rattraper aux branchages, mais ils lui écorchèrent les mains à sang. Le tronc lui brisa le dos tandis que quelques branches lui fouettèrent le visage. Il jeta un petit cri de douleur. Les deux pieds sur le banc, le postérieur au sol et le haut de son corps se confondant avec le feuillage émeraude de l’arbuste, Shôta gesticulait et se tortillait afin de se relever. Il prit appui sur ses mains, mais leurs plaies étaient encore trop vives. Il tenta alors de se redresser à la force de son dos. Mais là encore, la douleur restait trop forte. Étourdi par sa chute et face à son incapacité de redresser, il se mit à maugréer et à gémir comme un enfant. Il gigota encore quelques instants avant de se résoudre. Toute obstination était vaine. Il tendit alors sa main en direction d’ « Elena », avant de comprendre que la jeune femme avait disparue, illusion furtive dans un accès de fièvre. Sa gorge se noua. Il ignorait pourquoi, mais la perte de cette femme l’attrista profondément. Il se sentit abandonné, seul. Ou presque. La tête baissée et la main toujours tendue, il murmura :

« Cette aide-là, en revanche. C’pas de refus… »





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le Dim 20 Nov 2016 - 14:34
S'il devait analyser la scène, Naga ne trouvait rien de mal à sa façon de se comporter. Il avait été généreux dans le don - trois dollars, ce n'était pas une si petite somme que cela -, il s'était montré poli et réservé - autant qu'il lui était possible de l'être -, il avait eu des paroles douces, susceptibles de faire fondre la plus dure réticence à recevoir l'argent - seul un imbécile aurait refusé malgré tout. Alors pour s'obstinait-il à lui refuser le droit de faire l'aumône ?
Tout cela ne pouvait avoir qu'un sens, un sens que Naga avait déjà deviné : le jeune homme n'avait pas forcément besoin d'argent, il avait besoin d'un entretien. Sous prétexte de refuser une petite somme parce qu'il n'en avait pas besoin, il prétendait au contraire en réclamer une plus grande - et bien sûr, d'une autre personne que Naga, mais de cela, l'Inuit n'allait pas se vexer. Naga sentit la colère monter en lui. Non la colère de voir son don refuser, non, la colère d'avoir été abusé. Le jeune homme trop bien habillé avait osé commettre un crime impardonnable, prendre l'apparence d'un mendiant en se plaçant dans la situation d'un mendiant, mais en faisant comprendre aux autres qu'il n'en était pas un. Ou, pour le dire autrement et plus simplement, s'être foutu de la gueule de Naga. Ce genre de plaisanterie était déjà un petit crime en soi, mais lorsque la victime se trouvait être Naga, le crime devenait monstrueux. L'envie de saisir le plaisantin par le col et lui faire comprendre sa colère était très forte, mais il tenait encore la main du faux mendiant du poing dont il se servait pour frapper.

« Espèce de... » commença Naga.

Il n'eut pas le temps d'achever : en hurlant de le lâcher, le plaisantin se dégagea et, dans son élan, tomba sur le banc derrière lui. Une chute amplement méritée si vous voulez l'avis de Naga. Constater l'infortune du faux mendiant l'aida à se calmer un peu : inutile de s'énerver, mieux valait se moquer de lui, comme lui s'était moqué de lui. Il n'avait pas besoin d'être prié : instinctivement, en voyant le faux mendiant tomber, Naga était parti d'un éclat de rire. Il faut dire qu'avec ses bras battant les airs de façon grotesque et la confusion qui se lisait sur le visage de celui qui se sentait déséquilibré, il était tout à fait ridicule.

« Bien fait. » commenta Naga d'une voix basse, qui n'était pas forcément faite pour être entendue.

Cependant, l'hilarité ne dura pas longtemps. En effet, Naga se rendit compte que la chute du faux mendiant avait été assez sérieuse. Il semblait avoir du mal à se relever, et des parties de son corps devaient le faire souffrir. Le choc pour son dos avait dû être rude, et sa tête avait peut-être été touchée. Cette fois-ci, il avait besoin d'aide, et pour de bon. Le destin, finalement, avait corrigé la situation. Naga s'approcha pour voir si tout allait bien et fut accueilli par une main tendue dans sa direction. Le faux mendiant ne le regardait pas dans les yeux, sans doute parce qu'il avait honte de lui demander son aide après l'avoir trompé. Mais c'était mal connaître Naga, qui n'était pas rancunier. Il attrapa la main tendue et tira le mendiant vers le haut, vérifia qu'il avait bien retrouvé son équilibre avant de le lâcher, sans toutefois s'éloigner, au cas où. Il avait quelques égratignures, mais difficile de dire s'il souffrait d'une blessure plus sérieuse. Naga n'avait pas le cœur de se moquer de lui davantage, mais il ne put s'empêcher de lancer une dernière pique :

« Très belle chute. C'était vraiment du grand art. »

Il désigna ensuite le banc que le mendiant venait d'éviter malgré tout :

« Et si tu t'asseyais là et que tu m'expliquais pourquoi tu demandes de l'aide si ce n'est pas pour l'argent ? C'est pas trop sympa de se moquer des autres, tu vois, alors j'aimerais bien au moins que tu me donnes une bonne raison. »




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Shôta Masamune

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le Dim 27 Nov 2016 - 22:12



L'ingratitude

Shôta Masamune - Naga Umiaktorvik  









L’inconnu restait fidèle à lui-même ; immobile et contemplatif. Allait-il le laisser-là et rebrousser chemin, face à la réaction de « ce fou de mendiant » ? Shôta ne lui en aurait même pas tenu rigueur. Après réflexion, il aurait fait de même : n’importe qui aurait préféré le laisser pourrir dans son arbuste. Il fallait se relever, seul. Le jeune voleur établissait une liste d’étapes et de positions à adopter pour se remettre debout lorsque sa main fut saisie. Il laissa échapper un petit gémissement de douleur avant de se remettre sur ses deux pieds, grâce à l’aide de l’inconnu. Une fois debout, il tituba un instant avant de retrouver son équilibre. Il s’étendit et déroula toute sa colonne qui émit plusieurs craquements sonores, vertèbre par vertèbre. Entre deux craquements, il entendit l’autre glisser :

« Très belle chute. C'était vraiment du grand art. »

Il préféra ignorer sa remarque. L’individu l’invita à s’asseoir ; cette invitation le surpris mais il s’exécuta sans broncher. Il n’osait pas le regarder de peur que son visage se change encore en celui de cette femme. Sa vision l’avait bouleversé, bien qu’il en ignorât la raison. Il s’assit donc la tête baissée, les coudes appuyés sur ses genoux.  

« Pourquoi tu demandes de l’aide, si ce n’est pas pour l’argent ? C'est pas trop sympa de se moquer des autres, tu vois, alors j'aimerais bien au moins que tu me donnes une bonne raison.»

La question n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Shôta tourna légèrement la tête.

« Si j’avais besoin d’argent, rétorqua-t-il, je l’aurais écrit sur la pancarte, vous ne pensez pas ? »

Malgré lui, le ton était hargneux, agressif. Shôta fut frappé par sa propre brutalité… était-ce bien lui ? Cet homme venait de faire un pas vers lui et avait mis leur précédente broutille de côté ; qu’avait-il besoin de plus pour faire de même ? Il se frotta le crâne avec le dos de sa main tout en fronçant les sourcils et se radoucit.

« Excusez-moi… ces derniers temps, je ne contrôle plus mes réactions. Je crains que cette ville ne m’ait rendu lunatique… »

Il prit une grande respiration.

« Je ne voulais pas me moquer de vous, j’ai juste horreur qu’on me prenne pour un mendiant. Est-ce que j’en ai vraiment l’air, d’après vous ? »

Il redouta la réponse et préféra enchaîner sans attendre. Shôta revint sur son transfert à Pallatine, sa perte soudaine de mémoire ainsi que les mots « encourageants » de l’Institut. Il parla ensuite de son existence angoissée, de ses sautes d’humeur répétées, de sa perte de repères, de son isolement grandissant au sein de la mégapole. Il jetait de temps à autre quelques rapides regards vers son interlocuteur sans toutefois s’attarder trop longtemps sur son faciès. Il conclut son discours avec ses « petites manies » de Chat’p’ardeur. Tout en parlant, il fixait sa main droite et en remuait les doigts.

« C’est un comportement qui peut paraitre étrange, voire malsain pour certain, mais c’est comme une seconde nature pour moi, c’est… inné. Je dois être né avec cela. J’ai une main légère, habile et rapide. »

Sur ces mots, il se leva et récupéra la pièce qui avait glissé de sa manche. Il la lança en l’air avant de la rattraper et continua son jonglage.  

« Je vole, reprit-il calmement. C’est plus fort que moi, je ne peux m’en empêcher. C’est la seule chose qui me permette de subvenir à mes petits besoins, à l’heure actuelle. Et aussi bizarre que cela puisse paraitre, voler me permet de… de retrouver la mémoire… Je vous explique : chaque objet volé représente un potentiel fragment de mémoire. Lorsque je subtilise quelque chose, il y a une chance pour qu’il me rappelle une partie de ma vie. C’est difficile à croire, je sais, mais pourtant… C’est le seul moyen que j’ai trouvé, à l’heure actuelle ».

Il reprit sa place à côté de son interlocuteur et lui rendit son bien.

« Apparemment, murmura-t-il, cela fonctionne aussi avec les personnes volées… »

Il soupira.

« Malheureusement, dit-il à voix haute, cela fait plusieurs mois que les indices se font trop rares... J’en suis venu à la conclusion que si je voulais récupérer des fragments plus grands, je devais moi-même voir plus grand. Mais je ne connais personne ici. Je n’ai aucun repère. Je sais que ce quartier abrite quelques bandes mafieuses, mais je ne veux pas me tourner vers elles. Ces gens sont trop dangereux, j’en ai parfaitement conscience. Au moindre pas de travers, soit ce sont eux qui me tombent dessus, soit l’Institut. Ces gens doivent en savoir beaucoup plus sur moi que je n’en sais moi-même ! Il serait sans doute préférable que je guérisse de ma cleptomanie afin de reprendre une vie normale. Me comporter comme un citoyen modèle. Une personne sans histoire… mais cela voudrait dire que j’abandonnerais alors tout espoir de récupérer mes souvenirs… et ça, voyez-vous, je ne peux m’y résoudre. Je veux savoir qui j’étais et pourquoi je suis ici ! »

L’autre avait écouté son récit du début à la fin sans broncher, sans montrer une seule minute d’inattention – bien que Shôta n’avait pu le vérifier. Au fur et à mesure qu’il parlait de ses déboires, sa situation lui paraissait tellement complexe, surréaliste. Lui, cet homme à côté de lui, y croyait-il ? Ce n’était pourtant que la triste réalité. Avait-il les moyens de l'aider ? Sans doute pas... Il semblait être un honnête homme, pas le genre de type à s'acoquiner avec des intrigants comme Shôta. Enfin. Il avait pris le temps de s'asseoir et d'écouter, ce qui réconfortait grandement le jeune voleur. Il se baissa, saisit sa pancarte et s’éventa à l’aide de cette dernière.

« Voyez, cette pancarte est trop petite pour que j’y couche tout mon récit… »




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Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
En pratique, Naga est plus un hypocrite cherchant à apaiser sa confiance qu'un Altermondialiste convaincu, mais il a toujours su se débrouiller pour éviter que quelqu'un lui en fasse la remarque...
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le Sam 3 Déc 2016 - 20:26
Penaud, le mendiant qui n'en était pas un s'installa sur le banc que Naga avait désigné. L'Inuit le regarda de plus près, cherchant les signes de consommation qu'il n'avait pas pu décerner chez lui. Ce n'était guère une tâche aisée : Naga se rendit compte qu'il attendait chez un mendiant un certain nombre de choses, plutôt que le manque de quelque chose. Il s'attendait à des vêtements troués, ce qui n'était pas le cas ici ; il s'attendait à du velours éraflé, du jean décoloré, des mitaines déchirées, une écharpe de fortune, et un petit fumet propre à ceux qui ne se lavent pas assez. Ces petites touches étaient bien entendu absentes, et il ne faisait aucun doute que le faux mendiant se couchait tous les soirs dans un lit propre, un toit sur la tête, et l'estomac rempli. Il ne paraissait même pas pauvre ou nécessiteux. La méprise de Naga n'en paraissait que moins compréhensible. Il n'en était pas moins déterminé à se justifier auprès de celui qu'il avait confondu avec un mendiant, prêt à démonter le moindre de ses arguments, comme par exemple, le fait qu'il aurait inscrit son besoin d'argent sur la pancarte s'il en avait vraiment eu besoin.

« Je ne sais pas, beaucoup de mendiants ne parlent pas directement d'argent sur leur pancarte, réfléchit Naga, mais ils évoquent leur situation, pour attendrir les donateurs. Je crois. »

Il estimait préférable d'ajouter une pointe de doute, par peur de paraître trop prétentieux. Ce n'était pas l'idée de passer pour un spécialiste des mendiants qui dérangeait Naga : s'il donnait l'impression de donner régulièrement, il aurait l'image du bon samaritain qu'il peinait à obtenir. Ceci dit, il n'était pas certain que l'autre goberait ces salades - et pas uniquement parce que les salades ne se gobent pas.
Toujours dans sa lancée, Naga s'apprêtait à donner à son nouvel ami son avis sur sa ressemblance avec un mendiant, mais il semblait bien que ce n'était pas là où l'autre voulait l'emmener. Naga referma la bouche avant d'avoir l'air idiot. Autant sauver le peu de dignité qui lui restait. Il lui semblait également que l'autre voulait parler, aussi Naga se décida-t-il à l'écouter. Il n'avait pas vraiment de se forcer, ceci dit : il était très curieux de savoir pourquoi un homme qui n'avait pas de problèmes financiers se prostituait de la sorte dans un parc. Il voulait comprendre ce qu'il avait raté.
D'abord, Naga ne fut pas certain de comprendre ce que lui racontait le faux mendiant. Il n'abordait pas le sujet de face, préférant les métaphores aux interprétations multiples et fumeuses. La main légère ? Était-il artiste, peintre des lignes gracieuses à l'esprit emmêlé ? Était-il de petite vertu, prêt à vendre son corps pour une bouchée de pain ? (ah non, on avait dit que cette interprétation ne tenait pas) Était-il tête en l'air, maladroit, inattentif et par la même occasion gaffeur ?
Il était voleur, et pour la première fois, l'éclat du pièce se révéla aux yeux de Naga, qui comprit ce que ses mains étaient en train de faire depuis tout à l'heure. Ne pas reculer lui demanda un effort de volonté ; il ne put s'empêcher de tendre la main vers son portefeuille, qui se trouvait bien au chaud dans sa poche. Le soulagement l'envahit, et son attention décrocha du discours. Il retrouva le fil de sa parole au moment où le faux mendiant expliquait que voler lui permettait de retrouver la mémoire. Le processus paraissait très étrange, mais n'étant pas psychologue, Naga n'allait pas le remettre en doute. Son camarade termina son monologue en lui exprimant ses doutes, de sa peur de se faire attraper, ainsi que de la certitude qu'il avait besoin de guérir de cette mauvaise habitude pour retrouver une vie normale. La pancarte fut le point final d'un discours qui laissa Naga vidé d'énergie, comme s'il avait parlé.

« En effet, cette pancarte est trop petite... » dut-il concéder.

Naga ne pouvait pas dire qu'il ne se sentait pas un minimum proche de cet étrange individu. Soyons honnête, les dilemmes moraux, il commençait à connaître, même si son problème à lui était largement moins grave que celui de la personne qui avait parlé. Au moins Naga ne risquait-il pas de se faire coincer parce qu'il s'était montré désagréable avec quelqu'un d'autre.
C'était sans doute cette étrange proximité, ainsi que l'incongruité de l'histoire de l'inconnu, qui avait poussé Naga à écouter jusqu'au bout, alors qu'il n'était pas le genre de personnes à écouter les problèmes. Mais bon sang, n'importe qui aurait du mal à rester calme en apprenant qu'il fréquentait un cleptomane ! À ce sujet, Naga ne put s'empêcher de demander :

« Donc, rassure-moi, tu ne m'as encore rien volé ? D'ailleurs, c'est pour ça la pancarte ? Pour que les gens s'approchent assez près de toi pour que tu les voles ? »

Conscient de se montrer peut-être un peu trop moralisateur, Naga ajouta rapidement :

« Je te reproche rien, hein. T'as tout de même de très bonnes raisons de voler. Juste, si tu m'as dit quelque chose, j'aimerais le récupérer. Et savoir... si ça t'a aidé. »

Rien ne l'embêterait plus que de savoir qu'il n'avait même pas été capable d'aider quelqu'un en se faisant voler. Pourtant, s'il y avait bien quelqu'un à Pallatine qui n'était d'aucune utilité, ce ne pouvait être que Naga. Parasite qui tirait des autres bien qu'il ne leur offrait.




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Shôta Masamune

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le Mar 13 Déc 2016 - 19:29



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« Donc, rassure-moi, tu ne m'as encore rien volé ? D'ailleurs, c'est pour ça la pancarte ? Pour que les gens s'approchent assez près de toi pour que tu les voles ? »

Shôta ne put s’empêcher de rire. D’une part, il sentait chez son interlocuteur une certaine défiance, une certaine peur, qu’il avait pourtant jusqu’ici parfaitement dissimulé. Cette simple phrase l’avait trahi. Mais, après tout, la peur de la perte d’un bien est tout à fait naturelle face à un voleur, plus particulièrement face au Chat’p’hardeur. D’autre part, il riait du « plan » avancé par l’inconnu. Attirer les gens avec une pancarte ?  Il n’y avait jamais pensé lui-même. Il fallait cependant admettre que sa pancarte attirait peu de monde, et même s’il l’aurait souhaité, ce piège aurait été inutile. La tentative aurait été bien grossière et bien en deçà de ses capacités. Quand on possède un don, il est bien dommage de le gâcher en cherchant la facilité… Mais après tout, lorsqu’on n’est pas du milieu, que peut-on connaitre de ces choses-là ? L’autre reprit :


« Je te reproche rien, hein. T'as tout de même de très bonnes raisons de voler. Juste, si tu m'as dit quelque chose, j'aimerais le récupérer. Et savoir... si ça t'a aidé.»

Il rit encore car il venait de voler, de dévoiler, de lancer et de rendre une pièce d’un dollar – cette fameuse pièce d’un dollar, ce don qui lui avait été jeté avec tant de condescendance – sans que cet homme, qui pourtant se trouvait proche de lui, ne remarque rien, ou sans qu’il ne comprenne. Voilà un tour de passe-passe habilement réalisé. Cela flattait l’égo de Shôta : malgré sa mémoire défaillante, il avait de très beaux restes en tant que voleur et était parvenu à garder chacun de ses dons. Shôta ne riait pas pour s’amuser de son compagnon ; il riait de bon cœur, heureux d’apprendre que tout en lui n’était pas totalement perdu.

« Je n’ai pas pu résister à une de vos pièces, je l’admets. Mais je vous l’ai rendue. Poche gauche je crois. Regardez, elle doit y être. »

Il resta silencieux un instant, sans se soucier si l’autre vérifiait ses dires ou non.  « Et savoir… si ça t’a aidé ». Ces paroles résonnèrent soudain dans sa tête. Il se remémora sa vision. Ce visage de femme. Il se malaxa le front.

« C’est étrange, mais votre visage… Lorsque je vous ai volé cette pièce, ou plutôt, quand je suis tombé, votre visage… C’était celui de quelqu’un d’autre. Celui d’une femme, je crois. La voir… ça m’a fait tout drôle. Un fragment de plus, sans doute… Alors oui, malgré vous, vous m’avez aidé, en quelque sorte. »

"Faire tout drôle". L'expression était loin de décrire le profond bouleversement qui avait remuer et frapper son esprit comme son corps. Il l'avait perdue... mais comment ? La perte de cette femme avait créer en lui un profond déchirement. Il ignorait les raisons de cette douleur mais sentait à présent sa présence, la ressentait. Quelque chose de puissant l'avait lié à elle. Étais-ce de l’amour ? Il n’en était pas sûr. Il préféra garder tout ce tumulte intérieur pour lui. Cela lui avait « fait juste tout drôle »...

Pour la première fois depuis leur échange cordial, Shôta planta son regard dans celui de son interlocuteur. Il tenta de lui adresser sa reconnaissance par un sourire timide. Comme le monde est fait et comme tout change si vite. Lui qui désirait tant voir cet homme partir, qui avait ressenti une colère si vive contre lui, sa présence lui plaisait. Ce n’était un si mauvais bougre, dans le fond.  

« Sinon, reprit Shôta, votre méthode est très intéressante, je n’y avais pas pensé moi-même. Une pancarte pour attirer les gens… Pourquoi pas, mais se serait trop dangereux pour moi. Lorsque j’ai besoin d’argent, je préfère m’éloigner du parc, voire du quartier, là où nagent les plus gros poissons et les plus belles prises... Si je volais ici, quelqu’un m’aurait déjà repérer depuis longtemps. »

Pour le taquiner, il lui dit, tout en riant à nouveau :

« Je vous emmènerais un jour ! »





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le Lun 19 Déc 2016 - 16:55
Naga détestait que l'on rie à cause de lui. On pouvait rire en sa présence ; on ne pouvait se moquer impunément. Or, l'impression que le faux mendiant lui donnait à cet instant précis était de faire de lui la cible de son hilarité - il avait bien sûr totalement oublié qu'il s'était allègrement payé la tête de l'intéressé quelques instants plus tôt. Ce n'était pas forcément voulu, mais le type semblait s'amuser du fait que Naga n'ait pas remarqué que la pièce volée était retournée dans sa poche - une main glissée dans celle-ci le lui confirma. Un brin agacé, Naga lança un regard mauvais à son interlocuteur. Mais il savait que ce dernier ne l'avait pas volé par malice, qu'il s'y était contraint, et il avait avoué son méfait. Naga se raccrocha à ces pensées de toutes ses forces pour éviter de sombrer dans une colère destructrice. Il était comme ça, Naga : trop fort ego, du mal à accepter qu'il n'était pas parfait, toujours un peu trop hautain pour cette raison. Il se contenait encore, mais qui savait quand tout cela allait exploser, et laisser se répandre les flots de sang de sa dignité blessée ?
Le silence régna un instant entre eux, tandis que l'un partait dans ses pensées et que l'autre recherchait la paix dans la siennes. Un instant brisé par une confidence intéressante, mais peut-être aussi troublante, qui ne fit que confirmer à Naga qu'il se trouvait bien devant une personne instable à problèmes. La cleptomanie était une chose, les hallucinations en étaient une autre. Naga doutait ressembler à une femme, sauf à être bigleux peut-être, encore que sa taille et sa musculature de pêcheur auraient pu aiguiller un aveugle vers la bonne solution. Le faux mendiant n'avait fait que plaquer une image mentale sur son visage soigné. Il n'allait pas l'en vouloir pour cela. Néanmoins, cela inquiétait Naga : quelles étaient les limites de la folie de cet homme ? Risquait-il quelque chose en sa compagnie ? Il semblait assez habile pour cacher à l'Inuit le danger dans lequel il se trouvait jusqu'au moment fatidique. Naga n'était pas si téméraire que cela. Il décida de se méfier, au cas où les hallucinations du mendiant lui dictaient par exemple de lui dérober tout son argent ou, pire, de le tuer.

« Une femme... » répéta Naga, espérant ne pas contrarier le faux mendiant en se taisant.

Mine de rien, répondre à un tel aveu était chose difficile. L'expérience ne nous donnait pas les réponses toutes faites pour se sortir de ce type de situation. Naga ne pouvait décemment pas avouer que son interlocuteur sonnait fou. Mais il aurait dû au moins faire preuve d'honnêteté avec lui. Lui avouer que ce genre d'aveu le dérangeait un peu et qu'il ne savait pas trop ce qu'il était censé faire pour l'aider. Car il était évident que Naga voulait l'aider, même si ce n'était pas son genre. Il s'était promis qu'il le ferait dès l'instant où il avait vu l'autre homme, et il ne tenait pas à manquer sa promesse.
Le silence eut un sens que Naga ne comprit pas, mais que l'autre si, car il enchaîna sur la proposition de Naga, lui démontrant que dérober de l'argent dans ce parc n'avait pas beaucoup d'intérêt. Ça sentait l'expérience, tout cela, mais heureusement, Naga n'était pas vraiment du genre à accuser les gens pour si peu, à moins d'entre être victime. Timide réponse au sourire reconnaissant du faux mendiant, les lèvres de Naga s'étirèrent à leur tour lorsqu'il entendit le mot de poisson. Finalement, il le trouvait sympathique, ce jeune homme. Un brin bizarre, c'est vrai, avec ses problèmes, mais pas forcément désagréable. Peut-être qu'en le connaissait mieux, la méfiance que Naga ressentait en sa présence s'estomperait - mais il aurait besoin de vérifier le contenu de son portefeuille, juste au cas où. Ce fut au tour de l'Inuit de rire, gentiment sans doute, mais allez savoir avec lui...

« Moi aussi, je pêche des poissons, confia-t-il. Mais de vrais, dans la mer. Je t'emmènerai aussi un jour, si tu veux. »

S'il connaissait à emmener tout le monde au port, cela n'irait pas, mais il ne pensait pas que le faux mendiant se soit montré sérieux en l'invitant. Ceci dit, ce serait drôle de le voir en action. Naga n'avait jamais eu l'occasion d'observer un voleur. L'expérience aurait sans doute été fort intéressante.
Ressentant un élan de sympathie pour cet étrange inconnu - mais n'avait-il pas l'habitude des weirdos qu'abritait cette ville ? -, Naga prit place à son tour sur le banc. Il ne savait pas trop ce qu'il pensait du faux mendiant, mais il l'amusait bien, alors...

« Donc, cette femme, demanda Naga, cédant à la curiosité. Est-ce que c'est quelqu'un... que tu connais ? »

C'était peut-être égoïste de poser ce genre de question pour assouvir sa curiosité, mais il était persuadé que l'autre serait ravi d'avoir une oreille attentive à sa disposition.




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le Mer 25 Jan 2017 - 16:43



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«   Moi aussi, je pêche des poissons, confia-t-il. Mais de vrais, dans la mer. Je t'emmènerai aussi un jour, si tu veux. »

Shôta ne put cacher sa surprise. Cet homme-là, pêcheur ? La chose était difficile à croire lorsqu’on le voyait. Il semblait porter une grande attention à son apparence  – sa coiffure impeccable, ses vêtements et ses multiples paquets à la main l’attestant -, si bien que le jeune homme eut beaucoup de mal à l’imaginer en salopette et k-way jaune, trainant des filets remplis de poissons. Il n’en avait ni l’apparence, ni même l’odeur. Non pas qu’il doutait de l’hygiène de son interlocuteur, mais il était farouchement convaincu que les odeurs d’iode et de poisson imprégnaient tout être ou objet à leur contact, et que se débarrasser d’elles n’était pas tâche aisée. L’image qu’il se faisait du métier venait de voler en éclat et Shôta préféra se raccrocher au vieil adage « l’habit ne fait pas le moine », bien qu’il ne fut pas sûr de la signification à lui donner. Pour autant qu’il s’en souvienne, il n’avait jamais rencontré de vrai pêcheur. À vrai dire, comme bon nombre de chose, il ne s’en rappelait tout simplement pas. Il était prêt à accepter l’invitation au port, bien que cette dernière, comme il le devinait, n’était pas sérieuse. Malgré tout, il y répondit favorablement. Cette invitation, contrairement à la sienne, était réalisable, après tout.

« Pourquoi pas, ça pourrait être amusant, dit-il, avec réserve. J’aimerai aller à la mer, un jour. »

La mer. D’elle aussi, il en avait un vague souvenir – sans mauvais jeu de mots.
Le pêcheur – puisqu’il pouvait l’appeler ainsi, maintenant - s’installa à ses côtés et reprit la conversation, ramenant cette dernière à Elena. Shôta en était intiment persuadé ; cette jeune femme, c’était bien elle. Il se souvint même avoir prononcé son nom. L’intérêt que lui portait soudain son interlocuteur lui parut étrange, mais qu’importe. Récapituler à voix haute tout ce dont il se souvenait lui permettrait d’ancrer ces souvenirs à jamais dans sa mémoire. Qui sait, peut-être qu’au contact de cet inconnu d’autres fragments lui reviendraient encore. Curiosité mal placée ou non, en parler ne pouvait que lui faire du bien.

« Donc, cette femme… Est-ce que c'est quelqu'un... que tu connais ? »
- Oui. Elle s’appelle Elena. Mais à part ça, c’est tout ce que je me rappelle d’elle. Et vaguement de son visage, à présent.

La liste était ridiculement courte. Un nom, un visage. Un visage… Dans un sursaut, il se mit à palper les poches de son pantalon puis de sa parka, intérieures comme extérieures. De sa poche extérieure droite, il sortit un stylo bleu et de sa voisine son carnet noir. Il l’ouvrit et commença à décrire ses traits. Femme jeune, cheveux noirs, yeux gris – voire argent. Nez court et fin. Il prit une autre page et se mit à gribouiller, à esquisser son portrait. Il n’était pas mauvais dessinateur, et la première esquisse qu’il réalisa le satisfit. Il la fixa quelque instant, essayant vainement de se rappeler quelque chose. À l’abri du regard de son voisin de banc, il nota en japonais sous le dessin : « perdue – déchirement ». Il rangea son stylo tout en contemplant son œuvre. Elle était belle, même ainsi. Son image le plongea soudain dans un état mélancolique. Il soupira et referma le carnet.

« Peut-être que me souvenir de certaines choses ne me font pas autant de bien que ce que je ne le pensais… »

Il tapotait son carnet contre son genou, doucement. Tout en le désignant à son interlocuteur, il reprit :

« J’y note tous mes souvenirs, tous ces fameux fragments dont je vous parlais. Comme vous avez pu le constater, je n’y ai pas noté grand-chose… »

Il demeura à nouveau silencieux, perdu dans la noirceur de ses pensées. Puis il souvint – encore – qu’il avait de la compagnie. Il se sentit honteux d’accaparer tout le temps précieux de cet homme avec ses problèmes. Il n’avait jamais eu l’habitude qu’on s’intéresse autant à lui ; c’était lui qui d’habitude feignait d’écouter autrui, mais pour d’autres desseins – ceux qui gardaient ses affaires en bonne santé. Il se mit à rougir avant de murmurer :

« Je dois vous embêter avec mes histoires… Rien ne vous oblige à rester vous savez… Si vous avez d’autres choses à faire, je comprends… »

HRP:
WOW je viens de remarquer que je suis genre HYPER EN RETARD. Milles excuses, j'ai eu pas mal de choses qui se sont enchaînées ici en ce début d'année et je n'ai pas eu le temps - ni l'esprit - de prévenir. Encore une fois, je suis désolée !   Bonne année en retard !



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le Ven 17 Fév 2017 - 19:58
Tout aime les histoires dramatiques. Dans le cas contraire, le cinéma ne s'embêterait pas à produire ce type d'histoire à tout bout de champ, non ? On veut saigner, on veut pleurer, on veut que ça se déchire et que ça se retrouve sous la pluie. Parce que les histoires dramatiques nous rappelaient que nous avons tous le droit d'être malheureux, même si dans la plupart des cas, les petits malheurs ne valaient pas forcément les larmes qu'on leur versait. Avec un brin d'étonnement, Naga se rendit compte qu'il n'y avait pas de femme dans son drame personnel - sauf à compter sa mère, envers qui il ressentait une certaine culpabilité. En tout cas, l'amour en était absent, et il en souffrait déjà bien assez. Mais ce type, là, semblait embourbé jusqu'au cou dans une histoire de cœur. Il ne se serait sans doute pas embêté à se rappeler d'elle si elle n'avait été qu'une mère ou qu'une sœur - mais peut-être Naga avait-il justement envie que le faux mendiant fût touché par une peine d'amour, en bon spectateur d'un film dramatique qui se déroulait sous ses yeux. Même s'il n'avait aucune influence sur la vie de cet homme, il ne pouvait s'empêcher de vouloir désirer pour lui quelques fins possibles, qui n'étaient pas toujours très belles - mais qu'importe, pour le plaisir du spectateur.
De belles retrouvailles larmoyantes au terme d'une course-poursuite haletante où il la poursuivait d'ardeurs qu'elle ne pensait pas mériter (l'effet dramatique par excellence, mais soyons honnêtes, ce n'était pas très crédible).
Un destin tragique où il découvrait la mort de sa mort-aimée, si possible dans d'atroces souffrances (une pensée vraiment cruelle, qu'on ne lui espère pas en vrai).
Un problème sans véritable résolution, comme c'était souvent le cas à Pallatine.
Naga devait vraiment cesser de se faire des films, ça devenait malsain.

« Elena... c'est un joli prénom. »

Son regard glissa sur le carnet, que le faux mendiant lui présenta comme le répertoire de ses souvenirs. Il était, comme son propriétaire l'avait souligné, désespérément : Naga ne savait pas combien de pages une personne non-amnésique pouvait potentiellement remplir, mais il était évident que cela faisait plus que quelques pages. Il se sentait triste pour le pauvre homme qui n'avait que quelques griffonnages pour souvenirs. Il avait envie de faire quelque chose, ou du moins, de lui souhaiter une fin heureuse. Son interlocuteur avait peur de l'ennuyer avec ses histoires, mais il ne se rendait pas compte à quel point il était fascinant - et faisait pitié. Naga ne regrettait pas du tout d'avoir vu ses trois dollars rejetés.

« Du tout, répondit Naga promptement. Au contraire, c'est très intéressant ! Enfin... je ne veux pas faire voyeur, bien sûr, mais c'est le genre d'histoire qu'on ne rencontre pas tous les jours, et pourtant, y'a des types sacrément louches par ici... »

Normalement, dans une histoire classique, le héros aurait alors lancé une exclamation grandiloquente du type « je vais t'aider à retrouver ta mémoire » et aurait probablement proposé moult solutions inefficaces avant de découvrir celle qui conviendrait. Mais quand il s'agissait de sa propre vie, Naga ne se croyait pas dans une fiction, bien au contraire. S'il restait en dehors de la vie du mendiant, il pourrait regarder le parcours de ce dernier comme une jolie histoire à lire avant de se coucher, mais s'il intervenait... tout deviendrait réalité. Et cela faisait réfléchir.
Il abandonna au bout d'une demi-seconde.

« Je ne sais pas trop ce que je peux faire pour t'aider, avoua Naga, ni même si tu sais exactement ce que tu veux recevoir comme aide. Mais tu as pensé à aller voir un hypnotiseur ? Ou à consulter l'Institut, pour voir si tu peux avoir accès à leurs dossiers ? Ils gèrent l'état-civil, s'il y a une Elena, il y a bien moyen qu'ils en aient gardé la trace, non ? »

Tout cela était bien stupide, quand on y réfléchissait : le faux mendiant avait sans doute eu largement l'occasion de penser à ces solutions faciles. Et puis, rien ne disait qu'elles allaient fonctionner. Mais que pouvait dire d'autre Naga ? Désolé, je sais pas quoi faire, au revoir ? Non, tout de même, ça ne se faisait pas. Il n'était pas forcément le mieux renseigné quant à ce qu'il fallait faire ou pas pour se comporter correctement avec les autres, mais là, il était presque certain de son coup, il ne pouvait pas se tromper.

HRP:
Du coup, désolée à mon tour pour le temps de réponse & bonne année à toi aussi, c'est un peu bizarre ce que j'ai écrit, pardon, j'espère que ça ira quand même, et si tu as besoin d'explications, n'hésite pas à me mp. ♥




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