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    Et parfois, on lit.

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    Léviathan
    Un homme discret, toujours habillé avec élégance, que l'on retrouve au fond d'un club privé tout aussi travaillé que lui. Voilà l'image que l'on a de Santiago, le propriétaire du Leviathan.
    Mais les plaisirs distingués ne sont pas les seuls à son goût. Voir les gens se battre dans son sous-sol lui donne le sentiment d'être tout puissant. Il aime les autres, les aime profondément, mais à sa manière, avec un peu de retenue et beaucoup d'indifférence. Il les aime autant que l'argent et le pouvoir. Tout cela se vaut. Mais peut-être pas autant que lui-même. Santiago se préserve avant tout lui-même, puis les autres, ceux à qui il tient si forts qu'il pourrait basculer dans de bien sombres penchants...
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    Nom de code : Dr. Leviathan
    Avatar : Steven Starphase.

    Re: Et parfois, on lit.
    le Jeu 20 Déc 2018 - 17:04
    @Naga Umiaktorvik a écrit:lancez-vous dans des critiques (modérées, cela va de soi 8) ) de vos ouvrages préférés ou détestez.

    ok donc je revoyais les premières pages de ce sujet, et j'ai eu envie de voir comment j'avais introduit ce sujet, et

    1- on respecte pas du tout cette règle que j'avais fixée.
    2- la FAUTE D'ORTHOGRAPHE on en parle ça fait deux ans qu'elle traîne et je l'ai jamais remarquée.
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    Clan Iwasaki
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    Avatar : takao kazunari (knb)

    Re: Et parfois, on lit.
    le Jeu 20 Déc 2018 - 19:12
    1. ya écrit "bitches" sur nos fronts
    2. mdr je l'avais pas vu non plus ???

    (btw je finis mon bouquin et je vous poste mes critiques) (ce sera long)
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    Clan Iwasaki
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    Avatar : takao kazunari (knb)

    Re: Et parfois, on lit.
    le Lun 24 Déc 2018 - 16:18
    Le temple de l'aube, Mishima Yukio
    Ce troisième tome de la série est sans doute le plus dur à lire, tant il est théorique. J'ai lu quelque part que Mishima avait eu beaucoup de mal à écrire cet ouvrage, mais je comprends pourquoi. Déjà, parce que les descriptions sont fastidieuses. Extraordinaires, elles sont dotées d'une force incroyable, mais comme elles doivent être difficiles à écrire ! Elles dressent un portait de la Thaïlande qui oscille entre fascination (face à la richesse et le faste des lieux) et la critique (le bruit constant, la scène de sacrifice où se mêle la pureté de l'acte religieux et la souillure du sang). Ensuite, il consacre des chapitres à explorer différentes formes de spiritualité liées à la réincarnation (bouddhisme, orphisme, pensées occidentales modernes), mais ce ne sont pas des passages faciles. J'ai lu en en comprenant la moitié. Je pense que ce qu'il faut en retenir, c'est cette nouvelle quête de spiritualité de Honda, qui suite à son voyage en Thaïlande, se retrouve à nouveau assailli de questions.
    On a d'ailleurs l'impression que Honda, depuis Isao, n'a pas beaucoup évolué ; comme si la fin du livre précédent l'avait fait revenir un peu en arrière, et qu'il redécouvrait finalement ses pensées du tome précédent.
    La figure de ce livre, c'est la princesse thaï. La petite Clair de lune occupe, dans la première partie de l'ouvrage, une place très effacée ; bien qu'elle serait l'équivalent d'Isao et de Kiyoaki, elle est loin d'en occuper le rôle. Certes, leurs places respectives (Honda étant un étranger de passage pour des affaires, et elle une princesse) impliquent que leurs interactions seront limitées. Pour autant, là où Isao et Kiyoaki disposaient de leur propre intériorité, de leur propre existence même, ce n'est pas le cas de la petite princesse. Elle mène une vie à l'écart, où il ne se passe strictement rien, et où la seule péripétie connue, ce sont les visites de Honda. Elle se définit elle-même, d'ailleurs, comme une enveloppe vide, se qualifiant de « poupée » pour une âme qui n'a rien de thaï. Clair de lune, c'est un réceptacle sans identité propre. Les descriptions, d'ailleurs, tendent à l'objectifier. Elles sont intégrées à celles qui sont faites du pays, de sorte que la princesse fait partie de ses charmes. Même si, à titre personnel, je suis dérangée par leur tournure, que je trouve à la limite de la pédophilie : que ce soit la mention de son "corps bistré", ou l'idée fort dérangeante que Honda aurait voulu lui tenir ses "cuisses brunes" pendant qu'elle faisait pipi (après une réflexion sur le fait qu'il n'est pas père mais qu'il pourrait s'imaginer avoir une fille, certes, mais enfin, quelle drôle d'idée ??) - et encore, je suis restée soft dans mon choix de qualificatifs, parce que je n'ai pas vraiment la foi de chercher à nouveau dans les pages du livre. Mais la teneur de ces descriptions, appliquées à un enfant, me dérange. Enfin, lire du Mishima, c'est s'exposer à des thèmes problématiques, donc voilà. En soi, Isao aussi avait de belles descriptions, mais enfin il était grand lui.
    Bon, j'aime quand même ses descriptions.
    La deuxième partie se passe une douzaine d'années plus tard. La princesse thaï, désormais appelée Ying Chan, se rend au Japon pour ses études. Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que dans les premiers chapitres, elle brille par son absence anormale. Elle devrait être là, mais ne vient pas. Cela lui confère un caractère d'irréel. L'absence est presque sa façon d'exister dans ce roman : elle ne vient pas, Ying Chan, ou se fait attendre, et puis elle se dérobe. Je pense qu'elle est clairement consciente de son statut d'objet offert au regard, et qu'elle en est mal à l'aise (comme ce moment où Honda la regarde : « ses genoux qui étaient ouverts se refermèrent comme de délicates feuilles de mimosa », passage que j'interprète comme un réflexe défensif face au regard de cet homme âgé). Elle essaye de couper les ponts avec lui, de lui refuser sa compagnie, et Honda ne l'accepte pas. Il est pour cela aidé de sa voisine, Keiko, un personnage qui m'intrigue car j'ai toujours du mal à comprendre ses motivations véritables. Amorale, elle semble jouer avec les autres.
    Globalement, c'est un bon roman, malgré des réflexions horribles (« l'idée lui vint que ce regard était d'une petite fille innocente qui ne désire rien tant que d'être violée » ?????? ou Honda qui désire comparer le corps de Ying Chan « avec sa silhouette de petite fille », non sans avoir précisé, quelques lignes plus haut, ses « jambes adolescentes », qui pour moi sous-entend clairement qu'elle n'a pas encore le corps d'une femme adulte ?????? ou encore lorsqu'on lui dit qu'il devrait l'oublier, et qu'il répond « l'oublier ? je ne pourrai jamais. La laisser, c'est lui permettre d'arriver à maturité. » parce que bon il faut bien rappeler que Ying Chan n'a même pas 18 ans et cette réaction est juste tellement détestable.). Honda est juste dégueulasse. Il l'est aussi avec sa femme, qui certes, n'est pas dénuée de défauts, mais qui n'est certainement pas aigrie pour rien.
    Le point positif ? La neutralité de genre de l'âme, capable de devenir homme comme femme en fonction du corps dans laquelle elle est placée. Car on ne doutera pas que Ying Chan est une femme et se conçoit comme telle.

    Le fou et l'assasin 3, Robin Hobb
    J'ai mis plus d'un mois à lire ce livre, le laissant de côté pendant deux bonnes semaines pour lire plutôt des fanfics, avant de le reprendre et de le lire devant mon pc pendant les temps de chargement. Je voulais le finir car il n'était pas désagréable au point de l'abandonner (ce que je fais volontiers, pas de temps à perdre si ça ne va pas), et je ne le déteste pas, mais... c'est long.
    La nouvelle saga de Robin Hobb fait suite à l'Assassin royal, une série que j'avais beaucoup apprécié en tant qu'adolescente. En replongeant dans l'univers, je ne suis pas certain que je serais aussi emballée à présent, mais j'apprécierai sans doute encore. Robin Hobb a un véritable talent pour le worldbuilding et pour le réalisme de ses univers (à part pour les documents type "médiéval" mais soyons honnêtes, c'est un état d'esprit qu'on ne peut pas vraiment reproduire de nos jours) ; son écriture est précise et soignée, elle a une attention du détail époustouflante et globalement c'est très solide. Mais voilà, ça ne suffit pas vraiment pour provoquer le coup de cœur.
    Bien sûr, je parle en étant quelqu'un qui n'aime plus trop le genre de la fantasy, ancien fan qui s'est un peu lassé des schémas classiques (et puis y'a pas de persos dans la fragilité mdr), mais à mon sens, même en étant fan, c'est un peu ennuyeux comme saga.
    J'ai été jusqu'au tome 3 en raison des longueurs du début, où, je le rappelle, il ne se passe presque rien : il s'agit essentiellement de la vie quotidienne dans le domaine de Fitz, ses dernières années avec Molly, la naissance de sa fille... En fait, je pense que ces passages plairaient plus à mon père qu'à moi. Je me sens trop jeune (ou peut-être en décalage avec le désir de fonder une famille qui ne m'habite pas ?) pour y trouver un intérêt. Fitz est aveuglé par son amour pour Abeille et c'est, en fin de compte, absolument réaliste, mais quand on ne comprend pas ce qu'est l'amour d'un parent pour son enfant, on a un peu du mal à voir l'intérêt. Enfin, en soi, ce ne serait pas gênant si la saga ne promettait pas une intrigue qui met du temps à se mettre en place. Parler de l'amour d'un père pour sa fille peut aussi se faire en accélérant le rythme de l'histoire.
    Le 3e tome correspond au deuxième tome anglophone, et ça se sent : le rythme est différent. Abeille en est presque absente, mais pour des raisons évidentes. Cette fois, on commence enfin à voir où on voit : la recherche du fils se précise, Fitz retourne à la cour et... bon, il retourne chez lui ensuite. On a des révélations : un secret que cachait Umbre, les origines réelles d'Abeille, etc. Il se passe plus de choses et j'ai apprécié.
    Bien sûr, je suis un peu perdu face à tous les personnages et toutes les références au passé. Vu le nombre de tomes qu'il y a eu avant, et au fait que des années se sont passées depuis que je les ai lus (et que je n'ai pas vraiment envie de relire 12 tomes juste pour me souvenir de ce qui se passe), j'aurais apprécié un peu plus d'explications et de rappels.
    Je n'ai pas trop apprécié le passage à la cour. A mon sens, c'était assez méprisable comme manœuvre, je vais essayer d'expliquer sans spoiler : les gens ont cru à un mensonge pendant des années, et on leur demande subitement d'accepter une toute autre version. Et bien sûr, ils s'exécutent - ce qui conduit Fitz à avoir une vision assez condescendante, dans la mesure où ce sont des girouettes qui agissent selon leurs propres intérêts. Quant à la famille royale et à son entourage, bien sûr, elle n'agit que selon les intérêts du royaume, et la bande à Umbre est là pour tout ce qui pourrait entâcher son honneur. Avec un peu de recul, je pense que ce genre de représentations de la cour, assez fréquente, me lasse plus qu'autre chose. Non qu'elle soit impossible ou peu réaliste, non ; en fait, c'est sans doute un avis très personnel, donc ça ne compte pas trop. Ce qui me hérisse juste, c'est de forcer les gens à changer leur opinion sur les évènements du passé aussi brutalement ; et après les considérer comme des rapaces ou des dangers, parce que bon. La vie c'est un peu plus compliqué que cela.
    Bref, j'ai fini, et je ne sais pas si je vais continuer, car je n'apprécie pas trop où on va quand même. Je veux dire, qui est le fils était assez évident, et Fitz n'arrête pas de se poser des questions dont on connaît déjà la réponse, et ça ralentit la lecture plus qu'autre chose. Et je trouve que c'est globalement un peu tiré par les cheveux. Et je n'ai plus le même attachemnt qu'avant. Donc je ne sais pas quoi faire. Continuer ? Arrêter ?
    Un de mes amis a prévu de les lire donc je verrai bien.

    La nuit du bûcher, Sandor Marai
    Après avoir terminé mon précédent livre, il m'a fallu quelques jours avant d'oser en reprendre un nouveau. Mais le début m'a plutôt rassuré : il se présente comme une lettre envoyé par un moine espagnol qui annonce qu'il ne pourra revenir chez lui, à Avila (c'est de là qu'est originaire saint Thérèse d'Avila) et qui raconte ce qu'il a vu à Rome en 1598. Il repart en 1600 après la fin du procès de Giordano Bruno, un célèbre hérétique qui a été brûlé en 1600 après avoir refusé de revenir sur ses positions. C'est un homme qui a voyagé dans toute l'Europe et qui s'est un peu fait virer de partout à cause de ses idées. C'est un personnage que je trouve intéressant, et Naga m'a donc offert ce roman pour mon anniversaire. J'étais un peu ébahie quand je l'ai fini. Après un début un peu long, la fin passe super vite.
    C'est une lecture qui fait réfléchir, mais qui est aussi complexe. Je ne la conseille pas sans un minimum de culture historique sur l'époque moderne, le christianisme et l'histoire de Rome. On s'y perdrait un peu dans des références manquantes, et je pense que ça complique l'interprétation du livre aussi.
    Notre narrateur est un catholique convaincu, qui voit l'édit de Nantes (autorisant le protestantisme en France) comme une chose terrible. Après avoir vu le pape, il s'est juré de combattre l'hérésie, et se retrouve l'invité de l'Inquisition romaine, après un entretien avec le cardinal Bellarmin.
    Point intéressant, l'auteur est hongrois et a vécu au temps de la guerre froide. Le livre date de 1974 et la quatrième de couverture souligne que ce livre dénonce aussi le totalitarisme. Et clairement il parle aussi de son propre pays quand il écrit : "en effet, chez nous en terre espagnole, où l'Inquisition veille sur l'ordre et la sécurité publique, les enfants et les parents ont l'obligation de s'espionner les uns les autres". Le choix d'un point de vue espagnol n'est pas anodin : c'est un point de vue étranger et critique sur la société romaine.
    Le roman n'est composé que d'un unique chapitre de 270 pages : c'est un peu dérangeant dans la mesure où cela ne se lit pas d'un seul tenant et s'arrêter à la fin d'un paragraphe n'est pas toujours satisfaisant. Le livre manque un peu de structure interne en ce sens où il ne laisse pas nécessairement au lecteur le temps de souffler. On peut quand même le décomposer en trois parties :
    - un premier bon tiers présentant son arrivée à Rome, où il commence à suivre les enseignements des inquisiteurs romains. C'est une partie un peu longue, car fortement idéologique, introduisant la pensée des inquisiteurs. C'est assez flippant, car au final, le bûcher est considéré comme une faveur pour l'hérétique, et la famille de celui-ci peut aussi être "contaminée" par ses idées.
    - un petit tiers sur Giordano Bruno (il s'est fait attendre), et plus précisément sur son exécution et la nuit qui la précède. C'est un passage passionnant, surtout pour la façon dont l'hérétique est décrit : le narrateur le compare à un moment à un adulte qui refuse de s'adonner à un jeu d'enfant et rejette le bambin avec superbe.
    - la dernière partie traite du départ de Rome. Elle commence par beaucoup d'idéologie, encore une fois ; et puis subitement, quelque chose se produit. Et je n'en dis pas plus, car ce serait un spoil.
    En tout cas la fin est belle et c'est elle qui contient le message. Évidemment, elle se veut dénonciatrice, et elle n'est donc pas si originale, mais elle est logique et nécessaire. Elle clôture bien ce beau livre difficile, mais d'une grande intelligence, et qui témoigne d'une très bonne connaissance de l'époque !
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    Re: Et parfois, on lit.
    le Dim 6 Jan 2019 - 20:56
    Et hop, des petites critiques pour permettre à Sneuguette d'écrire juste après ~

    Commençons léger, avec Train de nuit dans la Voie lactée de Kenji Miyazawa, selon mon souhait de lire au moins un texte de chaque perso de BSD durant l'année 2019. Bien que je l'ai terminé en deux jours de temps à Noël, grillant par là-même ma propre résolution avec force rapidité de combustion, j'ai été assez charmé par ces trois nouvelles pour la délicatesse, la naïveté et la poésie qui s'en dégagent. Si la première, « Gauche le Violoncelliste » emprunte sans conteste au conte animalier à la manière d'un joueur de flûte face aux rats, sa chute tombe un peu à plat – presque un gâchis quand on sent le crescendo de l'histoire, avec ces personnages qui se succèdent, les répétitions qui s'enchaînent jusqu'à l'épuisement, les performances jusqu'au bout de la nuit... Et ? Eeeeet ?
    Néanmoins, Gauche est attachant avec sa maladresse patente, ses réactions quasi caricaturales et sa bonhommie. On lui souhaite de réussir, terminant la nouvelle sur une note agréable.
    « Matasaburo, le vent » aurait pu être sous-titrée : quelques jours des jeux des enfants dans la campagne nippone du début du XXème siècle. Il ne s'y passe pas grand-chose à l'exception d'une rentrée des classes, d'un orage et d'une poursuite de chevaux par une bande de mioches, le plus explosif des événements étant probablement une scène où les adultes pèchent à la dynamite de façon illégale, sous le regard admiratif quoique dérouté des gamins qui voulaient juste se baigner. C'est pourtant bien cette légèreté dans l'air qui fait le style de Miyazawa, et qui de fait m'amène à penser que l'incarner dans un adorable petit paysan doué d'une force surhumaine n'est pas anodin. Le symbolisme des éléments naturels, omniprésent, convoque tour à tour la simplicité de la nature et sa toute-puissance, la tranquillité de ses vents d'automne face aux déferlantes pluvieuses, et il est possible d'y voir des acteurs à part entière. La foi bouddhiste de l'auteur en serait d'ailleurs à l'origine...
    Mais si les deux précédentes nouvelles ne m'ont pas forcément frappé, la troisième éponyme, « Train de nuit dans la Voie lactée » est à mes yeux un miracle littéraire tant elle est fine, innocente, onirique, une véritable étoile, avec des descriptions à vous faire chavirer le cœur. L'épisode des hérons et des grues que l'on attrape sur les rives du ciel et qui se transforment en feuilles sèches que l'on mange comme du sucre, mon dieu, je ne m'en remets pas tellement c'est magnifique et merveilleux. Écoutez à quel point le texte chante :
    Ils virent alors, comme un agrégat de diamants, herbes, rosée, sur le lit de la Voie lactée resplendissante, l'eau couler sans voix et sans forme ; au milieu de son cours apparut une île légèrement teintée d'une auréole bleue. Au sommet aplati de l'île, une croix blanche, si éblouissante qu'elle ferait ouvrir les yeux d'un homme qui dormirait – pourrait-on dire qu'elle était moulée dans les nuages d'un pôle Nord glacé ? – se dressait calmement, dans une paix sans fin, inondée d'une lumière ronde absolument dorée. Et puis plus loin : Tous les graviers de la berge étaient transparents, c'était sans doute du cristal et des topazes, ou des pierres dont la surface présentait des ondulations confuses, ou encore c'était des billes d'acier dont les facettes diffusaient des reflets d'un bleu pâle comme du brouillard. Giovanni se dirigea en courant vers le bord et trempa sa main dans l'eau. Mais l'eau de cette mystérieuse Voie lactée était plus limpide que de l'hydrogène. Cependant elle coulait, ils en étaient certains, parce que lorsqu'ils plongèrent leurs poignets ceux-ci apparurent comme élargis, dans une couleur proche de celle du mercure, et les vagues formées en heurtant leurs mains produisirent une phosphorescence délicate qui se consumait en jetant des étincelles.
    Ah, mes sentiments..................

    Je ne suis pas doué pour raconter les histoires en tant que tel, évidemment, et je préfère vous laisser découvrir si jamais cela vous tente.

    Ensuite, va pour Le Livre des blagues de Momus (ici pseudonyme de Nick Currie). J'ai hésité à en rédiger la critique, non pour des raisons d'intérêt, mais parce que c'est, heu, le truc le plus irrévérencieux et le plus caustique que j'ai pu lire jusqu'à présent ? Et pas dans le sens où l'on y pousse les mémés dans les orties ou des nouveaux-nés sous des trains, non non, pire, bien pire.
    Ce livre est un condensé de mauvais goût, écrit avec le plus grand naturel, où l'on réinvente chaque page la définition du mot salace pour lui apposer une illustration encore pire que la précédente, dans une espèce de descente aux enfers. On y apprend entre autres comment deux personnes peuvent être l'oncle l'une de l'autre, voire le grand-oncle, que les oies ont le feu aux fesses, que les enfants servent à des tas de choses charmantes et une myriade de joyeusetés incestueuses, zoophiles, pédophiles – je n'ai pas encore vu de nécrophilie, j'attends –, le tout rédigé avec un détachement qui, passé l'éventuelle gêne de lire pénis, foutre et viol toutes les trois pages, n'est pas sans faire, oui, j'avoue, rire. Au risque d'en choquer plus d'un, mais le pari est réussi.
    Je comprends mieux, à l'aune de ce qu'on y lit, pourquoi mes collègues le portaient aux nues. Ce n'est certainement pas à mettre entre toutes les mains, cependant il a le mérite d'être une monstruosité originale, non-dénuée de passages lyriques qui prouvent que l'auteur sait aussi sculpter la beauté, et, mine de rien, il y a quand même une intrigue – le parcours du narrateur, franchement pas aidé par la vie et par sa famille... Mais je ne m'appesantis guère là-dessus ; chacun s'en fera son avis.
    Ce ne sera pas le livre du siècle pour moi, pourtant je m'en souviendrai en bien.

    Et le dernier, qu'il me tardait de découvrir : Moi, ce que j'aime, c'est les monstres d'Emil Ferris. Un roman graphique comme on en fait peu – merci Monsieur Toussaint Louverture, que votre catalogue soit béni – par une artiste américaine d'exception. Pour une fois que le résumé de C4 n'exagère pas sur les compliments ! « Kaléidoscope brillant d'énergie et d'émotions, l'histoire magnifiquement contée d'une fascinante enfant au cœur du Chicago en ébullition des années 1960. Dans cette œuvre magistrale, tout à la fois enquête, drame familial et témoignage historique, Emil Ferris tisse un lien infiniment personnel entre un expressionnisme féroce, les hachures d'un Crumb et l'univers de Maurice Sendak. » Non seulement c'est alléchant, mais c'est surtout vrai, littéralement vrai.
    D'immenses pages couvertes de dessins au crayon et stylo, des portraits sublimes de la plèbe américaine de l'époque, le regard d'une justesse incroyable d'une enfant qui se prend pour un loup-garou intriguée par le suicide étrange de sa voisine de palier, une plongée dans l'art classique et moderne, dans le bizarre de l'underground parfois... Je prends à chaque page plusieurs minutes pour détailler le dessin, contempler chaque trait, lire toutes les petites annotations tantôt humoristiques tantôt enchanteresses qui ponctuent le récit. Comme :
    Alors, comme notre cuisine est dans un appartement en sous-sol, ça sent un peu l'impressionnisme des débuts, celui de Vincent Van Gogh, terre d'ombre et d'ocre, une odeur poivrée et graisseuse qui dit « je t'aime ». Toutes ces années, alors qu'Anka dansait et chantait là-haut, mes œufs n'avaient pas vraiment un goût d'œuf mais plutôt celui de La Nuit étoilée. Ces airs de valse triste avaient une saveur de bleu et de jaune, comme un mélange de myrtilles et de jonquilles.
    En un mot comme en cent, je suis tombé amoureux.

    (Et je vous quitte là, parce que Narcisse m'a répondu sur l'interforum, huhu.)
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    Re: Et parfois, on lit.
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