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    Et parfois, on lit.

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    Nom de code : trauma
    Avatar : kaneki ken

    Re: Et parfois, on lit.
    le Dim 10 Déc 2017 - 15:07
    OK C'EST L'HEURE DE MES LECTURES
    J'ai assez peu lu ces dernières temps pour tout un ensemble de raisons.

    Le dernier livre que j'ai fini sont les Lettres à un jeune poète de Rilke.
    Je n'ai rien compris aux lettres.
    Ses proses ne m'ont pas particulièrement marquée, surtout la dernière, « Bruit originaire » qui se lance dans des considérations techniques et j'ai trouvé qu'on perdait quelque chose. En revanche, les poèmes en français sont jolis. J'ai particulièrement aimé celui-ci :
    L'enfant à la fenêtre attend le retour de sa mère.
    C'est l'heure lente où son être altère
    d'attente illimitée...
    Comment suffire à son doux regard préliminaire
    qui partout ne voit que ce qui diffère
    de l'unique maternité.
    Ces vagues passants que son attente nivelle
    ont-ils tort, dites, de ne pas être celle
    qui tant suffit...
    Il y a ce rythme que j'aime entendre et les choix des mots, de la ponctuation aussi (on s'attend tellement à ce qu'une phrase commençant par "comment" finisse par un point d'interrogation, et en fait non). C'est le genre de poème qui m'interpelle et je comprends instinctivement leur sens, et ensuite on regarde dans le détail et on comprend pourquoi chaque mot est à sa place. (c'est le genre de sensations qui m'a fait aimer Rimbaud, soit dit en passant) Plus généralement, la troisième partie de l'ouvrage est celle que j'ai préférée, les considérations sur la langue maternelle et les autres langues, sur la traduction et toutes ces questions dans la préface m'ont énormément plu.

    J'ai lu aussi La peur. Aucune nouvelle n'a été un coup de cœur pour ma part même si ma nouvelle préférée est la même que Naga. Concernant « Le femme et l'orage » elle est très bien rédigée mais aussi malsaine. Pour moi y'a un côté attouchement/viol qui ne passe pas trop, en fait. Même si ce n'est probablement pas volontaire du coup. Je pense que ces nouvelles sont bien mais simplement pas dans mes centres d'intérêt.

    Ensuite on passe à un roman emprunté à Hafiz appelé La maladie du roi. Le synopsis est simple : Louis XIV a une fistule anale, et il doit se faire opérer - mais le chirurgien n'est pas certain qu'il va y survivre. Jolie idée, mais qui pour moi est desservie par le style. Vous connaissez cette expression que les auteurs anglophones : show, don't tell ? bah le problème c'est que là on est vraiment dans le tell. La première ligne de dialogue direct n'apparaît qu'au bout de 30 pages (le livre étant assez court, c'est long), et la plupart des dialogues sont au style indirect. Un exemple : lorsque le chirurgien se rend dans les quartiers populaires de Paris, le narrateur nous explique qui vit dans le quartier, dans une énumération qui manque un peu de liant ; mais on ne sait pas à quoi ressemble le quartier par exemple. Et puis, l'autre problème, c'est la volonté de vouloir donner plus d'informations, comme la situation en Russie : il y consacre un paragraphe où il explique ce qu'il s'y passe, mais en vrai, ça ne sert à rien pour l'histoire.
    Est-ce gênant ? pas forcément, si encore les informations données étaient pertinentes. Mais pour tout ce qui touche à la science, à la médecine et à la religion, je suis au regret de dire que non. Il défend une vision erronée qui repose en grande partie sur des a priori actuels. Comme de dire, il me semble, que le 17e siècle est celui de la science expérimentale, alors qu'en réalité il s'agit du 18e siècle. Les sciences qui ont la côte au temps de Louis XIV, ce sont les sciences mathématiques. Ce qui ne veut pas dire que la médecine ne réalise pas de progrès - et d'ailleurs il a bien raison de préciser le fossé entre médecins et chirurgiens, mais son chirurgien est quand même un cas particulier (et c'est normal s'il est proche du pouvoir), ça aurait été bien de le préciser. Autre problème, c'est de montrer les savants parisiens très ouverts aux idées nouvelles, alors que Paris (et la Sorbonne en particulier) y est en fait très réfractaire. La Sorbonne est très conservatrice et sans avoir les dates en tête, je ne suis pas certaine qu'à l'époque ils aient déjà commencé à s'y ouvrir. Je ne crois pas, enfin ce serait à vérifier.
    Maintenant, je précise que ça fait un an et demi que je planche sur ces questions, c'est tout à fait normal que ça me fasse tiquer. Je pense que le lecteur lambda ne remarque rien. Mais du coup, faîtes gaffe. Tout n'y est pas exact.

    A mon tour de parler de Demian, j'ai envie de dire. wtf. C'est cool comme ouvrage mais tiré par les cheveux ? Perso je trouve ça super inquiétant comme c'est sectaire. Pour le reste mon avis rejoint celui de Naga, donc voilà.

    Après je ne sais plus ce que j'ai lu, après du tokyo ghoul & des bl. (avec ça, vous avez littéralement ma bibliothèque manga, j'vous jure, moi même je me juge) Vu que tg c'est connu (et que je ferai un grand post quand j'aurai acheté tous les tomes) & que mes kizu natsuki j'les kiffe mais vous vous en foutez bah j'vais vous parler d'un de mes mangas préférés, à savoir Hidamari ga Kikoeru de Fumino Yuki. Donc c'est du bl mais par une auteur qui n'est pas vraiment spé du genre (ça se sent un peu au début, franchement) et qui a aussi écrit du josei (mais pas traduit hélas). Juste pour vous expliquer pourquoi j'aime vraiment. Autre particularité : c'est un manga qui traite du handicap et apparemment de façon réaliste (enfin le manga en lui-même a un côté très casual en soi).
    En gros, c'est l'histoire de Taichi (un de mes deux taichi d'amour ♥️), un étudiant pauvre, qui est à la fac mais ne sait pas trop ce qu'il veut faire de sa vie, et qui un jour rencontre Kohei, un étudiant malentendant. Une rencontre un peu particulière, parce qu'il tombe littéralement du ciel (j'adore cette image ok). Les deux garçons passent un accord, Taichi acceptant de prendre des notes pour lui (il est pas doué) en échange des repas que lui amènent Kohei. Ils deviennent progressivement amis (et plus) (c'est pas un spoil ok) et au final, leur relation les fait évoluer. Le premier tome c'est un peu celui où Kohei se libère un peu de ses problèmes et où il apprend à aller vers les autres. Le second, c'est celui où Taichi trouve enfin ce qu'il veut faire de sa vie. Un troisième tome est en cours de publication, j'en ai juste lu les premières chapitres et !!! i can't.
    Pour ma part, la romance est probablement ce que j'aime le moins dans ce manga, elle est un peu basique et pas toujours très bien amenée. MAIS LE RESTE OMG les personnages sont super attachants !! fin jsp mais quand taichi parle des hamburgers brûlés que son papi lui fait pour son anniv !! A CHAQUE FOIS QUE JE LIS LE PASSAGE ÇA ME FAIT CHAUD AU COEUR & JE SOURIS COMME UNE IDIOTE OK. c'est tellement tout doux et posé et calme et humain. Et en vrai c'est ça que j'aime dans ce manga. Ça a quelque chose de si vrai. Et les couvertures sont absolument magnifiques. (d'ailleurs en octobre j'étais à la fac de metz dans un amphi et j'ai tourné la tête vers l'extérieur, et il y avait tous ces arbres qui bordaient les grandes fenêtres et ce même vert que la couverture du tome 1, ces mêmes jeux de lumière, c'était magnifique et ça m'a rendu heureuse tout à coup)
    Bon ma critique est sans doute très très partielle et je crois que ça se sent, mais honnêtement je défendrai ce manga jusqu'à ma mort et vous pouvez me juger comme vous le voulez, idc. Pour une fois que je trouve une histoire qui me rend sincèrement heureuse.

    Il me reste du coup La tulipe du mal et normalement j'aurai fini tous les bouquins empruntés en été.

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    Ancien vice-commandant du Shinsengumi, aujourd'hui chef de brigade à l'Institut.

    Ton histoire est celle d'un simple paysan qui a voulu s'élever, transcender les classes de sa société ; et devenir samurai, en adopter les valeurs et le mode de vie. C'est celle d'un homme qui a voulu rêver.

    Ton histoire est celle d'une étoile filante, une comète qui a brillé brièvement mais avec intensité dans l' histoire du Japon. A l'image de la floraison de la fleur de cerisier, si éphémère mais si glorieuse.

    Ton histoire est noble et tragique, comme le masque du tyran que tu as prétendu être, le chef sévère mais au fond qui se préoccupait trop de ceux qu'il aimait.

    Ton histoire enfin maintenant, c'est celle d'un homme à qui l'on a volé son destin, qui le sait - et qui essaie d'avancer malgré tout ; qui change tout en ne changeant pas. Immuable comme la terre, immatériel comme un courant d'air, mouvant comme l'eau, et brûlant toujours du même feu intérieur.

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    Re: Et parfois, on lit.
    le Dim 11 Fév 2018 - 21:31
    BONSOIR JE DEVRAI PAS POSTER ICI MAIS YOLO.
    (L'histoire de ma vie.)


    Je ressuscite un peu le topic. J'ai beaucoup lu depuis la rentrée (merci les BU) mais je n'ai pas eu trop le temps de poster donc pour une fois que j'ai la motivation eh bien...

    Après l'avoir lu une première fois en fin de lycée, j'ai refait connaissance avec Les amours interdites de Yukio Mishima. (Toujours lui.) Un vieil écrivain, Shunsuke, pactise avec un jeune premier, Yûichi, - sans cervelle à mon goût, j'assume-, pour se venger des femmes par qui il a longtemps été trahi. Il le pousse dans un mariage sans amour, alors que Yuîchi fait la découverte du milieu homosexuel du Tokyo des années 1950. Et. Wow. J'ai du mal à réaliser que j'ai lu un truc pareil au lycée parce que c'est..dur. Sans concession. Mature. Et pourtant avec une forme de raffinement dans la cruauté psychologique que je ne retrouve que chez Mishima. On passe de retournement de situation en retournement de situation, de plan en plan, de manipulation en manipulation, avec en filigrane le fort thème de la dissimulation, traité notamment par Yûichi qui en apparence se comporte en un mari exemplaire alors qu'il a des relations extra-conjugales ; tout pour maintenir la face. Oui ce roman est tordu, oui il est long, oui il se perd dans des considérations métaphysiques, mais je l'aime énormément, ne serait-ce que pour la beauté du style. A ne pas mettre entre toutes les mains, et pourtant non dénué d'intérêt.

    Sur un mode plus "léger" (disons qu'au moins le genre est moins intellectuel), j'ai aussi terminé le cycle de La Tour Sombre de Stephen King, qu'il considère comme son grand oeuvre, une sorte de moyeu autour duquel s'articule beaucoup de ses histoires. Et j'ai adoré. Le premier tome a été un peu difficile à lire, j'avais du mal à rentrer dans l'histoire..et arrivée au deuxième tome j'étais lancée, j'ai lu, j'ai dévoré même la suite, jusqu'au tome final et le petit spin-off. La fin m'a brisé le cœur à cause de ce que cela signifie, et pourtant on y trouve une note d'espoir, je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler mais. Wow. J'ai adoré la progression psychologique du personnage principal Roland qu'on découvre au début très froid, et qui se révèle au final humain. Trop humain presque. Les autres personnages sont crédibles, relatable comme on dit en anglais, car ils ont des réactions humaines, il est facile de s'y attacher, surtout Jake. Mention spéciale au moment où un personnage décide qu'il en a marre et abandonne alors que dans beaucoup d'histoires fantastiques que j'ai lu, le personnage aurait juste continué en faisant preuve de sa formidable volonté. Mais là non. J'ai aimé les références aux autres univers de Stephen King, comme Ca, Jerusalem's Lot, Cœurs perdus en Atlantide et bien d'autres que je dois oublier. Et à l'inverse, on peut poser des hypothèses sur certains éléments présents dans d'autres récits, comme  par exemple l'idée que l'endroit d'où viennent les monstres de Brume soit une tramée. Cela faisait longtemps que je me disais que je devrai le lire, étant une grande fan de King, et bien..je n'ai pas regretté. C'est un monument, c'est tout.

    En changeant complètement de genre littéraire, j'ai reçu Le doute, de S.K Tremayne, publié en anglais sous le nom de The Ice Twins. L'histoire tourne autour d'une famille qui a vécu un drame. En effet, un an auparavant, l'une des deux jumelles du couple est morte dans un accident. Sauf que la jumelle survivante commence à prétendre qu'elle est l'autre, créant la confusion dans la tête de ses parents et du lecteur ; et si ce soir-là, ils avaient commis une erreur dans l'identification de leur enfant ? Je n'ai pas réussi à décrocher, c'était une lecture haletante et pleine de suspense, de retournements de situation alors qu'on tente de découvrir ce qui s'est réellement passé en passant parfois par des fausses pistes qui pourraient expliquer des choses alors que non. Après il faut aimer le genre policier et le thème (pardon Naga et Sneug, je leur en avais déjà parlé), mais franchement, j'ai aimé. Pour une fois qu'un bouquin dont on parle en cours me plaît vraiment... Rolling Eyes

    Nouveau passage par la littérature américaine : Sukkwan Island, de David Vann. En gros, c'est l'histoire d'un père qui décide de passer un an en Alaska en compagnie de son fils avec lequel il n'a plus vraiment de relations. Cela fait un peu penser à Into the wild, c'est vrai, et la comparaison se tient, dans le sens où le père n'est pas aussi bien préparé qu'il le croit et accumule les erreurs. Et pourtant on y croit, il y a des notes d'espoir où la situation semble s'arranger.  Franchement, j'ai bien aimé, mais je ne dirai pas qu'il s'agit d'une lecture réellement indispensable.  Si on aime les romans traitant des grandes étendues sauvages, oui. Sinon...Into the Wildest mieux, franchement.

    Enfin, dernière bonne découverte vue en cours (je vois beaucoup de choses intéressantes en cours, merci mes profs) : Certaines n'avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka, une écrivain américaine d'origine japonaise.  Dans ce roman, l'auteur raconte l'exil de centaines de femmes japonaises dans la première moitié du XXème siècle, venues aux Etats-Unis pour épouser d'autres Japonais bien établi ; elles ont été choisies comme ça, sur photo. Sauf que les déceptions s'accumulent, leurs maris ne sont pas aussi attirants que sur les photos, ni aussi riches, ni franchement délicats - le passage sur les mariages est d'ailleurs assez cru et dur, je le signale-, l'intégration est difficile à cause du racisme ambiant, les enfants qui renient leurs origines japonaises et s'américanisent...Et c'est traité avec une forme de poésie grâce à la narration particulière en nous qui produit un effet choral assez surprenant mais agréable. Il y a beau ne pas avoir de personnage principal à proprement parler, on s'y attache, à ce groupe de femmes dont on ne connaît pas le nom, ou alors si peu. Après ce n'est que mon avis mais ces femmes ont beau ne pas avoir réalisé de "grandes" choses, je les trouve tellement courageuses et dignes de respect. Tout abandonner pour une vie pareille, ne pas retourner au Japon ou fuir ailleurs...Non vraiment. Ce roman est court mais extrêmement bien ficelé, si je peux parler ainsi.  Du coup j'ai réservé le premier roman de l'auteur, Quand l'empereur était un dieu, et j'avoue avoir plutôt hâte de le découvrir. Juste pour voir si c'est aussi bien et si ça prend autant aux tripes.

    Et c'est tout pour cette fois
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    Ton histoire est celle d'une étoile filante, une comète qui a brillé brièvement mais avec intensité dans l' histoire du Japon. A l'image de la floraison de la fleur de cerisier, si éphémère mais si glorieuse.

    Ton histoire est noble et tragique, comme le masque du tyran que tu as prétendu être, le chef sévère mais au fond qui se préoccupait trop de ceux qu'il aimait.

    Ton histoire enfin maintenant, c'est celle d'un homme à qui l'on a volé son destin, qui le sait - et qui essaie d'avancer malgré tout ; qui change tout en ne changeant pas. Immuable comme la terre, immatériel comme un courant d'air, mouvant comme l'eau, et brûlant toujours du même feu intérieur.

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    Re: Et parfois, on lit.
    le Mar 6 Mar 2018 - 19:20
    Double-post du mal, je commence à me sentir seule par ici les enfants

    Donc, j'ai lu When the emperor was divine / Quand l'empereur était un dieu, par Julie Otsuka, qui lui retrace l'histoire d'une famille qui comme de nombreux Japonais vivant aux Etats-Unis ont été internés dans des camps par le gouvernement. Moment de l'histoire américaine peu glorieux s'il en est, mais je ne pousserai pas plus loin l'analyse politique, on n'est clairement pas là pour ça. Donc. Je l'ai lu en anglais, dans le texte, et franchement j'ai beaucoup aimé; Le style est simple, mais percutant, on s'identifie vite aux personnages et on ressent beaucoup d'empathie pour eux. Le roman se divise en plusieurs segments, on commence par la mère, puis la fille, puis le fils, puis le père, au fil de l'avancée chronologique et franchement c'est bien ficelé. Un bon roman à lire donc Nice


    Petit passage dans le monde du polar avec Toutes les vagues de l'Océan, par Victor del Arbol, un auteur espagnol que j'ai complètement découvert un peu par hasard, quand je demandais des conseils à une libraire en matière de polar. Ce roman raconte l'histoire de Gonzalo, un avocat qui découvre que sa soeur, policière, s'est suicidée après qu'elle ait été accusée d'un meurtre. Il tente de débrouiller un peu toute cette histoire car il veut comprendre pourquoi elle en est venue là ; alors même qu'ils étaient en froid à cause d'un article qu'elle avait écrit sur leur père, Elias, héros du parti communiste espagnol. Ce meurtre va l'amener à redécouvrir l'histoire de leur père, et à mettre au jour de bien sombres histoires.(Oui cette phrase est cliché.) Jusqu'au retournement de situation final - que j'ai toujours du mal à comprendre, mais ma foi, si les motivations d'un personnage étaient complètement saisissables, je crois que cela serait un peu ennuyeux..même si j'étais un peu frustrée du coup. Cependant. L'histoire est bien amenée, intéressante, les transitions passé-présent sont bien faites et pertinentes. En revanche, je ne le conseillerai pas à tout le monde. Déjà parce qu'il s'agit d'une histoire complexe qui se déroule sur 600 pages, ensuite parce que les thèmes évoqués sont extrêmement durs : on parle de mafia, de prostitution, de trafics de drogue, d'adultère, de chantage, de violence...

    Comme lecture plus légère, j'ai lu l'Histoire sans fin, de Michael Ende. J'avais adoré le film, et je l'adore toujours, donc lorsque j'ai vu qu'il était disponible je n'ai pas hésité, j'ai foncé. Sans regrets. Le premier film correspond bien à la première moitié du roman avec quelques petits changements néanmoins, que je laisse découvrir Malicieux Pour rappel, c'est l'histoire de Bastien Balthazar Bux, un petit garçon qui se fait harceler à l'école, et qui "emprunte" un ouvrage mystérieux, L'Histoire sans fin. Sauf que l'histoire est bien plus prenante que ce qu'il aurait pensé...La seconde partie, elle, m'a un peu surprise mais d'un côté, quand on voit le personnage principal, on comprend comment et pourquoi on en vient là. No spoils cependant 8D Bref j'ai adoré, c'était bien agréable à lire et ça repose le cerveau après une journée de cours. Vous l'aurez compris, je recommande I love you
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    Invité
    Re: Et parfois, on lit.
    le Dim 22 Avr 2018 - 14:17
    Hmmm il est temps de relater toutes les lectures que j'ai pu faire depuis décembre (en fait un petit paquet, surtout que j'ai repris la lecture Nice ) (bjr je révise pas je préfère lire)

    La tulipe du mal, Jörg Kastner
    Ce roman policier se passe à l'époque moderne, fin 17e siècle, à Amsterdam. Des amateurs de tulipe sont assassinés les uns après les autres, et la seule piste est une pétale de tulipe noire, très rare. La tulipe n'est pas très appréciée car à cause de la spéculation dont elle a fait preuve au début du siècle, elle a ruiné bcp de gens (100% véridique). Des choses se devinent, mais pas l'identité du coupable, donc c'est tout bon pour moi. Nice Un peu tiré par les cheveux quand même mais une bonne lecture malgré tout.

    Cœur d'Acier 2 : Brasier, Brandon Sanderson
    J'ai déjà dû dire que Sanderson est un de mes auteurs de fantasy préférés, bah même quand il change de genre, c'est cool. Cœur d'Acier, c'est une série un peu post-apo où des gens ont obtenu des pouvoirs (on les appelle les Épiques), mais ce pouvoir a fini par les corrompre. Tout le premier tome tourne autour de la résistance autour du tyran Cœur d'Acier. Le second déplace l'action vers un autre tyran, mais cette fois notre héros David est à la recherche de sa bien-aimée Megan. C'est sans doute cette partie de l'histoire que je n'aime pas et que je n'ai jamais aimé, les deux ensemble, ça ne marche pas pour moi. Cela dit, ce tome est riche en révélations sur les pouvoirs des Épiques, et comme c'est du Sanderson, c'est génial. 12/10 pour ses systèmes de magie, je vous jure. Ce tome s'achève par un cliffhanger bien méchant, ah, il me tarde d'avoir le tome 3. Nice

    Six of Crows 2 : La Cité corrompue, Leigh Bardugo
    J'en ai un peu parlé avec Saraeth, mais ce livre est une déception. Autant le tome 1 est pas mal, autant le second, on s'ennuie un peu. C'est un peu comme si cette histoire était en trop, comme si les couples qui se formaient dans le premier tome perdait en intérêt. C'est le second et dernier tome, et encore heureux. Les personnages perdent en nuances, je trouve. Quant à l'histoire, elle est juste tirée par les cheveux ???? le suspense était vite tué par des explications trop rapides ??? non franchement c'était super dommage, quel gâchis.

    Petit pays, Gaël Faye
    On m'a conseillé ce roman, qui a emporté le prix du Goncourt des lycéens, et je comprends pourquoi. Assez court, il retrace la vie d'un Français métisse qui vit depuis sa naissance au Burundi, et qui voit la paix fragilisée par les conflits ethniques. C'est un ouvrage nostalgique, et si ce n'est pas une autobiographie, il y a quelques similarités entre l'auteur et son personnage. C'est facile à lire et vraiment cool. Et pour les curieux, si vous connaissez l'auteur pour sa musique, vous serez peut-être intéressé par la chanson du même nom.

    Album zutique. Dixains réalistes.
    Naga m'a acheté ce volume qui réunit deux recueils collectifs de poésie assez particuliers. Ils sont très critiques, parodiques également, surtout l'Album zutique (si vous connaissez le « sonnet du trou du cul », vous l'y trouverez là, vous voyez le genre), crus par moments. Ce sont surtout des protestations, qui ont réuni des poètes de la fin du 19e siècle qui ont voulu dire zut. L'édition est à ce titre très bien faite, elle comporte une bonne mise en perspective historique et le commentaire d'un certain nombre de poèmes permet de mieux les comprendre. C'est rare que je trouve une édition poétique aussi bien faite, je précise.

    Rafales d'automne, Natsume Sôseki
    Eh oui, on varie un peu les auteurs japonais.  C'est mon premier ouvrage de lui que je lis, et ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas une lecture facile. Ce roman parle de deux étudiants, l'un riche et sans soucis, l'autre pauvre, malade et désireux d'écrire un roman (sans en avoir le temps, car il est absorbé par les traductions de manuel qu'il doit faire pour vivre), ainsi que d'un professeur également en manque d'argent qui s'insurge contre la société actuelle. Je dirais que ce livre parle d'une révolte, qu'il met en lumière des personnages qui ne se retrouvent pas dans la société japonaise du 20e siècle, car leurs idées sont trop brillantes, trop particulières. Je pense qu'une seconde lecture sera nécessaire à un moment donné pour vraiment saisir cet ouvrage.

    Le petit livre des couleurs, Michel Pastoureau
    Un cadeau de ma tutrice pour Naga et moi, avec un lexique de mots historiques. Cœur Cœur  Je l'ai lu très vite parce qu'il est court, mais en plus très intéressant. C'est une version ultra-condensée des thèses de Pastoureau, un historien connu pour ses travaux sur la symbolique, et LE grand spécialiste des couleurs. C'est une pointure et vous pouvez y aller les yeux fermés. Franchement, c'est un ouvrage très facile à lire. Il s'agit d'un entretien où Pastoureau parle des principales couleurs (bleu, rouge, vert, etc.). Vous apprendrez plein de trucs, donc voilà, si vous avez envie d'élargir un peu votre culture générale avec un bouquin simple, c'est pour vous !

    Le dernier des yakuzas, Jake Adelstein
    Après Tokyo Vice, où ce journaliste américain ayant fait sa vie au Japon a raconté son parcours et ce qu'il a appris sur les yakuzas, ce second ouvrage est la biographie légèrement retouchée d'un yakuza nommé Saigo. Les deux bouquins sont à lire ensemble, les histoires étant liées. C'était une lecture passionnante et instructive, qui permet de comprendre à quel point le monde yakuza a bien changé dans les dernières décennies, et de toucher du doigt l'ancienne éthique yakuza, fascinante en ce qu'elle n'a rien de manichéen.

    Seraph of the End, tome 1 + 2
    C'est la partie manga, mais j'ai acheté le pack "2 volumes pour le prix d'un" et je ne le regrette pas. Les dessins sont franchement très beaux, et l'histoire... eh bien, si vous avez vu l'anime, vous savez ce qu'il en est.  Une mystérieuse maladie a ravagé la grande majorité de la population (les enfants n'ont pas été touchés), les vampires en ont profité pour sortir et prendre le dessus. Yu, le héros, s'échappe quand il est enfant d'une cité vampire, persuadé qu'il n'y a rien au dehors. Il est alors intégré à l'armée démoniaque japonaise (avec le fameux Guren Cool  j'aime ce mec) et n'est obsédé que par l'idée de se venger des vampires. Sauf que bon, les choses sont plus compliquées que cela. Après avoir vu l'anime, quand on relit ces deux tomes, on est là "... tant d'indices que je n'ai pas vus", ce qui est déjà pas terrible, et puis "TANT D'INDICES QUE J'AI VUS MAIS AUXQUELS J'AI REFUSÉ DE CROIRE" bref j'ai tjs été très crédule dans cette histoire, je n'ai jamais rien vu venir, mais au moins ça m'a fait rire.
    (Notez que j'ai aussi repris des tomes de tg, mais l'heure n'est pas encore venue d'en parler) (et que j'ai pris given mais j'ai pas la foi de vous en parler)

    Le Vieil homme et la mer, Hemingway
    Naga en parlera plus longuement que moi, je lui laisse cet honneur. Mais je dois dire que le suspense dans ce classique est très bien mené. On a beau plus ou moins deviné comment cela va se terminer, la tension monte et on se retrouve à tourner les pages pour savoir comment cela va se passer. Je conseille.

    Pèlerinage aux trois montagnes, Mishima
    Les lecteurs assidus de ce topic ont pu prendre connaissance de deux nouvelles extraites de ce recueil, « Martyre » et « Ken ». Comme je les ai bien aimées, j'ai décidé d'acheter tout le recueil. La nouvelle qui donne son nom est d'ailleurs assez intéressante : c'est l'histoire d'un poète et d'une femme qui travaille comme bonne pour lui, tout en prenant des cours à l'occasion. Elle a toujours rêvé d'écrire des poèmes, mais considère qu'elle n'a guère de talents. Le maître l'embarque alors dans un voyage où il dit adieu à une part de son passé. Je l'ai bien aimée, mais à mon sens, le manque de talent de la femme vient du mépris que lui voue le maître, qui ne lui accorde pas l'attention nécessaire et ne cesse de l'écraser. A force de lui répéter que ce qu'elle fait est nul, il est logique qu'elle y croit. Mais qu'importe : je dirais que ce n'est pas forcément une option que le narrateur exclue totalement.
    « Pain au raisin » est une nouvelle un peu étrange, autour d'une fête nocturne qui déçoit le personnage, et qui se finit de façon un peu meh. (pour moi) Pas trop mon truc.
    « La cigarette » était mieux, c'est un gamin à qui un senpai propose un jour une cigarette, et l'idée ensuite d'en fumer l'obsède. Court mais intéressant.
    J'ai oublié les titres des deux dernières nouvelles, mais la première aborde une rupture (le mec est dégueulasse) où les larmes de la fille ne cessent de couleur (un peu bizarre mais intéressant). Et la deuxième se passe au Moyen Âge : un moine venu de l'étranger raconte à un jeune garçon sourd l'histoire de sa vie. J'ai adoré cette histoire.
    Bref c'est du Mishima, ça se lit bien quand on aime le genre.

    Allah n'est pas obligé, Ahmadou Kourouma
    Voilà un de ces auteurs que j'ai découvert en khâgne et dont j'ai toujours eu envie de lire les ouvrages. J'avais déjà lu de lui les Soleils de l'indépendance qui retrace l'itinéraire d'un homme après l'indépendance de la Côte d'ivoire. Dans Allah n'est pas obligé, Kourouma aborde un tout autre sujet : la guerre et la place occupée par les enfants-soldats. L'histoire est comptée par un garçon d'une douzaine d'années, Birahima, et le style est par conséquent un peu particulier. Birahima le dit d'emblée, il ne parle pas un très bon français (enfin il écrit quand même mieux que bien des francophones de 12 ans) et se sert souvent de dictionnaires pour rédiger son récit. Très souvent, la définition de certains mots (aussi bien du "français de France" pour reprendre son expression que des expressions plus dialectales) est précisée entre parenthèses, et les injures parsèment la narration en un leitmotiv qui peut déranger le lecteur. Bref, ce n'est pas le plus évident à lire, mais je pense que cela recrée bien la voix d'un enfant qui aurait vécu la même chose que lui.
    Lorsque Birahima devient orphelin, il doit être élevé par sa tante. Mais celle-ci fuit un ancien mari violent, et quitte le village sans lui. Il est donc accompagné d'un escroc (dont j'ai oublié le nom) qui s'est plusieurs fois enrichi avant de tout perdre, et qui se présente comme un féticheur musulman. Commence alors un voyage à la recherche de cette tante. Or ce périple les amène à se confronter à la guerre au Libéria et au Sierra Leone, ces conflits étant expliqués avec précision au cours de la lecture par le narrateur, jusqu'à ce que...  C'est un ouvrage particulier, on ne peut qu'être impressionné par Birahima, qui prend les armes et défie la mort, passe de camp en camp, mais ne remet jamais en question ce qu'il vit. Il décrit les horreurs de la guerre avec neutralité, car pour lui c'est normal, il ne connaît que cela ; mais en vrai, cela donne des frissons dans le dos. Absolument pas un ouvrage facile à vivre, mais une exceptionnelle lecture.

    J'entends ta voix, Kim Young-Ha
    Okay, j'adore ce bouquin ? J'ai filé le résumé à un de mes potes et il l'a trouvé cool. C'est un peu trash sur les bords mais si bien. Nice  En gros, c'est un livre qui décrit la vie de Jeï, depuis sa naissance, un garçon qui dispose d'un don étrange, celui de ressentir la souffrance des autres (objets comme êtres vivants) lorsque cette souffrance est injuste, et qui s'illustre à la tête d'un gang de jeunes motards. Ce roman est d'ailleurs très brillant pour sa narration et ses focalisations : le narrateur est un des personnages, qui est son ami d'enfance, mais la focalisation se concentre entre plusieurs personnages, décrivant des scènes auquel le personnage qui raconte n'a pas pu assister. Bref, c'est la petite remarque stylistique, mais c'est intelligent. Difficile de parler de ce livre sans trop spoiler, car le propre de cet ouvrage, c'est de retracer des rencontres, des obstacles, qui conduisent Jeï à adopter cette attitude presque messianique, à s'isoler du commun des mortels. C'est un roman que je conseille, car subtil et cynique, à condition que vous ne soyez pas trop sensibles non plus. Nice
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    Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
    En pratique, Naga est plus un hypocrite cherchant à apaiser sa confiance qu'un Altermondialiste convaincu, mais il a toujours su se débrouiller pour éviter que quelqu'un lui en fasse la remarque...
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    Avatar : Sanada Akihiko.

    Re: Et parfois, on lit.
    le Ven 22 Juin 2018 - 15:28
    Ça faisait trop longtemps que je n'avais pas mis ce sujet à jour, heureusement, je tiens une liste de tous les ouvrages que j'ai lus depuis novembre.
    Voici les principaux, pas forcément dans l'ordre ceci dit, c'est fonction de mon inspiration.

      Maria V. Snyder, Poison Study

    Le bouquin que j'ai fini en dernier, donc celui dont je me souviens le mieux, d'autant plus que je l'avais déjà lu quand j'avais quinze-seize ans (probablement le premier ouvrage que j'ai lu en anglais, d'ailleurs). J'avais adoré cet ouvrage, premier tome d'une trilogie arlequin, et puisque la suite est sortie, c'était l'occasion ou jamais de s'y replonger.
    Le premier tome de la série des Study se passe dans le pays d'Ixia, une dictature militaire où grosso modo tout le monde porte l'uniforme et a sa chance de voir sa vie évoluer en fonction de ses compétences personnelles plutôt qu'à cause de sa seule naissance. Selon le code d'honneur, le poste de goûteur revient au prochain prisonnier à être exécuté, et il se trouve que cette personne est Yelena, une orpheline torturée par ses bienfaiteurs, emprisonnée pour avoir tué le fils pour se sauver. Elle se retrouve donc formée par Valek, le mystérieux chef de la sécurité qui, pour s'assurer de sa coopération, lui administre une dose de poison : si elle ne reçoit pas sa dose d'antidote tous les matins, Yelena mourra en 48h. Mais ce ne sont pas les seuls dangers qui menacent la jeune femme : d'une part, son ancien bienfaiteur est prêt à tout pour se venger, et d'autre part, une magicienne venue du Sud semble elle aussi bien décidée à mettre la main sur Yelena...
    Évidemment, j'ai moins apprécié ce livre que dans ma jeunesse, parce que par bien des côtés il reste assez simple et prévisible, mais il y a vraiment du bon : Yelena a un caractère plutôt agréable, elle ne se lamente pas sur elle-même et elle veut se défendre par elle-même, ce qui est admirable, sans forcément virer à la peste ou à la Mary-Sue insupportable qui n'a besoin de personne pour s'en sortir, même si elle a un passé traumatique assez lourd et pas toujours bien traité. J'avais eu un coup de cœur pour Valek à l'époque, et je comprends pourquoi : il ne colle pas totalement à l'image de l'assassin froid et insensible, n'est jamais méchant avec Yelena, et est capable de faire preuve d'une sensibilité surprenante. Il est parfois un peu déroutant, parce qu'il s'amuse de situations qui mettraient les autres sur les nerfs, généralement parce que la personne en question (souvent Yelena) agit de façon parfaitement logique et est donc prévisible. Du coup, on peut vraiment l'aimer parce que même si c'est un assassin, il reste correct avec son entourage, et il a des valeurs. Les autres personnages sont moins un peu moins bien développés, je trouve, et l'intrigue est un peu bateau/cliché par contre. Mais c'est une lecture sympathique quand même.

      Robin Hobb, Le Fou et l'Assassin, tome 3

    L'ouvrage que je suis en train de lire, et franchement, il est beaucoup mieux que les deux premiers tomes, il se passe enfin un peu d'action ! Le personnage du Fou est à mon sens très bien traité, on ne s'attendait pas forcément à le trouver dans cette situation et pourtant on retrouve toujours cette petite étincelle qui le rend attachant (et un peu agaçant pour ceux qui l'entoure). Fitz évolue un peu aussi, devient plus honnête avec ses sentiments, mais bon sang quelle tête à claques quand même ! Si je suis contente de ce qui lui arrive, j'aurais quand même préféré que ça se fasse un peu autrement, là c'est un peu trop. Je n'aimais pas trop Abeille, et pour l'instant on ne la voit pas trop, mais vu la situation dans laquelle elle se trouve, elle la ramène moins et c'est bien plus agréable, je vais finir peut-être par l'apprécier.
    Du coup j'avance à grands pas dans ce livre qui me plaît pas mal et qui se lit plutôt bien.

      Mark Lawrence, La Reine Rouge, tome 3

    Pour rester un peu dans la mouvance fantasy vu que je m'y suis un peu remis ces derniers temps, parlons de mon chouchou, Mark Lawrence. Et le dernier tome de sa deuxième trilogie que j'ai franchement bien aimé.
    Soyons honnête, ce tome est le moins bon des trois, probablement parce qu'il fallait finir un peu tout ça et qu'il va forcément y avoir des passages qui me plaisent moins. L'intrigue se boucle pas trop mal. Je n'ai pas franchement aimé le début de ce point de vue (je ne vois pas trop ce que tout ce passage dans le désert apporte, même si. ma scène préférée. voilà), le milieu m'a paru un peu longuet, mais la fin est satisfaisante, bien tournée, et on comprend pourquoi Jalan est le héros qui nous fallait.
    Évidemment, tout l'intérêt de ce tome, c'est Jalan. J'ai aimé ce protagoniste dès que je l'ai vu - par rapport au héros de la première trilogie, un peu trop fort et indifférent, Jalan est plus lâche, plus humain, et pourtant il arrive à forcer le respect. D'un point de vue évolution du personnage, ce tome 3 est parfait, parce qu'il permet vraiment au personnage d'avancer et d'exploiter à fond son potentiel. C'est pour ça que même si d'un point de vue de l'intrigue, le début du livre me semble moins bon, c'est en revanche mon passage préféré parce que quelque chose de débloque chez Jalan, et qu'il trouve enfin le courage d'affronter les problèmes qui lui courent après depuis le premier tome. C'est le même personnage, mais il a changé, et il ne s'en rend compte seulement maintenant - comme il le dit lui-même, il a traversé l'enfer, alors forcément, les problèmes qui lui semblaient insurmontables auparavant ne sont plus que des broutilles désormais. Et même s'il n'arrête pas de se plaindre et de fanfaronner, désormais, il arrive à agir par lui-même, voire même à prendre ses responsabilités, et c'est extraordinaire parce qu'il ne trahit pas un instant sa personnalité. C'est quelqu'un de bien, mais il faut vraiment le pousser pour qu'on s'en rende compte.
    L'une des raisons pour lesquelles j'aime Mark Lawrence, c'est parce qu'il s'améliore sans cesse, et que sa plume commence à être vraiment bonne. C'est la première fois que je repère chez lui des phrases d'une grande finesse. Par exemple : « En contrebas, une vaste étendue d'eau s'était approprié le bleu fatigué du ciel pour le changer en azur fluide. » Et elles pointent parfois, ces phrases, et on se dit qu'il y a un vraiment un potentiel en train de s'éclore.

      Brandon Sanderson, Légions de poussière

    Un peu moins fantasy déjà avec un de mes auteurs préférés. Ouvrage offert par Sneug, qui voulait que j'en ai un à moi, celui-ci se déroule dans un monde plutôt typé XIXe siècle, dans une académie de riches et de rithmaticiens (la forme de magie de cet univers : les rithmaticiens dessinent avec des craies des lignes et des cercles et s'affrontent ainsi, c'est un peu complexe mais intéressant). Le héros, Joel, n'est ni riche, ni même mathématicien, mais en tant que fils de l'ancien marchand de craie du campus, il a pu exceptionnellement être admis gratuitement dans cette académie. Cela ne l'empêche pas d'être absolument passionné par les lignes rithmatiques et de devenir l'assistant d'un professeur déchu au cours de l'été. Non seulement Joel va pouvoir en découvrir plus sur les lignes, mais aussi enquête sur de mystérieuses affaires de disparition de rithmaticiens.
    L'ouvrage est assez court, moins de 500 pages, ce qui veut dire, quand c'est un ouvrage de Sanderson, que le rythme est très rapide et soutenu. L'univers n'est pas forcément aussi bien développé que dans d'autres romans, par exemple, et les personnages manquent parfois d'un peu de profondeur. Joel est par exemple un peu trop imperméable à la déception ou au dépit, on le sent toujours prêt à aller en avant, en dépit du danger le plus souvent. Même si c'est un être humain ordinaire, ses capacités sont sacrément bonnes, meilleures que ce que l'enthousiasme seul ou la passion permettent d'expliquer. Mais on s'attache à lui quand même, sans trop savoir pourquoi.
    En revanche, l'intrigue est bonne, extrêmement bonne, et la fin surprenante : lorsqu'on pense avoir compris, on se rend compte, qu'en fait, l'explication cachait encore un secret, qui lui-même en cache un autre... on se laisse vraiment surprendre jusqu'aux toutes dernières pages, lorsqu'on pense n'avoir affaire qu'à une conclusion de convenance, alors qu'en fait non.
    Ce n'est pas forcément le meilleur ouvrage de Sanderson, mais très certainement le plus surprenant, celui qui coupe le souffle quand on l'a terminé parce qu'on ne s'attendait vraiment pas à tout ça quand même.

      John Steinbeck, La perle

    Ouvrage très court de Steinbeck qui aborde la vie des pêcheurs de perle mexicains, mais très émouvant et forcément bien écrit. Il raconte comment Kino a trouvé la perle qui est censée apporter bonheur et prospérité à sa famille mais qui ne lui attire que du malheur. Oui, une phrase suffit à résumer l'histoire, parce qu'en dire plus, ce serait trahir l'atmosphère cruelle du livre, emportée par une dimension morale qui accuse moins Kino que ceux qui participent à son tourment, et qui fait en même temps réfléchir à la satisfaction supposée que nous apporte la possession matérielle.
    Je l'ai lu en deux heures peut-être, ce qui est trop court pour vraiment s'attacher aux personnages, mais on sent dès le départ le dénouement tragique s'annoncer. Plus on avance, et plus on le sent arriver, comme un battement sourd qui peu à peu se précise à l'oreille. Par certains côtés, ce livre donne envie de se révolter, de se demander comment on peut aussi bien profiter de la misère d'autrui, on s'indigne, on craint le pire, et enfin il arrive, et Kino est brisé.
    Très bon ouvrage, donc, à mettre dans toutes les mains.

      Stefan Zweig, Le Monde d'hier

    Et je terminerai, même si ce n'est pas le seul que j'ai lu (beaucoup de Mishima, en l'occurrence, que je n'ai pas la force d'évoquer), par ce livre que Toshi a offert à Sneug, et puisqu'un prof de contempo y a fait référence (par rapport aux funérailles d'Herzl), ça m'a donné envie de le lire.
    J'avais déjà bien aimé la plume de Zweig, mais je dois dire que je me suis plus attachée que de raison à cet ouvrage qui, peut-être, parfois, paraît un peu trop dramatique (mais jamais trop personnel : en dehors de sa vie littéraire, sa vie privée est écartée). C'est un peu normal, c'est un peu le testament de Zweig avant de mourir, et il y livre beaucoup de ses pensées sur le monde d'aujourd'hui (tout début des années 40, donc) et le monde d'hier (jusqu'à la fin du XIXe siècle). Dramatique, donc, mais il réussit à merveille à recréer une ambiance, même lorsqu'elle paraît insensée.
    Et finalement, en refermant cet ouvrage, je me suis dit qu'il allait me manquer.

    Bon je commence à en avoir marre donc j'arrête là mais j'en ai lu plus j'ai dit.
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    Re: Et parfois, on lit.
    le Ven 22 Juin 2018 - 16:00
    J'avais noté mes commentaires à l'avance, je les poste maintenant que je peux le faire sans double post. Malicieux

    The Folk of Air 1 : The Cruel Prince, Holly Black
    C'est nul ???????? Non franchement, regardez-moi en face et dîtes-moi ce qu'il y a à sauver dedans ???? C'est une Britannique qui me l'a conseillé en me disant que c'était super et que le style était top, mais bon. C'était plat, comme écriture. Et si vous vous dîtes que je critique parce que c'est du young adult, sachez que je passe ma vie à lire des fanfics, donc pour que je lâche en pleine lecture, c'est vrai que je n'en pouvais plus.
    Ce truc, c'est l'histoire de Jude, une fille qui a vu ses parents tués sous ses yeux par un fae, avant d'être enlevée avec ses sœurs par lui, et emmenée dans son monde. Ça, c'est le problème. Ça a l'air pas mal, non ? Bah chapitre 1 : Jude, dix ans plus tard, rêve d'intégrer la cour des faes comme chevalier. Élevée par le meurtrier de ses parents, elle dit qu'elle a fini par l'aimer. Euh ok ???? j'ai rien contre mais ptn me lâche pas ça genre juste après m'avoir conté le meurtre ??? comment tu veux que je comprenne la meuf sinon ???? bon le truc c'est que je la comprendrai jamais. (oui parce que bon à un autre chapitre il est vnr et elle dit alors "ah ouais mais il me fait un peu peur il a quand même tué mes parents" genre c'est mtn que tu t'en rapppelles ok).
    Je remarque que l'indignation me pousse au sms mais soyons sérieux, quand ça m'exaspère à ce point, une critique en bonne et due forme n'est pas méritée.
    Bon je vais un peu spoiler, donc si vous voulez quand même lire, zappez ce paragraphe. Notre chère Jude se fait bullied par le prince Cardan (alors que c'est censé être son love interest ???? chère auteur que le mec soit un peu abusif en raison des circonstances de rencontre, c'est pas bien mais pk pas, qu'il ne la traite pas comme son égale parce qu'il est prince, ok ça c'est cohérent, mais un bully ???? même là je peux plus pardonner) et bon, elle lui résiste. Avant de sortir avec un de ses potes, qu'elle a pas l'air de trop aimer ??? je sais pas pk elle lui a dit oui ???? (il s'appelle Locke donc c'est un bon prénom mais tout de même) Et puis un jour elle découvre que Cardan se fait frapper par un de ses frères et elle commence à avoir de la pitié pour lui ???? (c'est tjs pas une raison pour te bully, jude, tu sais ????). Et un autre encore de ses frères lui propose subitement de devenir son espionne et elle est d'abord vexée qu'il dise ça parce qu'elle peut mentir (les faes ne peuvent pas) et ensuite elle dit oui ???? alors qu'elle veut devenir chevalier et qu'elle pourra plus ???? puis il l'envoie pour sa première mission infiltrer le palais du second frère sans préparation ???? genre son entraînement ne commence qu'après ???? bon ok alors c'est pas que la romance qui est ultra unhealthy c'est aussi illogique.
    Bref j'ai arrêté à ce stade car je ne voyais aucun intérêt à ce livre. Je conseille pas. Fuyez.

    La nuit des béguines, Aline Kiner
    Cadeau de feu Hafiz, ce roman historique est, à mon sens, difficile à résumer. Il tourne autour d'une communauté de béguines, notamment de trois femmes, Ysabel, Maheut et Ade - et quand même d'un homme, Humbert je crois. Maheut arrive un jour au béguinage, en fuyarde ; Ysabel la soigne ; Ade l'accueille avant que Maheut ne parte ailleurs ; et Humbert est venu à Paris pour rendre visite à une béguine emprisonnée pour hérésie, Marguerite Porete (elle a vraiment existé d'ailleurs). On peut donc isoler deux fils conducteurs : l'histoire personnelle de Maheut, à laquelle résonne celles d'Ade, d'Ysabel, mais aussi des autres femmes que l'on croise ; et l'intrigue autour de Marguerite et de ses écrits condamnés. Ces deux fils se croisent et finissent par donner du sens au titre.
    Mais bon, vous avez remarqué mes difficultés à dire de quoi parle concrètement cet ouvrage. D'un évènement qui discrédite les béguines, probablement. Le roman est ambitieux, mais d'une trame imprécise. Pendant des dizaines et des dizaines de pages, je me suis demandée où cela nous menait, qu'est-ce que ce livre me racontait exactement. Il me fait penser à ma façon d'écrire des histoires : cela manque de dynamisme. Sauf que bon, en général, ce que j'écris est un brouillon que je ne travaille jamais. Ici, à force de vouloir coller à la réalité, j'ai la sensation que l'auteur a fait un ouvrage trop réaliste, et trop descriptif. C'est presque comme si on assistait à la vie de ces personnes, sauf qu'en toute honnêteté, si vous regardiez la vie de vos voisins pendant quelques mois, vous vous ennuyerez un peu.
    Le point positif, c'est l'érudition de cet ouvrage. Aline Kiner a fait appel à de grands noms du médiévisme, a fourni une bibliographie solide et explique plutôt bien les évènements dont elle parle. La mise en contexte me paraît assez claire (et je dis cela en n'étant pas spécialiste de cette période ou du béguinage). Donc pour moi, ça a été enrichissant. Vous pouvez plus vous fier à cet ouvrage que, par exemple, La Maladie du roi que j'ai déjà mentionné plus haut, et qui souffre d'approximations.

    Le Prince bâtard, Robin Hobb
    J'ai été fan de Robin Hobb, mais je ne pense plus l'être, bien que je continue de suivre ses ouvrages avec intérêt. Mais je trouve qu'avec le temps, ses ouvrages sont moins bons. Ils sont ou trop longs, ou trop courts. Celui-ci est décidément trop court. En 150 pages, il nous explique pourquoi le Vif est détesté (précisons que c'est un prélude à l'Assassion royal, une série magnifique si on excepte les tomes 4-6). Ce n'est peut-être pas crucial à la compréhension de l'univers, mais c'est intéressant.
    L'ouvrage se divise donc en deux parties :
    - la narratrice est une fidèle de la reine Prudence, dont elle raconte l'histoire depuis la petite enfance jusqu'à son accouchement. Elle la connaît bien, elle peut donc nous présenter le personnage sans complaisance.
    - puis c'est le fils de Prudence, ce fameux prince bâtard, dont on raconte l'existence. Lui, la narratrice le connaît mal ; elle se reporte donc sur ce que son propre fils lui a dit de lui. Mais ce texte montre ici ses limites : un changement de narrateur aurait permis de mieux cerner ce prince qui est justement à l'origine de la controverse. Un personnage majeur qui, par conséquent, intéresse au plus haut point. Or là, on se retrouve avec une liste de suppositions et de pièces rapportées qui créent une distance non mystérieuse. Comment comprendre le prince alors qu'on ne sait presque rien de ses aspirations, de la façon dont il vit le Vif ?
    Rien que dit comme cela, ça a l'air dense - et ça l'est. Il se passe bien plus de choses dans ces 150 pages que dans les deux tomes du Fou et l'assassin que j'ai lus, et je n'exagère même pas. Du coup, toutes ces péripéties sont abordées d'une façon un poil trop superficiel. Là encore, le choix du narrateur n'est pas approprié : elle ne comprend pas tout ce qui est à l'œuvre, mais au lieu de créer des zones d'ombre, cela donne juste envie d'exiger que l'histoire soit racontée par quelqu'un qui sait mieux le faire.
    Cette "briéveté" est sans doute due aussi à la forme du texte, censé être un témoignage laissé aux générations futures. Si Robin Hobb avait l'intention de lui donner la forme d'un document historique, c'est loupé. Qu'un personnage raconte des évènements qu'il a vécus dans le détail passe, car c'est accepté du lecteur : il n'y voit pas là un document qui cherche à imiter la réalité, et les rappels meta sont la plupart du temps limités au contexte immédiat d'écriture ou à une anticipation. Ici, ce n'est pas le cas : la rapidité du rythme et le peu de dialogue direct a sans doute pour but de créer cette impression de témoignage. Ajoutez à cela la dose de commentaires meta, où la narratrice explique qu'elle écrit cette histoire parce que Cardinal lui a demandé, et répète des dizaines de fois qu'elle ne dit que la vérité parce que c'est ce que Cardinal lui a demandé (meuf, on a compris et si on ne te fait pas confiance lorsque tu affirmes tes intentions aux premières lignes, on ne le fera pas par la suite). Pour le coup, ce n'est pas forcément étranger des textes médiévaux (c'est pas mon domaine, mais les médiévaux ont une façon de penser différente de la nôtre et s'introduire dans le récit n'est pas un problème) mais qu'est-ce que ça énerve. Enfin, si on veut vraiment chipoter, si on reste dans l'esprit médiéval/historique, le texte devrait être encore plus court que cela. Enfin voilà, tout ça pour dire que je suis 0% convaincue par la forme. Faire en sorte que son narrateur ne cesse de répéter la véracité de son récit, c'est prouver qu'il est faux, point.
    Bon en soi, j'ai aimé le contenu, mais la forme, mon dieu...

    The Trials of Apollo 1: The Hidden Oracle
    (en anglais pcq c'est comme ça que je les lis)
    Après le fiasco des Héros de l'Olympe, je ne comptais pas continuer le massacre. Et puis Riordan m'a fait, hey, mais tu veux pas lire mon prochain tome, c'est sur ton dieu d'amour alors j'ai acheté le foutu bouquin et je l'ai lu.
    Bah franchement, j'ai bien aimé. Même si je pense que la suite me plaira un petit peu moins, mais ce tome est un peu particulier. Vous savez ce que je déteste le plus chez Riordan ? l'incontournable schéma "demi-dieu rejoint le camp half-blood coursé par des monstres + il est envoyé dans une nouvelle quête par une prophétie + il va à l'extérieur et à chaque tome on va raconter comme il va d'un point a à un point b" qui s'est surtout affirmé dans sa seconde saga. Mais ici, non, même si cela commence de façon un peu similaire, il n'y a pas de prophétie (du moins pas à l'origine). ENFIN. Donc ce livre a été un vrai bonheur car Apollon sait qu'il doit régler ses affaires mais au final, ils sont dans le noir. Ajoutons à cela le retour de mon bébé d'amour Nico (et quel bonheur que de le voir enfin heureux !!!!!! non srx c'est super cool), le fait que l'on voit un dieu interagir avec ses enfants, et puis qu'au final c'est quand même Apollon qui a un peu foutu tout le monde dans la merde, bref, cela ne pouvait que me convenir. Je n'ai juste pas trop apprécié Meg, et si en lisant les premiers chapitres vous ne comprenez pas pourquoi, vous le saurez certainement à la fin de l'ouvrage.
    Le problème, c'est que pour la suite j'aurais aimé que l'on ne recycle pas nos vieux héros pour une aventure. Envoyez quelqu'un d'autre escorter Apollon, par pitié. Il y a tant de possibilités, pourquoi choisir à tout prix un ancien personnage ? Ce n'est pas que je ne les aime pas, je suis toujours ravie de les voir revenir, mais je regrette qu'ils ne laissent pas la place aux nouveaux personnages. C'est aussi une chose que je regrettais dans les Héros, la place démesurée que prenait Percy à partir du moment où il revenait dans la course.

    Kinshasa jusqu'au cou, Anjan Sundaram
    Cet ouvrage retrace l'itinéraire d'un étudiant indien qui plaque tout pour partir au Congo faire du journalisme, peu avant les élections présidentiellesde 2006. Accueilli dans une famille de Kinshasa, il est rapidement confronté au manque d'argent et désespère de vendre ses articles auprès d'une agence de presse (l'AP je crois). Il décrit donc la réalité de Kinshasa, mais aussi du reste du pays (car comme il le dit bien, la capitale est une exception dans la RDC, un chaos isolé du reste du pays) qu'il a l'occasion de parcourir lors d'un voyage. Il part du Congo peu après les élections, dans un contexte d'émeutes violentes où lui-même craint pour sa propre vie.
    Ce n'est donc pas une lecture facile, tant par les thèmes abordés (pauvreté, maladies, coups d'état et dictatures, violences militaires) que par la façon dont le livre est structuré. Il n'hésite pas à mêler la narration à des passages plus explicatifs, sur l'histoire du pays (qui m'a un peu perdue, mais peut-être est-ce moi qui n'étais pas assez concentrée) ou sur les mœurs des Congolais. A ce sujet, j'ai été un peu moins satisfait, car il me semble que Sundaram émet pas mal de jugements sur leur société, certains traits de caractère donnant parfois l'impression que ce sont des gens naïfs ou qui ne sont pas dans cette situation pour rien (même si bien sûr le rôle des Belges n'est pas minimisé). C'est du moins l'impression que j'en ai, lorsque je l'entends parler des filles congolaises qui s'efforcent de mettre le grappin sur les "hommes blancs" (notez qu'est blanc toute personne qui n'est pas africaine, même s'il y a une hiérarchie entre européens et autres, enfin bref ça désigne les personnes étrangères au continent, je trouve ça super triste ces histoires). Il me semble parfois qu'il est quand même plus proche des "évolués", à savoir les locaux qui ont adopté un comportement à l'européenne et ont intégré les rangs de l'administration, et que cela se ressent dans sa description. Enfin, comme dit, c'est vraiment une impression que j'ai eu, si vous lisez et que vous ne l'avez pas, dîtes-le moi, cela m'intéresserait beaucoup !

    La perle
    Je l'ai lu aussi et mon commentaire est à peu près identique à celui de Naga. Ai-je besoin de développer davatange ?

    Poison Study
    Là encore très similaire à Naga, c'est un ouvrage que j'apprécie moins maintenant bien que je lui porte toujours beaucoup d'affection. Peut-être le fait de connaître le plot twist rend la relecture un peu moins savoureuse, et puis l'histoire de Yelena frôle parfois le cliché du dark orphelin à qui il est arrivé beaucoup de misères. Pour autant, ça reste une série intéressante, avec un univers qui n'est pas tant manichéen que cela, et qui s'étoffe par la suite. Ça se lit bien, en somme.

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    Transféré à seize ans pour satisfaire les intérêts de Chun-Lian, feu son Maître, Sansar entama son existence à Pallatine en qualité de prostitué. Ancolie - puisque tel était son surnom au sein de l'Hanafuda - fut éduqué par le Chinois en vue de lui servir de bras droit lorsque la maturité et la vérité auraient eu raison de son innocence. Aux côtés de son mentor, celui qui se fit ensuite appeler Temudjin dans une diaspora fraîchement établie - un regroupement de clans à l'époque - s'érigea en ambassadeur de la Maison et, de façon plus politique, devint coordinateur de l'ensemble du réseau de prostitution asiatique.
    Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
    Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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    Re: Et parfois, on lit.
    le Mar 11 Sep 2018 - 18:04
    Ce sujet prend la poussière ; c'est le moment pour le quart d'heure d'avis de lecture pas pertinents et totalement aléatoires ~

    La Matrice de la race d'Elsa Dorlin, ou le livre dont vous ne pourrez parler à personne parce que c'est... disons... réflexif. Un essai sous-titré Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, voilà qui donne le ton, et l'intérieur vaut le détour, très sincèrement. Pas une page ne se tourne sans que vous ayez appris au minimum trois choses différentes, sauf si vous êtes déjà imparables en la matière bien entendu ; pas de fiction ici, plutôt une étude extrêmement poussée des rapports qui existent entre le traitement médical de la femme, de la gynécologie au sens large, et la construction du concept de nation dans ce qu'elle englobe à la fois ses territoires, ses peuples, son Histoire. Vous ne voyez pas de lien direct ? C'est pourtant le cas, et non seulement Dorlin parvient à rendre son exposé passionnant, mais il n'est pas sans faire sourire à de nombreuses reprises à l'aune des perspectives contemporaines. On roule des yeux face à certaines recherches de l'époque, néanmoins il suffit de se remettre dans le contexte pour que l'ensemble prenne parfois un tour dramatique, le tout décrit avec le souci de la véracité. L'auteure a tenté de vulgariser le plus possible son propos, quoiqu'il reste fourni et scientifique ; la complexité des termes, pas toujours expliqués en notes, pourra peut-être en rebuter quelques-uns. Personnellement, le chapitre sur les conceptions sociales et l'analyse des enjeux nationaux m'endort un peu par rapport à la longue introduction sur les tempéraments naturels, maux féminins et autres déroulés scientifiques, bourrés d'amusantes contradictions, toutefois cela pourra sans doute intéresser d'autres personnes ?

    Ciel bleu de Galsan Tschinag, auteur mongol qui nous relate ici sa prime jeunesse dans les steppes du Haut-Altaï, près du désert de Gobi. À l'inverse du caractère encyclopédie de Dorlin, nous avons ici affaire à un vocabulaire de base, assez répétitif, qui confère à la langue une grande poésie. On pense à un long mantra par endroits, à une suite de moments piochés au hasard des journées qui se ressemblent presque toutes dans ces vastes étendues ; c'est doux, enfantin mais jamais puéril, comme empreint d'une gravité que polit la simplicité du texte. Ponctué de quelques mots idiomatiques, pour la touche d'exotisme, je le lis comme je contemple l'horizon, à la manière d'une bouffée d'air. C'est très reposant.

    Circé de Madeline Miller, que beaucoup connaissent pour Le Chant d'Achille (que je n'ai pas lu d'ailleurs, et ce n'est pas faute d'en avoir entendu énormément de bien) qui se penche cette fois-ci sur la vie de la nymphe sorcière. Et c'est magnifique. Certes, Circé tient une place particulière dans mon coeur, parce que Circé, enfin !, mais au-delà de mon attirance spontanée pour cette figure mystique, ce livre est une ambre ciselée. Ça fleurit, ça tranche, ça scintille et ça écorche, c'est foisonnant d'images à l'instar d'un jardin au printemps et ça n'en est pas moins âpre, rêche, noirci. De l'intelligence à l'état brut, avec ses éclats éblouissants et ses recoins tordus, sa sensualité et son aura d'imperfection. Les dialogues sont maîtrisés, ni trop ni pas assez dans le ton - détail que je rencontre trop peu, à mon grand regret - et si je peux hausser un sourcil devant les coquilles (les tirets, bon dieu, où sont les tirets, chère correctrice ?), rien ne peut m'arracher à cette lecture que j'emporte partout. C'est un véritable plaisir, tant textuel au sens strict que du point de vue des informations délivrées ; n'étant de toute façon pas érudit quant à l'Antiquité, je ne m'attarde pas sur l'authenticité du récit.

    Hildegarde de Léo Henry, pour terminer. D'abord parce que l'auteur est un puits de science adorable avec des lubies de lecture bizarres et qui aime les chaussons aux pommes, et ensuite parce que si vous êtes familier de La Légende dorée de Voragine, cet ouvrage vous en rappellera les gloires. Un conseil avant tout, selon moi : à ne pas lire si vous n'êtes pas entièrement disponible, parce qu'il risquerait de vous tomber des mains. S'il se mérite ? D'une certaine manière. Phrases à rallonge, envolées lyriques, synonymes mon amour, tout y est d'une savance qui me laisse pantois. Connaissant le travail de Léo, je n'en attendais pas moins après tout, mais il dépasse mes expectatives. Dites bonjour aux récits enchâssés, aux sursauts narratifs, aux contes cousus dans les doublures. Je confesse, il arrive des moments où j'abandonne les tentatives d'intellectualisation pour ne me concentrer plus que sur le souffle, sur la prose qui se dérobe encore et encore avec grâce, et je me retrouve trois pages plus loin en disant c'est qui celui-ci, j'ai loupé un épisode ? et, en effet, j'ai loupé un épisode. Mais je m'y suis fait. Mille ans d'Histoire condensés dans un parchemin à tiroirs qui brasse croyances et mystères. Je mettrai sans doute plusieurs mois avant d'en venir à bout, cependant il en vaut cent fois la peine.

    Et c'est tout pour l'instant Cœur

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    Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
    En pratique, Naga est plus un hypocrite cherchant à apaiser sa confiance qu'un Altermondialiste convaincu, mais il a toujours su se débrouiller pour éviter que quelqu'un lui en fasse la remarque...
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    Avatar : Sanada Akihiko.

    Re: Et parfois, on lit.
    le Ven 14 Sep 2018 - 15:50
    allez, c'est parti pour le compte-rendu des trois derniers ouvrages que j'ai lus. parce que trois, c'est bien, et qu'au delà je ne me souviens plus très bien.

    Santiago Pajares, Imaginer la pluie
    Non, je n'ai pas lu ce bouquin parce que l'auteur s'appelle Santiago, c'est juste une coïncidence (mais si quelqu'un avait des doutes si ce prénom existait bel et bien... voilà, vous avez votre réponse). En fait, c'est le synopsis qui m'a donné envie de le lire, qui nous brosse le portrait d'un univers simple et poétique, épuré jusqu'au strictement essentiel, qui malgré sa dureté possède un charme émouvant. Et c'est plus ou moins le cas dans ce livre.
    Dans ce monde où les repères temporels et spatiaux sont réduits au minimum, c'est la voix de Ionah qui porte le roman. Enfant du désert, les quelques informations qu'il possède sur le monde extérieur lui viennent de sa mère, qui attend le plus longtemps possible avant de les lui confier, par peur d'éveiller le désir en lui. Parce qu'il est très isolé, la vision du monde du narrateur est unique, un peu naïve de notre point de vue, mais très logique, lorsqu'il nous la présente de son point de vue. Le style est donc simple, dénudé, pour coller le plus près possible à un jeune homme qui ignore beaucoup de choses.
    La trame du roman ne suit pas exactement le parcours qu'on pourrait attendre de ce type d'ouvrage : contrairement à ce que laisse entendre le résumé, ce n'est pas tout à fait un long voyage pour revenir vers les hommes qu'entreprend Ionah quand il décide de partir de chez lui. Le parcours est en fait beaucoup plus sinueux, et si c'est cet objectif qui attend Ionah, sa façon de chercher à l'atteindre n'est pas aussi directe. La fin, malgré sa précision, est assez vague pour que de nombreuses questions restent encore sans réponse : tout ce qui concerne le monde d'avant et sa fin, mais aussi le futur de Ionah, par exemple, sont les deux grands points d'interrogation. Parce qu'on n'a pas besoin de les connaître, finalement, ça ne servirait pas à grand chose : ce qui compte, c'est que Ionah, d'une façon ou d'une autre, arrive au bout de sa quête.
    C'était donc une lecture très agréable et plutôt facile, enchanteresse également, que je recommande si vous voulez passer un bon moment, et que vous n'avez pas peur des écritures dépouillées qui ne vous livrent pas tous leurs secrets.

    Ôe Kenzaburo, Le jeu du siècle
    Ok donc je le dis d'emblée, c'est mon coup de cœur, mon obsession, j'en parle dès que j'ai l'occasion, j'embête tout le monde avec, ce n'est probablement pas un bouquin qui conviendra à tout le monde, mais il a trouvé un étrange écho en moi, et ça a été très difficile de passer à d'autres livres, parce qu'ils n'avaient pas la même saveur.
    Le jeu du siècle, pour résumer, aborde le retour de deux frères dans leur village natal, dans la quête d'un certain renouvellement. Mitsu, le narrateur, un prof d'université borgne et dépressif, est hanté par deux événements tragiques récents. Il y a tout d'abord le suicide sordide de son ami de longue date, que je ne décrirai pas pour en conserver toute la saveur (mais c'est vraiment un suicide particulier) : moins que la perte de cette amitié, Mitsu semble plutôt obsédé par la vérité que son ami a voulu exprimer avec cette mise en scène, et qu'il n'a pas l'air de parvenir à comprendre, malgré tous ses efforts. Il s'interroge aussi sur sa propre fin, qui se colore de celle de son ami. Il y a ensuite la naissance de son fils débile : Mitsu est perturbé par son regard froid et inexpressif et son état végétatif, qui apparaissent parfois dans ses cauchemars. D'une certaine manière, il sent comme un échec le fait d'avoir été obligé à placer le bébé dans un organisme spécialisé, tout en ne se sentant pas capable d'en assumer la charge. Deux événements qui marquent aussi sa femme, Natsuko, qui a sombré dans l'alcoolisme pour éviter ses propres démons (elle aussi recherche la « vie nouvelle » dans cette vallée où elle étrangère). L'autre frère, Taka, est plus jeune, plus beau, et aussi plus rebelle : au début du livre, il rentre enfin d'une tournée théâtrale aux États-Unis, où des étudiants protestataires ayant empêché la venue du président américain au Japon s'excusent de cet incident. Échappé de la troupe (dans des circonstances assez cocasses), il compte revenir au village pour négocier la vente d'un pavillon familial, mais il y a derrière plus cela : il veut aussi et surtout faire revivre une ancienne révolte paysanne dans laquelle son arrière-grand-père et son frère ont joué un rôle particulier.
    La lecture du premier chapitre m'a laissé un sentiment plutôt mitigé, voire négatif : vous avez dû vous en rendre compte, le début est très étrange, et les conditions dans lesquelles Mitsu se remémore ces événements (au fond d'une fosse septique)(et là vous vous dites how)(mais même si ça s'explique ça reste quand un peu bizarre) n'aide pas à s'attacher à cet étrange personnage. Ajouté à cela un style travaillé et précis, mais parfois difficile à suivre justement à cause de cette extrême précision (et, n'oublions pas, la déformation de la traduction) rend la lecture parfois ardue. Il faut donc s'accrocher pour attaquer le deuxième chapitre, mais ça vaut le détour.
    Je ne sais pas si c'est parce qu'on finit par s'habituer au style de l'auteur, ou à son univers un peu grotesque sur le bords (car vous n'en avez pas fini avec les bizarreries : vous rencontrerez aussi la femme la plus grosse du Japon, un cocu devenu prêtre, et même un certain empereur du supermarché), mais les éléments pour lesquels je trouvais le livre difficiles d'approche sont devenus les raisons pour lesquelles je l'ai aimé.
    L'intérêt principal du roman tient à la relation des deux frères. Ils ne s'entendent pas si bien que cela, et à vrai dire je ne sais même pas si Mitsu aime vraiment son frère ou non. L'équilibre entre eux est assez fragile, basé une opposition qui s'efface parfois un peu face à une forme de solidarité familiale tenue, mais bien réelle, ce qui permet de s'interroger sur ce que chacun pense vraiment de l'autre. Ceci dit, leur relation se dégrade progressivement au fil du livre, malgré les tentatives de Taka pour tendre la main vers son aîné (tout en étant pleinement responsable de cette dégradation). Jusqu'à la fin où cette relation devient intenable, condensée en une phrase, dont Mitsu ne comprend d'ailleurs la force qu'après-coup.
    Car l'autre point remarquable de cet ouvrage concerne le traitement de la vérité. Mitsu et Taka défendent deux interprétations de la révolte paysanne, et si celle de Mitsu semble plus solide que la vision fantasmée de Taka, le lecteur est en droit de s'interroger sur la solidité de cette thèse plus réaliste. Car si les personnages cherchent à exprimer la vérité profondément cachée en eux, aucun ne semble être le détenteur de la Vérité absolue, pas même le narrateur, qui montre toute sa fragilité à la fin. Mais ne voulant pas spoiler, je ne peux pas vous expliquer à quelle point cette fin est essentielle (et m'a laissé en total pls parce que. cette fin. est déchirante.) En tout cas, on a le sentiment que les choses auraient pu se dérouler tout à fait autrement, sans que ça soit plus ou moins logique que la trame du roman.
    J'ai fini par avoir un peu de mal avec le personnage de Taka, beaucoup plus torturé que ce que sa première apparition dans l'ouvrage laisse supposer. Ce n'est pas un mauvais personnage, mais pour un certain nombre de raisons, on ne peut tout simplement s'identifier à lui. Pour le coup, c'est vraiment son histoire qui se joue dans le roman, et qu'on l'apprécie ou non, on ne peut pas rester indifférent.e à ce qui lui arrive. J'ai en revanche beaucoup plus aimé Mitsu et Natsuko. Un peu plus secondaire, mais non moins importante, Natsuko est un personnage féminin vraiment indépendant de son mari (et plus généralement de tout personnage masculin), capable de prendre ses propres décisions, d'agir par elle-même, et rien que ça, c'est vraiment appréciable. ♥️ Natsuko est aussi l'un des personnages qui évolue grâce à ce passage dans la vallée, elle ne prend pas toujours les bonnes décisions, mais elle les assume, et j'aime beaucoup comment la fin du roman se déroule pour elle. Mais le vrai coup de cœur est pour cette tête de mule de Mitsu, qu'on connaît le mieux puisque c'est le narrateur, et pour le coup sa psychologie est incroyable. Ce n'est pas le type de narrateur auquel on fait aveuglément confiance : les jugements qu'il émet au début du roman sont rapidement nuancés par la suite, sans qu'il ne les remette jamais en question. Il y a beaucoup de non-dits autour de lui, beaucoup de choses qu'il n'avoue pas, parce qu'il n'en a pas conscience, et même s'il fait de gros efforts pour être le plus détaché possible de la vallée, il est beaucoup plus impliqué que ce qu'il veut bien croire. Mais Mitsu n'est pas le vrai héros de ce roman, comme il finira par s'en rendre compte lui-même.
    Bon, je crois qu'il est plus que temps de mettre un terme à ce pavé, si vous n'avez pas envie de découvrir ce roman (que je ne recommande pas à tout le monde parce qu'il est spécial et dur à lire), j'y arriverai jamais. Mais disons que j'ai abordé la moitié de ce qui fait l'intérêt de ce roman, à mon avis.

    Sanderson, Fils-des-Brumes, tome 3
    Passer après Ôe n'est pas l'idéal, d'autant plus que l'auteur a un style d'une très grande simplicité (qui le rend très efficace), et que les premiers centaines de pages sont finalement assez peu intéressantes (bon, on a un peu de batailles, voilà, mais le plus intéressant est dans la deuxième partie du roman). Mais une fois qu'on a fait l'effort de lire ce début assez plat, difficile de ne pas se laisser happer par la finesse de l'univers de Sanderson. Tout y est, depuis le premier tome, et tout se dévoile enfin. Les révélations pleuvent, plus logiques les unes que les autres, et les quelques bizarreries de l'univers trouvent enfin toute leur justification. Moi qui n'aime pas les livres apocalyptiques, j'ai bien aimé l'intrigue, car la façon dont elle se résout est bien préparée, bien ficelée, bien insérée dans l'univers de base. Ne reste qu'une question concernant un personnage (Marsh) que je me pose, mais c'est tout. Pour le reste, on a l'impression que le déséquilibre initié avant le tout premier tome trouve enfin sa résolution.
    Les personnages me convainquent un peu moins. Je trouve qu'on perd un peu Vin et Elend, et pas uniquement parce qu'ils sont particuliers : on les voit moins, ils gagnent en confiance, en force, et finalement, ce qui les rendait touchants s'efface un peu. Cela ne signifie pas qu'ils deviennent clichés : simplement, ils deviennent un peu distants, comme de vieux amis qui ont un peu trop changé. Mais je les ai préférés au personnage de Sazed, qui est à mon avis le raté de ce tome. Probablement parce que sa dépression est trop "intellectuelle" pour paraître crédible : sa crise de foi est trop intellectualisée, et on a un peu de mal qu'il faille autant de temps à un homme aussi intelligent et érudit que lui pour mettre autant de temps pour parvenir à la conclusion qu'il trouve en fin de tome. Sa conversion finale paraît elle aussi un peu forcée, un peu trop facilement suscitée par des révélations qui ne devraient pas l'étonner autant. À l'inverse, le personnage de Spectre est une grande réussite : enfin ce garçon connaît son heure de gloire. Il grandit, passe de l'enfant discret et insignifiant à un homme capable de se battre avec les moyens à sa disposition. Ses doutes, son caractère banal (au fond, il est l'un des moins exceptionnels de la bande de Kelsier, et le fait d'être une pièce rapportée le hante pas mal) en font quelqu'un auquel on s'accroche. Son plus grand défaut serait, à mon avis, d'être un peu trop gentil et moral, mais il a tout le temps d'évoluer.
    En définitive, un bon bouquin qui, pour une fois, ne propose pas de solution décevante au problème apocalyptique posé. Le style est simple, mais les ouvrages sont bien écrits, les informations bien distillées, la trame bien construite, alors si vous aimez la fantasy, cette série est faite pour vous !
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    il est de ces fantômes qui hantent les champs de batailles déserts, les semelles rougies par les sillons des attaques et l’œil avide du moindre survivant pour mieux fondre dessus. Pour le piller, ou le sauver -et lui en réclamer le prix du sang. Hart en est l'ombre, offrant un savoir et une dextérité hors pair d'un bras métallique rougi pour soigner, réparant les vivants et enviant les morts. Marquant les bien portants pour leur rappeler qu'ils peuvent finir en cadavres. Survivant et impassible, il méprise ce sentiment de confort et de sécurité qui oppresse les habitants de Pallatine quand lui lutte au quotidien contre le syndrome post-traumatique.
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    Re: Et parfois, on lit.
    le Dim 23 Sep 2018 - 17:12
    bjr j'ai subitement envie de répondre aussi à ce topic et ça sera en dessous des lectures de gens plus dans le milieu et qui mettent des paillettes dans les yeux but still

    The Declaration - Gemma Malley
    Alors first and foremost je dois dire que je cherche ce bouquin depuis dix (10) ans.
    J'ai du le lire quand je suis entré au lycée, par hasard, et que j'ai complètement oublié l'histoire assez vite parce qu'il est sorti pas loin de Hunger Games à l'époque; je me souvenais juste que sur la couverture il y avait quelqu'un dont on ne voyait pas le visage et qui tenait un livre, en plus d'un détail vague de la fin du livre. Maigre, quoi. Même avec des moteurs de recherche inversés de couverture et des descriptions vagues rien, et c'est pénible, c'est comme l'avoir sur le bout de la langue sans se rappeler du goût; et la semaine dernière, à une visite dans une librairie anglaise ici (où j'ai du aller 50 fois hein) je l'ai trouvé en anglais par hasard. MA QUÊTE a pris fin c'est super bizarre.
    Niveau contenu, du coup c'est le premier d'une trilogie (du point de vue de la fille), dystopie sur une Terre future qui a accédé à la vie éternelle mais qui du coup fait face à la surpopulation en interdisant aux gens de procréer; les enfants des contrevenants deviennent des "surplus" et sont destinés à une vie de servitude. Je viens de le finir, et j'ai attaqué la suite, c'est pas de la grande littérature, ça se laisse lire très facilement mais rien que pour l'aventure je vais lire les trois.

    La traque des Anciens Dieux : Les Deux princes - Hélène Lenoir
    Je crois que je n'ai pas autant ri en lisant un bouquin depuis des lustres, en plus de vraiment me régaler. J'avais eu l'occasion de faire le beta-reading à l'époque, mais je n'avais pas lu la version "finale" imprimée et c'était un vrai bon moment. Tous les personnages sont intéressants, attachants, et les descriptions parfaitement ajustées, le contexte des traditions magiques/tropes de contes de fée MAIS connus et parfaitement admis des personnages c'est vraiment la cerise sur le gâteau; je sais que le tome 2 est en cours de rédaction (et j'ai pas le droit de lire et DIEUX j'ai tellement envie de savoir xD) et évidemment c'est de l'attente impatiente! Connaissant l'auteur et son humour, c'est vraiment étrange de lire son récit qui correspond tellement à sa façon de parler. Pour l'histoire, univers heroic-fantasy, on suit un prince qui se lie à un autre par obligation familiale/tradition magique pour apaiser son royaume, en pensant que c'était une princesse. Sauf qu'au lieu de pouvoir oublier tout ça et partir chacun de leur côtés, ils sont obligés de partir dans une quête mystique pour rompre leur enchantement (ils ne peuvent pas se séparer), qui se transforme en un autre schéma bien plus grand qu'eux. Rien qu'à ébaucher le plot ici, je me dis que ça a l'air de pouvoir basculer TELLEMENT vite dans le trope du BL alors que pas du tout :') c'est même plutôt un rolling gag très bien maîtrisé.

    Je suis actuellement en train de lire:
    - Notre-Dame de Paris (Victor Hugo): donnez moi une corde, j'ai l'impression de ne pas avancer alors que je SAIS que c'est bien. Surtout que dans le pattern c'est d'enchaîner après sur les Misérables.
    - Northern Lights (Philip Pullman): c'est mon bouquin préféré de tous les temps, et je viens de me prendre une nouvelle édition jolie qui brille alors la faiblesse veut que je le relise hein.
    - Howl's Moving Castle (Diana Wynne Jones): vous connaissez le film, honnêtement, n'oubliez pas le livre, c'est assez surprenant et les personnages sont un peu différents du film quand même (sassy Howl ffhhhh)
    - Simon vs the Homo-sapiens agenda (Becky Albertalli) : pareil j'ai trouvé l'édition avec des features de trucs du film (extraits de script etc) et du coup il s'appelle Love, Simon; fhhhhh lisez le et regardez le film et pleurez (et il y a un tome 2 sur le personnage de Leaaaah)
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    Avatar : kaneki ken

    Re: Et parfois, on lit.
    le Mar 2 Oct 2018 - 18:29
    c'est tellement pas en dessous tu plaisantes faut arrêter de se dévaloriser.
    donc j'ai pas posté depuis un bail du coup j'ai bcp de livres encore une fois !!

    Les Aventuriers de la mer, tome 4 (Robin Hobb)
    Après un début de série franchement longuet, les choses commençaient à se préciser dans le tome 3. La lecture du tome 4 s'annonçait donc plutôt bien. Et effectivement : sans entrer dans les détails, au risque de spoiler l'intrigue, nous retrouvons l'ensemble des personnages, et j'ai pris plaisir à voir l'évolution de certains d'entre eux. Althéa, par exemple, qui en un an a gagné en maturité et en assurance ; Kennit qui révèle une fragilité nouvelle et fait preuve d'un peu d'humanité ; Hiémain qui est enfin capable d'aller de l'avant ; voilà en tout cas pour mes préférés. Je me suis même attachée à cette petite peste de Malta, dont les passages sont plutôt amusants en fait : on ne peut pas vraiment être d'accord avec elle quand on connaît le tableau d'ensemble, mais elle trouve toujours le moyen de me faire sourire. A l'inverse, d'autres personnages que l'on suit n'ont pas vraiment bougé. Parangon me laisse toujours indifférente ; les passages sur Ronica et Keffria deviennent véritablement lassants, bien qu'ils permettent de relativiser ce que pense Malta, car bien qu'elles aient à présent reconnu leur erreur (ou du moins Ronica l'a fait), elles en sont toujours au même point.
    Cela dit, ce tome souffre un peu d'un trop grand nombre de personnages suivis. Je sais que c'est assez populaire dans les ouvrages de fantasy désireux de présenter une intrigue complexe, mais cela pose pour moi un problème majeur : l'intrigue se développe à un rythme dilué, et c'est d'autant plus vrai quand chaque fil de l'intrigue n'est soutenu que par plusieurs personnages. Quand Althéa retrouve certaines personnes, je pousse un soupir de soulagement. Bien que tout son itinéraire ait été intéressant pour former son caractère, il a parfois la saveur d'une digression que l'on aurait pu abréger, ou aborder d'un autre point de vue. Dans un même temps, c'est aussi ce qui m'a fait l'apprécier. Difficile donc de savoir si j'ai sincèrement apprécié cette partie de la lecture ou si elle m'a un peu agacée. De même, l'histoire de Hiémain comporte un certain nombre de péripéties qui ont pour but de le faire évoluer et d'explorer la relation qu'il entretient avec son père. Et pourtant, rien n'est plus intéressant que le Hiémain du tome 4, pour la rencontre qu'il fait (et qui est vraiment trop belle) et la réflexion qu'il nourrit sur ces fameuses péripéties. C'est aussi ce que j'entends par dilué : finalement, il s'en passe des choses, mais il manque peut-être un peu de profondeur psychologique à nos personnages pour qu'on s'y sente totalement investi.
    Cela n'en demeure pas moins le tome que j'ai préféré dans cette série, et il m'a clairement donné envie de lire le suivant.

    Les Légions de poussière, Brandon Sanderson
    Hé oui, le retour de mon auteur de fantasy préféré !! Naga l'ayant présenté dans le post précédant, je me permets de passer directement à l'avis. Cela dit, je tiens quand même à exprimer ma désapprobation concernant le choix de couverture, qui présente deux hommes qui se tiennent devant deux grandes figures de craie. Joel n'a pas ce pouvoir, c'est Melody qui dessine les licornes, et j'aurais apprécié que ce soit traduit sur la couverture. Ça n'aurait quand même pas été difficile de mettre une fille pour illustrer la deutéragoniste, non ?
    J'ai franchement apprécié ce roman. Il n'y a pas de temps mort, l'intrigue progresse à un rythme soutenu sans être trop rapide. C'est du Sanderson : si vous voulez lire un bouquin avec des systèmes de magie complexes et raisonnés, c'est pour vous. La rithmancie est cela dit vraiment dure à comprendre, car elle repose sur des règles géométriques approfondies et sur le fait de dessiner avec le plus de rigueur possible des lignes droites, des cercles parfaits et d'autres figures de ce type. A la fin de ce tome, on ne connaît pas grand-chose de cette magie et de ses praticiens. Cela est dû au fait que Joel n'est qu'une personne ordinaire, qui dispose de connaissances très solides sur la question mais surtout en ce qui concerne les bases. C'est une magie qui recèle encore beaucoup de mystères, et si Joel en démasque quelques uns, on devine qu'il en reste encore de nombreux. Concernant le monde des rithmanciens, en revanche, même Joel ne peut pas tout savoir. Au final, tout ce qui tourne autour de Nebrask, le front que ces personnes doivent défendre, est encore auréolé de mystère. On effleure un univers complexe, mais on n'en sait pas plus que Joel. Si c'est d'un côté frustrant, de l'autre c'est logique.
    Les personnages sont attachants. Joel, tout d'abord, fait preuve d'une sacrée force de caractère. Effectivement, il rebondit assez vite face aux épreuves mais c'est sans doute ce qui lui sauve la vie. On s'attache également à Melody, pour qui tout est tragédie, une jeune fille qui se veut volontiers théâtrale mais qui est franche. Franchement, elle est agaçante, mais je l'aime bien. Les autres personnages ont aussi toute leur petite qualité qui les rend uniques.
    Concernant l'intrigue en elle-même, la fin est en partie prévisible. En partie, c'est le mot clé. Il y a des choses que vous devinerez nécessairement, parce que vous n'êtes pas stupides et que le narrateur vous en laisse des indices. Cela dit, je doute que vous puissiez vraiment deviner la façon dont cette fin se produit. Là encore, Sanderson maîtrise bien le plot twist : on arrive quand même à être surpris de quelque chose.
    En refermant ce livre, j'ai espéré qu'il y aurait une suite un jour, ce n'est sans doute pas au programme mais il y aurait clairement de quoi faire. On a envie d'avoir des réponses à nos questions.

    Le poids des secrets, Aki Shimazaki
    J'ai lu cette pentalogie sur le conseil d'An Li, et je l'en remercie. Ces romans sont très courts, et parfois répétitifs (surtout le dernier, à mon sens), mais l'histoire proposée est vraiment bien. Difficile cela dit d'en parler sans spoiler, car chaque tome propose un éclairage différent sur l'histoire de plusieurs familles. Encore que la formulation est maladroite car on ne suit pas vraiment une famille, mais plutôt des liens qui couvrent plusieurs familles, mais passons. Passé et présent sont liés, de lourds secrets ont été cachés par les plus âgés, les plus jeunes les découvrent peu à peu (et bien sûr, ce n'est pas au bout du premier tome que vous les saurez tous). Adultère, origines cachées, obsession de la lignée, cette série traite de nombreux aspects sombres de la vie (et de la société japonaise aussi, mais franchement pas que). Le format n'est pas mon favori, un autre aurait été plus percutant pour moi mais peut-être pas pour d'autres personnes. C'est juste que bon, acheter cinq livres ^^ qui ne dépassent pas cent pages ^^ comprenez que je ne suis pas très fan. Ça n'en reste pas moins une histoire prenante.

    Le tumulte des flots, Mishima Yukio
    Un Mishima vraiment soft, pour ceux que ça intéresse. Ce roman, pas très long, est tout simplement une jolie histoire d'amour entre deux jeunes gens de statut social différent, sur une île japonaise un peu isolée de la civilisation moderne. C'est assez convenu mais la lecture est plaisante, et ce qui est sûr, c'est qu'elle fait voyager. J'ai trouvé la vie des habitants de l'île vraiment fascinante, si différente de ce que nous pouvons connaître, c'est vraiment ce que j'ai aimé dans ce livre !

    Mercy Thompson, tome 9 : l'Étreinte des flammes, Patricia Briggs
    Difficile de parler d'un tome aussi avancé dans une saga que je n'ai jamais présentée (je ne crois pas l'avoir fait en tout cas, Naga peut-être). Mais la série des Mercy Thompson est à mon sens une de ces séries de bit-lit qui en valent la peine, et que je suis depuis que le premier tome est sorti (une paire d'années, j'étais encore ado). Je dis cela car au final, la romance demeure assez gentillette et il n'y a pas de scène érotique. Cela dit, la série présente un viol à un moment donné, et la violence n'est certainement pas exclue, donc je préfère prévenir pour ceux que cela peut déranger. Gardez en tête que ça reste une série très soft dans l'ensemble.
    Mercy est une mécanicienne capable de se marier en coyote. Elle a des origines amérindiennes et elle parle un peu l'allemand, donc c'est vraiment cool. Son love interest, c'est l'alpha de la meute locale, un peu plus cliché je l'avoue, enfin il reste supportable. Toute la série porte sur (leur romance, quand même) les rencontres que Mercy peut faire avec les différentes créatures magiques. Loups-garou, faës, vampires - et un tome est même consacré au folklore amérindien alors pour vous dire. C'est d'ailleurs ce que j'aime dans cette série, c'est la diversité des origines des personnages et la richesse/cohérence de l'univers. A mon sens, elle commence cependant à traîner un peu en longueur, car au final beaucoup de points ont été éclaircis dans les huit tomes précédents. Il restait effectivement à présenter davantage les faës (notamment les Seigneurs gris), c'est chose faite. L'intrigue était pas mal aussi, elle a aussi le mérite d'explorer les difficultés soulevées par la nouvelle place que Mercy occupe au sein de la meute de son chéri. Je l'ai dévoré en deux jours, ce tome. C'est sûr que je n'éprouve plus autant de plaisir de lecture qu'au départ, mais ça se lit vraiment bien et j'en ai toujours pour mon argent. Donc bien sûr je lirai le tome 10.

    Confession d'un masque, Mishima Yukio
    A un moment donné je devais bien en passer par ce roman indispensable pour comprendre l'auteur. Je dois dire que ce n'est pas mon préféré, même s'il était effectivement éclairant. Honnêtement, il peut déranger. Les fantasmes du protagoniste sont vraiment déroutants (enfin on parle de Mishima, c'est pas étonnant ???), assez violents même je dirais. Mais si on excepte ce point qui peut rebuter (à juste titre), on se rend compte que tout l'intérêt de ce roman, c'est justement le décalage entre l'inavouable qui se niche au cœur du personnage et la société dans laquelle il évolue. A mon sens, ce qui lui pose problème, c'est d'une part l'homosexualité du personnage (qui n'est certes pas vraiment acceptée de ses pairs, qui le place dans une position marginale, où il se trouve forcé de courtiser une femme comme pour (se) prouver quelque chose, une relation dont il n'arrive à se défaire qu'avec difficulté car dans le fond, elle l'aide à se conformer au moule social), d'autre part la nature même du fantasme qui l'habite (parce que bon, même nous on a un peu du mal quoi). Le personnage (vous avez dû remarquer que j'ai oublié son nom & la flemme de le chercher) est donc mal, et cela l'amène à ne pas chérir sa propre existence, à presque souhaiter mourir (sans pour autant désirer le suicide, non, il veut une mort passive, qui n'est pas de son fait) parce que cela reste la solution la plus simple pour lui.
    Je ne peux pas dire que j'ai particulièrement accroché au livre mais je l'ai apprécié. Le narrateur, après tout, est vraiment attachant, du coup je voulais vraiment savoir s'il y aurait pour lui une résolution de quelque sorte.

    Elantris, Sanderson
    Eh oui, encore lui ! Ce roman long présente un univers où il existe une ville habitée par des immortels, autrefois dieux, désormais maudits : c'est Elantris. Cela paraît un peu étrange mais plus on comprend ce qu'il se passe, mieux c'est ! L'héroïne, Sarène, se rend dans le royaume où se situe cette cité pour son mariage. Elle apprend cependant que son fiancé est décédé et qu'en vertu des accords signés entre les deux pays, elle est considérée comme sa veuve. Elle trouve cependant que cette histoire est louche, et décide donc de mener l'enquête. En vérité, son fiancé, Raoden, n'est pas mort, mais il est devenu Elantrien : sa peau est pleine de tâches grises, et il ne guérit plus. Confronté sans cesse à la souffrance et à la faim, il est enfermé à Elantris, où il découvre la misère des habitants, et se décide à agir. Le dernier personnage (dont le nom m'échappe là) est un prêtre venu de l'étranger pour évangéliser le royaume. C'est vraiment le meilleur personnage de la série, car doté d'une psychologie très fine et crédible.
    Il me semble que c'est le premier roman de l'auteur, et cela se sent. On sent en germe son écriture future (et je dirais que ce roman m'a semblé, par certains côtés, être une forme de génèse de Fils-des-Brumes), avec un certain nombre de maladresse. Les personnages de Sarène et Raoden sont un peu lisses (surtout Raoden), confrontés à des obstacles, ils ne semblent pas forcément vraiment affectés par eux (Sarène un peu plus, heureusement). Leur relation est assez convenue, on sait qu'ils vont tomber amoureux car ils sont les personnages principaux ; mais c'est bien plus raconté que montré, donc on n'y croit pas trop. La vision des femmes ne m'a pas trop convenue non plus : Sarène est présentée comme une femme forte, qui choque les habitants du royaume parce qu'elle a du caractère. Les femmes nobles n'ont jamais eu l'idée de s'intéresser à la politique, alors même qu'elles échangent des rumeurs, mais il est clair qu'elles n'ont jamais eu la moindre influence sur leur mari. Elles sont juste passives, attendant qu'une femme venue de l'extérieur vienne révolutionner leur existence. (Bon, la femme de l'oncle de Sarène a encore un peu de caractère mais vous voyez le genre) A mon sens, on est encore dans une vision un peu faussée que l'on peut avoir des femmes dans l'histoire, qui sont des femmes passives et qui n'ont fait que subir. Or je crois vraiment que les femmes ont été capables de réagir par elles-mêmes si elles l'estimaient nécessaire, or dans cet ouvrage, ça me semble tout à fait impossible. Sarène représente un dynamisme dont elles sont purement dépourvues. Bref vous comprenez mon problème.
    A l'inverse, la mission évangélisatrice et les questions de fanatisme sont abordés avec beaucoup de finesse et de réalisme. Est très bien soulignée la volonté du personnage de ne pas causer du tort aux habitants : il veut à tout prix éviter un massacre, mais sait qu'on peut en arriver là s'il n'arrive pas à convertir la population. Le prêtre se pose également de nombreuses questions sur sa foi : finalement, sa volonté de convertir naît plus d'un sens du devoir que d'une véritable foi religieuse, ce qui le place dans une situation difficile. Et même si là encore, je regrette la façon dont il finit par voir Sarène (regret tout à fait personnel), c'est un personnage qui veut bien faire. Il est attachant, d'autant plus qu'il est conscient de ce qu'il fait de mal et des limites morales de son projet.
    C'est donc un roman imparfait, jeune, mais c'est aussi ce qui fait son charme. On l'apprécie sans doute plus lorsqu'on a lu d'autres œuvres de l'auteur, car on y voit clairement son évolution. Et puis, tout compte fait, cela demeure un ouvrage de fantasy bien plus cohérent que bon nombre de publications, donc il en vaut quand même la peine.

    Tokyo électrique
    Ce recueil réunit cinq nouvelles rédigées par cinq auteurs japonais contemporains. Malheureusement, n'ayant pas l'ouvrage sous la main, je ne peux pas vous livrer les titres des nouvelles et le nom des auteurs. J'éditerai le poste pour faire une liste à la fin. Mais ce qui est sûr, c'est que cela donne envie de s'intéresser de plus près aux oeuvres de ces auteurs.
    La première nouvelle suit une assemblée d'habitués d'un bar, avant l'ouverture officielle de celui-ci. On les voit se rassembler, faire montre de leur amitié, avant de discuter du sujet qui est au coeur du texte : cette femme un peu mystérieuse, qu'ils n'ont jamais réussi à approcher, et qui soulève une interrogation morale. A supposer qu'elle ait commis un crime, doivent-ils la dénoncer, ou au contraire la protéger ? Leur interrogation commence à l'évocation d'un fait divers où une femme est arrêtée après des années de cavale. Cela leur fait prendre conscience que leur connaissance n'est peut-être pas si clean qu'il n'y paraît, et qu'il y a effectivement des coïncidences un peu étranges. C'est une nouvelle amusante et touchante, on s'attache à ces personnages et on se pose, au final, les mêmes questions qu'eux.
    La seconde nouvelle suit un duo de deux jeunes qui ne vont pas trop à l'école et qui passent une journée avec une prostituée philippine. Un peu particulière, frôlant le trash, la fin de la nouvelle est une belle chute qui m'a bien plu !
    Il y a aussi cette nouvelle où un homme, suite à un incendie, se retrouve sans abri. Emportant avec lui sa valise et les affaires de camping emprunté à un ami, il élit domicile sur le toit de l'immeuble de son travail. Progressivement, ce qui est d'abord une décision imposée par les circonstances devient un véritable mode de vie choisi. C'est assez fascinant, et ça fait réfléchir : a-t-on besoin de tant de biens pour vivre ? N'est-ce pas, finalement, une forme de convention sociale, qui fait que ne rien avoir fait de nous des marginaux ?
    Dans une autre nouvelle, une femme développe un nouveau loisir : observer les commissariats. Titillée par les questions de sa fille (qui s'intéresse surtout à leur mascotte), qui lui a notamment demandé pourquoi on ne voit pas vraiment de femmes dans ces postes de quartier, elle se met à les observer. C'est aussi pour elle une grande source de stress, car elle a une peur maladive des transports motorisés. La grande épreuve, finalement, c'est la visite de la préfecture de police. J'ai vraiment aimé cette nouvelle, car le personnage est tellement attachant !
    Et il me manque une nouvelle ?? mais impossible de m'en souvenir pour le coup, à part qu'elle m'avait plu.
    Bref j'ai aimé ce recueil, sa variété, ces images qui sont données de la ville par ces différents textes, cette occasion au final de découvrir de nouvelles plumes - c'était vraiment super.

    Le diable est au piano, Léo Henry
    Ce dernier ouvrage est un cadeau de Cameron. Il s'agit d'un recueil de nouvelles variées, ce qui a pour avantage le fait qu'il est tout à fait possible de trouver un texte nous plaisant. Pour ma part, c'est le milieu qui m'a plu. Les premières nouvelles sont à mon sens trop difficiles : elles nécessitent d'avoir un bagage culturel solide, que je n'ai décidément pas, emploient des mots complexes ou étrangers, et le style n'est pas toujours évident. Cet auteur semble avoir une tendance à évacuer la ponctuation de ses dialogues directs, d'où une certaine confusion ; d'autres nouvelles ne distinguent pas très bien les parties ; d'autres enfin comportent des scènes un peu brumeuses que je ne comprends guère. Quant à la fin, les nouvelles frôlent la vulgarité, donc pas trop mon genre.
    Les nouvelles centrales ont un style plus simple (mais pas simpliste), racontant un ensemble de petites histoires plus sobres ; bien plus dans mon genre, c'est là finalement que j'ai réussi à apprécier l'écriture de l'auteur. Maintenant, je ne suis pas certain de me sentir capable de lire d'autres écrits de lui, je pense que ça dépend. J'admire tout de même sa capacité à varier les styles et les écritures, on sent qu'on a affaire à une personne érudite et à l'aise avec sa plume ; même si, de ce fait, il me semble qu'il se laisse parfois aller au plaisir de l'écriture, au détriment du sens (ou du moins d'un sens qui soit assez facile à appréhender pour le lecteur).

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    Transféré à seize ans pour satisfaire les intérêts de Chun-Lian, feu son Maître, Sansar entama son existence à Pallatine en qualité de prostitué. Ancolie - puisque tel était son surnom au sein de l'Hanafuda - fut éduqué par le Chinois en vue de lui servir de bras droit lorsque la maturité et la vérité auraient eu raison de son innocence. Aux côtés de son mentor, celui qui se fit ensuite appeler Temudjin dans une diaspora fraîchement établie - un regroupement de clans à l'époque - s'érigea en ambassadeur de la Maison et, de façon plus politique, devint coordinateur de l'ensemble du réseau de prostitution asiatique.
    Bien qu'il reprit le rôle de Chun-Lian au décès de celui-ci, ses efforts pour perpétuer les traditions héritées de l'ancienne mode furent vains ; la prostitution moderne dévora ses forces et, au moment où l'Iwasaki-rengô sortait officiellement de terre, Sansar se retira dans les montagnes.
    Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'un vieillard invisible, un fantôme attentionné loin des tourments du pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'user de cette couverture pour continuer à cultiver son royaume depuis l'ombre et le secret.

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    Re: Et parfois, on lit.
    le Lun 29 Oct 2018 - 21:11
    Sneug, ne t'arrête jamais de lire et de commenter, c'est chaque fois si enlevé ~

    Pas des masses de lectures ce mois-ci pour cause de ce que l'on appelle vie, prétendûment, et parce que je lis à la vitesse d'un escargot hémiplégique au galop. Mais. Il fallait que j'en parle quelque part.

    Les Poèmes de Nakahara Chūya, dont j'ai terminé le recueil il y a quelques semaines déjà. Une lecture malheureusement tronquée, tant parce qu'il s'agit de pièces choisies et non-exhaustives que, plus grave, parce qu'il aurait fallu connaître le japonais pour en apprécier toute la mélodie, la modernité et la tendre insolence. Les nombreuses explications jointes au recueil (paru chez Picquier) ont beau enrichir le tout de notes biographiques essentielles et d'analyses linguistiques - pas très approfondies, cela étant -, en tant qu'indigent de la langue nippone, je ne pouvais que me satisfaire de la traduction. On fait avec ce que l'on a.
    Déjà, je partais avec une curiosité et une impatience certaines à l'égard de ce poète presque maudit mort à trente ans après une vie consacrée à son art, et pas seulement parce que c'est un p'tit rouquin trop badass que j'aime d'amour dans un manga, que la plupart des critiques ont qualifié de Rimbaud japonais. Autant vous le dire tout de suite ; si vous avez déjà lu du Rimbaud dans votre vie, c'est faux. Peut-être un lecteur de japonais saura-t-il mieux déceler les subtilités et les parentés qui peuvent exister entre les oeuvres de ces deux-là, et dans leur style, mais la traduction française ne rend pas hommage à ces liens pourtant attendus, puisque Chūya a traduit les Poésies de notre chien fou national et en était lui-même grand admirateur. Il n'en reste pas moins que, cette analogie mise de côté de même que tous les manquements que la langue de Molière saurait imposer à sa consoeur de Mishima, ces poèmes sont d'une absolue mélancolie et d'une délicate beauté.
    Il y a quelque chose de la comptine dans beaucoup d'eux, une rengaine légère des mots et du rythme qui, lorsqu'il ne joue pas des ruptures volontaires, rappelle des jeux d'enfants. Une marelle, voilà à quoi m'ont fait penser la plupart de ses écrits, même quand ils sont vernis par la nostalgie ou le chagrin. Il est probable que, si l'on devait se représenter la mort à l'aune des textes de Chūya, elle ne paraîtrait pas plus vieille qu'un enfant de six ans.

    Je ne sais pourquoi   mais mon coeur a tant de honte
    C'était l'automne   un jour de vent blanc à l'ombre des montagnes
    Aux creux des feuilles mortes de la châtaigneraie
    Les troncs   se dressaient tristement adultes


    ou

    Blanc sur blanc il baignait dans les rayons de lune,
    Et dans un brouillard étrangement clair,
    Alors qu'il remuait lentement sa frêle silhouette,
    Seul son regard avait quelque chose d'obstinément doux.


    ou encore

    Pour toi il est mieux de rentrer dans une chambre paisible
    Laissant derrière toi les feux éclatants des nuits de la ville
    Pour toi il est mieux de prendre le chemin du retour
    Et d'écouter tranquillement les murmures de ton coeur.


    Pour l'exemple. Juste un instant pour entendre ce vent blanc qui se lève dans mes oreilles et les feux éclatants qui illuminent sous mes paupières. Je le trouve grandiose. Mais Chūya, c'est aussi le dadaïsme, c'est aussi le règne des onomatopées et des expressions primesautières, un peu bancales, le gamin qui va clopin-clopant sur des sentiers de boue et qui s'amuse de la pluie, du patchwork de couleurs sur une toile trouée. Ce sont des vers comme Le boeuf qui allait mourir beugla : "Meuh, meuh." ou Galantarie est dentifrice / Boa est plaque épidermique / Quand le soleil a disparu / Les mondes du soleil ont commencé ou des choses plus cryptiques encore comme Vas-y mords (Non mais quel marshmallow.) / Vas-y mords. Vas-y crache !
    Pareilles expressions le rapprochent davantage d'un Jacques Prévert ou d'un Tristan Corbière à mon goût. Et encore, ce ne sont pas les extraits les plus détonnants du recueil. Je pourrais en parler pendant encore des heures et décortiquer tous ses poèmes un à un pour en exprimer la texture et l'émotion qu'ils me procurent, mais mieux vaut s'arrêter avant de saouler celui qui lira cela... Donc voilà. Chūya est un charmant trésor d'immaturité, de tristesse et d'émoi, comme je les aime. Il est à découvrir !


    Et je fais le tour du globe pour le livre qui occupe mes jours en ce moment, directement l'Islande de Jón Kalman Stefánsson avec À la mesure de l'univers. Auteur adoré entre tous pour avoir écrit ce joyau pur qu'est Entre ciel et terre (le moindre de ses textes est une bénédiction sur mon âme, sincèrement), ce roman-ci est la suite de D'ailleurs les poissons n'ont pas de pied, une chronique familiale qui mêle plusieurs époques de l'Islande et s'attache aux liens entre différents personnages à travers les âges. Une intrigue très classique, ancrée dans un univers réaliste où le quotidien est d'une langueur parfois mortelle, où la mer est aussi omniprésente que le poisson, où il est difficile de ne pas se sentir prisonnier de cette minuscule bande de terre si éloignée de tout. Pour ceux qui auraient vu Sparrows, film islandais (on ne se refait pas...) sur l'adolescence, nous sommes tout à fait dans le ton. La splendeur des paysages et des lumières côtoie les incapacités des êtres humains à communiquer entre eux, leurs espoirs flamboyants rencontrent leurs erreurs et leurs failles, l'amour se heurte à l'incompréhension, la naïveté se blesse sur la cruauté, les souvenirs affluent et sauvent ou enfouissent le monde.
    Je regrette cependant que la chair prenne autant de place dans cette partie-là. Non que Stefánsson n'ait jamais écrit de rapports sexuels, au contraire, il est sans doute l'auteur des plus magnifiques scènes à mes yeux, mais leur répétition les fait rouiller prématurément et, quand bien même il parlerait de viol et de masturbation féminine, on finit par en être plus dégoûté qu'autre chose. Mince aparté qui ne saurait pas effrayer les intéressés, néanmoins, car ce serait omettre que cet homme est de ceux pour qui la poésie sauve le monde, un de ceux qui font le printemps de l'Islande (pour le citer quand il parle d'un de ses personnages) parce que ses mots sont tout à la fois du velours, du baume, des caresses par milliers sur votre tête et que je suis incapable de ne pas fondre dès que je pense à ses écrits. Dieu bénisse cet auteur jusqu'à la fin des temps.

    C'est tout pour le fanatisme, ça va mieux maintenant ~
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    Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
    En pratique, Naga est plus un hypocrite cherchant à apaiser sa confiance qu'un Altermondialiste convaincu, mais il a toujours su se débrouiller pour éviter que quelqu'un lui en fasse la remarque...
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    Avatar : Sanada Akihiko.

    Re: Et parfois, on lit.
    le Mer 31 Oct 2018 - 17:39
    @Sansar Enkhsaikhan a écrit:Vas-y mords (Non mais quel marshmallow.)

    du génie à l'état pur, je me garde ce vers sous le coude.

    bref à mon tour ?

    nathaniel hawthorne, the scarlet letter
    le gros morceau de mes lectures de septembre-octobre, le livre qui m'a demandé le plus de temps à lire, soit à peu près trois semaines, alors qu'il n'est guère si épais que cela. C'est une prof de moderne qui l'a mentionné en septembre pour illustrer le monde puritain de la période étudiée, et ça m'a donné envie d'essayer. Et puis c'est un auteur de bsd donc ça me donnait une raison supplémentaire de m'y mettre.
    Autant dire que je me suis un peu cassé les dents, au départ, sur cette lecture. Ce n'est pas forcément la première fois que je lis un classique anglophone en vo, et je m'attendais à éprouver quelques difficultés, j'ai quand même trouvé la lecture assez ardue. Melville, de la même période, m'avait paru beaucoup plus accessible quand j'étais plus jeune, donc je pense que le style d'Hawthorne y est pour quelque chose. Il faut prendre le temps de s'habituer aux nombreux archaïsmes auxquels il souscrit pour les besoins de l'écriture : aux thou et thy somme toutes prévisibles s'ajoutent des archaïsmes dont je n'avais pas la moindre idée, les yonder, anon et compagnie (je vous laisse les chercher vous-mêmes si ça vous intéresse), mais aussi des tournures de phrase très différentes de ce qu'on vous apprend en cours d'anglais (par exemple : he must needs be mine), qui fait qu'on s'interroge parfois sur ce qu'une phrase peut bien vouloir dire. Une fois qu'on a fait le tour des mots les plus courants, ça va mieux, mais le texte reste parfois assez obscur.
    Or, le livre commence par une longue introduction, où le narrateur, selon un procédé bien connu, assure la véracité de son histoire en décrivant les circonstances où il a trouvé le manuscrit dont il serait en fait l'éditeur plutôt que l'écrivain. Enfin, ça, c'est la fin de l'introduction. Parce que l'introduction débute par une longue, très longue destruction du bureau des douanes de Salem (si je me souviens bien) et des personnages qui y traînent plus qu'ils n'y travaillent. Assurément, hawthorne maîtrise l'art du portrait et nous propose des descriptions hautes en couleurs de tout ce drôle de monde, mais c'est assez décourageant pour commencer une lecture aussi ardue. J'ai bien failli abandonner quand même parce que c'était difficile.
    Et quand j'ai vu que l'histoire commençait par une description de la prison où est retenue Hester, j'ai bien cru mourir. Heureusement, la suite se fait moins descriptive, et on peut entrer un peu plus facilement dans l'histoire.
    Histoire somme toute classique, puisque l'on suit Hester l'adultère, son enfant et deux hommes pendant plusieurs années. On pourrait croire à première vue que l'intérêt de l'histoire est de découvrir qui est le père, mais il y a finalement très peu de personnages et son identité se devine aisément durant le premier tiers du livre. C'est finalement autour de la façon dont le père vit son péché que tourne tout le livre, et ce déroulement, assez classique, s'achève de façon cohérente.
    C'est probablement pour cette raison que j'ai trouvé le personnage d'Hester assez plat : finalement, tout se joue pour elle au premier chapitre, mais les choses stagnent pour elle pendant tout le livre, car ce n'est pas vraiment elle qui est au centre. L'auteur aborde bien entendu les difficultés et souffrances que lui valent le port de la lettre écarlate qui la désigne comme adultère, à quelques passages importants du livre, mais sans mettre l'accent dessus. C'est plutôt la relation entre l'ex-mari d'Hester et le père de l'enfant qui l'intéresse, et les plus beaux passages du livre tournent là-dessus. Ces deux personnages sont franchement intéressants. L'ex-mari se dévoile assez vite, et s'il a l'air a priori assez accommodant, ne vous y trompez pas, c'est une vraie ordure. Son but est de trouver le père et de se venger de lui, ce qu'il va faire de façon magistrale tout au long du bouquin. Le père, quant à lui, se devine aux tourments que sa position lui apporte : sa psychologie est bien tourmentée, et on se rend compte à quel point son éducation est un carcan trop étroit qui le fait souffrir. Difficile de ne pas ressentir de la compassion pour lui.
    Et puis il y a la petite Pearl, l'enfant, véritable elfe richement parée, qui est sacrément maline pour son âge. Est-elle vraiment humaine, sa mère se le demande, en tout cas, elle incarne à la perfection le pêché commis par sa mère plutôt que l'innocence de la victime.
    La lecture était difficile, et pas forcément dans mes centres d'intérêt, mais elle reste malgré tout intéressante. Quoique conventionnelle, l'histoire est bien construite, reposant sur énormément de signes, d'interprétations païennes ou religieuses, qui interrogent le sens métaphysique de l'adultère. C'est un très bon travail, à mon avis, avec en bonus un petit passage féministe où Hester s'interroge sur sa légitimité en tant que prophétesse pour les femmes. Mais difficile d'apprécier parce que c'était vraiment trop dur.

    hermann hesse, siddharta
    Soyons honnêtes, Hesse et moi, on n'est pas très copains, alors quand Toshi m'a passé ce bouquin en me disant qu'il allait me plaire, j'étais vraiment sceptique, d'autant plus que le synopsis me vendait un ouvrage rapide et potentiellement superficiel, pas forcément ce que j'aurais testé. Et puis soyons honnêtes, ce genre de contraste entre la sainteté et la vie mondaine, ça sent le cliché à plein nez.
    Au final, ce très court roman est celui que j'ai préféré d'Hesse. Sans doute parce que le caractère étranger de son récit (l'Inde et le bouddhisme, qu'il connaît bien, ne sont après tout pas au fondement de sa culture) l'amènent à traiter son sujet différemment.
    Et pourtant, doctrine il y a, puisque Siddharta, qui prétend ne jamais enseigner ce qui d'après lui perdait son sens à travers le passage aux mots, atteint malgré tout une forme de plénitude ou de sainteté. Mais cette doctrine n'est en aucun cas imposée, ni par le personnage, ni par le narrateur, ce qui permet au lecteur de conserver sa liberté de la rejeter, ce que j'ai trouvé appréciable. De plus, elle se fonde moins sur l'exceptionnalisme, l'élitisme et l'exigence que ce que j'ai pu lire dans ses autres bouquins. Bref, pas de dépressif qui cherche à prouver sa supériorité en se cachant derrière de belles paroles, mais un homme très faillible, donc humain, qui trouve à sa façon sa voix vers la paix intérieure.
    Le roman est donc une sorte de conte philosophique, et on peut dire que Hesse maîtrise vraiment bien ce style. Je ne connais sans doute pas assez le bouddhisme pour apprécier à sa juste valeur ce roman : je n'ai qu'une notion superficielle des concepts abordés donc j'ai eu l'impression de survoler certains passages assez philosophiques, sans les comprendre en profondeur. Pas qu'il y ait forcément quelque chose à comprendre à intellectualiser : plutôt comme si quelque chose m’échappait parfois. C'est un peu dommage.
    Mais la trame du roman, si elle a quelque chose de prévisible et convenue, reste malgré tout bien construite. Elle suit plusieurs fils (Govinda, Kamala, le passeur) qui sans forcément se croiser finissent par trouver une forme de résolution, ce qui évite d'avoir affaire à un cheminement trop rectiligne. J'ai beaucoup aimé la première partie, qui évoque les doutes de Siddharta face aux doctrines qu'il connaît, d'autant plus que les arguments qu'il avance sont intéressants. Les deux autres parties sont un peu plus conventionnelles, mais bien écrites malgré tout.
    En revanche, l'ouvrage reste court et philosophique, donc difficile de vraiment s'y attacher. Lecture sympathique, mais pas mon nouveau roman préféré.

    tolstoï, les insurgés
    il s'agit d'un court recueil de nouvelles et de débuts de roman inachevés qui ont pour thème la révolution russe. Et là, vous comprenez pourquoi sneug me l'avait offert sur Noël. En tout cas, ça m'a aidé à mieux comprendre l'univers dans lequel a pu évoluer mimi, même s'il est plus tardif, car je sais que Tolstoï fait partie des références qu'il a forcément dû lire.
    je ne connais pas vraiment cet auteur, mais j'avais entendu dire qu'il était spécialiste des textes à rallonge ; pas vraiment sur le coup, ces textes sont très brefs, rapides, à ceci près qu'il a tendance à bien contextualiser ses écrits au tout début. Sans doute ce qu'il dit est-il suffisant pour son contemporain, mais à notre époque, ses explications ont besoin d'éclaircissements, et de ce point de vue, je n'ai pas trouvé mon édition bien faite : trop rapide sur l'explication des événements, à une ou deux reprises, je n'ai carrément pas compris ce que le traducteur voulait dire, car cela semblait contredire ce qui était inscrit dans le texte original. Bon, je ne sais pas trop qui a raison du coup, mais folio classique est plutôt mauvais pour une fois dans ses commentaires, j'approuve pas.
    L'un des éléments que j'ai trouvés particulièrement frappants, chez Tolstoï, c'est cette confusion entre l'auteur et le narrateur, totalement assumée. On n'a pas affaire à un narrateur éthéré, mais bel et bien à une personne qui dirige son récit. Pour autant, si les opinions et expériences personnelles de Tolstoï apparaissent chez ce narrateur, on ne se sent pas étouffés, comme on pourrait l'être avec Hesse, par son implication : la façon dont il raconte les événements viennent confirmer sa vision des choses, et donc la valider.
    J'ai moins apprécié les débuts de roman, justement parce qu'ils se résument à quelques chapitres qui tournent vite court. On attendrait la suite, mais on sait qu'elle ne viendra pas, et puisque Tolstoï les a conçus pour être plus longs, on n'a pas vraiment assez pour s'attacher à ce qui s'y passe. J'attendais avec impatience de découvrir les Notes posthumes de Fiodor Kouzmitch, qui s'appuie sur une controverse historique toujours irrésolue : Kouzmitch, ce vagabond trop bien éduqué apparu en Sibérie dans les années 1850, ne serait-il pas en fait l'empereur Alexandre Ier, décédé dans des conséquences étranges ? Tolstoï accrédite cette thèse en faisant de Kouzmitch son narrateur (pour une fois) et en expliquant comment et pourquoi il a mis fin à son règne. Tolstoï est bien renseigné, et ses explications sont très crédibles, mais j'ai eu du mal à accrocher au ton extrêmement religieux de son personnage qui au crépuscule de sa vie, n'a toujours pas réussi à trouver sa repentance. J'ai trouvé cette obsession religieuse assez lourde : elle l'amène à porter un regard très critique sur sa vie passée, à la rejeter en bloc, alors que j'aurais préféré une analyse un peu plus psychologique. mais bon là c'est juste une question de goût personnel !
    Les nouvelles entre les deux débuts de roman m'ont davantage plu. J'ai particulièrement aimé Après le bal et Pour quelle faute. Après le bal est un récit fait un personnage expliquant pourquoi, alors qu'il était jeune homme, il n'a pas épousé la femme dont il était amoureux. C'est bien ce qui s'est passé après le bal qui l'a perturbé : incapable de distinguer l'inhumanité du père, pourtant si avenant au bal, et la pureté de la fille, ses sentiments se détruisent d'eux-mêmes. J'adore tout particulièrement le ton de ce personnage, il est savoureux.
    Mais Pour quelle faute a remporté ma préférence. On suit la déchéance d'un jeune couple de Polonais rebelles, ostracisés en Russie et malmenés par la vie, jusqu'au point de rupture. La fin est dure, mais sans être dévastatrice, et on remerciera Tolstoï pour avoir su préserver la sensibilité de son lectorat parce qu'il nous épargne la pire fin possible, sérieusement. Et la fin est loin d'être joyeuse, alors je vous laisse imaginer le truc.
    Le gros point fort de cette nouvelle, à mon avis, ce sont les personnages, si vivants. J'ai aimé Migurski dès que je l'ai vu (et le fait qu'il soit polonais m'a aidé à m'attacher encore plus vite à lui). Il part d'une situation plutôt avantageuse dans la vie, et en plus, sa femme nous en a fait un portrait tellement positif qu'on ne peut que l'aimer, mais sa prise de position dans la révolte le fait descendre en enfer. C'est vraiment lui que le malheur suit, je dirais, et pourtant, des deux, c'est le personnage qui a le plus de résilience, et probablement celui qui pourrait survivre jusqu'au bout. Ça m'a donné super envie de le protéger. Envie que je n'avais pas pour Albina, qui sait très bien se débrouiller toute seule. C'est l'élément actif de leur couple, une jeune femme dynamique qui ne baisse jamais les bras. Il faut dire que la demoiselle a failli s'enfuir de chez elle déguisée en homme pour rejoindre la révolution, alors autant dire qu'elle a son caractère. Et elle prouve sa résolution tout au long de la nouvelle : lorsqu'elle impose Migurski, qu'elle ne connaît pourtant presque pas, comme l'homme qu'elle va épouser ; elle ne perd pas son sourire face aux dures conditions de vie en Russie ; et puis, à la fin, lorsque le pire est arrivé, elle est aussi celle qui essaie de gagner leur liberté. C'est vraiment un personnage impressionnant, qui fait tout le dynamisme de cette nouvelle, et c'est pour cette raison que je l'ai vraiment appréciée.
    Mais en tout cas, c'était une belle immersion dans la littérature, ça me donne envie de lire des ouvrages plus long de Tolstoï !

    stefan zweig, lettre d'une inconnue
    et pour terminer, je suis en train de lire des nouvelles de Zweig, je ne vais sans doute pas toutes les commenter, mais je prends celle-ci parce que sneug m'avait mis en garde contre le caractère malsain des sentiments décrits dans cette nouvelle.
    Et c'est vrai que cet amour est super malsain, vraiment : une jeune femme envoie à l'écrivain dont elle est éperdument amoureuse depuis l'adolescence une longue lettre pour lui confier ses sentiments et lui montrer à quel point elle était présente dans sa vie, sans qu'il ne l'a remarque jamais. Et si vous trouvez ça romantique, vous avez un problème : cet amour à sens unique tourne à l'obsession, puisque l'inconnue subordonne sa vie entière à lui. La distance, le rejet ou l'impossibilité d'être ensemble ne sauraient entamer ces sentiments maladifs. Et comme sneug me l'a dit : c'est une stalkeuse, vraiment, et possessive par dessus le marché.
    L'écrivain n'est pas franchement mieux : c'est un jouisseur volage qui oublie ses conquêtes à chacun de ses voyages. Jamais casé, toujours libre, c'est ce trait de caractère qui fait souffrir la jeune femme, mais qu'elle affirme ne pas vouloir critiquer, alors même que l'on sent (et elle en est consciente) que la menace de la critique pèse sur le récit de sa vie.
    La nouvelle n'en reste pas moins convaincante, malgré sa bizarrerie : Zweig ne donne pas l'impression de fantasmer cette relation asymétrique, la jeune femme ayant conscience de ne pas se comporter normalement ; de plus, l'écrivain n'est pas vraiment touché par ses sentiments (plutôt autre chose, qui le perturbe à la toute fin).
    Par contre, j'ai trouvé cette nouvelle vraiment facile à lire ??? Le style de Zweig se lit vraiment sans effort, ça coule tout seul, comme une évidence, et c'est une sensation que je n'ai plus éprouvée depuis plusieurs mois. Sérieusement, même les ouvrages les plus basiques, sans style, ne se lisent pas aussi facilement. Le style est vraiment le point positif de ce texte, je ne dis pas qu'il est parfait, il est même parfois un peu artificiel, mais tellement agréable, je ne saurais pas dire pourquoi.
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    Re: Et parfois, on lit.
    le Sam 3 Nov 2018 - 13:55
    Par-delà le crime et le châtiment, Jean Améry
    Il m'a fallu un peu de temps avant d'oser me plonger dans ce livre, qui apparemment est resté une bonne année dans ma PAL. J'avais en effet entendu les critiques de mon père et de Naga, qui n'était pas nécessairement positives ; comme quoi c'était un ouvrage certes sincère, mais que l'on pouvait difficilement comprendre.
    J'ai vu ce qu'ils voulaient dire dès le premier chapitre.
    La lecture des deux préfaces était passionnante ; Jean Améry remet en cause l'utilisation excessive du terme de fascisme (pour lui, il n'y a qu'un seul type de fascisme véritable, c'est le nazisme ; au moment où il rédige sa 2e préface, dans les années 1970, le terme de fascisme connaît une explosion de popularité et s'est diversifié. Il ne précise pas en quoi il est contre ce nouvel usage du mot, sans doute est-ce évident pour lui) et globalement il justifie très bien sa démarche. Il veut parler de l'intellectuel dans les camps, tout en précisant que pour ce faire, il va parler de son propre vécu. Démarche totalement légitime à mon sens.
    Dans le premier chapitre, il décrit donc ce qu'est un intellectuel. Il en exclue d'office toutes les personnes qui exercent un « métier d'intelligence », comme les médecins ou les avocats, pour se concentrer sur ceux qui sont habités par une culture littéraire et artistique : journalistes, professeurs d'université, etc. Somme toute, ça correspond assez bien au concept de l'époque. Mais on sent très vite où il veut en venir : ces intellectuels sont les plus malmenés dans les camps, car ils n'ont au final aucune valeur pour le travail demandé. Il est vrai qu'être un expert en littérature n'aide pas vraiment à survivre. Ces intellectuels sont, somme toute, mal préparés au labeur physique ; et en cela, je suis bien d'accord. Cependant, la façon dont il présente l'affaire a éveillé une forme de malaise en moi. Car très vite, il précise à quel point il est insupportable, pour l'intellectuel, de recourir à un jargon populaire. Je cite un passage : « Je me rappelle trop bien la répugnance physique qui m'envahissait régulièrement lorsqu'un camarade par ailleurs convenable et affable ne m'interpellait jamais autrement qu'en disant : "Très cher ami !" L'intellectuel souffrait d'entendre utiliser des expressions telles que "cuistot" ou "organiser" (par quoi il fallait comprendre "appropriation illégale d'objets"), et il lui en coûtait même d'utiliser des formules du type de "aller au convoi", qu'il ne parvenait à sortir qu'avec beaucoup de réticence. » J'avoue que je ne sais pas trop quoi en penser. D'un côté, je ne m'estime pas le droit de remettre en cause le vécu d'une victime d'un camp de concentration, je n'en ai pas la légitimité et je ne suis pas là pour juger. De l'autre, j'ai du mal à comprendre en quoi l'utilisation de ces mots est un problème. Je suppose que le but de son ouvrage, c'est de montrer que ses besoins intellectuels ne sont pas satisfaits. Cependant, le ton employé traduit un peu une forme de condescendance, à mon sens - d'où le fait que le message passe difficilement. Ce premier chapitre veut d'une part montrer que le besoin intellectuel n'est pas satisfait (ce qui me paraît logique), d'autre part souligner que l'intellectuel a perdu de sa fonction sociale. Comprenez bien : l'intellectuel est une classe sociale à part, et bourgeoise. Cela dit, il parle bien du fait que le détenu est dépossédé de toute culture allemande, qui est assimilée à la culture nazie.
    Arrive alors le chapitre 2, se proposant de traiter de la torture. Pour le coup, c'était vraiment passionnant. Jean Améry réfute l'idée que le premier coup ôterait au prisonnier sa dignité humaine, car pour lui ce mot est bien trop polysémique pour avoir du sens. Au contraire, il pense que c'est plutôt sa « confiance dans le monde » qui lui est ôtée. L'autorité (police, SS) exerce légalement sur lui une forme de violence, ce qui revient à dire qu'elle peut tout lui faire. Autre réflexion : l'impossibilité de se figurer ce qui va vraiment se produire. Pour lui, la réalité et la fiction sont trop distinctes, de sorte qu'on se trompera toujours. Une fois confronté à la réalité de la douleur, on est donc désœuvré. On l'est donc d'autant plus qu'aucune aide extérieure n'est envisageable (comme un médecin, par exemple). Le but de ce chapitre est de « justifier [sa] ferme conviction que la torture était l'essence du nationial-socialisme » : la torture est un fait universel, il le reconnaît, mais elle constitue l'apothéose du 3e Reich.
    Le troisième chapitre parle du mal du pays. L'auteur est amené à expliquer d'où lui est venu le choix d'abandonner l'allemand, sa langue natale, et de choisir un pseudonyme à consonance française. Pour lui, c'est venu au moment où on lui a refusé la nationalité autrichienne. La terre natale, pour lui, c'est la sécurité. Mais elle est aussi unique : on n'a qu'une seule patrie, on n'en retrouvera jamais une autre. Problème pour Améry : sa terre natale est finalement devenue son ennemi. Pire encore : on le forçait à reconnaître qu'elle n'a jamais été la sienne. C'est un chapitre plus complexe encore que les autres, car abordant la question du langage, qu'il aborde avec beaucoup d'intelligence, mais aussi un brin d'élitisme : « La plupart d'entre nous [les exilés] refusaient d'ailleurs d'assimiler les bribes de langue que le vent venu d'Allemagne soufflait dans les pays occupés, partant du point de vue, valable en principe, mais en grande partie irréalisable dans la pratique, que là-bas on était en train de saboter la langue et que leur devoir était au contraire d'en sauvegarder la "purete". » Bon très clairement je suis persuadée que toute langue est amenée à évoluer et qu'il ne s'agit pas d'un appauvrissement (ce serait émettre un jugement de valeur qu'on n'a pas à faire) et bref la pureté de la langue ça n'existe tout simplement pas. Vous avez vu à quoi ça ressemble le vieux français ?? bah y'avait même pas de règles de grammaire ou d'orthographe strictes de base alors bon, on sabote pas du tout une langue en simplifiant ces règles. Enfin, il mentionne également le fait que peut-être les générations futures peuvent se sentir bien sans patrie. Question ouverte donc.
    Le chapitre suivant traite du ressentiment ; je l'ai trouvé un peu compliqué, mais il y est notamment question de la responsabilité de la société allemande : elle ne peut être collective. Est abordé également la question des nouvelles générations, qui ne peuvent être tenues pour responsables, mas qui doivent aussi faire preuve de respect vis-à-vis des événements passés.
    Enfin, le dernier chapitre aborde la question de l'identité juive. Comme il le dit lui-même, il est devenu juif à partir du moment où les lois de Nuremberg ont décrété qu'il l'était. Il n'en a pas la culture, sinon, la sienne ne se distingue guère du reste de son pays. Il se sent forcé d'être juif, au final. Là encore, il propose des réflexions intéressantes, même si pour nous elles sont probablement novatrices.
    Au final, ce fut une lecture enrichissante, une de ces lectures où l'on est vraiment actif et où l'on se pose des questions. Jean Améry propose une réflexion originale sur les évènements de la Shoah et leurs conséquences, en privilégiant une approche philosophique de la chose. C'est une lecture qui peut être difficile car elle nécessite d'avoir un certain bagage culturel. Bon, pour ma part, je suis loin d'avoir toutes les références nécessaires, mais je vois globalement de quoi il parle. Il ne s'agit pas d'une biographie, donc vous devrez être en mesure de combler les vides concernant son parcours. Et puis, connaître un peu la culture de cette partie du 20e siècle, au moins dans les grandes lignes, me paraît conseillé. C'est l'ouvrage d'un intellectuel qui, au final, s'est trouvé privé de ce qu'il considère comme constitutif de son identité : sa culture (germanique, mais pas seulement). Qui, habitué à se trouver dans une situation privilégiée, car cultivé, est propulsé au bas de l'échelle. Qui tente donc de comprendre, au risque parfois de minimiser le ressenti d'autres déportés. Je pense qu'il faut prendre ainsi cet ouvrage, en gardant aussi une distance critique : comme tout témoignage, il y a une part de subjectivité, on peut donc ne pas apprécier certaines parties de l'ouvrage. C'est mon côté historien. ^^

    Lettre d'une inconnue, suivi de trois nouvelles de jeunesse, Stefan Zweig
    (j'ai écrit ça avant que naga ne poste sa propre critique)
    Ce petit recueil de même pas cent pages a pour pièce maîtresse la Lettre d'une inconnue. Pour la résumer simplement : un écrivain reçoit une lettre d'une stalkeuse qu'il ne connaît pas et qui lui raconte son amour pour lui. Alors bon, quand je lis sur la quatrième de couverture : « le récit d'une des grandes passions de la littérature du XXe siècle », et un peu plus loin « avec l'humanisme, l'auteur y dépeint l'amour absolu d'une femme pour un homme insouciant », je fronce des sourcils. Non, ce n'est pas une grande passion, et à mon avis la nouvelle est assez abominable. Si on excepte les qualités littéraires indéniables de Zweig, j'ai bien du mal à comprendre la beauté de cette nouvelle. Enfin, il est assez clair que la critique littéraire et moi n'avons pas les mêmes façons de réfléchir sur l'œuvre.
    D'une part, il s'agit d'une lettre d'une femme qui n'est ni plus ni moins qu'une stalkeuse. Rencontrant l'écrivain pendant son enfance, elle le cherche du regard, s'intéresse aux moindres détails de sa vie, elle fait de cet homme le centre de sa vie. Elle a toujours l'œil sur lui, du moins dès que cela lui est possible. Et elle qualifie cela de « fanatisme enfantin », quand bien même cette obsession ne se tarit pas du tout avec les années. Une fois adulte, elle explique que le soir, en rentrant du travail, elle s'arrête devant chez lui, observe sa maison. Alors certes, elle est la narratrice de ces évènements, il est donc normal qu'elle les cautionne. Cependant, rien n'obligeait Zweig à choisir le moyen de la lettre. En faisant cela, il cherche à explorer la psychologie de cette femme, à en montrer les mécanismes - ce faisant, en effaçant toute critique que l'on peut faire. On ne sait si le narrateur initial (celui qui nous présente l'écrivain recevant la lettre et commençant à la lire) est conscient du problème qu'une telle lettre peut poser.
    Si encore ce n'était cela, pourquoi pas. Mais comme beaucoup de textes du 20e siècle, il est marqué d'une misogynie gênante lorsque l'on se propose d'étudier la mentalité d'une femme. Attention, ces remarques ne sont pas nécessairement propres à cette nouvelle-là. Mais souvent, je ne dis rien ou je me contente d'une simple allusion, n'en disant guère plus parce que j'ai pris l'habitude, et parce que je ne veux pas juger les représentations des sociétés antérieures, quand bien même elles sont problématiques. Enfin, je suis vraiment dérangée quand elles sont ainsi exposées.
    Car cet amour absolu, c'est l'aliénation totale de cette femme, dont la vie tout entière tourne autour d'un seul homme - qui ne la connaît pas, et qui même n'a pas vraiment d'intérêt pour elle. Elle peut passer des heures à ne penser qu'à lui, et lorsque, adolescente elle déménage, elle n'envisage pas une seule seconde que, peut-être, elle devrait tourner la page. Surtout pas ! elle a décidé qu'elle ne l'oubliera jamais, donc elle préfère se réserver à lui. Notons qu'à ce stade, elle ne lui a toujours pas parlé. Il n'est qu'à peine conscient de son existence. Qui plus est, quand elle apprend la nouvelle de son déménagement, elle en est si choquée qu'elle s'évanouit - coucou la fragilité féminine. Au cas où vous vous demandez, je ne connais aucune femme qui s'évanouit quand elle est confrontée à une nouvelle difficile à avaler, sauf les femmes en corset qui ont du mal à respirer (mais c'est physique). Bref, ce beau cliché a encore la vie dure. Alors donc qu'elle se construit en refusant toute autre relation avec un homme, elle ne peut s'empêcher de se comparer de ses camarades féminines, et bien sûr, de s'en distancier. Car bien sûr, elle est différente des autres femmes, et elle peut donc juger leur attitude frivole. Oh, et bien sûr, comme toute forme d'« amour absolu », elle se place dans une position de soumission face à l'homme qu'elle révère. Non, franchement, ça je ne peux pas. Elle n'est pas la seule héroïne à affirmer vouloir supplier le héros de la « garder comme servante, comme esclave », ce que je trouve trop extrême quand même. Non mais après on se plaint des 50 nuances de grey & cie. Cette femme aime tellement l'homme auquel elle écrit qu'elle l'excuse de tout, s'aplatit devant lui dès lors qu'elle a l'impression de l'avoir accusé de quelque chose. Elle s'aplatit devant le fantasme d'un homme. Franchement, je ne vois pas trop en quoi c'est de l'art. ^^^^ En quoi c'est humaniste. ^^^^^ Non vraiment, je me pose à nouveau la question de la moralité de la littérature : peut-on apprécier ce qui est problématique ? sans doute, si tant est que l'on comprend en quoi l'œuvre l'est. Ici, je ne pense pas que beaucoup se rendent compte de cela.
    Et puis je trouve qu'il y a aussi une forme de narcissisme dans la nouvelle. Car l'homme en question, c'est un écrivain qui a rencontré le succès jeune (comme Zweig), qui fête son 41e anniversaire (alors que la nouvelle est publiée au moment où Zweig a le même âge). Difficile donc de ne pas penser qu'il s'identifie en partie à cet homme, qui fait l'objet d'un tel amour - et là, vous voyez mon problème. C'est en cela que je trouve la nouvelle abominable : à mon sens, ce portrait de femme est avant tout destiné à un lecteur masculin, avec une part de fantasme (oh la la, imaginez un peu le pouvoir qu'un homme peut avoir sur une femme en une telle circonstance ^^^^) et sans filtre.
    Bref, c'était ma critique absolument féministe pour le coup, mais franchement j'ai regardé ce que les gens disaient sur cette nouvelle mais visiblement beaucoup sont touchés. Vraiment je crois que je ne comprends rien à l'amour, je ne vois pas en quoi c'est touchant de se laisser brûler comme ça.
    Les trois nouvelles suivantes, très courtes, sont plus simples. Pour moi, leur lecture a été un peu plus agréable, surtout pour la dernière, Une jeunesse gâchée, qui parle d'un jeune homme coincé au lycée et qui finit par craquer. Ce sont des nouvelles plus sobres, du coup elles me parlent plus.

    La confusion des sentiments, Zweig toujours
    Le contraste en commençant ce livre est immédiat, car le style est beaucoup plus verbeux. Cela se comprend, d'un côté, dans la mesure où le narrateur est un vieux professeur. Mais certains passages sont juste impossibles. Notamment le premier discours de son professeur à lui, qui raconte que l'Angleterre, en gros, c'est Shakespeare : avant, ce n'est qu'une préparation, ensuite ce n'est qu'une contrefaçon. Je ne fais que paraphraser pour le coup. (Toute cette scène m'a évoqué la prépa, où se massent les étudiants, frémissant d'avoir été dans cette filière d'exception, qui sont tout à fait enclins à croire ce type de discours...) Bref pour ce professeur, c'est l'étude de la poésie qui permet d'étudier la langue, vu que c'est la poésie qui la crée (gros doute de ma part). Ce passage donne le ton de l'ouvrage, je pense. Notre narrateur est ainsi « entré dans le monde de l'esprit ». En gros, il comprend Shakespeare d'une façon instinctive. (Ce qui veut dire qu'il a un niveau d'anglais super balèze, pour quelqu'un qui n'a rien glandé pendant un semestre.)
    Ce roman est l'histoire d'un étudiant qui se laisse entraîner par un professeur qui a su le passionner, qui se rapproche de lui, mais se laisse aussi déborder par sa personne. Lorsqu'il parle ainsi de la dictée qu'il recopie pour lui, et qu'il lit ensuite, il raconte que sa voix-même n'est plus la sienne, elle devient celle du professeur. En fait, de façon un peu similaire à la Lettre, le narrateur s'aliénie à mesure qu'il s'approche du professeur. Sa vie tout entière finit par être dictée par lui, par tourner autour de cet homme. Mais du moins n'est-ce pas présenté comme totalement sain : il y a des répercussions sociales, notamment le fait qu'il s'isole, qu'il s'attire même le mépris des autres professeurs, ou des étourdissements. Sa passion est problématique, mais à vrai dire, lorsque surgit la révélation finale, la version du professeur n'est pas sans poser problème également. Je n'ai curieusement pas trop aimé la fin, alors qu'il me paraissait nécessaire qu'elle se produise ainsi ; mais peut-être est-ce cette dimension pédérastique que l'on retrouve dans leur relation, exacerbée par cette fin, et qui ne me convient guère ; peut-être est-ce aussi l'aspect un peu cliché de cette fin, qui par certains côtés ne se distingue guère de la fin que l'on attendrait d'une fanfic (je ne veux pas l'expliquer sans spoiler mais si vous voulez savoir, demandez-moi. Et contredisez-moi aussi, j'aime bien qu'on confronte des idées aux miennes). Du moins ai-je apprécié le fait la subtilité dont Zweig a fait preuve pour traiter de ce que ressent cet étudiant. Il y a là, pour moi, bien plus de finesse que chez cette inconnue dont les sentiments sont présentés de façon brute et sans filtre.

    La mer de la fertilité, tome 2 : Chevaux échappés, Mishima Yukio
    J'ai donc continué mon itinéraire littéraire avec un autre ouvrage problématique. A croire que c'est peut-être la raison pour laquelle je me sens happé par la littérature : elle m'interpelle, me fait me questionner, mais aussi fournit des clés de lecture intéressantes du passé. Bref j'en ai fini avec le paragraphe d'intello, même si en vrai, ce livre en mériterait totalement. Simplement, je n'ai pas les outils nécessaires pour l'analyser comme il faut, donc je vais rester basique. Mais j'ai lu quelques articles passionants sur le sujet, quoique durs à lire.
    Pour ne pas spoiler d'éventuels lecteurs qui voudraient se lancer dans la tétralogie, je dirais simplement que ce tome se place dans la continuité du premier, en mettant en lumière un nouveau personnage. C'est le roman d'Isao, un jeune extrêmiste qui projette d'assassiner plusieurs personnalités politiques. Nourri de l'idéal samouraï, cet ultranationaliste est obsédé par la pureté, de délivrer le Japon du mal et des âmes néfastes qui le dirigent, au profit d'un empereur idéalisé. Vous l'aurez compris, il y a pas mal de questions doctrinaires abordées dans ce roman. Le livre favori d'Isao, *La Société du Vent Divin*, fait l'objet de plusieurs chapitres qui, honnêtement, tombent des mains : c'est simplement une liste de samouraÏs qui se suicident les uns à la suite des autres. Avec un peu plus d'histoire quand même mais bon, vous voyez l'idée. Isao a une vision très idéalisée des choses, à mon sens (un véritable intellectuel... oups, c'était facile comme pique). Je dirais qu'il songe peut-être même plus à la mort et à l'assassinat qu'à un véritable projet de restauration. Isao a quelque chose de fascinant malgré tout, car Mishima a une façon de décrire sa jeunesse avec beaucoup d'élégance. L'insistance, par exemple, sur ses yeux clairs ou d'autres détails de son physique font partie de ces descriptions que j'apprécie vraiment chez lui. Cela dit, est-ce que je trouve Isao attachant ? Non. Je ne suis pas d'accord avec lui et ses convictions, donc intellectuellement parlant je ne le trouve pas sympathique. C'est un bon personnage, mais pas nécessairement un personnage que l'on aime.
    Il faut dire aussi que cet ouvrage est teinté par les convictions politiques de Mishima, ce qui fait que je ne le conseillerais pas à un lecteur casual, ou qui veut juste se détendre. On ne peut pas lire ce livre au 1e degré, car au final, tout est très présenté sous un aspect positif. Finalement, les idées ultranationalistes ne sont pas un problème, et même l'assassinat, finalement, n'est pas si mauvais que cela. Même Honda (personnage du premier tome), incarnation du rationalisme pur, se laisse tenter par Isao. Son rationalisme se fissure, au point qu'il est prêt à tout perdre pour sauver Isao. Malgré tout, il est prênant. C'est un peu l'inverse du premier tome, vite prenant mais qui se délite vite ; le début est long, mais plus on avance, plus on se prend au jeu. On n'a cependant pas très envie qu'Isao réussisse. C'est ce qui rend la chose surprenante je dirais.
    Donc c'est une bonne lecture, mais qui nécessite beaucoup de réflexion, ce qui la rend un peu difficile. Il y aurait beaucoup de choses à dire, mais je ne me sens pas capable de le faire hélas.

    Siddharta, Herman Hesse
    J'ai commencé par aimer beaucoup cet ouvrage pour la qualité de son écriture, et le personnage de Siddharta que je trouvais attachant. Jeune homme en quête de spiritualité, se défiant des doctrines dont il questionne le bien-fondé, affirmant que la réponse ne peut être trouvée qu'en suivant son propre cheminement, et non celui imposé par le dogme, c'est un personnage auquel il est facile de s'identifier. On est donc prêt à s'embarquer dans ce récit d'initiation un peu particulier, et qui, visiblement, prouve la connaissance de Hesse des spiritualités orientales.
    Mais alors, pourquoi ne l'ai-je pas apprécié plus que cela ? Peut-être parce que cet ouvrage demeure un peu verbieux, ce qui fait qu'il peut être difficile de comprendre les pensées présentées. Mais, à la limite, pourquoi pas : ce sont des pensées complexes, et un ouvrage aussi court que celui-ci ne peut raisonnablement pas en fournir un compte-rendu suffisant. Non, ce qui m'a dérangé, c'est la façon dont le personnage est individualisé des autres - et je veux dire par là, à l'extrême. Alors même que son itinéraire l'amène à se fondre dans la société, devenant riche et puissant, il continue pourtant de se distinguer des autres. De cette période, il n'a conservé que le dégoût pour leurs mœurs et leurs intérêts, se présente comme incapable de comprendre d'où ils peuvent tirer leur joie. Bref, c'est très intellectual, tout ça, cette pensée un peu élitiste qui refuse toute joie considérée comme inférieure. C'est d'ailleurs assez révélateur : si Hesse se montre critique vis-à-vis du bouddhisme et de l'hindouisme (qu'il a découverts en Inde, et dont on sent la fascination dans l'écrit même, car malgré tout l'expérience du Bouddha n'est en rien reniée, ce qui l'est, c'est la doctrine qui s'est construite autour), il est tout à fait possible de transposer ses reproches à la société occidentale dans laquelle il vit. Après tout, ce regret du matérialisme et des hiérarchies sociales s'applique parfaitement à notre monde, et même à notre époque. C'est ce qui rend Siddharta actuel, à la manière d'un conte philosophique.
    Donc c'est un bon ouvrage de Hesse, franchement, c'est juste moi qui grince des dents face à certains discours qui m'agacent.
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    Re: Et parfois, on lit.
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