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    Et parfois, on lit.

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    Santiago Kovac
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    Un homme discret, toujours habillé avec élégance, que l'on retrouve au fond d'un club privé tout aussi travaillé que lui. Voilà l'image que l'on a de Santiago, le propriétaire du Leviathan.
    Mais les plaisirs distingués ne sont pas les seuls à son goût. Voir les gens se battre dans son sous-sol lui donne le sentiment d'être tout puissant. Il aime les autres, les aime profondément, mais à sa manière, avec un peu de retenue et beaucoup d'indifférence. Il les aime autant que l'argent et le pouvoir. Tout cela se vaut. Mais peut-être pas autant que lui-même. Santiago se préserve avant tout lui-même, puis les autres, ceux à qui il tient si forts qu'il pourrait basculer dans de bien sombres penchants...
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    Avatar : Steven Starphase.

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    le Jeu 20 Déc 2018 - 17:04
    @Naga Umiaktorvik a écrit:lancez-vous dans des critiques (modérées, cela va de soi 8) ) de vos ouvrages préférés ou détestez.

    ok donc je revoyais les premières pages de ce sujet, et j'ai eu envie de voir comment j'avais introduit ce sujet, et

    1- on respecte pas du tout cette règle que j'avais fixée.
    2- la FAUTE D'ORTHOGRAPHE on en parle ça fait deux ans qu'elle traîne et je l'ai jamais remarquée.
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    Taichi Hirano
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    Avatar : takao kazunari (knb)

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    le Jeu 20 Déc 2018 - 19:12
    1. ya écrit "bitches" sur nos fronts
    2. mdr je l'avais pas vu non plus ???

    (btw je finis mon bouquin et je vous poste mes critiques) (ce sera long)
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    Taichi Hirano
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    Avatar : takao kazunari (knb)

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    le Lun 24 Déc 2018 - 16:18
    Le temple de l'aube, Mishima Yukio
    Ce troisième tome de la série est sans doute le plus dur à lire, tant il est théorique. J'ai lu quelque part que Mishima avait eu beaucoup de mal à écrire cet ouvrage, mais je comprends pourquoi. Déjà, parce que les descriptions sont fastidieuses. Extraordinaires, elles sont dotées d'une force incroyable, mais comme elles doivent être difficiles à écrire ! Elles dressent un portait de la Thaïlande qui oscille entre fascination (face à la richesse et le faste des lieux) et la critique (le bruit constant, la scène de sacrifice où se mêle la pureté de l'acte religieux et la souillure du sang). Ensuite, il consacre des chapitres à explorer différentes formes de spiritualité liées à la réincarnation (bouddhisme, orphisme, pensées occidentales modernes), mais ce ne sont pas des passages faciles. J'ai lu en en comprenant la moitié. Je pense que ce qu'il faut en retenir, c'est cette nouvelle quête de spiritualité de Honda, qui suite à son voyage en Thaïlande, se retrouve à nouveau assailli de questions.
    On a d'ailleurs l'impression que Honda, depuis Isao, n'a pas beaucoup évolué ; comme si la fin du livre précédent l'avait fait revenir un peu en arrière, et qu'il redécouvrait finalement ses pensées du tome précédent.
    La figure de ce livre, c'est la princesse thaï. La petite Clair de lune occupe, dans la première partie de l'ouvrage, une place très effacée ; bien qu'elle serait l'équivalent d'Isao et de Kiyoaki, elle est loin d'en occuper le rôle. Certes, leurs places respectives (Honda étant un étranger de passage pour des affaires, et elle une princesse) impliquent que leurs interactions seront limitées. Pour autant, là où Isao et Kiyoaki disposaient de leur propre intériorité, de leur propre existence même, ce n'est pas le cas de la petite princesse. Elle mène une vie à l'écart, où il ne se passe strictement rien, et où la seule péripétie connue, ce sont les visites de Honda. Elle se définit elle-même, d'ailleurs, comme une enveloppe vide, se qualifiant de « poupée » pour une âme qui n'a rien de thaï. Clair de lune, c'est un réceptacle sans identité propre. Les descriptions, d'ailleurs, tendent à l'objectifier. Elles sont intégrées à celles qui sont faites du pays, de sorte que la princesse fait partie de ses charmes. Même si, à titre personnel, je suis dérangée par leur tournure, que je trouve à la limite de la pédophilie : que ce soit la mention de son "corps bistré", ou l'idée fort dérangeante que Honda aurait voulu lui tenir ses "cuisses brunes" pendant qu'elle faisait pipi (après une réflexion sur le fait qu'il n'est pas père mais qu'il pourrait s'imaginer avoir une fille, certes, mais enfin, quelle drôle d'idée ??) - et encore, je suis restée soft dans mon choix de qualificatifs, parce que je n'ai pas vraiment la foi de chercher à nouveau dans les pages du livre. Mais la teneur de ces descriptions, appliquées à un enfant, me dérange. Enfin, lire du Mishima, c'est s'exposer à des thèmes problématiques, donc voilà. En soi, Isao aussi avait de belles descriptions, mais enfin il était grand lui.
    Bon, j'aime quand même ses descriptions.
    La deuxième partie se passe une douzaine d'années plus tard. La princesse thaï, désormais appelée Ying Chan, se rend au Japon pour ses études. Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que dans les premiers chapitres, elle brille par son absence anormale. Elle devrait être là, mais ne vient pas. Cela lui confère un caractère d'irréel. L'absence est presque sa façon d'exister dans ce roman : elle ne vient pas, Ying Chan, ou se fait attendre, et puis elle se dérobe. Je pense qu'elle est clairement consciente de son statut d'objet offert au regard, et qu'elle en est mal à l'aise (comme ce moment où Honda la regarde : « ses genoux qui étaient ouverts se refermèrent comme de délicates feuilles de mimosa », passage que j'interprète comme un réflexe défensif face au regard de cet homme âgé). Elle essaye de couper les ponts avec lui, de lui refuser sa compagnie, et Honda ne l'accepte pas. Il est pour cela aidé de sa voisine, Keiko, un personnage qui m'intrigue car j'ai toujours du mal à comprendre ses motivations véritables. Amorale, elle semble jouer avec les autres.
    Globalement, c'est un bon roman, malgré des réflexions horribles (« l'idée lui vint que ce regard était d'une petite fille innocente qui ne désire rien tant que d'être violée » ?????? ou Honda qui désire comparer le corps de Ying Chan « avec sa silhouette de petite fille », non sans avoir précisé, quelques lignes plus haut, ses « jambes adolescentes », qui pour moi sous-entend clairement qu'elle n'a pas encore le corps d'une femme adulte ?????? ou encore lorsqu'on lui dit qu'il devrait l'oublier, et qu'il répond « l'oublier ? je ne pourrai jamais. La laisser, c'est lui permettre d'arriver à maturité. » parce que bon il faut bien rappeler que Ying Chan n'a même pas 18 ans et cette réaction est juste tellement détestable.). Honda est juste dégueulasse. Il l'est aussi avec sa femme, qui certes, n'est pas dénuée de défauts, mais qui n'est certainement pas aigrie pour rien.
    Le point positif ? La neutralité de genre de l'âme, capable de devenir homme comme femme en fonction du corps dans laquelle elle est placée. Car on ne doutera pas que Ying Chan est une femme et se conçoit comme telle.

    Le fou et l'assasin 3, Robin Hobb
    J'ai mis plus d'un mois à lire ce livre, le laissant de côté pendant deux bonnes semaines pour lire plutôt des fanfics, avant de le reprendre et de le lire devant mon pc pendant les temps de chargement. Je voulais le finir car il n'était pas désagréable au point de l'abandonner (ce que je fais volontiers, pas de temps à perdre si ça ne va pas), et je ne le déteste pas, mais... c'est long.
    La nouvelle saga de Robin Hobb fait suite à l'Assassin royal, une série que j'avais beaucoup apprécié en tant qu'adolescente. En replongeant dans l'univers, je ne suis pas certain que je serais aussi emballée à présent, mais j'apprécierai sans doute encore. Robin Hobb a un véritable talent pour le worldbuilding et pour le réalisme de ses univers (à part pour les documents type "médiéval" mais soyons honnêtes, c'est un état d'esprit qu'on ne peut pas vraiment reproduire de nos jours) ; son écriture est précise et soignée, elle a une attention du détail époustouflante et globalement c'est très solide. Mais voilà, ça ne suffit pas vraiment pour provoquer le coup de cœur.
    Bien sûr, je parle en étant quelqu'un qui n'aime plus trop le genre de la fantasy, ancien fan qui s'est un peu lassé des schémas classiques (et puis y'a pas de persos dans la fragilité mdr), mais à mon sens, même en étant fan, c'est un peu ennuyeux comme saga.
    J'ai été jusqu'au tome 3 en raison des longueurs du début, où, je le rappelle, il ne se passe presque rien : il s'agit essentiellement de la vie quotidienne dans le domaine de Fitz, ses dernières années avec Molly, la naissance de sa fille... En fait, je pense que ces passages plairaient plus à mon père qu'à moi. Je me sens trop jeune (ou peut-être en décalage avec le désir de fonder une famille qui ne m'habite pas ?) pour y trouver un intérêt. Fitz est aveuglé par son amour pour Abeille et c'est, en fin de compte, absolument réaliste, mais quand on ne comprend pas ce qu'est l'amour d'un parent pour son enfant, on a un peu du mal à voir l'intérêt. Enfin, en soi, ce ne serait pas gênant si la saga ne promettait pas une intrigue qui met du temps à se mettre en place. Parler de l'amour d'un père pour sa fille peut aussi se faire en accélérant le rythme de l'histoire.
    Le 3e tome correspond au deuxième tome anglophone, et ça se sent : le rythme est différent. Abeille en est presque absente, mais pour des raisons évidentes. Cette fois, on commence enfin à voir où on voit : la recherche du fils se précise, Fitz retourne à la cour et... bon, il retourne chez lui ensuite. On a des révélations : un secret que cachait Umbre, les origines réelles d'Abeille, etc. Il se passe plus de choses et j'ai apprécié.
    Bien sûr, je suis un peu perdu face à tous les personnages et toutes les références au passé. Vu le nombre de tomes qu'il y a eu avant, et au fait que des années se sont passées depuis que je les ai lus (et que je n'ai pas vraiment envie de relire 12 tomes juste pour me souvenir de ce qui se passe), j'aurais apprécié un peu plus d'explications et de rappels.
    Je n'ai pas trop apprécié le passage à la cour. A mon sens, c'était assez méprisable comme manœuvre, je vais essayer d'expliquer sans spoiler : les gens ont cru à un mensonge pendant des années, et on leur demande subitement d'accepter une toute autre version. Et bien sûr, ils s'exécutent - ce qui conduit Fitz à avoir une vision assez condescendante, dans la mesure où ce sont des girouettes qui agissent selon leurs propres intérêts. Quant à la famille royale et à son entourage, bien sûr, elle n'agit que selon les intérêts du royaume, et la bande à Umbre est là pour tout ce qui pourrait entâcher son honneur. Avec un peu de recul, je pense que ce genre de représentations de la cour, assez fréquente, me lasse plus qu'autre chose. Non qu'elle soit impossible ou peu réaliste, non ; en fait, c'est sans doute un avis très personnel, donc ça ne compte pas trop. Ce qui me hérisse juste, c'est de forcer les gens à changer leur opinion sur les évènements du passé aussi brutalement ; et après les considérer comme des rapaces ou des dangers, parce que bon. La vie c'est un peu plus compliqué que cela.
    Bref, j'ai fini, et je ne sais pas si je vais continuer, car je n'apprécie pas trop où on va quand même. Je veux dire, qui est le fils était assez évident, et Fitz n'arrête pas de se poser des questions dont on connaît déjà la réponse, et ça ralentit la lecture plus qu'autre chose. Et je trouve que c'est globalement un peu tiré par les cheveux. Et je n'ai plus le même attachemnt qu'avant. Donc je ne sais pas quoi faire. Continuer ? Arrêter ?
    Un de mes amis a prévu de les lire donc je verrai bien.

    La nuit du bûcher, Sandor Marai
    Après avoir terminé mon précédent livre, il m'a fallu quelques jours avant d'oser en reprendre un nouveau. Mais le début m'a plutôt rassuré : il se présente comme une lettre envoyé par un moine espagnol qui annonce qu'il ne pourra revenir chez lui, à Avila (c'est de là qu'est originaire saint Thérèse d'Avila) et qui raconte ce qu'il a vu à Rome en 1598. Il repart en 1600 après la fin du procès de Giordano Bruno, un célèbre hérétique qui a été brûlé en 1600 après avoir refusé de revenir sur ses positions. C'est un homme qui a voyagé dans toute l'Europe et qui s'est un peu fait virer de partout à cause de ses idées. C'est un personnage que je trouve intéressant, et Naga m'a donc offert ce roman pour mon anniversaire. J'étais un peu ébahie quand je l'ai fini. Après un début un peu long, la fin passe super vite.
    C'est une lecture qui fait réfléchir, mais qui est aussi complexe. Je ne la conseille pas sans un minimum de culture historique sur l'époque moderne, le christianisme et l'histoire de Rome. On s'y perdrait un peu dans des références manquantes, et je pense que ça complique l'interprétation du livre aussi.
    Notre narrateur est un catholique convaincu, qui voit l'édit de Nantes (autorisant le protestantisme en France) comme une chose terrible. Après avoir vu le pape, il s'est juré de combattre l'hérésie, et se retrouve l'invité de l'Inquisition romaine, après un entretien avec le cardinal Bellarmin.
    Point intéressant, l'auteur est hongrois et a vécu au temps de la guerre froide. Le livre date de 1974 et la quatrième de couverture souligne que ce livre dénonce aussi le totalitarisme. Et clairement il parle aussi de son propre pays quand il écrit : "en effet, chez nous en terre espagnole, où l'Inquisition veille sur l'ordre et la sécurité publique, les enfants et les parents ont l'obligation de s'espionner les uns les autres". Le choix d'un point de vue espagnol n'est pas anodin : c'est un point de vue étranger et critique sur la société romaine.
    Le roman n'est composé que d'un unique chapitre de 270 pages : c'est un peu dérangeant dans la mesure où cela ne se lit pas d'un seul tenant et s'arrêter à la fin d'un paragraphe n'est pas toujours satisfaisant. Le livre manque un peu de structure interne en ce sens où il ne laisse pas nécessairement au lecteur le temps de souffler. On peut quand même le décomposer en trois parties :
    - un premier bon tiers présentant son arrivée à Rome, où il commence à suivre les enseignements des inquisiteurs romains. C'est une partie un peu longue, car fortement idéologique, introduisant la pensée des inquisiteurs. C'est assez flippant, car au final, le bûcher est considéré comme une faveur pour l'hérétique, et la famille de celui-ci peut aussi être "contaminée" par ses idées.
    - un petit tiers sur Giordano Bruno (il s'est fait attendre), et plus précisément sur son exécution et la nuit qui la précède. C'est un passage passionnant, surtout pour la façon dont l'hérétique est décrit : le narrateur le compare à un moment à un adulte qui refuse de s'adonner à un jeu d'enfant et rejette le bambin avec superbe.
    - la dernière partie traite du départ de Rome. Elle commence par beaucoup d'idéologie, encore une fois ; et puis subitement, quelque chose se produit. Et je n'en dis pas plus, car ce serait un spoil.
    En tout cas la fin est belle et c'est elle qui contient le message. Évidemment, elle se veut dénonciatrice, et elle n'est donc pas si originale, mais elle est logique et nécessaire. Elle clôture bien ce beau livre difficile, mais d'une grande intelligence, et qui témoigne d'une très bonne connaissance de l'époque !
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    le Dim 6 Jan 2019 - 20:56
    Et hop, des petites critiques pour permettre à Sneuguette d'écrire juste après ~

    Commençons léger, avec Train de nuit dans la Voie lactée de Kenji Miyazawa, selon mon souhait de lire au moins un texte de chaque perso de BSD durant l'année 2019. Bien que je l'ai terminé en deux jours de temps à Noël, grillant par là-même ma propre résolution avec force rapidité de combustion, j'ai été assez charmé par ces trois nouvelles pour la délicatesse, la naïveté et la poésie qui s'en dégagent. Si la première, « Gauche le Violoncelliste » emprunte sans conteste au conte animalier à la manière d'un joueur de flûte face aux rats, sa chute tombe un peu à plat – presque un gâchis quand on sent le crescendo de l'histoire, avec ces personnages qui se succèdent, les répétitions qui s'enchaînent jusqu'à l'épuisement, les performances jusqu'au bout de la nuit... Et ? Eeeeet ?
    Néanmoins, Gauche est attachant avec sa maladresse patente, ses réactions quasi caricaturales et sa bonhommie. On lui souhaite de réussir, terminant la nouvelle sur une note agréable.
    « Matasaburo, le vent » aurait pu être sous-titrée : quelques jours des jeux des enfants dans la campagne nippone du début du XXème siècle. Il ne s'y passe pas grand-chose à l'exception d'une rentrée des classes, d'un orage et d'une poursuite de chevaux par une bande de mioches, le plus explosif des événements étant probablement une scène où les adultes pèchent à la dynamite de façon illégale, sous le regard admiratif quoique dérouté des gamins qui voulaient juste se baigner. C'est pourtant bien cette légèreté dans l'air qui fait le style de Miyazawa, et qui de fait m'amène à penser que l'incarner dans un adorable petit paysan doué d'une force surhumaine n'est pas anodin. Le symbolisme des éléments naturels, omniprésent, convoque tour à tour la simplicité de la nature et sa toute-puissance, la tranquillité de ses vents d'automne face aux déferlantes pluvieuses, et il est possible d'y voir des acteurs à part entière. La foi bouddhiste de l'auteur en serait d'ailleurs à l'origine...
    Mais si les deux précédentes nouvelles ne m'ont pas forcément frappé, la troisième éponyme, « Train de nuit dans la Voie lactée » est à mes yeux un miracle littéraire tant elle est fine, innocente, onirique, une véritable étoile, avec des descriptions à vous faire chavirer le cœur. L'épisode des hérons et des grues que l'on attrape sur les rives du ciel et qui se transforment en feuilles sèches que l'on mange comme du sucre, mon dieu, je ne m'en remets pas tellement c'est magnifique et merveilleux. Écoutez à quel point le texte chante :
    Ils virent alors, comme un agrégat de diamants, herbes, rosée, sur le lit de la Voie lactée resplendissante, l'eau couler sans voix et sans forme ; au milieu de son cours apparut une île légèrement teintée d'une auréole bleue. Au sommet aplati de l'île, une croix blanche, si éblouissante qu'elle ferait ouvrir les yeux d'un homme qui dormirait – pourrait-on dire qu'elle était moulée dans les nuages d'un pôle Nord glacé ? – se dressait calmement, dans une paix sans fin, inondée d'une lumière ronde absolument dorée. Et puis plus loin : Tous les graviers de la berge étaient transparents, c'était sans doute du cristal et des topazes, ou des pierres dont la surface présentait des ondulations confuses, ou encore c'était des billes d'acier dont les facettes diffusaient des reflets d'un bleu pâle comme du brouillard. Giovanni se dirigea en courant vers le bord et trempa sa main dans l'eau. Mais l'eau de cette mystérieuse Voie lactée était plus limpide que de l'hydrogène. Cependant elle coulait, ils en étaient certains, parce que lorsqu'ils plongèrent leurs poignets ceux-ci apparurent comme élargis, dans une couleur proche de celle du mercure, et les vagues formées en heurtant leurs mains produisirent une phosphorescence délicate qui se consumait en jetant des étincelles.
    Ah, mes sentiments..................

    Je ne suis pas doué pour raconter les histoires en tant que tel, évidemment, et je préfère vous laisser découvrir si jamais cela vous tente.

    Ensuite, va pour Le Livre des blagues de Momus (ici pseudonyme de Nick Currie). J'ai hésité à en rédiger la critique, non pour des raisons d'intérêt, mais parce que c'est, heu, le truc le plus irrévérencieux et le plus caustique que j'ai pu lire jusqu'à présent ? Et pas dans le sens où l'on y pousse les mémés dans les orties ou des nouveaux-nés sous des trains, non non, pire, bien pire.
    Ce livre est un condensé de mauvais goût, écrit avec le plus grand naturel, où l'on réinvente chaque page la définition du mot salace pour lui apposer une illustration encore pire que la précédente, dans une espèce de descente aux enfers. On y apprend entre autres comment deux personnes peuvent être l'oncle l'une de l'autre, voire le grand-oncle, que les oies ont le feu aux fesses, que les enfants servent à des tas de choses charmantes et une myriade de joyeusetés incestueuses, zoophiles, pédophiles – je n'ai pas encore vu de nécrophilie, j'attends –, le tout rédigé avec un détachement qui, passé l'éventuelle gêne de lire pénis, foutre et viol toutes les trois pages, n'est pas sans faire, oui, j'avoue, rire. Au risque d'en choquer plus d'un, mais le pari est réussi.
    Je comprends mieux, à l'aune de ce qu'on y lit, pourquoi mes collègues le portaient aux nues. Ce n'est certainement pas à mettre entre toutes les mains, cependant il a le mérite d'être une monstruosité originale, non-dénuée de passages lyriques qui prouvent que l'auteur sait aussi sculpter la beauté, et, mine de rien, il y a quand même une intrigue – le parcours du narrateur, franchement pas aidé par la vie et par sa famille... Mais je ne m'appesantis guère là-dessus ; chacun s'en fera son avis.
    Ce ne sera pas le livre du siècle pour moi, pourtant je m'en souviendrai en bien.

    Et le dernier, qu'il me tardait de découvrir : Moi, ce que j'aime, c'est les monstres d'Emil Ferris. Un roman graphique comme on en fait peu – merci Monsieur Toussaint Louverture, que votre catalogue soit béni – par une artiste américaine d'exception. Pour une fois que le résumé de C4 n'exagère pas sur les compliments ! « Kaléidoscope brillant d'énergie et d'émotions, l'histoire magnifiquement contée d'une fascinante enfant au cœur du Chicago en ébullition des années 1960. Dans cette œuvre magistrale, tout à la fois enquête, drame familial et témoignage historique, Emil Ferris tisse un lien infiniment personnel entre un expressionnisme féroce, les hachures d'un Crumb et l'univers de Maurice Sendak. » Non seulement c'est alléchant, mais c'est surtout vrai, littéralement vrai.
    D'immenses pages couvertes de dessins au crayon et stylo, des portraits sublimes de la plèbe américaine de l'époque, le regard d'une justesse incroyable d'une enfant qui se prend pour un loup-garou intriguée par le suicide étrange de sa voisine de palier, une plongée dans l'art classique et moderne, dans le bizarre de l'underground parfois... Je prends à chaque page plusieurs minutes pour détailler le dessin, contempler chaque trait, lire toutes les petites annotations tantôt humoristiques tantôt enchanteresses qui ponctuent le récit. Comme :
    Alors, comme notre cuisine est dans un appartement en sous-sol, ça sent un peu l'impressionnisme des débuts, celui de Vincent Van Gogh, terre d'ombre et d'ocre, une odeur poivrée et graisseuse qui dit « je t'aime ». Toutes ces années, alors qu'Anka dansait et chantait là-haut, mes œufs n'avaient pas vraiment un goût d'œuf mais plutôt celui de La Nuit étoilée. Ces airs de valse triste avaient une saveur de bleu et de jaune, comme un mélange de myrtilles et de jonquilles.
    En un mot comme en cent, je suis tombé amoureux.

    (Et je vous quitte là, parce que Narcisse m'a répondu sur l'interforum, huhu.)
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    Taichi Hirano
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    le Mar 19 Fév 2019 - 14:16
    Tokyo Ghoul, tome 10
    Permettez que je vous épargne la présentation et tout le tralala. Cela fait des mois que je cherche à l'avoir et quand je voulais l'acheter il n'était pas là. Ma mère a dit à mon père "on ne peut pas lui acheter un manga avec un bonhomme qui pleure dessus" mais mon père a dit si donc je l'ai eu. Voilà pour la petite histoire.
    J'ai commencé par celui-là et ça m'a guéri de l'anime :re. Vraiment. Subitement je me suis rappelé pourquoi j'aime bien cette série. Une intrigue sérieuse avec de l'action digne d'un shounen, un dessin sublime et Naki qui m'a fait bien rire, même si la traduction le rend sans doute un peu plus bête qu'il ne doit l'être dans l'original, en raison des jeux de mots qui sont sans doute moins drôles qu'en japonais. (Avec le recul j'ai vraiment du mal à comprendre la toute fin. Pourquoi.) Bref j'ai vraiment passé un bon moment en lisant ce tome-là et je veux la suite bc cliffhanger c pas gentil.

    Samarcande, Amin Maalouf
    Ce court roman suit l'itinéraire d'un manuscrit, les Robaïyat d'Omar Khayyam, rédigé à la fin du 11e siècle, un recueil de poésies "sur le vin, sur la beauté et sa vanité" dont on voit la genèse. A noter que le robaï est considéré comme un poème bas de gamme, et que ce recueil, appelé aussi Le manuscrit de Samarcande, a une certaine postérité. C'est un livre qui traverse le temps et dont le narrateur, Benjamin O. Lesage, est un survivant du Titanic.
    Il commence donc par raconter l'arrivée d'Omar Khayyam à Samarcande, dans les années 1070. C'est là qu'il y reçoit le livre dans lequel il va consigner ses poèmes, à l'origine pour s'en débarrasser, comme des pensées impures que l'on jette sur le papier pour s'en défaire. Il y rencontre aussi Djahane, qui deviendra son amante. Leur relation est assez convenue, n'apporte pas vraiment de surprise, mais elle m'a plutôt plue, dans la mesure où ils représentent des opposés qui s'arrangent bien l'un de l'autre. Ni Omar ni Djahane, ainsi, ne veulent d'enfants, bien que leurs raisons divergent : cela fait partie de ces points qui les rapprochent. Leur relation s'équilibre, elle est moins là pour apporter une touche de romance, à mon sens, mais plutôt pour montrer ce qu'Omar construit au fil des ans. Car le temps file, pour lui. Il fait également une autre rencontre, celle d'un étudiant appelé Hassan Sabbah - le fondateur de la célèbre secte des Assassins. Là encore, leur rencontre n'a rien d'une simple convenance : elle fait sens pour les deux. Surtout pour Hassan, en fait, car sans Omar, aurait-il fondé sa secte ? C'est d'ailleurs intéressant de constater que les choix d'Omar, qui refuse de s'investir dans la vie politique de son temps, est si lourd de conséquences.
    Cet ouvrage a la saveur de l'orientalisme du 19e-20e siècle : fascination pour l'Orient et ses merveilles, érotisme latent, on est tout à fait dans le mode de pensée des Occidentaux de l'époque - le mode de pensée qu'un Lesage pourrait avoir. Amin Maalouf fait également preuve d'une bonne connaissance de l'Orient médiéval : on y entend parler d'ulémas et de cadis, de khans turcs et des Seljoukides, de la perte de puissance des califes abbassides, de médersas fondées et fréquentées... C'est précis sans être étouffant (même si je suppose que, si vous n'avez aucune connaissance sur le sujet, ça peut l'être un peu malgré tout). Le tout est servi par une écriture délicate et soignée, ce style est magnifique dans être trop chargé, de sorte que cela se lit très bien. Le style concourt à l'ambiance qui s'en dégage.
    Cette partie est, à mon sens, un petit bijou que l'on admire, une petite tempête qui nous emporte loin de chez nous.
    Puis arrive la seconde partie, celle de Benjamin Lesage - et pour le coup, je suis un peu moins fan. Certes, je suis moins fan de la période contemporaine que médiévale - question d'intérêt - mais je trouve aussi que le ton est différent. Le style est plus simple ; le côté merveilleux quasiment disparu (en soi, pas vraiment étonnant : la Perse au tournant du 20e siècle est une terre convoitée par les puissances européennes, les enjeux mêmes ont changé) (et sans doute Lesage ne peut-il voir l'Orient contemporain de la même façon que son image médiévale), on passe à la première personne, et une narration essentiellement au passé (là où l'autre partie est rédigée au présent), et finalement on a presque l'impression de lire un autre livre, une autre histoire. Le manuscrit de Khayyam n'est qu'un fil conducteur bien léger : il motive Lesage à se rendre en Iran, certes, mais ensuite en dehors de quelques passages, il est quasiment absent de la lecture. Cela fonctionnait dans le passé, car on suivait l'itinéraire de son auteur, les péripéties avaient une influence sur l'écriture ; or souvent Lesage n'est même pas un lecteur, il ne l'est qu'à quelques occasions, sinon il est bien plus en quête du manuscrit qu'autre chose. Bien sûr, vu que c'est lui qui a perdu le manuscrit, au final il a un rôle important ; mais son rapport au manuscrit est plus lointain. Son histoire est presque plus celle de son implication dans les révoltes perses qu'autre chose - d'où le fait que les deux parties, à mon sens, se répondent bien mais ne se marient pas forcément. L'idée est excellente et elle aurait pu être exécutée avec beaucoup plus de maladresse. On sent la qualité littéraire de l'auteur, qui réussit à faire en sorte que ça marche makgré tout. Mais voilà, c'est juste que cette partie-là m'emporte moins que la première, d'où le fait que ce livre n'est pas entièrement un coup de cœur.
    Malgré tout, je l'ai beaucoup aimé, il est fort plaisant à lire (bon, là encore, sans connaissances sur l'Orient historique c'est peut-être moins intéressant) et on passe quand même un bon moment en sa compagnie !

    Seraph of the End, tome 4
    Ceci est le moment fangirlisme parce que je n'ai littéralement aucune critique à faire sur ce tome. Je peux juste dire que, si l'anime peut paraître long, c'est sans doute parce qu'on en est déjà à ce qui correspond à la fin de la saison 1. Alias un passage que j'aime beaucoup. Alias un autre moment où je n'ai pas réussi à lire les signes.
    Bon déjà c'est Ferid en couverture et j'adore ce personnage même s'il est le mal. C'est le type même du prédateur (je m'en suis rendu compte il y a peu), mais il a ce quelque chose qui fait que je l'apprécie quand même. Peut-être le fait qu'il ne s'est jamais caché d'être un salaud.
    Concernant Yu et Mika : prince_sneug.exe a cessé de fonctionné
    (je vis tellement pour les relations de bros séparés par la vie ??? no mais c'est vrai regardez-moi avec les nanase)
    Et concernant Guren : mdr mec toi non plus tu ne te caches pas.
    Voilà c'est tout ce que j'ai à dire, quand y'a pas de trucs qui dérangent on hurle comme un demeuré, bah j'ai encore été retenu pcq jsuis quand même une personne décente en public.

    Au cœur du Yamato, tomes 1 et 2, Mitsuba et Zakuro, Aki Shimazaki
    En commençant cette nouvelle saga, j'ai eu la confirmation de ce que je pensais : j'aime ce qu'elle fait, et en même temps je n'aime pas. Ce sont des livres superbes pour des lecteurs qui veulent se mettre à la lecture : cela se lit vite, le style n'est pas compliqué, l'histoire va droit au but et tout ne finit pas forcément bien.
    Peut-être est-ce un peu trop direct pour moi.
    Dans Mitsuba, le narrateur tombe amoureux d'une jeune femme et projette de se marier avec elle. Les obstacles, ce sont ceux que posent la société japonaise : les devoirs vis-à-vis de l'entreprise, les mariages arrangés, la pression sociale. C'est ce que j'ai beaucoup aimé dans ce roman que j'ai commencé sans même m'en rendre compte et que j'ai lu en deux soirées. Ce livre témoigne très bien du Japon moins glorieux que celui des mangas, le Japon où les convenances ont encore un lourd poids, où une femme qui n'est pas encore mariée à 23 ans envisage nécessairement cette option, où l'on ne peut pas s'opposer aux plus grands. J'ai adoré. Mais j'ai détesté de voir à quel point c'était rapide, et par certains côtés, superficiels. Où sont les sentiments ? Pourquoi ne pas prendre le temps de s'arrêter un peu plus sur ce que le narrateur ressent, sur ce sentiment d'étouffement et de colère qui doit bien l'habiter, sur les sentiments qu'il ressent pour Yûko ? Le problème, c'est que c'est l'écriture de l'autrice, et elle est tout à fait valable : elle ne répond simplement pas aux attentes que je peux avoir pour un roman. Je dis ça parce que c'est "court", pour moi, ce n'est pas qu'une question de pages ; en 120 pages on peut raconter une histoire, mais j'ai l'impression qu'elle ne fait que la survoler. C'est un avis personnel, évidemment.
    Dans Zakuro, on suit un de ses collèges, Toda. Son père a disparu en Sibérie il y a 25 an et depuis, plus de nouvelles. Le roman montre comment il retrouve progressivement sa trace. Ici, on est dans un registre très différent, peut-être un peu plus proche de mes centres d'intérêts. C'est un drame familial où le poids de l'histoire est lourd. Et pour le coup, il m'a beaucoup plus emballée. J'ai vraiment aimé ce roman-là (au point que oui, je pourrais y dépenser mon argent).

    Whispering, tome 1, Yoko Fujitani
    Vous savez peut-être que j'envisage toujours de commencer à acheter plusieurs séries qui ont l'air de qualité (que j'ai commencé en scans ou non d'ailleurs) mais que je me retiens toujours parce que j'essaye d'avancer dans les séries que j'ai en cours. Alors pourquoi est-ce que j'ai demandé Whispering pour Noël ??? Sans doute parce que, lorsque je l'avais lu en ligne, c'était un véritable coup de cœur.
    Whispering, c'est l'histoire de la relation entre un adolescent qui est dans une mauvaise phase et un enfant qui se retrouve dans la même situation qu'il était quand il était plus jeune. Ce qui relie les deux, c'est un pouvoir : celui d'entendre les pensées des objets et des êtres vivants qui les entourent. Pouvoir gênant, qui a causé énormément de tort à l'adolescent, Kôji. Chez lui, ce pouvoir a fini par disparaître ; source de soulagement, dans la mesure où ce don l'ostracisait. Pour autant, il n'est pas totalement sorti d'affaire, il joue à la vie lycéenne mais on le sent encore hanté par ses vieux démons. C'est alors qu'il croise le chemin de Daichi, un garçon qui possède le même pouvoir que lui.
    Vous l'avez compris, toute la série se construit autour de l'aide réciproque que l'un et l'autre peuvent s'apporter. Kôji veut protéger Daichi, lui éviter tout ce que lui a vécu ; et Daichi l'aide aussi à accepter son propre passé, qu'il a essayé d'enfouir mais qui continue quand même de le torturer ; à se sentir mieux dans son présent, également.
    Et en lisant ce tome, je n'ai pas du tout regretté d'avoir cédé et de l'avoir demandé. En fait je n'avais même pas prévu de le lire à ce moment-là, c'est juste que l'idée m'obsédait un peu et du coup j'ai été le chercher, j'ai feuilleté les premières pages et au final bah j'ai continué.
    C'est vraiment une jolie histoire, présentée sans drama superflu, avec beaucoup d'humanité. La mère qui s'inquiète du don de son fils mais qui, par amour pour lui, tait ses angoisses et s'efforce de passer outre ses propres peurs. Les amis du lycée qui s'inquiètent pour un ami qui reste toujours en retrait, et ne remettent pas en doute sa parole, même s'ils ont quelques doutes. Ce petit garçon qui rêve d'avoir Kôji pour grand-frère. La culpabilité de Kôji, qui lui sert de petits mensonges pour ne pas le blesser. Ce sont toutes des petites choses qui, mises bout à bout, réchauffent le cœur. Le ton du manga est juste. Il traite de la difficulté à être différent, au poids que l'on ressent face à un pouvoir qui peut vite nous écraser.
    Et, en le refermant, je n'ai eu qu'une seule envie : acheter le second tome au plus vite.

    Le chat qui venait du ciel, Hiraide Takashi
    Si vous me demandez "mais alors, quel roman court couvre l'ensemble du sujet ?", je vous citerai celui-là. Ce livre, c'est 130 pages d'une écriture poétique et d'une justesse impeccable, racontant une histoire très simple - mais en l'approfondissant.
    C'est l'histoire d'un couple qui loue un petit pavillon qui donne sur un jardin. Il y a plusieurs maisons sur la propriété, dont l'une est occupée par une famille ; elle adopte un jour un petit chat, Chibi, qui visite régulièrement notre couple. Voilà, globalement, le gros de l'histoire. C'est beau, mais surtout très triste : ce roman est empli du drama quotidien et ordinaire, comme le décès de proches et de connaissances, par exemple ; et de jolies descriptions, notamment celles du jardin et du pavillon.
    C'est aussi triste parce que ce chat qu'ils aiment tant n'est pas le leur, et ne le sera jamais ; ils ne sont jamais qu'une partie de sa vie, clairement pas des inconnus, mais sans être vraiment sa famille. Pour eux, c'est une certaine souffrance. Et puis il y a les vrais maîtres du chat, qui ne soupçonnent même pas cette vie que Chibi mène avec eux - qui ne sont peut-être pas prêts à l'accepter.
    Simplicité, poésie et justesse des sentiments, tous les ingrédients pour faire de ce livre un grand roman !
    Le seul bémol, à mon sens, vient de la traduction et du choix de pronom de Chibi, qui est femelle. Pourtant trop de fois un paragraphe commence par "Chibi, il...", alors qu'à l'occasion un "elle" se glisse dans la narration. Dommage.

    La mer de la fertilité, tome 4 : L'Ange en décomposition, Mishima Yukio
    Ce dernier tome est aussi mon préféré. Sans doute parce qu'il se montre plus court, plus direct. Le nouveau personnage, Toru, est vraiment intéressant, à mon sens c'est le seul qui arrive à la cheville d'Isao (et en même temps, non, si vous lisez le livre vous comprenez pourquoi). Cet adolescent a ce même charisme, cette intelligence mal employée. Parce qu'il porte les trois grains de beauté sur la poitrine, Honda, aux portes de la mort, décide de l'adopter. Il compte sur le fait que, d'ici à quatre ans, il sera mort. Et il veut corriger ses erreurs.
    Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Toru, c'est un petit génie du mal - mais, comme dirait Keiko, un génie du mal banal, ordinaire -, qui se met à jouer avec les autres. Il fait virer un précepteur, joue avec sa fiancée jusqu'à lui faire porter le chapeau de leur rupture, et se met en tête d'isoler Honda. Ça marche bien, jusqu'à ce que Keiko s'en mêle. (Ah, j'aime cette femme.)
    La fin est excellente et je n'aurais pas rêver mieux. Elle est un peu surprenante, mais surtout déprimante. Pour Toru, comme on pouvait s'y attendre, cela s'achève en drame. Et pour Honda aussi, dans une moindre mesure.
    C'est un excellent tome et je ne regrette pas du tout ma lecture !

    Hidamari ga Kikoeru : Limit, Fumino Yuki
    Tome 3 de cette série, on retrouve Taichi et Kouhei au début de leur vie de couple. Ou pas. Parce qu'en fait ils ne se voient presque pas et en fait, on parle presque d'autre chose.
    C'est bien pour cela que j'ai aimé ce tome : le traitement du handicap est toujours d'une grande intelligence.
    Chacun des personnages voit son chemin croiser celui d'un autre ; pour Taichi, c'est celui de son senpai, qu'il apprend à connaître et qui a une raison bien spécifique à l'exercice de ce métier. Pour Kouhei, c'est la rencontre d'un jeune sourd, très satisfait de sa situation, et qui n'exerce pas forcément une bonne influence sur lui. C'est une nouvelle intrigue qui se lance, et qui n'est pas finie ; elle doit continuer et j'ai hâte d'avoir la suite entre les mains.
    J'ai particulièrement apprécié un chapitre où Taichi se livre complètement, racontant sa relation avec son grand-père, qu'il n'a jamais vraiment aimé, mais qui est le seul à ne lui avoir jamais tourné le dos - y compris quand ses parents voulaient se débarrasser de lui. C'est une scène merveilleuse et tellement touchante !
    Bref, ça continue dans la lancer, il me faut vraiment la suite ahhh !!!

    Les amours interdites, Mishima
    Quand j'en ai parlé à Naga, elle m'a dit ne pas être convaincue par ma critique parce que je l'abordais sous un angle moral. Et effectivement, ce n'est pas le meilleur angle à adopter lorsqu'on veut rendre compte d'une œuvre subversive. Mais puisque je ne trouve normalement rien à redire sur une œuvre qui se veut perverse, alors pourquoi celle-ci m'a-t-elle posé problème ? Certes, je ne supporte plus vraiment la misogynie de ces personnages de roman qui jouent avec les femmes pour en prouver l'infériorité. Mais ça ne suffit pas vraiment. En fait, je pense que j'ai simplement trouvé le roman assez plat et banal.
    Il raconte l'histoire de Yûichi, un jeune homme qui, sur le conseil de l'écrivain Shunsuké, se marie avec une femme qu'il n'aime pas. Yûichi est gay, ce qui en fait le pion idéal pour Shunsuké dans sa vengeance contre les femmes. Les deux cibles de Yûichi, Mme Kaburagi et Kyokô, sont deux femmes qui ont causé du « tort » (à prendre avec des pincettes car Kyokô n'a rien fait), et Shunsuké fait en sorte que Yûichi entretienne une liaison avec elles. Outre le fait que c'est, somme toute, assez peu original et qu'honnêtement, ces passages sont souvent ennuyants, j'avoue que je n'ai pas vraiment vu l'aspect manipulation très bien développé. Yûichi est conscient de ce qu'il fait, il accepte en toute connaissance de cause. Ce qui le rattache à Shunsuké, c'est de l'argent qu'il a reçu, mais honnêtement la raison pour laquelle il l'a accepté est assez floue ? Il n'y a pas vraiment de surprise avec ces femmes : elles tombent dans le panneau, jusqu'à ce qu'elles découvrent le problème à un moment ou à un autre. Bref moi je trouve pas ça très passionnant mais enfin.
    En revanche, là où c'était passionnant, c'était au niveau des milieux gays que l'on découvre avec Yûichi. Mishima en délivre une image honnête et même si on n'en ferait pas un représentant des droits lgbt aujourd'hui, on peut dire que c'est une partie personnelle. C'est très sexuel, pas toujours très healthy, mais au final, on sait où on en est. Et puis Shunsuké n'a aucune emprise sur Yûichi sur ce plan-là, donc ???
    Mais alors, quel est le problème de ce livre ? Je pense que ça tient à sa structure. Trop de sous-intrigues, à tel point que le fil rouge se perd. Finalement, on voit très peu les deux personnages interagir. Il se passe trop de choses différentes, c'est fatiguant, et question cruauté c'est ??? bof ??? bref c'est pas que j'ai pas aimé mais j'ai trouvé ça trop... soft, en fait. L'ange en décomposition était bien plus subtil et intelligent que ça.
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    Naga Umiaktorvik
    Technicien
    Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
    En pratique, Naga est plus un hypocrite cherchant à apaiser sa confiance qu'un Altermondialiste convaincu, mais il a toujours su se débrouiller pour éviter que quelqu'un lui en fasse la remarque...

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    Et parfois, on lit.  - Page 5 W4Rw4
    Avatar : Sanada Akihiko.

    Et parfois, on lit.  - Page 5 Empty Re: Et parfois, on lit.
    le Dim 24 Fév 2019 - 14:11
    Parce qu'il faut bien faire vivre ce sujet !
    et me moquer ouvertement de mes propres consignes.

    mishima, chevaux échappés
    je vais faire bref, parce que ça fait un petit moment que je l'ai lu, et qu'en plus je ne sais jamais trop que penser de Mishima, et cet ouvrage ne fait pas vraiment exception. D'un côté, je l'ai vraiment apprécié, j'ai trouvé la trame intéressante, et j'ai adoré le personnage d'Isao, qui malgré ses tendances nationalistes reste extrêmement humain. On le voit progressivement foncer dans le mur, enfermé par ses préceptes, et vaguement conscient des contradictions dans lesquelles l'enferme sa doctrine. Sa fin n'est pas vraiment surprenante, on ne voit pas comment il aurait pu en être autrement, à moins de recourir à un deus ex machina particulièrement ridicule.
    D'un autre côté, ce bouquin est loooong. L'appendice de 60 pages qui constitue le livre préféré d'Isao est tout simplement une torture à lire. Le style est particulièrement aride et chirurgical, le ton très nationaliste, et les détails foisonnants, sans que ça apporte forcément quelque chose à la lecture. Mais le reste du roman est parsemé de considérations politiques tout aussi difficiles à apprécier pour un lecteur de notre époque, qui ne se sent pas forcément concerné par tout ce qu'il lit.
    Résultat mitigé, donc, j'ai bien aimé Isao mais le reste du roman a été plus difficile.

    alfred jarry, ubu roi
    En voyant passer dans mes cours le nom d'Ubu roi, j'ai eu envie de lire cette pièce dont j'entendais parler depuis longtemps, en me disant qu'une lecture courte me ferait du bien après Mishima. La voilà expédiée en deux soirées, avant d'aller me coucher, donc c'était vraiment très court.
    Je ne peux pas dire que la pièce m'a déçu, mais ce n'était pas tout à fait ce que j'attendais. Le grotesque est là, bien présent - même si, à mon avis, la pièce devait être beaucoup plus déjantée pour l'époque qu'aujourd'hui, faut dire que les japonais étaient pas encore passés par là. Mort de rire On a de très jolis passages absurdes quand Ubu instaure des impôts, par exemple, ou quand la mère Ubu essaie de se faire passer pour l'ange Gabriel pour échapper à un châtiment... mais parfois, j'ai trouvé ça un peu facile, car ce n'est pas franchement très subtil.
    Le principal problème que j'ai trouvé à la pièce, c'est son rythme... trop rapide. Quand chaque acte compte pratiquement dix scènes où il se passe presque tout le temps quelque chose de différent, où d'une scène à l'autre on peut se retrouver à des centaines de kilomètres de là... disons qu'on a l'impression de picorer un peu, quoi. J'aime bien quand c'est un minimum développé, alors j'ai trouvé ça frustrant. En plus, les quelques scènes plus longues ne sont pas forcément très intéressantes : j'ai trouvé la bataille ennuyeuse, par exemple.
    Ce n'est pas une mauvaise pièce en soi, et je ne l'ai pas détestée, mais très clairement c'était un peu en dessous de mes attentes. Je pensais que ce serait un peu plus riche et drôle.

    francis scott fitzgerald, gatsby le magnifique
    Je n'aurais probablement jamais lu ce bouquin si sneug ne me l'avait pas offert, et elle ne me l'aurait probablement jamais offert si Fitzgerald n'était pas un auteur de BSD. Et c'est bien dommage, parce que je serais passé à côté d'un excellent roman, qui mérite tout à fait sa réputation.
    (et oui, enfin une critique positive dans le lot)
    Car derrière la dénonciation de la belle société américaine du début du siècle passé, c'est plus insidieusement que l'auteur nous présente des portraits de gens faillibles, superficiels, et par là-même, réalistes. On referme le roman en ayant l'impression d'avoir parfaitement compris le problème de tous ces personnages, même si, contrairement au nature, on n'en ressort pas aussi dégoûté.
    Parlons-en, de ce narrateur, qui n'est pas souvent mentionné, comme un personnage secondaire de l'histoire qu'il raconte peu digne d'intérêt - et il faut dire que c'est sans doute le cas, car ce n'est pas lui, le héros de l'histoire. Je l'ai franchement bien aimé : il est bien moins effacé qu'il en a l'air, c'est un adjuvant tout à fait conscient de ce qu'il fait, capable de passer outre ses considérations morales pour venir en aide à un Gatsby mal compris, qu'il sera le seul à découvrir réellement. Carraway est en tout cas le narrateur idéal pour cette histoire, car c'est bien le seul sur lequel le lecteur n'a rien à découvrir.
    Gatsby est absolument formidable. On se doute bien que le personnage est loin d'être le cliché auquel on pourrait s'attendre de la part d'un riche homme fortuné dépensant tout son argent dans des fêtes somptueuses, et lorsqu'on le rencontre enfin, cette impression se trouve confirmée. Beaucoup de mystère l'entoure, mais la position privilégiée de Carraway permet de lever peu à peu le voile qui le recouvre, et de découvrir l'homme qui se cache derrière. La fin m'a fait beaucoup de peine, mais elle permet de concrétiser cette relation unique qui existe entre eux.
    Les autres personnages sont magnifiques aussi, même s'ils sont tous détestables à un certain degré, comme le narrateur finira par s'en rendre compte. La belle Daisy dont Gatsby est fou amoureux se révèle délicatement au long du roman, son évolution est très bien menée. Mais c'est la sportive Jordan qui m'a vraiment plu, et sa relation avec le narrateur, qui passe en arrière-plan, mais qui est super originale pour une amourette. Je veux dire : on n'a pas cette célébration exagérée de la personne aimée, d'ailleurs, le narrateur dit à peine qu'il l'aime, on sent que ses sentiments se sont construits au fur et à mesure, malgré les défauts de la personne aimée, et ça, c'est génial. Jordan est un peu dans le même genre, de ce point de vue, même si elle est un peu plus directe, elle ne parle jamais vraiment d'amour non plus. Leur fin me rend un peu triste quand même, mais elle est très belle, et je ne peux pas leur en vouloir parce qu'ils sont trop beaux tous les deux.
    Ajoutez à cela une plume sublime, bien maîtrisée, ni trop lourde, ni trop rapide, facilement entraînante, et vous obtenez un roman qui se lit très bien, travaillé sans être précieux, un véritable petit délice qui se déguste en toute facilité.
    Bref, c'est vraiment un bouquin que je le recommande, parce qu'il vaut le détour, et si vous avez des a priori négatifs, je ne peux que vous conseiller de vous en débarrasser et d'essayer !!!

    mark lawrence, sœur écarlate, le livre des anciens tome 1
    Ok donc déjà je signale que je suis en train de lire le deuxième tome, donc une partie de mes critiques peuvent être influencées par ce qui se passe après.
    Si vous avez déjà lu mes critiques, vous savez à quel point j'adore Mark Lawrence, sa plume, ses univers et ses personnages... si bien que je ne comprends vraiment pas ce qui a pu se passer avec ce roman. De la part d'un autre auteur, j'aurais pu dire qu'il y a du potentiel, mais pour du Lawrence, c'est franchement mauvais.
    Je suis très déçue.

    Avant de commencer à parler du livre en lui-même, commençons par foutre un gros carton rouge à Bragelonne, qui nous vend une couverture complètement trompeuse. Pourquoi montrer une femme adulte (même si certaines de ses caractéristiques physiques correspondent à celle de Nona), alors que notre héroïne ne dépasse pas... douze ans ??? Le résumé ne fait pas forcément non plus honneur au roman : l'intrigue du roman n'y est abordée que superficiellement, et de telle façon que vous avez l'impression que vous allez suivre au moins tout le parcours de Nona jusqu'à l'âge adulte. Sauf que, en dehors de quelques passages qui structurent l'ouvrage (et dont je doute franchement de la pertinence, car pour nous donner envie de lire la suite, c'est raté), vous ne verrez jamais Nona adulte.
    Pourtant, le roman commençait franchement bien : on suit Nona, une petite fille sur le point d'être pendue, sauvée de justesse par l'abbesse d'un couvent de nonnes guerrières, et qui l'amène dans cette école très huppée où la petite paysanne trouve peu à peu ses marques. J'ai vraiment dévoré ces premières pages, très bien rédigées, qui nous dresse le portrait d'une fillette douce, mais sauvage, capable de faire preuve de retenue et de contrôler sa colère, bref, un vrai petit bout de chou capable de devenir une guerrière super badass lorsqu'elle sera adulte. Avec un début pareil, quoique peut-être un peu long (surtout si on ne sait pas que le livre ne couvre que 4 ans), je ne voyais vraiment pas comment ça pourrait mal tourner.
    Eh bien non. Parce que très vite, tout devient très... confus et bancal d'un point de vue narratif. D'abord parce que le livre entremêle maladroitement pas moins de quatre fils directeurs, plus ou moins bien reliés entre eux :

    • Une intrigue globale à la trilogie, qui porte sur une prophétie mal comprise visant à sauver le monde de sa glaciation inéluctable. Je trouve cette intrigue très prometteuse, mais je ne comprends pas pourquoi elle n'est pas davantage développée. Elle est la plupart du temps en arrière-plan, utilisée comme un prétexte pour des intrigues secondaires dont on se serait bien passé, mais jamais complètement exploitée.
      Pourtant, au départ, tout commençait bien, car on attendait une Élue dont l'identité n'est pas vraiment fixée. A priori, Nona n'a pas vraiment de place dans la prophétie, mais on finit très vite par lui trouver un rôle. Bon. Pourquoi pas. Ensuite, dans le reste du bouquin, on se rend compte qu'il y a des gens qui convoitent l'Élue, son bouclier, ou toute personne susceptible de rentrer dans un de ces rôles... et c'est tout. À la fin du roman, on est à peine plus avancé qu'au départ (enfin, pas tout à fait, parce qu'on a fixé le nom d'une Élue). Quant à ce que cette élue doit faire... mystère et boule de gomme.

    • Une intrigue franchement bancale de revanche personnelle, dont je pensais qu'elle était limitée au premier tome mais qui, apparemment, continue dans le second (et là, je ne comprends vraiment pas pourquoi).
      Nona a failli être pendue parce qu'elle a failli tuer un noble qui combattait dans l'arène où elle avait recueillie, et qui harcelait une de ses amies. Jusque là, tout va bien. Les sentiments de Nona sont extrêmement forts pour ceux d'une petite fille, mais Lawrence a toujours eu du mal à développer la psychologie enfantine, donc ça ne m'étonne pas trop. Et ils se renforcent au cours du roman. Pourquoi pas.
      Ce que je ne comprends pas, ce sont les proportions que prend cette histoire. La victime de Nona en fait une affaire personnelle, et sa famille très puissante s'en mêle, jusqu'à utiliser des moyens démesurés qui échouent malgré tout (et là, on se dit qu'il y a un problème). Pourquoi faire autant de cas d'une simple paysanne ? Pourquoi n'arrivent-ils pas à se débarrasser plus facilement d'elle ?
      Et la fin n'est pas meilleure car comment Nona fait-elle pour régler aussi aisément ce problème ? Je ne veux pas faire de spoil, mais juste pour dire que tout est capillotracté dans cette intrigue, on vous sort des potions et des talismans et vous êtes là : whaaaaaat  Et parfois, on lit.  - Page 5 2843410411 Un dénouement qui jette très clairement la cohérence aux orties.
      Au final, ce n'est peut-être pas si étonnant que ça que cette intrigue ait des prolongements dans le tome 2, on n'est plus à ça près. Mort de rire

    • L'apprentissage de Nona constitue le troisième fil directeur, et c'est probablement le plus réussi d'entre tous. Nona parvient très rapidement à se lier à une bande d'amies, et l'avis initial qu'elle peut avoir sur une personne est susceptible de se modifier à mesure qu'elle découvre leur véritable personnalité. Là, c'est bien, et honnêtement, s'il n'y avait que ça, j'approuverais totalement ce roman.

    • Un dernier fil autour de la sœur de l'empereur, plus précisément de sa pupille (Zole) et de sa protectrice (Yisht). À quoi sert exactement Zole, je ne sais pas, ce personnage reste hermétique jusqu'au bout. Elle a bien son rôle à jouer dans la prophétie, mais ses interactions avec les autres filles sont si limitées que le roman n'aurait pas forcément pâti de son absence.
      Yisht, en revanche... Nona et ses amies se méfient d'elle dès le départ et la percent si vite à jour qu'on ne comprend pas vraiment pourquoi les sœurs sont complètement aveugles à son sujet.
      Et là non plus, on ne voit pas vraiment à quoi cette intrigue-là sert. Aucune explication n'est avancée à ce sujet, les motivations de Yisht ne sont jamais mentionnées, on ne sait pas non plus comment le couvent réagit, bref, c'est sous-exploité.


    En plus, on a un beau plot twist à la fin complètement gâché par le fait que, quelques pages plus tôt, certains personnages ont commencé à exprimer leur méfiance, et donc à éveiller notre méfiance de lecture... alors que le plot twist était déjà suffisamment préparé plusieurs chapitres auparavant, pas besoin d'en remettre une couche.
    Et comme si cela ne suffisait pas, le roman s'achève en pleine action. Et si vous espérez obtenir quelques explications au début du tome 2... vous pouvez aller vous brosser, car vous n'en aurez pas.

    C'est tellement maladroitement construit que je ne comprends vraiment pas comment aucun bêta-lecteur n'ait pu relever une telle maladresse. Ni que l'éditeur ait pu laisser passer ça.

    Et le pire, c'est que, si l'univers est franchement bien, les personnages, eux, sont mal construits. Globalement, on sent que l'auteur n'a pas trop l'habitude des personnages féminins, si bien que la plupart d'entre elles ont des personnalités facilement interchangeables, qui les rend difficiles à différencier. Quelques unes sortent du lot : la brute Darla, qui occupe une place secondaire mais bien visible, Yisht et Zole, bien sûr, l'abbesse du couvent également, et une partie des amies de Nona. Clera est probablement celle dont la personnalité est la mieux développée et cohérente. On repère bien Arabella aussi, même si sa personnalité me semble vide, et Hessa, qui aurait pu être un peu plus poussée. Les autres... ben si vous retenez leur nom, ce sera déjà pas mal ! Mort de rire
    L'évolution de Nona est assez mauvaise. J'ai dit au départ qu'elle était douce et savait contrôler sa colère... mais au fil du roman, cette image s'érode lentement, au point que la colère finit être par son carburant. La bestialité dont elle finit par faire preuve, et dont l'auteur nous affirme qu'elle était sous-jacente, n'apparaît franchement pas dans la première partie du roman. Sa façon de se battre est sauvage, un peu impulsive et également, mais on est loin de cette machine de guerre que Nona est censée être. Il y a une différence entre s'attaquer à quelqu'un qui embête votre amie et se déchaîner violemment sur le champ de bataille, mais l'auteur ne semble pas vraiment s'en rendre compte. face palm

    Bref, je crois que j'ai pas besoin de résumer en disant que c'est mauvais, mais je vais quand même le faire parce que c'était vraiment mauvais.
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    Hayden Cooper
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    le Lun 25 Fév 2019 - 15:17
    Cela faisait un petit bout de temps que je n'étais pas passée par là. I'M BACK.

    Ready Player One, Ernest Cline

    J’ai lu à Noël le livre dont l’adaptation en film par Steven Spielberg est sortie l’an dernier. Pour rappel, il s’agit des aventures d’un adolescent, Wade Watts, qui vit aux Etats-Unis, en 2045. Sauf que la vie est devenue un enfer, la pauvreté règne, et du coup, comme l’essentiel de la population de la planète, notre petit Wade passe ses journées dans l’OASIS, un univers de réalité virtuelle. (Dans lequel il y a des écoles. Je précise.)  Mais le créateur disparu de l’OASIS, James Halliday (non non pas notre Johnny national) a mis en place une grande chasse, dont le but est le contrôle de l’OASIS.

    Bon. J’avais assez bien aimé le film, il restait distrayant, sans clairement être le film de l’année.  Aussi, quand j’ai vu que le roman était disponible sur la boutique de ma liseuse, j’ai sauté sur l’occasion pour y jeter un coup d’oeil.Bilan ? Il est pas mal, franchement.Il y a beaucoup de matière, l’univers est bien développé sur le coup, je n’ai jamais eu l’impression qu’il manquait quelque chose au worldbuilding. En revanche, c’est..dense ?  J’ai eu l’impression de beaucoup de longueurs, notamment avant que Wade ne trouve la première clé. Sur le coup c’est très différent de l’adaptation, où il la trouve en très peu de temps de film. Là, il y passe des jours et des jours et des jours et.. j’ai trouvé ça très long à lire, la description en détail des états d’âme de Wade m’a un peu agacée. On va dire que c’est l’écriture à la première personne qui veut ça…

    Autrement, le personnage de Wade est bien caractérisé et développé; on sent qu’il évolue tout au long du roman, même si parfois il agit comme un parfait crétin. Notamment, comme dans le film, où il tombe amoureux d’Art3mis alors qu’il ne connaît que la version d’elle qu’elle veut bien présenter dans l’OASIS, et déclare ses sentiments comme ça, ce qui la fait couper les ponts - j’avoue que personnellement, j’aurais réagi pareil.  J’aime bien Aesh, ceci dit, ça reste une constante dans les deux supports. Autre point positif, le fait qu’on sache que les cinq protagonistes du film vivent tous à des endroits différents, plutôt que la coïncidence “énorme” du film où comme par hasard, ils sont tous américains.

    Les défis sont aussi complètement différents. Dans le film, on a une course de voitures, un passage dans l’hôtel de Shining (meilleur passage du film d’ailleurs, c’était génial), et une exploration d’un jeu vidéo ; dans le livre, en plus de ces trois défis, l’on doit aussi trouver les portails menant à la clé suivante, ce qui fait 6 étapes en tout. Un peu longuet, je l’avoue, surtout quand notre petit Wade reste bloqué, et qu’on lit le récit de sa misère psychologique pendant des pages et des pages et des pages. Mention spéciale, néanmoins, au petit bonus dans la scène où Wade joue à Pacman. Autre point notable,  le fait que certains trucs que d’autres personnages font dans le film, notamment infiltrer l’entreprise du méchant du film (IOI), qui sont en réalité réalisés par Wade dans le roman. J’imagine que ça permet d’accorder plus de temps de cinéma aux personnages. Certes. Mais du coup,Wade monopolise tout, on a vraiment l’impression que c’est le dieu de l’univers geek avec toutes ses connaissances, que c’est un pro en informatique, que c’est un hacker de première, etc.. Côté Gary-Sue qui m’agace un peu, heureusement qu’on nous dépeint bien que son caractère est lui très loin d’être parfait.

    On note quand même une ambiance assez mature. Outre la scène de l’explosion qui est conservée dans les deux supports, l’auteur pousse loin la perversité tordue des gens de l’IOI qui vont jusqu’à assassiner un des protagonistes. L’atmosphère est également beaucoup moins légère que dans le film, j’ai une vraie impression de pesanteur, d’immobilisme.. qui correspond bien à l’univers du coup, tant la Terre semble “perdue”, décadente. Une atmosphère de fin du monde, presque.
    Petite critique néanmoins. Le livre est une vraie lettre d’amour à la pop culture des années 70-80.C’est indéniable, on le voit avec un millier de références. C’est peut-être là, le souci. L’auteur prend le temps de présenter, au moins rapidement, l’album, film, ou jeu dont il parle mais..à part Pacman, Donjons et Dragons et Monty Python… la plupart des références me restent obscures. (Après, je n’ai jamais prétendu avoir la science infuse en matière de pop culture, mais avoir à ce point l’impression de passer pour une ignare, c’est désagréable.) J’ai aussi l’impression que du coup, cette culture des années 70-80 est présentée comme l’incarnation de ce qui faisait de mieux..alors que celle, par exemple, des 90 est tout aussi valable ? Où sont les Zelda, Mario, Pokémon et autres Donkey Kong qui ont marqué mon enfance (alors même que trois de ces licences ont débuté dans les 80 ??) ? Le livre est sorti en 2011 pourtant ,il y avait largement de quoi choisir dans l’énorme masse de la pop culture, en général. Sur le coup, il m’a perdue. J’ai eu l’impression d’un délire personnel de l’auteur sur ces années. Beaucoup de nostalgie, sans doute. On comprend du coup, dans le film, la référence à Shining, un caméo de Beetlejuice, ou alors l’avatar de Wade/Parzival qui fait très Final Fantasy.. qui redonnent un côté plus actuel. Néanmoins, bravo à l’auteur d’avoir voulu développer un peu sur l’univers des mechas et autre super héros japonais.
    Réflexion personnelle enfin..L’OASIS paraît très idéalisé sur la théorie..mais je n’ose même pas imaginer ce que ça donnerait dans la vraie vie.  Comme le disait le JdG dans sa critique du film, un truc pareil serait le siège de toutes les perversions, et on le voit avec certaines histoires sordides que j’ai lues à propos de plateforme de réalité virtuel actuelles. De plus, malheureusement, l’auteur ne parle que très peu des conséquences que ça pourrait avoir sur la santé.  Notamment les yeux, ou le cerveau. Au moins, au début du roman, Wade n’est clairement pas présenté comme étant en forme, et Daito est montré comme étant, sur le coup, le stéréotype du no-life dans l’imagerie populaire, un type pâlichon, boutonneux, négligé. Il ne nie pas le côté très addictif de l’OASIS.

    Bref, en très résumé, pas un mauvais roman, il est même plutôt sympa, mais je pense que je l’aurais plus apprécié si j’avais quinze/ seize ans et davantage de culture “geek” dans mon bagage.


    Call me by your name, André Aciman
    (parce que je l’ai lu en anglais,oui oui)

    Cette fois encore, c’est la curiosité qui m’a fait lire ce bouquin. J’avais vu un tel battage médiatique autour du film, en entendant que c’est un film qui relate une magnifique histoire d’amour, le truc du siècle quoi, que je me suis dit qu’il fallait que je jette un oeil au matériau de base. Je ne connaissais que les musiques du film, plutôt jolies d’ailleurs, qui correspondent bien à l’ambiance italienne estivale.

    On suit ici l’histoire d’Elio, un fils de professeur universitaire, qui fait la rencontre d’Oliver, le thésard venu assister le père d’Elio pendant un été.  Si j’ai bien compris, il écrit quelque chose sur Héraclite, donc on va dire qu’il étudie, en gros, les Lettres Classiques.
    J’avoue que personnellement, j’ai été un peu tentée de reposer le bouquin à certains moments. J’ai du mal à comprendre pourquoi Elio craque à ce point sur Oliver. Il explique qu’il est beau, cultivé, et tout..mais pour moi, c’est trop léger, c’est plus de l’attirance.(Après ça n’engage que moi). Et de même, je comprends mal pourquoi Oliver s’entiche d’Elio qui apparaît comme un garçon inconstant, instable même, un peu capricieux. Et pour moi, tête à claques.

    Mais évidemment, aucun n’essaye d’agir sur la base de ses sentiments avant..Longtemps. Le contact a du mal à se nouer, ils se tournent autour, s’attirent et se rejettent. On a une impression d’immobilisme, là, aussi, assez marqué. Immobilisme des vacances à la mer, où on a l’impression n’avance pas.. Parallèlement, Elio développe une relation avec Marzia, une jeune fille des environs. Au contraire de sa relation avec Oliver, on va dire qu’il s’y met très rapidement, et leur relation devient très vite charnelle. Mais cette relation manque de sincérité, Elio utilise Marzia, notamment pour rendre Oliver jaloux en clamant haut et fort que lui et Marzia l’ont presque fait. Ou alors, quand finalement il consomme sa liaison avec Oliver..pour finalement batifoler avec Marzia plus tard la journée d’après. Etant du coup malhonnête vis-à-vis d’Oliver. Instable le petit Elio, je l’ai dit !

    Néanmoins, mention spéciale pour le cadre idyllique de l’Italie en été. C’est beau, c’est accueillant, ça donne envie d’y aller, les descriptions sont magnifiques. Les scènes se passant sur les falaises sont souvent assez jolies. Certains dialogues sont aussi assez profonds, assez sympathiques, donnant à réfléchir. On baigne dans une ambiance très cultivée, avec le personnage du professeur, son assistant Oliver, Elio lui-même qui lit beaucoup, les libraires, les intellectuels qu’ils croisent à la fin du roman.. Ca, ce n’est pas désagréable.

    Au final, c’est un roman d’une *certaine* qualité, bien écrit, mais lent et très frustrant en ce qui concerne la relation entre Elio et Oliver. Clairement, ce n’est pas la merveilleuse histoire d’amour dont j’avais entendue parler. Pour moi, un seul mot suffit à définir ce roman.

    Surcôté.



    Le Meurtre du Commandeur, tome 1 :Une Idée apparaît , Haruki Murakami.

    Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de littérature japonaise. (Il faut que je me rachète du Mishima c’est urgent.) Donc, j’ai reçu ce roman à Noël. L’histoire est simple. Un peintre récemment séparé de sa femme emménage dans la maison isolée du défunt père d’un de ses amis, artiste de génie. Auparavant portraitiste pour gagner son pain,il a fini par arrêter cette occupation suite à sa séparation. Il accepte néanmoins de donner des cours de peinture au centre culturel local, pour s’occuper, et gagner un peu d’argent. Mais voilà que son voisin d’en face, le mystérieux Wataru Menshiki, lui demande de réaliser son portrait pour une somme faramineuse. Après avoir un peu réfléchi,il finit par accepter. Sauf qu’il a du mal à réaliser ce portrait, quelque chose lui échappe, ce qui le met en difficulté. Parallèlement, une nuit, il découvre une toile inédite de l’artiste dont il occupe l’ancienne maison, intitulée le Meurtre du Commandeur, qui semble être un hommage à la scène de Don Juan / Don Giovanni, mais transposée dans un Japon très ancien. Mais voilà que des choses étranges commencent à arriver..

    Encore une fois, je montre à quel point je suis une bouse pour les résumés.   Franchement, j’ai beaucoup aimé ce roman, et j’attends impatiemment de pouvoir lire la suite. L’intrigue nous prend tout de suite, avec une scène étrange, de cauchemar. J’ai eu beaucoup de mal à décrocher, par moments.  Sauf à un passage qui vise à nous expliquer l’art du nihonga, un type de peintures. C’était un peu technique et abstrait pour moi, mais je m’y connais autant en art qu’en physique quantique, donc forcément, ce moment est un peu dur pour moi.  Comme d’habitude (ou presque) pour du Murakami, c’est bien écrit, c’est prenant, c’est agréable à lire. Étonnamment, il faut attendre presque les deux tiers du bouquins pour que des choses étranges arrivent. D’ habitude, avec Murakami, les moments intrigants ou wtf arrivent beaucoup plus tôt, comme dans 1Q84... Ceci dit, le personnage a une dimension un peu étrange, notamment lorsqu’il fait la description physique de sa soeur décédée..ou qu’il discute avec une très jeune fille pour la connaître un peu avant de faire son portrait. C’est un peu...malaisant, pour moi. Mais au moins le narrateur reconnaît qu’il y a quelque chose de bizarre à tenir cette conversation.
    Bref, affaire à suivre !


    Le Dit de Murasaki, Liza Dalby

    J’ai trouvé ce livre un peu par hasard, en fouinant dans les rayons de la librairie.(Les meilleures choses arrivent par hasard). Il raconte l’histoire romancée de Murasaki Shikibu, l’auteur du Dit du Genji, chef d’oeuvre majeure de la littérature japonaise considéré comme le premier roman psychologique, depuis sa naissance jusqu’au moment où elle se retire du monde. Pour placer un peu le décor, le père de Murasaki est un érudit qui connaît très bien ses classiques chinois, et qui contrairement à la tradition, les enseigne à sa fille, là où la convention voudrait que non, et qu’elle s’en tienne à l’alphabet hiragana.

    Comment dire. Ce roman est juste magnifique et dépeint un Japon qui envoie du rêve, avec les mentions des beautés des paysages, des kimonos, des événements de la cour impériale.  Un Japon romanticisé, pourrait-on dire, dans l’ambiance feutrée des appartements des femmes, loin des hommes auxquelles elles ne parlent, une fois adultes, qu’à travers un écran. Des amitiés parfois très fortes, se nouent. Un Japon poétique, aussi. MAis cruel. Cruel à cause des avanies que se font subir les femmes de la cour entre elles. Cruel aussi, à cause du comportement de certains hommes. Le mariage semble parfois briser des liens d’amitié, notamment entre Murasaki et une de ses amies. Et que dire de ce passage où un lieutenant “rend visite” à une jeune Murasaki ? Même si elle n’en semble pas spécialement choquée et passe l’incident sous silence, cela ne l’empêche pas de se marier, d’avoir des enfants et d’en tirer une certaine satisfaction.

    D’un côté, donc, on le récit de cette vie “mondaine” que Murasaki est amenée à vivre. Mais de l’autre, elle nous fait le récit de la genèse de son héros, Genji, de certaines des aventures de Genji (que j’ai en général reconnues, merci un roman policier qui avait Genji comme héros), de son processus d’écriture, de ses doutes et hésitations, des critiques ou conseils qu’elle peut recevoir qui l’aident, de son insatisfaction d’écrivain.. Le tour émaillé de poèmes dont la traduction ne peut pas bien rendre compte du rythme, ou de la sonorité, mais souvent très jolis.

    Je signale au passage que l’auteur est une anthropologue spécialiste du Japon, et qui a été acceptée comme apprentie geisha, fait rare et exceptionnel. On sent vraiment le souci du détail, de la recherche..et ça, j’aime.
    Bref, un roman ma foi très sympathique, dont j’ai eu beaucoup de mal à décrocher.
    (Cette critique est beaucoup trop longue. Pardon.) (Sorry not Sorry)
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    Naga Umiaktorvik
    Technicien
    Demi-Inuit originaire de Kaktovik, Naga a longtemps été un chantre de la culture américaine, avant d'éprouver une certaine culpabilité à l'idée d'avoir bien hâtivement rejeté la culture inupiat de sa mère. Désormais, Naga désire se racheter et trouver un moyen pour son peuple de vivre en accord avec ses traditions.
    En pratique, Naga est plus un hypocrite cherchant à apaiser sa confiance qu'un Altermondialiste convaincu, mais il a toujours su se débrouiller pour éviter que quelqu'un lui en fasse la remarque...

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    Avatar : Sanada Akihiko.

    Et parfois, on lit.  - Page 5 Empty Re: Et parfois, on lit.
    le Lun 20 Mai 2019 - 18:41
    RÉSURRECTIOOOON

    mark lawrence, sœur grise, le livre des anciens tome 2
    J'ai déjà beaucoup insisté sur les défauts flagrants de cette série dans mon post précédent. Je n'avais donc aucun espoir d'amélioration pour ce deuxième tome, mais quelques éléments ont fait que j'ai un peu plus aimé cette suite.
    Les problèmes liées à la multiplication et au sous-développement des intrigues sont toujours d'actualité. Mais comparé à un premier tome où la prophétie permettant de sauver le monde de la glaciation donnait lieu à une intrigue sous-jacente plutôt que réelle, elle est un peu plus exploitée dans ce deuxième tome. Disons que les pions sont désormais placés, que l'on sait qui veut se servir de la prophétie et dans quel but, mais cela ne va pas beaucoup plus loin. Je ne m'attends pas à ce que la prophétie se réalise dans le troisième tome, et à vrai dire, ça ne me dérangerait pas si ce n'est pas le cas.
    En revanche, la vindicte personnelle contre Nona prend des proportions nouvelles, puisque c'est la famille de sa victime qui poursuit sa vengeance, en dépit de son serment envers l'empereur. Oui, vous aussi, vous vous demandez si ça vaut vraiment le coup de chercher à torturer une petite paysanne sans valeur, au risque de se mettre le souverain à dos (sans compter tous ceux qui peuvent se servir de cette désobéissance pour défendre leurs propres intérêts). Mais c'est le choix que font les Tacsis, tant pis pour eux si ça se retourne (inévitablement) contre eux.
    Et comme si cela ne suffisait pas, les actions irréfléchies de Nona causent bien du souci à la directrice du couvent, la mère Vitrage, et aboutissent à un simulacre de procès dont la résolution est totalement bancale. Il n'y a peut-être pas de machine dans le processus, mais croyez-moi, la fin de ce procès tient véritablement du deus ex machina. Contrairement au premier tome, aucun indice ne vous suggère ce qui va se passer, et en plus, tout tient sur un paquet de coïncidences, dont certaines trouvent leur origine dans des événements vieux de plusieurs années. Sans vouloir spoiler, disons que certaines solutions avancées lors du procès tombent comme un cheveu sur la soupe.
    Mais on doit prendre l'habitude de l'absence totale de cohérence des intrigues, parce que j'ai quand même trouvé des points positifs dans ce roman. En l'occurrence, Keot, un démon qui habite le corps de Nona. Son introduction est franchement ratée : vous arrivez au début du deuxième, et on vous dit qu'il est là depuis des mois, puisqu'il est apparu à la fin du tome un qui, rappelez-vous, se finit en pleine action. Ce qui lui arrive à la fin du deuxième tome est en revanche plus intéressant. Entre-temps, ce démon violent et belliqueux a eu le temps de chercher à éveiller les instincts les plus bestiaux de Nona.
    Évidemment, je ne l'aurais pas aimé s'il n'avait été que cela. Mais Keot est aussi et surtout un personnage privé de son identité. Ses souvenirs sont flous, ses intentions également, et son attachement à Nona n'a guère de racines profondes. On le sent tenté de quitter son hôtesse pour quelque hôte plus déchaîné, ce qui réduit la confiance que Nona peut lui accorder. Pourtant, ce démon est dans l'ensemble très fiable, et j'ai vraiment aimé sa relation avec notre héroïne.
    C'est vraiment le point que j'ai préféré, et j'aurais adoré qu'il soit davantage développé, mais ce n'est pas l'orientation que semble prendre le tome 3. Dommage !

    gaël faye, petit pays
    Ce livre a beaucoup fait parler de lui, il a d'ailleurs été récompensé du Goncourt des Lycéens à sa sortie, et pour une fois, ce titre est mérité (pcq bon les lycéens, parfois, il faut s'en méfier, ils choisissent le livre le plus court de la sélection et le moins compliqué). Et c'est un bouquin que sneug a bien aimé, alors forcément, fallait que je le tente un jour.

    La première chose que j'ai remarqué, c'est la grande maîtrise de l'écriture de l'auteur. Les mots sont soupesés, choisis avec précaution, harmonieusement ordonnés, sans que l'on y perde en sens ou en fluidité. Cette maîtrise permet à l'auteur de nous fournir des descriptions colorées et très vivantes de ce passé sur lequel il porte un regard ouvertement nostalgique.
    Car Petit pays n'est pas un récit sur la génocide rwandais, mais sur ceux qui l'ont vécu de l'extérieur, ceux qui y ont perdu des proches, ceux qui ont dû quitter leur pays contre leur gré. Cette histoire, c'est de celle de Gabriel, un gamin métis des beaux quartiers, qui vit une vie privilégiée avec ses camarades de classe, jusqu'à ce que le fléau de la guerre et des massacres, qui longtemps l'épargne, ne vienne finalement frapper à sa porte et anéantir ce petit pays auquel il pense avec nostalgie.
    Et si l'on sait que tout cela va advenir, que Gabriel évoque de temps à autres la montée des tensions entre tutsis et hutus, c'est bien la beauté de l'instant présent, innocent, qu'il tient à nous faire partager. Parce que c'est ça que la guerre a détruit, et c'est à cause d'elle que ce qu'il tenait pour immuable s'est subitement mué en éphémère, que les personnes qui l'entouraient ont peu à peu disparu, qu'il est devenu un étranger en terre française pour qui le récit des origines devient une nécessité pour exister.

    Pour moi, ça a été une lecture captivante. On se laisse très facilement entraîner par ce récit, on angoisse pour ses proches avec lui, on partage sa tristesse, malgré toute sa retenue. C'est donc typiquement le genre d'ouvrages à lire au moins une fois dans sa vie, parce que c'est beau et triste, et ça donne de la réalité à des lieux et des événements tragiques.

    akutagawa ryûnsosuke, rashôman et autres contes
    dans la poursuite de la lecture des auteurs de bsd, il fallait forcément s'intéresser à un moment à ce monument de la littérature japonaise. Sneug m'a offert pour Noël ce folio 2€ qui présente une sélection de nouvelles d'Akutagawa : c'est court, mais largement suffisant pour comprendre pourquoi cet auteur a eu tant de succès.

    La première nouvelle, la très connue Rashômon, décrit comment un inconnu, qui trouve refuge à la porte Rashô, hésite entre moralité et immoralité, avant que la rencontre avec une vieille dame et des cadavres ne le fasse brusquement basculer vers l'un de ces deux pôles. Nouvelle très étrange, presque orale dans sa construction, on ressort de cette toute petite tranche de vie avec l'impression que quelque chose s'est fait, qui ne changera pas la face du monde.
    Les nouvelles suivantes sont tout aussi marquantes. On a d'abord l'histoire d'un peintre de cour obsédé par son art, qui en arrive à accepter le plus effroyable des sacrifices pour achever son chef d'œuvre cauchemardesque ; puis les témoignages recueillis par des policiers sur une mort suspecte, qui ne nous permettent pas de savoir ce qui s'est réellement passé ; enfin, on suit un soldat grotesque dans son désir de manger à satiété de la bouillie d'igname, jusqu'à sa réalisation.

    Ces quatre nouvelles sont très cohérentes entre elles, et il suffit d'en avoir lu une ou deux pour deviner la fin des dernières : c'est dire qu'il y a une logique interne facilement perceptible. Immoralité, déception, cruauté, futilité, ce serait probablement les mots les plus adaptés pour les décrire. On ne peut pas y rester indifférents : ce sont des fins qui nous parlent, alors qu'elles sont loin d'être grandioses, mais elles savent nous toucher au bon endroit, là où s'entassent tous ces sentiments amers dont on aurait voulu se débarrasser.
    Le style est lui aussi très remarquable. Tout le travail de l'auteur consiste à recréer une spontanéité dans la narration, qui donne presque l'impression que le narrateur est en fait un orateur qui raconte son histoire, qui se trompe parfois, se contredit, revient en arrière, rajoute des informations au gré de sa mémoire. Faussement négligée, la plume est en fait minutieusement travaillée, on le sent, et toutes ces minimes corrections et contradictions trouvent souvent leur sens par la suite. Un peu comme si l'auteur voulait rompre avec le caractère figé et rigide traditionnel de la narration, pour lui redonner un caractère plus naturel, légèrement désordonné, qui lui permet d'être plus vivante, de rendre l'anodin extraordinaire, et de banaliser l'extraordinaire.

    Une lecture courte, mais vraiment très intense, que je recommande aux amateurs du genre. ;)

    joseph delaney, l'apprenti-épouvanteur
    Toshi m'a passé en ebook toute la collection de L'Épouvanteur le mois dernier, une série jeunesse que j'avais bien aimé du temps du collège, et que j'ai redécouvert avec un plaisir teinté d'une (bonne) surprise.
    L'Épouvanteur se veut un ouvrage d'horreur pour les enfants : pas vraiment effrayant en soi, mais légèrement glauque, puisque les fantômes content par leur présence les circonstances tragiques de leur mort, que les sorcières, du moins les maléfiques, pratiquent des sacrifices humains et se défient de la mort, et que les gobelins mangent les doigts des petits garçons qui négligent leurs devoirs d'apprenti-épouvanteur.
    Non, ce n'est pas le cas de notre héros, Tom, dont le destin exceptionnel se profile dès le premier tome. Comme tous les épouvanteurs, Tom est le septième fils d'un septième fils, une situation délicate, car elle limite ses possibilités de métier, mais qui lui offre aussi et surtout des pouvoirs surnaturels. Mais sa mère considère que Tom sera le meilleur épouvanteur du comté, pour des raisons qui ne nous sont pas données, mais grosso modo parce que Tom est son fils et que ce n'est pas une femme ordinaire.
    Tom est un héros aussi sympathique que volontaire, pas toujours bien avisé, mais il n'a que treize ans et il est peu expérimenté. Sa jeunesse explique la maladresse de ses décisions, souvent guidées par ses sentiments ou son intuition puérile, mais il est habité d'une bonne volonté sans faille qui lui permet, en fin de compte, de se sortir des situations les plus complexes.
    Il est aidé par la confiance presque surprenante que lui porte l'Épouvanteur : en dépit de son apparence terrifiante, M. Gregory est un maître tolérant, qui veille à développer l'esprit d'initiative chez son élève et ne l'accable pas pour ses erreurs. Il n'en reste pas moins un peu rude et légèrement cruel (avec les créatures qu'il combat), et surtout particulièrement misogyne (mais que les féministes se rassurent : il n'a pas le dernier mot avec les femmes, même si elles conservent les tâches ménagères).
    Ce premier tome tourne autour des sorcières, et plus particulièrement autour d'un trio transgénérationnel. Enfermée dans le jardin de l'Épouvanteur se trouve la redoutable mère Malkin, que sa petite-fille (je crois) Lizzie l'Osseuse entend délivrer. Lizzie se sert de sa nièce, Alice, sorcière en devenir, pour convaincre Tom de donner des gâteaux à la mère Malkin. Mais ce pauvre garçon ignore que ces gâteaux de sang réalimentent le pouvoir de la prisonnière et lui permettent de s'échapper. Le voilà donc avec une sorcière sur les bras.
    Alice est un personnage intéressant pour les possibilités qu'elle renferme. Sera-t-elle bénéfique, maléfique, ou neutre ? Cette question caractérise ce personnage, qui se retrouve à aider contre son gré une tante qui l'effraie un peu, mais dont les principes moraux ne sont pas aussi forts que ceux de Tom.

    Je ne me souvenais plus vraiment de ce qui se passait dans ce tome, ni dans les suivants, ce fut donc comme une première lecture pour moi, car il ne me restait que le souvenir de bons moments passés avec ce bouquin. Maintenant, je comprends pourquoi.
    Pour un ouvrage jeunesse, voire même pour un ouvrage fantasy tout court, celui-ci se démarque du lot par sa très flagrante absence de manichéisme. Alice ne sera ni bonne ni mauvaise, et c'est ce chemin qui semble aussi attendre Tom. Un chemin paradoxal, car s'il rendra service aux autres, il n'obtiendra pas plus de considération qu'un pestiféré. Il est tout à fait possible de s'interroger sur la moralité des actions de tous les personnages, Tom (qui gagne rapidement quelques morts sur la conscience, même s'il n'en est pas directement responsable) comme M. Gregory et son habitude d'enfermer les sorcières. La fin est particulière, car si elle délivre les personnages d'un dilemme moral, elle n'est pas, à proprement parler, morale. On pourrait même dire qu'elle contient sa propre forme de cruauté fataliste.
    Qui plus est, si Tom est parfois amené (pour de mauvaises raisons) à défier l'autorité de son maître, cette attitude n'est ni approuvée ni récusée par l'intrigue et l'épouvanteur lui-même. Tom n'est pas un héros rebelle, braveur de conventions sociales trop rigides, ce qui pose les bases d'une relation très équilibrée entre lui et son maître.
    Enfin, dernier point intéressant, c'est la place des personnages féminins. Qu'elles soient bonnes ou mauvaises, elles sont tout simplement badass : la mère qui en impose à l'épouvanteur et dont l'étendue des pouvoirs n'est pas connue ou encore les sorcières, cruelles, intelligentes et menaçantes sont toutes des figures fortes, avec une personnalité bien affirmée (la mère faisant très clairement passer les besoins du comté avant les désirs de son fils). Difficiles de ne pas les aimer !

    En bref, un excellent ouvrage jeunesse, qui ouvre une série qui promet d'être tout aussi bonne, de quoi donner envie de se lancer !

    jean des cars, la saga des romanov
    Petit cadeau d'Hafiz qui prenait la poussière au fond de ma table de nuit à livres, parce que j'en ai reçus une tonne d'autres depuis... et qu'il s'est retrouvé caché. Ça m'a semblé le bon moment pour le lire, du coup, et c'était franchement pas mal.
    Il ne s'agit pas d'un ouvrage historique scientifique, mais d'un texte grand public, ce qui veut dire que c'est très lisible (ceux qui ont déjà eu un livre d'histoire universitaire entre les mains comprendront quand je dis que ces livres-là ne sont pas lisibles du tout). Ce n'est pas non plus un roman, mais ça se lit comme tel, parce que la chronologie est très diluée et que la personnalité des souverains cimente chaque chapitre. Et l'auteur est très doué pour donner de la consistance à de simples noms. On s'attache à chacun de ces tsars et ces tsarines.

    L'ouvrage commence par un très rapide résumé de la formation de la Russie, du passage de la dynastie des riourikides à celle des romanov et des premiers tsars romanov, puis décrit le règne de chaque tsar à chaque chapitre, jusqu'à Nicolas II. Le dernier chapitre revient sur les grands événements historiographiques liées à l'assassinat du dernier tsar et de sa famille au XXe siècle.
    Chaque chapitre étant consacré à un souverain ou à une souveraine, l'auteur s'attache surtout à étudier leur personnalité, leurs grandes réalisations, et la façon dont leurs contemporains les perçoivent. Ça rend l'ouvrage facile à lire, mais en même temps, fait tomber l'auteur dans un travers un peu gênant : celui de tomber dans le jugement. Parce que bon, soyons honnête, c'est très facile de qualifier un tsar de médiocre, de souligner toutes ses erreurs qu'il aurait pu éviter, quand on a le recul de l'histoire et qu'en plus on n'est pas à sa place. Mwahaha J'aurais préféré que la subjectivité de l'auteur soit moins grande, pour que je puisse me faire mon avis par moi-même sur ces personnalités hautes en couleur.
    Qui plus, en centrant son récit sur les tsars et tsarines, l'auteur évacue les explications historiques qui n'ont qu'un rapport indirect avec ses sujets d'étude, en partant du principe qu'elles ne sont pas importantes ou que le lecteur a déjà des connaissances sur le sujet. Sur l'entrée dans la Première Guerre mondiale et les révolutions russes sont potentiellement connues de la plupart des lecteurs, d'autres événements, comme l'annexion de la Pologne par la Russie, ne sont jamais mentionnés, et on se retrouve tout à coup avec des et son frère se retrouva à la tête de la Pologne alors que quelques chapitres précédents c'était encore un pays étranger. Deux ou trois petits éclaircissements auraient été sympathiques, juste pour éviter de faire les gros yeux parce qu'on n'a pas compris.

    Mais en dehors de cela, ça reste un ouvrage très agréable à lire et très enrichissant, sans doute plus efficace qu'un manuel ou que Wikipédia pour s'instruire sur le sujet parce que ce n'est pas aride. Et constater ce particularisme russe qui marque tout particulièrement l'auteur, au point d'y faire très souvent référence.

    rick riordan, the hidden oracle (les travaux d'apollon 1)
    Après la guerre contre Gaia, Apollon, accusé d'avoir favorisé son ascension, est privé de ses pouvoirs. Six mois plus tard, en plein hiver, il réapparaît à New York, dépouillé de sa divinité, sous la forme d'un adolescent lambda. L'ancien dieu comprend très vite que pour retrouver son ancienne place à l'Olympe, il lui faudra réaliser quelques travaux, qui lui seront assignés par Meg, la demi-déesse sauvage qui vient à sa rescousse. Et ces travaux les amènent au camp des sangs-mêlés, où ils vont devoir résoudre le mystère de la disparition de certains campeurs... et trouver l'oracle caché dans le camp, d'où le titre de ce bouquin.

    Ça faisait un bail que je n'avais pas autant apprécié un ouvrage de Riordan (en fait, depuis le 1er tome des Héros de l'Olympe), et le fait qu'Apollon en soit le héros est sans doute l'une des raisons. Égocentrique, narcissique et supérieur, Apollon est totalement insensible à la condition des demi-dieux, qu'il a toujours considérés comme des sous-fifres bien pratiques qu'il peut envoyer à la mort sans arrière-pensée. Sa nouvelle condition de mortel l'amène à revenir progressivement sur cette opinion, et à s'intéresser un peu plus aux autres.
    Mais pour autant, sa caractérisation ne me convainc pas totalement. Principalement parce que le style de Riordan ne convient pas vraiment à ce personnage : beaucoup d'humour, de langage familier, pour un dieu de la poésie vieux de plusieurs millénaires, ce n'est pas tout à fait adapté, à mon sens. Et si ça ne me dérange pas que sa personnalité soit parfois ridiculisée, j'ai trouvé quand même qu'il manquait un peu de dignité.
    En revanche, les autres personnages sont tops. J'ai aimé Meg dès le départ pour son côté un peu hobo. Meg, c'est quand même une gamine des rues qui jette des fruits trouvés dans les poubelles à ses adversaires, une véritable petite héroïne en herbe, sensible, parfois renfermée, qui fait une très bonne maîtresse pour Apollon. Je n'ai pas tout à fait aimé la fin la concernant, sans vraiment la détester... je crois que j'attends surtout de voir l'évolution de ce personnage !
    Les enfants d'Apollon sont géniaux aussi. On sent la difficulté à voir en cet adolescent moyen leur père divin, et ce dernier a lui aussi bien du mal à assumer cette parenté. S'il la rejette au départ pour des raisons futiles, petit à petit, c'est plutôt la culpabilité qui lui fait se sentir indigne d'eux par la suite. Mais on sent malgré tout l'attachement qu'il peut avoir pour eux.
    Et bien sûr, on retrouve le edge lord Nico (que j'aime beaucoup) et un certain perso à la fin du tome (qui m'avait toujours semblé sous-développé, et qui mérite enfin cette mise en lumière). Je les aime tellement. J'aurais aimé les voir plus, mais ils m'ont mis le smile quand même. ♥

    L'intrigue m'a un peu fait penser à celle de crep. y'a des points communs. Enfin, vous ne verrez sans doute pas pourquoi (vu qu'il n'y a ni triumvirat ni empereur romain ici, ni même d'oracle caché), mais pour moi, c'était évident. Le fait de rester dans le camp était plutôt agréable, car cela permet d'explorer les relations entre les différents personnages, mais aussi certains de ses secrets... c'était donc très équilibré.
    En conclusion, j'ai vraiment bien aimé ce tome, et j'attends la suite avec impatience, même si j'ai un peu peur de l'aspect cyclique de l'intrigue.
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